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Hamlet en répliques

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Décidément, je ne peux le quitter cet Hamlet et puisque je me suis fixé de le travailler en mars et que ce mois n'est pas encore fini, je me consacre cette dernière semaine à mes « répliques préférées » dans la traduction de Frédéric Boyer (et parfois de « la mienne » [en crochets] quand l'humeur m'en prend.)

J'appelle réplique préférée soit le vrai mot d'auteur (où c'est l'auteur qui semble parler), soit la réplique bien sentie, dramatique, signifiante ou au contraire l'inattendue, apparemment banale mais très profonde. D'un côté, la grande formule universelle, de l'autre, la phrase improbable, exprimant une singularité indicible. Celle qui fait tilt, celle qui crée un mystère ou un trouble ou simplement amuse.  Celle qui peut-être, parfois, ne trouve écho qu'en moi. Vérité enfouie ou effet de surface. 

L'idée, aussi, est de raconter la pièce à travers ses meilleurs mots et dialogues.

Allons-y. 

 

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Acte I 

« Pas une souris qui danse » (en attendant La Souricière et le meurtre de Polonius derrière le rideau : « oh un rat ! »)

« Les nuits sont sûres – aucun choc de planètes, pas une fée n'apparaît, aucune sorcière pour jeter des sorts.

« Temps béni et plein de grâces. »

« ... pesant à l'identique plaisir et chagrin ».

 

HAMLET : - Oui, madame, c'est [le] commun [quand sa mère lui dit que c'est le commun de mourir et qu'il acquiesce par obéissance, abnégation et amertume. Je préfère « le commun » au « c'est commun » qui va un peu vite et ne personnalise pas assez « la condition humaine ».]

 

HAMLET : - Le verbe sembler, je ne connais pas. [Et pourtant, c'est ce qu'il va faire tout au long de la pièce.]

 

HAMLET : - Ah ! Si la loi de l'Éternel n'avait pas interdit le suicide. (...) Horribles choses [qui] envahissent tout. 

Et plus loin : - Aussi différent de mon père que moi d'Hercule » [Hamlet qui se compare deux fois à Hercule pour se dénigrer.]

 

HORATIO : - On ne peut pas compter sur moi, mon cher.

HAMLET : - Je ne voudrais même pas entendre ça de ton pire ennemi. Et c'est faire violence à mes oreilles de croire ce que tu dis là de toi-même - et contrairement à toi, je sais qu'on peut compter sur toi.

 

LAERTES : - La plus prudente des jeunes filles est encore trop audacieuse en dévoilant ses charmes à la lune. 

OPHELIA : - Mon frère, ne fais pas comme ces vilains prédicateurs qui nous montrent le chemin vers le Ciel, ardu et plein de ronces, pendant qu'eux-mêmes avec outrance se livrent au libertinage parmi LES FLEURS DU MAL. 

 

HAMLET : - Même si nous ne saurions être coupables de notre origine que, par définition, nous n'avons pas choisie (...) tous marqués du sceau d'un seul défaut, dû à la nature ou au destin - et en dépit de toutes nos vertus, toute la pureté, la grâce, l'infini dont est capable la nature humaine - tous nous serons sous le coup de cette corruption due à une tare particulière...

C'est la petite larme de néant qui détruit inéluctablement le meilleur de nous-même et nous livre au scandale. 

 

HORATION : - Regardez, la Chose revient. 

 

HAMLET : - C'est mon destin. Je le sais. La moindre petite artère sous ma peau durcit comme le nerf du lion de Némée. 

 

HAMLET : - Parle, je n'irai pas plus loin. 

 

LE SPECTRE : - Il m'est interdit de révéler les secrets de ma prison. Sinon, dis-toi que le plus insignifiant des mots de mon histoire réduirait ton coeur en charpie et glacerait ton jeune sang. (...) C'est ce qui s'est passé pour moi. Comme Lazare. 

(...) 

Quoi que tu fasses, ne te salis pas, ne t'en prends pas à ta mère. 

 

HAMLET : - Oh ! salaud ! salaud ! Et ton maudit sourire de salaud !

(...)

Mes tablettes... Je [vais] y noter qu'on peut sourire, et sourire, et être un salaud. » [+ la didascalie importante : « Il écrit » - Hamlet écrit son journal intime.]

 

HORATIO : - Il n'était pas besoin, monseigneur, qu'un fantôme sortît de sa tombe pour nous apprendre cela (FVH).

 

HAMLET : - C'est un honnête fantôme, je tiens à vous le dire.

 

HAMLET : - Le temps est sorti de son axe – oh ! quel mauvais tour on m'a fait naître pour le remettre d'aplomb. 

 

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Acte II

 

POLONIUS : - Tu attraperas la vérité - cette grosse carpe - à l'hameçon de tes mensonges. C'est tout nous, ça !

(...)

Par des diversions, trouver la bonne version. » -----------------> Ce qui pourrait, soit dit en passant, être une très bonne définition de l'art de la traduction – qui avec le temps devient nécessairement adaptation et oscille toujours entre classique et moderne, d'une langue l'autre, d'un temps l'autre. Et c'est peut-être la supériorité, ou disons, le privilège du lecteur non autochtone de pouvoir lire tel chef-d’œuvre de littérature étrangère dans différentes versions et de fait enrichir sa connaissance intime de celui-ci. La traduction très forte, précise, lisible et par-dessus tout dramatique de Frédéric Boyer arrive à point quand on a lu les précédentes, Maguin et Déprats. Non pas tant parce qu'elle "modernise" Hamlet, ni même l'approfondit, tous les traducteurs l'ont fait avant elle – mais parce qu'elle le réinitialise, lui rend son nerf originel, "d'époque" justement et cela grâce aux mots de la nôtre. On n'est plus dans le culturel ou l'appliqué comme on l'était encore malgré tout chez Déprats ou Maguin, on est dans le lisible et le brut, le nerveux et le scénique – très important ça, le scénique, car entre lire une pièce et la voir représenter, il y a un monde. La traduction de Boyer, de ce point de vue, arrache comme il faut, tout en serrant au plus près le sens du texte, même si sans doute plus que la lettre – mais tant pis, ou tant mieux, la lettre doit être au service du sens. Surtout, Boyer n'édulcore rien et appelle un chat un chat – ce qui en ces temps cancelliens n'est pas négligeable.

Par exemple, quand Hamlet lance à Polonius (II-2):

« For if the sun breed maggots in a dead dog, being a good kissing carrion.... »

François-Victor Hugo s'en sortait avec les honneurs :

« Le soleil, tout dieu qu'il est, fait produire des vers à un chien mort, en baisant sa charogne. »

Maguin allait un peu plus loin mais perdait en compréhension directe – pourquoi ce « puisque » et ce « si » qui font de l'affirmation une proposition hypothétique ? 

« Puisque le soleil engendre des asticots dans un chien crevé, si c'est une charogne qui vaut d'être baisée... »

Deprats, lui, veut faire élégant mais s'enraye :

« Car si le soleil engendre des asticots dans un chien mort, charogne digne d'être embrassée... » 

Boyer résout hautement le problème et sa traduction, quoique plus longue, est la meilleure. On voit tout, on entend tout, on comprend tout :

« Sous le soleil, les vers grouillent dans un chien crevé... Et pourquoi ? Parce que ça fait une sacrée bonne charogne à baiser... »

Quant à Gide, que je prends en dernier, il n'est pas mauvais non plus mais surtout a une superbe idée scénique – à savoir que cette phrase, d'ailleurs baudelairienne, est lue à haute voix par Hamlet dans un livre. Hamlet lit de la littérature hard :

HAMLET lisant : - "Car si le soleil, comme un dieu baiseur de charognes, engendre des asticots dans un chien mort..." - Avez-vous une fille ?

 

HAMLET : - Et quelles nouvelles ?

ROSENCRANTZ : - Rien, mais le monde devient plus vertueux.

HAMLET : - Alors la fin est proche.

 

HAMLET : - Il n'y a rien de bien ou de mal en soi, c'est ce que l'on pense qui compte.

 

HAMLET : - Dieu, je pourrais être enfermé dans une coque de noix et penser encore que je suis le roi d'un espace infini.

 

HAMLET : - Pour moi, les raisonnements sont finis.

 

HAMLET : - L'humanité, un chef d'oeuvre !

 

ROSENCRANTZ : - Il y eut toute une période où une pièce ne rapportait pas un sou si le poète et l'acteur n'en venaient pas aux mains.

 

HAMLET : - Tout à fait, Monsieur, c'était bien un lundi matin.

 

HAMLET : - Ils [Les comédiens et par extension les gens de spectacle] sont la quintessence et la chronique exacte de notre temps.

 

HAMLET : - Si l'on doit traiter chaque homme comme il se doit, personne n'échappera au fouet (...) Moins ils mériteront, plus tu seras récompensé de ta bonté.

 

HAMLET : - Maintenant je suis seul.

(...)

Monstrueux ce que fait ce comédien, non ? Capable ici même de se soumettre tout entier à la seule force de sa représentation, par le jeu d'une fiction, d'une souffrance rêvée.

Sous l'effet de son travail, tout son visage se décompose - larmes dans les yeux - expression perdue, voix brisée - et tout son être est au service du spectacle qu'il devient lui-même.

Et tout ça... pour rien.

Pour Hécube !

(...)

Oh ! Mais je suis un incapable, j'ai l'estomac d'un pigeon, et pas le moindre orgueil dans l'humiliation.

Sinon j'aurais déjà gavé toutes les oies du monde avec les tripes de ce porc.

(...)

Moi, petite pute, je ne fais que déballer mon coeur – rien que des mots, bla-bla-bla...

Que des insultes, comme une petite salope, une souillon.

Honte à moi ! Honte.

Mon cerveau, reprends-toi.

 

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Acte III – La Souricière

 

« Comme une scie qui interdit le repos. »

 

« Il est comme détaché - avec une folie travaillée... »

 

« Un visage dévot, une pieuse activité, et le diable est tout sucre. »

 

« Dormir, peut-être rêver – voilà le hic » (André Gide dont ce « hic » m'enchante.)

 

HAMLET : - Je t'ai tant aimée.

OPHÉLIA : - En effet, vous me l'avez fait croire.

(...)

HAMLET : - Va-t'en dans un putain de couvent.

Pourquoi te retrouver à élever des petits criminels ? (...)

À quoi bon des types comme moi qui rampent entre ciel et terre ?

(...)

Vite, dans ce putain de couvent !

(...)

Ou si tu tiens à te marier, alors épouse un imbécile.

(...)

OPHÉLIA : - Oh ! Quelle noblesse ici dévastée.

L'œil d'un prince, l'épée d'un soldat, la langue d'un savant.

La rose et l'espoir d'un État juste.

Miroir de l'élégance, modèle pour chacun.

Tous les regards braqués sur lui.

Tout, tout est détruit.

 

HAMLET [à propos du théâtre] : - Offrir, pour ainsi dire, un miroir à la nature humaine. Montrer à la vertu son vrai visage, au mépris son propre reflet, et à l'époque et à la société de ce temps leur réalité et leurs tensions.

(...)

J'en ai vu jouer de ces comédiens qui n’avaient ni l'accent ni l'allure d'un chrétien, ni même d'un païen, ou tout simplement d'un homme.

(...)

Car il y en a [des mauvais comédiens] qui se tourneront eux-mêmes en ridicule pour faire rire les spectateurs les plus nuls, alors qu'une question décisive de la pièce est en jeu.

 

HAMLET [à Horatio] : - Que puis-je espérer avec toi qui ne compte que sur ta bonne humeur pour te vêtir et te nourrir ?

(...)

Un homme qui accueille de la même façon les revers ou les récompenses de l'existence.

Et bénis soient ceux qui dont le sang et la raison sont si bien mêlés qu'ils ne sont pas dupes, dans leur existence, du pipeau qui fait chanter à sa guise.

 

HAMLET [qui propose à Ophéla de lui mettre sa tête entre les genoux] : - Belle pensée à mettre entre les jambes d'une fille.

[Puis à peine plus loin] : - Pas de honte à lui faire ton petit numéro, et il n'aura aucune honte à te dire ce que ça signifie.

À quoi OPHÉLIA répond : - Oh ! Vous êtes vilain ! Vous êtes vilain ! Je préfère regarder la pièce.

 

LE COMÉDIEN : - Qui n'a besoin de rien, d'amis jamais ne manque. (...)

Vies et désirs courent en s'affrontant.

Nos projets en sont toujours contrariés.

Et nos pensées ne finissent jamais

Comme nous l'avions pensé.

 

HAMLET [au Roi qui s'inquiète du sujet de la pièce] : - Non, non, c'est pour rire - du poison pour rire.

 

HAMLET [à propos du Roi qui s'affole à la scène du meurtre] : - Quoi ! Effrayé par un tir à blanc ?

 

[Même si là je préfère FVH : « Quoi ? Effrayé par un feu follet ? »]

 

HAMLET : - Mais si ma vie me fait des infidélités n'est-ce pas ce qui m'irait finalement ? [réplique vertigineuse]

HORATIO : - À temps partiel.

HAMLET : - Non, plein temps pour moi.

 

HAMLET [à Rosencrantz qui lui dit que sa mère est sidérée par son comportement] : - Oh ! Fils exceptionnel qui peut ainsi stupéfier sa mère !

[Et un plus loin] : - Faites de moi l'instrument que vous voudrez, jusqu'à me torturer, mais vous ne pourrez jamais jouer avec moi.

(...)

Ils me poussent à faire l'imbécile jusque dans mes derniers retranchements.

 

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LE ROI [priant ou plutôt tentant de le faire] : - Mais là-haut, ça ne se passe comme ça. On ne peut pas biaiser.

 

HAMLET [hésitant à tuer le Roi] :

Maintenant, ce serait si facile - maintenant qu'il est en prière - pour en finir.

Et ainsi l'expédier au Ciel.

Et ainsi je suis vengé.

Mais ça mérite examen.

Un salaud tue mon père, et en réponse, moi - son fils unique - j'envoie ce salaud au paradis ?

 

HAMLET [poignardant Polonius (sans savoir que c'est lui) à travers le rideau]  : - Holà ! Un rat ? Mort ! Un ducat qu'il est mort ! [FVH]

 

HAMLET [à sa mère] : - Quel démon t'aura piégé en jouant à colin-maillard ?

On peut voir sans toucher, et toucher sans voir, entendre sans toucher ni voir - et il reste encore l'odorat.

 

LE SPECTRE : - Mais vois la détresse de ta mère.

Tu dois t'interposer entre elle et son âme en bataille.

(...)

Parle-lui, Hamlet !

 

HAMLET : - Cette vision-là, pour défendre sa cause, ferait parler les pierres [réplique qui fait écho à la parole de l'Évangile : "s'ils se taisent, les pierres crieront".]

 

HAMLET : - Et quand enfin tu désireras la bénédiction pour toi, alors je te supplierai, toi, de me bénir.

 

HAMLET : - Et quant à ce petit seigneur derrière  la tapisserie, je regrette : mais le châtiment divin s'est servi de lui pour me punir et de moi pour le punir - je suis à la fois le bourreau et le prêtre

(...)

Non, en dépit du bon sens et de la loi du secret, ouvre la cage aux oiseaux, laisse-les s'envoler, et toi, comme le singe de la fable qui veut les imiter, saute dans la cage et brise-toi le cou.

 

HAMLET : - Laissons faire, c'est un jeu : l'artificier va sauter avec son propre pétard.

Ce serait bien surprenant si je ne pouvais creuser sous leurs mines et les expédier sur la lune.

Oh ! Comme c'est amusant : deux ruses simultanées qui explosent en s'opposant.

 

[Julie Christie, inoubliable Marian dans Le Messager de Joseph Losey, 1971 – le premier film préféré de ma vie et dans lequel jouait également Alan Bates dans le rôle de l'amant de celle-ci, tous les deux corrompant le jeune Leo. Ce qui n'est rien moins que troublant quand on se rend compte que Bates incarnera trente ans plus tard le Roi dans l'Hamlet de Zeffirelli tout comme Julie Christie sera la Reine dans celui de Branagh, créant ainsi, par le jeu des correspondances, un troisième Hamlet imaginaire où Julie Christie et lui auraient pu "se retrouver" en couple Roi et Reine fort crédible et hautement signifiant. Non, Manon de Sercoeur ?]

 

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Le Messager (Joseph Losey, 1971) - Harry Potter chez Lady Chatterley

 

 

 

Acte IV 

PAROLE DE MÈRE : - Mais dans sa folie même, il reste pur comme l'or caché dans un minerai grossier.

 

ROSENCRANTZ : - Je ne vous comprends pas, Seigneur.

HAMLET : - J'en suis très heureux : les paroles d'un voyou, l'imbécile ne les comprend pas.

HAMLET : - On traque le renard, c'est parti.

 

[Hamlet qui se compare à un voyou – autrement dit, à quelqu'un qui connait le mal (sinon la réalité amorale de la vie), ete qui oppose cette brutalité intellectuelle au courtisan complaisant et hypocrite ou/et au bigot bien-pensant ; et à un renard, façon de dire qu'il domine la situation même quand il est mis aux arrêts.]

 

LE ROI : - Pourtant, je ne peux le soumettre aux rigueurs de la loi, la foule inconséquente l'adore. Pour elle, seules comptent les apparences, les faits sont secondaires. Le délit est mineur, et le châtiment toujours trop lourd.

[Parole machiavélienne mais très juste sur l'aveuglement public qui se méfie plus souvent de la justice que de la faute : voir les sarkozystes ou les lepénistes avec Sarko et Marine.]

HAMLET [qui de ce point de vue corrobore la parole du Roi avec sa sortie sur les vers qui bouffent autant les empereurs que les pauvres et acte que le mal bouffe de l'intérieur les gens de bien] : - Ça vous montre qu'un roi peut royalement se déplacer dans l'estomac d'un misérable.

 

HAMLET MYSTIQUE : - Je vois un ange qui les voit.

 

HAMLET [pour ne pas dire moi] : - Mais par oubli bestial, ou par lâche scrupule à ressasser les choses - pusillanimité faite d'un quart de sagesse et trois quarts de trouille - je ne sais pourquoi j'en suis encore à me demander ce que je dois faire. Alors que j'ai tout pour m'y mettre : volonté, prétexte, forces et moyens.

 

HAMLET [querelleur] : - Oui, la grandeur, ce n'est pas s'agiter sans grande raison mais se grandir en acceptant de se battre pour trois fois rien.

[Ce que nous autres, "littéraires", avons souvent l'habitude de faire pour une virgule, une peinture de Chardin, voire un pot de confiture – et ce n'est pas Hervé Weil qui me contredira.]

 

HAMLET [sacrificiel et sacrificateur] : - Oui, maintenant j'ai le choix : l'obsession du sang ou le néant.

 

LA REINE : - Le mal se révèle par la peur d'être révélé.

 

LE MESSAGER : - Pour eux [Les Insoumis de LFI, les wokistes, les révolutionnaires et Sandrine Rousseau], l'histoire du monde est une page blanche - l'Antiquité oubliée, les traditions ignorées, celles qui ont toujours entretenu et consacré la valeur des mots - on se met à hurler : "À nous de choisir ! Laertes au pouvoir !"

 

HAMLET [décidément très à l'aise avec les voyous, les hors-la-loi et les pirates] : - Ils m'ont traité charitablement, comme de vrais bandits.

 

LE ROI [parlant d'Hamlet] : - Lui, qui est d'une nature distraite, généreuse et sans calcul, ne prendra pas soin d'examiner les armes.

[Notons que c'est le Roi, soit le « salaud » de l'histoire, celui qui a juré la perte d'Hamlet, qui fait de lui le plus beau portrait moral.]

 

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Acte V 

PREMIER FOSSOYEUR : - Quoi ! Païen ! Tu ne connais pas l'Écriture ? L'Écriture dit : "Adam bêchait le sol". S'il bêchait, c'est qu'il avait une arme.

 

PREMIER FOSSOYEUR : - C'est un mensonge rapide comme la vie, Monsieur - et d'un bond, ça passe de moi à vous.

HAMLET : - La logique de ce gars-là est implacable. Mieux vaut lui parler droit sinon la moindre équivoque nous fera perdre le fil.

Mon Dieu, Horatio, j'ai constaté ça, ces trois dernières années, l'époque est devenue si affectée qu'il suffit que l'orteil du paysan frôle le talon d'un courtisan pour le blesser.

 

HAMLET : - La poussière, c'est de la terre, et la terre de la glaise que l'on pétrit.

Et avec cette boule de glaise qu'il [Alexandre le grand] est devenu, pourquoi ne pas boucher un tonneau de bière ?

César, impérial : mort et changé en boue.

Hop, il servira à boucher un trou pour couper le vent.

Oui, un peu de poussière - qui aura tenu le monde entier entre admiration et crainte - pour colmater un mur contre les rafales glacées.

 

LAERTES : - Mettez-la en terre [Ophélia suicidée et enterrée pour cette raison avec le minimum de sacré].

Que sa belle chair immaculée fasse éclore des violettes.

Je te le jure, sale prêtre : ma soeur sera un ange parmi les anges quand tu hurleras en enfer.

 

HAMLET [ne pouvant supporter la douleur de Laertes] : - Vas-y, montre-moi ce que tu es prêt à faire.

Tu vas pleurer ? Te battre ? Jeûner ? Te déchirer ? Boire le vinaigre sur la Croix ? Dévorer un crocodile ?

Je ferai tout comme toi.

 

HAMLET [à Horatio] : - N'oublions pas : notre imprudence aveugle nous est parfois très utile, quand nos plans secrets avortent. C'est un enseignement pour nous : il y a toujours un dieu pour tracer notre destin, quelle que soit l'ébauche que nous lui donnons.

 

HAMLET : - J'ai pu mépriser l'art d'écrire autrefois, comme tous nos politiciens, mais là, je me suis vraiment donné du mal. Et ce vrai travail d'humble copiste m'a bien aidé.

 

HAMLET : - Le temps de dire un et la vie d'un homme s'éteint.

 

HAMLET : - Pour bien connaître un homme, il faut d'abord se connaître.

 

HAMLET [à propos d'Osric le courtisan] : - C'était le genre à flagorner le sein de sa nourrice avant de le téter.

 

HAMLET : - Une providence spéciale règle même la chute d'un moineau.

Si c'est pour maintenant, ce n'est pas pour demain. Si ce n'est pas pour demain, ce sera pour maintenant. Et si ce n'est pas pour maintenant, ce sera pour demain.

S'abandonner, c'est tout.

Ainsi soit-il.

 

LAERTES [avant de mourir] : - Pardonnons-nous, Hamlet.

 

HAMLET [arrachant la coupe empoisonnée des mains d'Horatio] : - Enfin, Horatio, quel nom dévasté je laisserais derrière moi si rien n'était jamais révélé ?

Si j'ai compté pour toi, détourne-toi un instant de la joie de mourir, et dans ce monde si violent, respire encore de douleur mais pour raconter mon histoire.

 

HAMLET [sa dernière réplique] : - Je lui donne ma voix de mourant [à Fortinbras].

Et dis-lui les grands et petits hasards qui m'ont conduit à...

Oh ! le reste...  silence.

 

 

 

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Sainte-Maxime, Café de France, 26/03/26, 19 h 09 (88 ans de ma mère, il y a deux jours.)

 

Hamlet - L'être ou le néant

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