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VI - Le christianisme cruel

gérard depardieu

09 - La connaissance comme chute.

« D'où vient à la raison le pouvoir d'imposer ses vérités dont elle n'a que faire et qui sont détestables, quelquefois insupportables, à l'être ? » Et que peut faire ce pauvre être, ce pauvre ère, « ensorcelé par le pouvoir de celle-ci, impersonnelle et indifférente » et qui le tient sous son emprise ? Toute l'histoire de la philosophie fut dans cette émancipation de la raison vis-à-vis du divin. Toute l'histoire de la raison fut l'histoire du libéralisme. Volonté, autonomie, immanence. Tel est notre destin, notre histoire, notre essence. Peu importait finalement qu'à Dieu tout soit possible du moment qu'on monte sa petite entreprise, son commerce, ses droits de l'homme et qu'on ait sa science infuse. La connaissance fut notre chute mais notre chute fut notre science. Si Caïn a tué Abel, c'est peut-être parce qu'Abel venait d'inventer le Smartphone, qui sait....

La raison, oui, mais avec la morale. Nous sommes malins. La technique, oui, mais avec la déontologie. L'immanence, oui, mais avec l'honneur. L'homme s'est retiré de Dieu et s'est donné des valeurs. Les mêmes piteuses valeurs dont se moque le chevalier de la foi.... et Falstaff ! L'honneur, en effet, pas plus que l'éthique, ne donne à manger ou ne ressuscite l'être aimé. Et c'est pourquoi Falstaff est plus insupportable aux hommes qu'à Dieu. Il y a toujours chez celui qui méprise l'honneur et se fout de la raison une fêlure par laquelle pourra passer la lumière divine. Et c'est pourquoi nous préfèrerons toujours Falstaff à Javert, Dionysos à Kant, et Gérard Depardieu à Pierre Boyer

Telle se définit en tous cas la philosophie existentielle : une lutte acharnée de l'être pour le possible, la foi, le miracle, la bandaison - pour qu'Isaac soit rendu à Abraham et pour que Régine revienne à Sören. Pour que tout ressuscite.

Hélas ! On perd souvent à suspendre l'éthique au nom de la foi. Dieu ne se manifeste pas tant que ça et on en revient souvent Gros-Jean comme devant, sans famille, sans femme, sans rien. Alors, on se réfugie hypocritement dans l'éthique qui, si elle ne rend rien à l'être, sait à merveille le démolir, le culpabiliser jusqu'à la mutilation. Même Falstaff, « l'homme le plus insouciant, le plus léger, sera saisi d'épouvante devant l'arsenal d'horreurs dont dispose l'éthique, et il se rendra ». Il devra alors répondre à la police, à la justice, au bourreau, se mettre nu, avouer, tirer la langue...

 

gérard depardieu, tenue de soirée

 

10 - Le christianisme cruel.

« Ma dureté n'est pas de moi ; si j'avais connu un mot adoucissant, j'aurais été heureux de consoler, de réconforter. Et pourtant, pourtant ! Peut-être manquerait-il autre chose à celui qui souffre - des souffrances encore plus intenses. Des souffrances plus intenses ! Qui est assez cruel pour oser dire cela ? Mon ami, c'est le christianisme, c'est la doctrine qu'on nous offre comme la plus douce consolation. » (Kierkegaard.)

Pourquoi le christianisme est cruel ? Parce qu'il nous veut libre. Et la liberté, c'est la mort. Le choix, c'est l'enfer. Le christianisme nous oblige au choix et à la libre volonté un peu comme le nazi du Choix de Sophie obligeait la mère à choisir entre ses deux enfants, lequel elle garde, lequel elle laisse. Dieu permet, suscite, provoque, impose ce genre de situation. Et plus la mère se croira libre, responsable, volontaire, plus sa douleur sera grande alors qu'à la limite, si elle savait que tout est nécessité, destin, fatum, elle souffrirait moins. Mais Dieu est là pour lui rappeler que c'est elle qui fait sa vie librement et qui choisit de donner au nazi sa fille cadette plutôt que son fils aîné. Et là, Dieu jubile. Pas question qu'il intervienne comme il était intervenu avec Abraham. Non, la liberté jusqu'au bout. La torture jusqu'au bout.

 

gérard depardieu, tenue de soirée

 

Dieu ou l'éthico-religieux. Dieu ou la morale. Dieu ou la torture perpétuelle (et ce "ou" n'est pas un "ou bien", hélas...). Si l'on distingue l'un de l'autre, alors la souffrance est déjà moindre - et Dieu est sauvé. Si Dieu n'est pas moral, alors, il devient le vrai consolateur. Mais si Dieu est moral, il reste un bourreau mille fois plus exigeant que le diable (qui du reste n'a jamais été un bourreau mais un tentateur qui livre au bourreau).

Kierkegaard, et c'est pourquoi je l'aime, le lis et le relis, pose la question en terme de question ordinaire et extraordinaire (vous savez, la torture de l'Ancien Régime, les brodequins). Et la question est : soit Dieu est une expression humaine de l'éthique et dans ce cas, c'est l'enfer assuré à chaque instant, soit il n'est pas de ce monde et se fout bien de l'éthique et dans ce cas on peut croire à son amour. Il faut choisir entre l'amour et la morale. Entre la grâce et l'éthique. Entre le miracle et la raison.

SOIT LA MISERICORDE, SOIT LA JUSTICE.

Vous n'arrivez pas à choisir ? Ne vous en faites pas, Kierkegaard non plus. Toute sa vie, il a oscillé entre la croyance impossible (d'ailleurs absurde) qu' « à Dieu tout est possible » (y compris de sauver Isaac) et la conviction que seule l'éthique rationnelle était de ce monde - et bonne pour lui. Toute sa vie, il s'est demandé « quel est mon Isaac ? » Demandez le vous à votre tour : quel est votre Isaac ? Et là vous commencerez à sentir la crainte et les tremblements.

 

gérard depardieu,tenue de soirée,welcome to new york,matthias grünewald

 

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