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Au secours, Naulleau reste !

Naulleau.jpgOn a commencé à l’aimer, Naulleau. Ce type sorti de nulle part, si, des Balkans, ex-attaché parlementaire d’un sénateur PS, éditeur improbable, puis très probable de Pierre Jourde avec lequel il signa Le Jourde & Naulleau, ce manuel de dézingage de littérature française contemporaine s’en prenant, comme tout le monde, à Marc Lévy ou BHL, et qui un beau jour devint le Baffie intello de Ruquier. Sniper sans pitié chargé de contrarier les invités, mettre le doigt sur leur nullité artistique, ou simplement chahuter leur morgue en imposant la sienne, en fait tout faire pourvu qu’ils sortent de leurs gonds, Eric Naulleau pouvait se vanter d’être le seul critique littéraire de la télé, le seul écueil que l’invité pouvait rencontrer dans un océan de promotions et de flatteries. Au début, ça paraissait amusant et salubre. On lui pardonnait ses injustices, on oubliait son anti-houellebecquisme primaire, secondaire et tertiaire, qui avait fait sa gloire avec son très oubliable Au secours, Houellebecq revient de 2005, on s’interrogeait quand même un peu sur la légitimité de ses jugements de goûts venus d’on ne sait où et présentés de plus en plus comme des arrêts de cour de justice. On souriait de moins en moins de sa propension à tirer sur des ambulances. Etait-il nécessaire de faire pleurer Laurence Boccolini ou d’énerver une énième fois Francis Lalane bien connu pour ses coups de sang ? Et après tout, reprocher à tel écrivaillon qu’il n’est ni Dostoïevski ni Proust et qui d’ailleurs n’a pas la prétention de l’être, est-ce si honnête ? C’est quand l’exigence commence à se tromper de cible qu’elle se discrédite. Et c’est quand la télé fait du redresseur de torts une vedette incontournable que celui-ci se transforme en tueur à gages. A ce moment-là, pas sûr que le flingue ne s’enraye. A force de ne pas se coucher, Eric Naulleau aura sombré dans l’insomnie critique - et se révéler aussi franc tireur qu’assez mauvais viseur. D’abord, une totale absence de problématique personnelle - sinon celle de confondre l’auteur avec son œuvre qui est sans doute la pire lecture possible et le symptôme d’un puritanisme antilittéraire total. Pour le reste, qu’il descende ou qu’il loue, on se demande toujours ce qui légitime son opinion, sinon une pure instabilité caractérielle, une incohérence intellectuelle stupéfiante, mêlée de moraline idéologique, qui fait que l’on finit par se demander ce qu’il attend de la littérature, et s’il l’aime vraiment. Lui qui dit pourtant partout que ce qui l’intéresse est plus le livre que ce qui se passe autour du livre n’est pas à l’abri d’entretenir cet autour. Un jour, il s’en prend à Patrick Besson, trouvant dans le dernier livre de celui-ci, Belle-sœur, un prétexte pour lui parler de ses anciennes prises de positions « pro-serbe », ce qui n’a vraiment rien à voir, mais rien à voir, avec ce roman d’adultère et de fratrie, aussi intime qu’inactuel.

Un autre jour, il reproche à Charles Dantzig son érudition mais se contredit en ne citant de lui que les passages les moins « érudits » de son livre, ce que lui fait ironiquement remarquer ce dernier, avant de lui citer les erreurs d’érudition de ses propres livres à lui, Naulleau.

Pris à son propre piège, notre piètre flingueur conclut alors que Dantzig n’a pas l’habitude d’être « secoué par la critique » alors que c’est lui qui vient de l’être à l’instant sous nos yeux. Mais l’inconséquence éditoriale atteint son summum quand sur le même sujet il change de position. Ainsi fera-t-il l’éloge de Ayaan Hirsi Ali, la courageuse et belle militante anti-islamiste menacée de mort par les intégristes, un 16 février 2007 mais crucifiera le malheureux et sans doute moins sexy Robert Redeker, lui-même victime d’une fatwa islamiste et disant pourtant les mêmes choses que cette dernière, le 17 mai 2008. Est-ce cette confusion des hommes, des femmes, des idées et de sa libido toujours aux aguets et si souvent mise à mal (ah les prises d’arme avec Rama Yade !) qui fera qu’une Caroline Fourest aura si facilement raison de lui un 24 avril 2010 et manifestera aux yeux de tous la pauvreté de sa rhétorique, l’indigence de ses prises de positions, l’incontinence de ses sermons ? Il est vrai que la dramaturgie télévisuelle peut parfois se retourner contre celui qui, grâce à elle, se croyait si bien loti.

On-nest-pas-couché.jpgCar il ne faut pas se leurrer. Le succès du comique ou du critique est conditionné en grande partie, quel que soit son talent (et là, nous ne parlons plus de Naulleau), dans le dispositif télévisuel qui le sert ou le dessert. Ainsi, le même trublion si efficace dans tel dispositif se révèle calamiteux dans tel autre. Rappelez-vous Laurent Baffie, sniper en chef chez Ardisson, « snipé » permanent à Nulle part ailleurs entre 1996 et 1997. Entre les Guignols qui l’avaient pris pour cible permanente et Philippe Gildas qui lui mettait les trois quart du temps de l’émission la main sur la cuisse pour lui signifier de ne pas intervenir, que pouvait bien faire le tombeur de Dorothée ? La télévision est très forte pour faire que le cancre apparaisse brillant puis se révèle encore plus cancre qu’il n’était. Dans On n’est pas couché, l’apparente force de Naulleau ne réside que dans la place à la fois technique et dramatique que lui accorde celui qui donne le la de l’émission, à savoir Laurent Ruquier. Il n’apparaît couillu que parce que l’engrenage de l’émission lui est favorable et que son patron l’a décidé. Mais que ce dernier prenne subrepticement le parti de sa pote (et d’ailleurs pourquoi pas ?) Isabelle Mergault venue faire le trois octobre dernier la promotion de son film Donnant donnant et laisser celle-ci faire un numéro par ailleurs fort dissuasif avec son acteur Daniel Auteuil contre Naulleau, et voilà notre couillu qui se retrouve illico baffisioguignolisé et réduit à jouer les duchesses outragées parce qu’il n’a pas exercé son « droit à la critique ».

Naulleau trois.jpgAu reste, cet argument du « droit à la critique », soi-disant antidote à la promotion perpétuelle et qui constitue le credo de Naulleau, a fait long feu. A vrai dire, on peut se demander si la confrontation des auteurs avec leurs critiques n’est pas la fausse bonne idée par excellence et le triomphe d’un spectacle par ailleurs inlassablement dénoncé par ceux-là même qui le font. Auteur et critique ont-ils eu jamais quelque chose à se dire, que l’un soit démoli ou porté aux nues par l’autre ? Que répondre en effet à quelqu’un qui vous dit en face qu’il ne vous aime pas, que vous écrivez mal, que vos livres sont tartes, et qui, le pire, se croit très courageux de le faire alors qu’il n’y a pas plus lâche ? En vérité, le face-à-face soi-disant direct et viril n’est dans cette émission qu’un mauvais simulacre qui, comme le disait Patrick Besson dans un article du Point du 12 mars 2009 « revient à gifler quelqu'un de plus fort que soi quand il a les mains attachées. » Le critique qui se croit fort de dire à l’auteur tout le mal qu’il pense de lui se trompe d’interlocuteur – et l’auteur qui se croit malin d’aller discuter avec ce critique n’est, c’est vrai, pas forcément à sa place. Si un critique n’aime pas ce livre, il faut simplement attendre qu’un autre l’aime. Et voir le débat entre eux en se gardant bien d’intervenir. Très mauvais pour le moral et très fallacieux pour le débat, même si spectaculaire, de discuter un jugement de goût qui vous ait fait. Si quelqu’un me dit que je suis nul, eh bien, c’est qu’il pense que je suis nul, et il a le droit de le penser, mais ça ne signifie pas forcément que je le sois - sauf que si je ramène ma fraise en lui rétorquant que ce n’est pas moi qui suis nul mais lui, je risque vraiment de passer pour un nul même si je suis génial et de le faire passer pour génial même s’il est nul. Et c’est ce piège auquel tendent Naulleau et l’émission de Ruquier : obliger les gens à réagir à ce qui ne sont que des avis sur eux. Or, on ne discute pas un avis sur soi. Les idées, c’est autre chose. C’est d’ailleurs là la grande différence entre les deux Eric, l’un faisant dans la polémique politique, et donc permettant la discussion, l’autre ne faisant que donner son « avis », et donc l’interdisant. A son corps défendant, l’on admettra volontiers, car il faut être juste, que c’est lorsqu’il accepte la vraie polémique, celle qui donne sa chance à l’autre, qu’il peut alors tirer son épingle du jeu et honnêtement l’emporter – comme par exemple, en avril dernier, face à ce jeuniste attardé de François Bégaudeau. Hélas ! Ne se donnant la plupart du temps qu’une chance à lui-même, il perd à chaque fois celle de paraître autre chose qu’un hargneux jobard, démolissant à tour de bras autant que se décrédibilisant.

Dégonfleur attitré des baudruches, Naulleau sera devenu baudruche en chef. Et pas loin d’éclater au vu de ses derniers déboires. Avec le temps, les invités s’y laissent en effet de moins en moins prendre et il est à craindre, youtube et dailymotion à l’appui, que Naulleau ne devienne progressivement la bourrique de l’émission. On comprend alors qu’il se soit déjà réservé une autre place, celle de présentateur en chef de Ca balance à Paris sur Paris Première, où au moins il n’y a plus d’invité récalcitrant qui risque de lui répondre quand il agresse l’un d’entre eux. Preuve son premier éditorial contre Houellebecq, adressé droit dans les yeux du spectateur, comme s’il s’agissait d’une information de premier ordre alors qu’il ne s’agissait encore une fois que d’un avis de second ordre. La télé, qui adore les demi-habiles, aura, comme d’habitude, réussi son coup.

[Cet article a d'abord été publié sur le Ring le 20 octobre 2010.]

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Commentaires

  • Cet arrogant insignifiant et ININTELLIGENT de Naulleau me fait gerber dès que je l'entend. Il serait temps que la télé fasse son ménage cela devient urgent!

  • A vrai dire, on s'en fout de Neaulleau, qui ne valait pas ce billet - l'un des moins bons sur cet excellent blog, soit dit en passant.
    Naulleau ni ruquier ni On n'est pas couchés n'ont le moindre intérêt. C'est du commerce vulgaire de purée culturo-sociétale honteuse : plouf, tirons la chasse et n'en parlons plus.

    Cordialement,

  • Vous avez mis longtemps avant de découvrir que vous encensiez un beauf. Puissiez-vous en arriver un jour - pas trop tard - à découvrir que vous en encensez d'autres...

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