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Notes sur TITUS ANDRONICUS - Une rhétorique de l'horreur

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Sur Titus Andronicus, j’avais déjà écrit un article d’abord paru sur Causeur en juin 2012 puis sur mon blog. Je ne vais me contenter que de rajouter quelques notes tirées de Fluchère et d’ailleurs.

« Un char démantibulé, chargé de cadavres ensanglantés venus d’un échafaud élisabéthain et conduit par un bourreau échappé d’un asile et brandissant une marotte de bouffon. »

 

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Une pièce que l’on a longtemps snobé pour son immaturité grand-guignolesque. À la limite, la prenait-on pour une pièce « parodique ». Et pourtant, malgré ou grâce à ses outrances, Titus est une des pièces les prégnantes de Shakespeare. Elle dégoûte mais elle persiste. Elle a quelque chose d’excessif dans sa forme et qui n’est pas simplement la violence mais la préciosité avec laquelle cette violence est exprimée. Quand Marcus, par exemple, décrit les mutilations de sa nièce Lavinia (à qui on a coupé mains et langue afin qu’elle ne puisse donner le nom de ses violeurs) :

MARCUS – Parle, gentille nièce, quelles mains atrocement cruelles t’ont mutilée et dépecée, et dépouillé ton corps de ses deux branches ? … Hélas, un flot cramoisi de sang chaud, pareil à une source qui bouillonne agitée par le vent jaillit et s’écoule entre tes lèvres rosées, suivant le va-et-vient de ton haleine embaumée.  (II-4)

À l’excès de violence correspondrait un excès de style (quasi précieux par endroits) et c’est par cette « contradiction » que résiderait l’intérêt de la pièce (un peu comme le Salammbô de Flaubert), l’auteur tentant de compenser (ou de servir) l’horreur des situations par « un excès de tendresse, un extraordinaire effort expressif, bien que très recherché, pas loin du délire verbal ». Dès lors, Titus se révélerait comme une extraordinaire performance rhétorique destinée à rendre dicible l’indicible, poétique l’atrocité, magique le meurtre et la torture – un exercice on ne peut plus littéraire. Une forme de Taureau de Phalaris dramatique dans lequel les personnages hurlent leurs douleurs dans la plus exquise poésie. D’où, d’ailleurs, les références citées comme telles dans la pièce, d’Ovide et d’Horace et dont les œuvres apparaissent comme cruautés référentielles. Dans quelle autre pièce Shakespeare nomme-t-il ses maîtres ?

Tout alors se déchaîne dans la nature comme dans le langage, celui-ci tentant de soutenir celle-là comme dans ce moment quasi hugolien où Titus reproche à Marcus d’avoir tué une mouche :

TITUS – Mais si cette mouche avait son père et sa mère ! Comme ils iraient partout étendant leurs délicates ailes d’or et bourdonnant dans l’air leurs lamentations ! Pauvre mouche inoffensive, qui était venue ici pour nous égayer avec son joli et mélodieux murmure, et tu l’as tuée ! (III-2)

Très amusante dans son anachronisme, en revanche, l'occurrence de Aaron, le "noir", faite aux "cérémonies papistes" auxquelles Lucius et les autres romains assisteraient - Aaron, le personnage de méchant le plus décomplexé de toute l'oeuvre de Shakespeare:

AARON - Qu'importe que je ne croie pas à un Dieu ! En effet je n'y crois pas ; mais je sais que toi, tu es religieux, que tu as en toi une chose appelée conscience, et que tu es entiché de vingt mômeries et cérémonies papistes, que je t'ai vu soigneux de pratiquer ; voilà pourquoi je réclame ton serment... En effet, je sais qu'un idiot prend son hochet pour un dieu, et tient le serment qu'il fait par ce dieu-là : eh bien, je réclamerai de lui ce serment. 

Mais encore une fois, tout est dans mon premier article.

 

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JULES CÉSAR ou Actes, actes..., le 1er juin 2020

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