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Quatre ans

 

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Hier soir au Suffren (douze merveilleuses papillons, succulente choucroute au poisson, mangue fraîche au coulis de framboise,  plus qu'honnête muscadet), je me suis juré que j'arrêtais le beurre  et les cuites solitaires (un peu ce que je disais l'an dernier, un peu ce que je dis chaque fin de mois depuis quinze ans, voire chaque fin de décade, surtout si le lundi est un 1er, un 11, un ou un 21, encore que c'est le chiffre 09 qui me tient depuis le début de cette année 2009), et qu'au lieu de me bâfrer chez moi comme un malheureux, je devrais plutôt aller au restaurant. En même temps, je me disais que je devrais également mettre un peu d'ordre dans mes finances et mes branlettes et cesser les dépenses inconsidérées.  Quand je pense que je me force parfois à "ça" pour la simple raison qu'on est le dernier jour du mois, de la semaine,  d'une saison, ou un 10, un 20, un 30 et un 31 ! De  ces rituels insensés, je parlerais peut-être dans un post exhibo-écorché bien dans ma manière intitulé "mes sept péchés capitaux". Tout de même ! A 39 ans, et en dehors de moult bobos qui prouvent quand même que le corps n'est là que pour nous prouver ce que le mot "tortionnaire" veut dire (brûlures régulières aux aines et aux aisselles dès que je marche  trop, chat dans la gorge qui me réveille, genou gauche qui a tendance à s'amollir quand ce n'est pas le droit, risque de tendinite un peu partout), je souffre désormais d'eczéma (depuis deux ans), d'hypertension (depuis un an) et ne peux plus passer une journée sans Virlix (pour la peau) ni sans Coversyl (pour le coeur), deux médicaments miraculeux. L'hypertension, c'est la boulimie et l'angoisse, je suppose - mais quoi ? Il faut bien résister à la mort par la mort. L'eczéma, c'est parce que mon épiderme en est sans doute arrivé à son point culminant de dégoût et de désir frustré de la chair.  A ce propos, je doute que l'on soit  allé aussi loin que moi dans le mélange de sensualité et d'abjection de la sensualité.  Ce pourrait être le sujet d'un roman, ça, autant que l'âge d'or d'une autre vie. Ah là là... Si mon épiderme avait été en adéquation avec mon cerveau, et si mon cerveau avait été adéquation avec mes couilles, quel amant frénétique  j'aurais été ! Et sans dépasser 90 kilos, c'est sûr !  Avec mes 130 kilos graisseux, je ne vais pas faire de vieux os, comme me disent régulièrement des gens qui disent m'aimer. Sans oublier mon apnée du sommeil qui fait que si je m'endors vite, je me réveille crevé, à force de ne pas respirer la nuit, et suis  alors obligé de faire deux siestes dans la journée, une le matin et une l'après-midi, ou deux dans l'après-midi, que je sois chez moi ou au musée. Dormir, mourir, dit-on...

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Le musée, justement. Il y eut une belle fête vénitienne en janvier dernier et j'y étais. Après huit ans de bons et loyaux services, je suis toujours l'agent le plus heureux de la terre. Orsay aura été le seul lieu au monde où je n'ai pas déprimé. Orsay, ou le sentiment du bonheur, comme dirait l'autre. Là-bas, j'aime tous mes collègues, qu'ils soient intellectuellement valables ou non, rigolos abusés (ou abusifs) ou sapeurs de moral professionnel, utopistes impayables ou dispensateurs d'ennui,  dépressifs en verve ou suicidaires en puissance, sans compter les autres, tous les autres, qui viennent des étages ou des sous-sols, manants normatifs, marquises égayantes, duchesses duchnocks,  déclassés grandioses, girafes enjoliveuses, duègnes  en rût,  nonnes pornophiles, détraqueurs en chef, blacktags vengeurs, sodomites coincés,  pasoliniens du pauvre, Stone et Charden du riche, et Keith Richards  toujours décontract'. Quel Barnum ! Je les adore en fait tous ces gens, même ceux avec qui je n'ai rien à faire.  Je les voudrais encore plus fous. Tous à l'image de notre empereur, Caguygula. On appelle ça, l'esprit de famille. Mes hommages, en passant, à la Vierge de Fer, à l'abbé C et au cher Hawkeye. Venir à Orsay et y mourir. Moi, j'ai signé pour la vie, et rien que d'y penser, j'en ai un frisson de contentement. C'est que vous ne savez pas d'où je viens. Je viens de ces années maudites, 96, 97, 98, 99, 2000, où je ne faisais que mourir pour de bon, où tout m'était infernal, où l'existence était ma principale ennemie, où je pensais que je n'étais qu'une merde pas cool. C'est ce que j'avais dit un jour à des condisciples de Masséna : "si, à trente ans, je suis encore une merde, je me flingue". Bienheureusement, la fonction publique, le catholicisme, et sans doute un goût immodéré pour les oeils entaillés et les enfants assassinés (quelle joie !) m'ont éloigné de façon durable de cette tentation peu orthodoxe.  Pour le reste, on verra bien ce que peut mon corps.

Mon corps peut au moins ce blog. Quatre ans aujourd'hui, et l'occasion de laisser couler mes très bonnes humeurs là où elles veulent. "Les très riches heures du duc de Montalte", cela m'irait bien. Amitiés durables (Bénédict, Prospéro, Jane Eyre, et Bartleby), inimitiés en baisse (Juan, Olivier, qu'est-ce vous foutez ?), amour en hausse (il fallait bien la flèche d'une Artémis pour daigner  me faire sortir de chez moi), sympathies virtuelles en berne (Pétrus, Lorrain, Rivron), quelques plâtres familiaux en phase d'être oubliés, et une grande cause : Benoît XVI que j'aime décidément de plus en plus. Voici quel est notre Dieu, je vous parlerai bientôt de ce livre remarquable.  Benoît XVI, l'anti-moderne qu'il nous fallait, le bourreau (en bonté) d'Homo Festivus tel qu'on en rêvait, l'immense Serdaigle qui démoralise pour leur bien moldus et cracmols.  Benoît XVI, l'exorciste de notre monde.

Quels sont les deux états les plus détestés aujourd'hui ? Israël et le Vatican, bien sûr. Le plus vieux peuple de la terre. La plus vieille institution du monde. Deux entités qui osent parler de transcendance, d'élection, d'identité, d'altérité. Deux états qui se risquent à faire de la métaphysique vivante. Pour le post-humain qu'est la homme ou le femme d'aujourd'hui et qui n'a de cure que de liquider l'ancien fond biblique, ces deux frères ennemis-là sont les aïeux à abattre. Ni  Moïse ni Oedipe, ainsi raisonnent nos djeun's et moins djeun's.  Au fait, j'attends beaucoup de la visite du Pape en Terre Sainte.

Les post à venir ?

- Mes sept péchés capitaux,

- Sollers, faire souffrir le diable,

- Steiner, le monde selon Serdaigle (reprise),

- Montaigne sans dessein et sans promesse,

- Mauriac, l'épouilleur I et II,

- Sacher- Masoch, l'enfant qui criait au loup,

A part ça, devrais cette année me pencher sur Cioran, Saint Paul, Joyce et  aussi Suarès et Bunuel. André Suarès - l'écrivain préféré que je n'ai pas lu. Luis Bunuel - le cinéaste qui me préférait.

Quatre ans, disais-je. Quatre ans de blog et de publications Vebret. Encore un an et j'aurais fini mes classes...

Bon mois marial à tous !

 

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Commentaires

  • Salut Montalte.
    Tu ne vas pas assez loin dans ta volonté, cruellement malade, de montrer à la Terre entière tes petites souffrances et tes tripes nostalgiques, dommage, nous aurions peut-être eu droit à une note au moins touchante alors que là, tu te retiens et cela se sent.
    Inimitié ?
    Que tu es idiot : je te soupçonne de vouloir me croire ton ennemi uniquement pour te faire mousser.
    Non, je ne suis pas ton ennemi. Je n'en ai d'ailleurs aucun sur la Toile, pas même les désoeuvrés consanguins. Car ils n'existent tout simplement pas !
    Savoir si je suis ton ami est une question infiniment plus délicate.
    Excellente suite (et arrête de te ménager comme une vieille fille de compagnie : tu n'as aucune raison pour t'encroûter la quarantaine passée).
    UNE BISE.

  • Tant que l'appétit va ...

    Quand je pense que pendant ce temps je surveille mon poids parce que je dois montrer mon cul à la fin du mois à un gastro-entérologue !

  • Mais enfin Pierre, que veux-tu que je fasse ? Je t'aime bien, moi. Je la trouve touchante, ta note.

  • Bonsoir Monsieur Cormary,

    je me permets de vous adresser ce commentaire car j'ai découvert votre blog il y a peu via le site Causeur (l'article à propos de Dom Juan) et puisque j'ai commencé à vous lire même dans vos textes les plus intimes je trouve normal, à défaut de me présenter correctement, de vous faire part de ma présence et bien plus que cela de mes remerciements pour vos articles au combien intéressants ! Et même, si j'ose dire, tout cela tombe à pic comme une bizarre coincidence dans cette période de recherche métaphysique, existentielle, d'agnostique en perdition.

    Bref, ne perdez pas confiance en vous car vous m'avez apporté quelques pistes de réflexion et cela revêt une certaine importance... alors même que je feuilletais le Time et son classement des 100 personnes les plus influentes du monde et que je n'y trouvais aucun philosophe ou penseur.

  • Pierre, encore une fois : Bravo ! Tu es grandiose... et longue vie à ton blog pour te lire longtemps, longtemps... J'ai envie de retrouver le petit garçon de 20 ans, connu alors dans les meilleures conditions... Tu étais si mimi dans ta chemise Lacoste bleue ciel. (et on ne se moque pas les autres !)

    Pour la bouffe et l'alcool, abstiens toi d'en avoir chez toi. J'ai arrété de fumer, je n'ai plus de cigarettes à la maison mais j'ai gardé le briquet. Regarde tes bouteilles vides, et remplace le beurre dans le frigo par de la crème à 0% de MG. C'est bon aussi les pâtes à la crème fraîche.

    Heureusement, tu ne perds ni ton esprit, ni ton charisme...
    Je te bise bien fort.

  • Cher Montalte,
    je ne sais si vous avez lu ce texte de Girard sur l'anorexie et la boulimie (laquelle ne consiste pas à s'empiffrer jusqu'à prendre du poids mais à rendre tout ce qu'on ingurgité pour conserver sa ligne):

    http://www.uibk.ac.at/theol/cover/contagion/contagion03_Girard.pdf
    (traduit en français chez l'Herne
    http://www.camponovo.fr/cat.woa/x/r?fid=172&EAN=9782851978639&sc=y&av=)

    C'est lumineux. Girard y parle de l'idéal mimétique de minceur que ces jeunes filles poursuivent avec trop d'assiduité pour leur propre bien. En transposant cette analyse à la situation inverse, ne pourrait-on l'interpréter comme un reste chez vous de "l'homme du sous-sol"? Et vos "problèmes" de poids comme une manifestation contemporaine de romantisme?

    On ne se débarrasse jamais totalement du romantisme, mais on peut du moins limiter ses effets les plus délétères. La conversion romanesque est un long chemin...

    Bien cordialement
    JD

  • Quatre ans déjà! Fichtre!

    Est-ce que nous pouvons, nous, les lecteurs assidus, faire des requêtes? J'aurais bien voulu un véritable article/hommage à Chesterton, par exemple. Ou bien une véritable critique de la morale des bisounours! ;-)

    En tout cas, un p'titbuerderiendutou....

  • "Tu ne vas pas assez loin dans ta volonté, cruellement malade, de montrer à la Terre entière tes petites souffrances et tes tripes nostalgiques, dommage, nous aurions peut-être eu droit à une note au moins touchante alors que là, tu te retiens et cela se sent."

    Pour qui il se prend ce sale connard pour balancer ça ?

    Mais évidemment ce gros lard de montalte s'en cogne.

    Cet obèse édenté de Montalte accepte toutes les propositions tant qu'elles sont ORTHODOXES.

  • Juste , cher Montalde , la cravate verte avec le masque et la cape ...non , non , et NON !

  • Mon cher Pierre, nous vous aimons.
    Nous savons très bien que vous ne le croyez-pas, que vous vous en méfiez, et que vous ne comprenez peut-être pas pourquoi il en est ainsi. Peut-être avez-vous peur d'un amour qui ne soit pas surhumain ? Nous nous en moquons. Car nous vous aimons. Comme ça. Pour vous. Pour vous dire merci. Parce que vous vous donnez à nous, nous vous accueillons.
    Parce que vous êtes charmant, délicat, en plus d'être doué et divinement passionné... parce que votre langage est à la fois simple et sophistiqué, d'une manière qui permet à chacun de s'y retrouver et s'y construire, parce que vos textes sont aussi vivants que vous l'êtes... transpirés et soufferts.

    Il n'y a pas de vallée de larmes, nous sommes tous sauvés.
    Certains le sont plus que d'autres et portent ce poids pour eux...



    Eh ? J'ai dit une connerie ?

  • Pour ma rétention d'eau putride, Juan, pour le coup, je serais d'accord.
    Et pour la question délicate de l'amitié, également.

    Merci Olivier. Eh oui, on touche l'un sans toucher l'autre, c'est la vie.

    Juliette, ma chère tante, Lacoste bleu ciel, vous êtes sûre de ça ?

    N'ayez crainte, A., je ne vais jamais mieux que quand j'ai l'air d'exhiber des cicatrices.

    Jesse, je vous ai déjà emprunté l'idée du boulimique romantique. L'obèse du sous-sol, c'est moi ! Merci du tuyau.

    Hawkeye, la morale des bisounours, on en reparlera.

    Eh quoi ? Elle ne vous plaît pas ma belle cravate Serpentard, Roussote ?

    Des textes composés "d'une manière qui permet à chacun de s'y retrouver et s'y construire" ? Cher anonyme bien connu, voilà qui me fait un grand plaisir, car c'est exactement ça que je cherche. Mon côté Leibniz. Leibniz qui disait qu'il faisait en sorte, d'essai en essai, à ce que sa philosophie soit comprise par chacun, quel que soit son niveau. Simple avec les simples, complexe avec les complexes.

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