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Hygiène de vie.

522586630.jpg« Je bénis l’inventeur des fiançailles. La vie est jalonnée d’épreuves solides comme la pierre ; une mécanique des fluides permet d’y circuler quand même. La Bible, ce superbe traité de morale à l’usage des cailloux, des rochers et des menhirs, nous enseigne d’admirables principes pétrifiés, « Que Ton verbe soit oui ? oui, non ? Non. Ce que l’on ajoute vient du Malin » - et ceux qui s’y tiennent sont ces êtres inentamables et d’un seul tenant, estimé de tous. A l’opposé, il y a des créatures incapables de ces comportements granitiques et qui, pour avancer, ne peuvent que se faufiler, s’infiltrer, contourner. Quand on demande si oui ou non elles veulent épouser untel, elles suggèrent des fiançailles, noces liquides. Les patriarches voient en elles des traîtres ou des menteurs, alors qu’elles sont sincères à la manière de l’eau. Si je suis eau, quel sens cela a-t-il de te dire oui, je vais t’épouser ? Là serait le mensonge. On ne retient pas dans l’eau. Oui, je t’irriguerai, je te prodiguerai ma richesse, je te rafraîchirai, j’apaiserai ta soif, mais que sais-je de ce que sera le cours de mon fleuve, tu ne te baigneras jamais deux fois dans la même fiancée.

Ces êtres fluides s’attirent le mépris des foules quand leurs attitudes ondoyantes ont permis d’éviter tant de conflits. Les grands blocs de pierre vertueux, sur lesquels personne ne tarit d’éloges, sont à l’origine de toutes les guerres. Certes, avec Rinri il n’était pas question de politique internationale, mais il m’avait fallu affronter un choix entre deux risques énormes : l’un s’appelait oui, qui a pour synonyme éternité, sûreté, solidité, stabilité et d’autres mots qui gèlent l’eau d’effroi ; l’autre s’appelait non, qui se traduit par la déchirure, le désespoir, et moi qui croyais que tu m’aimais, disparais de ma vue, tu semblais pourtant si heureuse quand, et autres paroles définitives qui font bouillir l’eau d’indignation, car elles sont injustes et barbares.

Quel soulagement d’avoir trouvé la solution des fiançailles ! C’était une réponse liquide en ceci qu’elle ne résolvait rien et remettait le problème à plus tard. Mais gagner du temps est la grande affaire de la vie. »

 

(Amélie Nothomb, Ni d'Eve ni d'Adam)

Lien permanent Catégories : Très chère Amélie 1 commentaire 1 commentaire Imprimer

Commentaires

  • Certes, quelle belle invention que celle des fiançailles. Mais quelle terrible blessure que des fiançailles rompues car ces dernières n'ont d'autre vocation que le mariage. Elles permettent de gagner du temps mais elles engagent. La fluidité n'est pas sans risque.

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