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15/11/2008

Perspectivisme et pensées dures II

Docteur Folamour.jpg

12 – Pacte faustien.

 

« Hé quoi, cela ne signifie-t-il pas, pour parler vulgairement, que vous réfutez Dieu, mais non le diable ? » Au contraire ! Au contraire, mes amis ! Et qui diable vous force à parler vulgairement ! –  » (§ 37).

Nietzsche aurait-il réfuté le diable… ou fait un pacte avec lui ? Bien que les questions théologiques n’aient plus cours à notre époque (ce qui est bien dommage, car elles résoudraient nombre de problèmes politiques, sociaux et privés), on peut se demander si tout le drame moral et philosophique de Nietzsche ne réside pas dans une tentation maligne. Les biographes s’accordent à dire qu’il fut toute sa vie obsédé par les choses lucifériennes, l’enfer, la damnation, l’antéchrist. Enfant, il prétendait que la Trinité ne regroupait pas le Père, le Fils et le Saint Esprit, mais le Père, le fils… et le Diable ! C’est que Satan, saint Satan, donc, devait être celui qui réconcilierait la vie avec elle-même. Et Dieu ne serait vraiment glorieux que lorsqu’il aurait réintégré l’enfer à son paradis – c’est-à-dire lorsqu’il aurait cessé de couper la réalité en deux, et que l’affirmation – divine - de la vie serait, donc, totale.

Après tout, le diable fait partie des plans de Dieu. Dans le Faust de Goethe, que Nietzsche devait connaître par cœur (mais que bizarrement, il cite peu, sans doute pour se préserver d’une source trop évidente), on le voit même chargé de mission par le Seigneur. Ce dernier trouve en effet que l’homme a trop tendance à paresser, et qu’il lui faut de temps en temps un aiguillon pour le pousser à l’action. Le diable est cet aiguillon idéal :

« Le courage de l’homme est prompt à s’assagir,

Il aime le repos, la paresse éternelle...

Je lui ai donc donné ce compagnon fidèle,

Le Diable, qui l’agite et le force d’agir. » [1]

L’action comme volonté divine et comme instinct diabolique, on ne fait pas plus syncrétique !

 

Mais c’est Thomas Mann qui, dans le Docteur Faustus, va pousser le plus loin l’auscultation des relations du philosophe avec le diable, et mettre celles-ci en écho avec l’histoire de l’Allemagne pré-nazie. Cette biographie imaginaire d’un musicien génial et révolutionnaire, Adrian Leverkühn (mais dans lequel, et à juste titre, Schoenberg se reconnaîtra), emprunte donc autant à la propre biographie de Nietzsche (avec notamment le fameux, quoique toujours imprécis, épisode du bordel dans lequel Nietzsche aurait contracté, volontairement ?, la syphilis), qu’à la situation intellectuelle et politique de l’Allemagne des années vingt. A cette époque, l’antihumanisme (incarné dans le roman par l’étonnant personnage de Breisacher, réactionnaire halluciné qui trouve que la décadence commence dans la Bible à partir du livre de Salomon, et que Bach n’est que le premier signe de la régression musicale) fait des ravages, et l’on en vient à se demander si la barbarie « saine » ne vaudrait pas mieux que la culture « malsaine ». En même temps, l’art devient le lieu de toutes les tentations surhumaines - « Je ne voudrais pas entendre une œuvre de toi d’une inspiration humaine », dit le narrateur à Adrian[2], la même chose qu’aurait pu dire, sans doute, Peter Gast à Nietzsche. Hélas, hélas ! L’inspiration inhumaine n’est pas seulement d’ordre esthétique. Pendant que Leverkühn crée une musique au-delà du bien et du mal, certaines forces négatives s’organisent autour d’un agitateur politique inspiré autant par les écrits de Nietzsche que par le svastika indien.

 

Bien entendu, Mann ne dit pas que Nietzsche « aurait voulu » Hitler. Mais en faisant de l’un le symbole d’un artiste pactisant avec le diable, et de l’autre, celui qui entraîne son pays en enfer, il met en scène les correspondances évidentes qui existent entre la Volonté de Puissance affirmée par le philosophe et le Triomphe de la Volonté prôné par le dictateur (et illustré par la très nazie et très nietzschéenne Léni Riefenstahl).

 

Là-dessus, il faut être précis. Nietzsche aurait abhorré le nazisme s’il l’avait connu. L’on sait qu’il avait déjà honte que son œuvre soit récupérée par les antisémites de son époque et de son milieu - mais que le nietzschéisme, même honnête, même relu sans les falsifications honteuses que lui fit subir sa sœur Elizabeth, n’ait pas eu un lien spirituel avec le nazisme est une erreur de jugement patent, et la preuve d’une extraordinaire mauvaise foi, dans lesquelles sont tombés la plupart des « nietzschéens » depuis soixante ans. Comme le dit René Girard (un nom qui fera que les nietzschéens cesseront aussitôt la lecture de cet article), on ne compte plus « les montagnes de sophismes »qu’ont accumulé ces derniers pour disculper leur penseur chéri de toute responsabilité dans la monstruosité gammée du siècle dernier. Sacrés intellectuels qui ne voient jamais que «  les philosophes, pour leur malheur, ne sont pas les seuls au monde », et que « d’authentiques forcenés les entourent et leur jouent parfois le pire tour qu’on puisse leur jouer, ils les prennent au mot »[3].

 

Nietzsche pris au mot ? C’est précisément la ruse du diable que de réaliser à la lettre ce qui a été dit. C’est exaucer la littéralité du souhait hors de l’esprit où il a été conçu, et le faire tomber dans la barbarie – car le littéral, c’est le barbare, comme dit Adorno. Hélas, hélas ! Il suffit d’ouvrir un livre de Nietzsche, presqu’à n’importe quelle page, pour se rendre compte que s’il y a une essence spirituelle du nazisme, c’est bien dans son œuvre qu’on la trouve. Dans son apologie acharnée de la force contre la faiblesse (et que l’on ne peut se contenter de lire « symboliquement »), dans son antichristianisme obsessionnel, et dans ce qu’il faut bien reconnaître son antihumanisme « néo »-présocratique, sinon néo-païen, Nietzsche, tout philosémite qu’il fût par ailleurs, tout méprisant qu’il fût des nationalismes et de l’étatisme (« l’état, le plus froid des monstres froids »), tout antiallemand qu’il se définît, Nietzsche, l’anti-grégaire, l’anti-plébéien, l’anti-antisémite, ne vit pas, ne voulut pas voir, que dans son affirmation hallucinée du dionysiaque, il n’y avait rien d’autre qu’une exaltation du grégaire, une apologie de la plèbe, une célébration délirante du sacrifice humain. Dionysos, en effet, c’est la dithyrambe du bouc émissaire immolé à la joie mauvaise de la foule, c’est le lynchage festif qui met en transe tout le monde, c’est l’holocauste voulu et organisé par le troupeau pour son soi-disant bien. Dionysos, c'est la chienlit qui fait un feu de joie autour du pendu, du roué ou de l'écartelé.

 

Que le dionysisme fut une religion de carnage, et que le christianisme fut celle qui mit fin à ce carnage, c’est exactement ce que constate Nietzsche, mais en prenant, malheureusement, le point de vue du carnage :

 

« L’individu a été si bien précieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’intitule christianisme veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. »[4]

 

Le dionysiaque comme retour éternel du mythe sanglant, comme expression satanique du dernier des hommes, comme triomphe de l’idéal plébéien contre l’idéal aristocratique - tel nous apparaît désormais la vérité de ce concept foireux, criminel et imbécile, et que d’aucuns continuent à célébrer sans se rendre compte qu’ils célèbrent là ce que l’on appela naguère la solution finale.

 

Qu’est-ce donc que le nietzschéisme, cette philosophie si fulgurante dans son aspect esthétique, si stimulante dans son aspect critique, mais si délirante sur le plan ethnologique ? Qu’est-ce donc que cette pensée qui détruit les idoles et qui reconstruit la pire ? Cette volonté de vie qui au bout du compte affirme la mort ?

 

Qu'est-ce donc que le nietzschéisme sinon ce pacte faustien où croyant parier sur le suhomme le philosophe aboutit au dernier des hommes ?

 

Shining 3.jpg13 – Folie.

Dès lors, comment continuer notre étude après ce que l’on vient de découvrir ? Non pas le Nietzsche « nazi » qui n’existe pas, nous le redisons, mais le Nietzsche « dionysiaque » qui a pu inspiré, malgré lui, le nazisme ; le Nietzsche qui s’est atrocement trompé sur son concept ultime ; le Nietzsche qui voulait approuver la vie jusque dans la mort et qui n’a fait que célébrer la mort (et la pire qui soit – celle du sacrifice d’autrui) dans la vie.

René Girard n’est pas le seul à nous avoir sorti de notre sommeil dogmatique nietzschéen. Il y aussi Chesterton pour qui Nietzsche était l’incarnation de cette modernité démente - qui n’a plus aucun sens de l’orthodoxie, ni d’ailleurs plus de sens du tout. « Si Nietzsche n'avait pas sombré dans l'imbécillité, c'est le nietzschéisme qui y eût sombré lui-même », écrit ce dernier dans Orthodoxie. Certes, Nietzsche sombra dans la folie moins à cause de sa philosophie qu’à cause de sa syphilis mal soignée, mais il n’en reste pas moins que ce fut grâce à cette folie que sa philosophie fut préservée. N’avait-il pas écrit un jour dans ses carnets : « envoyez-moi la folie, habitants des cieux ; la folie pour qu’enfin je croie en moi ! ». Hélas, hélas ! Comme le dit encore Chesterton, il n’y a que le dément qui croit en lui.

 

2001-a-space-odyssey-keir-dullea.jpg14 – Etoiles.

« Aussi longtemps que tu sentiras les étoiles « au-dessus » de toi, tu ne possèderas pas le regard de la connaissance »(§ 71).

- Mais quel plaisir de sentir les étoiles au-dessus de soi ! Et quelle piteuse connaissance que la tienne qui foule les étoiles ! Pauvre de toi, génial Nietzsche !

 

15 – Mépris.

 

« Celui qui se méprise se prise de tout de même de se mépriser » (§ 78).

 

L’homme, certainement, adore se mépriser… mais pas la femme. La femme ne tire aucune grandeur des sentiments négatifs. Elle est trop univoquement dans la vie pour ça.

 

 

Lolita.jpg16 – Amour.

 

« Ce qui est fait par amour s’accomplit toujours par-delà bien et mal » (§ 153).

 

Que Nietzsche ne s’est-il accompli en amour ! Toute sa philosophie de vie en aurait été plus vivable. Surtout, elle aurait évité la récupération odieuse, et lui-même aurait évité la folie. Car la seule chose au monde, qui peut s’aventurer par-delà bien et mal, et sans sombrer dans les contradictions furieuses, c’est en effet l’amour. « Aime et fais ce que tu veux », aurait pu clamer Nietzsche, à la suite de saint Augustin, s’il avait vécu réellement un contact avec l’éternel féminin. Mais Lou Salomé… Le baiser unique sur le Monte Sacro …? Elle-même avouera à la fin de sa vie qu’elle ne se rappelait plus si elle avait embrassé Nietzsche ou non. Et Nietzsche sombrera dans la solitude terrifiante. Le lit vide. Les masturbations à répétition – comme Retour Eternel, on fait mieux. Les hurlements muets que l’on pousse sur son oreiller. Tristesse sans fin des vies sans femme. Plus tard, il tentera de renouer avec l’amour, du moins avec l’amour spirituel.

 

Voilà qu’il se promet dans ses carnets de « surmonter effectivement le pessimisme, et enfin, un regard goethéen plein d’amour et de bonne volonté » (posthumes d’automne 1887-mars 1888). Un an avant son effondrement mental, Nietzsche redeviendra goethéen – mais non plus le Goethe du pacte faustien, non, le Goethe de la réconciliation souveraine avec le monde, le Goethe de la sagesse de l’amour, le Goethe de Marguerite. Mais hélas, il sera trop tard…

 

 

17 – Haine.

 

Attention à l’être qui prétend ne pas porter la haine en lui C’est qu’il se sent supérieur à vous et invulnérable à tout ce que vous pourriez lui faire.

 

 

image004.jpg18 – Oisiveté.

 

« Les races laborieuses s’accommodent mal de l’oisiveté » (§ 189).

 

Retour au Nietzsche flamboyant, impitoyable mais lucide, et qui découvre des « vérités dures ». L’oisiveté, signe d’élection aristocratique ? Evidemment ! Et c’est la raison pour laquelle le plébéien est si bosseur. On l’a tellement dressé pendant des siècles à l’esclavage que cesser ses activités, même le dimanche, lui est un supplice. Au serf, il faut de l’agitation continuelle, des « choses à faire » - et que celles-ci relèvent toutes d’une pénibilité bien sentie, qu’elles le fassent suer, sinon, ça ne compte pas pour lui. Il a besoin de souffrir ne serait-ce que pour se plaindre – son sentiment d’existence à lui. Conseillez-lui de laisser ses tâches de côté et de s’installer dans un canapé avec un bon livre ou un bon disque, et vous aurez l’impression de l’insulter. Rester des heures en compagnie de Goethe ou de Mozart, c’est ce que précisément il ne sait pas faire - et pire, c’est ce qu’il ne veut pas faire. D’ailleurs, il suffit qu’il ait le pouvoir (dans sa famille, dans son boulot, dans son église) pour que personne ne puisse s’attarder sur le canapé sans culpabiliser. Pas question que les autres souffrent moins que lui ! Combiens d’esclaves se sont-ils transmis le goût de l’esclavage ! Et comme les maîtres d’antan avaient beau jeu – car il suffit d’en abrutir un seul pour que lui abrutisse trois génération…

 

Mais non, je n’exagère pas ! Voyez les cultures traditionnelles ! Voyez les mères africaines qui excisent leurs filles ! Voyez les pauvres qui sont contre l’avortement !

 

 

19 - Pour Jacques Salomé, Boris Cyrulnick, Jean-Louis Servan-Schreiber, Paolo Coelho – et autres marchands de bonheur.

 

« Toutes ces morales qui se proposent de faire le « bonheur » de l’individu, comme on dit, qu’offrent-elles sinon des compromis avec le danger qui menace la personne de l’intérieur ; des recettes contre ses passions, ses bons et ses mauvais penchants, dans la mesure où ils aspirent à dominer et à régner sur la conscience ; des petites et grandes roueries, des artifices, qui dégagent un relent de pharmacie domestique et de sagesse de bonne femme ? Toutes présentent des formes baroques et déraisonnables, parce qu’elles s’adressent à « tout le monde », parce qu’elles généralisent là où on n’a pas le droit de généraliser… » (§ 198)

 

Lire à ce propos l’excellent pastiche de Pascal Fioretto, La joie du bonheur d’être heureux, éditions Chiflet & Cie. Je ne dis rien de plus.

 

 

20 - Homme faible / Homme fort ( ou «  pour ou contre le métissage »)

 

« L’homme d’une époque de dissolution qui mélange toutes les races, l’homme qui recèle dans son corps l’héritage d’une ascendance composite, autrement dit des instincts et des jugements de valeur contradictoire, sinon plus, lesquels s’affrontent entre eux et le laissent rarement en repos, cet homme des civilisations tardives et de la clarté déclinante sera en gros un individu plutôt débile ; son vœu le plus profond sera de mettre fin une bonne fois à la guerre qu’il est lui-même…

 

(…)

 

obama0201.jpgLorsque, au contraire, les oppositions et les conflits agissent sur de tels individus comme un aiguillon de plus, comme une incitation à vivre davantage, lorsque, d’autre part, ils ont hérité et cultivé en eux, à côté de leurs instincts vigoureux et irréconciliables, une authentique maîtrise dans l’art de se combattre, donc de se dominer et de ruser avec eux-mêmes, alors on voit paraître ces hommes fascinants, insaisissables, insondables, ces êtres nés pour vaincre et pour séduire dont Alcibiade et César constituent les plus belles expressions » (§ 200).

 

Lequel serons-nous ? Tout s’évalue dans cette guerre de soi contre soi.

 

 

2001-A_Space_Odyssey-1-07-0.jpg21 - Science et normativité

 

La science et sa dégoûtante vision plébéienne du monde. La science et son arrogante autonomie anti-métaphysique. La science – lieu des vérités qui ne dérangent personne et qui, au contraire, sont faites « pour tous ». La science – lieu de la moyenne des choses et du normatif. La science - qui préfère la généralité plutôt que l’exception, la majorité plutôt que l’excellence. La science – qui, contrairement à la philosophie, protège les faibles (les plus nombreux) des forts (les plus rares). Il était normal qu’elle devienne la seule « théorie de la connaissance » de l’époque démocratique. La science ou la meute en épistémologie.

 

« Comparé au génie, à l’être qui engendre ou qui enfante – ces deux mots pris dans leur acceptation la plus haute -, le savant, l’homme de science moyen, tient toujours quelque peu de la vieille fille : comme elle il ignore ces deux fonctions suprêmes de l’être humain » (§ 206). Et de fait, le scientifique arbore la perception du monde la plus restrictive, l’angle le plus terne, c’est-à-dire le plus conforme à la moyenne des choses. Aucune perspective réelle, joyeuse, drolatique en lui, sinon le renforcement perpétuel de la normativité. Ce qui ne l’empêche nullement de scruter chez les autres ce qui ne va pas – normativement parlant. « Comme on peut s’y attendre (…), [le scientifique] regorge d’envies mesquines, il a un œil de lynx pour les tares des natures qu’il ne peut prétendre égaler ». Il a ce que Bernanos appellera « la cruelle perspicacité du rustre », qui détecte avec une justesse sans pareille les anomalies de l’être qui lui est supérieur, et qui met un point d’honneur à traîner tout ce qui le dépasse devant son tribunal de l’objectivité - inférieure. « Ce qui subsiste en lui [à l’homme supérieur] de personnel lui paraît fortuit, souvent arbitraire, plus souvent encore importun, tant il s’est fait le lieu de passage, le reflet d’être et d’événements étrangers » (§ 207).. A la grande santé de ce dernier, le scientifique oppose sa petite santé primaire faite de calculs et d’intérêts (car l’objectivité n’est qu’un intérêt sublimé). « Chez lui, la « nature » et le « naturel » se sont réfugiés dans son « totalisme » serein ». Abjecte jouissance de l’esprit objectif qui ne cherche qu’à mettre à mort toutes les jouissances de la subjectivité ! Adepte d’une réalité neutralisée jusqu’au néant, le scientifique ne connaît ni l’amour ni la haine, du moins « au sens où l’entendent Dieu, les femmes ou les bêtes ». A sa manière, le scientifique voit aussi les choses « au-delà du bien et du mal », mais cet « au-delà » n’est pas celui de l’affirmation d’une vie surabondante et joueuse, mais bien celui d’un nivellement absolu des valeurs et qui ne relève de rien d’autre que d’une haine non avouée de la vie.

 

 

22 - Femme et fouet.

 

A une femme, rencontrée dans un de ces hôtels méditerranéens qu’il avait l’habitude de fréquenter, qui lui dit un jour que s’il lui refusait ses livres, à elle et à ses amies, c’est parce qu’il avait écrit dans l’un d’eux : «  si tu vas chez les femmes, n’oublie pas le fouet », Nietzsche, éploré, lui prenant ses mains dans les siennes, lui répondit que ce n’était pas ainsi qu’il fallait l’entendre… Eh quoi ? Le fouet que l’homme emporte chez les femmes ne serait pas pour elles mais… pour lui ? Passons, passons !

 

 

Elephant man.jpg23 - Le monde de Chantal Sébire vu par le très nietzschéen et très catholique Marc-Edouard Nabe.

L’obsession de notre monde ? Abolir le négatif. En finir avec toutes les souffrances – et donc en finir avec la vie qui va avec. Bien avant Philippe Muray, Nietzsche stigmatisa cette manie de l’époque (qui plus que la sienne est la nôtre) à faire du bien-être le terme de toute morale, et à se débarrasser à tout prix du tragique. Hélas, hélas ! Supprimer la souffrance, c’est supprimer l’unique cause qui fait que l’homme peut se dépasser. C’est rapetisser celui-ci au-dessous de lui-même. C’est en faire un monstre compréhensible que l’on ne peut plus ni relever quand il désespère, ni rabaisser quand il est trop content de lui.

A propos de monstre…

Dans son tract génial, paru en mai dernier, sur Chantal Sébire, et intitulé « Le ridicule tue », Marc-Edouard Nabe défrisa les consciences modernes en stigmatisant la tentation de celles-ci, heureusement avortée, d’instituer l’euthanasie comme désir légitime de tout un chacun, et devant être subventionné, sinon acclamé, par la société. Ce qu’elle nous a emmerdé ce printemps « la batracienne en souffrance » avec son discours tout fait sur le suicide assisté comme nouveau droit de l’homme !

« Pour Chantal, la « fin de vie » n’est pas assez légiférée en France. Qu’est-ce que c’est que cette manie de vouloir toujours être encadré par la loi ? Pour chaque moment de sa vie, l’homme du XXIe siècle a besoin qu’on lui donne la permission de le vivre. Même pour mourir il ne veut pas être hors la loi. »

Chantal voulait mourir – mais à condition que cela ne soit pas de son fait. Ce qu’elle voulait, la difforme sous influence, c’était une mort festive, plébiscitée, subventionnée, médiatisée - une mort spectacle.

« Madame Sébire veut faire de sa mort une cérémonie, au milieu de tous les siens, comme la Vierge Marie en dormition entourée de ses apôtres. D’abord une teuf pré-euthanasie toute la nuit, champagne et cotillons, danse des canards, et puis à l’aube, épuisée de rire et de bonheur, elle se ferait piquer par son toubib. Aïe et adios ! Une piqûre douce comme un baiser, de ceux qui transforment un crapaud en princesse charmante, car c’est comme ça qu’elle se voit, Chantal, morte : ressuscitée en quelque sorte, comme au bon vieux temps d’avant son cancer ! Oui, mais ça ne marche pas comme ça, la vie, Chantal... Encore moins la mort ! Tant qu’il y a de la vie il y a du désespoir. Personne au fond ne veut mourir, pas même Chantal. Se balader dans tous les médias comme une Miss France à l’envers est une façon de se raccrocher à la vie, de repousser finalement cette stupide évidence qu’elle s’est, ou qu’on lui a plutôt, mise dans la tête : qu’elle doit disparaître parce que trop moche et « incurable ». Évidemment, elle refuse qu’on l’opère, et soigne son cancer du nez à coup d’Aspégic ! Tu m’étonnes qu’elle souffre ! »

Elle souffre et elle veut mourir, alors qu’elle pourrait simplement vouloir la cessation de sa souffrance et continuer à vivre. Mais non ! Pas de ça mes gaillards ! Chantal est une dure qui ne fait pas de compromis. Les soins, c’est pour les chochottes. Elle, elle veut tout ou rien ! Donc la mort. Et « la racaille antimétaphysique », soit toute la société du spectacle, d’embrasser les noces funèbres de Chantal.

« Le seul geste d’humanité, maintenant, c’est d’assassiner quelqu’un qui souffre ! »

Car il n’est pas question qu’elle-même le fasse ! Le scandale Sébire, ce n’est pas une pauvre femme qui souffre le martyr toute la journée (d’ailleurs, elle ne souffrait pas tout le temps : des reportages télé nous la montraient en train de vaquer à ses occupations, faire la cuisine pour ses enfants, regarder la télé où elle devenait la nouvelle star, et répondre par téléphone à toutes les questions des journalistes avec une énergie qui force l’admiration), et qui ne peut se donner la mort elle-même, c’est une procédurière impitoyable qui demande que la société prenne en charge ce qu’elle se répugne à faire. Or, comme le dit Nabe, violemment inspiré :

« Est-ce bien catholique ? Vouloir maîtriser sa mort alors que c’est le job de Dieu. Même le suicide est encore une volonté divine, car c’est Dieu qui a inoculé dans l’âme du suicidaire la force (ou la faiblesse, on peut en discuter) de vouloir se tuer soi-même. Dans l’euthanasie, c’est le médecin (misérable ersatz de Dieu !) qui administre dans le simple corps du patient une vulgaire dose de poison mortel. Dans un cas, la personne est consciente tout en dépendant d’une force qui la dépasse; dans l’autre, elle se croit consciente parce qu’elle remet, pour ne pas dire trahit, son destin entre les mains d’autres hommes qui l’ont influencée. Ils l’assistent pour l’assassiner. C’est de l’assassistance ! »

Ce qu’il faut comprendre, c’est que :

« Le suicide fait encore partie de la vie, pas l’euthanasie qui fait partie de la mort ».

 

Sauf que Chantal Sébire est contre le suicide mais pour l’euthanasie ! Et d’ailleurs, après sa mort :

« Les pro-euthanasie reprochent maintenant à ceux qui ont refusé à Chantal le droit de mourir de l’avoir assassinée! En refusant de l’assassiner, ils l’auraient incitée au suicide ! Ça devient le pire des crimes de ne pas vouloir tuer son prochain ! ».

Grâce à Dieu, elle aura fini par renoncer à ses prétentions juridico-médiatiques et se sera suicidée comme une grande – retrouvant ainsi, au dernier moment, sa dignité.

« Le dernier jour de l’hiver, toute seule dans son salon, Chantal Sébire s’est couchée par terre, au milieu de ses fauteuils et de son divan qu’elle avait emmaillotés de housses comme des fantômes, pour éviter qu’ils ne s’abîment, avec le temps. »

Quant à Nabe, grâce lui soit rendue d’avoir eu cette « dure pensée » - généreuse en diable ![5]



A SUIVRE

[1] Goethe, Faust I, traduction Malaplate, GF, page 34.

[2] Thomas Mann, Le docteur Faustus, Albin Michel, p 466

[3] René Girard, Je vois Satan tomber comme l’éclair, biblio essais, Le Livre de Poche, p 227.

[4] Nietzsche, Œuvres complètes, vol. XIV : Fragments posthumes début 1888 – janvier 1889, Gallimard, 1977, p 224-225.

[5] On peut lire ce texte dans son intégralité sur le site de Nabe : http://marc.edouard.nabe.free.fr/Accueil.html

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Commentaires

Au chant du coq... Pierre, ne confondez-vous pas Dionysos avec Abraham ? Qu'est-ce qui vous fait dire que Dionysos, c'est le sacrifice d'autrui, le lynchage ? N'est-ce pas lui, dans sa version Zagreus, qui fut mis en pièces ? N'est-ce pas lui qui est insupportable aux humains trop humains, comme leur est insupportable la nature ?

J'entends bien que Dionysos a sa part noire, mais c'est contre lui-même qu'elle peut se retourner, comme un astre dans son exultation, sa folle énergie, peut se changer en trou noir. Se retourner, non chuter comme le fit Lucifer. Se retourner, dans la chance du retour à la lumière, de l'éternelle alternance du jour et de la nuit, l'éternel retour l'un vers l'autre de ce qui a été séparé dans la Genèse après avoir été uni.

Dionysos réalise l'union dans l'éclatement, paradoxe par excellence, miracle toujours recommencé ! D'où sa joie, sa douleur aussi.

Rien à voir avec le nazisme, qui sépare à mort, rajoute de la séparation maniaque au monde déjà séparé - une entreprise qui relève de l'esprit scientifique, en réalité, quand il ne s'élève pas assez au-dessus de lui-même pour se changer en vision.

Dionysos n'est pas le diable. Contrairement à ce dernier, s'il divise c'est pour démultiplier et réunir (comme des petits pains...) S'il se rapproche du diable, c'est dans sa version déchue, Bacchus, ce diablotin vulgaire en effet, plébéien diriez-vous, rameutant. Sa version désorientée, coupée de sa racine orientale, qui se situe au ciel, sa racine aristocratique diriez-vous.

Ecrit par : Alina | 15/11/2008

... Dionysos au chant du coq :

http://apocalypsis.blogspirit.com/archive/2008/11/15/intention.html

Ecrit par : Alina | 15/11/2008

Ah chère Alina, il n'est pas si facile d'être christo-païen. C'est stimulant sur le plan esthétique, mais ça ne vaut rien sur les plans théologique, moral et philosophique.

Dans le mythe d'Abraham, Dieu intervient pour empêcher le sacrifice. Dans celui de Zagreus, fils de Zeus et de Perséphone (donc de la mort), il fait partie de l'ordre des choses - même si Zeus le fait renaître ensuite en dévorant son coeur, cette renaissance n'est en rien une "résurrection". Dans la Bible, Abraham représente une situation qui doit être précisément dépassée. Le sacrifice de l'autre, geste cruel et archaïque, y est littéralement aboli. Dans la mythologie antique, il continue de plus belle. On passe de la vie à la mort et de la mort à la vie selon un retour éternel des choses et comme deux phénomènes identiques. Alors que le Dieu de l'Ancien Testament prépare déjà la victoire de la vie sur la mort, qui sera accompli par le Christ. Bref, Dionysos, même dans sa version Zagreus, surtout dans celle-ci pourrait-on dire, reste un paradigme de sacrifice, de cruauté, de violence considérée comme "nécessaire" à la marche des choses.

Par ailleurs, dans sa version nietzschéenne, Dionysos, c'est bien le dieu de l'excès, de la transe, de la fête des sens, de l'amoralité absolue dans laquelle précisément vie et mort ne font plus qu'un et où il n'est plus si grave de tuer ou de voir tuer. Et chaque fête païenne avait son lot de sacrifiés humains. Il y a une scène de ce genre dans Le comte de Monte-Cristo où pendant le carnaval de Venise un condamné à mort est exécuté en pleine liesse populaire. Le paganisme a la vie dure.

Evidemment, je suis là René Girard qui, dans Je vois Satan tomber comme l'éclair, rappelle le mot fulgurant d'Héraclite, que "Dionysos, c'est la même chose que Hadès". Dionysos, c'est la même chose que la mort. Et vous serez d'accord qu'on ne peut dire de Jésus-Christ qu'il est la même chose que la mort ! Alors certes, tous les deux sont sacrifiés, mais c'est le sens du sacrifice qui diffère. Le "sacrifice" du premier est en fait un lynchage légitimé alors que celui du second est l'abolition du lynchage. Ou si vous préférez : la mise à mort de Dionysos va dans le sens de la mort, celle du Christ va dans le sens de la vie. Le culte de Zagreus approuve la violence. La religion du Christ désapprouve la violence. Dit encore autrement : pour un "dionysiaque", le démembrement de Dionysos va de soi, fait partie du grand cycle de la vie et de la mort, sera même une initiation symbolique pour les jeunes gens, alors que la crucifixion de Jésus est pour un chrétien encore et toujours un scandale - et même un savoir, rajoute Girard. La croix, c'est la prise de conscience que la violence n'est pas nécessaire à la vie.

La révolution chrétienne, d'aucuns diraient "girardienne", est que le christianisme abolit non la violence, mais la valeur positive, païenne, accordée à la violence. Le christianisme fait de la violence un scandale. Alors que les païens trouvaient normal d'aller voir des gens jeter aux lions ou crucifiés sur la voie appienne. Le mythe, ce n'est pas simplement des histoires fabuleuses, plus ou moins créationnistes, c'est aussi l'idée d'une représentation du monde fondée à partir du cycle où les contraires sont au fond des identiques qui se suivent. Et c'est ce que le christianisme cherche à dépasser. C'est en ce sens que l'on peut dire que le christianisme en finit avec le mythe.

Du moins théoriquement, car la violence mythique, c'est-à-dire la violence légitime, va perdurer dans l'histoire, mais c'est sa perception qui va être différente. Des pendaisons de nègres à l'Affaire Dreyfus, des massacres de populations aux génocides modernes, tout ce qui relève de la mort d'autrui considérée comme légitime, relève précisément d'une perception païenne. Tout ce qui se scandalise de la mort d'autrui relève d'une perception chrétienne. Et vous avez bien lu : les antidreyfusards étaient moralement des païens.

Et qu'on ne vienne pas benoitement me sortir les guerres de religions, l'Inquisition, les croisades, comme contre-exemples, puisque les guerres de religion, l'inquisition, les croisades relèvent précisément de la partie païenne du christianisme, ou plutôt de ce cancer païen qu'il est si difficile d'extirper même à l'intérieur de la religion civilisée - mais qui rejoint votre idée que le christianisme n'est pas encore accompli. Là-dessus, on est d'accord.

Et le jour se lève....

Ecrit par : montalte | 16/11/2008

Dionysos est un dieu, c'est-à-dire une personnification de certaine force ou attribut de la nature, comme les autres dieux.
Jésus est une homme.
L'erreur fondamentale est de raisonner en les mettant sur le même plan. (J'ai lu aussi ce livre de Girard, "J'ai vu Satan...", je crois qu'après en avoir fini avec mes trois faux prophètes il faudra que je fasse aussi une note sur lui, René Girard, qui ne ment pas délibérément mais commet quelques grosses erreurs)
Le sacrifice de Dionysos ne signifie pas le sacrifice d'un homme, mais un certain fonctionnement de la nature.
Ce fonctionnement est perverti par l'homme quand ce dernier le démarque perversement pour exercer sa violence sur autrui.
L'homme n'est pas Dieu, il n'est pas non plus sa Création, seulement, et c'est immense, sa créature, en amour avec Lui. Qui s'éloigne du bien, de l'amour, quand il se prend pour Dieu ou sa Création, quand il n'obéit plus, ce qui veut dire quand il n'écoute plus la voix de l'Amour, quand il devient sourd.
Merci pour votre réponse, et le désir qu'elle me donne de m'expliquer plus longuement une autre fois dans un vrai texte...
Bonne journée !

Ecrit par : Alina | 16/11/2008

Pourquoi cette fixation sur Dionysos, il n'est qu'un parmi les Dieux et Déesses ? Parce que Nietzsche en a fait une sur lui ? Il n'est pas le dépositaire de toutes les religions polythéistes, que je sache.

D'autre part, si on est "christo-païen", c'est-à-dire si on intègre le christianisme au paganisme, ou vice-versa, c'est justement qu'on est sensible au message du Christ qui veut qu'on se scandalise de la mort d'autrui.

Amitiés.

Ecrit par : Fabien | 16/11/2008

Voilà que vous faites dans l'arianisme maintenant, Alina !
Pour un chrétien, et même pour un historien des religions, le Christ est dit homme et Dieu tout à la fois. Si on ne le dit qu'homme, on fait dans l'hérésie d'Arius, et si on ne le dit que Dieu, on fait dans l'hérésie dont je viens d'oublier le nom. Au passage, amusante votre coquille : "Jésus est UNE homme".

Par ailleurs, on ne peut mettre sérieusement ces deux "dieux" au même niveau, le premier ayant disparu des croyances (mais non des mentalités) depuis longtemps - Dionysos, le second alimentant encore les croyances et les mentalités - le Christ. La preuve, comme dit Chesterton, est que vous aurez bien du mal à "blasphémer" Odin, Thor.... ou Dionysos.

Sinon, tout à fait d'accord avec vous quand vous dites que le sacrifice de Dionysos signifie le fonctionnement de la nature (dont fait partie, au sens de Girard, le sacrifice humain, mais cela on peut en effet en débattre), puisque c'est précisément de ce fonctionnement de la nature, sinon de ce "destin", dont veut nous débarrasser christianisme. Le christianisme est de ce point de vue là une "anti-nature", comme un "anti-mythe", bref une religion qui se propose de donner des fins et des moyens à l'humanité pour exploiter la nature et dépasser le mythe - "l'homme, roi de la création", etc. Du destin greco-romain, on passe au dessein judéochrétien, pourrait-on dire.

En revanche, quand vous parlez de la voix de l'Amour à propos de Dionysos, je ne sais pas à quoi vous vous référez. Car l'Amour n'est pas une vertu grecque - même dans Le Banquet où il est une méthode de savoir. Les vertus grecques, car il y en a, sont plutôt de l'ordre de la modération, de la prudence, du scepticisme, de l'abnégation ou de l'amor fati. Aucun rapport donc avec les vertus chrétiennes qui sont l'espérance, la charité et l'amour.

Enfin, et vous le savez autant que moi, la religion antique est par nature très différente de la religion monothéiste. Les dieux grecs sont des dieux "objectifs", "naturels", "physiques", sinon des façons de nommer, de personnifier, comme vous dites, les phénomènes naturels, alors que le dieu d'Abraham, de Jacob, de Moïse, de Jésus... et de Mahomet, est un dieu subjectif, intime, qui nous parle à l'oreille, que l'on prie, et qui peut même changer miraculeusement notre destinée. Le dieu monothéiste implique d'ailleurs l'appel, la conversion - alors qu'aucun grec ne s'est jamais "converti" à Athéna.

En tous cas, j'attends votre post sur Girard.

Eh oui, Fabien, Dionysos nous tient et nous tient bien depuis Nietzsche. Il n'est certes pas le seul, mais il est, dans la pensée moderne, celui qui a le plus réintégré ce Dieu terrible dans la philosophie et l'esthétique (dans mon troisième volet sur Nietzsche que je mettrai demain, j'y reviens d'ailleurs...)

Ecrit par : montalte | 16/11/2008

Tenez, pour faire une récréation, regardez ce que j'ai trouvé sur le site d'Agnès Giard :
http://www.youtube.com/watch?v=3AEZbWtELQI&eurl=http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/

En voilà du paganisme sympa, hein ?

Ecrit par : montalte | 16/11/2008

Ne vous faites pas plus sourd que vous ne l'êtes, Pierre. Je n'ai jamais confondu Dieu et les dieux, jamais dit non plus que Jésus n'était qu'un homme, tous mes écrits clament sa divinité. Raison pour laquelle j'ai fait ce lapsus, "une" homme... Lui qui nous fit à son image, homme et femme il nous fit...
Et ne nomme-t-on pas Agapè la charité ? N'est-ce pas un mot grec ?

Ecrit par : Alina | 16/11/2008

Je ne vous faisais pas du tout cette injure de confondre Dieu et les dieux, ni de nier la divinité du Christ, Alina, je stigmatisais seulement le fait que dans ce post-là, vous sembliez entretenir la confusion, peut-être pour sauver à tout prix Dionysos.

Quant à l'Agapé (qui veut dire peut-être plus "affection" que "charité", mais il faudrait vérifier), ce n'est pas parce que les mots "charité", "'espérance" et "amour" existent bien évidemment en grec qu'ils constituent un "credo" de la pensée grecque...

Amicalement.

Ecrit par : montalte | 16/11/2008

Salut Montalte

Je viens de lire avec attention ton article. Plusieurs passages m’ont chafusté. Sinon, je suis bien incapable de donner mon avis sur un tel sujet. Pour moi, on aurait du se méfier de Nietzsche dès le départ car son patronyme est déjà tout ce qu’il y a de plus barbare. Faire succéder quatre consonnes aussi bizarre, c’est un signe. Ainsi le bon sens du plébéien a-t-il parlé.
Je vais maintenant passer aux passages chafusteurs :
« Dieu ne serait vraiment glorieux que lorsqu’il aurait réintégré l’enfer à son paradis » J’y avais jamais pensé. C’est pas con comme on dit. Niveau théologique je ne suis pas certain de toutes les implications mais ça mérite d’être creusé.
« … l’on en vient à se demander si la barbarie « saine » ne vaudrait pas mieux que la culture « malsaine ».Je suis catégorique là-dessus, la culture malsaine est la forme aboutie de la barbarie. Point, à la ligne.
« Que le dionysisme fut une religion de carnage, et que le christianisme fut celle qui mit fin à ce carnage, c’est exactement ce que constate Nietzsche» Là, je suis un peu plus circonspect. Je dis pas que les religions antiques ne pratiquaient pas le carnage mais je ne peux m’empêcher de penser que pour autant prospérer et fonder des « Etats » stables et durables, elles devaient aller un peu plus loin que ça. Même la décadence de Rome qui s’étale sur deux siècles (rien que ça) ne peut se résumer à du pain, des jeux, des sacrifices, des esclaves.
« On l’a tellement dressé pendant des siècles à l’esclavage que cesser ses activités, même le dimanche, lui est un supplice » C’est un peu prendre les gens pour des cons. Le monde se diviserait en deux catégories, ceux qui aiment se tuer à la tache, étranger à toute forme de beauté et de subtilité et puis les autres, feignants, mais initiés à la beauté et aux charmes de l’oisiveté. Prenons un exemple, disons moi. J’aime lire, dans un fauteuil, écouter de la musique mai j’aime aussi jardiner à m’en casser le dos et en avoir de la corne et des ampoules. J’aime mon repos dominical mais je ne suis pas arque bouté dessus. Et paf, avec un contradicteur comme moi, Nietzsche n’a qu’à bien se tenir.
« Mais non, je n’exagère pas ! Voyez les cultures traditionnelles ! Voyez les mères africaines qui excisent leurs filles ! Voyez les pauvres qui sont contre l’avortement ! » Je subodore la provocation dans ce petit passage. Je le relève et je te le dis juste pour que tu le saches.
« La science – lieu des vérités qui ne dérangent personne et qui, au contraire, sont faites « pour tous » Là, je sais pas, je suis pas sure que les vérités et scientifiques ne dérangent personne. Songe qu’on va bientôt pouvoir se cloner. Je ne suis pas certain que ça ne dérange personne. Le plix (le plouc en gaulois) ne sera pas dupe et comprendra très bien les dangers de tout ça.
« Elle souffre et elle veut mourir, alors qu’elle pourrait simplement vouloir la cessation de sa souffrance et continuer à vivre. Mais non ! Pas de ça mes gaillards ! Chantal est une dure qui ne fait pas de compromis. Les soins, c’est pour les chochottes. Elle, elle veut tout ou rien ! Donc la mort. » Là, ça me dérange franchement. Peut-être qu’elle a dit plein d’âneries cette Chantal mais on peut comprendre. Qu’avons-nous traversé comme épreuve comparable ? Rien, wallouh peau d’zob. J’ai l’impression qu’ici, le philosophe parle d’elle comme le scientifique parle du cafard dans son becher : inhumain, froid, raisonné.
Voilà. C’est fini. Ce post est celui d’un cuistre qui aime bien mettre son grain de sel. J’aurais aimé avoir un avis plus général sur tout ce que tu dis mais j’en suis incapable. J’ai pas le bagage. Alors je me focalise sur les détails. Mais dis moi, où le Diable réside-t-il déjà?

Ecrit par : Grégoire | 18/11/2008

Même si, comme ces derniers temps, vous le jetiez à la poubelle, voici encore un de mes savants billets.

Votre lecteur écrit : "Nietzsche ... son patronyme est ... barbare ... quatre consonnes"

Une consonne est un son et non pas une lettre ; il n'y a donc que 2 consonnes (finales) dans le nom de Nietzsche.

Mais ce qui me pousse à vous embêter, une fois de plus, cher Montalte, c'est une autre curiosité phonético-étymologique : parmi les promoteurs du nihilisme on cite souvent ces trois noms : Henri Heine (pour les anti-sémites), Nétchaev (pour Dostoïevsky), Nietzsche (pour Heidegger) ; or, la sonorité de leurs noms nous renvoie, bizarrement, au "rien". A Paris, on appelait le premier - "Mr Un Rien" - pour le premier, "nétchégo" signifie "rien" en russe, "Herr Nichtse" ("nichts" = "rien") a été le sobriquet malveillant pour le dernier.

Ecrit par : Scythe | 18/11/2008

PS. Les hérésiarques qui complétaient les ariens, en niant la consubstantialité, s'appelaient nestoriens.
Ceux qui réconciliaient les deux s'appelaient monophysites dont on trouve toujours des adeptes dans des Eglises orientales (copte, arménienne).

Ecrit par : Scythe | 18/11/2008

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