Satanislam III - Ellehoenne déèreheuesse (13/09/2026)

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Legend (Ridley Scott, 1985)

 

Ça (re)commence comme le début d'Absalon, Absalon. Une vieille dame, Rosa Diamond (et non pas Rosa Coldfield) qui regarde par la fenêtre et se souvient. Son amant qu'elle attend de la plage depuis neuf cent ans et qui pourrait être Guillaume le Conquérant, pas moins.

Et aujourd'hui, c'est Gibreel Farishta qui a surgi, avatar possible de Guillaume – car tout est possible dans le roman des métamorphoses. Et puis, immigrant, conquérant, c'est la même chose. Lui-même se demande s'il n'est pas arrivé en enfer. Mais non, la plage est à la limite un purgatoire (façon Lost la série), pas un enfer. En outre, Gibreel se retrouve avec une sorte d'auréole sur la tête.

Au contraire de Saladin Chamcha qui, tombé à quelques pas du premier, se relève, lui, avec deux bosses proéminentes, qui n'avèrent rien de bon – ce qui ne va pas sans le mortifier, lui, homme si droit, si bon, si raisonnable. D'autant que la police qui débarque le confond avec un migrant. Le voilà embarqué dans le fourgon, conduit au commissariat, passé à tabac – ses bosses ayant fait place entre temps à des cornes en bonne et due forme. Ce qui ne stupéfie pas tant que ça les policiers. Après tout, immigrants, diables, c'est kif-kif bourricot...

On a aussi tenté d'arrêter Gibreel mais par un phénomène bizarre, une sorte de télépathie que celui-ci s'est découvert à ce moment-là, les hommes se sont retrouvés sous emprise, hypnotosés, et se mettant à révéler leurs secrets à haute voix. Pris de peur, ils l'ont laissé là, n'arrêtant que le seul Saladin et sans que Gibreel n'intervienne en sa faveur – lâchage qui pèsera lourd plus tard. 

 

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Les Ailes du désir (Wim Wenders, 1987)

 

« Ce fut ainsi, ce ne fut pas ainsi. » 

Gibreel s'interroge de plus en plus.

« Il avait l'impression qu'il ne contrôlait plus sa propre volonté, que les besoins de quelqu'un d'autre prenaient les choses en main. »

Pire, ses propres cauchemars commencent à investir le monde réel. De même, le passé de Rosa revient si si souvent qu'on ne fait plus de différence entre ce qui s'est passé il y a neuf cent ans et ce qui se passe aujourd'hui. Tous les temps en même temps. Toutes les vérités (ou tous les rêves) en même temps. Sur son lit, la vielle dame se demande « si elle l'a fait, si elle ne l'a pas fait » : l'amour avec Guillaume (ou avec Gibreel). Et Gibreel, déjà possédé par Mahound (Mahomet), se rend compte qu’il commence à être possédé par le monde entier – y compris par les fantômes de Rosa. Nouveau destin radical : être à la place de chacun, n'importe qui, et revivre sa vie. Gibreel – monogramme des autres, cordon ombilical des êtres, mème numérique et ontologique. Ici, il se fait poignarder – mais là, il poignarde. Métempsychoses en rafales.                                                   

Pendant ce temps, au poste, Saladin dérouille. Il est devenu un diable, du moins un bouc, sans que cela ne sidère personne.  On le traite comme tel. On l'injurie, on le tabasse, on le force à avaler ses propres excréments, on l'envoie dans une sorte d’asile type Île du docteur Moreau où tous les patients sont, comme lui, des humains devenus animaux, homme tigre, femme buffle, etc. D'après une des victimes, leurs métamorphoses dépendent en fait des descriptions que les gens font d'eux. On voit des monstres, ils le deviennent. La monstruosité est dans le regard et le regard défigure ce qu'on regarde. 

 

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Elephant man (David Lynch, 1980)

 

« Ils nous décrivent, c'est tout. Ils ont le pouvoir de la description et nous succombons aux images qu'ils construisent. »

Il y en a même un dont on a transformé la peau en verre pour avoir le simple pouvoir (et plaisir) de la briser.

Tout cela n'est-il qu'un rêve ? Mais même le rêve se mêle au réveil. Rêve, réel, réveil, tout se mélange, on vous dit.

« Chamcha s'éveilla et s'endormit comme s'il ne fallait plus considérer ces deux états comme opposés, mais comme se mêlant l'un à l'autre pour créer une sorte de délire infini des sens... »

Et de rêver qu'il fait l'amour avec la Reine Elizabeth !

Un peu plus tard, il apprend par Hyacinte, son infirmière, qu’une évasion se prépare. Il en est. Il s'évade avec quelques autres. Va se réfugier chez sa femme adorée, cette Pamela Lovelace qui était si différente de lui mais c'est cela qu'il aimait en elle : sa supériorité sociale, sa voix « de tweed, de foulards, de goûters, de crosses de hockey, de maisons à toit de chaume, de crèmes pour le cuir, de week-end à la campagne, de bonnes soeurs, de banc familial à l'église, de gros chiens et d'hypocrisie bourgeoise ». Hélas ! Il la surprend en train de faire l'amour avec son amant, un certain Jumpy Joshi. Pour elle aussi, il est devenu un monstre. Il fuit. Désespoir. 

 

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La Femme infidèle (Claude Chabrol, 1969)

 

De son côté, Gibreel s'angélise de plus en plus. Le comble est qu'il a de moins en moins la foi. 

« Dans le train de Londres, Mr Gibreel Faristha tremblait de peur –  qui n'aurait pas tremblé –  à l'idée que Dieu voulait le punir en le rendant fou parce qu'il avait perdu la foi. (...) La terreur de perdre l'esprit à cause d'un paradoxe, d'être défait par quelque chose en quoi il ne croyait plus, d'être transformé, dans sa folie, en l'avatar d'un archange chimérique, cette terreur était si grande qu'il ne pouvait absolument pas la contempler longtemps ; mais alors comment rendre compte des miracles, métamorphoses et apparitions de ces derniers jours ? »

Il se demande s'il n'est pas en train de perdre la raison ou pire, si quelqu'un n'est pas en train de changer les règles du jeu – mais qui ? et pourquoi ?

Sa grande peur, surtout, est désormais d'attirer les zombies, les démons, les personnages fictifs, ou simplement les dingues comme ce Maslama, mystique allumé qui s'est institué « Sixième orteil de Dieu » car il a six orteils aux deux pieds. Jouant de sa dimension archangélique, Gibreel s'en débarrasse vite. Au moins, ses pouvoirs lui servent à quelque chose. 

Il se souvient de Rekha Merchant qu'il a tant aimé et qui s'est suicidée pour lui (avec ses enfants) en se jetant d'un immeuble ; et d'Alleluya Cone, alpiniste anglaise dont il est aujourd'hui amoureux et qu'il tente de retrouver à Londres. Elle aussi a le pouvoir de rencontrer des fantômes, comme le yogi Maurice Wilson, qui, en 1934 gravit l'Everest. Aventure de Madame Muir. 

 

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L'Aventure de Madame Muir (Joseph L. Mankiewicz, 1947)

 

 

IV - Ayesha

07:26 Écrit par Pierre CORMARY | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : salman rusdhie, islam, métempsychose, ange, démon, gibreel farishta, saladin samcha | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer