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03/07/2007

Chesterton l'enchanteur

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Anglais converti au catholicisme romain, grand lecteur de Dickens mais disciple de Saint Thomas d'Aquin - auquel il consacra un livre - auteur de romans policiers où un prêtre conduisait les enquêtes, le fameux Père Brown, Gilbert Keith Chesterton (1874-1936) ne cessa, tout au long de sa vie et de son oeuvre, de combattre toutes les hérésies modernes (athéisme, scientisme, libéralisme, démocratisme et aussi nietzschéisme, marxisme, universalisme, colonialisme) et de repenser l'ordre du monde, "selon les règles immuables de l'humanité, celles du Petit Poucet". Tous les textes de lui, qu'on peut lire en français, vont dans ce sens - nouvelles, contes, portraits, préfaces, post-faces, articles - mais l'essentiel de sa pensée et la concentration de son génie se trouvent dans trois petits livres pour lesquels l'auteur de ces lignes donnerait l'ensemble de sa bibliothèque philosophique : "Hérétiques", "Orthodoxie", et dans une moindre mesure, "Le monde comme il ne va pas".

Lus et relus, ces trois petits livres ont constistué la plus large partie de mon intellect, structurant mon bon sens qui en avait bien besoin, me réveillant de mon sommeil dogmatique nietzschéen (car si Nietzsche rend tous les penseurs ridicules, Chesterton est le seul penseur qui rende Nietzsche ridicule), me convainquant que seule une saine orthodoxie de pensée permet de remettre les choses en place, de voir l'homme tel qu'il est, d'aimer cet homme dans ce qu'il a de plus humain (la taverne, la rigolade, les lois, et Dieu) et non dans ce qu'il a de surhumain (pauvre Zarathoustra !), de comprendre le génie du catholicisme, ce christianisme païen, contribuant, enfin, en 1996, à ma reconversion apostolique et romaine.

Avec lui, je découvris aussi, et en lettres d'or, la signification de la rhétorique. Car si Chesterton est un croyant du Verbe, il est aussi un prince des mots. Dans un monde aussi fou que le nôtre et dans lequel, dirait Pascal, il est encore plus fou de ne pas être fou, l'orthodoxe doit user du paradoxe s'il veut se faire entendre. Et c'est par là que l'art de Chesterton atteint son sommet. Le génie anglais s'y entend comme personne à tracer la ligne droite par les lignes courbes, à prouver la force d'une institution par ses faiblesses (l'Eglise de Rome, évidemment), à démontrer que la Croix nous libère et que la sphère bouddhiste nous crucifie, que trop d'humanité tue l'humanité (Orth. page 44), qu'être pragmatique, c'est savoir que le pragmatisme ne suffit pas (Orth. p 53), que "ce qui peut être facilement réfuté dans une controverse peut tout aussi facilement être justifié dans la vie" (Hér. p 128), qu'il n'y a rien de plus compliqué et de plus douteux que la vie simple, qu' "il y a plus de simplicité chez l'homme qui mange du caviar par impulsion que chez l'homme qui mange des grape-nuts par principes." (Hér. p 137), qu'il n'y a rien de telle que la famille pour connaître le monde (tout le chapitre d'Hér. sur la famille), que "la mort en soi est tragédie plus haute que la mort par famine" (Orth. 68), que c'est le réel qui est magique et que lorsqu'on voit les choses telles qu'elles sont dans la réalité, on tombe à genoux devant elles (Hér. p 59), que "plus un homme est grand et fort, plus il sera porté à se prosterner devant une pervenche" (Hér. p 61), que le suicide est un affront personnel pour les fleurs, les papillons... et les pervenches (Orth. p 110), que la plus horrible religion du monde est la religion du culte intérieur, celle qui croit en l'homme (Orth. p 114), que tout au long de l'histoire chrétienne, "l'Eglise a dû monter la garde, ne fût-ce que pour permettre au monde d'être insouciant" (Orth. p 152), que l'humanité doit se choisir un idéal qui soit plus haut qu'elle, inaccessible, et non un idéal pratique et faisable (Orth. p 164), que l'homme moderne se tient sur la tête et que sa joie est contractée alors que celle du chrétien est dirigée vers le ciel et que sa joie est illimitée (Orth. p 243-244).

Pour Chesterton, il s'agit de bien penser. On peut croire que Dieu n'existe pas, on peut avoir envie de se suicider, on peut estimer que toute l'histoire du monde est une histoire de répressions et de libérations, on peut haïr la famille, on peut vanter l'ivresse que donnent le vin et la poésie, on peut être socialiste enfin, on peut rêver d'un pays des merveilles, tout cela à la condition d'avoir avant tout une idée claire et rationnelle de la vérité. Or, c'est sur ce point que les contemporains de Chesterton comme les nôtres trébuchent. Ils veulent juger de tout mais ils ne veulent surtout pas que leurs jugements soient jugés au nom de la vérité. Comme le dit Georges Bernard Shaw, alpagué par Chesterton, "la règle d'or, c'est qu'il n'y a pas de règle d'or." (Hér. p 09) L'homme moderne a une telle horreur de la vérité qu'il est prêt à dire que que les idées qu'il défend ne sont peut-être pas les bonnes et que le parti adverse a peut-être raison. Mais voici qu'un représentant de ce parti adverse ramène sa fraise et plaide brutalement pour son idéal à lui que notre premier zozo en est offusqué. Comment ce type qui me contredit ose-t-il être si sûr de lui face à moi qui ne suis sûr de rien ? Comment s'octroie-t-il le droit de soutenir sa philosophie de l'existence sans passer par le scepticisme et "l'esprit critique" qui sont au fond toute ma philosophie de l'existence ? Ainsi raisonne l'homme moderne que l'on pourrait aussi appeler l'homme modeste, toujours prêt à lancer à qui veut l'entendre "cette déclaration délirante et blasphématoire qu'il a peut-être  tort." S'il a peut-être tort, alors pourquoi essaie-t-il d'avoir raison ? Pourquoi essaie-t-il même de penser ? "Chaque jour, nous rencontrons quelqu'un prêt à avouer que son point de vue peut n'être pas le bon. Son point de vue doit pourtant être le bon, autrement ce ne serait pas son point de vue." Hélas ! Avoir un point de vue solide et juste sur les choses se révèle de jour en jour être un délit d'opinion. Comme la santé mentale est en passe de devenir une maladie et le bon sens une arrogance.

"Nous sommes en voie de produire une race d'hommes trop modestes mentalement pour croire à sa table de multiplication. Nous sommes en danger de voir des philosophes mettre en doute la loi de la pesanteur comme n'étant qu'une simple fantaisie de leur imagination. Les railleurs de jadis étaient trop fiers pour être convaincus ; les sceptiques modernes sont trop humbles pour être convaincus. Les humbles héritent de la terre ; les sceptiques modernes sont trop humbles même pour réclamer leur héritage." (Orth. p 46)

Comble de cette modestie à l'envers : autant l'on se défie comme de la peste des raisonnements du bon sens, autant l'on se gargarise des raisonnements de l'affect. La seule vérité recevable est celle qui vient de la bile, des tripes et des humeurs, souvent mauvaises. Le ressenti devient le seul garant de l'objectivité. L'on ne raisonne rien, mais l'on ressent tout. Et s'il se trouve qu'en plus on est malheureux ou cynique, on se met alors à débiter les pires conneries :

"Autour de la plus innocente table à thé nous entendons dire couramment que "la vie ne vaut pas la peine d'être vécue". Nous écoutons émettre cette opinion comme si on disait que la journée est belle. Personne ne songe que cela puisse avoir le moindre effet sur les hommes ou sur le monde. Et pourtant, si cette parole état réellement crue, le monde se trouverait renversé. Les meurtriers se verraient attribuer des médailles pour avoir sauvé des hommes de la vie ; les pompiers seraient dénoncés pour avoir arraché des hommes à la mort ; les poisons remplaceraient les remèdes ; les médecins seraient appelés auprès des personnes bien portantes et la Royale Humane Society serait exterminée comme une horde d'assassins." (Hér. p 10)

Ils sont désopillants ces pessimistes ! Vous savez, ces gens qui font passer leur vision dépressive, voire apocalyptique du monde pour de la haute lucidité courageuse, et qui éclatent d'un grand rire jaune quand vous leur dites que contrairement à leurs visions, ce n'est pas le mal qui gouverne le monde mais le bien .

- Le bien qui gouverne le monde ? Ouarf, ouarf ! Ce que vous êtes candide vous alors !

- Je ne crois pas, je n'ai pas d'enfants. Contrairement à vous d'ailleurs non ?

- Ouais. On en a quatre et ma femme attend notre petit dernier.

- Quelle santé ! Et donc, à vos enfants, vous leur dites que tout est pourri et que c'est le mal qui préside aux affaires du monde ?

- Ils s'en apercevront d'eux-mêmes, ils sont moins cons que vous !

- Mais quand ils se disputent entre eux ou qu'ils se tapent dessus, vous les laissez faire ?

- Ah ben non, suis pas con.

- Non, vous n'êtes pas con. Vous êtes un homme de bien qui essaye de diriger son monde le mieux qu'il peut - et qui pour se faire peur, ou se flatter, dit que le mal est plus fort que le bien. Remarquez, cela peut être une méthode. Dommage quand même que vous ayez oublié les fondamentaux de la pensée. Homme modeste ! Je vous le demande : qu'avez-vous fait de votre platonisme ?

- Mon "platonisme" ???

- Oui, votre philosophie des formes et des idées pures si vous préférez.

- Des idées pures ? Ouarf ouarf ! Mais je n'en ai pas moi d'idées pures et d'ailleurs personne n'en a. On est dans le concret, nous, vous savez. Et vous aussi, vous y êtes, même si vous faites semblant du contraire. Sacré doux rêveurs que vous êtes vous les intellos ! Ha !

- Parlez-moi de votre mère.

- Quoi ma mère ? Qu'est-ce qu'elle a ma mère ?

- Qui était-elle ?

- Pfff... Je ne veux pas y penser. Ma mère n'était pas une mère (c'est pour ça que ça me fait rigoler vos trucs d'idées pures), elle ne s'est jamais occupé de nous, elle nous a battus, affamés et finalement abandonnés alors qu'on n'avait pas sept ans, la salope ! Après, on est allé à la DDASS, et...

- Oui, bon. Regardez ça maintenant.

- Quoi ?

- Ca :

c06c4d9b493128f2a9e9afd24301840e.gif- Oh comme c'est beau !

- Oui, sublime. C'est un tableau de Picasso qui s'appelle "Maternité".

- Ca me met les larmes aux yeux.

- Je comprends. 

- Elle est si belle, si sensuelle, si jeune et elle est devenue maman et elle regarde son bébé, et elle lui donne le sein. Elle a l'air heureuse. Et le petit moignon du petit gars (car c'est un gars, j'en suis sûr) sur le sein de sa mère. Oooooh je vais pleurer !

- Tenez, j'ai un mouchoir...

- Oui, merci. Et cette rose dans ses cheveux. Et ce regard si sérieux, si attentif sur l'enfant. Et cette épaule nue. Et ces longues mains qui le tiennent. Comme il doit être heureux lui aussi ! Et ce rose dans ce bleu. Ah, je ne pourrais jamais faire ça moi ! Quelle merveille ! Voilà, voilà la mère idéale !

- La quoi ?

- Ben, la mère idéale.

- Vous y croyez ?

- Ben oui, pas vous ?

- Je ne sais pas.

- Eh ben mon pauvre vieux, je vous plains ! Car si vous n'avez pas dans votre coeur l'image ou l'idée du mère parfaite, vous devez être bien malheureux et bien con aussi. Et ne venez pas me dire que la vôtre n'était pas terrible. C'est pas parce qu'il y a des mères qui sont des connes et des salopes que c'est pas bien, beau et vrai, la maternité !!!!!!

- Eh bien, vous voilà aussi platonicien que Platon d'un coup.

- M'en fous de Platon ! Je n'ai pas besoin de Platon pour être platonicien. Ha !

- Non, mais vous avez besoin de Platon pour le savoir. Hé ?

- J'ai besoin d'un mec pour savoir quel mec je suis ? Mais ch'uis pas un pédé moi !

- Lui, oui par contre.

- Comment ????

- Comme la plupart des hommes, vous avez la pratique, mais vous n'avez pas la théorie. Il est très beau de faire le bien et d'être dans le vrai, mais il n'est pas mal non plus de le comprendre. C'est là qu'intervient la philosophie, Platon, ou plus simplement, Chesterton qui n'est pas stricto sensu un philosophe (ni un pédé).

- Mais en deux mots, qu'est-ce qu'il dit votre Chesterton ?

- En deux mots, il dit qu'il ne faut pas confondre l'erreur de la vérité, c'est-à-dire l'hérésie de l'orthodoxie.

- Mais encore ?

- Nous verrons plus tard. Pour l'heure, je vous laisse avec cette première page, anthologique, d'Hérétiques qui résume ce que nous avons dit. Si vous la comprenez, vous comprenez tout :

"Rien ne trahit plus singulièrement un mal profond et sourd de la Société moderne, que l'emploi extraordinaire que l'on fait aujourd'hui du mot "orthodoxe". Jadis l'hérétique se flattait de n'être pas hérétique. Cétaient les royaumes de la terre, la police, les juges qui étaient hérétiques. Lui il était orthodoxe. Il ne se glorifiait pas de s'être révolté contre eux ; c'était eux qui s'étaient révoltés contre lui. Les armées avec leur sécurité cruelle, les rois aux visages effrontés, l'Etat aux procédés pompeux, la Loi aux procédés raisonnables, tous comme des moutons s'étaient égarés. L'hérétique était fier d'être orthodoxe, fier d'être dans le vrai. Seul dans un désert affreux, il était plus qu'un homme : il était une Eglise. Il était le centre de l'univers ; les astres gravitaient autour de lui. Toutes les tortures arrachées aux enfers oubliés n'auraient pu lui faire admettre qu'il était hérétique. Or, il a suffi de quelques phrases modernes pour l'en faire tirer vanité. Il dit avec un sourire satisfait : "je crois bien que je suis hérétique", et il regarde autour de lui pour recueillir les applaudissements. Non seulement le mot "hérétique" ne signifie plus être dans l'erreur, il signifie, en fait, être clairvoyant et courageux. Non seulement le mot "orthodoxie" ne signifie ne signifie plus qu'on est dans le vrai ; il signifie qu'on est dans l'erreur. Tout cela ne peut vouloir dire qu'une chose, une seule : c'est que l'on ne s'inquiète plus autant de savoir si l'on est philosophiquement dans la vérité. Car il est bien évident qu'un homme devrait se déclarer fou plutôt que de se déclarer hérétique." Le bohème, avec sa cravate rouge, devrait se piquer d'orthodoxie. le dynamiteur, lorsqu'il dépose une bombe, devrait sentir que, quoiqu'il puisse être par ailleurs, il est du moins orthodoxe."

[Toutes les citations d'Hérétiques et d'Orthodoxie sont tirées de l'ancienne collection, hélas disparue, Idées-Gallimard, traduction de Jenny S. Bradley. Mais j'ai espoir qu'ils ressortiront un jour une nouvelle édition. Le monde comme il ne va pas est en revanche trouvable à l'Age d'homme.]

Commentaires

Il était aussi un ami de Valéry Larbaud autre protestant converti au catholicisme ... tu devrais adorer !

Ecrit par : iPidiblue oder Youpi Youpi | 03/07/2007

On vous sait gré, montalte, d'avoir des idées bien arrêtées contrairement au contemporain qui ne sait [s']affirmer. Malgré tout, tout le monde n'a pas lu Chesterton, et la condamnation suivante : « démontrer que la Croix nous libère et que la sphère bouddhiste nous crucifie » peut surprendre. À quoi vouez-vous la majeure partie de l'humanité, qui suit l'enseignement de Gautama Çakyamuni ?

Merci de votre réponse.

Ecrit par : Escape | 03/07/2007

Sourire... D'abord, je pourrais vous dire que ce n'est pas tant moi qui pense cela que Chesterton, mais cela serait une belle fuite.
Non, plus sérieusement, dans Orthodoxie, Chesterton ose comparer le christianisme au bouddhisme et au détriment de ce dernier. La croix, dit-il, est le point de rencontre entre deux infinis, l'horizontal et le vertical alors que la sphère bouddhiste du Jing et du Jang ne sort pas d'elle-même. Dans le premier cas, on va dans tous les sens, dans le second, on reste coincé dans un monde. Le christianisme nous propose plusieurs mondes, le bouddhiste un seul qui est toujours le même. le bouddhiste est tout intérieur, le christianisme est tout extérieur. Dans leurs arts respectifs, le Bouddha a un gros corps jovial mais les yeux fermés sur lui-même, le chrétien a un corps décharné mais les yeux grands ouverts. Le bouddhisme nous crucifie dans son cercle en nous disant que nous sommes dieu, alors que le christianisme nous soulage de notre croix en nous disant que c'est Dieu (qui n'est pas nous) la prend sur son épaule. Comme Chesterton l'écrit lui-même admirablement :

"Mrs Besant [la bouddhiste de l'époque] ne nous dit pas d'aimer notre prochain, elle nous dit d'être notre prochain (...) De toute ma vie, je n'ai pas entendu proposition avec laquelle je sois plus violemment en désaccord. Je veux aimer mon prochain non pas parce qu'il est moi, mais précisément parce qu'il n'est pas moi. Je veux adorer le monde, non pas comme on aime un miroir, parce qu'il est soi, mais comme on aime une femme parce qu'elle est totalement différente."

Bref, le bouddhisme me ramène, me condamne, me cloue à moi alors que le Christianisme m'ouvre à l'autre, au prochain, à Dieu.

Bien sûr, vous ne serez pas d'accord....

Ecrit par : montalte | 03/07/2007

Tu comprendras que je préfère "The Innocence of Father Brown".

Ecrit par : iPidiblue et les enquêtes du révérend Montalte | 04/07/2007

Moi que vous aimais bien...Je vous vois maintenant non seulement ancien nietzscheén que chrétien(catholique!)!
^^

Néanmoins, je ne connaissais pas ce penseur.
Personnellement, mon maitre est Douglas Adams et les Chiens.

Ecrit par : Ankuetas | 04/07/2007

Bon, je vais un peu développer par ce que j'ai rien à foutre (lol):

Douglas Adams: Ben oui, car l'Absurde est la plus haute représentation de la Vie. L'Absurde, c'est le pet que fait Dieu et que nous, en le voyant, rions, il est beau! il sent mauvais mais c'est un soulagement!C'est le fardeau vital célébré comme représentation quasiment divine!
Le Pet, voila l'essence de la Vie. Et la notion péteuse est a comprendre beaucoup plus profondément que ce qu'elle inspire a première vue, d'ou le besoin d'élargir le concept pour le faire comprendre plus amplement, et donc d'invoquer l'Absurde. Mais à la base, c'est le Pet.

Ce qui me dérange avec votre déisme, c'est qu'il est fataliste. Dieu m'est supérieur. Je le dois de le vénérer.
Je ne suis pas d'accord.
Tout ce que j'aime en Dieu, c'est le fait qu'il soit un bon ennemi. C'est tout. Je joue avec Dieu - on rigole bien par ailleurs, entre deux Pets - aux échecs, aux dames, à GTA San Andreas, mais je veux le battre. Me faire Dieu. Et on rejouera une partie, peut-être qu'il me batera après...
Le problème de vos Dieus, Anges et autres fait aussi votre force, mais seulement potentiellement. En effet car le "bon chrétien" (généralement parlant, un "bon déiste") a pitié envers Dieu, lui fait des prières, lui loue son temps, alors que un "vrai chrétien" (vrai déiste) chercherait a le surpasser. Ainsi, le Déisme et ses avatars deviendraient géniaux: Ils inspireraient les humains vers le Jeu éternel et les pousseraient à s'affirmer pour dépasser Dieu et devenirs géniaux. Mais ce n'est pas ainsi. Dommage...
Dépasser non seulement Dieu, mais les Idoles. Les Convictions. Bref, ce qui enchaine.
L'Absurde, c'est ce qui nait de ces jeux entre Individus qui cherchent (insistez la dessus: cela ne veut pas dire qu'ils le trouvent. Mais il faut faire de la non-réussite une Idole, et la dépasser!) le Dépassement. Aventures, Amours, Jeux, Pulsions, tout cela sont les avatars de l'Absurde.
L'Absurde qui est la médiatrice entre les hommes et le Perpétuel Dépassement.
Et Douglas Adams est génial car il décrit cet espoir de ce monde poussée par l'Absurde! Marvin, voila l'Idole du désespoir qu'il faut dépasser, transcender! Zaphod, lui, a presque accompli son ascension!
Et ils ne sont pas déistes. Encore moins catholiques.
(un autre exemple génial, un vrai Maitre à Penser pour moi, c'est Richard Feynman, mais je ne voudrais pas faire trop long, donc je développerait pas sur lui)

Et les Chiens dans tout ça? Eh bien, c'est l'unique Civilisation a avoir appliqué ce que j'ai dit ici. Et donc, l'unique supérieure.

Ecrit par : Ankuetas | 04/07/2007

Se battre avec Dieu, pourquoi pas ? Mais pourquoi cette obsession d'en faire notre égal ? Autant dire que Dieu, c'est nous. Or, un dieu qui est moi ne me sauvera pas de moi. Il faut qu'Il soit Autre pour que je puisse dormir en paix. Voilà. J'espère que cela répondra à votre branlage de mammouth ou ce que j'ai cru en comprendre.

Ecrit par : montalte | 04/07/2007

Franchement tu rates ta vocation, puisque tu portes déjà le costume réglementaire tu devrais endosser la défroque du père Brown ou de ses semblables, en plus toi qui aimes avoir raison tu aurais Dieu de ton côté, des ouailles pour t'admirer et même la fraternelle correction de tes fratello et sorore quand tu déraillerais ... que te faut-il de plus pour être heureux ? Et puis il y a tant de bonnes bibliothèques dans les monastères, que d'heures de plaisir en perspective ... et comme il n'est jamais trop tard pour bien tourner car les voies de notre seigneur sont impénétrables, j'espère et j'attends !

Ecrit par : iPidiblue adresse au vice-père Montalte | 04/07/2007

Ouais, décidément je n'aime pas ton Chesterton.
Et par la même occasion je n'aime pas non plus la façon dont tu traites ton interlocuteur dans ce dialogue. Pourquoi présenter ce pére de famille avec tant de mépris. S'il n'est pas dans les idées, au moins il est dans la vie, il se reproduit, il participe à la survie de l'espèce, il mouille la chemise. Bizarre de faire des discours anti suicide et aprés de mépriser les gens qui honorent la vie. Ne renversons pas les rôles, ce n'est pas à lui de recevoir des leçons, mais plutôt à nous de faire preuve d'humilité et de gratitude lorsque nous le regardons.

Ecrit par : kouka | 04/07/2007

Montalte,
Justement, autre! Mais le but n'est pas qu'il soit éternellement supérieur, mon cher, le but c'est qu'il stimule l'Humain vers le haut! Et le dépasse!
Ou non?

Ecrit par : Ankuetas | 04/07/2007

Mais pourquoi cette manie du dépassement ? Et qui vous dit que Dieu est supérieur ? Dieu est créateur et son souci premier est d'élever les hommes vers Lui, rien de plus.

Kouka, il ne faut pas tomber dans les pièges de mon ironie. Mon "mépris" pour ce bon père de famille n'est qu'un mépris apparent. Au contraire, celui-ci finit par apparaître bien plus sensible et intelligent qu'il n'était au début. Il est ému par le tableau de Picasso et finit par raisonner platoniciennement (même sans le savoir). Le "sens" de ce petit dialogue est de montrer en quoi le philosophe, ou le penseur, ou l'écrivain, sert de révélateur ou même d'accoucheur à l'homme universel. Chesterton lui-même est toujours du côté de l'homme du peuple, toujours du côté de la terre, de la confiture de fraise, de l'enfant qui s'amuse avec ses jouets, de la vie comme tu dis. Et dans Hérétiques et Orthodoxie, il s'en prend précisément aux intellos socialistes de son époque qui, eux, méprisent l'humanité profonde, H.G. Wells, G.b. Shaw, et les autres. La condamnation du suicide qui t'a tant choqué est précisément un propos de père de famille, d'homme ou de femme dans la vie qui mouille sa chemise, se reproduit et ne peut supporter les idées nébuleuses de ceux qui finissent par se suicider.

Et c'est pourquoi je dis que Chesterton m'a réconcilié avec la vie, m'a redonné un bon sens qui me manquait, et m'a aidé à prendre mes distances avec les nébuleux suicidaires.

Ecrit par : montalte | 04/07/2007

Dieu n'est pas supérieur selon les déistes? Vous m'apprenez un truc! :D

Non, car le problème que votre christianisme génère, c'est cet amour envers Dieu qui signifie l'esclavage envers lui (ou Lui, comme vous préférez). Il n'attire rien envers lui, votre Dieu, il vous demande de prier et de vous soumettre (vous savez ce qu'on dit, des millions d'années pour que le singe devienne homme et qu'il marche sur ses pieds, quelques secondes de religion, et le voila soumis, prosterné). Moi, j'innove: Tout ce que j'aime en lui, c'est le fait qu'il soit un bon ennemi et un bon joueur (donc un bon pote aussi).
Rien de plus.

Ecrit par : Ankuetas | 04/07/2007

"Au contraire, celui-ci finit par apparaître bien plus sensible et intelligent qu'il n'était au début"

Moui... enfin, le coup du "à partir du moment où il est d'accord avec moi, il a l'air intelligent", c'est vraiment léger sur le plan argumentatif, et d'ailleurs ton personnage ne tient pas la route vu qu'il se contredit un peu trop pour être honnête.

Au passage, parvenir à mettre dans le même camp la confiture de fraises et l'idéalisme platonicien, il fallait oser... Chesterton, niveau enchanteur, il a l'air plus fort que Merlin ! :)

Bisous à kouka au passage !

*Celeborn

Ecrit par : *Celeborn | 04/07/2007

La confiture de fraise (en fait il s'agit de framboise) est une allusion à une phrase de Chesterton que j'adore. A un interlocuteur athée mais qui ne s'intéresse qu'à la philosophie et à la mystique chrétiennes, Chesterton rétorque que le croyant qu'il est préfère la confiture de framboise. Manière de dire que lui qui vit vraiment en Dieu est bcp plus matérialiste que l'intello qui s'intéresse à Dieu pour des raisons spéculatives.
Mon (fort léger) personnage de père de famille est un personnage de proverbe qui va évidemment dans mon sens, oui, et c'est pourquoi je ne le méprise pas. Ce n'est pas comme le personnage du père de Julien Sorel, rustre inculte, ennemi des arts et de la littérature, et qui empêche son fils de lire - alors, là, oui, lui, on le méprise (et il est fait d'ailleurs pour ça dans l'esprit de Stendhal).

Ecrit par : montalte | 04/07/2007

"Chesterton rétorque que le croyant qu'il est préfère la confiture de framboise. Manière de dire que lui qui vit vraiment en Dieu est bcp plus matérialiste que l'intello qui s'intéresse à Dieu pour des raisons spéculatives."

Si vrai ! J'ai eu plusieurs fois des discussions avec des athées qui disaient s'intéresser à la religion et à la spiritualité et qui se croyaient compétents en ce domaine parce qu'ils avaient accumulé les connaissances, et qui n'avaient pas compris l'essentiel, à savoir que la Foi n'est évidemment pas une affaire de savants !

Ecrit par : Fabien | 04/07/2007

Le matérialiste n'est-il pas objectif dans ses analyses?
Tout le contraire de l'idéaliste...

Ecrit par : Ankuetas | 04/07/2007

Essayons de répondre selon vos propres termes... La Croix est à la fois horizontalité et verticalité, rassemblant tous les hommes devant l'Homme-Dieu (le Christ) mais reconnaissant le sens vertical de la transcendance... L'espace du Yin et du Yang (qui est taoïque et non pas bouddhique) est une sphère du fait qu'on circule sans cesse dans un devenir qui n'a pas d'historialité...

C'est ainsi que je comprends votre intervention et/ou celle de Chesterton. Le problème, c'est qu'il faudrait demander à un bouddhiste d'Orient (pas à un Occidental converti au bouddhisme) ce qu'il en pense... Il y aurait certainement matière à s'étonner grandement de sa réponse.

Ecrit par : Escape | 04/07/2007

Bien loin de moi l'idée de vouloir entrer dans ce débat, je ne me sens pas de taille à argumenter sur quelque point de vue que ce soit. Néanmoins, je me permets de rejoindre le dernier commentaire d'Escape. La vision qui est donnée du bouddhisme et du taoïsme me parait en effet un rien réductrice. L'interprétation qui est faite par Chesterton (que je ne connaissais pas jusqu'à vous lire) des représentations de Bouddha me semble partiale et effectivement "occidentale". Partiale parce qu'à mon sens, Chesterton est parti de son interprétation personnelle des attitudes de Bouddha pour étayer son propos, et non d'une réelle connaissance des préceptes du bouddhisme. J'en veux pour exemple son interprétation des "yeux fermés sur lui- même" de Bouddha. Si ses yeux sont fermés, c'est au contraire signe de méditation, d'ouverture de l'esprit, certes de fait intérieure, mais bien dans le but d'appréhender la Vérité du Monde par l'Eveil (et ainsi entrer dans le fameux Nirvana), et non pour se renfermer sur une vision nombriliste de son Être.
Par ailleurs, il me parait discutable de vouloir établir une comparaison entre le christianisme, qui est une religion, et le bouddhisme, qui est plus un système de pensée et d'action, une philosophie dont l'initiateur, Bouddha, était un homme sans aucune relation avec le Divin. Le Bouddhisme ne fait en réalité que reprendre des concepts de l'Hindouisme (comme la roue cosmique par exemple) afin d'en tirer ses propres préceptes. C'est en ce sens qu'il est considéré, à tort, comme une religion, alors qu'il ne reprend ces idées religieuses que pour asseoir son éthique.
Je tiens à préciser que je ne suis pas bouddhiste (à vrai dire plutôt agnostique), donc à ce titre impartial.
En attendant avec impatience de lire vos futurs commentaires sur l'ultime tome à paraître de votre sorcier rowlingesque.

Longue vie à votre blog.

Ecrit par : Slayne | 05/07/2007

A Slayne et Escape que je remercie pour leurs interventions :

Un moine bouddhiste sourirait certainement à l'avis de Chesterton. Mais pourquoi ne pas prendre la perspective inverse et dire que c'est précisément Chesterton qui sourirait à la perspective d'un moine bouddhiste ? Personnellement, je n'ai rien contre les religions asiatiques (car le bouddhisme est une religion et non une philosophie contrairement à la rumeur persistante et fort difficile à extirper dans l'esprit de nos contemporains), bien au contraire, mais je me demande toujours pourquoi le point de vue du bouddhiste est considéré comme supérieur à celui du chrétien. Après tout, si l'on critique le christianisme et son pathos soit-disant doloriste, incompréhensible pour un bouddhiste, pourquoi ne critiquerait-on pas le bouddhisme et son ataraxie autarcique, incompréhensible pour un chrétien ?

PS : Une religion n'est pas forcément une doctrine qui implique l'idée de Dieu comme le christianisme ou l'islam, mais une doctrine qui pose une vérité transcendante ou transcendantalement immanente (comme le bouddhisme) et qui surtout implique une communauté organisée autour d'une église, de prêtres, de moines, et qui possède ses prières et ses rituels - ce qu'implique aussi le bouddhisme. Dire donc de celui-ci qu'il n'est une philosophie est au sens propre et figuré une erreur. La philosophie est un questionnement moral, spirituel mais avant tout rationnel et qui n'implique aucune adhésion religieuse et par là-même qui ne nécessite ni prières ni hiérarchie cléricale. On ne prie pas Platon ou Kant et il n'y pas de moines hégéliens ou spinozistes. La grande différence de ces deux religions est que l'une se fonde autour d'une personne (le Christ) et que l'autre se fonde autour d'un ensemble d'idées. Ensuite, la première renvoie à un arrière-monde, la seconde considère qu'il n'y a qu'un seul monde.

Ecrit par : montalte | 05/07/2007

Ah non, le bouddhisme est une philosophie, je suis formel. Et comme beaucoup de grands courants philosophiques, il cherche l'ataraxie.
Schopenhauer était bouddhiste en essence: L'Organisation autour d'un Monastère représente chez lui l'isolement qui permet l'effacement progressif de l'agissement de la Volonté en nous. Dans cette optique, le bouddhisme est une philosophie, ni plus ni moins.

Ecrit par : Ankuetas | 05/07/2007

Vous êtes formellement profane.
Ill n'y a pas d'Organisation du Cartésianisme, pas plus qu'il n'y a de Chemin du Spinozisme, ni d'Enseignement du Kantisme, et encore moins de Prières à l'Heideggerisme. Et pourtant, Descartes, Spinoza, Kant ou Heidegger sont des philosophes, eux. Déjà mettre une majuscule à organisation ou à un groupe d'idées n'est pas très philosophique. En fait, comme beaucoup de gens, vous prenez "philosophie" dans un sens très général, tellement général que vous y mettez tous les systèmes de pensée et de sagesse. Mais tous les systèmes de pensée et de sagesse ne relèvent pas de la philosophie, le saviez-vous ? Chesterton, par exemple, est un penseur, un moraliste mais pas un philosophe. Idem pour Pascal, Camus ou Cioran. Cela dit, je vous rassure, on peut très bien penser sans philosopher. Et on peut très bien trouver la sagesse sans philosophie. D'ailleurs, les philosophes sont-ils sages ? De Rousseau à Althusser, en passant par Schopenhauer (épisode de sa concierge jetée dans l'escalier et à qui il devra une rente à vie) et Nietzsche, il semble que leurs vies ne soient pas forcément des voies de vertu et de raison. Or, le Bouddha, comme Jésus-Christ, lui est un modèle. Sa vie se confond avec son enseignement et l'on se retrouve autour de lui avec respect et piété - ce qui n'est évidemment pas le cas avec Kant. Au contraire, l'on peut être kantien et critique de Kant. On peut étudier la Critique de la raison pratique, méditer sur l'impératif catégorique, et ensuite aller voler les économies de son voisin - sans que notre kantisme en soit particulièrement affecté. Mieux : on peut être Nietzsche et ne pas être nietzschéen. On peut affirmer le grand rire dionysiaque, faire l'apologie du bonheur et de la force et se brouiller avec un Wagner non pas parce que celui-ci n'est pas d'accord avec vous mais parce que l'on a été éconduit par madame.
La philosophie est une science humaine qui recherche exclusivement la raison en toutes choses. Et il n'y a que ceux qui n'en ont pas fait qui pensent que n'importe quelle idée qui passe en eux en est. Or, j'en ai fait. Avec passion. Et un jour, je me suis aperçu que cela ne suffisait plus, que ce questionnement perpétuel ne m'était pas suffisant et que Nietzsche disait des conneries. Je me suis alors intéressé, à mon niveau, aux spiritualités orientales et c'est le Tao qui m'a le plus attiré (moi taoiste ha ha !!!). Mais ces "religions non-théistes" (comme le dit précisément, à propos du Bouddhisme, l'Atlas de la philosphie, La Pochotèque, p 21) ne comblaient pas mes envies de sauvetage imminent ni ma soif d'inquisiteur. La personne du Christ, avec sa mère, son père, ses anges et son diable dialectique m'ont paru plus séduisant. Et l'appel a eu lieu. C'était pendant la semaine de Pâques de 96.
Pour en finir, ce que ne comprennent pas les occidentaux qui se réclament du Bouddhisme est que pour eux Religion = Dieu. Mais non justement ! Religion = système de pensée, de sagesse et de spiritualité + organisation cléricale. Ce qu'est précisément le Bouddhisme et ce que n'est pas précisément une philosophie.

Ecrit par : montalte | 05/07/2007

Trouvé ça chez l'inénarrable Driout :

"Cormary et moi nous sommes les exacts opposés, lui adore avoir raison et moi je n'aime rien tant qu'avoir tort. Il pense que cela le rapproche de Dieu et moi je crois que cela prouve que je progresse dans le débat avec moi-même. Disons que nous ne mettons pas le divin à la même place, je le mets à l'intérieur de moi et lui à l'extérieur comme un chef de parti sur lequel il faut s'aligner. Je me déplace avec mon horizon car je ne vis pas dans un univers à la géométrie univoque mais plutôt dans une variété, qui plus est une variété où le hasard joue un grand rôle et résout beaucoup d'apories apparentes.

Le ciel des fixes c'est le sien, le monde où le centre n'est nulle part et la circonférence partout, c'est bien davantage le mien pour reprendre le distingo pascalien. Mais on peut enrichir le procès à loisir dans une telle configuration.

J'ai plus de hâte à être impersonnel que la majorité des êtres humains qui n'ont pas un grand sens de l'abstrait."

Ce qui est assez juste dans le fond et ne me fâche pas. Une chose qu'il oublie cependant : l'autre grande différence entre nous et que lui a besoin de moi pour se structurer (même par réaction) alors que moi je n'ai pas besoin de lui. Mais là, je suis un peu trop méchant avec ce gentil garçon. Poissons, Cancer ou le pire des Verseaux ?

Ecrit par : montalte | 05/07/2007

Au commencement était le Hasard, et le Hasard était avec Dieu et le Hasard était Dieu. Au commencement Il était avec Dieu. Toutes choses furent faites par Hasard et rien de ce qui fut fait ne le fut sans lui. En Hasard était la vie et la vie était la lumière des hommes.
Il y eut un homme envoyé par Hasard, et dont le nom était Luke.
Ce fut lui qui vint en témoin, pour rendre témoignage de Fantaisie, en sorte que tous les hommes pussent croire à sa suite. Il n’était pas le Hasard, mais il fut envoyé pour rendre témoignage du Hasard. Ce fut le vrai Accident qui hasardise tout homme venu en ce monde. Il fut dans le monde et le monde fut fait par lui, et le monde ne le connaissait pas. Mais à tous ceux tant qu’ils étaient qui le reçurent il donna pouvoir de devenir fils du Hasard, même à ceux qui croient accidentellement, car ils étaient nés non du sang, non par la volonté de la chair, ni par la volonté des hommes, mais du Hasard. Et le Hasard se fit chair (et nous avons adoré sa gloire, sa gloire de fils unique du Père Capricieux tout-puissant), et il demeura parmi nous, tout-chaotique, tout-faux et tout-fantaisiste.

Le Livre du Dé

Ecrit par : mouloud | 05/07/2007

Oui que veux-tu moi je suis post-moderne et déstructuré et sans mémoire ... alors de temps en temps je viens te voir pour me replonger dans l'ancien temps, celui des robes à crinolines, des martinets, des aubes de communiants, tout ça tout ça c'est comme un bain de fraîcheur, un film en costume d'époque avec Brialy ! Ca fait plaisir et ça ne coûte pas cher n'est-ce pas ? Merci du cadeau, j'adore les photos sépias et jaunies dans les albums d'époque !

Ecrit par : iPidiblue, adresse au conservateur du musée | 05/07/2007

Cela dit, tu es exactement le content-porain que stigmatise Chesterton, car en affirmant que toi et moi

"ne mettons pas le divin à la même place, je le mets à l'intérieur de moi",

tu avoues précisément que Dieu est seulement en toi, donc est toi d'une certaine manière. Manière de l'innocent, du sauvage, de la brute épaisse avec laquelle on croyait avoir fini depuis longtemps, et à qui des Inquisiteurs en d'autre temps auraient donné une âme par tous les moyens. Tiens, encore du Chesterton, rien que pour toi :

"De toutes les formes concevables d'Illumination, la pire est que ce que les hommes de cette espèce nomment la Lumière Intérieure. De toutes les religions horribles, la plus horrible est le culte du dieu intérieur. (...) Si Jones adore le dieu qui est en lui, cela signifie en fin de compte que Jones adore Jones. Que Jones adore le soleil ou la lune ou n'importe quoi pourvu que ce ne soit pas la Lumière Intérieure ; que Jones adore les chats ou les crocodiles, s'il réussit à en trouver un sur sa route, mais pas le dieu intérieur. Le christianisme est venu en ce monde d'abord pour affirmer avec violence qu'un homme ne doit pas regarder à l'intérieur de soi-même, mais à l'extérieur pour y reconnaître avec stupeur et enthousiasme une compagnie divine et un capitaine divin. Le seul plaisir à être chrétien venait de n'être plus laissé seul avec la Lumière Intérieure, de reconnaître enfin l'existence d'une Lumière extérieure, belle comme le soleil, claire comme la lune, terrible comme une armée, bannières déployées." (Orth. p 114).
Voilà ce que je crois.
Et là, j'écoute la merveilleuse symphonie pour orgue de Saint-Saëns.

Ecrit par : montalte | 05/07/2007

J'aimerais revenir plus amplement sur le bouddhisme (et par conséquent vous innonder de posts pour bien vous faire chier ^^)

Mais, monsieur Cormary, pas besoin de nous faire tout cet exposé, le fait est que la Philosophie, cela veut dire "l'Amour de la Sagesse", et les stoïques comme beaucoup d'autres avaient définit la sagesse comme en partie l'ataraxie.

Le bouddhisme est une voie qui permet (et elle se base sur ça, pas sur un culte) d'atteindre l'ataraxie est d'une manière, la sagesse. C'est donc une philosophie. Le Christianisme lui se base entièrement sur des culte et sur des personnages censés être adorés: C'est une religion.
En effet, les philosophes ne sont pas sages (Schopenhauer dormait avec un pistolet aussi), mais ils aiment la Sagesse, est donc sont, d'après la définition stricte et précise de la philosophie, des philosophes.
Néanmoins, beaucoup de philosophes appliquaient ce qu'ils disaient: Diogène de Sinope, par exemple. Epictète, encore. Et d'autres...Et ils aimaient la Sagesse, comme le Bouddha, qui est donc un philosophe.
De plus, le bouddhisme ne pousse à une organisation cléricale (d'ailleurs Jésus-Christ ne l'a jamais pronostiqué et personnellement je me sentirais, si j'étais croyant, plus proche des anarchistes chrétiens qui veulent vivre en communion avec Dieu plutôt qu'avec vos papes soit disant infaillibles (c'est un dogme, l'infaillibilité papale, non?))
Et au fait, c'est pas "La Critique de la Raison Pure"? ^^

C'est bien tout le problème (que Nietzsche a d'ailleurs magnifiquement souligné): Vous, chrétiens, vous vous videz vers le futur.
En d'autres termes, vous croyez a quelque chose dont on ne sait pas même si ça va arriver (et en plus, vous le louez...."Ne louez pas votre bienfaiteur!", disait Bouddha, qui est je trouve beaucoup plus sage qu'un homme qui a foutu la pagaille dans un temple à cause d'une colère (divine? lol) qui l'a emportée...) et vous vous fondez sur ça pour diriger votre vie. En d'autre termes, vous la détruisez.
"Quand on ne place pas le centre de gravité de la vie dans la vie, mais dans «l'au-delà» - dans le néant -, on a enlevé à la vie son centre de gravité."

Intérieurement, vous vous détruisez car vous vous videz dans le futur, et c'est ce que je crains pour tout les chrétiens, qu'ils finissent sans avoir rien vu de cette merveilleuse vie, de vrai...

Ecrit par : Ankuetas | 05/07/2007

Méfie-toi Saint-Saëns avait des moeurs bizarres ... il a fini en Afrique du Nord et il ne fréquentait pas seulement les Maharanées !

Ecrit par : iPidiblue mise en garde | 05/07/2007

Ah l'arrogance profane ! On n'y résiste jamais. Surtout quand il s'agit des questions philosophiques où tout un chacun, et surtout le non-philosophe veut imposer sa définition de la philosophie, et ignorer superbement celle que l'on apprend... en cours élémentaire de philosophie.

Ankeutas, je vous donne une information (la philosophie est un système de pensée rationnelle), et vous me répondez par l'opinion courante (la philosophie est ce que le non-philosophie veut). Vous me dites que "le bouddhisme est une voie qui permet d'atteindre l'ataraxie, [qui est d'une certaine manière], la sagesse" alors que ce que la philosophie n'est pas, c'est justement une voie. La philosophie n'est pas une voie, mais une méthode. Elle est amie de la sagesse mais elle n'est pas sagesse - ou si elle l'est, elle ne l'est pas exclusivement, pas plus que n'importe quelle autre matière. Vous avez beau jeu de me donner l'exemple des stoïciens et des épicuriens (en rajoutant "et tant d'autres") alors qu'ils sont précisément les seuls à en effet avoir fait de leur enseignement un engagement personnel. Oui, Epictète, Epicure ou Marc-Aurèle mettaient en pratique leurs préceptes et tendaient réellement à une certaine sagesse. Mais c'est tout ! Chez Lucrèce, le plus grand des épicuriens, c'est déjà bcp moins sûr - bien trop humain pour être sage, ce poète génial !
Par ailleurs, et désolé de me répéter, stoïcisme et épicurisme restent malgré tout des produits de la raison, et n'ont été à l'origine d'aucune organisation cléricale comme c'est le cas avec les bouddhistes. Le jardin d'Epicure n'est pas un monastère. Et il n'existe aucune prière stoïcienne.
Pour le reste, il faudrait revoir votre conception anarchique, c'est-à-dire crétine, du christianisme. Ce serait trop long à établir, et puis une idée à la fois hein ?, mais une chose seulement que vous allez essayer de comprendre : le christianisme ne se limite pas à l'enseignement de Jésus ou plutôt l'enseignement de Jésus ne se limite pas à la lettre de ce qu'il a dit. C'est l'esprit qui vivifie, autrement dit qui donne du souffle, du devenir, de l'histoire à ce qu'Il a dit. Le Christ donne l'essentiel, l'église constitue le reste. Le christianisme est une médiation du Père au Fils et du Fils aux hommes. Il n'y a donc pas de christianisme authentique (qui irait de l'an zéro à l'an trente-trois), il y a un christianisme qui commence en 33 et qui ne s'arrête pas