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L'origine du monstre

_MG_8393-copie.jpg« Nus et Or » de Sophie Bassouls - 21 tirages laboratoire Janvier, peints à l’or ( 65 x 85 ) accompagnés de sept Poèmes d’Alina Reyes.

Du 6 novembre au 8 janvier 2009 - Espace-Galerie des Femmes, 35 rue Jacob, 75006 Paris (du mardi au samedi, de 11 h à 19 h, entrée libre).

On le sait, toute la pensée d'Antoinette Fouque s'organise autour de la matrice considérée comme matière maternelle première. Selon une dimension mytho-poétique, l'humanité s'inscrit et s'écrit dans la chair originelle de la femme, chair vivante et pensante, lettre charnelle qui accouche de l'esprit, géni(t)alité scandaleuse pour les anciens et folle pour les queer et qui fait de l'utérus la grande révolution ontologique. La création est une occurrence de la procréation.

Dès lors, on comprend qu'Antoinette Fouque ne pouvait qu'être sensible aux travaux de Sophie Bassouls - cette photographe des écrivains qui a pu éterniser, entre autres, Gombrowicz et Eugène Ionesco,  Gabriel Matzneff et Philippe Sollers, Amélie Nothomb et Marc-Edouard Nabe - puisque son projet "nus et or" consiste à représenter le corps d'un homme nu à l'intérieur, ou au milieu, d'un espace en or d'où il semble émerger. Corps rodinien embrassé, sinon embarrassé, par des copeaux de couleurs, à la manière d'une surface klimtienne.   Corps adulte placé dans une sorte de placenta or, lui-même installé dans un aplat de bleu puis dans un aplat de noir. Corps morcelé, étiré, allongé, découpé, décalé, réajusté, qui n'a pas l'air d'avoir mal même s'il fait un peu mal à voir. Homme maigre tenu dans une sorte d'étui triplement foetal. Faut-il tout ça pour qu'un homme en sorte ?

C'est que l'homme, décidément est un monstre. Un diable. Une créature qui heureusement va éclore dans et par la femme. A l'instar de Merlin l'enchanteur, tout homme est enfant de Satan et d'une sainte. Tout homme nait des noces du néant et de l’amour, du noir et de l'or. C'est peut-être cela le mystère du corps (et donc de l'esprit) masculin et que ne cesse, depuis toujours, de vénérer Alina Reyes qui s'y connaît en matrice, en rrose, en or et en os.

Que l'auteure du Boucher mette son art au service de ce qui aussi une boucherie d'homme rajoute au plaisir étrange et inquiétant qui se dégage de cette exposition. Au corps en morceaux  et en devenir de la photographe répondent les vers réconciliants et amoureux de la poétesse. L'une donne la matière, l'autre chante la chair. Les deux en auront fait un homme.  La femme qui fait d'un amas de chair un être aimable - on ne fait pas plus fouquien !

 

 

Tu es tout en dents, non ?

je suis tout en lèvres, oui.

Tu es tout en os, bon sang,

Je suis toute ouïe, bon Dieu,

Tu es tout yeux, je suis toute

Regard.

Combien d'os as-tu, tout nu ?

Combien de dents pour me défendre

De toucher ton seul, ton unique

Os ?

Hosannah du profond de mes chairs !

Je pressens la source qui vient.

_MG_8401copie-copie.jpgEt donc, voici notre homme phagocyté pour son salut et son bonheur par ces trois femmes d'exception : Sophie qui l'a photographié, Alina qui l'a désiré, Antoinette qui l'a pensé. L'homme apparaît alors non pas tant comme un vulgaire objet de la femme que  comme un beau sujet de la femme - mais "sujet" comme on dit "sujet du roi ou de la reine". Sujet de la chair qui l'a fait tel. Sujet d'une trinité maternelle. Et qui lui-même pourrait devenir femme à son tour comme le montre la photo la plus troublante, reproduite ici, où les morceaux de l'homme sont reconstitués de manière à former une sorte de matrice improbable - et qui n'est pas sans rappeler L'origine du monde de Courbet. L'homme origynel, l'homme  au corps de femme et à la peau de serpent, c'est peut-être cela, le fantasme  amazone, sinon cannibale, de ces dames - à moins que cela ne soit le nôtre, hypocrites que nous sommes ! Dans tous les cas, nous nous sommes coulés dans la source.

 

 

 

QUATRE QUESTIONS A SOPHIE BASSOULS :

- Quel mystère cache selon vous le corps de l'homme ?

Le corps de l’homme, c’est le corps de l’Autre. Pendant des années, cette idée ne s’imposait pas à moi comme une évidence. Les corps d’hommes, de femmes, se mêlent, s’emmêlent, s’accordent, se désirent, rien de plus naturel.

Puis un jour, le corps de l’Autre est devenu pour moi un sujet de photographie. Le thème à illustrer était «  la Vanité ». Ensuite, avec cet ami qui acceptait de poser, nous avons poursuivi un travail sur la maigreur.

L’étude minutieuse, détaillée, de ce corps n’a en aucune façon effacé l’étrangeté, je pense qu’elle l’a accentuée.  J’ai souligné les différences, mais le mystère demeure. Le corps de l’Autre est autre.

- Ce qui apparaît dans cette exposition, et qui est en accord total avec la pensée d'Antoinette Fouque, est que l'homme est une créature utérine qui tient son corps et son esprit de la chair originelle. En aviez vous conscience quand vous avez conçu votre projet ?

Antoinette Fouque m’a fait le grand plaisir d’accueillir cette exposition à l ’Espace des Femmes, sans hésitation de sa part, mais ce travail pour moi n’a pas de lien directe avec sa pensée, en tout cas il ne se situe pas dans un geste d’appropriation. Pas trace de cordon ombilical.

J'ai photographié un homme, jeune, et pris des libertés avec les photographies sans suivre pour autant une mouvement revendicateur.

- Vous dites que les premiers résultats de votre travail vous ont d'abord effrayé, tant ces corps morcelés vous apparaissaient trop durs et trop sévères - comme si travailler sur le corps de l'homme, j'allais dire sur l'homme tout court, suscitait nécessairement le mal et la souffrance (alors que celui de la femme, "c'est bien connu", suscite toujours la beauté et la plénitude.) L'homme est donc à l'origine toujours un monstre ?

Les premiers hommes nus que j’ai entrevus s’appelaient Apollon, Atlas, Bacchus, ou David imaginé par Michel-Ange. A l’école de l’antiquité ou de la Renaissance, qui fût la mienne, l’homme n’est pas un monstre.

Ce qui m’a inquiétée, à un moment, en morcelant ce corps, est qu’il perde justement son harmonie. C’était dur, très brutal, et me semblait injuste. L’or permettait de transformer cette violence en hommage. Je pense me situer plus dans la poesie que dans la perversité.

- Les poèmes d'Alina Reyes adoucissent, en un sens, votre travail, en donnant du désir là où il n'y a avait à « l'origyne » que de la matière vive et brute. Comment s'est passée la collaboration avec elle ?

Avec Alina, ce fut très simple. Elle a aimé les planches que je lui ai montrées, je lui ai laissé un jeu de petites maquettes. En toute liberté, sans que nous ayons besoin de nous consulter elle a écrit ces sept poèmes en parallèle à mon travail, me les a envoyés par e-mail. Ils sonnent comme un écho très juste à mon travail .
Nous nous sommes revues le soir du vernissage, et pour notre plaisir à nous tous, elle a accepté d’en lire un.

 

http://www.sophiebassouls.com/flash.html

http://amainsnues.hautetfort.com/

http://editionsdesfemmes.blogspirit.com

Lien permanent Catégories : Montalte aux Editions des Femmes 3 commentaires 3 commentaires Imprimer

Commentaires

  • Il y a une façon de regarder ou lire les oeuvres qui n'est pas de les regarder mais de se re-regarder sans cesse soi-même. Un peu comme Sollers lisant, c'est-à-dire s'auto-mirant dans ses splendeur et misère du courtisan de lui-même qu'il est. Pardonnez-moi cher Pierre, mais il me semble que c'est ainsi que vous procédez aussi.

    (Et puis ces histoires de saintes mères que vous êtes quelques-uns à colporter... ah les clichés ont la peau dure, et les vieux fantasmes des hommes... que c'est bête !)

    Voyons, regardons réellement ces images : nul foetus ne prend les poses de cet homme, nul foetus n'est ainsi fragmenté, bien au contraire. Et je vois bien un type complaisamment déguisé en espèce de monstre en haut à gauche de votre page, mais pas de monstre dans l'homme vu par Sophie Bassouls, que j'ai d'ailleurs instantanément reconnu quand je l'ai vu en chair et en os, tel... que sur ces images, tout entier traversé de vibrations et entouré de son aura de mystère.

    Cela n'empêche pas que ces images ont en effet quelque chose de dérangeant, de questionnant, et encore heureux ! nous ne sommes pas dans l'image publicitaire ! Leur assimilation à la philosophie d'Antoinette Fouque me semble fort tirée par les cheveux - pour le coup c'est votre texte qui paraît sortir à l'arrache de quelque bien peu gracieuse matrice...

    Sophie parle d'hommage qu'elle a voulu faire à ce corps. Oui, à ainsi le parcourir et l'entourer d'or, tout en mettant en évidence son inquiétante étrangeté d'être autre, elle l'exalte et le spiritualise à la façon d'une icône. Ce corps est un cosmos.

    Pardon Pierre de toutes ces critiques, croyez bien qu'elles ne sont pas dirigées contre vous. Ni contre quiconque. Au contraire.

  • Pas du tout, Alina, en fait, je ne devrais pas le dire, mais votre critique me fait du bien.

  • MON PLUS MAUVAIS ARTICLE. Je peux le dire maintenant. Complètement à côté de la plaque, ça m'apprendra à faire semblant de comprendre ce que je n'ai absolument pas compris, et de faire semblant d'aimer ce que je n'ai absolument pas aimé.

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