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Marcela Iacub ou la synthèse extraordinaire du libertarisme le plus flamboyant et du fascisme le plus prophétique

 

 

 

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Sur Atlantico

 

L'essayiste Marcela Iacub a entretenu une liaison de sept mois avec Dominique Strauss-Kahn. Dans "Belle et Bête", elle raconte l'être aimé : mi-homme, mi-porc. A travers son livre, l'auteur expose un féminisme féroce, sans pitié pour les hommes prédateurs et encore moins pour les femmes qui ne sont pas prêtes à être prédatrices. Et si la pire trahison de l'auteur était celle de son camp en révélant au grand jour l'horreur idéologique d'une certaine gauche ?

Tout le monde s'énerve à propos du livre de Marcela Iacub, Belle et bête, qui paraît le 27 février chez Stock [sauf si DSK arrive à le faire saisir avant], et dont Le Nouvel Obs a déjà proposé un fameux effeuillage - au grand dam des consciences de gauche qui n’aiment pas tellement qu’on révèle au grand jour leurs contradictions socialo-individualistes ou marxo-hédonistes. Les mêmes que Clouscard et Houellebecq avaient stigmatisés depuis longtemps : on est socialiste économiquement (du moins, on essaye) mais on est ultralibéral sexuellement (et là, on ne transige pas). Il est vrai que ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à une synthèse extraordinaire entre le libertarisme le plus flamboyant et le fascisme le plus prophétique, celle qu’incarne à coup sûr cette Merteuil sans complexes.

Car le seul véritable intérêt que va présenter ce livre sado-misandre (parce que la dimension "littéraire" si vantée par Laurent Joffrin et Gérard Lefort n’apparaît pas encore évidente au vu des pages qu’on a pu lire et malgré une comparaison, disons stupéfiante, avec Esope, Kafka et Orwell !) est qu'il va exciter, secrètement ou non, l'instinct de vengeance de certaines femmes qui rêveraient d’être aussi intensément manipulatrices que cette Marcela et le fantasme inavouable de certains hommes qui se damneraient pour rencontrer ce genre de femmes. A travers Marcela, voici donc une sorte de féminisme (ou de masochisme) féroce, sans pitié pour les hommes prédateurs et encore moins pour les femmes qui ne sont pas prêtes à être prédatrices - et qui du coup imaginent qu’un viol ne peut être autre chose que "traumatique", les pauvres chéries. Une nouvelle et très vengeresse guerre des sexes où l'on couche non pour se perdre mais pour perdre autrui, et où la logique tradi du "sucer, c'est tromper" laisse la place à celle, indéniablement plus féministe, du "sucer pour tromper". Tout cela risquant paradoxalement de rendre DSK sympathique et de confirmer Anne Sinclair dans son rôle de madone sacrifiée - et cette fois-ci par une femme... Mais la femme est un loup pour la femme.

Bien entendu, on n’a pas cessé depuis deux jours de rappeler qui était Marcela Iacub, cette Zahia qui se prend pour Lou Andrea Salomé, ses déclarations fracassantes sur Auschwitz, le viol et les mères porteuses - et qui n’indigneront au fond que ceux qui n’ont pas encore compris qu’aujourd’hui le ressenti de l’individu l’emporte sur le sentiment collectif et que l’exception ou la singularité font loi bien plus que l’universel. Son propos sur les gens qui seraient revenus des camps de la mort sans être "traumatisés" est certes insoutenable du point de vue de la conscience historique et de la morale collective, et une insulte faite aux rescapés, mais d’un point de vue purement subjectif, singulier, dénué de Surmoi, et qui n’a cure de l’Histoire, y compris de la sienne, j'allais dire : d'un point de vue post-moderne et fier de l'être, où l'indifférence revendiquée va de pair avec l'innocence la plus cathare, on trouvera toujours quelqu'un pour soutenir sincèrement cette position (un peu comme, disait George Steiner, on trouvera toujours quelqu'un pour soutenir sérieusement que Shakespeare, c'est de la merde). De même, on rencontrera toujours des femmes (ou des hommes) trouvant très malin de faire une pipe à six millions d'euros. Iacub se dit du côté des cochons qui vivent leurs pulsions sans calcul mais elle se retrouve bien, et personnellement, physiquement, sexuellement, du côté des chiennes qui calculent ce qu’elles peuvent tirer en gloire et en fric auprès d’un pauvre diable. Beau jeu d’écrire ensuite qu’elle a trouvé ce dernier touchant dans sa cochonnerie, émouvant dans sa boulimie sexuelle, tombant dans tous les pièges qu’une femme peut tendre, le dernier étant à ce jour, le sien, mais qu’elle-même se trouve formidable d’avoir vécu une liaison si "poétique".

Quant aux mères porteuses épanouies et persuadées de vivre "une grande aventure humaine", telle Colleen, la mère porteuse courage que l’on voit dans Naître père, ce documentaire de Delphine Lanson sur ce couple gay qui a décidé d’avoir des enfants et qui a eu recours à ce qu’Elisabeth Badinter appelle sans pleurer une "GPA éthique", où est le problème ? Toute femme, du moment qu'elle est assez forte pour l'assumer et assez sensuelle pour en jouir, a le droit de louer son ventre ou son vagin sans qu’on n’en puisse rien y redire. En vérité, Iacub s’intéresse non pas tant aux minorités opprimées qu’aux minorités de minorités qui font leur beurre de cette oppression. Son rayon, c’est la pute bienheureuse, l’esclave épanouie, la rescapée je m’en foutiste, la violée-que-ça-va-pas-m’empêcher-de-vivre. Triomphe d’une volonté féministe, en quelque sorte, mais d’un féminisme absolument pas fraternelle, d’un féminisme individualiste, autarcique ou surhumain - au choix.

Alors oui, on pourra dire que Marcela Iacub est en effet une individualiste ultra-ultra libérale, sans Dieu ni maître, qui ne perçoit le monde qu’à travers la subjectivité en rut (qu’elle appelle cochonnerie) et selon cette idée très performative et au fond très fasciste que la raison la plus basse est toujours la meilleure : est en effet fasciste celle qui ne raisonne que selon le sang, le sol, le sperme et le tout. Une féministe d’un genre nouveau, le genre reptilien, pour qui la seule réalité est sexuelle, financière et individuelle. Une sorte d’ Alain Soral en jupon pour qui qui la bagatelle est toujours un massacre, la séduction un préliminaire à l’extermination et la civilisation une pure hypocrisie que l’on fait passer pour un malaise et qu’il faut gérer fissa. Bref, l'aboutissement d'une certaine pensée anarchico-gauchiste, beatniko-libertaire (à dix mille lieues de Jaurès ou de Chevènement, on est d'accord), et qui comme toujours avec ce genre de pensée aboutit à une forme de totalitarisme du plus fort ou de la plus fatale.

 Mais on pourrait dire aussi autre chose de cette succube, quelque chose qui expliquerait le tollé qu’elle a déjà commencé à susciter auprès de la gauche morale, quelque chose d’impardonnable sur le plan idéologique et qui ne se fait ni à droite ni à gauche ni nulle part, au risque de ridiculiser tout le monde, quelque chose qui s’appellerait… vendre la mèche.

 

 

Addendum :

Marcela face à Jacques de Guillebon dans Ce soir ou jamais.

Lien permanent Catégories : Spectacles sociaux 9 commentaires 9 commentaires Imprimer

Commentaires

  • Remarquable article déjà lu sur Atlantico.
    En période de crise, la montée certaine du rouge-brun, que vous analysez sur ce cas bien précis.

  • Mais il n'y avait pas des confessionnaux dans le temps pour ce genre de pathologie hystérico-littéraro-financière ? Ah ! j'oubliais on est chez les disciples de Moïse ...

  • Entièrement d'accord avec cet article, sauf sur l'emploi du terme "anarchico"... Je ne suis pas certains que Proudhon et compagnie aient pu supporter d'être attacher à cela, eux qui défendaient la famille face aux féministes rageuses de leur époque...

  • Prochaine étape, et stade suprême de la pensée Iacub : se trancher un nibard. C'est manifestement la conséquence logique de son féminisme armé, son individualisme asexué, son subjectivisme puritain : tous des satyres nés, toutes des Amazones futures. L’Ève future

    Épouvantable ! Cette meuf est un monstre. Et mal dans sa peau, avec ça.

    Car là est le fond du délire : ces gens-là, les Butler, les Iacub, les pseudo-féministes confondant ordre du désir et ordre du besoin et à qui la "libération" sexuelle tient lieu de combat de classe, ne sont mus que par la haine de soi. Une haine qu'ils tiennent pour le seul ordre social possible, symétriquement à la brutalité de l'état de nature : la loi sociale miroir de la loi naturelle honnie...

    Par contre, cher Pierre, je ne saisis pas le sens de ton allusion à Alain Soral, dont je ne peux que te recommander la MONUMENTALE Sociologie du dragueur... (Par contre je suis ravi - et surpris - de voir sous ta plume une rapide mention de Michel Clouscard, homme charmant et penseur d'exception, fascinant logicien prophète de l'après-68, auquel j'ai eu la chance d'être intimement lié d'amitié à la fin de sa vie... grâce à Soral qui me l'a présenté en 2003. Je te recommande son PRODIGIEUX Traité de l'amour fou, que tu connais peut-être.)

    Cdt.

  • Ach, je ne comprends pas le parallèle avec oncle Soral...

  • Oncle Soral ne s'est-il pas lui aussi défini au début de sa carrière comme une sorte de dragueur impénitent et politique ? N'a-t-il pas lui non voulu être une sorte de Don Juan subversif démontrant que tout passait par le sexe et le pouvoir ? Je me rappelle d'une interview de lui dans Entrevue il y a des années dans laquelle il se vantait d'avoir fini par embrasser la militante féministe qui l'avait insulté lors d'une émission de Mireille Dumas consacrée, justement, aux rapports entre entre sexe et pouvoir. Par ailleurs, toutes ses analyses sur la société et le désir, le "sodo-libéral", etc, ne sont-elles pas en écho avec le projet de Iacub ?
    Tenez, voyez donc cet extrait où il parle de son expérience de dragueur déchu pour qui le plaisir a été de "lever des filles riches" avant de faire dans la "drague de rue".

    http://www.youtube.com/watch?v=Ot0S2H09FrI

    Bien entendu, Soral met ça sur un plan plus "dialectique" de la lutte des classes, de la plus value socio-érotique, avec l'idée de "punir les femmes" ou de se faire punir par elles, etc. Mais on reste dans le même rayon "expérimental" de la Iacub. Expérimenter sexuellement hommes ou femmes pour voir ce que ça donne "sociologiquement" ou "littérairement" (et je mets des guillemets, hein) et surtout pour expérimenter son pouvoir sexuel et social. En gros, Soral fait jouir les hommes et Iacub fait jouir les femmes.

  • Merci de ces éclaircissements, je comprends mieux ce que vous voulez dire - sans trop savoir si vous avez raison de faire cette comparaison, je ne connais pas du tout M. Iacub. Il y a en tout cas un côté pathétiquement goujat chez A.S. avec ses 700 conquêtes revendiquées. Je ne pense pas que notre ami aime beaucoup les femmes, d'ailleurs, même si cette expression est un peu vague. Disons, pour aller dans votre direction, qu'il préfère faire jouir les hommes que les femmes.

    - Par ailleurs, il y a quelque chose qui me gêne dans votre texte sur le mariage homo, j'espère arriver à le formuler clairement. A bientôt donc peut-être.

  • Marcela Iacub n'a jamais été appréciée des féministes et depuis au moins dix ans qu'elle existe médiatiquement, tout le milieu féministe la conchie et tous le monde la considère comme une masculiniste.

    Donc de dire qu'elle appartient au "monde féministe", dans sa tête, c'est certain mais dans les faits : non.

  • Esther, nom de Dieu, que deviens-tu ?

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