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22/11/2005
Dissection de l'immonde
Et d'abord un grand merci au cher Sébastien qui sait dénicher les articles les plus intéressants sur le web. Sans doute nombre d'entre nous attendaient celui-ci. Une bombe... de lucidité et de courage. Il faudrait déclarer Alain Finkielkraut d'utilité publique.
Extraits d’un reportage de 6 pages dans le supplément hebdomadaire de Haaretz daté du 18 novembre
Pour contribution au débat : traduction de l’hébreu - extraits - Michel Warschawski - Michèle Sibony
N.B. Tous les passages en italiques sont des traducteurs]
Titre : ILS NE SONT PAS MALHEUREUX, ILS SONT MUSULMANS.
Chapeau :Le philosophe juif Alain Finkielkraut, l’un des plus célèbres intellectuels francais et porte drapeau de la guerre contre le nouvel antisémitisme ne peut pas entendre parler maintenant de racisme français, de pauvreté et d’exclusion. Qu’on le laisse tranquille avec ce discours mensonger. De son point de vue tout est clair, malgré tout ce que la France a fait pour eux les fils d’immigrés islamiques la haïssent. C’est comme çà dans leur culture. Et les belles âmes bourgeoises et les écoles ramollies les encouragent. Et la France s’en va au diable.
Les réponses de Finkielkraut ont visiblement étonné les journalistes qui l’ont interrogé à Paris. Ils signalent que « pourtant elles n’émanent pas du front national mais de la bouche d’un philosophe qu’on considérait autrefois comme l’un des porte parole de la gauche française, et l’un des philosophes qui ont mûri dans la révolte des étudiants de mai 68 » Ils précisent d’entrée de jeu que AF lors de ses réponses insiste et revient régulièrement sur le fait que « il ne peut plus dire (cela ) en France », « on ne peut pas dire çà en France » « il est peut être dangereux de dire çà en France ».
Episode 1 - sur les émeutes en France :
Question : Dans la presse française les émeutes dans les banlieues sont perçues surtout comme un problème économique, une réaction violente à une situation de pauvreté dure et de discrimination , alors qu’en Israël on a plutôt tendance à penser que l’origine de cette violence est religieuse ou du moins ethnique. C’est-à-dire à voir en elle un élément du combat islamique. Comment vous situez vous par rapport à ces différentes positions ?
Réponse : En France on voudrait bien réduire les émeutes à leur niveau social. Voir en elles une révolte de jeunes de banlieues contre leur situation, la discrimination dont ils souffrent et contre le chômage. Le problème est que la plupart de ces jeunes sont noirs ou arabes et s’identifient à l’Islam. Il y a en effet en France d’autres émigrants en situation difficile, chinois, vietnamiens portugais, et ils ne participent pas aux émeutes. Il est donc clair qu’il s’agit d’une révolte à caractère ethnico-religieux.
Q. Et d’où vient-elle ? Est ce une réponse des Arabes et des Noirs au racisme dont ils sont victimes ?
R. Je ne le pense pas, parce que cette violence a été précédée de signes annonciateurs très préoccupants que l’ on ne peut réduire à une simple réaction au racisme français. Prenons par exemple les événements qui ont accompagné il y a quelques années le match de football France-Algérie, ce match s’est déroulé à paris au stade de France, on nous dit que l’équipe de France est adorée par tous parce qu’elle est « black blanc beur », en fait aujourd’hui elle est black black black ce qui fait ricaner toute l ’Europe. Si on fait une telle remarque en France on va en prison mais c’est quand même intéressant que l’équipe de France de football soit composée presque uniquement de joueurs noirs. Quoiqu’il en soit cette Equipe est perçue comme le symbole d’une société multi ethnique, ouverte etc...Le public dans le stade, des jeunes d’origine algérienne, ont hué pendant tout le match cette même équipe. Ils ont même hué la Marseillaise et le match a du être interrompu quand les jeunes ont envahi le terrain avec des drapeaux algériens.
Et il y a aussi les paroles des chansons de rap, des paroles très préoccupantes, de véritables appels à la révolte, je crois qu’il y en a un qui s’appelle docteur R qui chante « je pisse sur la France je pisse sur de Gaulle » etc... ce sont des déclarations très violentes de haine de la France,
Toute cette haine et cette violence s’expriment maintenant dans les émeutes, y voir une réponse au racisme français c’est être aveugle à une haine plus large : La haine de l’occident qui est responsable de tous les crimes. La France découvre cela aujourd’hui.
Q. Cela signifie d’après vous que ces émeutes ne sont pas orientées contre la France mais contre tout l’Occident ?
R. Non, elles sont orientées contre la France, comme ancienne puissance coloniale, contre la France, pays européen. Contre la France avec sa tradition chrétienne, ou judéo chrétienne.
(.../...)
Q. Est ce que vous pensez que la source de cette haine envers l ’Occident parmi les français qui participent à ces émeutes est dans la religion , dans l’islam ?
R. sur ce sujet il faut être clair, c’est une question très difficile et il faut essayer de garder un langage de vérité. On a tendance à avoir peur du langage de vérité, pour des raisons « nobles ». On préfère dire « les jeunes » que « noirs » ou « arabes ». Mais on ne peut sacrifier la vérité quelques soient les nobles raisons. Il faut bien entendu éviter les généralisations : Il ne s’agit pas de tous les noirs et de tous les arabes, mais d’une partie des noirs et des arabes. Et évidemment la religion, non pas comme religion, mais comme ancre d’identité joue un rôle. La religion telle qu’elle apparaît sur internet et les chaînes de télévision arabes, sert d’ancre d’identification pour certains de ces jeunes. Contrairement à d’autres, moi je n’ai pas parlé d’Intifada des banlieues, et je ne pense pas qu’il faille utiliser ce terme. J’ai pourtant découvert qu’eux aussi envoyaient en première ligne de la lutte les plus jeunes, et vous en Israël vous connaissez çà, on envoie devant les plus jeunes parce qu’on ne peut pas les mettre en prison lorsqu’ils sont arrêtés. Quoiqu’il en soit ici il n’y a pas d’attentats et on se trouve à une autre étape : je pense qu’il s’agit de l’étape du pogrom anti républicain. Il y a des gens en France qui haïssent la France comme république.
Q. Mais alors pourquoi ? Pour quelle raison ?
R Pourquoi est ce que le monde arabo-musulman en partie du moins a déclaré la guerre à l’occident ? La république est la version française de l’Europe. Eux et ceux qui les justifient disent que cela provient de la fracture coloniale. D’accord, mais il ne faut pas oublier que l’intégration des travailleurs arabes en France à l’époque du pouvoir colonial était beaucoup plus simple. C’est-à-dire que c’est une haine à retardement, une haine a posteriori. Nous sommes témoins d’une radicalisation islamique qu’il faut expliquer dans sa totalité avant d’arriver au cas français, d’une culture qui au lieu de s’occuper de ses propres problèmes recherche un coupable extérieur. Il est plus simple de trouver un coupable extérieur. Il est séduisant de se dire qu’en France tu es exclu et « donnez-moi ! donnez-moi ! »
Cà n’a jamais marché comme cela pour personne et çà ne peut pas marcher.
2 - De l’école en France et des bienfaits du colonialisme
Aux Etats unis également nous sommes témoins de l’islamisation des noirs. C’est Lewis Farkhan en Amérique qui le premier a dit que les juifs ont joué un rôle central dans l’esclavagisme. Et le principal porte parole de cette théologie en France aujourd’hui c’est Dieudonné, c’est lui qui est aujourd’hui le vrai patron de l’antisémitisme en France, et non le front national. Mais en France au lieu de combattre son discours on fait précisément ce qu’il demande : on change l’enseignement de l’histoire coloniale et de l’histoire de l’esclavage dans les écoles. On y enseigne aujourd’hui l’histoire coloniale comme une histoire uniquement négative. On n’enseigne plus que le projet colonial voulait aussi éduquer, apporter la civilisation aux sauvages. On ne parle que des tentatives d’exploitation, de domination, et de pillage. Mais en fait qu’est ce que veut Dieudonné ? Il exige une « shoah » et pour les arabes et pour les noirs, mais si l’on met la shoah et l’esclavage sur le même plan alors on est obligé de mentir, car ce n’était pas une shoah. Et ce n’était pas un crime contre l’humanité parce que ce n’était pas seulement un crime. C’était quelque chose d’ambivalent. Ainsi en est-il également de l’esclavage. Il a commencé bien avant l’Occident. En fait, la spécificité de l’Occident pour tout ce qui concerne l’esclavage c’est justement tout ce qui concerne son abolition. L’abolition de l’esclavage est une question européenne et américaine. Cette vérité là sur l’esclavage il est maintenant interdit de l’enseigner dans les écoles.
C’est pourquoi tous ces événements là m’attristent beaucoup : non pas parce qu’ils se sont produits, après tout il fallait être aveugle et sourd pour ne pas voir qu’ils auraient lieu, mais à cause des explications qui les accompagnent. Elles sont un coup mortel à la France que j’ai aimée, et j’ai toujours dit que la vie deviendrait impossible pour les juifs de France quand la francophobie vaincrait, et c’est ce qui va se passer. Ce que j’ai dit maintenant les juifs le comprennent. Tout d’un coup ils regardent autour d’eux et voient tous les « bobos » qui chantent des louanges aux nouveaux « damnés de la terre » et se disent : qu’est ce que c’est que ce pays, que lui est il arrivé ?
Q. Puisqu’il s’agit selon vous d’une offensive islamique, comment expliquez vous que lors des derniers événements les juifs n’ont pas été attaqués ?
R. Premièrement on dit qu’une synagogue a été attaquée. Mais je pense que ce qu’on a vécu c’est un pogrom anti républicain. On nous dit que ces quartiers sont délaissés et que les gens sont dans la misère. Quel lien y a-t-il entre la misère et le désespoir et brûler des écoles ? Je pense qu’aucun juif ne ferait jamais çà. Ce qui unit les juifs - laïques, religieux, de la Paix Maintenant ou partisans du grand Israël - c’est un mot, le mot schule (lieu d’étude)* c’est ce qui nous unit tous comme juifs. Et j’ai été tout simplement scandalisé de ces actes qui se sont répétés et encore plus scandalisé par la compréhension qu’ils ont rencontré en France. On les a traités comme des révoltés comme des révolutionnaires. C’est la pire des choses qui pouvait arriver à mon pays et je suis très malheureux. Pourquoi ? Parce que le seul moyen de surmonter c’est de les obliger à avoir honte. La honte c’est le début de la morale. Mais au lieu de les pousser à avoir honte, on leur a donné une légitimité : ils sont « intéressants ». Ils sont « les damnés de la terre ». Imaginez un instant qu’ils soient blancs comme à Rostock en Allemagne on dirait immédiatement : le fascisme ne passera pas. Un arabe qui incendie une école c’est une révolte, un blanc c’est du fascisme. Je suis daltonien : le mal est le mal, peu importe sa couleur. Et ce mal là pour le juif que je suis est totalement inacceptable.
Pire, il y a là une contradiction, car si effectivement ces banlieues étaient dans une situation de délaissement total, il n’y aurait pas de salles de sport à incendier, il n’y aurait pas d’écoles et d’autobus. S’il y a des gymnases des écoles et des autobus, c’est que quelqu’un a fait un effort. Peut-être insuffisant mais un effort quand même.
Q. Mais pourtant le taux de chômage dans les banlieues est insupportable, près de 40% des jeunes entre 15 et 25 ans n’ont aucune chance de trouver un travail ?
R Revenons un moment à la schule. Lorsque les parents t’envoient à l’école, est-ce que c’est pour trouver un travail ? Moi on m’a envoyé à l’école pour apprendre. La culture et l’éducation ont une justification en elles même. Tu vas à l’école pour apprendre, c’est çà le but de l’école. Et ces gens qui détruisent des écoles, que disent-ils en fait ? leur message n’est pas un appel à l’aide ou une exigence de plus d’écoles ou de meilleures écoles, c’est la volonté de liquider les intermédiaires entre eux et les objets de leurs désirs. Et quels sont les objets de leurs désirs c’est simple : l’argent, les marques, et parfois des filles. C’est pourquoi il est certain que notre société a sa responsabilité, parce qu’ils veulent tout maintenant et ce qu’ils veulent c’est l’idéal de la société de consommation. C’est ce qu’ils voient à la télévision.
schule : mot yiddish qui signifie école , désigne plutôt chez les juifs ashkénaze de France la synagogue (ndlt)
3 - Non à l’antiracisme
..../... Mais justement le philosophe juif qui lutte contre l’antisémitisme pour entrer en guerre contre « la guerre antiraciste ». (fin des commentaires des journalistes)
« Je suis né à paris et suis le fils d’immigrants polonais, mon père a été déporté de France, ses parents ont été déportés et assassinés à Auschwitz, mon père est rentré d’Auschwitz en France. Ce pays mérite notre haine. Ce qu’il a fait à mes parents était beaucoup plus brutal que ce qu’il a fait aux Africains. Qu’a-t-il fait aux Africains ? Il n’a fait que du bien. Mon père, il lui a fait vivre l’enfer pendant 5 ans. Et on ne m’a jamais enseigné la haine. Aujourd’hui la haine des noirs est encore plus forte que celle des arabes.
Q. Mais justement vous qui combattez le racisme antijuif affirmez que la discrimination et le racisme dont parlent ces jeunes n’existent pas en réalité ?
R. Bien sûr qu’il y a une discrimination. Et il y a certainement des Français racistes. Des Français qui n’aiment pas les arabes et les noirs. Et ils les aimeront encore moins maintenant quand ils prendront conscience de combien eux même les haïssent. C’est pourquoi cette discrimination va s’approfondir pour tout ce qui concerne le logement et aussi le travail.
Imaginez que vous gérez tous deux un restaurant et vous êtes antiracistes, vous pensez que tous les hommes sont égaux et en plus vous êtes juifs, c’est-à-dire que pour vous parler d’inégalité entre les race pose problème, et imaginez qu’un jeune des banlieues vienne demander un emploi de serveur, il a l’accent des banlieues, vous ne l’engagerez pas, c’est très simple. Vous ne l’engagerez pas parce que c’est impossible. Il doit vous représenter, et ceci exige de la discipline de la politesse et une manière de parler. Et moi je peux vous dire que même des Français blancs qui copient aujourd’hui les codes de conduite des banlieues, et cela existe, se heurteront au même problème exactement. La seule manière de lutter conte la discrimination est de revenir aux exigences, une éducation sévère, c’est le seul moyen. Mais cela aussi il est interdit de le dire. Je ne le peux pas. Ce sont des choses du bon sens auxquelles on préfère le mythe du « racisme français ». Ce n’est pas juste. Nous vivons aujourd’hui dans un environnement de « guerre permanente contre le racisme », et il faut étudier la nature de cet antiracisme. Tout à l’heure j’ai entendu à la radio quelqu’un qui s’opposait à la décision du ministre de l’intérieur Sarkozi d’expulser quiconque n’a pas la citoyenneté française a participé aux émeutes et a été arrêté. Et qu’a-t-il dit ? Qu’il s’agissait d’une « épuration ethnique ». J’ai combattu pendant la guerre de Yougoslavie contre l’épuration ethnique des musulmans en Bosnie. Aucune organisation musulmane française ne s’est jointe à nous, ils ne se sont réveillés que pour soutenir les Palestiniens. Et maintenant on parle d’épuration ethnique ? Il n’y a pas eu un seul mort pendant ces émeutes, en fait si, il y en a eu deux mais c’était un accident. On ne les poursuivait pas mais ils se sont enfuis et cachés dans un transformateur électrique malgré les panneaux d’avertissement qui étaient énormes.
Mais je pense que l’idée généreuse de guerre contre le racisme se transforme petit à petit monstrueusement en une idéologie mensongère. L’antiracisme sera au vingt et unième siècle ce qu’a été le communisme au vingtième. Aujourd’hui les juifs sont attaqués au nom du discours antiraciste : la barrière de séparation, « sionisme égal racisme », la même chose en France. Il faut se garder de l’idéologie de l’antiracisme. Bien sûr il y a un problème de discrimination, il y a un réflexe xénophobe c’est vrai, mais présenter les événements comme une réaction au racisme est tout à fait mensonger, tout à fait mensonger.
Q. Que pensez-vous des moyens qu’utilise le gouvernement français pour mettre fin à la violence, l’état d’urgence, le couvre feu ?
R .Mais c’est tellement normal ! Ce que nous avons vécu est terrible. Il faut comprendre que ceux qui ont le moins de pouvoir dans la société sont les autorités, les gouvernants. C’est vrai ils sont responsables du maintien de l’ordre, et c’est important parce que sans eux il y aurait eu une autodéfense, et les gens auraient tiré. Alors ils maintiennent l’ordre et font cela avec une prudence extraordinaire, il faut les saluer pour cela. En mai 68, il y avait un mouvement tout à fait innocent comparé à celui d’aujourd’hui et il y a eu une violence policière. Ici on jette des cocktails Molotov et on tire à balles réelles. Et il n’y a eu aucun cas de violence policière. (note des journalistes : depuis l’interview plusieurs policiers ont été arrêtés suspectés de violence) Il n’y a aucun précédent. Comment maintenir l’ordre ? Par des moyens dictés par le bon sens,que soit dit en passant 73% des français soutiennent d’après une enquête du journal le Parisien. Mais je pense qu’il est trop tard pour provoquer chez eux la honte, parce que à la télévision, à la radio et dans les journaux, ou du moins dans la plupart d’entre eux, on présente aux émeutiers un miroir embellissant. Ce sont des gens « intéressants », on flatte leur souffrance et on comprend leur désespoir. En plus il y a la grande perversion du spectacle. On brûle des voitures pour qu’on puisse le voir à la télévision, cela leur permet de se sentir « importants » de sentir qu’ils vivent dans un quartier important, cette course après le spectacle doit être analysée, elle produit des effets tout à fait pervers. Et la perversion du spectacle est accompagnée de commentaires tout à fait pervers.
..../....
4 - Si cela ne leur plaît pas qu’ils rentrent chez eux :
AF. On dit que le modèle républicain s’est effondré dans ces émeutes. Mais le modèle multiculturel ne va pas mieux. Ni en hollande ni en Angleterre. A Bradford et à Birmingham aussi ont eu lieu des émeutes sur fond racial. Deuxièmement l’école républicaine, le symbole du modèle républicain n’existe plus depuis longtemps. Je connais l’école républicaine j’y ai étudié. C’était une institution avec des exigences sévères, austère, assez antipathique, qui avait construit de hautes murailles pour se protéger du bruit de l’extérieur.
Trente années de réformes stupides ont changé ce paysage. L’école républicaine a été remplacée par « la communauté éducative », horizontale et non verticale, on a révisé à la baisse les programmes scolaires, le bruit de l’extérieur est entré, la société est rentrée dans l’école. Ce qui signifie que ce que nous voyons aujourd’hui c’est en fait l’échec du modèle post républicain « sympa ». Le problème avec ce modèle c’est qu’il se nourrit de ses propres échecs : chaque fiasco est une raison pour le rendre encore plus extrême. L’école sera encore plus « sympa ». En fait, face à ce que nous voyons, le minimum de ce que nous devons exiger c’est la sévérité et plus d’exigence. Sinon on aura bientôt des « cours de délinquance ».
Ceci est une évolution caractéristique de la démocratie. La démocratie comme processus ainsi que l’a bien montré Tocqueville,nesupporte pas l’horizontalité. En démocratie il est difficile de supporter des espaces non démocratiques. Tout doit être démocratique dans la démocratie. Mais l’école ne peut pas être ainsi. Elle ne le peut pas. L’asymétrie saute pourtant aux yeux : entre celui sait et celui qui ne sait pas, entre celui qui apporte avec lui un monde, et celui qui est nouveau dans ce monde. Le processus démocratique a provoqué une délégitimité de cette asymétrie. C’est un phénomène général dans le monde occidental, mais en France il prend une forme plus pathétique, parce que l’une des caractéristiques de la France était son éducation sévère. La France a été construite autour de son école.
Q. Beaucoup de jeunes disent que le problème est qu’ils ne se sentent pas Français, que la France ne les traite pas comme des Français.
R. Le problème est qu’il faut qu’ils se considèrent eux même comme Français. Si les immigrants disent : « les Français » quand ils partent des blancs, alors on est perdu. Si leur identité se trouve ailleurs et ils sont en France par intérêt alors on est perdu. Je dois reconnaître que les juifs aussi commencent à utiliser cette expression, je les entends dire « les Français » et je ne peux pas supporter çà. Je leur dis « si pour vous la France n’est qu’une question d’intérêt et votre identité est le judaïsme alors soyez cohérents avec vous-même vous avez Israël ». C’est effectivement un grand problème : nous vivons dans une société post nationale dans laquelle pour tout le monde l’Etat n’est qu’une question d’intérêt , une grande compagnie d’assurance, il s’agit là d’une évolution très grave.
Mais s’ils ont une carte d’identité française ils sont Français et s’il n’en ont pas ils ont le droit de s’en aller. Ils disent « je ne suis pas Français, je vis en France, et en plus ma situation économique est difficile. » Personne ne les retient de force ici, et c’est précisément là que se trouve le début du mensonge. Parce que s’ils étaient victimes de l’exclusion et de la pauvreté ils iraient ailleurs. Mais ils savent très bien que partout ailleurs, et en particulier dans les pays d’où ils viennent, leur situation serait encore plus difficile pour tout ce qui concerne leurs droits et leurs chances.
Q. Mais le problème aujourd’hui est l’intégration dans la société française de jeunes gens et de jeunes filles de la troisième génération, et non d’une vague de nouveaux immigrants. Ils sont nés en France et ils n’ont nulle part ailleurs où aller.
R. Ce sentiment qu’ils ne sont pas Français ce n’est pas l’école qui le leur donne ; Il y a ici des écoles partout. En France comme vous le savez peut-être, on inscrit les enfants dans les écoles, même s’ils se trouvent illégalement dans le pays. Il y a ici quelque chose de surprenant de paradoxal. L’école pourrait très bien appeler la police puisque l’enfant se trouve en France illégalement, et malgré tout l’école ne prend pas en considération leur illégalité.
Il y a des écoles là-bas, et il y a des ordinateurs partout. C’est là que vient le moment où il faut faire un effort, et ceux qui font les émeutes ne sont pas prêts à faire cet effort. Jamais.
Prenez par exemple la langue, vous dites qu’ils sont d’une troisième génération, alors pourquoi est-ce qu’ils parlent le français comme ils le parlent. C’est un français égorgé, l’accent, les mots, la grammaire. C’est à cause de l’école ? A cause des profs. ?
Q. Puisque les arabes et les noirs apparemment n’ont pas l’intention de quitter la France, comment pensez-vous traiter le problème ?
R. Ce problème est le problème de tous les pays européens. En Hollande on est confronté à ce problème depuis l’assassinat de Théo Van Gogh. La question n’est pas quel est le meilleur modèle d’intégration, mais la possibilité même d’une intégration pour des gens qui vous haïssent.
Q. Et que va-t-il se passer en France ?
R. je ne sais pas je suis désespéré. A cause des émeutes et à cause de leur accompagnement médiatique. Ils vont se calmer, mais qu’est ce que çà veut dire ? Ce ne sera pas un retour au calme. Ce sera un retour à la violence habituelle. Alors ils vont arrêter parce qu’il y a tout de même un couvre feu, et les étrangers ont peur, et les dealers veulent reprendre les affaires. Mais ils jouiront du soutien et de l’encouragement à leur violence antirépublicaine, par le biais du discours repoussant de l’autocritique sur leur esclavage et le colonialisme. C’est cela, ce n’est pas un retour au calme mais à la violence de routine.
Q. Alors votre conception du monde n’a aucune chance ?
R. Non. J’ai perdu. Pour tout ce qui concerne la lutte sur l’école, j’ai perdu. C’est intéressant, parce que quand je parle comme je parle beaucoup de gens sont d’accord avec moi. Beaucoup. Mais il y a quelque chose en France, une espèce de déni qui provient des « bobos » des sociologues et des assistants sociaux, et personne n’a le courage de dire autre chose. Ce combat est perdu, je suis resté en arrière.
Dror Mishani et Aurélia Samothraiz
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On peut retrouver cet article en anglais sur http://www.haaretz.com/hasen/spages/646938.html et sa traduction sur http://toutesegaux.free.fr/print.php3?id_article=233.
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Commentaires
En effet, Alain a perdu. Il dit la vérité, mais cette vérité lui est volée au bord des lèvres. Puis elle est sectionnée en tronçons iniques, tronquée, souillée, puis placardée en place puBique, comme acte d'accusion contre le philosophe. AF est considéré par une majorité de nos patriotes comme un 'mélanophobe juif'. Quand sa tête tombera, Dieudonné, tu la montreras peuple... comme celle de Danton elle en vaut la peine.
Ecrit par : Abo-minable | 22/11/2005
Je suppose que contrairement à vous la majorité des français n'ont jamais entendu parler d'Alain Finkielkraut ... M Abo-minable qui tutoyait "Alain" vous mélangez tout : la pub (la place puBique!), la vérité volée (quel genre de vérité?), la justice (acte d'accusation!), les compatriotes et les patriotes ... en cinq ligne mettons six avec la signature, vous annoncez tout le programme que vous dénoncez soi-disant : télévision à outrance, information de seconde main, amalgames hâtifs, suite d'idées décousues, zapping de cultureux ...
L'élève Abo-minable qui vaut maître Alain ...
Ecrit par : Fils de Pub | 22/11/2005
Dieudonné sous la bannière de l'Humanisme et Finkielkraut sous celle de la République, défendent avant tout leurs particularismes et ce qu'ils estiment être leur communauté. Ce n'est pas un hasard s'ils se sont tous deux exprimés dans des journaux étrangers, s'ils jouent tous deux régulièrement la vierge outragée, s'ils s'obnubilent l'un l'autre, s'ils simplifient à outrance, fidèles à leur logique jusqu'à l'obsession, sans le moindre effort dialectique.
Ecrit par : Ludovic | 22/11/2005
Mettre Dieudonné et Finkielkraut sur le même plan, c'est ce qui s'appelle faire un gros effort dialectique. Vous me décevez, Ludovic.
Dieudonné est un banal antisémite, je ne vois pas où est l'humanisme chez lui. Quant à Finkielkraut, c'est peut-être un des derniers intellectuels juifs à défendre le modèle républicain et à tenter d'y croire. S'il est désespéré, c'est parce qu'il se sent bien seul. Mais il ne prêche pas pour sa communauté, contrairement à ce que vous croyez. La preuve en est qu'il se désole quand des Juifs disent "les Français" pour parler des Blancs. S'il s'exprime dans des journaux étrangers, c'est pour délivrer un message autrement plus élaboré que celui de Dieudonné. Je suis surpris que cela ne vous saute pas aux yeux.
Ecrit par : Sébastien | 22/11/2005
Cette parole publiée est tant émaillée de fautes d'orthographe qu'on se demande en effet si elle sert beaucoup la discussion.
Alain Finkielkraut est philosophe ; Dieudonné humoriste, ne confondons pas tout.
Mais à quand un débat de blog entre Finkielkraut, Soral, Chebel, Dantec (j'en oublie sûrement) et... qui s'y collerait en organisateur ?
Ecrit par : Taiseux | 22/11/2005
Tout d'abord, si j'ai bien compris le fonctionnement des commentaires de cette page, la provocation y est souvent souhaitée voire réclamée et c'est la raison pour laquelle, ma remarque était de cette nature.
Maintenant, je persiste à penser qu'elle n'est pas si outrée que cela, après avoir écouté ou lu un grand nombre de déclarations des deux tribuns, sur les Ogres.org ou sur RCJ. Dieudonné est sans doute, comme vous le dites, un "banal antisémite" mais il n'en fait pas moins appel à l'humanisme des "citoyens du monde" pour justifier sa phobie; Finkielkraut "défend le modèle républician", certes, mais quand cela l'arrange, car c'est également lui qui dit cela : "La haine antiraciste des Juifs est cautionnée par la justice." En fait, l'un commence à comprendre qu'il est en train de perdre le pouvoir, que sa position dominante ne va plus de soi et l'autre s'aperçoit qu'il peut, pour un temps, l'obtenir.
Il est bien seul, Finkielkraut ? Rassurez-vous, Sébastien, "les croisés de l'oncle Sam" sont avec lui, et ça fait beaucoup. Et puis comment pouvez-vous accepter que ce soi-disant philosophe, ce républicain convaincu, s'insurge que des Noirs représentent l'Equipe de France de Football ? La République et la Nation serait donc affaire de couleurs ou d'ethnies ? Que dirait ce monsieur si quelqu'un s'amusait à son tour à comptabiliser pareillement, dans d'autres équipes, les Juifs ?
Ecrit par : Ludovic | 22/11/2005
Dieudonné est un métis qui veut paraître plus noir que les noirs, mais en fait il a autant d'ancêtres blancs que d'ancêtres noirs et peut-être même qui sait des aïeux négriers comme en Martinique ou en Guadeloupe une grande partie de la population qui descend tout autant des maîtres que des esclaves !
C'est un classique ! S'il avait été blanc de peau et à une autre époque il aurait pu comme le quarteron Edgard J Hoover directeur du FBI faire la chasse aux noirs révoltés et aussi faire chanter les homos tout en étant un aussi ... c'est une manière de s'accoler à ceux qui ont le plus de pouvoirs ou à ceux qui crient le plus fort !
Mais en fait à notre époque tous ces Dieudonné ou Finkielkraut sont surtout fils des médias qui les créent ...
Ecrit par : Fils des Médias moi aussi. | 22/11/2005
Finkielkraut se contredit peut-être en remarquant que l'équipe de France de football est plutôt noire que blanche car la République devrait être indifférente à la couleur de ses citoyens. Il n'empêche que les Blancs sont majoritaires en France et il est curieux que Domenech (et lui seul) sélectionne si peu de joueurs blancs. Donc la remarque de Finkielkraut ne me choque pas vraiment. Il est devenu tellement banal de nos jours de déplorer la non-visibilité de certaines minorités à la télévision ou ailleurs que je ne vois pas pourquoi la majorité ne pourrait pas le faire quand elle s'estime injustement traitée. Une équipe nationale de football est censée représenter un pays.
De toute façon, le modèle républicain classique est mort et Finkielkraut le sait. Quant à comptabiliser les Juifs, Renaud Camus l’a fait à propos d’une émission de radio du service public, déclenchant la polémique que l’on sait. Et Finkielkraut l’a soutenu et l’invite parfois dans son émission "Répliques" pour lui dire tout le bien qu’il pense de ses livres. Tout dépend qui parle et de quelle manière. Mais vous allez dire que Finkielkraut se met en porte-à-faux.
Ecrit par : Sébastien | 22/11/2005
Finkielkraut ne se contredit pas, il pointe la discordance entre l'étiquette "Black Blanc Beur" qu'on colle à l'équipe de France et la réalité que chacun peut constater : une équipe quasiment "Black Black Black".
Il s'agit pour lui de rétablir une réalité maltraitée par le discours dominant.
Ecrit par : Baron | 22/11/2005
Vous avez raison, Sébastien, après avoir écrit la note précédente, je me suis souvenu de la défense de Camus par Finkielkraut. Cela dit, je reste persuadé que ce monsieur a un problème avec les Noirs et les Arabes, et je ne vois pas de différence notable entre ce discours sur le foot et ce que pourrait dire n'importe quel élu ou électeur FN. C'était bien la peine de nous faire peur pendant 15 ans avec le fascisme du FN, si c'est pour reprendre sa rhétorique à présent, et apperemment sans complexe.
"Fils des medias" ? Bien évidemment.
Ecrit par : Ludovic | 22/11/2005
"Une équipe nationale de football est censée représenter un pays."
Non.
Elle est censée gagner des matchs, et donc être constituée du meilleur ensemble de joueurs possibles (du point de vue du sélectionneur, effectivement). Mais elle n'est pas censée "représenter" le pays sur le plan de la coloration de la peau : c'est une idée d'une grande stupidité. Si les meilleurs joueurs de foot français sont pour beaucoup des blacks, eh bien c'est normal d'avoir des blacks sur le terrain (au passage, on en a partout en sprint sans que quiconque vienne s'en fâcher, dans aucun pays).
Mais je refuse d'être représenté par une équipe de foot, de toute manière : le foot est un sport, certes très populaire, mais ce n'est pas une instance politique.
*Celeborn
Ecrit par : *Celeborn | 22/11/2005
"apparemment."
Ecrit par : Ludovic | 22/11/2005
Ma correction d'orthographe a croisé le commentaire de Céléborn, dont je partage le propos. Finkielkraut a clairement révélé dans cet entretien son aversion pathologique. Ce n'est même plus "la France aux Français" de Le Pen, c'est "la France aux Blancs". Moi, je veux bien, mais alors qu'on arrête de parler de République dans ces conditions.
Ecrit par : Ludovic | 22/11/2005
zapping de cultureux...
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En voilà du fiel, M. le Fils de Pub. Que ne jouez-vous pas de mon pseudo pour me traiter de minable, ce serait assez 'pub', non ? Je vous rassure, votre égotisme vous a fait voir dans le mot puBique, celui de Pub ; or c'était du pubis qu'il était question.
Car nous sommes dans une érotisation absolue du média envers son contenu. Vous voulez parler image, on en parle (ce n'est pas hors-sujet tout à fait). Il y a quelque chose de féminin dans la manière dont la caméra -oui, LA caméra- s'est positionnée pour filmer les voyous incendiaires. Il y a quelque chose de lubrique dans ces plateaux de TV où des 'casseurs de bagnoles' de quatorze ans sont invités à 'débattre' devant un parterre de vedettes à la lippe écumante d'admiration. Il y a quelque chose d'hystérique (et de somatique) dans les applaudissements en pâmoison d'une certaine gauche chic devant le spectacle des autodafés nocturnes, quelque chose de plus mélancolique dans les râles de certains intellectuels-soubrette qui portent haut l'étendard de la culpabilité néo-coloniale (oui je parle du Sanglot de l'homme blanc). Tout cela procède d'une libido collective bien particulière, et qu'on ne peut interroger sans attirer à soi toutes les philippiques des bien-pensants, des lisseurs et de ceux qui ont sur le front le hiéroglyphe du progressisme.
Ecrit par : Abo-minable | 22/11/2005
Sur l'école, Finkielkraut a raison : elle a failli, elle n'en finit plus de faillir. Les "jeunes" en question en sortent, et dans quel état ? Sans parole. Ne restent que la brutalité de l'esprit et des actes. Au sein d'un monde de violence. Le monde est violent, l'oublie-t-on soudain pour ne plus voir que cette violence particulière des émeutes ?
Autre point de vue, une réponse de Rudolf Bkouche, de l'UJFP, à cette interview d'AF :
"Aujourd’hui où l’idée de révolution semble morte, ne reste que la révolte ou la jacquerie pour s’exprimer, les récentes violences en France nous le rappellent. Il est alors nécessaire de rappeler que ces violences sont la réponse à une violence plus forte, qui n’est plus la seule violence d’Etat, mais qui est la violence du capitalisme mondialisé."
http://oumma.com/article.php3?id_article=1793
Ecrit par : Alina | 22/11/2005
"Les deux siècles qui nous ont précédés ont conduit à transformer l’idée de révolte en la belle idée de révolution, c’est-à-dire en l’idée de transformer le monde. Aujourd’hui où l’idée de révolution semble morte, ne reste que la révolte ou la jacquerie pour s’exprimer, les récentes violences en France nous le rappellent."
La première partie éclaire l'extrait d'Alina.
Funeste alternative : révolution ou jacqueries. Pas réformes, changements...mais révolution. Cet homme est-il un dur rêveur ? les révolutions que le monde a connu sont-elles les seuls exemples à donner à nos adolescents ? L'histoire récente n'est-elle que le fruit de révolutions ? Si RB a de l'audience, on est mal parti !
Ecrit par : mongka | 22/11/2005
"Il y a quelque chose de féminin dans la manière dont la caméra [...] Il y a quelque chose de lubrique dans ces plateaux de TV [...] Il y a quelque chose d'hystérique (et de somatique) dans les applaudissements..."
Voilà une bien belle définition du féminin : le lubrique, l'hystérique et le somatique. J'imagine que le masculin, c'est le sérieux, le sage et l'intellectuel, alors... Bonjour les énormités.
*Celeborn
Ecrit par : *Celeborn | 23/11/2005
C'est étonnant comment Finkielkraut déclenche son tsunami de conneries !
Il y aussi son compère Sloterdjik qui est très fort à ce jeu-là mais il voyage moins loin, il s'arrête au Crystal Palace et à Dostoievski alors que le métacontemporain va jusqu'au mur des lamentations !
" Ma tante quel malheur ! " comme Pauwels nommait sa vieille tantine qui se plaignait toujours ou si vous préférez entre voisines : "Mais où va le monde, je vous le demande ?".
Ecrit par : Ma tante, quel malheur ! | 23/11/2005
SORTIR DU FINKIELKRAUTISME
La crise sociale française : des nouvelles précarités, des salariés plus isolés
LE MONDE | 21.11.05 | 15h36 • Mis à jour le 21.11.05 | 15h36
Au premier regard, la société française reste la société de classes qu'elle était dans les années 1950, avec un haut et un bas bien identifiés, se reproduisant implacablement de génération en génération.
Non seulement les classes populaires (ouvriers et employés) n'ont pas disparu, mais elles représentent toujours la majorité de la population active (environ 60 %). En apparence, leur situation salariale reste également très stable : un ouvrier (ou un employé) gagne 2,5 à 3 fois moins qu'un cadre, aujourd'hui comme il y a vingt ans. De même, le chômage touche toujours 3 ou 4 fois plus souvent les ouvriers ou les employés que les cadres. Enfin, la démocratisation de l'accès à l'enseignement secondaire n'a pas vraiment atténué les inégalités considérables de perspectives scolaires et sociales pour les enfants des différentes catégories.
L'échec scolaire au primaire et au collège reste 4 à 5 fois plus fréquent chez les ouvriers que chez les cadres : une majorité des enfants de cadres finiront cadres et une toute petite minorité (moins de 10 %) finiront ouvriers ou employés ; inversement, une majorité des enfants d'ouvriers finiront ouvriers ou employés. En somme, si l'on regarde le paysage à partir des catégories forgées dans l'après-guerre — ouvriers, employés, cadres, etc. —, il nous renvoie l'image d'une France très stable.
Et pourtant, tout a changé.
Le symptôme le plus cru en est la crise générale de la représentation politique : des pans entiers du salariat modeste ont déserté la gauche et ne se sentent plus du tout représentés par les partis traditionnels. En mai 1981, le Parti socialiste rassemblait 74 % du vote ouvrier ; en avril 2002, il n'en captait plus que 13 %. La droite parlementaire ne profite guère de ce rejet : le vote des classes populaires a d'abord nourri la montée de l'abstention et, en second lieu, le vote pour les extrêmes. Lors de la dernière élection présidentielle, près du tiers des ouvriers qualifiés et des contremaîtres ont voté pour l'extrême droite.
Que s'est-il donc passé ? En réalité, les instruments mobilisés pour décrire le social racontent une société en trompe-l'oeil.
Les mêmes mots — ouvriers, professions intermédiaires, cadres... — décrivent des réalités sociales n'ayant plus beaucoup à voir avec la situation des années 1970. La classe ouvrière puissant