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Démons, snobs et connards, ou MA CONVERSION GIRARDIENNE

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(Ecrit un 14 octobre 2007, je remets en ligne ce texte capital - pour moi - dont un lecteur attentif m'a signalé qu'il constituait une sorte de conversion de ma  personne à la critique girardienne, une "déromantisation", sinon une "dératisation", de ma perception des choses et des relations humaines. Il est vrai que le moment où l'on prend conscience de son propre fonctionnement mimétique vis-à-vis d'un tel ou d'un tel est le moment où l'on se dégage de l'influence de celui-ci et où on l'abandonne à son triste sort. Je ne connais rien de plus salubre que la lecture de Mensonge romantique et Vérité romanesque, un livre que tout étudiant en lettre, tout professeur de français, sinon tout un chacun devrait avoir lu. Pour moi, excepté sans doute Orthodoxie de Chesterton, et Le froid et le cruel de Gilles Deleuze, je n'ai rien lu de plus éveilleur, de plus réaccoucheur...)

 

1 - Au moins Lénine, quand il déclarait à propos de l’œuvre de Dostoïevski qu’il n’avait pas de temps à perdre avec cette « saleté réactionnaire », s’avérait-il lecteur plus averti que nos existentialistes des années cinquante ou nos post-romantiques d’aujourd’hui pour qui l’auteur de Crime et Châtiment reste encore une sorte d’ « aventurier de la liberté », « un héros des temps modernes », voire un militant de la cause palestinienne « doublé » d’un altermondialiste anti-Macdo. C’est que Lénine avait bien vu que loin de le glorifier, les romans de Dostoïevski étaient tous de près ou de loin une satire sans pitié de l’homme nouveau. N'écrivit-il pas Les carnets du sous-sol contre le roman « progressiste »de Tchernychevsky, Que faire ? (dont Lénine reprendra le titre pour son propre programme de saleté révolutionnaire) puis Les possédés (ou Les démons) contre les mouvements anarchiques naissants et ce qui allait se révéler contre le totalitarisme capital du XX ème siècle ?

Il faut donc être aussi demeuré que Marc-Edouard Nabe et Alain Soral, ou foutrement romantique, pour croire que s’afficher sous le titre "les Possédés" donne de la grandeur humaine et politique. C’est comme s’ils étaient fiers de se faire appeler « Les Avares », « Les Misanthropes » ou « Les Bourgeois-Gentilhommes ». Je ne suis pas allé au spectacle des « Possédés – Hurlements en faveur de Nabe, Soral, Costes et Laurent James »[1] du 25 septembre dernier au théâtre de La Main d’Or et je le regrette car cela m’aurait beaucoup amusé de voir cette bande de fous foireux, dostoïevskiens de travers, huer nos diapositives de renégats au Stalker et à moi qui passèrent un moment dans leur montage photo islamico-révolutionnaire pendant qu’un Verkhovenski de service nous décrivait comme « deux mongoloïdes proto américanosionnistes qui font des soirées ensemble ( !!!!) où ils terminent torchés et en hurlant « vive le feu !!!! ». Sacré Marc-Alain Naboral ! Entre le marxo-frontiste aux déclarations fracassantes (« Si Jésus, Platon, Dostoïevski, Lénine, de Gaulle et Michel Clouscard étaient encore là aujourd'hui, ils voteraient Le Pen ! ») et le régalé aux vermines qui a fini par se bouffer lui-même, se rendant malheureusement justice à lui-même, les hommes du sous-sol n’ont jamais eu autant pignon sur rue qu’aujourd’hui. Hélas ! Le désir métaphysique de déplaire, de choquer, de bouffer du Pouvoir Officiel (alors que l’on est du côté du pouvoir officieux), est si grand qu’il cache assez mal l’envie hystérique de reconnaissance, la convoitise d'acquérir le plus possible de médailles de maudits. Ah, être celui que l'on aime haïr ! Comme le dit René Girard non sans malice dans Mensonge romantique et vérité romanesque et dont ce post sera la première introduction, « l’écrivain parle pour nous séduire comme par le passé. Il guette toujours dans nos yeux l’admiration que nous inspire son talent. Il fait tout, dira-t-on, pour se faire détester. Sans doute, mais c’est parce qu’il ne peut plus nous faire la cour ouvertement. Il nous fera donc une cour négative à la façon des passionnés dostoïevskiens. » Mais quelles souffrances d’être obligé de communiquer avec un public qu’on dit mépriser mais dont on a absolument besoin pour exister ! Comme le héros du sous-sol, il faut insulter les autres autant que les suivre lamentablement. Il faut hurler dans leurs oreilles qu’on en a rien foutre de leur écoute ! Il faut leur écrire rouge sur noir qu’on méprise leur lecture ! Surtout qu’ils ne pensent pas que nous sommes des bourgeois comme eux et de la pire espèce – des bourgeois qui se cachent de l’être. Re-hélas ! Plus nous faisons caca, plus nous sentons les beaux quartiers. Plus nous vomissons cette putain de société, plus nous dînons à Saint Germain des Prés. Alors, on éructe, on insulte, on fait des scandales, on est toujours seul contre tous (c'est-à-dire avec tous), mais en même temps, on est aux aguets, on attend d’un œil torve qu’on nous admire, qu’on nous fête, qu’on nous divinise. Par pitié, faites de moi votre Dieu, meeeerdeuh !

Ah le romantisme ! Ce qu'il ne nous fait pas faire. Que nous soyons petits scribouilleurs, grands lecteurs, le contraire ou les deux, peu importe. Il est notre opium, notre libido, notre credo. Le test, c'est dire du bien du mal. Ainsi, dès que je dis qu'un salaud est lumineux, ou que le diable est séduisant ou que je préfère Baudelaire à Du Bellay, c'est bon, j'en suis.  Autosatisfaction lyrique. Immaturité morale. Crétinerie assurée. Romantisme ! Dans Les démons de Dostoïevski, celui que nous vénérons c'est Stavroguine bien sûr ou Kirilov. Chatov à la limite. Trop bon, trop con. Mais pas Stépane Trophimovitch Verkhovenski en tous cas ! Ce bien trop faible et ridicule écrivailleur qui fait l’important excite souverainement notre mépris - alors que c'est le seul qui s'en sortira convenablement à la fin et fera preuve d'une vraie conversion à la vérité tandis que tous les autres se seront flingués. Mais ce Stépane quand même ! Comme il nous déplaît ! Comme il nous ressemble ! Nabe, Dantec, Sollers, Hallier, et je n’ose en dire en plus tant  je trouve que le portrait qui suit correspond presque à tout le monde de notre convulsive blogosphère, moi compris !

« Stépane Trophimovitch a toujours joué parmi nous un rôle très particulier, et, en quelque sorte, civique, et ce rôle, il l’aimait jusqu’à la passion, à tel point, je crois, qu’il n’aurait pu vivre sans lui. (…) Il trouvait grand plaisir, par exemple, à sa situation de « persécuté » et d’ « exilé ». Ces deux termes auréolés d’un prestige en quelque sorte classique, l’avaient séduit un fois pour toutes ; le rehaussant progressivement dans sa propre estime, ils avaient fini par le placer à ses yeux sur une sorte de piédestal élevé et fort agréable pour son amour-propre. Un roman satiriste anglais du siècle dernier nous raconte qu’un certain Gulliver, de retour du pays des Lilliputiens qui n’avaient que deux pouces de haut, s’était tellement accoutumé à se considérer comme un géant, qu’en traversant les rues de Londres il criait involontairement aux passants et aux cochers qu’ils prissent garde de ne pas se faire écraser, s’imaginant qu’il était toujours un géant parmi les nains. »

 

d4c04da408ba3635e53a15bb7381e1dc.jpg2 - Non, personne n’est réellement exempt de romantisme, c’est-à-dire de cette fatuité candide qui nous fait croire que nous sommes des modèles alors que nous sommes des copies, que nous sommes des maîtres alors que nous sommes des esclaves – et qui apparaît sans fard chez le snob, ce qui nous paraît à nous, les snobs sournois, insupportables. Car nous, nous sommes lautréamoniens, voyez-vous. Et bloyiens. Et danto-sadiens. Et wagnéro-ACDCiens. Gothiques. Démoniaque toujours. En marge. Rien à voir avec ces snobs voyants qui nous font honte car ils n'ont pas l'air malheureux, alors que nous ! Le snob voyant nous est odieux car il assume son mimétisme mieux que nous. C’est un type vaniteux qui ne fait pas de manière avec sa vanité, et qui comme le chantait Boris Vian, « avec mes amis nous sommes snobs et c’est bon ». Quelle horreur cette chanson ! Non, non, impossible d’y renoncer pourtant, tant pis pour la morale, la sagesse et la réalité... Nous serons du côté de Charlus et contre Legrandin, nous irons chez la duchesse de Guermantes (si elle daigne nous recevoir) mais pas chez cette connasse de Verdurin. Trois fois hélas ! La Verdurin deviendra un jour une Guermantes ! Tout notre système socio-métaphysique en sera ébranlé ! Les roturiers de hier, ducs et duchesses d’aujourd’hui ! Quelle misère ! Que n’avons-nous pas vécu pendant l’Ancien Régime, le temps où la différence sociale signifiait réellement quelque chose. Jusqu’au XVIII ème siècle, le « grand seigneur » jouissait d'un pouvoir effectif sur le manant. Depuis 89, ce pouvoir est tout imaginaire. La gloire du nom n’est qu’un hochet que l’on va certes agiter encore un siècle et sans doute se passer entre héritiers mais en droit la fracture sociale n’existe plus. C’est la fracture économique qui subsiste et qui en revanche se fait plus sensible qu'auparavant. Dans un monde sans privilèges, la pauvreté est un scandale parce qu'en effet la discrimination sociale est une folie. Et c’est pourquoi le snobisme ne pouvait naître que dans une société démocratique et égalitaire. Entre gens de même richesse, le désir social est devenu désir métaphysique. Le narrateur de la Recherche en fait la décevante et cocasse expérience en passant de salon en salon. Ce qu’on dit chez la duchesse de Guermantes n’est pas moins médiocre que ce que l’on dit ailleurs. La seule différence entre un snob et un autre est la lucidité avec laquelle l’un d’entre eux perce la fatuité de l’autre. Et c’est pourquoi Charlus est malgré tout si grand. Lui n’est dupe de rien ni de personne et connaît tous les travers de ses compères – puisque ce sont les siens. Sauf que cette connaissance ne lui sert de rien et au contraire l'amène à un niveau d'autarcie qui frise la folie. Pas plus maître des autres que Charlus mais pas plus esclave de ses passions et de ses pulsions que lui, mais celles-ci sont si équivoques, grotesques, compliquées, asociales, et qu’il les cache si bien, qu’elles ne se voient pas. Pervers est celui qui comme le baron sait bien cacher sa poutre et révéler la paille chez les autres. Et perdu est le lecteur ou l'interlocuteur qui malgré tout est séduit par le pervers. En vérité, la lucidité de Charlus, comme celle des héros dostoïevskiens, et d’une certaine manière, comme celle des libertins sadiens, est une lucidité abrutissante, une perception transparente des choses et des êtres mêlée à une apathie du sens moral (sinon humain), bref, un nouvel avatar du nihilisme. Ce qui, une fois de plus, ne va pas sans comique.

 

cff9d5c6db6794ae524c73c35e5f873e.jpg3 - Pourquoi ne savons-nous plus rire avec Dostoïevski ? Parce que nous ne savons plus rire de nous-mêmes. Parce que nous nous prenons terriblement au sérieux – exactement comme l’homme du sous-sol se prend au sérieux ou comme Ivan Karamazov prend sa révolte métaphysique au sérieux. La belle affaire que la souffrance des enfants qui accuserait Dieu ! Mais que fait-il lui pour soulager ses enfants qui souffrent à part se dire que Dieu est un salaud ? Comme il serait malheureux s’il ne pouvait plus l’accuser ! Compromettre Dieu telle une coquille qui voudrait compromettre son texte, comme disait Kierkegaard qui s'y connaissait en désespoir et en comique (car le désespoir métaphysique est comique) ! Pauvre diable qui ne se rend même pas compte que si Dieu n’existait pas, la souffrance des enfants n’en existerait pas moins ! C’est ce qu’il faut dire à tous les « révoltés ». La preuve que Dieu est innocent du mal dont vous l’accusez est que si vous supprimez Dieu, vous ne supprimez pas le mal. Le mal existe avec ou sans Dieu. Alors de deux choses l’une : soit vous êtes maso, et vous pensez que Dieu existe et qu’il s’acharne à faire souffrir tout le monde, soit vous êtes miséricordieux et vous pensez que Dieu peut être une consolation à tous ceux qui souffrent. Vous avez aussi le droit de ne pas y croire. Mais par pitié, ne venez plus nous emmerder avec vos histoires de Dieu tortionnaire. Et cessez de lire Dostoïevski de façon aussi puérile. Cessez de croire que Dostoïevski est Ivan, Stavroguine ou l’homme du sous-sol. Pourtant, « madame Bovary, c’est moi » disait l’autre, alors pourquoi Dostoïevski ne pourrait-il pas dire lui aussi qu’il est l’idiot, le possédé, le double, le criminel ? Tsss. Vous ne savez pas lire. Eh oui, Flaubert dit que madame Bovary c’est lui mais il ne le dit pas au sens où vous l’entendez, il ne le dit pas au sens flatteur, avantageux, romantique. Il le dit au sens du moi haïssable de Pascal. « Madame Bovary, c’est moi », ça veut dire « cette conne est comme moi, elle est aussi ridicule et pathétique que moi, elle est aussi niaise que moi. Je lui foutrai des baffes comme je me baffe moi-même. » De même, Dostoïevski avec ses grands pécheurs. S’il est certain qu’il a mis beaucoup de lui en eux, cela ne signifie pas du tout qu’il soit content de lui et qu’il veut qu’on les prenne comme des modèles. Or, c’est ce que font les lectures existentielles et idéalistes depuis cinquante ans. C’est l’illusion romantique qui nous fait croire que l’homme du sous-sol est un personnage tragique et héroïque, « un grand combattant de la liberté », alors que c’est un bouffon pathétique qui ne peut exister que contre les autres, donc pour eux. C’est l’illusion romantique qui vous fait prendre Stavroguine pour une sublime figure du mal alors qu’il n’est qu’un clown meurtrier, dernier des hommes indigne et ridicule, et dont la célèbre confession serait un texte à mourir de rire s’il ne confessait pas un acte aussi grave. Tikhone, « le confesseur » de Stavroguine le voit bien.

« - J’ai peur pour vous, dit presque timidement Tikhone.

- Vous avez peur que je n’y résiste pas ? Que je ne puisse supporter leur haine ?

- Non, pas seulement leur haine.

- Quoi donc encore ?

- Leur…rire. » Il prononça ces paroles tout bas, comme malgré lui. »

Eh oui, mon pauvre Nicolaï Vsévolodovitch, non seulement violer une fillette est un crime abject mais s’en vanter dans une confession et la jeter à la tête d’une humanité qu’on méprise est totalement ridicule et profondément comique. Qu’est-ce que l’humanité en a à foutre de ta révolte métaphysique ? Tu imagines la colère et les éclats de rire qui accompagneront ton éructation : « je m’appelle Stavroguine, j’ai violé la gosse et je vous encule tous car je suis Super Nihiliste ha ha ha ha ha ha !!! » C’est comme ton ami Kirilov qui veut se suicider pour prouver à tout le monde qu’il est libre. « La liberté sera totale quand il sera indifférent de vivre ou de mourir », explique-t-il aux autres éberlués. C’est ça, Alexeï Nilytch, et le sexe sera total quand il sera indifférent de bander ou de ne pas bander. Et d’ailleurs, quand le malheureux se flinguera, ce sera autant par mépris pour lui-même que par envie de devenir Dieu – l’un allant en fait avec l’autre, l’autodivinisation aboutissant toujours à l’autodestruction (et la scène du suicide où l’on voit Verkhovenski faire les cent pas dans la chambre en attendant que l’autre se décide à se tirer une balle dans la tête, « Le fera…. Le fera pas…. », est un grand moment d’épouvante hilare). Si Les démons est sans doute l’un des plus grands romans qui aient jamais été écrits, c’est aussi l’un des plus comiques (au même titre que Don Quichotte ou A la recherche du temps perdu et je cherche en vain un grand roman qui n'ait pas de dimension comique) et c’est la raison pour laquelle devraient s’en méfier bien des littérateurs. Car on ne compte plus ceux qui sont toujours prêts à tomber à pieds joints dans les pièges métaphysiques que sont les grands livres et dont la séduction apparente pour le mal n’est pas le moindre. Ainsi, selon certaines préfaces, Dostoïevski pencherait plus vers Ivan que vers Aliocha pour la bonne et simple raison qu’il aurait « avoué » dans une de ses lettres qu’il lui était plus facile d’expliquer le point de vue du premier que du second, qu’autant les arguments pour la révolte, le nihilisme coulaient de source, autant ceux pour la sainteté et la charité lui demandaient un mal fou. Et le préfacier d’en déduire que Dostoïevski serait donc plus satanique (autrement dit plus réaliste) que miséricordieux ! Comme si la facilité traduisait la vérité de la pensée ! Comme s’il était facile d’être miséricordieux ! Mais c’est bien parce que Dostoïevski peine à écrire Aliocha qu’il a Aliocha plus à cœur qu’Ivan ! Mais non, ils ne veulent pas voir ça, les existentiels, que Dostoïevski est… chrétien. Ils ne veulent pas voir que son œuvre romanesque se termine avec les Karamazov sur une sorte d’happy end. De tout leur pouls ils refusent la résurrection qui est pourtant le mot sur lequel se termine ce livre des livres :

«  - Karamazov, nous vous aimons ! reprirent-ils en chœur.

Beaucoup avaient les larmes aux yeux.

- Hourra pour Karamazov ! proclama Kolia.

- Et éternel souvenir au pauvre garçon ! ajouta de nouveau Aliocha.

- Eternel souvenir !

- Karamazov, s’écria Kolia, est-ce vrai ce que dit la religion, que nous ressusciterons d’entre les morts, que nous nous retrouverons les uns les autres, et tous, et Ilioucha ?

- Oui, c’est vrai, nous ressusciterons, nous nous reverrons, nous nous raconterons joyeusement ce qui s’est passé… »

(14 octobre 2007)

 

Lien permanent Catégories : In memoriam René Girard (1923 - 2015) 32 commentaires 32 commentaires Imprimer

Commentaires

  • Lol, je bug, je rallume mon ordinateur (je discutaillais avec un ami sur des vidéos de SoHO), et voila qu'en passant sur ton site, je trouve un papier.

    En fait, à chaque fois que tu nous sort un pamphlet ravageur et dégoulinant de génie, à chaque je t'aime de plus en plus. D'ailleurs, je te tutoie, maintenant. ^^

    Je viendrais ajouter mes réaction et mes élucubrations après lecture. Bye.

    (pas besoin de "publier", tiens)

  • Votre analyse est remarquable (la stratégie marketing employée par Nabe et Soral n'est pas des plus intelligentes). Et comme vous connaissez bien la littérature !
    Merci de m'avoir rappelé à quel point Les démons est un immense roman. Je l'ai lu en 2000, dans la traduction Markowicz - superbe traduction, même si ce traducteur ne semble pas avoir perçu l'antiromantisme de l'auteur qu'il traduit. Pas plus, d'ailleurs, que Gabriel Matzneff (qui parle souvent de Stavroguine)...

    Me permettez-vous de vous signaler quelques menues erreurs matérielles que votre texte contient ?

    [................................................................]

    [ET LE VOSGIEN DE ME CORRIGER QUELQUES INAVOUABLES ET HONTEUSES FOTES DORTOGRAFE ET DE GRAND-MERE. GRAND MERCI A LUI.] (note de Montalte)

  • Oui... Je suis évidemment d'accord avec pas mal de choses, mais je trouve que vous devriez mieux reconnaître votre dette envers R. Girard dans la seconde partie : involontairement j'imagine vous ne marquez pas tout ce que votre analyse du snobisme lui doit.

    Je cherche pourquoi ce texte me laisse à la fois amer et un peu froid, alors que son interprétation de Dostoïevski me convient parfaitement. Je crois que vous êtes un peu rapide, que vous réduisez un peu trop, si ce n'est en intention, du moins en acte, Nabe et Soral à cette manifestation avec laquelle vous réglez vos comptes, et que tout de même vous ne pouvez vous empêcher, avec cette histoire de "pouvoir officieux", de vous placer vous-même en posture minoritaire. Vous vous mettez avec à-propos dans le même bain que nous tous, mais, justement, sans le sens du comique que vous louez avec raison chez Kierkegaard et Dostoïevski.

    Disons que je comprends que vous soyez en colère d'avoir été présenté à la vindicte publique, que ça ne me dérange pas du tout que vous attaquiez ceux qui vous attaquent, que cela doit être d'autant plus compliqué que, je ne connais pas toute l'histoire, vos rapports avec Nabe semblent un long et complexe roman,

    mais que, étant donné votre propos, vous n'avez pas réussi aussi bien qu'il aurait été souhaitable d'équilibrer votre colère et l'acuité de votre critique. Que la transmutation de la colère en ironie ne se fait pas totalement, quelle que soit la valeur de votre diagnostic sur tel ou tel point. De l'extérieur, on a envie de dire qu'il aurait fallu que vous attendiez quelques jours de plus pour rédiger ce texte, ou le scinder en deux, une partie pour la colère, une partie pour l'ironie, même si bien sûr vous cherchez à élargir le propos à partir d'un exemple précis.

    Un peu professoral, le patron du café. C'est moi qui prend le rôle de Don Alfonso, le salaud, et reste en retrait à compter les coups. Bonne journée !

  • "l'homme devenant par grâce ce que Dieu est en nature."
    maxime le confesseur

    cette citation n'est qu'un alibi, j'avoue ! juste pour savoir c'est qui le gars entre bruce Willis et, euh, la muse de Bernard Henri si je ne l'abuse ?

  • De la colère ? Oh non cher Don Alfonso, vous n'y êtes pas du tout. Un amusement tout au plus, allez, avec un rien de flatterie je l'avoue, ce qui est tout aussi ridicule, romantique, immature. Car trouver grand de se faire conspuer par des nains, c'est céder à son gullivarisme coupable, mais bah, vous me connaissez...

    Sinon, c'est vrai que je voulais à l'origine consacrer un post entier à cette soirée, mais comme d'une part je n'y ai pas assisté et n'ai fait qu' écouter la rumeur publique, et que d'autre part, même si j'y avais assisté, cela aurait dépassé les capacités de ma propre vanité d'en faire un compte-rendu, j'ai préféré en parler à travers un post sur Dostoïevksi et René Girard.

    Mouloud, l'acteur qui incarne Marcel Proust entre Arielle Dombasle et Christian Vadim s'appelle Marcello Mazzarella et la photo est tirée du film de Raoul Ruiz, Le temps retrouvé.

  • Euh... il ressemble plutôt à Pascal Greggory plutôt que Vadim...

  • Et pourtant c'est bien Christian Vadim dans le rôle de Bloch tandis que Pascal Gregory jouait Saint-Loup...

  • Je viens de corriger mon texte : c'est le désespoir métaphysique qui est comique, et pas le désespoir en soi ou provenant d'un deuil, d'un chagrin, d'une maladie, etc.

  • je vous charriais Montalte, je parlais du gars au joli sourire photogénétique, là... le sieur Nabe, si je dis vrai

    et après, sans déconner (ou si peu), vous verriez pas le frangin d'Agnès en sauveur de la planète bleue, vous le cinéphile averti qui en vaut deux ?

  • et n'allez surtout pas croire que j'ai fait des recoupements via google img & consorts hein ! je manque de culture, certes, mais quand même... j'avais déjà observé sa gueule de marc edouard dans la fièvre d'un samedi soir chez cette garce de thierry ardisson ahahahahahah ahhah

    ahem... que celles et ceux qui ont des trucs intelligents à dire concernant votre excellent papier se dénoncent

  • Dans le même temps si nos joyeux lutins ne trouvent à s'en prendre qu'à Cormary et Asensio, on ne peut vraiment pas dire que la patrie est en danger ! Mais il est vrai qu'Asensio s'en prend à Haenel !
    A-t-on les rivaux mimétiques que l'on mérite ?

  • Tiens, c'est le retour du quarteron vaguement borgésien on dirait.
    Eh, Zamor, plutôt que de perdre du temps à vous occuper de mes rivaux, tâchez donc d'écrire une note à peu près intéressante sur votre blog qui ne fait plus que tourner en rond, ruines circulaires oblige sans doute.
    Vous, dans la catégorie des crétins prétentieux, rassurez-vous, vous n'avez pas de rival... Ah si tout de même, j'en vois un, le Scingaloux.
    Montalte, ne nous le cache pas : tu es flatté d'être ainsi conspué par cette crétinisme bande des quatre (Nabesoraljamescostes) alors que, franchement, il y a de quoi rire.
    Ce que je ne comprends pas trop, c'est pourquoi on me traite de renégat : j'ai toujours écrit que Costes, c'était de la merde, James, un post-adolescent qui se donne des frissons, Soral, un pauvre gars sans doute sympa et Nabe, un nabot infect, auteur d'un seul bouquin tenant la route littérairement, AZ.
    Toi, en revanche, tu en es un de vrai, de renégat, puisque je crois savoir que tu louais jusqu'à une époque somme toute récente les vertus de Nabe, non ?

  • Mais je continue à les célébrer ! Nabe est un prosateur prodigieux, un diariste fantastique, et un pamphlétaire hors pair et à qui je dois beaucoup. Le problème (et la déception) viennent du fait que jusqu'au 11 septembre, il était réellement subversif, anarchisant, insaisissable, à la fois d'extrême droite et d'extrême gauche si j'ose dire, et que depuis, il pense comme l'utra gauche antiaméricaine et antisémite, suceur d'islamisme. Il a l'esprit de parti comme on dit, il est repérable, bref, il est bien devenu un idéologue comme je le disais dans l'extrait de l'article que j'avais écrit sur lui et qu'il a repris dans ses Morceaux choisis.
    Tu parles d'AZ. Certes, c'est un livre magnifiquement écrit, sans doute son meilleur roman, mais en même temps illisible pour celui qui ne connaît pas Nabe. Non, rien ne vaut le Journal.
    Pour ce qui est d'être conspué à cette soirée de fous foireux, bien sûr que j'en suis flatté (mon côté Corbeau du Corbeau et le Renard - ça fait partie de mes ridicules) et en même temps je trouve ça grotesque. Comme l'a dit un P/Z, n'ont-ils que nous pour faire la guerre ?

  • Aïe...

    Rappelez-vous que je vous aime tout les deux, si une nouvelle guerre s'ouvre.

  • C'est bien envoyé, juste et assez beau (je parle de votre article, Montalte).
    Je suis de plus en plus enclin à penser cependant, qu'une certaine manière de devoir absolument se faire complice des méthodes séculaires pour juste exister nous rend tous et chacun une graine de Torquemada.
    Comprenne qui pourra, disait l'Autre !

  • Par apport à cela, et peut-être pour éclaircir l'opinion de Mr Asensio sur Nabe : Vous dites dans un entretien avec Systar que ce qui gêne avec Dantec, c'est que c'est un écrivain vivant et non "une nature morte"

    Je me demandais simplement si Nabe n'était pas, lui aussi, un écrivain vivant. Il a fait des erreurs et il commence selon moi à se plonger dans la merde, mais n'est-il pas aussi vivant que Dantec?

  • Effectivement Ankuetas (c'est quoi, ce pseudo ?), un auteur vivant est autrement plus difficile à saisir qu'un auteur mort : le chercheur peut disposer, après un certain temps, de divers témoignages le concernant, de sa correspondance, de ses manuscrits, s'amuser à faire de la critique génétique, etc.
    C'est donc une banalité de dire que nous connaissons mieux l'époque romaine que les Romains eux-mêmes, par la masse prodigieuse des documents, preuves et traces que le passé nous laisse.
    D'où la difficulté d'écrire à peu près intelligemment sur les romans de Dantec, dont je connais l'oeuvre beaucoup plus que celle du Nabot.
    Désolé mon cher Pierre mais non, AZ et presque rien d'autre. Je viens de relire Au régal des vermines et cela m'a sauté aux yeux : exercice creux d'un gamin superbement doué mais rien de plus alors que, à sa sortie, ce bouquin m'avait tout de même assez enthousiasmé...
    Tu parles du Journal, mon vieux, parce que le journal intime est ta petite passion cachée voyons...
    Il y a d'ailleurs un lien direct entre la tenue d'un journal et sa publication (Matzneff, Camus, Nabe) et le plus ou moins grand ostracisme dont sont victimes ces auteurs.
    A la différence de la connerie proférée comme toujours avec son ton de pion supérieur par PZ, je crois au contraire que ce n'est certainement pas un hasard si la bande des quatre nains nous a choisis comme ennemis.
    Tu n'as donc pas compris qu'à nos façons respectives nous faisions VRAIMENT (j'entends déjà rire les cons) peur à tous ces auteurs qui prétendent incarner la véritable infréquentabilité, justement parce que, à leur différence, ils ne peuvent nous attaquer en prétendant que nous appartenons au petit système médiatico-parlementaire qu'ils conchient ?
    Ils nous rêvaient en dociles moutons et voilà que nous osons les traiter de ce qu'ils sont et, contre ton opinion, ce qu'ils ont toujours été : des tartuffes.
    Des tartuffes pathétiques, comme le merdailleux et nullissime Costes qui, tu le sais peut-être, a fait défiler, en accompagnement de son texte lu, des images pédophiles qui feraient rougir de honte le plus entraîné des amateurs de saloperies...
    Quoi, tu ne le savais pas ?

  • Juan, bien sûr que je savais voyons, mais je suppose, et sans du tout défendre "l'oeuvre" grand-guignolesque de Costes (qui m'est complètement indifférente - comme tu l'as dit à propos de James, c'est de la potacherie sous-littéraire destinée à se faire peur), que ces images étaient là pour "dénoncer" la pédophilisation de la société, propos assez juste du reste et que l'on retrouve autant chez Nabe et Soral que chez Muray. Dans leur esprit, mettre des images de sexe de gamine, ça veut dire (enfin j'espère) "voilà ce pour quoi bande notre putain de société de merde !", sauf que, comme d'habitude, ce genre de dénonciation vire à la complaisance. Un peu comme Oliver Stone "dénonçant" la violence gratuite dans Tueurs Nés et y tombant lamentablement.
    Sinon, j'aime bcp le Régal des Vermines qui reste une flamboyante oeuvre de jeunesse - y compris dans ses affectations et ses effets de manche juvéniles alors que précisément ceux-ci dans AZ, roman soit-disant de la "maturité", tombent à côté. Je veux dire que ce que l'on peut applaudir chez un jeune auteur comme l'était Nabe à l'époque ne peut plus l'être chez le jeune vieux qu'il est devenu. Et AZ n'est rien d'autre qu'une succursale brillante mais vaine du Journal, ce dernier dont en effet je ne me lasserai jamais (et qui n'est pas une petite passion cachée que j'aurais mais bien une passion affirmée pour ce genre - mineur je te le concède). En fait, et je l'ai déjà écrit dans mes articles sur lui, Nabe est le type du brillant écrivain possédé par la littérature, mais trop possédé par elle précisément ! Du Régal à AZ, en passant par le Journal, ce ne fut jamais que de la littérature littéraire si tu vois ce que je veux dire. C'est de la verve pure, de la rhétorique ivre d'elle-même, du lyrisme en veux-tu en voilà et qui à la fin ne cachent plus un manque d'imagination patent, une pauvreté de pensée navrante et une impasse artistique - et qui fait que Nabe devait logiquement se retrouver dans un parti. L'idéologie, cela console de tout. Cela dit, je ne désespère pas qu'il revienne en grande forme un jour ou l'autre (c'est un sacré dégageur de sens quand il s'y met !), et en outre, contrairement à toi, je suis fidèle à mes anciennes admirations. Une fois que j'aime quelque chose, je l'aime pour toujours. Et Nabe peut me vomir tant qu'il veut, il m'a bcp apporté, et je continue à chérir Kamikaze, Chacun mes goûts ou L'âge du Christ.
    Maintenant, si comme tu le dis nous faisons peur à cette bande des quatre (des deux plutôt car mon avis est que Costes et James sont deux Iggy Pop du pauvre, plus égarés que possédés), et bien tant mieux ! Mais, sourire, c'est alors toi qui es pris en flagrant délit d'infréquentable autoproclamé et très fier de l'être - je dis cela sans aucun jugement, chacun sa méthode et sa façon d'être. Personnellement, Nabe (ou son site) m'a attaqué avec une vulgarité sans nom, Dantec lui-même avait éructé contre mon texte sur le "non à l'Europe" dans son "We the people" et j'ai eu la "gloire" d'être violemment pris à partie par des tas de gens, y compris et en premier lieu par toi, cher Donissan. Je suppose donc que mes pauvres textes ne laissent pas toujours indifférent. D'ailleurs, si je m'autoproclamais de quelque chose, ce serait le titre du blogueur le plus insulté et le plus agressé du canton. Il suffit de relire les quelques fils de commentaires qui ont suivi certains fameux débats. Je ne m'en plains pas du tout, bien au contraire, puisque depuis le début mon souhait fut d'être dans mes écrits le plus transparent possible et avec le moins de défense possible. Prêter le flanc au maximum et voir jusqu'où je peux tenir - en général je tiens bien car je trouve souvent qu'on vise mal mais c'est sans doute mon orgueil masochiste qui me fait dire ça. On m'a confié un jour que mon écriture était sacrificielle. Et bien voilà, je suis un sacrificiel jubilant.

  • Oui mon vieux mais, sans vouloir jouer à celui qui pisse le plus loin, je puis t'assurer que je reçois ma dose d'insultes.
    Parfaitement d'accord sur Nabe : je l'ai écrit quelque part, un sous-Bloy dont le style (brillant, pas de doute là-dessus) ne s'appuie sur rien, n'est que virevolte au-dessus du vide. Bloy crachait sur ses contemporains par goût de l'idéal (normal que tu ne l'aimes pas, Bloy : il réduit à néant tous tes petits jeux esthétiques, Pierre, en une seule ligne... Tu es maso mais pas au point d'aimer TON PIRE ENNEMI littéraire, celui qui dévoile chacune de tes pirouettes solipsistes !), et Nabe crache par goût du crachat.
    Ceci dit, adversaire pour adversaire, le jour où Sollers écrira un texte contre une de mes parodies de lui, alors là, oui, cela aura un peu plus (juste un peu plus, hein...) de classe que Costes mangeant son caca, James jouant à Hitler (tu ne les connais pas on dirait : il n'y a donc pas vraiment de second degré dans leur petite mise en scène de freaks) et le Nabot affirmant qu'il est sans le sou.
    Bin ouais, c'est dur depuis que certain éditeur lui a coupé ses (larges) mensualités d'aller faire le beau au Flore....
    Bises, sauf au pion Zamor, ruine littéraire.

  • Pisse, pisse mon cher Juan, d'autant que je suis très mauvais au jeu de celui qu'en a la plus grosse... Mais je t'assure que tu te trompes sur Bloy. Il ne dévoile rien en moi, ne m'émeut pas, me fatigue beaucoup et me fait l'effet du prophète de Philippilus dans L'étoile mystérieuse de Tintin. Et tu le sais, je ne suis pas du genre à fuir ceux qui me mettent un danger. Un Nietzsche dans ses descriptions des faibles et des esclaves, un Kierkegaard dans sa peinture des désespérés comiques, un Dostoïevski dans ses personnages ridicules, un Kubrick même dans son personnage de Baleine de Full Metal Jacket me touchent et me heurtent bcp plus que le gros Léon.

  • Ne cherchez pas de sens à mon pseudo Mr Asensio - mais on "se connaît" déjà par email, étant donné que je suis un grand lecteur de la Zone, un de vos plus grands fans, comme on dit.

    Pour "Au Régal des Vermines", je ne l'ai personnellement pas lu mais, en même temps, c'est le premier livre de Nabe, quand le petit n'avait que vers les 20 ans, je me dis que peut-être que vous pouvez - grand prince comme vous êtes - pardonner les erreurs d'un débutant.

    Mais néanmoins, ses romans sont bons, et peut-être que vous devriez - si un jour vous trouvez le temps - lire un de ses romans, "Le Bonheur" par exemple...Car bizarrement, l'unique livre que vous aimez de lui, c'est un roman. Sauf si je me trompe et que c'est déjà fait.
    Et, Mr Cormary, je remarque aussi que vous ne parlez pas trop de ses romans. "Je suis mort", c'est bien aussi !?

    Pour le reste, je vous souhaite une bonne bagarre sur Bloy,

    Ankuetas

  • Ca fait longtemps que j avais pas traine dans les parages stalko-montalto-etceteriens...

    Apres l excellent article sur le Chie (sic) et la parfaite definition du communisme: haine absolue et generosite zero, contrairement au mythe increvable du "gentil communisme" (j ajouterai juste que le Che, c etait AUSSI le plaisir de tuer, mais Himmler m est a moi aussi infiniment plus sympathique hi hi), des sentences aussi jouissives que "Surtout qu ils ne pensent pas que nous sommes des bourgeois comme eux et de la pire espece - des bourgeois qui se cachent de l etre", "plus ,ous vomissons cette putain de societe, plus nous dinons a Saint-Germain-des-pres", ah bon Dieu que c est bon !!! (c est curieux, je pense a Al Gore, son jet prive, sais pas pourquoi) Merci M.Montalte.

    Au fait, la derniere fois vous etiez fache a mort avec le stalk... ca a l air d aller mieux...

    bav

    g.

  • Qu'est-ce que ça signifie précisément être un lecteur "averti" de Dostoïevski? Dostoïevski n'est pas un auteur à thèse, il ne s'agit pas de savoir s'il est du côté d' Yvan ou d'Aliocha, car il justement les deux à la fois. La foi de Dostoïevski n'est pas assez simple pour accueillir Aliocha à bras ouvert et pour rejeter Yvan totalement, comment peut-on être insensible à la puissance de la révolte d'Yvan? Comment peut-on croire que Dostoïevski n'y adhérait pas lui-même?

    Et « si on supprime Dieu, on ne supprime pas le mal », ah… Mais qui a dit que Dieu était lui-même le bourreau des enfants ? Pas Yvan Karamazov en tout cas. Et si on le supprime et qu’il continue de regarder les bourreaux, eh bien oui, il est le complice des bourreaux, et non Yvan Karamazov n’en est pas responsable au même titre que lui car certes celui-là ne fait rien contre, mais il ne prêche pas la miséricorde...

    Dostoïevski a écrit lui-même qu'il se considérait comme "un enfant du doute et de l'incroyance", et oui, il trouve cela naturellement plus facile d'adhérer au propos d'Yvan parce que sa propre pensée tend elle-même vers l'athéisme, mais qu'il n'en demeure pas moins que le christianisme lui paraît la plus belle idée du monde. "Quelle terrible souffrance m’a coûtée et me coûte cette soif de croire, écrit-il encore dans ses Carnets de note, qui est d’autant plus forte en mon âme qu’il y a davantage en moi d’arguments contraires. Quand cet homme de Dieu laisse pressentir qu’en lui le non-croyant coexiste avec le croyant, son amour passionné pour le Christ n’en est pas entamé pour autant"

    Croyez-le bien, je ne suis pas ici en train de donner raison à ces "demeurés" d'existentialistes. Mais de là à penser que la fin des Frères Karamazov est un happy end... On n'a plus qu'à oublier la folie d'Yvan, la déportation de Mitia, le crime de Smerdiakov qui ne trouvent aucune résolution , mais si l'on excepte cela disons qu'il s'agit d'un happy-end...

    Je suis désolée si je parais un peu abrupte, moi non plus je n'apprécie pas qu'on classifie Dostoïevski comme socialiste ni comme "saleté réactionnaire", en fait ce qui me dérange un peu, c'est qu'il semble que, pour vous, la "saleté réactionnaire" sonne un peu comme un compliment...

  • Ce texte est une preuve de la force de la théorie mimétique. Mensonge Romantique et Vérité Romanesque devrait (avec les livres qui y sont commentés) faire partie du bagage minimal du lycéen. Cela économiserait beaucoup d'énergie inutile.

    Reste à aller plus loin et à utiliser cet outil sur l'oeuvre de Nabe (j'y encourageais dans un commentaire sur un autre article... avant de lire celui-ci) En deux mots, il me semble que MEN a développé au plus au point une personnalité mimétique, avec son versant positif (l'admiration pour de grands artistes) et son versant obscur (l'envie, le ressentiment, l'homme du sous-sol). Je n'ai pas l'impression qu'il y ait la moindre contradiction entre le jeune homme qui sur le plateau d'Apostrophes professait une volonté "exterminatrice" par la littérature (quoi de plus romantique que cette posture d'auteur-roi qui ferait disparaître 6 milliards d'individus en prenant la plume), l'auteur du Journal qui admire l'auteur des attentats parisiens, le modèle-obstacle du "meilleur ami" Zagdanski et l'idéologue post-2001 qui partage le ressentiment jihadiste. Nabe est toujours pris dans le cercle de la réciprocité mimétique et de la violence sacrée (qui ne font qu'un). Je pense que votre admiration pour Nabe correspond à votre période romantique, et que c'est vous qui avez changé et pas lui.

    Reste qu'une conversion romanesque est toujours possible, et qu'elle pourrait si elle avait lieu déboucher sur un grand livre, puisque cet homme a du style. Nabe repère très bien les mécanismes d'envie, de réciprocité violente et d'unanimité persécutrice chez les autres; s'il parvenait à voir les deux faces de la médaille, il serait libéré.

  • Ce que vous dites me touche beaucoup, cher Jesse, car oui, la lecture de Mensonge romantique a été pour moi une révélation et dans sa puissance d'apocalypse - à la fois intellectuelle, sociale et psychologique. J'ai enfin appris à me désolidariser de cet homme du sous-sol dont je faisais jusqu'à présent mes délices. Que vous ayez vu cette transformation (qui n'est rien d'autre qu'une conversion au sein de mon blog) me rend celle-ci encore plus évidente. Car on ne peut voir ces choses tout seul. Ce n'est pas en effet à moi de faire le commentaire général de ce blog, désigner ses contradictions externes et sa cohérence interne, ses apparente courbures et sa réelle ligne droite, ses paradoxes et son orthodoxie... Non, déjà cette dernière phrase est sous ma plume un peu ridicule. Ce qui est vrai, c'est que cette "déromantisation", j'allais dire "dératisation", de ma personne et de mon univers, fut l'événement clef de ma vie intérieure. Mais je suis encore grotesque de parler de moi ainsi.

  • LES NOUVEAUX COMMENTAIRES 2009 COMMENCENT ICI.

  • Moi aussi j'ai été retourné comme une crèpe par Mensonge Romantique et Vérité Romanesque, puis par La Violence et le Sacré peut-être plus encore. J'étais à l'époque déjà engagé dans un processus de recherche de sens et donc de Dieu, la lecture de Girard m'a fait basculer. Il permet de sortir du mur nihiliste et de toutes ses impasses, genre existentialisme. C'est Girard qui à 30 ans m'a replongé dans l'Evangile, puis m'a permis de redécouvrir l'opération des sacrements, renoué avec la confession et la communion. Tout ce qui aujourd'hui m'aide à tenir debout.

  • Veillez cependant à ne pas trop vous "dératiser" cher Montalte.

    A trop nier le rat en vous, vous risquez de vous couper

    d'une part non négligeable de votre humanité.

    Et ça, c'est mal.

  • C'est comme Welles qui ne comprennait pas pourquoi son public adorait Harry Lime, qui est une des pires crapules qui soit, et que Welles a joué ainsi.

  • Orson Welles m'a toujours paru dénué de malice dans ses jugements et même parfois dans ses films. Il manquait quelque chose à son génie - peut-être cette "sympathy with the devil" qui n'a pas manqué à Hitchcock ni à Kubrick. Kubrick que Welles trouvait d'ailleurs "dégoûtant".

  • C'est peut-être que Welles a commencé son parcours artistique (et donc personnel) avec Shakespeare et non avec les Romantiques. Shakespeare englobe le monde, mais il ne tombe pas dans le piège nihiliste d'appeler un salaud un héros, même s'il a fait bien des salauds charismatiques.

  • Pour le lecteur lambda, la littérature est forcément mimétique, car si on choisit son médecin on choisit donc sa maladie.
    Quelle que soit l'option choisie, la guérison est déjà programmée.
    L'image de soi "guéri" est inscrite dans le choix qu'on fait du thérapeute. C'est un effort d'adaptation à son propre milieu en même temps qu'à sa propre personne. On peut développer ça sur vingt volumes ou le dire en une phrase. Ou ne pas le dire et le garder pour soi.

    Lorsque mon fils me parlait de ses copains beurs et des difficultés qu'ils rencontraient, je lui faisais la réponse qu"'ils ne s'en sortaient pas parce qu'ils avaient des copains".
    C'était lapidaire je le reconnais.
    Mais on ne veut pas heurter quand on se charge d'une fonction pédagogique... on veut juste intriguer, questionner. Sartre aurait pourtant pu me suggérer beaucoup d'autres manières de formuler les choses, mais mon garçon n'était guère philosophe et n'avait guère le temps du recul, tout à sa vie adolescente...

    Le milieu dans lequel on s'inscrit, le regard des "autres", l'effet miroir, le mimétisme, l'admiration, le besoin de se sentir estimé, reconnu, l'intégration au sens large, sont les moteurs de notre propre évolution. Pas besoin de sortir de St-Cyr pour le comprendre.

    Mais par delà tout ça, "qui" sommes-nous, nous qui sommes plus que des copies, nous qui sommes des "individus", des modèles uniques, des versions originales ?
    Oui, qui suis-je en tant qu' être unique ? Car je suis bel et bien unique !
    Je n'ai évidemment pas lu Girard et je n'ai pas la culture de tous les "individus" qui réagissent à vos articles, Montalte.
    Mais je sens confusément qu'aucune réponse définitive ne peut se trouver dans la littérature seule et plus globalement dans toutes les sciences "humaines" que ma femme et moi appelons "molles", par opposition aux sciences "dures" (qui le sont d'ailleurs de moins en moins, et conduisent certains esprits à une rationalité sans conscience qui les rigidifient souvent ... d'où la dialectique du "mou et du dur").

    Trouver une réponse dans l'esprit d'un autre, aussi pénétrant soit-il, c'est encore faire sien un discours spectaculaire (au sens de la "société du spectacle"...), extérieur... C'est intégrer des données parcellaires qui ne transcendent pas grand chose, c'est laisser les autres débattre à sa place et rester sur sa faim initiale...
    Que Welles soir ceci et qu'il pense cela de Kübrick n'avance à rien, car c'est encore jouer, jongler avec des mots et des images. C'est donner de la valeur à des discours qui ne sont finalement pas les nôtres...

    Que nos esprits soient des sortes de couloir à vent, que nos corps ne soient que des centrales à compost est d'une telle évidence qu'elle n'en devient supportable qu'à la condition d'oublier nos propres mortalités. D'oublier nos propres anéantissements et la vacuité dans laquelle leur observation "honnête" nous plonge, c'est s'auto-hypnotiser, temporiser, transiger, négocier avec la Mort.
    L'opium devient alors la religion du peuple.

    Mais qu'on ouvre une seconde son regard sur l'horreur absolue de ce néant que chacun porte en lui, qui est là et bien là, dans tout ce que l'oeil peut voir, et cela devient insupportable. Car à ce crible, plus rien ne résiste à l'anéantissement général. Tout acte humain, toute production et tout effort deviennent ridicules, lamentables, pathétiques et même jubilatoires ! (dans l'esprit d'un certain philosophe qui ne se résoud quand même pas au suicide et lui préfère bonne chère et bons cépages... à ma stupéfaction rigolarde ! Tout ça pour ça !??? Sacré Rosset, va !)

    Et la Mort se fout bien des sciences molles et dures...

    Bien conscient que cette intervention ne colle pas vraiment à votre sujet et bien à vous, néanmoins.

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