Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Faîte de la musique.

Une femme va mourir en si mineur. Aigus des violons qui prennent immédiatement aux tripes. Appoggiatures en formes de soupirs douloureux. En vérité, cette pute était une pure, et sa mort sera sa libération. Pour l'heure, la valse désolante reprend son cours. L'ancienne joie ! - elle a tant dansé, celle-ci, avant que la maladie ne l'emporte, avant que son nigaud d'amant ne l'abandonne, cet Alfredo qui préfère écouter les mensonges de son père plutôt que les vérités de son coeur. Changement de climax avec l'entrée des noceurs-clients. Tutti pétulant, enivrant, fête de l'oreille, rires, plaisirs et vénalité. Verdi, ce champagne pour l'ouïe.

Nous sommes le 28 mai 1955, à la Scala de Milan. Soirée mythique. Visconti assure la mise en scène. Callas va donner sa plus belle agonie. Le chef, prodigieusement inspiré, tend son orchestre au maximum. Il a fait de ses musiciens autant de nerfs et de veines surexcitées et suprasensibles. Quiconque connaît cet enregistrement sait qu'on ne résiste pas au cri final de Violetta - les quelques mots, parlés, "Cessarono gli spasimi del dolore. In me rinasce - m'agita insolito vigor !" ("Les spasmes de douleur ont cessé. je sens renaître en moi une vigueur étrange."), les cordes qui s'accélèrent, la mort qui s'accélère, la remontée vocale, "Ah ! Ma io ritorno a viver !" ("Ah, je me reprends à vivre !"), enfin le "Oh Gioia !" d'une terrifiante plénitude. Elle monte au ciel sans faire de philosophie, elle, sans faire son Isolde. L'orchestre se casse, une, deux, trois, quatre fois. Et le public qui n'en peut plus hurle son contentement. Cinquante ans plus tard, nous n'en finissons pas d'en faire partie. Et si, le 14 juin dernier, son enchanteur est mort (à quinze jours près!), l'enchantement n'est pas prêt de s'atténuer.


In memoriam Carlo Maria Giulini (1914-2005)

 

medium_carlo_maria_giulini.jpg
Lien permanent Catégories : Opéra 3 commentaires 3 commentaires Imprimer

Commentaires

  • Sublime!

  • Ah quand même ! Je finissais par me demander si j'étais le seul opéraphile de la toile...

    J'ai évoqué La Traviata, mais j'aurais tout autant parler du "Don Giovanni" mythique de 1961, considéré comme le meilleur du siècle dernier (quoique je lui préfère celui de Dimitri Mitropoulos), avec Eberhard Wächter, Joan Sutherland, Gottlob Frick, et Elisabeth Schwarzkopf. Indispensable, comme on dit.

  • L'hommage est sublime!

Les commentaires sont fermés.