25 ans de musée et 900 ème note ! (09/06/2026)

Pierre Cormary, le jeudi 04 juin 2026
25 ans d'Orsay quasi jour pour jour – et que je fête ce soir au Mucha au Pessac-Leognan, avec d'abord mon collègue de l'équipe AB, David S., puis avec « Laurent du Suffren ».
Y suis en effet arrivé le 1er juin 2001 et ai coutume de dire que c'est le plus beau jour de ma vie car celui ayant permis tous les autres. Grâce à Vincent, Edouard, Claude, Auguste et Berthe, j'ai pu assurer ma survie, ouvrir mon blog, écrire des livres, rencontrer Amélie, Michel, Aurora, Isabelle Elli Bard et des tas d'autres gens, faire partie des heureux, pour ne pas dire des élus. Orsay m'a sauvé la mise, sinon la vie. Orsay m'a tout permis. Je dois tout à Orsay. Encore 12 ans dans ce lieu magique que je quitterai, si Dieu me prête vie et santé, à 68 ans, histoire d'avoir une retraite minimale (1500 € ?) et au moins vingt ans de vie littéraire pure. Les choses iront en effet assez vite. Deux ans plus tard, j'en aurai 70 (habiterai-je encore avenue de Suffren ? Ma plus grande crainte). Et dix ans après, 80 – ce qui ne serait pas si mal pour un type comme moi qui a pesé 140 kilos trente ans de sa vie et bu un jour sur deux depuis un quart de siècle. Peut-être publierai-je alors mon sixième livre (car Mes Aimées, 2028 ; Fin de race, 2032 ; Modeste mais digne, 2038 ; Pessac-Leognan, 2050 + Journal intime, essais, Courbes et contre courbes etc.). Ce que je me souhaite en tous cas ce soir. Merci à tous de me suivre.
Tagués : Etienne Ruhaud, Sarah Ohana, Hadil Al Jumailly Curtil, Ewa Palczynska-Ehrard, Francis Mickus. Mince ! Y a que vous que je connais muséalement sur FB. Tragique. (Car ce n'est pas Ewa Prackowiack ni Swoui ni Valentine ni Sylvia Mops ni ce fin de race d' Hubert-Marie de la Branque que je vais identifier).

Mucha, 04 juin 2026
Réaction d'Etienne Ruhaud sur son blog Page paysage
Merci à Pierre Cormary de se passionner pour son job d’agent muséal à Orsay, et de rendre hommage à l’institution. Je n’en parle pas, ne mentionne pas ma fonction sociale sur les réseaux, mais je suis, comme Pierre, agent d’accueil et de surveillance depuis fin 2007. Soit presque vingt ans de musée. D’abord à Guimet, puis, depuis 2012, au Louvre, soit de l’autre côté de la Seine. La plupart des auteurs que je connais sont enseignants ou bibliothécaires, parfois autre chose. Certains ne parlent absolument jamais de leur travail. Il m’est arrivé, ainsi, de fréquenter un blogueur/éditeur pendant deux ans avant de savoir qu’il exerçait une profession administrative, au détour d’une phrase. Nous ne conversions que de livres, de voyages, d’expositions, de gastronomie, de conflits littéraires… Comme si toute une partie de notre vie, en l’occurence professionnelle, était totalement effacée, gommée. En 2014, quand j’ouvrai ce blog, j’étais déjà surveillant. Pourtant, à aucun moment, ou peut-être subrepticement, je n’ai éprouvé la nécessité d’y faire ici allusion. Car tel n’est pas l’objet.
Je n’ai jamais ressenti aucune honte à être fonctionnaire de catégorie C. Rapidement, j’ai compris que je ne vivrai pas de ma plume, et j’accepte la chose telle une sorte de mal nécessaire. On se doit à la société, pour reprendre les termes d’Arthur Rimbaud J’effectue mes tâches avec un relatif sérieux, ne fais pas de vagues, ai noué quelques solides amitiés au Louvre, suis (déjà) tombé amoureux. Toutefois, et bien que j’y passe une bonne partie de la semaine – ou peut-être à cause de cela – je me sens obligé de combattre toute tentative d’attachement excessif, pour accéder à une forme de distance. Car mon énergie, mon fluide vital, doit demeurer dirigé vers d’autres buts. Que se passerait-il, effectivement, si je m’engageais davantage dans le travail, en ne fréquentant que des collègues, ou en exerçant des fonctions syndicales (chose pour laquelle je n’ai aucune vocation)? Eh bien, mon temps de lecture et mon temps de concentration s’en trouveraient affectés. Cela représenterait une charge mentale nécessaire. Une perte de substance.
D’autres agents connaissent mes activités littéraires, et éditoriales. Beaucoup, sinon la plupart, ne le savent pas, et, s’ils le savaient, ne s’y intéresseraient pas. La chose est tout-à-fait compréhensible. D’aucuns n’ont pas d’inclinaison pour la lecture, font leur vie, ou, tout simplement, cloisonnent, ainsi que je tente de le faire, afin de me préserver. Et puis on dit souvent des choses intimes, dans les livres. On se dévoile. De fait, une part de moi-même se trouverait exposée. Enfin, mon rapport à l’autre serait teinté d’une certaine fausseté. La figure de l’écrivain (sachant que mon travail demeure peu diffusé, publié chez de petits éditeurs), éveille les passions. Qu’il s’agisse d’une admiration naïve, ou d’une curiosité, accompagnée, à l’occasion, d’une légère jalousie. Je ne cache pas mon plaisir narcissique à être aimé, à, éventuellement, susciter l’intérêt, et plus particulièrement l’intérêt féminin. Mais, contradictoirement, j’ai aussi le désir de passer, très souvent, inaperçu, de ne pas être l’objet d’attention. Mieux vaut donc rester prudent.
Pierre Cormary, pour en revenir à lui et à son post initial, m’a déclaré à plusieurs reprises ressentir ce même désir de protection, de discrétion relative. Tout en souhaitant être lu. Mais lu par des collègues? C’est compliqué. Cloisonner totalement, dès lors ? Les gens qui étaient en poste avec Michel Houellebecq, à l’heure où ce dernier oeuvrait encore au ministère de l’agriculture (avant la grande houellebecqomania des années 2000, donc), ne savaient pas qu’il avait publié. Il est vrai qu’il n’y avait pas les réseaux sociaux, à l’époque. D’après Denis Demonpion, qui a produit une biographie non autorisée, Houellebecq partageait ses goûts avec une poignée de collaborateurs, qui eux aussi aimaient les livres.
Sans doute devons-nous lire le post de Pierre comme un hommage sincère. Je suis parti loin, probablement, vers d’autres considérations.

Pierre Cormary, le 06 juin 2026
D'un agent l'autre.
Petite précision, cher Etienne : je ne me « passionne » pas du tout pour mon travail en tant que tel. Comme toi, je l'effectue avec un sérieux très relatif. Combien de fois mes encadrants m'ont-ils surpris en train de pianoter sur mon portable (comme en ce moment), gribouiller dans mes carnets intimes ou envoyer des vocaux à toi ou à Hervé Weil – mais comme tous mes collègues après tout. Nous sommes tous très occupés. Sauf que j'ai peut-être une manière de faire moins calamiteuse que les autres et que je reste malgré tout aux aguets. Ma complaisance sociale, institutionnelle, hiérarchique compense les libertés que je me permets. Ce n'est en effet pas de moi dont viendront les problèmes. Rebellitude zéro. Conscience syndicaliste qui s'apparente dans mon cas à une conscience anti-syndicaliste (si j'ai fait deux jours de grève en 25 ans, c'était pour faire la grasse mat.) Pour autant, sens du « service de l'État » sincère – et plaisir renouvelé de me retrouver en salles (même à Van Gogh), sinon fierté réelle de veiller au patrimoine de l'humanité. Et tout en étant totalement distancé de tout ça. Je suis là sans être là. J'interviens quand il faut intervenir. Je sais l'art d'apaiser un visiteur récalcitrant (ou l'exaspérer s'il en fait trop : « vous savez que j'ai le pouvoir de vous faire sortir, Ducon ? »). Pratique d'ailleurs le délit de sale gueule avec délectation. Privilégie les uns, discrimine les autres. Théâtralise souvent mes échanges : « L'Origine du monde vous attend, mademoiselle ». Ai des moments de parfaite extase. En fait, m'amuse comme un fou. Certes, il y a des journées plus longues que d'autres, des collègues ennuyeux à mourir que je soutiens malgré tout, de fort belles agentes avec qui je fais le joli coeur – quelques cristallisations dont une qui a mal tourné et que je raconte dans mon Aurora, chère Isabelle Elli Bard – la redoutable Ewa Prackowiack qui a tant ému Pascal Labeuche et Fabrice Chatelain. Depuis, je m'en suis remis (l'affaire date de 2017) et je pense qu'elle aussi.
Non, encore une fois, je suis reconnaissant à jamais à cette institution qui m'a permis d'avoir la vie qu'il me fallait. Celle d'un semi-rentier lettreux, mi-Des Esseintes, mi Bartleby. Ou mieux, et comme je l'avais un jour écrit ici-même dans un moment d'illumination : un K. qui aurait intégré le Château. Car oui, je suis à l'intérieur du truc, protégé pour toujours du dehors, l'horrible dehors qui n'aurait fait de moi qu'une bouchée. Et cela vaut tous les accommodements. Merci donc, État Français de nourrir, vêtir et soigner des gens comme moi.
[Pendant mon cancer, ils ont été formidables – j'ai même eu droit à mes chèques-cadeaux ! Et pendant le confinement, ô combien. Deux des plus belles périodes de ma vie minuscule.]


15:35 Écrit par Pierre CORMARY | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : musée d'orsay, gardien de musée, louvre, etienne ruhaud |
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