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Ibn Warraq, le résistant.

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Dédié à la mémoire du traducteur japonais des Versets Sataniques, poignardé par un fanatique en pleine université, Pourquoi je ne suis pas musulman (édité par l'Age d'Homme une première fois en 1999 et une seconde en 2003) se propose comme la première somme critique sur l'islam. Son auteur, "Ibn Warraq" (qui signifie "le fils du papetier" et laisse penser que c'est un pseudonyme) se présente lui-même non comme un universitaire ou un spécialiste qui apporterait quelques informations nouvelles sur le troisième monothéisme mais comme un iconoclaste qui se réfère à tout ce que les islamologues, Bernard Lewis et V.S. Naipaul en tête, ont pu justement publié. Son travail, qualifié par lui-même de "vaste bibliographie annotée" (celle-ci s'étendant en fin d'ouvrage sur une dizaine de pages) entend faire le tour de l'histoire arabo-musulmane à travers un déboulonnement méthodique de la "pensée" musulmane dans son intégralité. Il ne s'agit donc pas simplement critiquer ce qu'il y a de mal dans la religion de Mahomet mais aussi ce qu'il y a de bien. Lorsque Spinoza et Nietzsche s'en prenaient au christianisme, ils ne limitaient pas leurs critiques à "l'inquisition" ou à la "Saint Barthélemy" mais à la transcendance en tant que telle considérée comme une belle illusion et au message d'amour évangélique lu comme un appauvrissement de la force vitale. Etre anti-religieux, ce n'est pas s'en prendre à ce qu'il y a de morbide dans telle religion, c'est s'en prendre à ce qu'il y a de vivant en elle et dire que cette "vie" est profondément malade. Ce qui, vous en conviendrez, est légèrement plus grave qu'une petite caricature ou qu'un gentil blasphème. Entre dire "Mahomet trou du cul" et "Allah n'existe pas", il y a là la différence entre une intention critique un rien chahuteuse et une position athée qui n'a même pas besoin de recourir à l'injure pour nier le concept même de Dieu. D'autant que, comme chacun sait, injurier Dieu, c'est y croire.

 

 

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L'excellence non arabe ni musulmane de la civilisation arabo-musulmane.

Mais la thèse de Ibn Warraq est encore plus provocante. Selon lui, il faut distinguer trois islams qu'il numérote un peu scolairement 1, 2 et 3. L'islam 1 est ce que le Prophète enseigna à travers le Coran ; l'islam 2 est la religion telle qu'elle est développée et vécue à travers les Hadiths (traditions) qui comprennent notamment la charia et le "droit" islamique ; l'islam 3 est ce que les musulmans réalisent, c'est-à-dire la civilisation islamique. Or,

"si jamais une idée générale ressort de ce livre, c'est que la civilisation islamique, l'islam 3, est souvent parvenue au sommet de sa splendeur malgré l'islam 1 et l'islam 2, et non pas grâce à eux."

Autrement dit, le meilleur de la culture arabo-musulmane n'est pas islamique.

jardin parfumé.jpgCertes, il y eut bien un âge d'or de l'islam et Warraq ne le nie nullement. Oui, les Arabes furent les grands transmetteurs de la philosophie grecquo-latine et leurs premiers commentateurs (Averroès et Avicenne pour les plus connus), oui, ils furent de grands peintres, n'ayant pas peur de représenter le Prophète à travers les miniatures persanes justement célébrées (voir à ce propos le magnifique numéro de l'émission Palettes d'Alain Jaubert consacré à celles-ci), oui ils furent aussi de grands écrivains et de grands érotiques, les Mille et une nuits et Le Jardin Parfumé. Seulement voilà, toutes ces merveilles de l'esprit et des sens (sans doute idéalisées par les occidentaux, mais peu importe, car lorsqu' une culture fait rêver, c'est qu'il y a en elle de quoi rêver) n'avaient rien à voir avec la parole du Prophète - ce dernier méprisant autant les poètes,

"Quant aux poètes : ils sont suivis par ceux qui s'égarent" (XXVI-224),

que les peintres,

"celui qui fabrique des images, Dieu le punira en le condamnant à donner une âme à ses images, au jugement dernier"

(dans la Sunna traduite de Bokhari),  et il suffit de se rappeler la destruction récente des Bouddhas millénaires par les talibans pour avoir une preuve patente de la propension artistique des orthodoxes musulmans. En fait, comme le dit Warraq,

"l'impulsion créative sous-jacente à l'art islamique, à la philosophie, aux sciences, à la littérature arabes tire sa source A l'EXTERIEUR DE L'ISLAM 1 ET 2, du contact avec des civilisations plus anciennes pourvues d'un héritage plus riche."

Et de faire remarquer que l'art islamique n'aurait rien été sans l'art byzantin ou sassanide. Au fond, l'âge d'or de l'islam, si vanté par tout le monde,  fut surtout le fait d'influences cosmopolites dues aux apports étrangers de l'Inde (qui leur ont donné les chiffres), de la Perse, de la Chine, de la Grèce et comme nous le verrons, o suprême horreur, du monde judéo-chrétien - et c'est pourquoi il apparaît précisément aux yeux des orthodoxes comme hérétique et anti-coranique. En outre, même à cette époque un peu trop bénie par les islamophiles (et qui va en gros du neuvième au douzième siècle) tous ces artistes et philosophes furent la plupart du temps pourchassés et ne purent écrire leurs oeuvres qu'entre deux emprisonnements, attendant que la loi coranique se fasse plus douce ou moins conséquente - c'est-à-dire moins coranique.  Difficile en effet d'être libre à travers cette religion politique qu'est avant tout l'islam et qui n'est rien d'autre qu'

"une construction de l'esprit abstraite et totalitaire, destinée à régenter tous les aspects de la vie privée, depuis la naissance jusqu'à la mort".

L'une de ses principales nuisances fut de remettre l'impureté  (de la nourriture, des gestes et des images), dont on pouvait croire que le Christ nous avait débarrassé à tout jamais, au centre de l'existence. Quant à

"prétendre que l'islam est favorable à la sexualité, c'est insulter les femmes musulmanes, car le sexe n'y est considéré qu'à l'avantage de l'homme."

Jardin parfumé 2.jpgEn réalité, les versets du Coran allant dans le sens du plaisir (et dans lesquels des imbéciles occidentaux voient la preuve d'une plus grande liberté sexuelle par rapport au christianisme) vont surtout dans le sens du plaisir masculin. La femme reste cette créature impure dont il faut se défier. Le mythe d'un "Mahomet féministe" dont on nous rebat les oreilles tient dans les deux réformes dont celui-ci fut à l'origine : le droits à l'héritage des femmes et surtout l'abolition de la coutume d'enterrer vivantes les filles nouveaux-nées. Pour le reste, il n'est pas exagéré de dire qu'avec l'islam et son système totalitaire qui généralisa la polygamie, le voile, la violence conjugale légale, le mariage et sa consommation avec des fillettes n'ayant parfois pas atteint la puberté, et la non-abolition de l'excision dans les pays africains, la situation des femmes empira. De toutes façons, comme le dit Ali, cousin du Prophète et quatrième calife (600-661) :

"Toute la femme est maléfique et le pire c'est que c'est un mal nécessaire."

Voilà donc la loi coranique telle qu'elle s'est imposée fragmentairement puis totalement à partir du douzième siècle dans les pays "arabes" - c'est-à-dire les pays conquis par les Arabes, nous y reviendrons. Et qui fait dire à Inb Warraq, qu'

"heureusement, la loi n'a pas toujours été appliquée à la lettre ; autrement la civilisation islamique n'aurait guère pu se développer."

Proclamer donc que nous devons Avicenne ou les grands soufi à l'islam serait, comme le disait Renan, aussi absurde que dire que nous devons Giordano Bruno ou Galilée à l'inquisition. En Orient comme en Occident, c'est toujours (souvent ?) contre le pouvoir officiel que s'imposent les philosophies de liberté, d'interprétation et de représentation - sauf que l'Occident n'a cessé d'évoluer, le devenir et le progrès étant au coeur de la pensée dialectique judéo-chrétienne. Sortir de sa culture, tenter de la nier, de la dépasser, et y revenir, c'est ce qui manque cruellement à l'islam, incapable de penser autre chose que lui-même. Nul Platon musulman qui ne soit sorti de la caverne, nul Socrate qui ne se soit sacrifié pour le bien de sa cité. Encore moins un Dieu qui se donne en pâture au monde pour le sauver. L'islam ne connaît que l'égorgement ou l'asservissement des autres. On ne trouve pas plus anti-paradoxale, soit pas plus inhumaine, que cette orthodoxie sûre d'elle même et dominatrice.

Aux yeux de Warraq,

"l'existence d'une philosophie islamique est en soi une contradiction".

Quant à l'existence d'une science islamique, elle relève au mieux d'un gag. Abdus Salam, prix Nobel de physique en 1979, affirmait lui-même que

"de toutes les grandes civilisations de la planète, la communauté islamique est celle qui a fait à la science la part la plus restreinte." (cité par Anne-Marie Delcambre dans "L'islam des interdits")

Le fameux verset où Mahomet exhorte à la recherche scientifique,

"Cherche la connaissance en Chine si c'est nécessaire" (XXXIX-12 ?)

ne saurait être lu comme une quête de savoir au sens "occidental". C'est l'optique religieuse qui est toujours à l'oeuvre et c'est la technique en tant qu'instrument de domination des peuples qui est recherchée. Rien à voir avec notre vision d'une science censée nous délivrer de nos illusions et nous faire mieux vivre. Le terroriste islamiste est un informaticien hors pair mais qui refuse que sa femme aille voir un gynécologue qui ne soit pas du sérail ou de la communauté. C'est la méthode au service du dogme. La technologie au service du Djhad. Et qui s'emprunte comme toujours à l'extérieur. Un extérieur "plat" évidemment, car comme l'expliquait sans rire en 1995 le cheik Abd el Aziz el Baz, suprême autorité religieuse :

"La terre est plate, celui qui déclare qu'elle est sphérique est un athée méritant une punition." (International Herald Tribune, 13 février 1995)

 

 

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D'un soufisme trop chrétien au goût des imams.

Le soufisme ! L'islam mystique ! Le lumière irradiante de la religion mahométane qui a fait que tant de savants occidentaux sont devenus ses premiers exégètes (Massignon, Guénon, Corbin) et qui, avouons-le, donne vraiment envie de se convertir même pour un chrétien. Pensez ! un rapport privilégié et intime avec Dieu qui fait que l'on devient Dieu soi-même, une immanence qui coïncide avec la transcendance, un abandon des lois et des liens communautaires, une abolition de l'enfer  - l'extase totale ! Sauf que l'islam orthodoxe n'admet aucun rapport privilégié à Dieu. L'islam interdit d'être musulman seul. L'on ne se recueille pas dans sa cellule face à Dieu qui ne parle qu'à vous. La piété personnelle est un blasphème. La mystique une hérésie. Et comme les Soufi furent le plus souvent des mystiques qui blasphémaient,  on comprend qu'un certain nombre ait été passé au sabre ou au gibet, à commencer par le plus grand d'entre eux, al-Hallaj (vers 858-922) qui fut emprisonné, flagellé, mutilé, exposé au gibet, décapité et brûlé. Suivirent al-Shalamaghani (vers 934), Dhu'l Nun (860), al-Suhrawardi (1191), Badr al-Din (1416) et l'on pourrait continuer la liste.
Enfin, comme le fait remarquer l'inénarrable Malek Chebel dans son Dictionnaire amoureux de l'islam, si la mystique  soufi plaît tant aux occidentaux, c'est parce qu'elle leur rappelle la mystique chrétienne et qu'ils peuvent y "projeter leur propre vision des choses". Comment être un "vrai" musulman ? en n'étant surtout pas soufi, bon pour les chiens d'occidentaux.

 

Ma'Arrî.jpgAl-Ma'arri, le Lucrèce oriental.

Qu'on ne se méprenne pas. Des esprits libres, des subversifs, des réformistes, il y en eut en terre d'islam comme en terre chrétienne. A la différence que ceux-ci n'ont jamais fait école, sont toujours restés minoritaires, et du reste persécutés. Comme nous plairait le poète et philosophe Al-Ma'arri (937-1057) auquel Ibn Warraq consacre un chapitre entier. Ce grand sceptique, qualifié de "Lucrèce de l'Orient", stigmatise  dans ses vers les fadaises religieuses destinées à tromper les foules, les fables de la résurrection et du paradis, dénonce l'inconvénient d'être né enfin :

"Les musulmans trébuchent, les chrétiens sont égarés
Les juifs sont dévoyés, les mages sont dans l'erreur.
Nous les mortels nous répartissons en deux catégories
Les crapules initiées et les dévots stupides.
Qu'est-ce qu'une religion ? Une vierge que l'on dissimule.
Le prix des présents et le montant de la dot stupéfient le prétendant.
De l'avalanche des doctrines qui se déversent de la chaire
Mon coeur n'a jamais accepté un seul mot. (...)
Craindrais-je de reposer dans la terre notre mère ?
Est-il de plus doux berceau que le sein de ta mère ?
Quand mon esprit obtus m'aura quitté
Par les eaux stagnantes laissez pourrir mes os."

Et Al-Ma'arri de déplorer sa venue au monde :

"Par mon père ce tort me fut fait
Mais jamais à un autre par moi."

Inutile de dire que cette poésie ne fut guère prisée pour les récitations des petits musulmans (d'ailleurs autorisés seulement à apprendre par coeur le Coran). Encore moins sa parodie jalonienne du Coran. S'il ne fut que peu inquiété durant sa vie, la raison en est, précise Ibn Warraq, qu'il sut dissimuler son iconoclasme derrière d'autres poèmes plus orthodoxes destinés à leurrer les limiers de l'inquisition. Un peu comme Molière finit ses comédies par l'apologie du système monarchique et du roi. L'iconoclaste contrebandier, voilà qui devrait faire la fierté de tous les musulmans libres.

 

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Nos ancêtres les Arabes.

Ce dont les musulmans sont le plus fiers, plus que de leurs grands auteurs, c'est de leurs conquêtes et de leur impérialisme.

"Ouvrez n'importe quel livre récent d'introduction à l'islam et vous verrez qu'il commence par chanter les louanges d'un peuple qui a envahi la moitié du monde civilisé dans un espace de temps incroyablement court, d'un peuple qui a fondé un empire qui s'étendait de l'Indus à l'Atlantique. Ce livre racontera en termes chaleureux les temps glorieux où les musulmans régnaient sur une vaste humanité formée de nations et de cultures différentes. (...) Alors qu'on culpabilise tous les Européens avec le colonialisme et l'impérialisme occidentaux (ces deux termes sont désormais considérés comme péjoratifs) et qu'on leur fait porter la responsabilité de tous les maux de la création, l'impérialisme arabe est au contraire présenté comme un objet de fierté pour les musulmans, quelque chose que l'on doit louer et admirer."

Pas demain la veille qu'on entendra de la part des dirigeants musulmans une quelconque repentance concernant telles ou telles exactions, sans même parler du génocide arménien. Ce qu'il faut comprendre, c'est que toute l'histoire arabo-musulmane fut une conquête par les arabes (d'Arabie Saoudite) des territoires maghrébins, africains et indiens. Une conquête qui a fini par faire croire aux conquis qu'ils étaient les descendants des conquérants !
Ainsi en l'Algérie où l'enseignement de la langue française fut abandonnée après l'indépendance, sous prétexte qu'elle était la langue imposée par les colons français, au profit de l'arabe... alors que l'arabe fut lui-même une langue imposée - la langue maternelle des algériens étant le berbère.

["L'impérialisme arabe"] avait même convaincu ce peuple qu'ils étaient éthniquement des Arabes, ce qui n'était pas le cas et, encore plus fort, ils les avait convaincus d'embrasser une religion qui était totalement étrangère à leurs propres traditions religieuses. N'y a-t-il meilleur symbole de soumission à l'impérialisme musulman que l'image du peuple algérien qui se prosterne cinq fois par jour vers son conquérant situé en Arabie ?"

Et Warraq de citer l'écrivain algérien Kateb Yacine (1929-1989) qui fit scandale en déclarant son aversion pour l'islam et que

"l'Algérie arabo-islamiste est une Algérie contre-nature, une Algérie qui est étrangère à elle-même. C'est une Algérie qui est imposée par les armes, car l'islam ne se développe pas avec des bonbons et des roses, il se développe avec des larmes et du sang. Il croît dans l'oppression, la violence, le mépris, par la haine et les pires humiliations que l'on puisse faire à l'homme. On peut voir le résultat !",

et encore :

"L'Algérie française a duré pendant cent-quatre ans. L'Algérie arabo-islamique dure depuis treize siècles ! La pire forme d'aliénation n'est pas de penser que nous sommes Français, mais de croire que nous sommes des Arabes. Il n'y a pas de peuple arabe et il n'y a pas de nation arabe. C'est une langue sacrée, celle du Coran, que les dirigeants utilisent pour empêcher que les gens ne découvrent leur véritable identité." (interview au journal Awal en 1987 reprise par Le monde du 20 mai 1994).

Après quoi, il fit le voeu pieux qu'un jour l'Algérie sera appelée par son vraie nom, Tamezgha.

En vérité, l'Islam ne s'est imposé que par la conquête militaire et a imposé partout où il est passé l'apartheid, l'esclavage (pratiqué encore largement par bien des pays musulmans et d'ailleurs recommandé par le Coran :

"Dieu vous propose pour exemple un homme esclave qui ne dispose de rien et un autre homme à qui nous avons accordé une subsistance ample, et qui en distribue une partie en aumônes publiquement et secrètement ; ces deux hommes sont-ils égaux ? Non, grâce à Dieu ; mais la plupart d'entre eux n'entendent rien." (XVI-78),

et n'a récolté que la faillite économique, culturelle et sociale. C'est ainsi que tous les pays musulmans sont des dictatures ou des semi-dictatures. Enfin, il ne faut jamais oublier que notre propre colonisation ne fut en grande partie qu'une réaction à celle que les pays arabes imposèrent pendant des siècles à une partie de l'Europe, et que comme le montre Bernard Lewis, c'est le combat contre l'envahisseur qui poussa les Européens au-delà de leurs frontières. On a trop oublié que des premières conquêtes mauresques en Espagne et en France (épisode Charles Martel) jusqu'au second siège de Vienne par les Turcs en 1683, l'Europe n'a cessé de se défendre contre la menace de l'islam.

On n'en finirait pas de citer Ibn Warraq. Sur l'affaire Rushdie qui commence le 14 février 1989 et qui est son 11 septembre moral, sur les sources de l'islam, sa nature totalitaire, son incompatibilité structurelle avec la démocratie et les droits de l'homme, sur le fait que l'intégrisme soit son accomplissement et non un dérapage (comme le goulag n'est pas une trahison du communisme mais son résultat nécessaire), sur les femmes, sur ses innombrables tabous, sur sa volonté régressive de progrès technique, sur son but jamais caché d'islamiser coûte que coûte le monde à coups de cimeterre, sur son prophète enfin qui avait si bien commencé à la Mecque à l'aune des spiritualités juives et chrétiennes et dégénéré aussi rapidement à partir de Médine (passant en effet de la sagesse au carnage, de la miséricorde à la domination), Pourquoi je ne suis pas musulman regorge d'informations vérifiables, d'analyses qui font froid dans le dos,  de jugements toujours discutables mais que l'auteur revendique comme tels.

"Ce livre est d'abord et avant tout la revendication de mon droit de critiquer tout et chaque chose dans l'islam, et même de blasphémer, de faire des erreurs et de me moquer."


 

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Abud Said versus Mahomet.

Comme toute religion ou tout système de pensée, le christianisme a aussi ces victimes. Cependant, Ibn Warraq se refuse à placer Mahomet au même niveau que le Christ, comme d'ailleurs à ceux de Socrate, de Bouddha ou de Confucius. Ce qu'il ne lui pardonne pas est d'avoir institué le Coran comme LA parole de Dieu, vraie et ininterprétable à tout jamais,

"faisant ainsi obstacle à tout progrès intellectuel et oblitérant tout espoir de liberté de pensée qui seuls permettraient à l'islam d'entrer dans le XXIème siècle."

Il est encore aujourd'hui quasiment impossible pour un musulman de ne pas être coranique. Alors qu'il est naturel à un judéo-chrétien de ne pas croire en Dieu - mieux ou  "pire", d'être démocrate, laïc, anticlérical, en un mot, moderne. Les droits de l'homme sont une invention chrétienne, tout comme le roman courtois (et son complément, le roman pornographique), la psychanalyse ou la sécurité sociale. Nous avons malmené Galilée mais Galilée l'a emporté. Spinoza a failli être la cible d'un fanatique mais est enseigné dans nos universités depuis trois siècles (et d'ailleurs a réchappé à son attentat).  Comme le dit Marcel Gauchet, "le christianisme est le religion de la sortie de la religion". Et c'est pourquoi l'on peut sans crainte considérer ce modèle comme supérieur aux autres.

Je finirai ce trop long post (mais trop succinct par rapport à l'ouvrage de Warraq) par un mot personnel qui pourra paraître peut-être incohérent par rapport à tout ce que j'ai dit jusqu'ici, voire déplacé, mais celui-ci me vient trop naturellement pour que j'y renonce.

En tant que croyant, je suis évidemment très sensible à toute forme de croyance, musulmane compris. Une mosquée peut m'émouvoir autant qu'une église. Et je peux trouver dans le Coran des versets qui peuvent me parler autant que ceux de la Bible. Sur bien des points, je me sens même plus proche d'un musulman que d'un athée - et d'ailleurs quand il m'arrive d'en rencontrer, c'est de Dieu dont nous parlons tout de suite. Il est certain que je ne commence pas par lui sortir que si j'étais une femme etc... Tout simplement parce qu'en pleine communion avec un autre croyant, je ne vais pas gâcher une rencontre. Mais que la conversation dévie sur la liberté de croire ou de ne pas croire, sur les relations difficiles entre les clercs et les laïcs, ou sur les valeurs qui nous rassemblent et nous séparent, j'expliquerais alors que pour moi la liberté est aussi sacrée sinon plus que mon Dieu - car c'est la liberté qui permet la foi (même si c'est la foi qui rend libre). Et c'est pourquoi je veux que ma foi se développe sur un terrain laïc, neutre, voire anticlérical. Je suis un catholique romain mais je suis aussi un moderne. Je récite le Pater Noster mais je sais que je viens du scepticisme et même du blasphème et que je n'ai rien à voir avec ces cathos légalistes à la Joseph de Maistre (relire mon excellent papier là-dessus). C'est tout seul que je suis revenu à l'église et que j'ai demandé à faire ma confirmation. Catholique mais sur fond de scepticisme et de révolte. Croyant mais libéral- croyant car libéral. Comme disait le génial Lustiger, c'est parce que la France s'est socialement et politiquement déchristianisée depuis cent ans qu'on peut vraiment choisir aujourd'hui  d'être chrétien. C'est parce que la messe n'est plus une obligation sociale qu'on peut y aller de soi-même. La séparation de l'église et de l'état a séparé pour leur bien les croyants de coeur et les croyants d'habitude.

Nous parlions du soufisme. Qu’il me soit permis de citer cette belle phrase d’un de ses plus grands représentants,  Abu Said (mort en 1049) qui résume ma position et qui devrait être le credo de tout croyant de toute confession :

"Tant que la foi et l'athéisme ne seront pas identiques, nul homme ne sera un vrai musulman [ou un vrai chrétien]"

 

(Texte écrit le 21 février 2006 et remis en une, aujourd'hui.)

 

 

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Commentaires

  • bonsoir,

    vraiment très riches d'enseignements tout çà, merci...je viens de passer quelques minutes chez vous, et dites moi çà chauffe parfois...le labyrinthe provoque passions, amours et moults trahisons, j'avais, disons raté quelques épisodes, me voilà affranchi ! toute cette haine qui pose, mon dieu mais quel ridicule, dommage qu'il ne tue pas ! du coup cet univers que je trouvais de plus en plus "fake", me redonne le sourire, mais alors le petit, celui du coin, il n'y a donc vraiment plus d'espoir? hein monsieur Pierre, c'est la fin?
    bon, permettez moi de vous souhaitez bon courage pour la suite, je repasserai par chez vous, j'ai de la lecture en retard, si cela ne vous dérange pas, je vous affiche chez moi, c'est plus simple comme çà!

    bien à vous

    acb

  • Mon cher Pierre,

    Je me permettrai quelques remarques suite à vos propos.

    1) Vous soutenez Ibn Warraq quand il dit que la splendeur passée du monde arabe s’est faite malgré l’islam. C’est fort possible. Une civilisation n’atteint un certain degré de perfectionnement que lorsqu’une série de facteurs sont réunis. Cependant il est difficile d’imaginer ce qu’aurait été cette civilisation sans l’islam, ne serait-ce que par la conquête de l’Afrique du Nord et de l’Espagne qui en découle directement.
    Chez nous, peut-on dire que le Moyen-Age n’a pas été chrétien ? Ou que le meilleur du Moyen-Age n’est pas chrétien (églises romanes, paix de Dieu, etc.)? Attention, par quoi faudra-t-il alors expliquer la présence européenne à Jérusalem, le prise de Constantinople, etc. ?

    2) On ne peut dire en effet que G. Bruno soit le fruit de l’Inquisition. Mais personnellement je préfère de loin ce pauvre Giordano aux Inquisiteurs, ne m’en veuillez pas. Vous vous faites sophiste sans le vouloir. Vous habituellement si Chrétien, voilà que vous nous dites que notre propre civilisation occidentale s’est faite contre le pouvoir obscurantiste du clergé. J’en prends bonne note. Mais vous ne pouvez d’un côté vanter une culture arabe qui se serait constituée malgré la religion (et confirmer votre thèse par des exemples occidentaux) et vanter à tout propos le christianisme. Qu’on soit croyant ou pas, il y a là un vice de raisonnement. Vous continuez pourtant dans ce même raisonnement quand vous dites que Mahomet ne disait pas d’aller chercher la science en Chine mais bien la spiritualité. En tant que prophète, c’était son droit (et il montrait là une singulière ouverture d’esprit que je ne lui connaissais d’ailleurs pas). Pourquoi le lui reprocher ? Ou alors vous êtes comme moi pour la république laïque, ce que je n’ai pas toujours perçu dans vos propos antérieurs , même si vous concluez dans ce sens.
    3) Quant aux Berbères qui ont renoncé au français (langue coloniale) au profit de l’arabe, vous avez raison. Mais bon, nous sommes mal placés pour juger, nous qui avons abandonné notre celte au profit du latin de César.
    4) Tout ce qui est dit dans ce livre contre l’islam est sans doute vrai. Mais que dire alors de l’intransigeance chrétienne dans le passé ? Et si tout ce qui est advenu de bon au monde arabe n’a rien à voir avec l’islam, il faudrait tenir le même raisonnement pour l’Occident. Après tout la Révolution s’est faite après Voltaire. Notre liberté d’aujourd’hui, nous la devons à notre sortie de la religion (même si certains y retournent librement par la suite). C’est donc le fait religieux en soi qu’il faudrait condamner et non l’islam seul. En d’autre terme, votre christianisme humaniste d’aujourd’hui, celui que vous revendiquez, n’a été possible que parce que certains de nos ancêtres se sont opposés précisément aux excès de ce christianisme. Sinon nous aussi nous avions été envahir les Amériques et baptiser les « sauvages » au nom de la foi (ce qui cadrait on ne peut mieux avec nos intérêts économiques) et on n’a pas regardé aux massacres. Rien ne nous dit que si on ne s’était pas émancipé de ce joug religieux nous n’en serions pas encore à entreprendre des conquêtes en étant sûrs de notre bon droit. Comme fait le sieur Bush en Irak, soit dit en passant.
    5) Si vous vous sentez plus à l’aise avec une personne de religieux musulmane qu’avec un Français athée, pourquoi alors ne pas sentir qu’il doit tout de même y avoir quelque chose de bien dans cette religion là aussi, une sorte de spiritualité universelle (fort éloignée des interprétations réactionnaires des intégristes). Donc tout ne serait pas mauvais dans l’islam, c’est du moins ce qu’on aurait pu attendre comme discours de la part de quelqu’un qui revendique sa spiritualité.

  • "Sur bien des points, je me sens même plus proche d'un musulman que d'un athée".

    C'est singulier comme phrase, Pierre Cormary. Vous émeut-il tant de rencontrer un frère dans la foi, et vous sentez-vous si proche de celui qui marche dans le phalanstère de la communauté des croyants que vous en éprouvez pour lui comme une empathie pneumatique, en lieu des sympathies que provoquent les commerces de l'intelligence ?

    Ou est-ce que l'athée vous questionne trop violemment dans votre havre (ainsi que le cadavre questionne les vivants rassemblés à son chevet), car il est comme une matière froide qui se met au contact d'une matière chaude, et qui selon les lois de la physique dynamique, menace d'en absorber instantanément toute la chaleur ?

  • montalte, ton mot personnel de la fin est émouvant et sage, par contre la plupart des critiques d'ibn warraq auquelles tu sembles adhérer me paraissent absurdes et stériles.

    tout d'abord sur le fond, il a une approche du Coran et du prophète de l'islam assez similaire à celles des Djihadistes. En effet comme eux ils les considèrent comme ahistoriques. Il porte sur le Coran et le prophète de l'islam un regard qui les place hors de l'histoire, il les jugent à l'aune du présent ce qui le conduit à du non sens.

    Ensuite, à l'instar d'un seul courant qui reste très minoritaire (le wahhabisme) dans le monde musulman, ibn warraq considère le Coran comme inintérpétable. Alors que la multitude des courants, écoles et obédiances auquels a donné naissance l'islam démontre le contraire.

    Ibn warraq porte un jugement définitif sur l'islam à partir de quelques pratiques élaborées par le passé, dont certaines durent encore c'est vrai mais beacoup d'autres ont été dépassées, ce qui est à mes yeux un anachronisme. C'est comme si je portai un jugement définitif sur le christianisme à partir des pratiques de l'Eglise pendant la période de l'inquisition, ou si à partir des positions mysogynes, racistes et esclavagistes de certains philosophes Grecs on concluait à la dangerosité de la philosophie grecque, ou si à partir des écrits des humanistes du 19ème siècle et des pratiques d'une certaine Europe esclavagiste et génocidaire des Amérindiens on portait un jugement définitif sur l'Europe balayant ainsi les apports des lumières d'un trait.

    Ibn Warraq réduit la civilisation islamique à ses méfaits et affirme que s'il y a eu des apports de cette civilisation c'est malgré l'islam, ce qui est absurde, parce que c'est au sein de l'islam et non ailleurs qu'il y a eu la rencontre de la Grèce, de la Perse et de l'inde, c'est au sein de l'islam et par sa langue que cette rencontre a tracé une des plus belles pages de l'histoire de l'humanité et pas seulement des pages sombres.

    les musulmans n'ont pas fait que reprendre le système de numération de l'Inde, l'algèbre n'aurait jamais vu le jour, ni les progrès de l'astronomie, sans les problèmes posés par les perceptes même de la religion islamique : la complexité des règles de l'héritage nécessitait une algébrisation des problèmes posés, la recherche de la direction de la Mecque, la détermination des horaires de prière... (cf G. Sarton, R. Rashed)

    Les Musulmans n'ont pas fait que reprendre les problèmes posés par la philosophie greque, par exemple, le problème de l'adéquation du texte et de la raison posé dès l'époque des mutazilites, poursuivi par Avéroes, a donné naissance à des reflexions philosophiques poussés qui seront repris plus tard en Europe, les exemples sont multiples mais hélas je ne peux les énumérer ici.

    les merveilles de l'architecture trouvent leur inspiration dans la religion elle même (les mosquées, les jardins, l'urbanisme...)

    les anciens historiens musulmans ont toujours été reconnaissants vis-à-vis des civilisations qui les ont précédés, comme une bonne partie des musulmans d'aujourd'hui sont reconnaissants envers l'Europe qui leur a permis l'abolition de l'esclavagisme, la liberation de la femme, les droits de l'homme, etc... Mais ces musulmans là Ibn Warraq les ignore, c'est vrai cela dérange son équation simpliste : islam = danger, musulman = ignorant, dangereux, ou les deux à la fois.


    et pour finir, aucune civilisation ne peut se targuer d'aligner que des réussites sur le plan humain, et je ne vois pas pourquoi la civilisation islamique dérogerait à la règle. Je n'ai rien contre le fait de critiquer l'islam, je pense qu'il est sain pour les musulmans actuels d'avoir un regard critique sur le présent comme sur le passé, mais je pense qu'une critique doit éviter le simplisme et les jugements hatifs dictés par une actualité opressante et angoissante.

  • Cher Feuilly,

    comme je le disais quelque part, il me semble que notre fonctionnement héléno-judéo-chrétien, plus dialectique que le fonctionnement oriental, nous a tout de suite permis de penser le tout et son contraire, même au Moyen Age et malgré la main mise de l'église sur l'université, celle-ci tentant de trouver, à travers Saint Thomas d'Aquin par exemple, la conciliation entre grâce et raison, divinité et humanité. Nous n'avons jamais complètement refusé le négatif et toujours intégré Platon et Aristote. Et quand nous sommes passés au monde moderne désenchanté, tous nos auteurs ont dit, Hegel en premier, que ce passage était encore le résultat de notre judéo-christianisme, la croyance en Dieu allant finalement de pair avec la croyance en l'idée, au progrès, au droit. En gros, la révolution et les droits de l'homme d'origine chrétienne ! Et c'est pourquoi on peut être chrétien et moderne - lisez donc ce beau texte de Jacques Maritain "Humanisme intégral". Le christianisme portait en lui le germe de la laïcité (rendre à César ce qui est à César...), de l'égalité (femme, homme, juif, grecs - tous égaux devant Dieu), et s'il a fait parfois beaucoup de mal, il a fait aussi bcp de bien. Il est depuis l'origine contradictions, paradoxes et a une vision particulièrement complexe de l'être humain dont l'église peut se dire à juste titre "experte". Rien à voir avec l'islam dont le courant dominant est, partout où il s'est imposé, et quelle que soit la nation, intégriste, radical, totalitaire. Le christianisme contient sa propre sortie, pas l'islam.
    Et ce qui fait dire précisément aux intégristes cathos que le christianisme, religion trop faible et trop eu "virile", conduit à l'athéisme et à la décadence et que de ce point de vue-là, l'islam a des leçons à nous donner !
    Sur Mahomet qui va chercher la spiritualité en Chine, vous m'avez mal lu - Mahomet exhorte les musulmans à aller chercher le savoir partout, sauf que ce savoir n'est en rien spirituel, mais purement technique, industrielle et politique.
    Alors oui, je persiste à penser que le mode chrétien est supérieur au mode musulman sur tous les plans, mais que l'on peut trouver des musulmans sincères, non fanatiques, prêts à l'humanisme - en gros, plus intelligents que leur religion, fanatique par nature et non par déviance.

    Cher Kalima,

    Ibn Warraq n'est pas seulement dans le concept ou l'idée pure. Il argumente, historiquement, il cite des faits et des événements, il s'appuie sur les travaux de référence mondiale des plus grands islamologues. J'ai essayé de rendre compte de son érudition et de sa connaissance exacte des réalités historiques et géographiques.
    Je sais bien que nous avons un dialogue de sourds car tu passes ton temps à dire qu'il y a des écoles d'interprétation du Coran depuis le début sans m'entendre quand je te réponds que ces écoles existent en effet sauf qu'elles n'ont jamais fait précisément écoles, qu'elles restent ultra-minoritaires et que le disent précisément et désespérement ses adeptes.
    Tu dis aussi que le regard que Warrq porte sur le Coran est anhistorique - il est ultra historique au contraire. Le Coran a fait l'histoire de la civilisation arabo-musulmane et n'a rien d'un élément floklorique par rapport aux situations économiques et sociales qui, elles, sont justement relatives. Et entre la lapidation, l'excision, les mutilations et les coups de fouet, L'ESCLAVAGE, l'islam n'a pas "abandonné" quelques pratiques anachroniques - même dans des pays dits modérés comme le Maroc ou l'Egypte (où il s'en passe de belles dans les campagnes) Renseigne-toi un chouia et tu verras...

    Bien à vous.

  • L'islam est sans doute, à la surface du globe, la religion la plus susceptible d'être critiquée, parce que ses excès sont les plus nombreux, les plus violents et les plus voyants aujourd'hui. Contre ses propres croyants, avant tout, et contre les autres.

    Mais tant que vous ramènerez toute une religion à l'exemple des exciseurs, vous trouverez des contradicteurs pour ramener le christianisme aux commandos anti-IVG, parce que vous persistez à juger le tout comme la partie, à généraliser à toute une foi les canons de pensée des plus intégristes.

    Dire que l'islam est absolument ahistorique, et professer que le christianisme portait lui en germe la laïcité, est trés peu scientifique. Même le christianisme de l'inquisition ou des procès en hérésie portait en germe la laïcité, ce qui rend sa nature éminemment supérieure selon vous, mais combien de décennies, de siècles ont été nécessaires pour que ces germes éclosent. Et vous refusez cette même historicité et cette même diversité à l'islam, en vous appuyant à chaque fois sur le Coran, qui pourtant s'inscrit dans l'Histoire tout autant que la Bible.

    Il est facile d'affirmer en 2006 que le christianisme était la religion de la sortie de la religion. Il est facile de constater que l'islam est encore loin de ce résultat et qu'il lui reste à vivre sa Réforme. Aucune contestation là-dessus. Mais vous en inférez un jugement sur la nature intrinsèque de cette religion, ce qui n'a rien de rationnel ni d'humaniste.

    Il est facile d'estimer qu'aujourd'hui, dans le monde, le christianisme est "globalement" plus humaniste et moderne que l'islam, dans ses effets. Mais il s'agit d'une différence "conjoncturelle", qui fait fi de l'historicité de toute religion quelle qu'elle soit, et de la diversité de ses composantes et interprétations. Votre point de vue ne s'appuie que sur des observations géopolitiques et une exégèse partiale des livres saints, au mépris des aspects culturels, historiques et individuels que revêt l'islam.

    Cette différence "conjoncturelle", vous en faites une infériorité structurelle. Votre lecture est fausse, erronée, mauvaise.

    Vous vous enorgueillissez de l'évolution du christianisme, étalée sur 2000 ans, et condamnez l'islam dont les variantes modérées ne sont pour vous qu'anecdotiques ou importées (comme si les autres monothéïsmes s'étaient développés seuls et dans une bulle étanche). Vous comparez les deux monothéïsmes et jugez l'un supérieur à l'autre, alors que votre étalon-mètre, est tout entier "chrétien et moderne" ; vous usez de principes éthiques partiaux pour expliquer qu'un monothéïsme est intrinsèquement moderne parce qu'évolutif, et que l'autre est mauvais parce qu'intrinsèquement figé dans le temps. Vous usez de la conjoncture pour induire un jugement sur la nature. Ce qui invalide votre réflexion.

    Tout athée vous expliquera les différences objectives entre islam et christianisme, mais aussi leur commune nature.

    Il est regrettable qu'un chrétien moderne, et humaniste, adopte systématiquement une lecture de l'islam semblable à celle que veulent en imposer ses branches les plus dures. Il est amusant de voir un chrétien se réfugier derrière la laïcité ou l'athéïsme pour se targuer de la supériorité de sa confession. Il est de toutes façons invalide de condamner une foi dans son ensemble quand on prétend pouvoir néanmoins parler de Dieu ou d'amour avec un musulman.

  • Désolé, mon texte est parti prématurément. Voici la bonne version.




    Tout d'abord, en relisant votre texte initial, je m'aperçois que vous reconnaissez que l'affaire des caricatures a été déformée (Mahomet avec une tête de cochon, etc.). Cela rejoins ce que je disais sur l'autre fil où je soutenais que si ces caricatures sont de mauvais goût (probablement issues de l'extrême-droite raciste), elles ont par ailleurs été déformées. Le tout est savoir par qui. Les intégristes ou les services secrets israéliens qui voudraient bien voir les Occidentaux les soutenir un peu plus devant le Hamas émergeant.

    Mais revenons à nos propos. Je ne crois pas que le christianisme portait en soi sa propre critique. Si nous avons intégré Platon et Aristote dans la vision chrétienne, c'est par l'intelligence des penseurs (par ailleurs chrétiens) qui ont bien senti que l'Antiquité avait découvert des vérités fort justes. Dans l'intérêt même de leur foi ils avaient intérêt à intégrer ces discours dans les vérités acceptées par l'église. Les renier en bloc aurait été une injure à l'intelligence humaine. Les accepter comme telles, c'était renier leur christianisme. Ils ne leur restait qu'une solution: tenter une synthèse des deux systèmes.

    Bien sûr on ne peut ramener notre catholicisme d’aujourd’hui à l’Inquisition. La victoire serait trop facile de ma part. Mais reconnaissez que du temps de l’Inquisition l’Eglise n’était pas très ouverte au dialogue. Et le procès de Galilée va dans le même sens. Les docteurs de la foi se figeaient sur la lecture des textes sacrés qu’ils interprétaient à la lettre. Reconnaître que la terre tournait autour du soleil, c’était avoué que l’homme (cet homme fait à l’image de Dieu) n’était plus le centre du monde, mais un être perdu au sein d l’immense cosmos. C’était avoué que le récit de la création ne tenait pas debout et du coup tout le reste non plus. Ils s’accrochèrent donc à leur dogme avec une conviction qui ressemble fort à celle de certains intégristes musulmans.
    Si donc cette religion chrétienne qui vous agrée (et j’en suis bien aise pour vous) est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est parce qu’on lui a coupé les ailes et rogner les griffes. C’est aux Lumières que vous devez de pouvoir prier votre Dieu sans risquer de tomber dans un fanatisme outrancier.

    Si l’islam n’a pas connu cette remise en question, c’est sans doute parce qu’il est à un autre stade de son évolution. Cette religion ne tolère en effet aucun compromis (ce qui me la rend peu sympathique au demeurant même si je viens ici la défendre contre votre vision réductrice). Il faut voir aussi qu’elle sert de catalyseur à une revendication culturelle et politique. Ayant perdus leur pourvoir d’autant, les pays arabo-musulmans vécurent la colonisation. Aujourd’hui l’Occident veut encore leur imposer ses idées et son système néo-libéral (l’argent et le commerce) que je m’étonne que vous souteniez, vous qui êtes un spirituel. Par réaction, ils se retournent vers ce qui fait leur identité et là ils redécouvrent leur foi, pour autant qu’ils l’aient jamais perdue. Leur foi qui leur dit qui ils sont vraiment et qui leur fait comprendre qu’en l’homme il y a du spirituel et pas seulement du commercial. Ils préfèrent être eux-mêmes chez eux avec leur foi plutôt que de vivre comme nous dans un monde bassement matérialiste. Excusez-moi, mais on peut les comprendre. Evidemment cela passe par des intransigeances regrettables et cella donne ce que l’on sait.

    Quand je vois qu’hier l’Irak a plongé dans la guerre civile et religieuse, je me dis que cela ressemble à notre saint Barthélémy. Donc, encore une fois, vous me permettrez de me méfier des religions. Faites pour être le meilleur, elles deviennent souvent le pire. Et quand elles sont humaines, comme notre christianisme d’aujourd’hui, c’est que leur rôle a été limité. Encore faut-il se méfier, rien n’est jamais acquis. Pour ma part, l’Opus Dei qui fit la conquête du Vatican sous JP II me paraît très peu conciliant.

    Pour Mahomet et la Chine, j’avais effet lu un peu trop rapidement. Mais je retiens néanmoins qu’il était prêt à aller chercher là-bas les nouvelles techniques qui feraient sa force. L’Amérique elle, fait autre chose. Comme elle a déjà la technique et qu’il ne lui manque que l’énergie pour la faire fonctionner, elle va donc s’emparer des puits de pétrole irakiens. Ce qui n’empêche pas Bush de commencer ses réunions ministérielles par une prière. Tiens donc.

    Les autres intervenants me semblent avoir raison. Vous attribuez à l’islam un défaut de nature qui est plutôt dû à sa situation historique. Ce n’est pas l’islam qui est fanatique, c’est la manière dont certains lisent le Coran.

  • Toxoplasmose, Feuilly, tout de même.
    Les commandos anti-IVG me dégoûtent autant que vous. Cependant, on ne peut pas comparer des intégristes certes encouragés honteusement par l'église avec des mutilations légales qui à l'intérieur de la communauté ou du pays ne sont, comme disait Nabe un jour, qu'une formalité. J'ajoute que l'intégrisme chrétien est minoritaire et d'ailleurs condamné par l'église (et ne me faites pas le coup de confondre les courants intégristes avec les courants conservateurs.) Par ailleurs, l'Occident vit sur la séparation de César et de Dieu et c'est ce qui a permis aux Etats-Unis de condamner le créationnisme - ce qui vous réjouissait à juste titre !
    Je ne sais à quelle science vous pensez lorsque vous dites qu'il n'est pas scientifique de dire que le christianisme est la sortie de la religion. Le philosophe politologue spécialiste de ces questions-là Marcel Gauchet parle ainsi. Désolé de ne pas avoir les mêmes références. Tout comme celle de Rémi Brague, autre exégète reconnu dans ces affaires-là et qui dans "La loi de Dieu" établit les distinctions évidentes entre les trois monothéismes. Navré de me cacher derrière du Name dropping mais vous savez très bien qu'entre des amateurs ou des spécialistes, le débat reste malgré tout le même - sauf que les amateurs se battent à coups de spécialistes....
    Vous me reprochez de poser la supériorité du mode chrétien contre celui de l'islam en me faisant remarquer qu'il faut attendre que celui-ci passe ses six cent ans de retard. Parfait. Attendons. Mais pour l'instant, cette supériorité, conjoncturelle ou pas, est indisctutable. A chaque nation ou chaque système son âge d'or. C'est un peu noyer le poisson dans l'eau que de dire "minute ! dans six mille ans, pardon six cent ans, votre hiérarchie sera caduque." Peut-être, nous verrons bien... Cela dit, dans l'absolu, je pense en effet qu'un principe dialectique est supérieur à un principe moniste - et qu'une religion qui prend en même temps éternité et devenir, substance et changement vaut mieux que celle qui fige tout dans une atemporalité interdite à la discussion. L'histoire du christianisme montre que c'est tout de suite que l'on a commencé à discuter des textes, à les interpréter, qu'on a corrigé certaines choses, remis d'autres, rajouté tel dogme, supprimé tel autre. La "tradition" des Pères de l'Eglise n'est qu'une longue interprétation du Verbe - "tradition" qui, on le dit pour la millième fois, n'a pas eu cours officiellement dans l'islam. Nous attendons tous que l'islam se réforme mais ce n'est pas une raison de se laisser islamiser comme à mon sens l'a prouvé l'histoire des caricatures...
    Quand vous me dites ensuite que je juge de l'histoire islamique "au mépris des aspects culturels, historiques et individuels que revêt l'islam", je crois que vous vous faites ouroboros , car pour moi parler des aspects culturels... de l'islam, c'est parler de l'islam ! L'islam est le fondement de tous ces aspects. Non seulement parce que la religion a toujours été le moteur culturel, moral historique, socio-économique des pays mais encore plus avec celle-ci qui en tant que système moniste confond religion et politique. César est Dieu. L'imam est législateur, juge, général.
    Enfin, je ne me "réfugie pas" derrière la laïcité pour prouver la supériorité de "ma" religion et ne cherche pas à jouer au "moderne" catho pour n'avoir que le plaisir de taper sur l'islam (sauf si vous êtes dans le procès d'intention). Je sais que tout cela est compliqué et j'essaye à ma manière d'y voir clair - et comme il me semble entendre toujours les mêmes litanies (pas critiquer l'islam, critiquer le christianisme), je tente polémiquement (ou non) de rééquilibrer. Et en effet, ceux qui réussiront à faire de l'islam une religion modérée, c'est bien les musulmans modérés - et aussi les apostats. Voilà "ma" contradiction : je me prétends croyant dans mon église et je défends les apostats de l'islam. Je parle d'"islam facial" et je dis ensuite que je suis prêt à prier le Dieu commun avec un musulman. Je fais le grand écart entre l'individu et le collectif. Ca peut paraître tordu, oui, mais c'est la seule voix (impénétrable) de Dieu que j'ai trouvé...

  • petite correction d'abord : nous n'avons pas dit que l'affirmation de Gauchet sur la sortie du christianisme était fausse ou non-scientifique. Nous estimons bien peu scientifique le fait d'inscrire le christianisme dands une dynamique historique, quand en même temps vous figez la nature de l'islam comme ahistorique. Que les clecs musulmans ne soient pas animés, pour beaucoup, d'une vigueur réformatrice ou d'une lecture "progressiste" de leur Livre est un fait, mais nous trouvons hasardeux d'en déduire que c'est "par nature" que l'islam est dénué de tout mouvement historique, ce qui passe d'ailleurs sous silence bien des aspects de cet islam - pas la peine d'y revenir.

    Peu importe à ce niveau l'évolution de l'islam. Il reste que vous ne pouvez pas déduire d'un décalage "conjoncturel" (rien ne dit que l'islam suivra nécessairement la même évolution que le christianisme d'ailleurs) pour en déduire cette radicale hiérarchie de "nature". Vous déportez toujours votre critique du clergé, qui l'encourt souvent, vers la foi musulman elle-même, en vous appuyant sur une lecture intransigeante du Coran - proche de celle des barbus, donc. ça n'est pas "noyer le poisson", c'est se garder de l'amalgame même en situation critique. Libre à vous et à tous les contempteurs de l'islam dans son ensemble de trouver notre point de vue "relativiste", il nous paraît moins mortifère et sclérosant que la condamnation d'une religion in extenso.

    Par suite, vous dites que l'islam est le moteur culturel, politique et socio-économique des pays dont il est la confession majoritaire. Cela ne midifie en rien notre perception : l'Eglise a aussi joué ce rôle quasi-exhaustif en europe, les chrétiens d'occident n'ayant pas toujours baigné dans une souple laïcité-neutralité labellisée 1905, loin de là. Aucune différence entre religions, aucune hiérarchie essentialiste à en tirer ici non plus.

    Vous essayez d'y voir clair, c'est à votre honneur, nous vous disons qu'avec vos généralisations vous faites fausse route, elles sont autant erreur théoriques qu'impasses géostratégiques. Enfin, votre "grand écart" ne semble en rien tordu, mais encore une fois il s'accomode mal de ces généralisations inopérantes et blessantes. S'il s'agit de montrer les dents dans une optique politique, nous regrettons qu'il vous faille alors (vous ou d'autres) emprunter des raccourcis balayés par bien trop de vulgarisateurs mal intentionnés.

    Nous pensons donc nous abstenir de procès d'intention, et nous bornons à pointer ce qui nous paraît profondément erroné dans vos propos.

  • Résumons :
    Nous sommes d'accord pour dire que l'islam est actuellement la religion la plus susceptible d'être critiquée au vu de ses excès. Mais vous rajoutez aussitôt qu'il faut aussi critiquer les autres religions, ce à quoi je vous réponds que la critique du christianisme est très courue chez nous depuis des lustres et que celle de l'islam a bien du mal à se faire (preuve mondiale de cette affaire de caricatures).
    Vous admettez que l'on peut se moquer de l'islam mais trouvez que j'ai été blessant dans mon "torchage". Et ce dessin de Charlie-Hebdo du numéro spécial de février qui montrait, dans une bande intitulée "syncrétiquement correct", un type vomir par terre et son vomi représentant
    un portrait de Jésus, était-il aussi, ou non, blessant ?
    Vous me reprochez ensuite de considérer le christianisme comme historique (et dynamique) et l'islam comme anhistorique (et figé). Figé certainement, mais anhistorique pas du tout. Dans les deux cas, christianisme et islam, c'est bien la religion qui fait l'histoire. Et même si les deux ont des points communs, ils ont aussi des points de divergence, "scientifiquement" prouvables. L'islam s'est fait par la conquête et les conversions forcées alors que le christianisme a mis trois cent ans et presqu'un martyr par semaine avant de devenir religion officielle avec la conversion volontaire de Constantin. C'est pourquoi les conquis arabo-musulmanisés de force défendent "schizophréniquement" une identité qui n'est pas la leur et qu'ils sentent qu'on pourrait encore leur arracher - comme la première.
    Vous reconnaissez le fait de la difficulté de l'islam à se réformer mais refusez d'en déduire une nature in-réformable de celui-ci - comme en effet je semble le soutenir. C'est ici que tout se joue. Ma position en effet peut apparaître confuse dans la mesure où je commence par pointer tout ce qui ne va pas dans le Coran et dans la biographie de Mahomet (modèle un rien fâcheux pour un milliard et demi d'hommes !) et continue en arguant qu'il faut que l'islam se réforme coûte que coûte - admettant par là-même que l'islam est donc réformable ! Mais oui, je l'admets. L'islam peut être réformable et sans doute faut-il le penser pour ne pas sombrer dans l'impasse morale et géostratégique. Mais c'est un fait qu'on attend cette réforme depuis des siècles, qu'elle ne vient pas, que tous ses réformistes sont éliminés et qu'on en vient parfois à désespérer - surtout en voyant ce qui se passe aujourd'hui. Alors oui, à la fin, on se demande si ce n'est pas la nature de l'islam qui est telle.
    Vous dites ensuite que je lis le Coran comme les barbus. Mais non voyons ! je ne cite tous ses versets merdiques que pour montrer qu'ils sont lus encore à la lettre par les barbus - et soyons honnêtes pas que les barbus : quel musulman pratiquant accepte de représenter Mahomet ou de discuter en profondeur du Coran ?
    Une fois de plus, dans l'absolu, une AUTRE lecture du Coran serait possible - sauf que tous les lecteurs autres peinent à faire école et doivent songer à sauver leur peau quand ils s'y sont risqués. Par ailleurs, je me suis tué à dire qu'il jahvé dans l'Ancien Testament autant de versets "douteux" sauf que ces derniers ne sont plus du tout pris en compte depuis deux mille ans. La loi de Moïse qui lapide les femmes n'a plus cours. Celle de Mahomet, si. Là est la différence fondamentale et non fondamentaliste de l'islam avec ses frères aînés. Et ce n'est pas un point de vue ou une mauvaise lecture mais un fait.
    Enfin, on pourra toujours dire que toute critique de l'islam provient de cet impérialisme occidental si honteusement coupable et qu'il est abusif de vouloir régenter une autre culture par la nôtre. Soit. Sauf que l'affaire des caricatures a bien montré que c'était "leur" culture qui venait régenter la nôtre.

  • Un dégueulis en forme de Christ est ni plus ni moins "blessant" que les dessins fadissimes sur Mahomet. Nous préférons ne pas y voir la quintessence de la liberté d'expression en occident. On peut comparer ainsi ad lib ; vous dites que l'islam s'est fait sur la conversion forcée, alors que les chrétiens étaient persécutés. Reconnaissez qu'en matière d'évangélisation ils se sont rattrapés ensuite. Bref.

    L'islam est réformable, puisqu'il n'est ni monolithique ni figé dans le temps. Qu'on déséspère des difficultés qu'il éprouve à se réformer, malgré l'écho qu'on peut donner à ses "dissidents" (terme relativement impropre), nous le comprenons fort bien. Ce sont surtout les musulmans modérés qui doivent désespérer le plus, n'en doutez pas. Parce qu'ils sont victimes des clercs fondamentalistes, et parce qu'ils ne trouvent manifestement que peu d'appui du côté des catholiques vociférents, au hasard.

    Il est donc difficile de vouloir ensuite tronquer la réflexion et poser des "faits" - point - comme vous le faites. Après avoir consenti à inscrire, par exemple, la lapidation dans un contexte historique et culturel, vous en revenez à la comparaison des survivances de la lapidation. A moins de vouloir boucler sur la nature intrinsèque prétendument "mauvaise" de l'islam, ça n'amène nulle part.

    Quant à qui régente la vie de qui, votre culture est bien plus régentée, dans son quotidien comme dans ses fondamentaux, par une certaine forme de biocontrôle "occidental", que par la charia ou les fatwas... La preuve : vous avez placé une caricature de mahomet en exergue sur votre blog et êtes toujours intact.

  • "la religion a toujours été le moteur culturel, moral historique, socio-économique des pays mais encore plus avec celle-ci qui en tant que système moniste confond religion et politique. César est Dieu. L'imam est législateur, juge, général. "

    Ces propos que vous tenez sont en contradiction avec ceux que vous avez exprimés précédemment. Ici vous dites que l’islam est un moteur historique et culturel, alors que plus haut vous avez affirlmé que la grandeur de la civilisation arabe du Moyen-Age ne devait rien à l’islam. Il faut savoir.
    Quand c’est bien, l’islam est étranger au phénomène, quand c’est mal, il en est la cause. Curieux sophisme tout de même.

    Bon, je polémique ici pour le plaisir de polémiquer. Dans le fond, je me méfie des religions, qu’elles soient chrétienne ou musulmane. Quand vous dites que les musulmans (et pas seulement les intégristes) ont une interprétation trop littérale de leur texte sacré, je suis d’accord avec vous. Qu’ils n’acceptent pas l’humour sur ce sujet, c’est vrai. Qu’ils veulent petit à petit nous imposer leur vision du monde, c’est vrai aussi. C’est d’ailleurs pourquoi Charlies Hebdo a publié les caricatures : pour ne pas tolérer qu’un groupe religieux (quel qu’il soit) décide à lui seul des critères de l’humour et de la bienséance de pensée. C’est donc en tant qu’athée et républicain que je les rejoins.

    Là où mes avis divergent des vôtres, par contre, c’est quand vous venez me parler de la supériorité morale et humaine du christianisme. Pour moi il n’y a pas différence de nature entre ces deux religions, mais seulement de degré. Oui, le christianisme se montre plus tolérant, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Disons qu’il a un peu perdu confiance en lui-même, confronté comme il l’a été à la démocratie, à la science et à la république. De plus il n’est plus soutenu par la totalité de la population (loin s’en faut), ce qui fragilise encore sa position. Il doit donc se montrer plus ouvert, plus tolérant, s’il veut survivre. Mais là où il reste majoritaire et là où il a eu un rôle historique et identitaire à jouer, comme en Pologne, on voit déjà qu’il se montre plus belliqueux. JP II s’était d’ailleurs donné une ligne de conduite relativement conservatrice et il n’y a pas dérogé d’un iota durant son long « règne ». Il n’y a jamais eu autant de saints canonisés que sous son pontificat, alors qu’après Vatican II, cette notion de sainteté semblait devenue quelque peu caduque.

    Bref, résumons-nous. Je n’aime pas du tout l’islam radical. Je regrette comme vous que ces incidents aient débouché sur les attaques des ambassades. Mais là où vous dites « je suis un chrétien modéré et éclairé qui condamne cette violence aveugle », je dis : « les pauvres naïfs. En défendant ainsi leur foi avec intransigeance, ils ne font qu’accentuer le fossé qui les sépare de nous, fossé que certains se plaisent déjà à creuser pour nous opposer le plus possible au mieux de leurs intérêts (EU et Israël).

    Car mon cher Montalte, vous parlez toujours de l’intransigeance des Imams et vous avez raison. Mais cette lecture à la lettre des textes sacrés (ou dits sacrés plus exactement, vous permettrez quez moi aussi je reste fidèle à mes convictions) que vous déplorez, on la retrouve pourtant du côté du judaïsme. C’est quoi cette manière de venir dire que la terre d’Israël leur appartient parce que Dieu la leur a donnée. Parce que cela serait écrit de la main même de l’Etre suprême. Parce que le peuple juif serait privilégié en tant que seul peuple élu par Dieu. Je suis désolé, mais de mon point de vue de non-croyant, ces affirmations eschatologiques ont de quoi me laisser sceptiques.

    Et ne me ressortez pas l’antisémitisme, c’est un peu facile. De nos ours, toute critique de la politique israélienne est condamnée au non de l’antisémitisme. Il ne faut pas tout confondre. Le peuple juif est respectable, comme ses représentants d’ailleurs. Tous ces gens ont bien droit à un état aussi. De là à coloniser, à humilier, à détruire et à annexer systématiquement, il y a un pas à ne pas franchir. Mais là, bizarrement, vous restez silencieux. Pourtant quand on voit le raisonnement tenu par certains colons juifs, on n’est pas très éloigné de l’intransigeance arabo-musulmane.

    Et quand vous en rajoutez en disant que nous Chrétiens nous sommes tout de même beaucoup mieux, cela renforce ce clivage des civilisations et cela m’énerve. J’ai connu des Arabes et j’ai connu des Juifs. Dans les deux cas le courant a bien passé. Car les individus comptent plus que les systèmes. Il est vrai que dans les deux cas j’ai eu affaire à des personnes fort modérées. Si modérées qu’elles s’éloignaient des croyances religieuses de leur peuple respectif. Que voulez-vous, là où vous êtes à l’aise avec un musulman pratiquant, je le suis avec un Juif athée. On est comme on est. Seuls comptent les affinités et le système de pensée.

  • Dans son expansion, l'Islam a rapidement rencontré la philosophie grecque. Grâce à cette influence, de nombreux musulmans ont cherché à réconcilier la raison et les données du Coran. Le problème de la théologie rationnelle a donc d’abord été posé en islam. Ceci a donné naissance, dès le 8ème siècle, à des controverses célèbres et à des de multiples écoles notamment celles des Moutazilites ardents artisans de la Raison au détriment du texte.

    Le « Moutazilisme » a été le premier système théologique rationnel dans l'histoire des religions. Partant du fait que tout n'était pas clair dans le Coran (d'après le Coran lui même) il faut donc des outils pour l’interpréter. Cette école a perdu son importance au onzième siècle, mais a marqué l’islam jusqu’à aujourd’hui, et a trouvé écho chez certains penseurs muslamans à partir du 19 ème siècle.

    Le relais va être pris dans l'occident musulman au douzième siècle, Averroès soutenait que la raison philosophique ne pouvait pas contredire l’enseignement du Coran, puisque les deux venaient de Dieu. Il proposa alors de réinterpréter toute la pensée musulmane en s'appuyant sur la raison. Averoés n'a pas eu beaucoup d'écho dans la pensée muslamne puisqu'il est survenu à des périodes troubles et de déclin. Il aura plutôt une grande influence chez l'Occident chrétien et beaucoup d'historiens lui reconnaissent une grande influence dans l'avènement de la Rennaissance en Europe et donc du siècle des lumières.

    Après l'invasion du monde muslman par l'Europe à partir du 18e siècle, certains musulmans ont réagi par un repli sur soi et une volonté de retour aux traditions des premiers siècles de l'Islam (notamment le fondateur de l'école wahhabite). Pour eux seul un retour "mimétique" à la première période de l'islam permetterait de retrouver la gloire perdue.

    D’autres, au contraire ont compris que le déclin du monde musulman provenait d’un manque d’adaptation aux données de la civilisation moderne. Mohammed Abdouh et Al-Afghani (19ème siècle) , par exemple, appelèrent à une utilisation de la raison pour comprendre la vérité de l’islam et réinterpréter les textes de l'Islam à la lumière des progrès accomplis par l'humanité dans le domaine du savoir. D'autres ont poursuivi les travaux entrepris par ces deux grands hommes.
    Mais à partir des années 70, et la manne pétrolière, les saoudiens wahhabites (soutenus par les USa et la France notamment) vont innonder le monde muslaman par les livres allant uniquement dans le sens de leurs interprétations. Ils ont financé des écoles et des univesités, ils offrirent des sommes importantes à d'inombrables associations à travers le monde qui ont propagé leurs idéologie et leur vision simpliste et borné de l'Islam.

    Actuellement, dans tous les pays muslamns, il y a des hommes et femmes courageuses -qui se réclament de l'Islam- qui entreprènent un travail titanesque de réinterprétation des textes à la lumière du monde et du savoir moderne, sans pour autant se renier (cf à ce sujet "les nouveaux penseurs de l'islam" de R. Benzine). Ils font ce travail parfois au détriment de leur vie.

    Mais il est vrai hélas que leurs écrits trouvent peu d'échos dans les médias. Le fruit de leurs démarches sont assourdis par le bruit des wahhabites et d'islamistes bornés qui trouvent écho à la fois dans les mileux populaires musulamns, mais aussi dans les médias occidentaux. Ce qui a pour facheuse conséquence de pousser certains musulmans et non musulamns à réduire la pensée islamique à l'une de ses composantes les plus sombres et idiotes.

    D'autre part ce qui ralentit le travail de réforme de la pensée islamique c'est les confusions actuelles entre le politique et le religieux. Mais cette confusion est-elle consubstancielle à l'Islam ?
    je ne le pense pas puisque le Coran contient à peine 4% de versets que l'on peut qualifier de "juridiques". Il ne mentionne aucune règle qui concerne le focntionnement des institutions politiques. La plupart des versets coraniques concernent en premier lieu le rapport de Dieu à l'homme et à l'univers.
    Comment interpréter alors le silence du Coran sur la question politique ?

    A mes yeux et aux yeux de beaucoup de musulmans ce silence signifie que la question politique est laissée entièrement à la raison humaine. Certes le Coran indique quelques principes généraux qui doivent fonder le "vivre ensemble" comme la consultation (choura) concernant la chose publique, la justice sociale, la recherche de l'intérêt général, la solidarité, ... mais les hommes sont laissés libres de choisir la manière qui leur convient pour gérer l'état. Et avec ces principes précités l'Islam ne fait que rejoindre les grandes religions et les philosophies universelles.

    Tu vois montalte, je ne mets pas ma religion, comme le font les musulmans radicaux, au dessus de la tienne, j'essaye juste de te dire que ma religion est à l'instar de la tienne capable du pire comme du meilleur. Ce n'est pas du relativisme c'est tout simplement une manière de sortir de cette obsession à croire que sa propre culture est La Culture.

  • Thrombose, je ne suis pas paranoïaque et je ne me prends pas pour un martyr, mais je suis solidaire des types qui ont perdu leur place au Danemark comme en France (Cf France Soir) à cause de cette caricature. Et je pense en effet que tous ceux qui nous rabattent les oreilles (je ne parle pas de vous) à propos de vigilance citoyenne ou de défense de la liberté d'expression se sont révélés plutôt couards dans cette affaire. Et si j'ai mis en exergue le Mahomet à la bombe sans avoir de problèmes, j'espère pouvoir encore le faire dans dix ans.
    Je ne vois pas du tout où j'ai "consenti à inscrire, par exemple, la lapidation dans un contexte historique et culturel", ou si c'est le cas, je me suis mal exprimé ou vous avez mal lu. La lapidation est une horreur de toute éternité comme la roue ou la chaise électrique.

    Cher Feuilly, du fait que l'islam soit un monisme religieux et politique, on a tendance en effet à le prendre soit sous sa tendance théologique soit sous sa tendance historique et que moi-même j'use de ce doublet sans toujours prendre garde à définir duquel je parle. Aucune contradiction donc dans mes propos - même si sans doute il faudrait trouver une distinction, sémantique, entre l'islam islamiste (intégriste) et l'islam islamique (historique), bref.
    Sur la supériorité du christianisme sur l'islam comme sur toutes les autre religions et du catholicisme sur toutes les autres formes du christianisme, je serai bien entendu intarissable - mais avec l'idée que tout cela se discute et qu'en ce qui me concerne je ne prendrai jamais les armes pour prouver l'excellence de ma secte romaine. Je les prendrai en revanche s'il s'agit de liberté d'expression. Entre ma subjectivité de petit catho et mon objectivité d'homme libre, j'ai choisi mon combat. Mes chers frères de confession verraient d'ailleurs d'un mauvais oeil que je préfère la cause du corps plutôt que celle du coeur. Je leur répondrai que mon coeur étant à l'intérieur de mon corps, il me semble plus urgent de défendre celui-ci s'il est menacé. Et j'ai bien peur qu'il le soit de plus en plus.
    Sur la question israélienne qui n'est pas celle de ma série de post, ne dirai qu'un mot. L'antisémitisme, ce n'est pas critiquer la politique israélienne, c'est critiquer l'existence d'Israël. Et il me semble que bien de ceux qui trouvent cette politique atroce sont en fait moins contre la violence de l'état que contre cet état - mais là je suis dans le procès d'intention, et ce n'est pas bien.
    J'ajoute que je suis à l'aise avec tout le monde, juif, arabe, belge, basque, extra-terrestre, tout le monde, je vous dis.

    Cher Kalima, voici une intervention que j'aurais pu signer moi-même tant je ne vois rien en elle de contradictoire avec ce que j'essaye de dire depuis deux semaines. Soyons donc tous moutaziliens !

  • Étant Kabyle je me reconnais dans cet écrit, oui moi aussi, g décidé de na plus être musulman par descedance, mais parents le sont, ils ont pratiqué un islam Kabyle, laic des montagnes de kabylie, mais moi g coupé court a cette tradition qui renie mon origine ma langue ma spécifité, cette religion est devenu de plus en plus assoifée de sang, de morts, de négations, dd interdit de tout ce qui n est pas musulman et arabe au quotidien elle m assassinat et m assassine encore de diverses facons .... avec la bénidiction de l état algérien qui se déclare uniquement arabo islamik alors moi et bob nombre de Kabyles refusons cet ABATARDISATION alors nous le payons tres chers nos repères sont attaqués par les intégristes musulamns et l état, nos leaders Kabyles sont assassinés: Matoub, Djaout, Abane etc ... ou exilés ...

    Je ne peux pas en un texte résumer les affres que subissent les Kabyles en Algérie moi me concernant moi, mon épouse et mes enfants nous ne sommes plus musulmans, c notre facons de nous défendre et nous ressourcer auprès de notre identité premièere: Africains, Amazighs (hommes et femmes libres) ... nous refusons la langue arabe car elle nous renie, nous refusons cette religion car elle veut nous déraciner, nous gérer par la peure, l enfer et la terreur ...

    le Deiu de ma maison est amour, respect des autres et effort au travail, et soif de liberté !

    Urrif Idurar

  • incroyable un moine Igeptien sur la télévision Al hayat , pose des questions sur le coran , les hadiths et l’islam en général des questions très embarrassantes et très logiques , ces mêmes questions tirées de coran lui-même des différents hadiths et des livres écrit par des grands savants de la foi musulmane , des questions dans les quelles les chioukhs de l,islam et de el Azhar en particulier se trouvent complètement désorientés et ça c’est pas sans raison parce que des dizaine de millier de musulman en quittés l,islam à cause de lui , et jusque à maintenant les chioukhs n,arrivent pas à lui répondre sauf avec des insultes et des muances de mort , toutes ces émissions avec image ou son ou écrit vous pouvez les trouver sur sont site Internet :
    www.fatherzakaria.com

  • LES COMMENTAIRES 2010 COMMENCENT ICI.

  • ooooh nous les musulemant nous somme fiére et tout ça sure Mohamed(salla llah 3alayehi wa sallam) est faux il etait juste il dit la verité ... nous les musulemant nous nous dit rien sur votre religient alors il faut que vous t'aisée

  • Oui, comme vous dites, petit farceur lettré plus anti-islamiste que moi...

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