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Iliade - Interlude culturel


 

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Quelques notes en vrac, et toujours d'après l'édition de Robert Flacelière et Jean Bérard en Pléiade :


- Les esprits forts, déjà pénibles, existaient en Grèce Antique. C'étaient les gonzes qui doutaient que l'Iliade et l'Odyssée soient du même auteur. Aristote, puis l'archéologie moderne et la lecture sensible des textes ont donné tort à ceux qu'on appelait les "séparatistes". De beaux connards, oui. Iliade et Odyssée sont bien unis par les mêmes liens.

- A plusieurs reprises, Homère précise qu'Achéens et Troyens usent d'armes et d'outils de bronze, le fer y étant rarement mentionné. On est donc encore à l'âge de bronze juste avant l'âge de fer qui commence au XII ème siècle avant J.C. Sacrés mycéniens !

- On a commencé par situer la prise de Troie au XIV ème siècle avant Jicé. Ensuite, on a parlé de 1270 puis de 1209 avant Jicé Aujourd'hui, ce serait plutôt 1183 avant Jicé. Un bail, dans tous les cas.

- Et Homère, lui, aurait composé son oeuvre probablement au VIII ème siècle avant Jicé, entre 850 et 750 (dates déjà mentionnées par Hérodote), soit quatre siècles après la période à laquelle les historiens font correspondre la guerre mythique qu’il relate. Elle n'aurait été fixée par écrit que sous Pisistrate, au VI ème siècle avec Jicé.

- Agamemnon aurait emmené avec lui une flotte de 100 navires, Agapénor 60 (mais prêtés par Aga, son cousin), Nestor 90, Idoménée 80, Ménélas 60, Ulysse, petite bite, 12, et Tlépolème, 9. La plus grande flotte de tous les temps. Il y avait aussi John Wayne.

- L'Iliade commence dix ans après son "commencement". De même, l'Odyssée qui, outre le fait qu'elle est dans sa première partie la suite de l'Ililade (les épisodes capitaux du Cheval de Troie, de la prise de Troie et de la mort d'Achille seront en effet racontés à Télémaque par les uns et les autres) est en fait un immense flash-back qui constitue la seconde partie de l'oeuvre. Le présent de l'Odyssée sera le retour véritable d'Ulysse à Ithaque, le massacre des péteux et la fête à bobonne.

- L'Iliade, récit linéaire et spatial au présent, moins complexe que l'Odyssée, tout en agencement de récits et en mélange de temps, plus organique, donc plus "moderne". Espace de l'Iliade et temps de l'Odyssée (ou comme le dirait Dantec, les 2001, odyssée de l'espace et Apocalypse now de l'époque, okaaaay ?)

- Iliade, oeuvre de maturité et de force, Odyssée, oeuvre de sagesse et de vieillesse.

- On a toujours tendance à prendre Homère comme le premier écrivain, le poète "primitif", le père de la culture occidentale, ce qu'il est d'une certaine façon, mais en oubliant qu'à son époque, il était aboutissement de la culture de celle-ci, Iliade et Odyssée n'étant que la synthèse supérieure de toutes les épopées qui les ont précédées. Homère, c'est le Joyce de l'Antiquité.

- Homère aveugle : ce qui faisait dire à ce con de Zagdanski (le seul pouvant à mon avis revendiquer haut la main le statut de l'écrivain le plus nul doublé du penseur le plus imbécile que nous ayons en France), que le Verbe n'avait pas besoin de la vue pour s'exprimer et que c'est pour cela que le cinéma est l'art de Hitler et de Staline alors que la littérature l'art de Dieu. Cela dit, reconnaissons qu'il existe une tradition qui fait des aveugles des clairvoyants et des devins comme une autre fait des sourds des Beethoven.

- Homère : naît à Smyrne, vit à Chios, meurt à Ios. Certains disent qu'il était du IV ème siècle avant Jicé, d'autres qu'il est une invention d'érudits farceurs du VIème. D'autres encore que c'était une femme sicilienne (et qui aurait fait son autoportrait en Nausicaa). D'autres enfin affirment que c'était un gros bonhomme jaune qui faisait "t'hot !".

- Non, il semblerait qu'il ait vécu dans les années 850 avant Jicé. "J'estime qu'Hésiode et Homère ont vécu quatre cent ans avant moi, pas davantage", assure Hérodote en 450. Ca, c'est la science comme je l'aime.

- Le nom d' Homère vient du grec ancien : Ὅμηρος / Hómêros, « otage » ou « celui qui est obligé de suivre ». Merci Wiki.

 

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"Contrôle impossible.... Analyse impossible.... Le moteur ne répond pas.... Plus rien ne répond....  Tout est foutu.... Nous sommes perdus dans l'univers, perdus.... perdus.... perdus..." (Shirka, l'ordinateur  dépressif de Ulysse 31, "qui ne sert à rien" comme dit le Joueur du Grenier, à 6'47'')


- A part l'Iliade et l'Odyssée, Homère serait aussi l'auteur d'un Hymne à Apollon, d'autres trucs pas clairs, mais surtout d'un Combat des grenouilles et des rats qu'on appelle "Batrachomyomachie" (et là, je dis prem's pour le titre de mon prochain post...)

- Certains doutent de la mémoire "surhumaine" des aèdes de l'époque qui pouvaient réciter intégralement les deux poèmes. Et Caubère, alors ?

- Le fameux passage du chant VI (vers 168 - 169) et que je vous translate, une fois n'est pas coutoume, en langage Mourielle Joudet : "Le roi ne pout se résoudre à touer le héros ; son coeur en out scroupoule, mais il le fit partir pour le pays lycien, non sans loui confier un founeste message, oune tablette aux plis fermés où se lisaient maints signes mourtriers" qui est la seule allousion, et certaine selon Flacelière, que l'écritoure était antérioure à Houmère. Youhou ! Poutain, c'est addictif ce trouc !

[- Mais alors ? Le mythique "oulouloulou" de Faustin Soglo n'a jamais été qu'un "ulululu" déguisé ??? Encore plus énigmatique que les papyrus homériques.]

- Plus sérieusement, ce seul passage atteste, pour Flacelière, que si Homère composait oralement ses poèmes, rien ne l'empêchait de les mettre par écrit et assurer ainsi leur conservation. "On le comprend" (et ça, c'est pas ma petite remarque rigolote, mais bien celle de Flacelière.) Question "texte", identité et style, cohérence et persistance, cela confirme qu'Homère est bien le premier auteur occidental, le premier pour qui l'oral ne suffit plus. Et cela change tout. A partir de lui, on commence à gribouiller.

- Ce con de Platon qui chasse Homère de sa chaste République parce qu'il a parlé des dieux "en termes inconvenants". Histoire des haines de la littérature au nom de la vérité, de Dieu et du peuple : Platon, Pères de l'Eglise, Rousseau, "les redoutables hommes du bien", comme diraient Deleuze et Anne Bouillon.

- Lire ces deux poèmes comme on lit la Bible. Textes fondateurs et sacrés = textes populaires.

- Hier comme aujourd'hui, le peuple reste friand de violence cathartique. Aucun combat qui se ressemble exactement dans l'Iliade. Aucun coup décrit comme un autre, aucune blessure qui ne soit pas singulière. L'invention homérienne est infinie.

- L'ultra-réalisme d'Homère n'annule pas son extraordinaire subjectivité, sa grande pitié. Cruel et compassionnel comme le sont les très grands auteurs, Shakespeare, Dostoïevski, Céline. Le lire donc plus façon Schopenhauer que façon Nietzsche et son Amor Fati de merde (mais est-ce que Nietzsche a compris un jour un truc ?)

- Achille, dont on dit qu'il est l'incarnation de la gloire pure, ne serait-il pas au contraire celle du regret de cette gloire ? On sait qu'il avouera un jour à  Ulysse qu'il a eu tort d'avoir préféré une vie courte et héroïque (celle d'un psychopathe d'ailleurs) plutôt qu'une vie humble, longue et paisible. Achille trouvera son humanité... que mort.

- Pitié et impiété d'Homère. Il admire ses héros mais les plaint.

- "Le merveilleux homérique comme mode d'expression de l'expérience humaine." Le divin comme volonté formelle... ou pas. Parfois, les interventions divines apparaissent comme de simples phénomènes naturels, parfois comme des coups du hasard, parfois comme des caprices voulus et incarnés. Le divin comme événement naturel ou surnaturel. Un jour, il faudra que ça change. Il faudra un dieu qui domine la nature et qui aime l'homme.

- La liberté surprenante des métaphores d'Homère, sociales comme on l'a souvent fait remarquer (en une phrase et c'est tout Zola et Dickens qui passent), mais aussi burlesques, "inconvenantes" comme disait Platon, ou tout simplement incongrues : ainsi Patrocle comparé à une petite fille qui pleure en courant auprès de sa mère dont elle tire la robe, ou Ménélas comparé à une vache qui vient de mettre bas, et plus tard à une mouche !

 - Les trois thématiques de l'Iliade selon moi : une guerre sexuelle (ou guerre de vie : Hélène, la femme, condition de l'humanité, etc) ; une époché destinale (Achille ou la suspension de la mort) ; un crépuscule des dieux (ou le futur affranchissement de l'homme).

 

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Bibi, Nice, août 2012



A suivre

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