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22 - Eléments, n°154 - Ce que j'en retiens

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Le tournant, par Robert de Herte.

Mutations générales du monde. Incertitudes totales des terriens. Redistribution incessante et épuisante des cartes politiques, morales et géographiques. "Jamais on n'a assisté à un bouleversement aussi général."

Nos problèmes ? Ecologiques (épuisement des ressources naturelles), inter-ethniques (avenir des migrations internationales qui mettent à mal les identités et les peuples), militaro-économiques (nouvelles formes de guerre, celles du pétrole et de l'eau, du cyber et de l'espace), transhumains (fusion programmée du mécanique et du vivant, théorie du genre, mères ovuleuses et porteuses, enfants à vendre, foetus Amazon).

Nos ennemis ? Plus que la Russie (avec qui l'on rêve "Eurasie"), encore et toujours les USA "prêts à tout, strictement à tout, pour préserver leur statut de nation indispensable" --------------> Mais dans ce cas, quitte à être un vassal (ce que nous sommes depuis l'après-guerre), pourquoi l'être de la nouvelle Russie tsariste plutôt que de la bientôt vieille Amérique impérialiste ? Avec qui partageons-nous le plus de valeurs ? Les gens du Met. ou ceux du Bolchoï ? Depuis toujours, on aime détester l'Amérique, en France, autant qu'on aime aimer la Russie. Et l'extrême droite admire aujourd'hui Poutine comme naguère la gauche radicale admira Lénine. Mais moi ? Le serf que je suis préfèrerait-il, s'il devait quitter la France, s'installer à New York ou à Moscou ? Quelle meilleure soumission pour moi ? Et pour vous ?

"Après avoir tout détruit, le capitalisme, tel un scorpion, ne peut plus que se détruire lui-même" - sauf que le scorpion est justement l'animal qui survit à tout. Et puis, l'autodestruction du capitalisme.... Il y a toujours quelque chose qui ne me paraît pas crédible dans la critique totale et holiste qu'on fait de lui.  Parce que c'est grâce à lui qu'on a l'électricité et l'eau courante, non ? Le capitalisme, on feint tous de le mépriser mais on en jouit tous, non ? (Du moins en Occident, puisque les esclaves sont ailleurs...) LE CAPITALISME, CE N'ETAIT PAS LE PLAN MARSHALL, NON ?

Mais ok, suivons Deub's jusqu'au bout - puisque c'est le dernier post de la série. Va pour le déclin et l'apocalypse qui l'accompagne délicieusement, ce qu'il appelle "le processus sub-chaotique de décivilisation". Si guerre il y a, celle-ci se fera non pas tant entre le Nord et le Sud, entre l'Occident et l'Islam, comme les gens de droite en rêvent, mais encore une fois, entre l'Ouest et l'Est, entre la mer et la terre, entre "les forces thalassocratiques (système de l'argent) et les forces continentales (principe de réalité)". Et depuis que nous sommes revenus dans l'OTAN via Sarkozy et que Poutine a été désigné comme l'ennemi principal, cela va être très difficile de ne pas la faire, cette guerre-là.... Et comme plein de gens seront encore violemment anti-américains et violemment pro-russes, il pourra aussi y avoir un risque de guerre civile, tout au moins de grave désordre.

TRANSATLANTIQUE OU EURASIEN PLUTOT QUE MUSULMAN OU CHINOIS, TELLE EST LA QUESTION. 

 

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Michel Marmin (mes vingt Walsh !) interviewe Philippe le Guillou. On évoque Argol, Gracq, Brocéliande, le courant aurifère (et druidique) de la littérature française, la question du catholicisme celte ou du celtisme catholique, mais aussi le Ludwig de Visconti, Drieu, Raspail, Pompidou, enfin les Stèles à de Gaulle, pendant de L'écriture de Charles de Gaulle, de Dominique de Roux. Exaltant et étrange.

Ludovic Maubreuil fête "P'tit Quinquin", de Bruno Dumont, à sa manière inimitable : force d'un cinéma qui croit en l'imprévisibilité de la vie, faite "d'Epiphanie et filigrane", qui se passe de moraline (pas d'anti-racisme triomphant ici, et encore moins de "vivre ensemble" qui "calmerait le jeu" et cela sans aucun mépris pour ses personnages - ce qui va de soi : plus on est moral, plus on méprise le monde et moins on l'est, plus on lui rend raison, y compris celui de ces bouseux asociaux ou de ces handicapés mentaux), qui sait tenir à distance autant "l'effet de réel qui fascine à bon compte que le symbolique qui désincarne", qui ré-enracine encore et toujours (le Nord) sans pour autant christianiser (ce qui se discute). En tous cas, c'tait bien torché, Carpentier ?!

 

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Dans les pages Cartouches, on rappelle combien Zeev Sternhell continue à affirmer l'idée que la France est le berceau du fascisme et qu'un livre collectif, Fascisme français ? - la controverse, sous la direction de Serge Bernstein et Michel Winock, remet en place. On interroge ensuite le mythe helléno-germanique (les Allemands ont-ils les Grecs du XIX ème siècle ?). On fait de Sade le visionnaire du néo-libéralisme (eugénisme + social-darwinisme) en stigmatisant l'anthropologie négative du libéralisme, à savoir cette idée, forcément discutable mais si séduisante, que "les vices privés font le bien public", que plus on est âpre au gain, avide et cupide, plus on crée de la richesse et plus tout le monde en profite, que l'égoïsme est une forme secrète d'altruisme, que du mal sort le bien (La fable des abeilles, de Mandeville, 1714).

Sinon, c'est toujours le christianisme qui est responsable d'avoir désenchanté le monde et fait de la nature un objet de science (Jean-Paul Castel, Sciences et religions monothéistes, l'inévitable conflit) et c'est pourquoi Homère contient plus de sagesse et d'intelligence que les trois monothéismes réunis (Jean Soler, Le sourire d'Homère). Même si c'est en Occident qu'on porte et qu'on pense encore le mieux sa propre critique, la raison comparaissant en permanence devant son tribunal - la raison étant elle-même son tribunal (Gilbert Larochelle et Jean-François de Raymond, La repentance. Le retour du pardon dans l'espace public).

De leur côte, Julliard et Michéa rappellent qu'en France, la conscience est plus "de peuple" que "de classe". Reste que l'alliance historique entre la gauche et le peuple "se défait sous nos yeux" et que c'est cela dont la vraie gauche devrait se soucier (Jacques Julliard et Jean-Claude Michéa, La gauche et le peuple).

Encore les druides, page 23 avec Les Druides, l'intégrale par Istin / Jigourel / Lamontagne. Mais quoi ? Encore Game of Thrones (et personne ne pourra dire que j'ai été hors sujet depuis 22 posts !)

 

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Question "science", eh bien, on est de plus en plus nombreux sur cette bonne vieille Terre. Rémi Brague a tort : l'explosion démographique ne s'arrêtera pas au XXIème siècle. On est 7,3 milliards aujourd'hui et on sera 9,6 milliards en 2050 et 10,9 milliards en 2100 -  et encore dans l'hypothèse moyenne, car dans l'hypothèse constante (taux de fécondité échangé), on serait 28,6 milliards en 2100, dont 17,2 milliards en Afrique. Il est clair que "plus il y aura d'humains sur Terre, moins la planète sera humaine."

A part ça, les femmes sont plus dépressives, car plus scrupuleuses, que les hommes, au boulot. Est-ce la raison pour laquelle l'humanité a déifié les femmes tout de suite et comme la nouvelle Vénus Callypige  préhistorique qu'on a récemment découvert à Amiens le prouverait encore ? Et puisque nous sommes dans la préhistoire, notons que c'est en Europe les premiers loups furent domestiqués il y a 32 000 ans et non au Proche-Orient comme on l'a souvent cru.

 

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De toutes façons, voici venir le temps des Multivers. Les anti-uniques l'attendaient depuis longtemps. Enfin les sciences officielles déconstruisent l'idée d'un cosmos unifié. "L'univers homogène bat de l'aile", écrit Jean-François Gauthier, et cela grâce notamment au jeune astrophysicien Aurélien Barrau qui dans Des univers multiples en finit avec l'unicité de l'univers, l'idéologie du big bang et la physique théologienne mystique qui a fait de l'unité sa croyance primaire. "Cosmos-Un est mort ! Vive Cosmos au pluriel !"

Encore une fois,

monothéisme = mêmeté = mort

christianisme = universalité = globalité = capitalisme = mort.

Polythéisme = divers = régionalisme = cultures avec "s" = vie plurielle (mais aussi sorcellerie, occultisme, Mélisandre !)

 

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 Eric Zemmour et Alain de Benoist, enfin.

 « - Saviez-vous que vous êtes devenu une véritable star des prisons françaises ? J'ai rendu récemment visite à un ami à Fleury-Merogis et, comme il trouvait le temps long, je lui ai apporté quelques ouvrages, dont le vôtre. Vous le croirez ou pas : il est devenu une sorte de héros, celui qui était présumé vous connaître, et votre livre circulait désormais de cellule en cellule. Il y a en prison toute une population arabe qui ne jure que par vous. Les détenus défilaient pour lui demander : "alors t'as le Zemmour !", "t'as le Zemmour !"

- Cher Alain, savez-vous ce que vous aurait dit mon père ? Il a vécu 50 ans en Algérie et parlait très bien l'arabe. Je vais vous donner la clef de compréhension, car c'est mon père qui me l'a donnée. Il m'a toujours dit que les Arabes respectent l'honneur et le courage. Ils ne sont pas sur les idées : ils sont sur l'homme. Je me souviens que ses copains arabes m'aimaient beaucoup. Cette anecdote me touche et m'enchante au plus haut point. C'est très exactement ce que nos Précieuses Ridicules de plateaux télé, qui hurlent au moindre mot de travers, ne comprendront jamais. Elles ne peuvent pas voir la force des réalités humaines les yeux dans les yeux.

- J'ai été dernièrement à Montpellier pour une conférence. A la fin, un adolescent maghrébin me demande une dédicace pour son père. Je lui demande quel nom écrire. Il me répond : "à Mohamed, de la part de son fils qui l'aime". J'ai trouvé le geste attendrissant et moins anodin qu'il n'y paraît...

- Pour aller dans votre sens, j'ai vu ou lu récemment un entretien de Franck Ribery, un joueur de foot français de l'équipe du Bayern de Munich, dans lequel il explique sa conversion à l'islam. Cet homme, qui n'aligne pas trois mots en français correct, a tout simplement raconté avoir aimé la chaleur de la famille de sa famille algérienne qui l'a accueilli, un amour tel qu'il s'est approprié en retour l'histoire de l'Algérie. Rendez-vous compte : il a fait du Renan à l'envers ! »

 

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L'essentiel de la discussion (absolument passionnante) portera sur l'affrontement des deux gauches, la libertaire et la sociale, et le triomphe de la première depuis mai 68 ; la nouvelle lutte des classes entre les élites, citoyens du monde hors-sol et les enracinés tradi que l'on ne cesse de vouloir déraciner ; l'idéologisation sociétale dans laquelle on baigne plus que jamais ; la volonté de mener contre elle une politique gramscienne, soit une "guerre culturelle", et qui commence d'abord par la déconstruction systématique des déconstructeurs. Fascinant de voir le régionaliste impérial de Benoist s'opposer au jacobin bonapartiste Zemmour qui n'est "pour l'empire carolingien que si c'est la France qui en prend en la tête et contre si c'est l'Allemagne" - credo que d'aucuns trouveront fort peu déontologique, sinon logique, mais qui est bien le fait d'un homme qui ne trahit pas son camp, sa patrie, sa famille au nom de la justice. Tant pis, pour une fois, pour Simone Weil !

Mais si la République n'assimile plus, rétorque Deub's, ne faudrait-il pas alors changer de régime et fonder un empire des régions ? Car il est clair, et son interlocuteur assimilationniste le reconnaît, "on n'assimile les individus, pas les peuples". Or, ce sont bien les peuples qui s'installent de plus en plus chez nous - et peu à peu risquent de nous remplacer.  Quel sera alors le sens de notre "décence ordinaire" ?

A propos, ne faut-il pas en finir avec cette formule forgée par Orwell, figure intouchable de la nouvelle gauche populaire, et qui ne signifie rien à force de trop vouloir signifier et dont la seule vertu est intentionnelle ? C'est ce que propose le sociologue François de Négroni dans son article. Pierre Balmefrezol, tu as adorer...

 

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Pour une critique du concept de décence ordinaire, par François de Négroni. .

La "common decency" ou le passe-passe de tous "les intellectuels en débine" qui préfèrent rêver plutôt que faire la révolution. La "common decency" ou la négation absolue de la sociologie.  La "common decency" comme recherche d'un prolétariat mythifié, fantasmé et introuvable. La "common decency" ou la mystique affectée des bourgeois de gauche (parfois de droite) pour les petites gens, les vrais gens, les braves gens. Mais ça n'existe pas, les braves gens, à part dans la tête de Pierre Poujade ou de Patrick Sébastien. Pas plus que n'existe "le peuple", fausse notion par excellence. En vérité, les common decencystes ont une vision disneyenne du monde ni plus ni moins - d'un Disney d'un gauche et qui conduit au social libéral façon Tony Blair. De Eric Arthur Blair à Tony Blair ! CQFD.

"La common decency, une fois traversées les galantes apparences, renvoie davantage à la stratégie des puissants qu'à la spontanéité des dominés. C'est un principe d'économie. De régulation de la coexistence. L'ordre bourgeois introduit dans l'expression des rapports sociaux. La neutralisation symbolique de la lutte des classes à l'intérieur des territoires partagés, publics ou domestiques. La mise en scène cauteleuse et indolore d'un modèle culturel au sein duquel se dilue la dimension orale de servitudes non-volontaires. Cette ritualisation au rabais de la réciprocité dans les échanges interindividuels, qui conduit à confondre convivialité machinale et liens de fraternités effectifs, accomplit le projet de mystification unanimiste fomenté par les appareils idéologiques du pouvoir. Et elle ne colle à l'habitus populaire que sur le mode de la fiction, de la fétichisation pour mieux araser son potentiel insurrectionnel. Tel se révèle l'envers du décor frais et idyllique planté par le prestidigitateur Orwell, avec sa baguette d'Harry Potter : de la comédie, de l'euphémisation, du détournement, du mécanique plaqué sur le vivant."

Quant à Michéa, orwellien en chef, il n'est qu'un "grand benêt attendri" qui fait semblant de connaître le peuple, "un pleurnicheur incapable de résister aux vieux appâts de la solidarité organique, du groupe en fusion, du potlach", un ringard qui sert les intérêts de la world company sans le savoir.

Bien sûr, il faudra lire la réponse de mon ami David L'Epée et de Charles Robin. Mais Négroni n'a-t-il pas frappé au coeur des choses ?

 

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 Cher Michel Onfray, encore un effort.... "pour nous rejoindre" ? C'est vrai quoi ? Tant de points communs entre lui et la ligne éditoriale d'Eléments : anti-monothéiste, anti-freudien, anti-capitaliste, anti-pensée hémiplégique, anti-européen (de cette Europe là, technocrate, ultra-libérale, vulgaire), anti-mondialiste, anti-féministe (de ce féminisme qui s'émeut plus d'un mot de travers que de la burqa), mais nietzschéen de gauche, païen cosmique, hédoniste populiste. "La balle est dans votre camp, Michel Onfray." Exact.

(Encore que j'attends avec impatience le jour où ce dernier se rendra compte qu'après avoir dégommé Freud et Sade il se devra de dégommer Nietzsche.)

 

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Michel Foucault : notre siècle néolibéral porte son nom, par François Bousquet.

Le meilleur article de ce numéro pour le philosophe le plus influent notre époque transhumaine et post-identitaire, la sienne. Celui qui, dans un classement des penseurs les plus cités au monde,  arrive avant Bourdieu, Derrida, Butler, Heidegger, Marx et Nietzsche, est "revendiqué à la fois par les LGBT, l'ultra-gauche et les ultralibéraux", s'est imposé comme l' "évangéliste des minorités",  est devenu une "icône homosexuelle" - "a fucking saint" comme l'a dit David Halperin dans son Saint Foucault (1995). C'est en effet à lui doit des choses aussi fun que "le renversement du normal et du pathologique, le refus des assignations sexuelles, les études de genre, la politisation du corps, la revanche des minorités" et l'idée ultra cool que tout énoncé est énoncé lui-même d'un autre énoncé et ainsi de suite. Dans la lignée de Nietzsche : aucun fait, que des interprétations - et comme de ses collègues : aucune différence, que des différances (Derrida) ; aucune profondeur, que des effets de surface (Deleuze) ; aucune chose, que des mots (lui.)

Lu autant au PS qu'au MEDEF (par notamment Denis Kessler, ex-numéro 2 de cette vénérable institution), il est la référence obligatoire de tous ceux et de toutes celles  qui mènent une lutte comme dirait l'autre) de la société civile contre l'Etat, du soi contre le nous, de l'anal contre le social. Son coup de génie sera de mélanger l'individualisme libertaire soixantuitard et le structuralisme, "la nouveauté intellectuelle dérangeante de l'époque", soit le corps et le concept, le souci de soi et l'épistémologie, les plaisirs et les théories. Ajouté à cela une écriture ensorcelante, d'une perverse limpidité, et l'on comprendra pourquoi ce "sodolibéral", comme dit l'autre, est irrésistible.

"Plutarque des hommes infâmes", "à la poursuite d'un Eldorado de la perversion", anti-totalitaire jusqu'à la déréalisation du monde, "son oeuvre s'apparente à une opération de piratage philosophique" formidablement antisociale : c'est la raison qui crée la folie, c'est l'asile psychiatrique qui invente l'aliéné, c'est la prison qui fabrique le criminel, c'est la famille qui suscite le parricide, c'est la justice qui imagine le coupable. Et s'il anime au début des années 70 le Groupe d'Information sur les Prisons (GIP), ce n'est pas tant pour "qu'il y ait des chasses d'eau dans les cellules" que pour "arriver à ce que le partage social et moral entre innocents et coupables soit lui-même mis en cause."

 

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Avant "le Grand Remplacement", "le Grand Renfermement" ! (Bien sûr, c'est une des plus grandes erreurs de la philosophie contemporaine et le plus beau mythe foucaldien, comme le démontreront un jour Marcel Gauchet et Gladys Swain.)

Tant pis. Entre temps, notre roitelet chauve a découvert le néolibéralisme et lit avec passion Hayeck, Friedman, Becker. Ce qui le botte le plus, c'est le risque, le danger. "Pas de libéralisme sans culture du danger, se réjouit-il". Place au désordre, à la démesure, au dionysiaque, à la déconstruction orgasmique des choses. Plus géographe qu'historien et plus masochiste que sadique, Gilles Deleuze, son compère, parlera, lui, de déterritorialisation. Dans tous les cas, l'atomisation de la société est assumée comme telle. Vivent la dérégulation, le dérèglement et la dépense totale des devenirs !

"Ce n'est pas la liberté d'entreprendre qui retient son attention, mais celle d'expérimenter". Expérimentation des limites si possible (Bataille), des singularités, des multiplicités. Le marché offre tout ce que l'on veut. La main invisible de la diversité fera le reste. De toutes façons, "l'ensemble de la société est ce dont il ne faut pas tenir compte, si ce n'est comme de l'objectif à détruire".

EN DEFINITIVE, FOUCAULT AURA DESHONORE LE LIBERALISME.

 

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C'est le temps des expériences SM extrêmes. "Californication" à San Francisco. "Jouir sans entraves, le corps entravé". Le corps n'est qu'une construction sociale qui évolue au gré des modes, le sujet un objet de croyance comme un autre, l'homme lui-même un mirage, la vérité, une fiction. Tout est langage des signes, hasard des sens. "Les mots et les choses" sont en réalité "les mots sans les choses."

Mots fasciste. Langage fasciste. Réel fasciste. Ou ce que l'on veut en faire, car le réel n'existe pas - il n'est qu'une production conservatrice. Il faut changer de maison de production pour pouvoir mieux s'enculer et fouetter, voilà tout. "Transhumanisme sans retour."

Politiquement, il fut tout, chaque chose en son temps. Gaullo-pompidolien, ultra-gauchiste, pro-mollah iranien, marxiste, libertaire, structuraliste, droit de l'hommien, pour tout abjurer à la fin de sa vie, en 1984. Il se sera bien marré.

 

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A moins qu'il ne se soit fuit lui-même toute sa vie. "Caméléon idéologique", son obsession aura peut-être alors été de se dessaisir de soi plutôt que de s'en soucier, de s'enfermer lui-même dans sa prison et son asile, d'anéantir son être plutôt que de l'affirmer. Quand on ne reconnait pas son péché, c'est-à-dire son être, on se damne, on se dénie. Quand on plaide pour la théorie du genre, c'est qu'on ne supporte pas le sexe. QUE DIT EN EFFET LA THEORIE DU GENRE SI CE N'EST QUE LE SEXE EST INDESIRABLE ? Foucault a voulu être un structuraliste sans structure, une pathologie sans norme, un savoir sans vérité, un mot sans chose, un verbe pur, sophistique - un verbe qui ne soit ni chair ni Dieu et qui hurle sans fin. Ecartelé comme Damiens.

Le plaignerons-nous ? Pas sûr.

Allons, si. C'est la semaine sainte, demain.

 

 

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Le grand retournement.

Comment la classe dirigeante a épuisé ses propres défenses immunitaires. Comment les "cordons sanitaires", "digues" et autres "fronts républicains" ont fait long feu. "Histoire d'une panique morale et d'un naufrage intellectuel".

Le succès de Zemmour comme symptôme social - et libération culturelle. Revanche populiste contre les élites.

Rejet massif de l'immigration par trois Français sur quatre. Sentiment de perte d'identité et non pas tant "ethnique" que morale, sociale, économique, territoriale. Contre tous les antiracistes de profession, il faut répéter que ce n'est pas l'Arabe ou le Maghrébin qui fait peur, mais l'islam. La France n'a jamais été raciste, mais elle tient à ses clochers et ses vignes, à ses curés et à ses bouffeurs de curé, à ses saints et à ses caricaturistes, à Jeanne d'Arc et la Pompadour. Marianne peut être black blanc beur du moment qu'elle n'est pas voilée.

Ras-le-bol général des inquisiteurs, qui traquent chaque mot de travers, des donneurs de leçon qui sèment la terreur déontologique et pour qui les mots sont les choses. Aveugles d'ailleurs au nouveau pivotement idéologique des uns et des autres : "extrémistes" de droite qui citent George Marchais, homosexuels qui rejoignent le FN, musulmans qui votent de plus en plus à droite.

Comme le dit encore Zemmour : "la droite a abandonné l'Etat au nom du libéralisme, la gauche a abandonné la nation au nom de l'universalisme, l'un et l'autre ont trahi le peuple."  Et ne rêvons pas : c'est la droite libérale qui est responsable de la gauche libertaire. Au moins, ces retrouvailles du libéral économique et du libertaire sociétal auront restitué au libéralisme "son unité idéologique".

[Mais pourquoi parler en termes de "monothéisme du marché", comme si le monothéisme était capitaliste en soi ! Passons, c'est bientôt fini...]

Ce que l'on refuse tous, c'est cet homme déraciné, "hors sol" et heureux de l'être, et qui est chargé de se construire à partir de rien, auto-suffisant et auto-fabriqué. Prométhée enchaîné à lui-même.

Pour autant, si la gauche a perdu la bataille des idées depuis dix ans, de l'aveu même de l'aveu de Jean-Christophe Cambadélis, c'est elle qui continue à dominer. Le pouvoir culturel, quoiqu'il soit sévèrement amoché, reste à gauche. Et c'est pourquoi l'on ne peut que saluer Richard Millet lorsqu'il écrit sur son blog : "je n'en peux plus m'en tenir à un détachement olympien (...). Je suis en guerre, je frappera sans relâche."

Alors, à quand le début de l'insurrection ? Difficile de le dire tant ce genre de phénomène a besoin d'une situation précise, à savoir la coïncidence entre une idéologie radicale et un mouvement social réel, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui. Même si...

 

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Ce qui frémit dans la jeunesse de notre pays, par Laurent Cantamessi.

Nouvelle jeunesse. Nouvelle révolte. Identitaires, "Zadistes", "Veilleurs", "Autonomes", sinon bacheliers djihadistes, autant de jeunes gens qui, même s'ils ne correspondent pas tellement au profil de l'ancien "djeun" génération Mitterrand, tentent de retrouver une identité perdue, de défendre une terre méprisée, de redonner un sens au monde et à leur vie, et encore une fois, en mélangeant les cartes et les principes. Alors, oui, quelque chose se passe en France. Sinon, se prépare.

En attendant, c'est le changement d'heure cette nuit. A deux heure, il sera trois heure.

 

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Pour approfondir :

- Sur l'illusion libérale, par Alain de Benoist (+ la petite vidéo expliquant le TAFTA).

- Sur la critique de la notion de "Common decency", "mythe dangereux et identitaire" selon Laurent Joffin dans Libération.

 

Pour tout recommencer

 

 

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Commentaires

  • Une objection de mon ami Pierre Balmefrezol, tirée de mon mur FB, à la critique de la notion de "common decency", par Négroni :

    PIERRE BALMEFREZOL : Tout d'abord il n'y a pas de bonne traduction du terme common decency, et décence ordinaire ou commune n'en sont pas. Meme le terme "décence" n'est pas le bon. Il s'agirait plutot de la conception majoritaire de la dignité collective, presque le sens de l'honneur dans une société donnée.

    Elle frustre seulement les pseudos-penseurs en mal d'onanisme intellectuel. En effet elle nie dans une certaine mesure la sociologie, ce qui devrait te plaire en tant qu'homme de droite ; et j'avoue avoir beaucoup de mal à accepter la sociologie en tant que science sociale au meme titre que le droit, l'histoire ou l'économie.

    Ce n'est pas la recherche d'un prolétariat mythifié, il faut ne pas avoir lu Orwell pour écrire ça. Il n'avait strictement aucune illusion sur le prolétariat. Non seulement il ne l'a pas fantasmé, mais il est devenu socialiste justement parce qu'il l'a trouvé et écrit dessus. Ce prolétariat existe. Il est facile pour les gens de droite de dire que non, ça évite les cas de conscience parmi ceux qui se prétendent chrétiens. Il n'y a rien de moins mystique que la vision, la constatation écrirais-je, de l'existence de la working class par Orwell. C'est du factuel, pur et dur. Je ne vois aucun gens comme "petites", et je n'ai certainement pas la conviction qu'ils soient spécialement braves ; par contre ils sont vrais oui.

    Sinon, si pour toi le Peuple n'existe pas, alors en effet je comprends mieux comment tu peux être de droite. Mais c'est un peu facile. Le peuple, c'est tous ceux qui doivent travailler pour vivre. C'est aussi simple que cela. Les autres, "au-dessus", sont ceux qui vivent de leurs rentes, de leur héritage ou du travail des autres. Et bien évidemment, rien n'est simple et le patron de PME fait parti du peuple, alors que l'assistant de production au Petit Journal sans doute pas. Ce sont des lames de fond, pas des règles absolues.

    En effet en tant que Common Dcencyste Blairiste, je ne peux qu'adhérer à la conclusion, car c'est tout le contraire de Disney justement, ce centre-gauche pragmatique : c'est admettre le monde tel qu'il est et agir sur le réel et non pas dans des fantasmes de grands soirs, staliniens ou néo-paiens.

    Oui, la "Common decency" peut relever en premier lieu de la stratégie du pouvoir (mais alors sur le TRES long terme) plutôt que de la spontanéité du peuple ; je le confirme mais c'est justement pour cela que je suis en faveur d'un pouvoir exécutif central fort à solide légitimité démocratique directe afin que le pouvoir instillant cette Common decency soit le reflet du vote du peuple justement. De Gaulle pensait exactement cela je crois. Par contre, non, il ne s'agit pas de la régulation de la coexistence, car elle renvoie à des valeurs fondatrices et un socle de principes même si implicites plus qu'exprès. Ce n'est pas forcément l'ordre bourgeois, mais ça peut l'être, si l'on parle d'une entité collective bourgeoise. La Common decency française n'est que très peu bourgeoise par exemple ; alors que la Common decency britannique post thatchérienne est essentiellement (petite-)bourgeoise.

    En fait les éléments que tu donnes de cette article sont marxistes voire staliniens. Ils reprochent à la Common Decency de ne pas faire table rase. Et bien non, en effet, je veux d'une gauche qui ne fasse pas table rase, qui fasse bloc avec la France, qui fasse bloc avec l'Europe. En fait l'auteur aborde la Common Decency avec une approche constructiviste, ce qui est exactement ce qu'il ne faut pas faire. La Common Decency est antérieure aux idéologies, et aux religions. On avait pas mis de mot dessus avant Orwell, voilà tout. Elle appartient plus au droit naturel qu'au droit positif.

    L'auteur lui reproche d'empêcher les insurrections et les révolutions : il n'a pas compris qu'une insurrection ou une révolution se fait précisément en SON nom. Elle est l'origine, pas la conséquence.

    Le dernier exemple en date fut la Manif' pour tous, un exemple extraordinaire d'insurrection civique au nom de la Common Decency (un peu datée ?) de la partie du peuple l'incarnant : "voyons, bien sur il faut accepter les homosexuels, mais un enfant a besoin d'un papa et d'un maman...it's common decency". La manif' pour tous et son succès sont l'illustration parfaite de ce qu'est la Common Decency (et ou l'on voit qu'elle peut parfaitement s'insurger contre l'ordre établi si elle est bafouée).

    Bref, ce Monsieur a frappé au coeur de quedalle. La Common Decency est avant tout l'instrument de gauche nous permettant de sortir à la fois des idéologies forcément fascisantes et d'une logique libérale anéantissant forcément les valeurs d'une entité collective donnée, tout en restant au plus prés de ce que nous sommes vraiment."

    Inutile de dire que je surligne et que je like.

    Une précision quand même : à moi, la notion de Common decency me plaît beaucoup. Parce qu'elle dépasse largement les camps et les partis et qu'elle constitue un point commun pour tous qui renvoie autant à la communauté qu'à l'humanité. De même, parce que je suis de "droite", je ne suis pas du tout étranger à la notion de "peuple" - et c'est pourquoi je m'intéresse de plus en plus aux tenants de la gauche populaire. Et lorsque je résume l'avis hostile de ce François de Négroni (qui me semble d'extrême extrême gauche, lignée Clouscard + révolution), je le fais par pur intérêt spéculatif - et parce que c'est justement une critique de gauche, d'ultra-gauche faite à ta gauche. Le débat est entre vous, si j'ose dire.
    Pareil pour Alain de Benoist. J'ai essayé pendant ces trois semaines de rendre compte le mieux que je pouvais de sa Mémoire vive et de deux numéros de la Revue éléments, et de voir jusqu'où je pouvais le suivre. C'est vrai que j'y ai découvert de grandes choses.
    Merci en tous cas.

  • J'ai été un temps très emballé par la notion de Common Decency mais j'avoue que j'en reviens un peu.

    Quant à l'illustration par la manif pour tous, je la trouve un peu bancale. J'imagine que les opposants pourraient très bien dire un truc du genre "Mieux vaut 2 papas aimants qu'un papa et une maman absents, it's common decency." Et les pays où la loi est passée sans problème comme la Belgique, ils ont plus de Common Decency? On s'en sort pas.

    Surtout qu'on pourrait répliquer à votre ami devant son refus d'y voir un relicat de la bourgeoisie qu'il a précisément choisi comme exemple une mobilisation réussie... de la bourgeoisie catholique parisienne et provinciale!
    Cela dit le concept reste intéressant. Et effectivement elle ne s'oppose en rien à la Révolution puisque l'on sait que, même au Moyen Age, les explications relevant de l'économie morale sont décisifs pour en comprendre les révoltes paysannes.

    Au sujet du peuple, rien de nouveau, on butte depuis la Révolution à se le représenter et on échoue à accorder le caractère unifiant de ce concept à une définition sociologique. Je vois pas en quoi un assistant de production ne ferait pas partie du peuple sauf à penser que son exclusion repose sur ce que représente le Petit Journal (gôche parisienne) et là on retombe dans une définition idéologique où l'idée du peuple/proletariat est mythifié, type artisans, ouvriers et petits patrons seuls à assumer le réel face à ces tapettes de télé de gôche. Pourquoi pas mais avouez que ce n'est pas très rigoureux comme définition.


    Effectivement Negroni fut un proche de Clouscard, il a récemment publié un portrait du bonhomme. Je vous recommande surtout son "savoir vivre intellectuel" petite sociologie pamphlétaire très intelligente des intellectuels mediatiques de Sartre à BHL.

    J'ai beaucoup apprécié votre survol d'Alain de Benoist. Au plaisir de mire vos prochains articles.

  • "Les gens du Met. ou ceux du Bolchoï ? "

    D'un côté - les pires plébéiens du monde, où les milliardaires, les prix Nobel et les garagistes brillent par exactement la même absence de tout lyrisme.
    De l'autre - l'une des nations les plus poétiques, avec les plus belles filles du monde et avec des garçons qui citent plus souvent les poètes que les ingénieurs.
    Aucun public au monde ne vaut celui du Bolchoï.

    Et bravo pour votre bel article sur S.Weil, l'un des textes les plus pénétrants sur la grande mystique.

  • Sur la question de la "common decency" je me permets de suggérer cet article très éclairant et synthétique sur Orwell où il est dit :

    « Lorsque l’on questionne Orwell sur les motivations qui l’ont conduit à lutter contre Franco, il répond : common decency – autrement dit, la décence commune, courante, ordinaire. Bruce Bégout explique, dans son bref et percutant essai De la décence ordinaire, que cette notion désigne chez Orwell la faculté instinctive et spontanée de discerner le juste de l’injuste.
    Nulle nécessité de recourir à quelque abstraction métaphysique pour l’appréhender : la décence ordinaire – qui, à rebours de l’ordre moral, ne s’impose pas – irrigue à ses yeux (et à ceux d'Orwell) le quotidien de tant d'humains, et plus spécifiquement de ceux qui constituent les classes populaires puisqu’ils se tiennent à l’écart (malgré eux, objecte l'économiste Frédéric Lordon, très remonté contre l'usage récurrent qu'un penseur comme Michéa fait de la common decency) des bassesses et de l’indignité caractéristiques de tous les possédants et les privilégiés.
    La décence ordinaire, précise Bégout, « est politiquement an-archiste : elle inclut en elle la critique de tout pouvoir constitué ». Elle prend racine dans la vie de tous les jours et, loin des étourdissements idéologiques de l’intelligentsia (politique, culturelle, artistique), constitue « une base anthropologique sur laquelle s’édifie la vie sociale ».

    Cette décence ordinaire est donc celle du peuple d'en bas de Jack London, celle des gens de peu décrits par le sociologue Sansot : ceux qui suspendent leur souffle le temps d’un penalty, ceux qui discutent « des menus incidents du quartier » au café, ceux qui échangent des recettes de cuisine sur le terrain d’un camping (Les Gens de peu, 1992). Celle, aussi, de ce peuple qu'un vieux Larousse définit de la sorte : « Ceux qui peinent, qui produisent, qui paient, qui souffrent et qui meurent pour les parasites. »
    La common decency a partie liée avec l’environnement social et n’entend pas, rappelle Bégout, cantonner le pauvre à quelque « bonté naturelle » dont il devrait se contenter en dépit de l’exploitation qu’il subit. Elle n’est pas affaire de transcendance mais de spontanéité ; elle n’est pas un droit mais un affect ; elle se passe de mots et, en cela, reste « pré-institutionnelle ».
    [...]
    Gare, toutefois, à qui réduirait le propos d'Orwell (ne le perdons pas de vue : il ne provenait pas de cette classe sur laquelle il fondait la plupart de ses espoirs moraux et politiques) : il ne s'agit pas pour lui de mythifier ni d'idéaliser les classes populaires comme plusieurs de ses lecteurs tendent parfois à le faire (dans son Retour à Reims, le sociologue Didier Eribon évoque le penchant de certains courants radicaux à diviniser et « transformer en une entité mythique » les travailleurs) — Orwell, le premier, relevait leur apathie, leur tiédeur, leur apolitisme, leur fatalisme, leur passivité, voire leur lâcheté (mais l'arrogance et le dédain permanents des installés et des repus à leur endroit amendent sans peine ces travers).
    Éternelle vérité à valeur de leçon : nul n'est immunisé du désir de pouvoir et l'on peut toujours opprimer plus opprimé que soi. »

    http://www.revue-ballast.fr/orwell-pour-un-socialisme-populaire/

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