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  • Amélie, Anthony, Michel dans Le Magazine des livres de ce mois

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    « C’est la bouilloire qui a commencé » disait Eisenstein pour expliquer le primat de la matière sur l’esprit et légitimer son cinéma « matérialiste ». C’est le chauffe-eau qui ouvre et ferme toutes les entrées et sorties du prologue de La carte et le territoire, ce nouveau roman de Michel Houellebecq qui ne décevra que ceux qui croyaient en avoir fini avec lui, avant de revenir sans cesse dans les conversations et les pensées des personnages, apparaissant même un instant comme un colosse « aux pieds d’airain » aussi solide que « les colonnes du temple de Jérusalem ». A la fin, il parlera.

    Roman « objectal » s’il en est,  La carte traite les vivants comme des objets esthétiques et les objets comme des matières vivantes : un radiateur peut donner « l’air de s’ébrouer  de joie à l’idée d’être peint », un homme peut pleurer à chaudes larmes la disparition « terriblement brutale » de la marque de sa parka préférée, à qui, comme à tout produit manufacturé, il n’est « jamais accordé de seconde chance », mais « lire le mode d’emploi d’une Mercedes demeure un réel plaisir ». La carte et le territoire est le grand livre de l’état du monde - un monde dont l’opinion dominante, drainée autant par les médias et les politiques que par les annonceurs et les artistes, nous dit avant tout qu’il faut l’approuver, l’accepter, l’applaudir perpétuellement et cela même s’il vire à l’immonde. « Le mouvement général de l’art comme de la société tout entière portait (…)  vers une acceptation du monde, parfois enthousiaste, le plus souvent nuancée d’ironie », note le narrateur. Ce n’est plus le monde comme volonté et comme représentation mais le monde comme valeur et comme approbation. Le monde comme volonté d’approbation et comme valeur de représentation. Où une actrice porno peut publier un livre d’entretiens avec un moine tibétain. Où l’écologie peut devenir une forme de design. Où toute représentation doit être morale et avantageuse.

    La représentation, c’est la spécialité de Jed Martin, artiste contemporain qui peint les personnalités – les volontés – de notre monde (Jeff Koons, Damien Hirst, Bill Gates, mais aussi Jean-Pierre Pernaut et Michel Houellebecq, lui-même personnage, et non narrateur, de son roman, et qui en tant que tel, permet à l’auteur Houellebecq de substituer à l’ancienne et pénible auto-fiction un véritable autoportrait à la troisième personne et qui s’insère naturellement à l’intérieur de la fiction), quoique restant bien conscient des produits culturels et techniques que nous sommes. Car les hommes sont moins les agents de reproduction de l’espèce, comme c’était le cas autrefois, que des « moments » du processus de production. Après Copernic, Darwin et Freud qui n’ont cessé de rapetisser l’homme, voici les Mad Men et leur matrice à vendre. On ne compte plus dans ce roman les références aux gadgets numériques toujours conçus selon « un optimisme raisonné, ample et fédérateur », tel le Samsung ZRT-AV2, l’appareil photo qui détecte les sourires et propose « en mode scène » des programmes « feu d’artifice », « plage », et les inénarrables « bébé1 » et « bébé2 ». C’est que le consommateur-citoyen doit être heureux et rassuré à tous les coups même si on l’infantilise encore plus. Nul besoin d’en passer par le clonage et les robots pour entériner la déshumanisation progressive du monde, et comme c’était le cas dans La possibilité d’une île, la sur-technologie amusante, plus Julien Lepers à la télé, suffisent amplement à le faire. La carte et le territoire - grand roman de science fiction au présent (...)

     

    LIRE LA SUITE DANS LE MAGAZINE DES LIVRES, septembre 2010 :

     "C'est le chauffe-eau qui a commencé" (sur La carte et le territoire de Michel Houellebecq)

     

    + "Gras de guerre" (sur Une forme de vie d'Amélie Nothomb)

    + "Mort sans crédit" (sur Fruits & légumes d'Anthony Palou)

    Lien permanent Catégories : Joseph Vebret 3 commentaires 3 commentaires Imprimer