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L'Anté-Littéraire II

En ce temps-là, tout se passait sur les blogs. Affinités, haines, amours. Depuis, Facebook a tout pris. Mais les blogs, quoique désertés, restent, gardent et tracent.

Une disputation récente avec X m'a donné envie de remettre ce vieux texte d'octobre 2005 à l'honneur et que je couplerai demain avec mon ancien "Antélittéraire". On y retrouve mon immaturité légendaire, mes certitudes bon marché, mon romantisme noir Prisunic, tout ce qu'un mec de mon âge devrait avoir dépasser.

Car enfin, "la vie, c'est quand même autre chose", "la vraie vie, ce n'est pas la littérature", "il faut grandir dans sa tête à un certain moment" - autant de phrases pour lesquelles je peux encore faire semblant deme brouiller avec quelqu'un. On dira que c'est là faire beaucoup de bruit pour rien, bien digne d'un nigaud de mon genre, qui n'a jamais publié, se contentant d'existouiller sur un mur FB qu'il confond avec le Jardin d'Epicure (encore qu'en tant que pourceau, il est assez convaincant), comme il confond d'ailleurs l'image avec la chair, mais c'est une autre histoire.  Dans tous les cas, le contraire de la vie active et adulte. 

Car, comme dirait Paolo Coelho :

"Il n'y a qu'une façon d'apprendre, c'est par l'action."

Et toc, Cormary !

 

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Et d'abord, mettre les choses au point une bonne fois pour toutes :

« TOUTE BONNE LITTERATURE EST DANS UNE CERTAINE MESURE UNE CRITIQUE DE LA VIE. »

(John Cowper Powys,  (Les Plaisirs de la littérature.)

 

 

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« Les magiciens n'ont été capables de contrôler leurs anges ou leurs démons que le jour où ils ont découvert leurs noms. C'est en ceci que réside l'origine de toute littérature. Un mot est une incantation magique à la faveur de laquelle le "moi" exerce un pouvoir, d'abord sur lui-même, puis sur les autres "moi" et, pour finir, sur toutes les puissances de la nature. »

Les mots sont des sorts jetés aux choses. Sorts de sens, de reconnaissance et peut-être même d'essences. Les mots sont les essences des choses - et la littérature sera essentialiste ou ne sera pas. En bon christo-païen qu'il est, inspiré autant par la Croix que par Stonehenge, Powys oscille entre la pensée mystique et la pensée magique - la première qui permet le salut, la seconde qui donne la puissance. Nulle contradiction pour lui, donc pour nous, entre Merlin et le Christ, l'un secondant l'Autre et mettant ses sortilèges au service de la grâce - la magie n'ayant jamais été que du miracle organisé. C'est que toute belle et désirable qu'elle soit, la Création ne s'en relève pas moins d'une cruauté sans limites pour les créés, et son Créateur un beau salaud. Pas un jour sans que Celui-ci ne doive subir nos accusations sans fin, meurtrières pour Lui (mort de Dieu), suicidaires pour nous (mort de l'homme) et qui finissent toujours par le risque qu'à Lui, nous préférions le néant - ce doux néant dont Il n'aurait jamais dû nous tirer, et Lui non plus. Mais le vin est tiré, il faut le boire. Grâce à Dieu, si l'on ose cette tautologie, Dieu nous aura donné, et ce n'est pas le moindre de ses dons, la possibilité de maugréer contre Lui et sa Création - d'écrire, par exemple, des choses comme celle-ci :

 « Le monde est une souffrance déployée. »

Serait-ce à dire que le premier mot fut un blasphème ? Le premier nom, un nom de Dieu ? Demander à Michel Houellebecq ce qu'il en pense.

Quoiqu'il en soit, « ...après avoir suscité et créé la vie, la première fonction des mots [fût] de la critiquer. »

Tant pis pour les bas-bleus, les oies blanches et les esprits gris :

« On parle d'une littérature de la connaissance et d'une littérature du pouvoir ; on parle d'une littérature interprétative et d'une littérature d'évasion ; mais en définitive, il me paraît difficile d'améliorer la définition de Matthew Arnold selon laquelle toute bonne littérature est dans une certaine mesure une critique de la vie. »

S'il y a des phrases qui nous brouillent avec les gens, d'autres nous convertissent tout de suite. Celle-là en fait partie.

Lovons-y nous :

« Toute création artistique, qu'il s'agisse de la chanson la plus légère, du poème le plus délicat, de la comédie la plus drôle, du roman d'aventures le plus palpitant, offre, à sa manière et dans la veine qui lui est propre, un commentaire, crée un état d'esprit, suscite une réflexion, souligne un fait significatif, met en lumière une théorie, inspire un sentiment qui, dans le registre qui leur appartient, dans la mesure et le ton qui leur sont particuliers, est une critique de notre vie sur la terre. »

Et ceci vaut autant pour les Contes de Grimm que pour la Logique de Hegel.

Evidemment, l'humanité moyenne ne comprendra pas. L'humanité moyenne est beaucoup plus positive, sérieuse, adulte. Pour elle, la littérature n'a pas le caractère sacré qu'elle a pour les littérateurs, les adolescents ou Julien Sorel. Quand les frères de Julien Sorel tombent sur celui-ci un livre à la main, ils le lui retirent des mains, le lui déchirent devant lui et le rossent en rigolant, persuadés de faire là oeuvre salubre. On ne vient pas au monde pour lire et rêvasser mais pour bosser, participer à la communauté, être utile.

Toute notre vie, il faudra ruser avec ces gens-là, du reste plus heureux que nous, plein de pensée positive, de morale virile, de bon sens parental, pour qui la littérature, même si on fait semblant de la tolérer, sera toujours une perte de temps et un danger pour l'ordre social. On ne le dira jamais assez, le drame des écrivains et de leurs lecteurs est que les gens sont heureux, certes de manière morale et normative, mais heureux tout de même - et que le livre sera toujours ressenti par eux comme ce qui pervertit le goût de vivre, subvertit les valeurs morales et pollue l'esprit, surtout le jeune esprit.

Il n'empêche : sans Parole, soit sans cette faculté d'invoquer et de dénigrer les choses, de rendre grâce à la vie et de la maudire, l'humanité aurait cessé de se reproduire depuis Caïn. Et Dieu se serait retrouvé Gros-Jean comme devant. C'est la haine de Dieu qui aide à supporter Dieu - et qui peut même finir en amour  une fois que l'on s'est aperçu que non seulement Dieu supportait notre haine contre lui, mais encore la comprenait. La preuve, il nous a donné le livre de Job. Il a donné à Job le droit de s'exprimer contre Lui, et pour nous, pour l'éternité. Il a permis la plainte.  Il a permis l'expression tragique.  Il a permis la poésie. Il a permis la littérature.

Le Verbe comme création - et comme palliatif à la création.

Le Verbe comme ce qui nous donne la vie - et nous en console.

Le Verbe comme pouvoir de faire le bien - et possibilité de nommer le mal.

 

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L'on aurait tort, toutefois, de limiter la littérature à un thème prédominant, fut-il le Mal ou la Rédemption. La littérature est le lieu de la diversité, de l'ambiguïté, des contradictions - c'est-à-dire de la liberté. La littérature rend libre. Elle dit positivement le négatif (le contraire de la morale qui dit négativement le positif.)

Dire le négatif, donc. Mais ne pas oublier que le négatif arrive toujours après le positif - un peu comme la chute (la vraie vie) arrive après l'Eden.

« L'oracle doit être proféré avant de pouvoir être contredit. La littérature doit d'abord exhaler un parfum d'encens. Ce n'est qu'après qu'elle pourra sentir l'odeur de désinfectant. »

La littérature est le lieu du désinfectant et de l'ensorcellement, du discernement et de l'envoûtement, de la lucidité absolue et de l'ivresse. Elle agit comme un purgatif et une drogue. Elle est « dépositaire de toutes les rédemptions et de toutes les damnations, de toutes les folies et de toutes les sagesses, de toutes la maladies et de toutes les guérisons», et en ce sens reste encore et toujours, « un objet de méfiance pour toute espèce d'autorité, de gouvernement » - ou de parents d'élèves.

Qu'est-ce qu'un parent d'élève peut comprendre au mentir-vrai, je vous le demande, et à ce qui va suivre ?

La littérature n'a rien à voir avec l'objectivité du monde (bon pour la science) ou avec la valeur officielle de la vie (bon pour la morale). Elle est dans la subjectivité de la vérité et la vitalité de l'illusion. Elle est expressivité du réel. Interface de l'existence. Apocalypse du sens. La littérature révèle la contradiction archaïque de la vie qui veut le vivant autant que le divin. La reproduction autant que la miséricorde. L'espèce autant que la conscience. Pour une fois, je donnerais tort à Schopenhauer : la vie ne veut pas que le vouloir-vivre. La vie veut aussi ce qui la protège, ou la console, de la malédiction du vouloir-vivre. La vie veut l'extension de la lutte autant que la possibilité d'une île.

 

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Et de faire l'apologie des bouquinistes.

« Une boutique de livres d'occasions est le sanctuaire où se trouvent refuge toutes les pensées les plus explosives, les plus hérétiques, de l'humanité. Là, tels des bandits aux abois, se cache l'audacieuse progéniture de nos coeurs sauvages et déchirés. Là est entreposé le fruit de nos larcins. Une librairie est une poudrière remplie de dynamite, un drugstore plein de poisons, un bar bourré d'alcools, une fumerie d'opium, une repaire de bandits, une île peuplée de sirènes. »

Au diable Platon, Calvin, Rousseau et tous les puritains qui n'ont eu cesse de vouloir virer les poètes de la cité, interdire les images et fermer les théâtres. Vive saint Antoine et ses tentations ! Vive « les pissotières couvertes de graffiti ! » Tout ce qui va des égouts au ciel est bon à prendre et constitue le secret de l'âme.

Homère, les Tragiques, Dante, Shakespeare, Cervantès, Dostoïevski, Kafka, Céline....

« Là se trouvent concentrés les gémissements de toutes les générations d'humains, leurs cris désespérés, les hurlements de tous ceux qu'on enferme, leurs fuites désespérées, leurs triomphantes réconciliations. Au Commencement était le Verbe ; et le Verbe était en Dieu - et le diable a volé le Verbe dans son berceau. L'éternelle contradiction, qui donne naissance à toute création, fermente et bouillonne dans les livres, dans tous les livres ; et du haut de cette empyrée neigeuse que sont les livres, les avalanches mortelles de l'ultime négation nous emportent dans les profonds abîmes. »

Bien sûr, il se peut que cette négation splendide puisse nous foutre la nausée de temps à autre. C'est le moment où nous ne sommes plus assez forts pour affronter le livre de la vie, tout empêtrés dans nos vies nauséeuses, et donc bien incapables de les lire et encore moins de les écrire. Car l'écriture de la souffrance arrive toujours après la souffrance.

« Certes, il nous arrive parfois, comme à Salomon, que, pris de dégoût pour tout ce qui existe sous le soleil, nous nous détournions des livres, ne trouvant plus en eux que vanité et contention d'esprit. Lorsque nous sommes dans cette disposition d'esprit, la vue de toute cette matière imprimée jusqu'au plafond d'une boutique de livres d'occasion, nous frappe - comme Ulysse le fut aux enfers par le babil assourdissant des ombres - comme quelque chose de presque insupportable, comme une chose qu'il nous faut fuir à tout prix si nous voulons conserver notre raison. »

Grâce à Dieu, je n'ai jamais été dégoûté par la littérature (alors que par la vie...!) et les livres n'ont jamais failli en moi. Non seulement je les ai toujours aimés, mais en plus j'ai adoré les posséder, écrire dessus, en faire des succursales de mon Journal intime.

« Ce n'est jamais tout à fait la même chose de lire un grand auteur dans une édition empruntée à une bibliothèque municipale que dans un livre acheté avec ses propres deniers. (...) [Un volume de Rabelais qui porterait une estampille public] donnerait l'impression de recevoir la Muse lors d'une réception officielle au lieu de passer avec elle une nuit d'amour ».

Et qu'on n'ait pas la vulgarité d'avancer que les livres sont trop chers ! Un livre n'est cher que pour ceux qui n'aiment pas lire. Dostoïevski ou Proust à moins de dix euros en poche, je trouve même que cela n'est pas assez par rapport au gain infini que leur lecture représente. Chaque vrai lecteur (un par famille, selon le pourcentage de Powys) sera d'accord. Pour des gens comme nous,

 « ...les livres sont plus qu'une seconde Nature. Ils sont une sous-Nature et une sur-Nature. Ils sont la Nature dans son effroyable universalité, passée au tamis divino-diabolique de tous les types d'imagination humaine. Les livres sont les idées des choses avant même que les choses ne se mettent à exister. »

Ecrire pour créer le monde, lire pour le réfléchir et en voir l'envers. Celui de l'histoire contemporaine ou de toute existence humaine.

« Les amateurs de livres possèdent deux mondes. Ce sont les bilingues de la destinée humaine. »

Ca a l'air un truisme mais ça ne l'est pas du tout. Le grand écrivain est celui qui outrepasse les droits de l'expression normative, qui rend caduque le sacro-saint "ineffable", qui possède tous les signes de tous les sens et tous les sens de tous les signes. Qui dit l'indicible. Nomme l'innommable. Avoue l'inavouable. Explose le monde ou vend la mèche pour le faire exploser, c'est selon. Il peut être alors « un ascète, un immoraliste, un pornographe, un papiste, un quaker, un communiste, un anarchiste, un iconoclaste, un idolâtre », il peut même être un fou ou un imbécile, tout ce qu'il veut du moment qu'il sait traduire tous les langages qui traversent le monde. Son rôle est de nous rendre à Babel.

J'ai beau être ce gros post-ado attardé de trente-cinq ans, quarante-six ans, je veux exprimer en moi l'enfant, la femme, le nègre, l'arabe, le colon, l'animal, le sadique, le masochiste, le paon, le petit oiseau, le Lion, le Cancer, ma mère, ma soeur, mon père, ma belle-mère, mes amis, mes ennemis, mes ex, mes platoniques, mes putes, mes collègues, leurs souvenirs, leurs fantasmes, leurs voix. Je veux être une église, un quatuor ou la rivalité de François Ier et de Charles Quint. Je veux que tout parle, tout pisse, tout prie, tout jouisse, en moi. Je veux être livre. Qu'on me feuillette, qu'on me souligne, qu'on m'apprenne par coeur, qu'on me déchire, qu'on se torche avec moi. Tout me va du moment qu'on me lit.

Non, l'ennemi, c'est l'Anté-Littéraire. Celui qui peut se passer de livres. Celui qui dit le plus sérieusement du monde  « je n'ai pas besoin de ça pour vivre, aimer et grandir. Et je remarque d'ailleurs que ceux qui "lisent" bien souvent ne vivent pas, n'aiment pas, ne grandissent pas. Mais pour ce qui est de relire pour la dixième fois Stendhal ou trucmuche, ils sont champions ! »

Je caricature ? Tant mieux. Powys aussi. La caricature est une défense vitale.

 « Les gens qui disent "je peux me passer de livres ; mon expérience me suffit, mes idées n'appartiennent à personne" ne sont eux-mêmes rien d'autre que des livres très ordinaires et très usagés, dont le vent s'amuse à tourner les pages ; des pages qui ont déjà été tournées des millions et des millions de fois ! »

Voilà.

« La vanité des plus toqués, et des plus intoxiqués de ces rats de bibliothèque est plus proche de cet Esprit Eternel qui a créé le monde que la fausse modestie de ces contempteurs de la littérature. »

Merci.

 

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Pourquoi se méfie-t-on de la littérature depuis la Pomme ? Parce que la littérature révèle l'immonde du monde. Parce que politiquement, elle est toujours incorrecte. Parce qu'elle remet à sa place toute idéologie, toute autorité - et toute contre-autorité. Parce qu'elle dessert les institutions autant que les révolutions. Et aussi parce qu'elle est toujours quelque part une forme d'exhibitionnisme (et les braves gens n'aiment pas ça, l'exhibitionnisme.) Parce qu'elle est fondamentalement obscène.

« ... une grande oeuvre de fiction ne peut exister sans un élément d'effroyable obscénité.   Même le plus idéaliste des grands livres plonge souvent dans la boue, dans ce limon insondable qui tapisse le fond de l'océan et sans lequel la réalité ne serait pas la réalité. »

A propos, que fais-je de ma foi catholique et romaine dans tout ça ? Diable, je l'avais oubliée celle-là... Eh bien, disons que je rends à Dieu ce qui est à Dieu et à Proust ce qui est à Proust. Il y a un temps pour la Bible et un autre pour Sodome et Gomorrhe - même si tout vient de la Bible, Livre des livres, Livre qui contient tous les autres - ou se développe en eux. Et sans jamais oublier le serpent. Tu entends, Esther M. 2005, ou devrais-je plutôt dire, Albertine  K. 2016 ? Le serpent ?

Dieu a voulu le serpent (et Kierkegaard ne l'a jamais admis), c'est-à-dire le secret, le désir, la blessure, la béance, tout ce qui éloigne et rapproche de Dieu. Tout ce qui permet de comprendre la souffrance - et donc d'en jouir d'une certaine manière. Car comprendre, c'est jouir, comme disait Paul Claudel, lui-même se définissant comme « un esprit né pour la seule jouissance ».

 

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 Jean-Luc Vincent en Paul Claudel dans le Camille Claudel 1915, de Bruno Dumont, et qui ressemble ici, étrangement, à Marsault dessinant !

 

N'ayons donc pas peur, contrairement aux universitaires, de tout mélanger :

« Le Millénium est un retour à l'Age d'Or. Le royaume du Christ est une renaissance du règne de Saturne. Or ce n'est que dans les livres que cette continuité occulte entre l'Eden perdu et la Nouvelle Jérusalem se perpétue de génération en génération. »

Et Powys de développer une conception proprement humaniste de la littérature. C'est en effet

« dans les livres que l'esprit indomptable de l'homme s'avance sur le chemins de la justice et de la tolérance, brisant les tabous et combattant les préjugés du jour. Les tables de l'ancienne loi, gravées sur la pierre, sont sans cesse brisées pour faire place aux tables de la loi nouvelle inscrites dans la chair et le sang des hommes ; lesquelles sont à leur tour effacées sous l'action purificatrice du feu et de l'eau de l'esprit. »

 

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Honneur de la littérature (et du dessin) de nous venger du normatif, du moralisant, du social.

« le plus grand honneur que vous puissiez faire à un fragment de réalité, c'est de le qualifier de biblique, d'homérique, de dantesque, de shakespearien, de dickensien ou de rabelaisien. »

N'ayons pas peur d'aimer ce que nous aimons - que nos amours s'appellent Simon Leys ou Amélie Nothomb, Kierkegaard ou Harry Potter, Le Gréco ou Marsault. Si nous croyons aux hiérarchies, c'est parce que loin d'exclure ou de relativiser, elles permettent à chacun d'y trouver sa place.

Et haro sur cet autre Anté-littéraire qu'est le lettreux !

Du philistin au pharisien, il n'y a qu'un pas. A celui qui prétend se passer des livres comme à celui qui prétend les connaître mieux que tout le monde, un « BREUM » de rigueur s'impose.

« Notre culture serait une bien pauvre chose si elle détruisait notre tolérance philosophique et transformait notre sympathie et notre compréhension en un mépris pharisaïque. Un homme qui aime vraiment les livres considère avec une indulgence infinie les goûts littéraires des gens les plus simples. Il a suffisamment d'esprit pour comprendre que ce flot de littérature médiocre qui nourrit l'intelligence des multitudes et les aide à supporter la monotonie de leur vie est quelque chose de tout à fait différent de ce que peut en saisir une personne qui se contente d'y jeter un coup d’œil en passant. Il a la générosité et l'intelligence de comprendre que la moindre page des productions de second ordre, quand elle s'imprime dans l'esprit du lecteur, est transmuée par l'alchimie de l'imagination en une réalité qui transcende le sens littéral des mots. Tous les lecteurs sont doués d'imagination. Ils ne seraient pas lecteurs autrement. Et ceux qui parlent avec condescendance de la littérature populaire devraient se souvenir comment fonctionne l'esprit des enfants, et comment ils transforment les histoires les plus banales, les plus ridicules et les plus vulgaires en eldorados de pur ravissement (...). Le plus pauvre, le plus grossier, le plus épais, le plus creux, le plus mélodramatique des livres porte en lui quelque chose, quelque teinture, quelque essence, quelque notion de la sagesse des siècles que roule ce vaste flot. »

 

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Mandale

 

L'Anté-littéraire I (décembre 2005)*

 

 

 

 

Relique d'octobre 2005

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