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        <title>La page de Pierre Cormary</title>
        <description>critique impressionniste</description>
        <link>http://pierrecormary.hautetfort.com/</link>
        <lastBuildDate>Wed, 23 Jul 2008 11:14:06 +0200</lastBuildDate>
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                <title>L'ordre amoureux (sur La nuit des rois)</title>
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                <author>noreply@ (Pierre CORMARY)</author>
                                <pubDate>Wed, 23 Jul 2008 07:41:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://pierrecormary.hautetfort.com/media/02/01/630442522.jpg&quot; id=&quot;media-1131934&quot; alt=&quot;Gabrielle d'Estrees et sa soeur.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.7em 0pt&quot; name=&quot;media-1131934&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;&quot;Prove true, imagination, O prove true !&quot;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;b&gt;Viola.&amp;nbsp;&lt;/b&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;De cette pièce extraordinaire, Henri Fluchère disait qu'elle était &lt;i&gt;&quot;la perle de la collection&quot;&lt;/i&gt;. Dernière des &quot;vraies&quot; comédies de Shakespeare, &lt;i&gt;La nuit des rois&lt;/i&gt; émerveille par son &lt;i&gt;&quot;atmosphère de rêverie amoureuse et de bamboche irréelle&quot;&lt;/i&gt; dans laquelle &lt;i&gt;&quot;la chanson à boire côtoie l'élégie, le hoquet fait contraste avec le sourire langoureux, la niaiserie excite l'hilarité et la mélancolie s'évanouit dans le sourire (...) En somme, du Musset supérieur.&quot;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Du Musset qui favoriserait ses personnages au lieu de les punir. Ou du Molière amoral. Ou du Corneille optimiste.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Illyrie, XVI ème siècle. Soeur jumelle de SEBASTIEN dont elle a été séparée après un naufrage - c'est-à-dire une &quot;tempête&quot; -, VIOLA s'est travestie en homme pour mieux se défendre des pièges de la vie (mais non des pièges de l'identité). Elle rentre sous le nom de Cesario au service du duc ORSINO dont elle tombe immédiatement amoureuse. Mais ce dernier est épris de la comtesse OLIVIA, elle-même inconsolable depuis la mort de son propre frère, et à qui son oncle, le grotesque sir Tobie Rotegras, veut faire épouser le non moins grotesque sir André Grisemine - tous deux, ennemis farouches du puritain MALVOLIO, l'intendant d'Olivia, qu'ils vont, avec l'aide de la commère Maria, du compère Fabien et du fou, tourner en bourrique. Tout se compliquera lorsque Olivia tombera amoureuse de Viola-Césario venu(e) lui présenter les compliments du duc. Il faudra le retour de Sébastien pour qu'identité et sexe se remettent en adéquation et que tout rentre dans l'ordre... amoureux.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Amour entre les hommes et les femmes, mais aussi amour entre les frères et les soeurs - l'un dépendant de l'autre comme les uns dépendant des autres. Car Viola, l'une des plus saisissantes héroïnes shakespeariennes, ne se déguise pas simplement en homme, elle se déguise en son frère. En tant que jumelle, Viola porte en elle sa double identité du même et de l'autre - et même sa triple identité puisqu'elle se fait passer pour un homme qui s'appellerait Césario. Toute la pièce tourne autour de cet &quot;impair&quot; qui paradoxalement est le garant de la comédie - la comédie étant précisément le lieu des impairs comme la tragédie est le lieu des paires, c'est-à-dire des symétries sanglantes, des rivalités mimétiques - René Girard ayant, une fois de plus, tout dit là-dessus. C'est en effet entre &quot;mêmes&quot; que l'on se hait et que l'on se tue, et c'est entre &quot;autres&quot; que l'on s'aime et que l'on s'unit. Si tout se termine bien dans &lt;i&gt;La nuit des rois&lt;/i&gt;, c'est parce qu'un personnage féminin se faisant passer pour un personnage masculin a brouillé les reflets et a permis à chacun(e) de sortir de soi - de son sang comme de son sexe. Et pourtant, on a frôlé la tentation mimétique.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Lorsque Viola qui recherche son frère apprend qu'Olivia pleure le sien, sa première idée est de de rentrer à son service - comme si elle voulait communier avec elle dans une même douleur sororale. Une réplique plus loin, elle y renonce, pressentant peut-être que cette communion pourrait être un enfermement post-incestueux et pré-homosexuel. Elle décide de rentrer au service du duc qui, lui, est amoureux d'Olivia et représente donc le rempart érotique et moral idéal contre celle-ci. Ne reste plus à Viola que de tomber amoureuse de lui et d'en finir avec ses tentations incestueuses. La boucle est bouclée : Viola aime le duc qui aime Olivia qui aime Viola - plus exactement qui aime Sébastien à travers Viola. La femme qui a perdu son frère et qui avait renoncé aux hommes pour lui tombe amoureuse de la femme qui recherche le sien et qui a pris son apparence.&amp;nbsp; Il suffit alors que Sébastien réapparaisse pour que Viola retrouve son apparence réelle, et fasse éclater le cercle. Si fantasme incestueux il y avait, celui-ci s'est évaporé au contact de la vraie altérité. Frère et soeur à nouveau ensemble permettent à la communauté de perdurer. Ce que découvre Shakespeare est que la fraternité ouvre à l'altérité. Autrement dit, les personnages de &lt;i&gt;La nuit des rois&lt;/i&gt; ne passent par l'inceste que pour mieux en sortir. Ca paraît compliqué mais c'est très simple et c'est très sain. Contrairement à d'autres mythes, et notamment au mythe wagnérien, l'inceste n'est plus du tout l'aboutissement de l'amour mais son origine qu'il convient de dépasser. L'inceste n'est qu'une étape, sinon une épreuve, par laquelle l'individu trouve sa maturité ontologique. L'inceste shakespearien comme sortie de l'inceste, aurait dit Marcel Gauchet.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;De même, la transexualité comme sortie de la transexualité. Malgré les tentations contemporaines qui pourraient ramener &lt;i&gt;La nuit des rois&lt;/i&gt; du côté de la philosophie queer, force est de constater que la pièce va exactement dans le sens contraire. Si du point de vue des spectateurs (et éventuellement des comédiennes), la relation Olivia-Viola peut relever, et avec le charme que cela suppose, d'une confusion des sexes, du point de vue des personnages, il n'y a nulle équivoque. Viola se travestit par nécessité pure et non par désir - et Olivia désire en Viola moins cette dernière que son frère jumeau. Si homosexualité ou bisexualité il y a, elle n'y est que comme masque. Alors que l'on a plutôt l'habitude aujourd'hui de penser que derrière tel être apparemment ordonné il y a du désordre - ou du devenir, &lt;i&gt;La nuit des rois&lt;/i&gt; tend à dire plutôt que derrière tel être apparemment désordonné, il y a de l'ordre.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Ordre du monde. Ordre des désirs et des sexes. Ordre du sens des mots. Le mal absolu, en effet, c'est la corruption du langage. Or, quand tout n'est plus qu'apparence, le langage aussi risque de tourner - comme en témoigne ce dialogue extraordinaire entre Viola et le fou :&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;Le fou : - (...) Une phrase n'est qu'un gant de chevreau pour un bel esprit : comme on l'a vite retournée sens dessus dessous.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;Viola : - Oui, c'est certain. Ceux qui jouent trop subtilement sur les mots peuvent facilement les corrompre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;Le fou : - (...) Mais effectivement les paroles sont de vraies coquines, depuis que les obligations les ont déshonorées. (...) Les paroles sont devenues tellement fausses que je répugne à les employer pour raisonner.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;Viola : - (...) N'es-tu pas le fou de madame Olivia ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;Le fou : - (...)&amp;nbsp; Je ne suis pas proprement son fou, mais son corrupteur de mots.&quot;&lt;/i&gt; (III-1)&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Corrupteur de mots moins que révélateur de cette corruption. Car le fou est celui qui parle le langage du chaos de telle sorte que l'on se rende compte du chaos - et de la folie. Le fou, comme le poète, n'explore le désordre que pour tendre à l'ordre souverain.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Et c'est cet ordre qui, une fois de plus, nous émerveille. La joie comme nouvelle perception du réel. Ce qui est enchanté et enchanteur est moins le singulier ou le bizarre que l'ordinaire, sinon, et pour dire un gros mot, le normal. Comme le dit Michel Edwards, &lt;i&gt;&quot;nous nous émerveillons ici, non pas du monde des elfes et des fées, ni d'une cérémonie funéraire avec la résurrection qu'elle prépare, ni de conversions et apparitions dans le mystère d'une forêt, mais seulement de la similarité entre deux jumeaux.&quot;&lt;/i&gt; Et nous aimons que ces jumeaux se retrouvent non seulement pour le bonheur de voir une soeur et un frère s'étreindre mais en plus parce que ces retrouvailles sonnent le début d'une nouvelle communauté constituée à partir de ce couple nucléaire. &lt;i&gt;&quot;Alors que nous nous sentons, dans la comédie de moquerie, supérieurs aux personnages qui sont les dupes des autres, puisque nous voyons tous les dessus de l'action et pouvons nous convaincre d'être exempts de leurs travers ou de leurs vices, dans la comédie de l'émerveillement nous avons beau tout comprendre, nous nous substituons en quelque sorte aux personnages qui s'étonnent et qui apprennent une grande vérité, sans doute parce que nous aimerions bien être à leur place.&quot;&lt;/i&gt; La comédie de moque se moque du malheur du monde, la comédie de l'émerveillement s'émerveille du bonheur du monde.&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Et pourtant &lt;i&gt;La nuit des rois&lt;/i&gt; contient sa propre comédie de moquerie en la personne de Malvolio, seul &quot;vicieux&quot;, mais au fond inoffensif, de la pièce, et qui n'en finit pas d'être roulé avec une sainte cruauté qui nous a toujours suffoqué. Serez-vous sensible comme nous aux déboires malheureux de ce&amp;nbsp; puritain prétentieux à qui l'on fait croire qu'Olivia pourrait l'aimer ? Trouverez-vous infâme la scène où on l'enferme dans une sorte de cabinet noir tel un aliéné ? &lt;i&gt;&quot;Nous allons le rendre fou pour de bon&quot;&lt;/i&gt;, avoue non sans rire l'un des odieux farceurs. En vérité, punir un vicieux, c'est risquer d'en faire un méchant - ce que devient assurément Malvolio à la fin : &lt;i&gt;&quot;Je me vengerai de toute votre clique&quot;,&lt;/i&gt; dit-il avant de se retirer. A vrai dire, le sadisme des bonnes gens&amp;nbsp; nous a toujours paru plus insupportable que celui des mauvaises gens, comme ne nous ont jamais fait rire les punitions des méchants -&amp;nbsp; sans doute, nous répondrez-vous, parce que nous sommes trop faible, donc trop méchant, pour supporter la justice, plus cocasse que rude dans le cas qui nous occupe.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Eh oui nous sommes comme ça. Un élément tragique, le plus minime soit-il, et c'en est fait de la joie. Une personne en enfer et le paradis n'a plus lieu d'être.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Contrairement à ce qui se passait dans &lt;i&gt;Le songe d'une nuit d'été&lt;/i&gt;, la réconciliation n'est donc pas totale dans &lt;i&gt;La nuit des rois.&lt;/i&gt; Et comme le fait remarquer Michel Edwards, ce n'est pas tant Malvolio qui est exclu de la fête finale (le duc ordonnant même qu'on le supplie de revenir et de faire la paix) que ceux qui l'ont mystifié, à savoir Sir Tobie et sa clique. Là réside, pour Edwards, la vraie tristesse de la comédie, c'est-à-dire sa morale - comme si Shakespeare avait finalement trouvé que la moquerie de ses rudes compères laissait &lt;i&gt;&quot;un mauvais goût dans la bouche&quot;&lt;/i&gt; et les avait jugés juge indignes de figurer dans la scène de reconnaissance.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;On le voit, chacun peut trouver dans cette comédie, pourtant l'une des plus heureuses de son auteur, de quoi alimenter sa mélancolie. Celle-ci confirmée par la chanson finale du fou :&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;&quot;Quand j'étais un tout petit gars&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Par le vent, ô gué! par la pluie,&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Ah ! Je m'en donnais à coeur joie&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;Car la pluie tombe jour et nuit&quot; .&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La pluie. La mort. La confusion des êtres, des sexes et des mots. Mais aussi la joie, la réconciliation, la paix, l'amour, la fratrie, l'altérité. Comme nous l'aurons aimé, cette Viola !&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://pierrecormary.hautetfort.com/media/02/00/619478949.jpg&quot; id=&quot;media-1134188&quot; alt=&quot;Gabrielle d'Estrées par Lavinia Fontana.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.7em 0pt&quot; name=&quot;media-1134188&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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                <title>Les ensorcelés (sur Le Songe d'une nuit d'été)</title>
                <link>http://pierrecormary.hautetfort.com/archive/2008/07/18/les-ensorceles.html</link>
                <author>noreply@ (Pierre CORMARY)</author>
                                <pubDate>Fri, 18 Jul 2008 23:57:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://pierrecormary.hautetfort.com/media/02/01/1934602401.jpg&quot; id=&quot;media-1128141&quot; alt=&quot;Fussli, titania 3.jpg&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0pt; float: left&quot; name=&quot;media-1128141&quot; /&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;&quot;&lt;/i&gt;&lt;i&gt;L'un voit plus de démons que le vaste enfer n'en peut contenir et c'est le fou.&quot;&lt;/i&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;b&gt;&quot;Je veux entendre cette pièce, car rien ne doit être pris en mauvaise part s'il est offert avec candeur et respect (...) Notre plaisir sera de bien prendre ce qu'ils auront pris de travers. Ce qu'une pauvre intention ne peut faire, c'est à une noble attention d'en apprécier l'effort, sinon la réussite.&quot;&lt;/b&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt; &lt;b&gt;(Thésée, VI-1)&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&quot;La comédie nous fait du bien, mais les théories de la comédie nous enferment dans le mal&quot;,&lt;/i&gt; écrit Michel Edwards au tout début de son &lt;i&gt;Shakespeare et la comédie de l'émerveillement.&lt;/i&gt; C'est que le rire a dans la tradition classique toujours quelque chose de satanique ou de punitif. Le rire rit toujours aux dépens de quelqu'un - qu'on se moque de lui ou qu'on veuille le corriger de ses vices.&amp;nbsp; Le rire tourne en dérision ce qu'il y a de plus sacré en ce monde : les croyances et la souffrance d'autrui. Le rire abandonne l'homme à sa misère. Le rire abandonne l'homme dans la matière - et La comédie est le lieu de cette matière triomphante. Du moins chez Molière.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Car chez Shakespeare, le rire est moins dérision des hommes qu'étonnement devant les hommes. Le rire est moins ce qui met à distance la réalité que ce qui l'approuve, et la comédie est non plus le lieu de la misère de l'existence que celui de l'émerveillement devant celle-ci. Dès lors, la comédie de l'émerveillement va se mélanger avec ce que l'on va bien être obligé de considérer comme une élévation spirituelle - et l'on sera alors tenté de dire que c'est la tragédie qui enferme l'homme dans la matière. Lear, Macbeth, Othello ou les grands égarés dans la folie matérielle de l'ambition, de la jalousie ou de l'égoïsme. Shakespeare athée ? On en parlera une autre fois. Pour l'heure, il s'agit de &lt;i&gt;&quot;sauver le rire&quot;&lt;/i&gt;, et pour cela, passer du réel risible au réel rieur&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Dans ces merveilles que sont &lt;i&gt;Comme il vous plaira, La nuit des rois&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le songe d'une nuit d'été&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;La tempête&lt;/i&gt;, il y a un rire qui dit oui à l'existence, un rire qui triomphe du mal, soit de la mort, et qui fait que tout est bien qui finit bien. C'est ce que Edwards appelle le &quot;merry&quot; de Shakespeare, cette allégresse, veritable &lt;i&gt;&quot;accélération de l'être&quot;&lt;/i&gt;, et qui traduit &lt;i&gt;&quot;le sentiment d'appartenir au monde et de nous y plaire&quot;&lt;/i&gt;. Le &quot;merry&quot; ou ce qui nous rend joyeux dans l'appréhension du réel. Le &quot;merry&quot; ou ce qui nous fait nous voir ce qu'il y a de merveilleux dans le réel. &lt;i&gt;&quot;O merveille !&quot;,&lt;/i&gt; s'exclame la Miranda de &lt;i&gt;La tempête&lt;/i&gt; en voyant pour la première fois un groupe d'homme perdus - c'est-à-dire l'humanité - sur son île.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Dans l'émerveillement, le réalité n'est plus jamais décevante - bien au contraire, elle est celle sur laquelle on va constituer rien de moins qu'un nouveau monde fondé sur le pardon et la réconciliation. Approuver le réel, c'est en effet renouveller son moi de fond en comble en se débarrassant de tout le ressentiment et de tous les instincts de vengeance qui jusqu'à présent le constituaient. &quot;Socialement&quot; parlant, cela signifie que l'on est prêt de créer une nouvelle communauté où rois et reines, fées et elfes, artisans et comédiens vont tous pouvoir vivre en paix et en utopie.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Cette utopie, &lt;i&gt;Le Songe d'une nuit d'été&lt;/i&gt; la réalise entièrement. Non seulement parce qu'il n'y a pas de &quot;méchant&quot; qui vienne troubler la fête (comme le Don Juan de &lt;i&gt;Beaucoup de bruit pour rien rien),&lt;/i&gt; mais parce que la réconciliation finale inclut tous les personnages - sans négatif ou menace d'enfer. La loi d'Athène qui prévoie la mort pour les enfants désobéissants est oubliée. Egée finit par pardonner à sa fille.&amp;nbsp; Lysandre peut épouser Hermia et Démétrius peut &quot;accepter&quot; d'être aimé par Héléna. Et si l'enfant indien de Titania passe aux mains d'Orébon, ce changement d'appartenance est moins un &quot;rapt&quot; qu'un passage de la mère au père, soit de l'enfance à l'âge adulte (comme Pamina passe de la Reine à Nuit à Sarastro dans &lt;i&gt;La flûte enchantée&lt;/i&gt;). Hommes et elfes ont en effet les mêmes rites d'initiation. D'ailleurs, ce qui intéresse les habitants du monde invisible est que les habitants du monde visible se marient et aient des enfants. Obéron, Puck et les autres veillent à ce que chaque couple se retrouve et puisse, sous la bénédiction de la communauté, perpétuer l'espèce. Et si les humains ne sont pas assez sages pour s'aimer ou s'accepter, on aura alors recours à la magie... Et c'est là que cette utopie apparaît réellement comme telle. La leçon improbable du &lt;i&gt;Songe&lt;/i&gt; est que sans sortilège, la paix sociale n'est pas possible. Pour que Démétrius renonce à Hermia et aime Héléna, il faut que le charme qui l'ait touché ne soit pas levé - contrairement à ceux de tous les autres. Si tout est bien qui finit bien, c'est parce que tout le monde revient à la raison sauf un personnage qui reste &quot;enchanté&quot; à vie - pour le bonheur des autres et le sien ! Heureux bouc émissaire de cette nuit d'été, Démétrius s'aperçoit bien que quelque chose s'est passé en lui : &lt;i&gt;&quot;j'ignore par quel sortilège - car sortilège il y a - mon amour pour Hermia fondit comme de la neige&quot;,&lt;/i&gt; avoue-t-il à l'acte IV - mais à quoi bon se plaindre puisque c'est cela qui va le rendre heureux ?&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;C'est donc bien la magie qui brise le mimétisme. C'est l'ensorcellement qui résout la dissonnance.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Après tout ça, l'assemblée peut se retrouver à l'acte V pour une représentation bouffonne de Pyrame et Thisbé. L'on a souvent dit que Shakespeare composait ses pièces n'importe comment et que ce cinquième acte n'apportait rien à la pièce (puisque tout se résout à l'acte IV), sinon qu'il n'était qu'une énième mise en abîme de la pièce dans la pièce, cliché du théâtre baroque. Si, comme le dit Michel Edwards, Shakespeare &lt;i&gt;&quot;place ses scène comme, dans ses vers, il place ses mots&quot;&lt;/i&gt;, alors il faut comprendre que cet acte V n'est en rien un remplissage de virtuose, mais bien l'accomplissement de la pièce dans lequel le tragique n'apparait plus que comme un spectacle résolu par le réel. Non pas que la mort et la cruauté seraient évacuées du monde, au sens où l'entendrait par exemple un Philippe Muray, mais au sens où la catharsis l'aurait définitivement emporté dans notre perception de la vie. La &quot;joyeuseté tragique&quot; de Pyrame et Thisbé, étonnante parodie du de &lt;i&gt;Roméo et Juliette,&lt;/i&gt; marque la transfiguration scénique de la mort. Après cela, la mort ne fait plus peur et tout le reél est affirmé. La féérie et l'ordinaire ne font plus qu'un. L'amour conjugal triomphe plutôt que la miséricorde, arrière pensée des arrières mondes. Car, comme le dit un proverbe populaire cité par Edwards, le vrai bonheur de l'humanité ne consiste pas dans l'espérance d'une eschatologie religieuse où tous les hommes seraient sauvés mais dans l'espoir terrien, humain, aussi vieux que celui de la vie éternelle mais plus effectif que celui-ci, que Jeannot aura sa Jeannette.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Et c'est sur une bonne nuit pleine de promesses en caresses fertiles que Puck nous quitte - pas tant que ça d'ailleurs, puisqu'il précise qu'il aidera nos caresses si nous faillissons.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;i&gt;&quot;So, good night unto you all.&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;i&gt;Give me your hands, if we be friends.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;center&quot;&gt;&lt;i&gt;&amp;nbsp;And Robin shall restore amends.&quot;&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;i&gt;&amp;nbsp;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;[Support : plutôt que le détestable film avec Michelle Pfeiffer, Kevin Kline et Sophie Marceau, voir la merveilleuse production de la BBC, trouvable en DVD, avec Helen Mirren, Peter McEnery et Nigel Davenport. &lt;i&gt;Un Songe&lt;/i&gt; d'anthologie, croyez-moi... Et ces comédiens anglais ! Les meilleurs du monde assurément !]&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; 
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                <title>La mégère érotisée</title>
                <link>http://pierrecormary.hautetfort.com/archive/2008/07/11/la-megere-erotisee.html</link>
                <author>noreply@ (Pierre CORMARY)</author>
                                <pubDate>Sat, 12 Jul 2008 00:32:00 +0200</pubDate>
                <description>
                     &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://songedunenuitdete.hautetfort.com/media/02/02/316847247.gif&quot; alt=&quot;316847247.gif&quot; style=&quot;border-width: 0pt; margin: 0.7em 0pt&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-indent: -18pt&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8.5pt&quot;&gt;-&lt;span style=&quot;font-family: 'Times New Roman'; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; font-size: 7pt; line-height: normal; font-size-adjust: none; font-stretch: normal&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8.5pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Mon mari, suivons-les pour voir la fin de cette algarade.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;center&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-indent: -18pt&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8.5pt&quot;&gt;-&lt;span style=&quot;font-family: 'Times New Roman'; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; font-size: 7pt; line-height: normal; font-size-adjust: none; font-stretch: normal&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8.5pt; font-family: Verdana&quot;&gt;J’y consens, Cateau, mais d’abord embrasse-moi.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;center&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-indent: -18pt&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8.5pt&quot;&gt;-&lt;span style=&quot;font-family: 'Times New Roman'; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; font-size: 7pt; line-height: normal; font-size-adjust: none; font-stretch: normal&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8.5pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Quoi&amp;nbsp;? Au milieu de la rue&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;center&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-indent: -18pt&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8.5pt&quot;&gt;-&lt;span style=&quot;font-family: 'Times New Roman'; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; font-size: 7pt; line-height: normal; font-size-adjust: none; font-stretch: normal&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8.5pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Quoi&amp;nbsp;! As-tu honte de moi&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;center&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-indent: -18pt&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8.5pt&quot;&gt;-&lt;span style=&quot;font-family: 'Times New Roman'; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; font-size: 7pt; line-height: normal; font-size-adjust: none; font-stretch: normal&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8.5pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Non, Monsieur, à Dieu ne plaise&amp;nbsp;! C’est d’embrasser que j’ai honte.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;center&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-indent: -18pt&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8.5pt&quot;&gt;-&lt;span style=&quot;font-family: 'Times New Roman'; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; font-size: 7pt; line-height: normal; font-size-adjust: none; font-stretch: normal&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8.5pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Et bien, retournons chez nous.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;div align=&quot;center&quot;&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-indent: -18pt&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8.5pt&quot;&gt;-&lt;span style=&quot;font-family: 'Times New Roman'; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: normal; font-size: 7pt; line-height: normal; font-size-adjust: none; font-stretch: normal&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8.5pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Non&amp;nbsp;! Je vais te donner un baiser&amp;nbsp;! A présent, je t’en prie, restons, mon amour&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-indent: -18pt&quot; align=&quot;center&quot;&gt;&lt;i&gt;- N’est-ce pas que c’est bon&amp;nbsp;? Allons, ma charmante Cateau, mieux vaut tard que jamais&amp;nbsp;! Il n’est jamais trop tard.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-indent: -18pt&quot; align=&quot;center&quot;&gt;Catharina et Pétruchio, &lt;i&gt;La mégère apprivoisée&lt;/i&gt;, V-2&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Il y a un paradoxe autour de &lt;i&gt;La mégère apprivoisée&lt;/i&gt;. Une imagerie populaire (d'ailleurs reprise par des comédies américaines telles &lt;i&gt;La huitième femme de Barbe-Bleue&lt;/i&gt; de Ernst Lubitsch ou &lt;i&gt;Kiss me Kate&lt;/i&gt; de George Sidney, sans oublier &lt;i&gt;La taverne de l'irlandais&lt;/i&gt; de John Ford) veut qu'au moment crucial de la pièce, Pétruchio fesse d'importance Catharina, lui prouvant par ce moyen les vertus de l'autorité masculine et de la soumission féminine. A ce moment, toute la salle éclate de rire, homme et femmes de concert, les uns et les unes&amp;nbsp; découvrant peut-être une nouvelle méthode, fort érogène, pour faire l'amour.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Et pourtant, rien de plus contraire à l'esprit et à la lettre de la pièce que cette par ailleurs stimulante déculottée. Si Pétruchio l'emporte sur Catharina, c'est moins par une violence réelle que par une violente complaisance à son égard. Complaisance insoutenable même qui consiste à annihiler le négatif de la mégère en faisant comme s'il n'était jamais que le positif d'une femme amoureuse, qui veut entendre, malgré elle, des roucoulements derrière ses sarcasmes.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&quot;Dès qu'elle viendra, je vais lui faire lestement ma cour. Supposons qu'elle vocifère ; eh bien, je lui dirai tout net qu'elle chante aussi harmonieusement qu'un rossignol. Supposons qu'elle fasse la moue, je lui déclarerai qu'elle a l'air aussi riant que la rose du matin encore baignée de rosée. Si elle reste muette et s'obstine à ne pas dire un mot, alors je vanterais sa volubilité et je lui dirai que son éloquence est entraînante ; si elle me dit de déguerpir, je la remercierai, comme si elle m'invitait à rester près d'elle une sermaine. Si elle refuse de m'épouser, je lui demanderai tendrement quand je dois faire publier les bans et quand nous devons nous marier.&quot;&lt;/i&gt; (II-1)&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Brutal et intraitable, Pétruchio l'est pourtant avec tout le monde - sauf précisément avec Catharina. S'il malmène ses domestiques, c'est parce qu'ils se sont mal conduits avec elle, s'il l'empêche de manger ou de dormir, c'est, prétend-il, parce que tel aliment ne lui convient pas, ou parce qu'elle risquerait de mourir si elle s'endormait. Etre d'une gentillesse impitoyable avec l'être aimé, l'empêcher de vivre à force d'attention, massacrer sa mauvaise humeur avec une humeur pire mais toute prévenante, c'est tout le sens de la fracassante délicatesse de Pétruchio - et c'est ce qui d'ailleurs mortifie Catharina :&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;i&gt;&quot;Et ce qui me dépite plus encore que toutes ces privations, c'est qu'il fait tout cela au nom du parfait amour.&quot;&lt;/i&gt; (IV-3)&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;On le sait, Catharina finira par céder, autant par épuisement que par abnégation, et acceptera de voir le monde par les yeux de son époux. Si celui-ci dit voir la lune alors que l'on est en plein soleil, celle-ci admettra que c'est en effet la lune qu'elle voit, et s'il décide un instant après de voir le soleil, et bien, qu'à cela ne tienne, elle affirmera le soleil. Cette relation, apparemment tordue, et qui, pour les féministes, pourrait incarner le comble de la tyrannie de l'homme sur la femme, peut aussi être comprise en un sens plus métaphysique. La femme qui dit amen à toutes les conneries de l'homme est la femme qui va aussi percevoir l'homme dans toutes ses contradictions, ses caprices irrationnels, son immaturité métaphysique, sa volonté de plier le réel à son désir, et le dépit qui peut suivre lorsque le réel reste hors d'atteinte du désir. Cette femme-là, aussi soumise à l'homme soit-elle, va bientôt connaître celui-ci mieux qu'il ne se connaît lui-même - et pouvoir dès lors prévenir ses désirs et ses retournements d'humeur avant lui. De là à les provoquer, il n'y a qu'un pas, et c'est peut-être celui-ci qu'une suite de &lt;i&gt;La mégère&lt;/i&gt; aurait pu nous montrer - à savoir une femme qui, tout en feignant l'humilité devant son mari, tire de lui tout ce qu'elle veut, et mieux, ou pire, titille ses ambitions mieux qu'il ne saurait le faire. L'homme dominant devient alors la marionnette de la femme soumise - et ses pulsions ou ses ambitions la volonté de cette dernière. Qu'on ne s'y trompe donc pas. L'avenir de Catharina, c'est Lady Macbeth, soit la femme sans qui l'homme ne serait rien.&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Sans aller jusqu'à ces extrémités qui feraient alors de &lt;i&gt;La mégère&lt;/i&gt; une pièce tragique, &lt;a href=&quot;http://videos.tf1.fr/video/news/culture/0,,3681036,00-megere-apprivoisee-comedie-francaise-.html&quot;&gt;la mise en scène d'Oskaras Korsunovas&lt;/a&gt;,&amp;nbsp; nouveau petit prodige lituanien, parait-il, de la Comédie française (qui m'a fait quand même passer la meilleure soirée au théâtre de ma vie), allait au moins dans le sens d'une séduction, sinon d'une domination réciproque,&amp;nbsp; entre Catharina et Pétruchio (Françoise Gillardet Loïc Corbery, tous les deux déchaînés) et par là-même affirmait non pas tant leur complémentarité que leur identité d'humeur - Pétruchio tombant amoureux de Catharina juste après avoir croisé un homme battu par elle :&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&quot;Ah ! Par l'univers, voilà une robuste donzelle ! Je l'en aime dix fois davantage ! Oh combien il me tarde d'avoir avec elle une petite causerie !&lt;/i&gt; &quot;(II-1)&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Lui-même recevra une gifle de la mégère à la scène suivante (d'ailleurs écrite par Shakespeare) - et s'il menacera de la lui rendre si elle recommençait, il n'en fera rien, et au contraire, selon la très bonne idée de Korsunovas, en recevra une autre à la toute fin de la pièce. Entre les deux gifles, Catharina aura été initiée à la féminité et à l'amour - apprivoisée donc. Et si, dans la scène finale, où l'on voit les hommes parier laquelle d'entre leur femme est la plus obéissante, c'est elle qui accourt la première aux pieds de Pétruchio (et débite son fameux monologue sur la soumission légitime de la femme devant l'homme), c'est Pétruchio qui fera le chien haletant aux siens. Dans ce couple-là, et c'est ce qu'à bien vu le metteur en scène, la domination est un jeu érotique où chacun devient tour à tour l'objet de l'autre pour son plus grand bonheur. Au fond, Pétruchio et Catharina, comme du reste Bénedict et Béatrice dans &lt;i&gt;Beaucoup de bruit pour rien&lt;/i&gt;, ne s'opposent que pour mieux faire l'amour - et il n'est pas interdit de penser que &lt;i&gt;La mégère apprivoisée&lt;/i&gt; est la pièce de Shakespeare qui traite ni plus ni moins de l'entente sexuelle entre un homme et un femme. Il suffisait que Pétruchio apprenne à Catharina à se faire aimer (certes plutôt rudement) pour que Catharina se décide à aimer à son tour. Amour psychologiquement incorrect mais qui triomphe entre ces deux êtres qui ont su manier l'apparence, donc maîtriser le réel, mieux que les autres, et qui du reste peuvent ensuite assister aux déboires sentimentaux de ces derniers. Et c'est précisément Bianca, la soeur soit-disant douce de l'ex-mégère, qui apparaitra à la fin comme l'hystérique de la famille Minola.&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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