
Paul Schrader – Le plus grand cinéaste protestant américain et qui, en plus de ses films, a écrit les films du plus grand cinéaste catholique Martin Scorsese (Taxi Driver, Raging bull, La Dernière tentation du Christ, elle-même adaptation d'un roman écrit par un orthodoxe.)
« A tel point que nous désespérions même de la vie » (1-8)
Paul désespère. Voilà qui nous touche et nous rend l'espérance. Car si même lui...
Après tout, le Christ aussi, à Gethsémani.
Tout se fait toujours à l'envers. C'est ce qu'il faut comprendre.
Ou plus exactement, tout se fait à l'envers comme à l'endroit. Tout est possible, pensable, faisable.
Il y a un temps pour l'Ecclésiaste, un autre pour Job, un troisième pour le Cantique, etc.
Il y a un temps pour saint Jean de La Croix et un autre pour Cioran.
Et Dieu est dans tous ces temps.
Dieu est essentiellement réconfort.
Ce n'est pas moi qui dis ça mais bien saint Paul qui utilise ce mot dix fois de suite dans son deuxième paragraphe : « le père des compassions et le Dieu de tout réconfort, qui nous réconforte dans toute notre affliction, pour que nous puissions, par le réconfort ont Dieu nous réconforte, réconforter ceux qui sont affligés en quoi que ce soit » (1-4).
Dieu au carrousel des réconforts. Pas si simple comme tout ce qui est bon.

Sur le chemin de la rédemption (First reformed, Paul Schrader, 2017)
« Arrhes de l'esprit » (1-22)
Comprenez ce que l'on dit – « car nous ne vous écrivons rien d'autre que ce vous lisez et comprenez » (1-13).
Pas si simple non plus. Qu'est-ce qui fait que ce qui fait tilt chez moi ne le fait pas chez toi ? Pourquoi est-on toujours susceptible de comprendre de travers ? Pourquoi l'objectif, l'universel, le « vrai », ne le sont-ils jamais pour tous ? Que comprend-on exactement dans ce que l'on nous dit et même dans ce que nous disons ? Combien de "non" dans nos "oui" et de "oui" dans nos "non" ?
Or, le Christ, c'est celui qui dit oui.
« Le Fils de Dieu que nous avons proclamé n'a pas été oui et non ; c'est le Oui qui se trouve en lui. Toutes les promesses de Dieu, en effet, sont Oui en lui. » (1-19, 20)
Et là, évidemment, on pense à Nietzsche. Et tant pis pour les bigots qui vont me répondre que ce n'est pas la même chose, que ce n'est pas le même Oui, que je confonds tout etc. etc. Et c'est bien possible. Plus je vais, plus je comprends (et vis) les choses ensemble, en continu, en parallèle. Ce sont mes « arrhes de l'esprit » à moi. Ma théodicée à moi. Mon jeu de perles de verre à moi. Mon multivers à moi. Mes ruines circulaires à moi.

La Féline (Paul Schrader, 1982)
« La lettre tue, l'esprit vivifie » (3-6).
Où Simone Weil écrit-elle que la pire souffrance est pénale ? C'est que la souffrance pénale est méritée, légitimée, divinisée même. Le puni est un proscrit sur terre et un damné sous terre. Abandonné de tous, châtié par tous – même par Dieu. C'est pourquoi c'est au puni, au banni, à l'incarcéré, au brûlé, au roué, à l'écartelé que devrait aller la plus grande compassion :
« Il suffit, pour cet homme-là, du châtiment infligé par le plus grand nombre de sorte qu'il vaut mieux au contraire lui pardonner et l'exhorter, de peur que cet homme ne soit englouti par une tristesse excessive. C'est pourquoi je vous exhorte à faire prévaloir envers lui l'amour » (2-6)
L'amour comme compensation à la justice. Car si la justice est un mal nécessaire en vue d'un bien plus grand (quoique purement social), il faut raison garder avec elle et ne pas en faire le nec plus ultra de la sagesse. Il faut savoir punir comme il faut savoir être social. Mais sabrer le champagne après avoir voté une loi pour la peine de mort, voilà qui soulève le coeur. Comme s’en tenir à la lettre. Car, mille fois oui, « la lettre tue et l'esprit vivifie » (3-6). S'il y avait un seul verset paulinien à garder, ce serait celui-ci + le « Je ne fais pas ce que je veux, je fais ce que je ne veux pas » (Romains 7-19). Avec ces deux paroles, tout est dit. D'un côté, la plus grande – la seule – éthique qui tienne : la spirituelle, l'interprétative, celle qui a déclaré la guerre au littéralisme (« le littéral, c'est le barbare », disait Adorno). De l'autre, la condition/contradiction humaine révélée : l'être schizophrène, souffrant, condamné à être soi ou à ne pas être soi (et comme dit l'autre). Je ne connais rien de plus fort. Ce sont mes mantras.
Écrire, donc, non avec de l'encre mais avec l'Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre mais sur des tables de chair. Écrire avec son coeur, ses tripes, son bas corporel. Écrire pour chercher le sens, le trouver – et du coup trouver en même temps son style, car c'est le sens qui donne le style qui rend le sens.
Et plus loin : « le Seigneur, c'est l'esprit ; et où est l'esprit du Seigneur, là est sa liberté » (3-17)
Esprit, coeur, sens, style. Nous voilà parés.

The Card counter (Paul Schrader, 2021)
« Que si notre Evangile est voilé, c'est pour ceux qui se perdent qu'il est voilé » (4-3).
Voilà qui pique. Gare à ceux qui ne comprennent pas où qui font semblant de ne pas comprendre. Aux esprits voilés, la parole sera voilée. Aux obscurs, obscurcie. Aux clairs, clarifiée etc. Tel coeur, tel Dieu, disait Luther – parole fondamentale. Ce que tu penses de Dieu, c'est toi. L'enfer, par exemple, c'est pour les autres ou pour toi ? Et si tu préfères cette parole à celle-ci, alors quid de cette dernière ? Dès lors, qui peut vraiment comprendre l'Évangile en son entier ? Peut-on même le faire ? Non, la dissension intellectuelle est inévitable. Le heurt presque nécessaire. Ce qui est ténèbre pour les uns est lumière pour les autres. Ce qui te fait du bien me fait du mal et réciproquement. Alors ? Alors ?
Alors, il faut prendre les deux (les dix !) bouts et comprendre que comme le Christ, nous portons en nous la mort et la vie, l'espoir et le désespoir, les ténèbres et la lumière – la bonne et la mauvaise foi.
« Ainsi donc, la mort est à l'oeuvre en nous, et la vie en vous » (4-12).
Ou comment passer du « nous » au « vous »
Très important ça, car ça permet de dire deux choses en même temps : la mort en nous (nous tous, collectivement, objectivement), la vie en vous (vous à qui on s'adresse, vous qui nous écoutez, vous qui faites preuve de bonne volonté, vous qui existez en tant que tels, vous qui n'êtes pas qu'un « nous »). Pessimistes avec nous, optimistes avec vous – car « si nous sommes raisonnables, c'est pour vous » (5-13). Paul ou le « en même temps » poussé à son comble.
Et c'est cela qui permet de ne pas perdre courage. L'homme extérieur se détruit tandis que l'homme intérieur se renouvelle chaque jour. En Christ en nous, ou, plutôt, en Christ en vous, l'ancien est passé, le nouveau a paru, la (ré)conciliation a eu lieu. Dieu, « service de réconciliation » (5-18).
Là, ça sent un peu l'apocatastase, non ?
« Car c'était Dieu qui en Christ se réconciliait le monde, ne tenant pas compte aux hommes de leurs fautes et mettant en nous la parole de la réconciliation. » (Cor 5-19)
« Ne tenant pas compte aux hommes de leurs fautes. » (5-19) – a-t-on bien lu ?
Et qui était déjà annoncé par ça :
« Que des ténèbres brille la lumière » (4-6)
Sans oublier ça, capital, aussi important que le N'ayez pas peur cher à JP2 :
« Réconciliez-vous avec Dieu » (5-20)
Comment ne pas aimer la journée qui commence ou passer une bonne nuit après avoir lu ça ?

Light sleeper (Paul Schrader, 1992)
Kaïros chrétien
« Au moment favorable je t'ai exaucé et au jour du salut je t'ai secouru. » (6-2)
Le kairos chrétien.
Le secours qui arrive à point.
Le Dieu vrai qui veille, toujours aux aguets pour sauver une âme.
Et sans embrouille ni piège.
« Nous ne donnons à personne aucun sujet d'achoppement, pour que notre service ne soit pas décrié. » (6-3)
Service pour tous : affligés, attristés, pauvres diables – et par tous les moyens à disposition, science comprise (« par la pureté, par la science, par la patience » (6-6).
« Vous n'êtes pas à l'étroit chez nous ; c'est dans vos coeurs que vous l'êtes ; dilatez-vous, vous aussi. » (6-12)
Détendez-vous en Dieu.
Réjouissez-vous de tout et de rien. Même le rien vient de Dieu. Le rien comme repos du tout.
Faites selon votre coeur et non selon le « dogme », ce qui de toute façon ne marcherait pas. Sans adhésion sincère, rien. C’est pourquoi Dieu marie les cœurs et non les bagues.
« Que chacun fasse selon ce qu'il a décidé dans son coeur, sans tristesse ni contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec gaieté » (9-7).
Et non pas celui qui donne en pensant donnant donnant. L'oeuvre est gratuite ou n'est pas. Sans insouciance, rien ne vaut.
Faites vos bonnes oeuvres sans peine ni calculs.
Soyez sans mérite, sans vanité (car mérite = vanité). Fuyez le mérite.
Abondez comme Dieu a abondé.
« Dieu peut faire abonder pour vous toutes sorte de libéralités, afin que, possédant en tout, toujours, tout ce qu'il vous faut, vous abondiez pour toute bonne oeuvre » (9-8)
Soyez dans la générosité – mot tellement plus prometteur, gourmand, joyeux que « charité » qui sent toujours son morceau de pain jeté au mendiant, sa pitié plombante, sa tristesse sociale.
Un peu comme la différence que faisait George Steiner entre le « pain » français qui renvoie à des images de misère, de disette, de révolte et le « bread » anglais qui évoque l'abondance, le bon gâteau, le pot de confiture, le brunch !

JLG / JLG, Autobiographie de décembre (Jean-Luc Godard, 1995)
2 Corinthiens 11 - « Paul se voit contraint de faire son propre éloge »
Ainsi se présente le chapitre onze.
On peut toujours se moquer des prérogatives de Paul, sa fausse humilité, sa façon de dire tout et son contraire ("ça, c'est au nom de Dieu, ça, au mien"), ses changements de style et de ton, sa folie feinte ou réelle (« Je parle en dément ! »,11-23) – mais il faut se mettre à sa place. Et on l'a tous été. Il est très difficile, sinon impossible, de se défendre soi-même, de prouver sa bonne foi, d'expliquer pourquoi on a dit ça là-bas et pas ici, pourquoi, surtout, on change d'humeur et d'argumentaire en fonction de son interlocuteur. Le drame de Paul est de se débattre sans cesse entre le même et l'autre, sinon entre les uns et les autres, le même et les mèmes comme on dit sur FB. Paul assure nous proclamer le vrai Christ – mais qui nous dit que c'est le vrai ? Et pourquoi cette parole plutôt qu'une autre ? Un soi n’est pas suffisant.
Paul le sait et fatigue. Il n'en peut plus des malentendus auquel lui-même participe. Tout est si clair pour soi et si obscur pour vous.
« Si seulement vous supportiez de ma part un peu de sottise ! Grâce à Dieu, vous me supportez » (11-1) – aveu bouleversant s'il en est, le plus humain et qui fera que là on le croira, on le suivra. C'est drôle comme l'on a tendance, parfois, à épouser la cause de quelqu’un après qu’il se soit tu. C’est que le malheureux s'est épuisé pour nous et tant qu'il nous haranguait, on lui résistait mais depuis qu'il a baissé les bras, on fait comme il a dit.
C'est ça qui est bien dans le langage – c'est qu'il peut infuser après. C’est qu’il peut dire autre chose que ce qu'il a feint de dire jusque-là, et pas simplement pour « déguiser sa pensée » mais pour créer de la pensée, de l’action. de l'amour. Encore une fois, « Dieu dit une parole, j'en entends deux » (psaume 61-11). Très, très important.
Et Paul connaît ça et en use, en abuse. Laissez-moi être sot à mon tour, que je me vante comme vous, que je me mette à votre niveau, que je vous comprenne dans votre connerie et que vous me compreniez dans ma foi.
« Ce dont on se prévaut – c'est par sottise que je parle – je vais m'en prévaloir, moi aussi. Ils sont Hébreux ? Moi aussi. Ils sont Israélites ? Moi aussi. Ils sont descendance d'Abraham ? Moi aussi. Ils sont serviteurs du Christ ? (je parle en dément !). Moi davantage. Bien plus par les labeurs, bien plus par les emprisonnements, surabondamment par les plaies, souvent par des périls de mort. Cinq fois, j'ai reçu des Juifs les quarante coups moins un ; trois fois j'ai été battu de verges, une fois j'ai été lapidé ; trois fois j'ai fait naufrage. Il m'est arrivé de passer un jour et une nuit dans l'abîme ! Voyages fréquents, danger des rivières, danger des brigands, dangers de ceux de ma race, danger des nations, dangers à la ville, dangers au désert, dangers en mer, danger parmi les faux frères ! Labeur et fatigue, veilles fréquentes, faim et soif, jeûnes répétés, froid et nudité ! Et sans parler du reste, mon obsession de chaque jour, le souci de toutes les Églises ! Qui est faible, que je ne sois faible ! [ou mieux, « qui est faible sans que je m'affaiblisse avec lui ? » dans Sacy] ! Qui est scandalisé, qu'un feu ne me brûle ! » (11 - 22, 29)
Et enfin : « S’IL FAUT SE VANTER, C'EST DE MA FAIBLESSE QUE JE ME VANTERAI ! » (11-30) – une parole que j'aurais pu mettre en exergue de mes Trolls, tiens.

2 Corinthiens 12 – Ascension et écharde
Incroyable « douze » dans lequel Paul raconte ni plus ni moins son ascension. Comment il a été élevé jusqu'au ciel et qu'il a vu, entendu plutôt, Dieu ! Et bien conscient qu'il passera pour un vantard, un rêveur, un dément pour cela. « Il faut se vanter ? Cela, certes, est sans profit, mais j'en viendrai aux visions et révélations du Seigneur. » (12-1)
Et de se lancer dans le plus étonnant récit qui soit : il y a quatorze ans, il a connu un homme, (était-ce en son corps, hors de son corps ? Seul Dieu le sait) qui fut emporté au ciel, au paradis (« ravi au paradis » écrit Sacy) et qu'il y entendit « des paroles ineffables qu'il n'est pas permis à un homme de dire ». Là, on est bien dans le surnaturel, l'occulte, l'incroyable. À peine si Paul ne parle pas comme le spectre d'Hamlet. Cet homme, c'est lui bien sûr, l'avorton vantard, le rebut imbus, celui qui ne voudrait s'enorgueillir que de ses faiblesses et non pas d'un voyage cosmique mais qui le fait quand même. « Je m'abstiens de peur qu'on ne m'estime supérieur à ce qu'on voit en moi ou ce qu'on m'entend dire ». (12-1,7)
Et pour bien expliquer que cette ascension a été traumatique, d'avouer juste après qu'il l'a payé de sa chair.
« Et pour que la surabondance de ces révélations ne m'exalte pas, il m'a été mis une écharde en la chair, un ange de Satan pour me souffleter, pour que je ne m'exalte pas ! » (12-7).
« Écharde dans la chair » – on croirait entendre Kierkegaard parler de la sienne, d'écharde, c'est-à-dire de son impuissance sexuelle. Car c'est bien de cela dont il s'agit, Dieu châtiant la chair de celui qui l'a trop approché ! Et se servant de Satan lui-même ! Satan, « servant » de Dieu ! Satan, service de Dieu !

Je vous salue Marie (Jean-Luc Godard, 1985)
Et ce n'est pas fini. Contre tous ceux qui disent que Paul, Marie et tous ceux qui ont rencontré Dieu et l'ont accepté LIBREMENT, Paul oppose un démenti formel : on ne résiste pas à l'appel de Dieu. On n'est pas libre de lui dire oui ou non. On est obligé de le suivre quand il s'impose à vous – et comment en serait-il autrement ? Qui pourrait dire « non » à Dieu quand il vous apparaît et s'impose à vous ? Il faut être con comme un catholique du libre-arbitre pour pouvoir penser ça. Non, Dieu s'impose à nous comme une mission, un destin, un danger, un désir – comme l'écriture s'impose à un écrivain, la peinture à un peintre, Roméo à Juliette et une carrière porno à Rocco Siffredi. Paul l'explique très bien et son cas est universalisable :
« À ce sujet, j'ai trois fois prié le Seigneur, pour qu'il s'écarte de moi. Mais il m'a déclaré : “Ma grâce te suffit“ » (12-8).
Dès lors, tout suit comme l'intendance : la puissance se pourvoie dans la faiblesse. L'angoisse se sublime dans la foi. La persécution entérine la présence. C'est lorsque tu es le plus faible que tu es le plus fort etc. Non, l'important reste dans cette parole capitale : « Ma grâce te suffit ». Si ce n'est pas une affirmation calviniste, sinon janséniste avant la lettre, de la grâce efficace, je ne sais ce que c'est.
[Qu'est-ce que le protestantisme ? On l'a souvent dit. Une foi débarrassée du mérite, du calcul, du donnant donnant – quitte à sombrer dans la double prédestination. Tout plutôt que la méritocratie. Tout plutôt que le libre-arbitre. Tout plutôt que rendre des comptes. L'arbitraire plutôt que l'arbitre. L'injuste plutôt que la justice. La discrétion de Dieu plutôt que son instruction. Non à la judiciarisation divine et pire à ses pénalités !]
Fin de l'épître. Paul a fait le maximum au risque d'abrutir et de s'abrutir lui-même.
« Me voilà devenu sot ! C'est vous qui m'y avez forcé ! » (12-11).
Eux qui s'amourachent des faux prophètes, des « sur-apôtres », de tous les bonimenteurs qui passent et donnent des signes autrement plus sexy que ceux de Paul et de son Nazaréen. Mais qui les aime mieux que Paul ? Qui recherche leur amour mieux que Paul – et sans intérêt, sans charge, sans monnaie ?
« Je ne recherche pas vos biens mais vous » (12-14).
Et de préciser que ce sont pas les enfants qui doivent thésauriser pour leurs parents mais les parents pour leurs enfants. « Pour moi, c'est avec grand plaisir que je dépenserai et me dépenserai pour vos âmes. » (12-15)
Tout ce qu'il faut faire, quand même, pour convertir les ouailles ! Tout ce qu'il faut traverser en médiocrité, « querelles, jalousies, fureurs, disputes, calomnies, commérages, insolences, désordres » (12-21). La vraie vie. Les vraies gens. Et Paul d'avouer que parfois, c'est vrai, il les a eus par la ruse.
« En fourbe que je suis, je vous ai pris par ruse. » (12-16)
Mais la ruse divine, pédago, bienveillante – et que l'on avoue ensuite en riant.

Les Contes de Canterbury (Pier Paolo Pasolini, 1972)
2 Corinthiens 13 – On ne peut rien contre Dieu mais on peut tout pour lui
Dernières exhortations avant les adieux – et last but not least, celle du libre-examen.
« Éprouvez-vous pour voir si vous êtes dans la foi. Examinez-vous. Ne reconnaissez-vous pas que Jésus Christ est en vous ? À moins peut-être que l'épreuve ne tourne contre vous ? » (13-5).
Imprévisible Éternel. Là sans être là. Qui va et qui vient. Qui apparaît et disparaît. Qui se fait reconnaître puis oublier. Et telle que la résurrection s'est passée, dixit Benoît XVI. Les apôtres qui le reconnaissent puis l'oublient tout de suite. Conscient puis inconscients. Chaque revoyure comme une première. Epiphanie en mille.
Enfin, voilà, on aura fait ce que l'on a pu. On aura tenté des choses, des paroles. Drôle de verbe, « tenter » – qui signifie essayer, mettre à l'épreuve, risquer tout autant que séduire, corrompre, manipuler. Tenter le bien ou le mal, Dieu ou le diable. Ambivalence divine, diabolique. Gare à la symétrie – à la stéréo dirait Godard. Et c'est pourquoi, conclut Paul, notre pouvoir de vérité est limité ou du moins dissymétrique :
« Nous ne pouvons rien contre la vérité [nous n'avons aucun pouvoir contre elle] mais nous pouvons tout pour elle » (13-8)
Étonnant verset : on ne peut rien contre Dieu mais on peut tout pour lui.
Comprend-on bien cette parole ultime ? Moi-même, je n'en suis pas sûr.
Bon, Hamlet, c'est fait. Les Corinthiens, c'est fait.
Rabelais en mai ?
