Deleuze / Spinoza I - Avec Dieu tout est permis (11/01/2026)

Avec Dieu, tout est permis.
Je ne connais pas de proposition philosophique plus forte que celle-là. Tirée du premier cours de Deleuze sur Spinoza mais qu'on avait déjà lue dans son Bacon.
Dieu comme ce qui permet, au XVII ème siècle, de penser le sujet (Descartes), l'immanence (Spinoza), le meilleur des mondes possibles (Leibniz).
Dieu qui permet de penser la raison et bientôt le rationalisme intégral.
Dieu grâce auquel on va tout déverrouiller, tout dé-hierarchiser, tout libérer : formes, concepts, forces.
A l'instar de L'Enterrement du comte d'Orgaz du Gréco. En bas, la terre, la figuration ou narration, le social rigide (même si déjà la déformation-allongement des corps). En haut, le ciel, la réception du comte par le Christ, la libération folle, l'affranchissement pur.
« Les formes se déchaînent. Elles se lancent dans une espèce de sabbat, une danse très pure. Les lignes et les couleurs perdent toute nécessité d'être vraisemblables, d'être exactes, de ressembler à quelque chose. » (Logique de la sensation)
Les formes ne se soucient plus de représenter quoi que ce soit. C'est la représentation (et toute la morale qui va avec) qui a été annulée. Le spectacle est partout. Le concept, de même. Tout le monde pense. Du moins, tout le monde est présent et égal dans l'immanence divine.
Parce que c'est ça, Spinoza. Un Dieu immanent. Une substance, mille modes. Un être, des milliers de manière d'être (des étants, comme dira l'autre).
Évidemment, ça pique. Il y a là détournement de Dieu comme on dit détournement de mineur.
« L'accusation d'immanentisme a été, pour toute l'histoire des hérésies, l'accusation fondamentale : vous confondez Dieu avec la créature. »

Où Calvin dit-il que la doctrine de Dieu est une doctrine de l'homme ?
Immanentisme, protestantisme.
Totalité et mouvement.
Plan et vent.
Nappe et feu.
« J'en ai lu quelques pages [de l'Ethique], et puis j'ai continué comme si une rafale de vent me poussait dans le dos. Je n'ai pas tout compris, je vous l'ai dit, mais dès qu'on touche à des idées pareilles, c'est comme si on enfourchait un balai de sorcière. »
L'Homme de Kiev, Malamud.

II - Vitesses, manières d'être et idiotie philosophique
14:18 Écrit par Pierre CORMARY | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gilles deleuze, baruch spinoza, le greco, l'enterrement du comte d'orgaz |
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