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Nous les salauds qui soutenons Roman Polanski et Frédéric Mitterrand...

 

polanski-wanted-and-desired.jpgMitterrand, la mauvaise vie.jpg

... je me demande bien ce qui ce qu'il y a de pourri en nous. Je me demande bien ce qui fait que nos sympathies vont épidermiquement du côté des coupables - car Roman et Frédo sont coupables, il n'y a aucun doute là-dessus, l'un d'un délit avéré et avoué doublé d'un délit de fuite, l'autre de complaisance narcissique et de confessions abjectes. L'un relève de la loi et risque la prison, l'autre relève de la morale et risque le bannissement politique. L'un a commis un délit sexuel, l'autre s'est vanté des siens dans un livre - car il s'est vanté, c'est clair, il a vanté sa repentance, sa culpabilité, sa souffrance même ! Il en a fait une tartine de sa souffrance ! Sous prétexte de ne pas mentir et de faire acte d'écrivain, il a avoué des choses qui tombent sous le coup de la loi si elles étaient des faits et qui heurtent l'opinion dès qu'elles sont lues. Sauf qu'un livre dans lequel on explique son crime ne sera jamais une preuve de ce crime ! Je peux  violer ou tuer quelqu'un et l'avouer dans une autobiographie ou un journal intime, on ne pourra jamais se servir de cette autobiographie ou de ce journal intime pour m'accuser de meurtre ou de viol - à la limite, on pourra m'accuser de mauvais esprit, ou de faire l'apologie du  viol et du meurtre, et dans ce cas-là je pourrais toujours me défendre en disant que mes excellents confrères, Agatha Christie ou Dostoïevski, n'ont pas fait autre chose.  Ecrire ses enculades thaïlandaises,  c'est enculer la loi. On peut faire passer ses actions réelles pour des fantasmes, dire aux gens qui vous aiment que ce ne sont pas que des fantasmes et aux gens qui ne vous aiment pas que ce ne sont que des fantasmes. Un vrai problème littéraire quand on y pense, un problème qui pose même l'essence de la littérature. Jusqu'à présent, les littérateurs  (je parle des plus grands écrivains comme des plus médiocres) se sont protégés derrière le secret social, mais dans une société transparente comme la nôtre, tous les secrets sont violés - et bien souvent la violation de ces secrets révèle des viols réels. Si demain, on retrouvait des indices, puis des preuves, démontrant que Baudelaire participait à des tournantes, ou que Dostoïevski avait vraiment été Stavroguine dans la vie - devrions-nous continuer à les lire ? A les admirer ? Mitterrand n'est certes ni Baudelaire ni Dostoïevski mais sur le plan moral, le problème est le même. Et sa Mauvaise vie nous le met en plein dans la gueule.

Et c'est pourquoi Mitterrand est beaucoup plus pervers que Polanski puisqu'il avoue ce qu'il a fait en sachant qu'il ne sera jamais pénalement inquiété, alors que Polanski  nie ce qu'il a fait alors que c'est de cela qu'on l'inquiète. A la perversion sexuelle s'ajoute la perversion littéraire : on dit des choses qui pourraient nous mener en taule si on les prouvait, mais comme rien n'est prouvable en littérature, eh bien, on prend simplement le mini risque de passer pour un douteux personnage, ce qui pour un dandy est le suprême chic. C'est quand le dandy devient ministre que tout cela ne fonctionne plus. Entre parenthèses, pourquoi diable Sarkozy a-t-il été cherché Frédéric Mitterrand ? Parce qu'il voulait s'offrir un Mittterrand et ce faisant s'emparer du dernier symbole de l'ancienne France ? Certainement, mais pas seulement.  Mon avis est que Frédo est un homme qui correspond tout à fait à "l'éthique sarkozienne" (on ne rit pas). "Courageux et talentueux", aurait dit le président à propos de La mauvaise vie. Eh oui, car transparent ! La vertu sarkozyste cardinale ! Tout montrer, tout dire, tout faire au grand jour.  Lui-même, Sarko, a commencé sa campagne comme ça, en avouant très fièrement qu'il pensait à la présidence pas seulement le matin en se rasant ! Les gens ont applaudi tant de sincérité assumée. Depuis, il en a tellement fait dans l'exposition blingo-bimbo que cela s'est retourné contre lui. Le Fouquet’s avec Halliday et les autres, le soutien au grand jour pour Clavier,   le "pauvre con" au plouc, l'augmentation insensée de son propre salaire clamée à tous, les footing live,  la déshydratation quasi en direct,  le fils préféré à la Défense, et Carla en vitrine  perpétuelle, les gestes de tendresse derrière la vitre de la voiture - très beau d'ailleurs, ces derniers. Je suis certain qu'ils vivent une passion amoureuse, ces deux-là, et c'est sans doute ce qui fera sa légende à Sarko : un héros de roman, président incroyable qui aura plus fait pour lui que pour la France, se permettant tout, osant tout, ayant fait de son cynisme une sorte de candeur héroïque et innocente. Loft Elysée, et donc loft Mitterrand. Hélas ! Il y a des lofts qui ne passent pas auprès du public.

Un écrivain a le droit, surtout en France, d'être immoral, équivoque et trouble, un homme politique a le devoir, même en France,  d'être exemplaire - surtout dans les affaires de mœurs qui, contrairement à ce que pensent les sociologues, touchent beaucoup plus les gens que les scandales financiers. Pour autant, Marine Le Pen a tout à fait  raison quand elle argue qu'il y a une morale d'Etat qui n'a rien à voir avec la morale individuelle ou littéraire. Ce faisant, elle pose là un problème politique et philosophique majeur, déjà posé par Pascal et Montaigne, et que ceux-là résolvaient en disant que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire au peuple, et que, par conséquent, la morale d'Etat se doit d'être nécessairement hypocrite, au moins sélective. La vérité est l'affaire des philosophe, éventuellement des gouvernants (et encore !), jamais des gouvernés. Pour le peuple qui a tort même quand il a raison (car quand il a raison, c'est par hasard), des vérités comme celles des affaires Polanski-Mitterrand mèneraient les intéressés, et d'ailleurs sont en train de les mener, au lynchage. Comme aurait pu le dire Finkielkraut dans sa diatribe hallucinée sur France Inter, ce n'est plus la France qui a peur, c'est la France qui fait peur. Pour le peuple, la vérité, ça veut dire la guillotine, et la justice, ça veut dire la vengeance sociale. Se faire un artiste connu et célébré, c'est le méga pied ! Brûler un cultureux, un ministre, un Mitterrand pédophile, c'est la mauvaise joie immense et assurée ! La dénonciation de l'argent et du sexe, le peuple est au coeur de son système moral, celui qui fonctionne enfin pour lui et que personne n'aura la décence de lui refuser - sans compter que dans cette affaire, c'est la droite qui est obligée de défendre le libertin et la gauche qui se voit  prendre des airs d'ordre moral. Enculé de peuple, quand même ! Et saloperie d'Internet ! (car Internet, aujourd'hui, c'est le peuple, et le peuple dans ce qu'il de plus férocement démocratique). Au fond, ce que Sarko, Mitterrand et les autres n'ont pas compris est que dans une société ultra-démocratique, la transparence se retourne contre les élites. C'est une sorte de nuit du quatre août dont les puissants n'ont pas vu qu'elle finirait par les desservir. En fait, le triomphe de la transparence, c'est le triomphe du puritanisme. Avant on ne savait pas grand-chose, on pouvait se douter, on ne pouvait rien prouver, on finissait par laisser tomber ; aujourd'hui, on sait tout, on voit tout, on lit tout (il y a encore dix ans, aucune chance que La mauvaise vie tombe dans les mains du pékin moyen), et donc on fait la révolution - car elle a lieu la seconde révolution française et d'ailleurs mondiale, en ce moment même, elle a lieu derrière les écrans d'ordinateur et non plus dans la rue.

Mais alors, puisque nous-mêmes sommes conscients de la culpabilité évidente du réalisateur du Locataire et du locataire de la rue de Valois, pourquoi ne signons pas contre eux ? Pourquoi ne réclamons-nous pas l'extradition de l'un et la démission de l'autre ?  Pourquoi, puisque nous avons admis la vérité, avons-nous tant de mal à admettre la justice ? Parce que nous  sommes quoiqu'il arrive toujours du côté de l'empire ? Parce que nous ne voulons pas hurler avec les loups ? Parce que nous nous  persuadons que nous sommes au dessus des foules, et ce faisant, donnant raison à celles-ci sur ce qu'elles pensent de nous - qu'en effet  nous sommes bien de sacrés enfoirés incapables de s'indigner de ce que les jugements de cour vous rendent blanc et noir selon que vous êtes puissant ou misérable ? Parce que nous préférons notre mère à la justice et nos oncles imaginaires à  l'opinion publique ? Parce que nous avons réellement intégré l'innocence du désir et l'inconscient créateur et que le désir nous apparaît bien plus sacré que l'enfant ? Parce que nous rêvons d'un monde idéal où la justice se ferait sans mal et où la vérité ne blesserait personne ? C'est vrai, ça. Pourquoi faut-il que la vérité serve toujours les chiens ?  A priori, nous étions pour  que Roman Polanski rende des comptes à la justice, il ne faut pas croire, nous ne sommes pas si immoraux, mais ces cris de haine autour de lui, ce ressentiment social d'une violence inouïe, cette infection populiste, cette croisade anti-pédophile aussi hystérique que les croisades anti-fascistes (Maurice Sachs, revenez !), nous auront vraiment écoeuré. On rendrait volontiers la justice s'il n'y avait pas ces assoiffés de justice ! On punirait sans état d'âme s'il n'y avait pas tous ces sadiques bien-pensants. La meute nous irrite tant que nous finissons par être du côté du salaud et que nous devenons salauds à notre tour. Nous choisissons notre injustice individuelle qui ne fait de mal à personne à la justice collective qui veut faire du mal aux individus - donc à nous ! Nous préférons les accusés nommés que les accusateurs anonymes ! Contre ces derniers, plein de morale odieuse, nous en appelons au pire monstre jamais généré par l'intelligence humaine : le droit.

C'est ce que  m'expliquait  Lord Henry, l'autre jour, entre deux huîtres. Nous parlions de l'affaire Polanski et j'avançais l'argument du vice de forme que prit l'affaire en 77 à cause d'un juge mégalo.

- Quand on connait l'affaire dans le détail, on s'aperçoit que le juge Rittenband s'est vraiment rendu coupable de vice de forme et que par conséquent...

- Et que par conséquent, quoi ? Polanski est innocent ?

- Heu oui, non... En fait...

- Vous savez ce qui fait de nous des salauds, Montalte ? Miamm slurrrp...

- Non, Henry. Qu'est-ce qui fait de nous des salauds ?

- Eh bien, sslliiieeurp, c'est que pour nous, mniammm, le vice de forme est pire que le crime, sleurrp.

- Pas faux.

- Oui, slupr, ce qui nous indigne dans cette affaire, c'est la sale gueule du juge, Laurence Rittenband, tronche de cake de texan puritain et impitoyable, miiiaaam, rustre d'extrême droite qui devait être inculte, vulgaire, flingueur sans complexe de tout ce que nous aimons dans la vie, sllluuurppppp.

- C'est vrai, mais...

- En revanche, siiiiiamm, laaccchhh, miam, l'acte lui-même de Polanski qui viole une gamine après l'avoir droguée et saoulée, ça, sluuupr, passe au second, buuuuuorgh, plan. Miam.

- Pourtant, vous avez vu le film "Roman Polanski : Wanted and desired" de Marina Zenovich, vous avez vu qu' il a manipulé tout le monde, ce juge, Polanski, la fille, l'avocat, et même le procureur. Bon, ce dernier est revenu sur ses déclarations, mais globalement...

- Globalement, miam, vous trouvez que cette manipulation est plus grave que le délit, sluuuuuuurp ? Oui, vous le trouvez, c'est clair, shhhlliou. C'est vrai qu'il a manipulé tout le monde, mais enfin quoi, c'est une petite manipulation juridique dont la gravité est minuscule par rapport au délit reproché à Polanski, non ? C'est une manipulation au service de la bonne cause ?  Schhhuiiiop. Après tout, la morale, c'est plus important que le droit, vous ne trouvez pas ? Sllurrrrp.

- La morale, la morale...

- Oui, la morale, elle nous fait mal, la morale, tellement elle est réelle, elle. Et c'est pour ça qu'on se réfugie dans le droit, afin d'atténuer ce réel, et mieux, de condamner ceux qui y sont trop sensibles, comme ce juge indéniablement antipathique et qui avait une manière plutôt perverse de mener son enquête...

- Vous le reconnaissez !

- Je reconnais surtout qu'on ne pardonne pas à un juge la perversité de sa sévérité alors qu'on a déjà accordé un blanc-seing à  la perversité d'un violeur.

- Faux ! L'accusation a renoncé au viol, il ne s'agit que de détournement de mineur !

- Vous avez sans doute techniquement raison, mais cette raison me navre. Que vous vous acharniez à défendre Polanski, que vous n'ayez pas une pensée pour sa victime...

- Qui lui a pardonné !

- Elle ne lui a pas pardonné ! Elle a retiré sa plainte car elle n'en pouvait plus qu'on lui rappelle cette histoire. Elle a été trop faible pour supporter ce qui pouvait lui rendre justice ! Heureusement que la loi est là pour sanctionner les coupables même quand leurs victimes les "pardonnent" pour avoir la paix. La justice se doit d'être impitoyable car elle sert plus la collectivité que l'individu. Si Samantha Geimer-Gailey a été assez lâche pour lui pardonner ou assez vénale pour accepter cinq cent mille dollars et on n'en parle plus, c'est son affaire et sa honte.

- Elle a peut-être retiré sa plainte car au fond elle était consentante et...

- Une fille de 13 ans n'est pas consentante même si elle le dit ! Une fille de 13 ans n'a pas à donner son consentement ! Même si la nuit avec Polanski s'était bien passée, même si elle avait été heureuse avec lui, la loi aurait dû le condamner, lui, et la fesser, elle, point barre ! Pas de pitié pour les détourneurs de mineurs ni pour les mineurs qui se laissent détourner, et vive la justice ! Ha !

- Et la mère, elle était où ce soir-là ? Qu'est-ce que c'est que cette mère qui laisse sa fille de treize ans toute une soirée avec un homme connu pour aimer les jeunes filles, et psychologiquement instable ?

- Regardez comme vous êtes corrompu ! Après le juge et la fille, la mère ! On charge la mère !  Haro sur la mère ! Puis ensuite sur le père, le cousin, la vieille tante ! Tout le monde coupable, tout le monde responsable, sauf Polanski ! Ah, elle est belle la France de Matzneff !

- Je croyais que vous aimiez Matzneff !

- La tête que vous faites quand vous dites ça ! La tête de l'esthète déçu qu'on l'abandonne, qu'on lui préfère la dure morale, qu'on l'accule à cette morale qu'il hait tant, et pour ne pas dire plus ! Tordant ! Allons, rassurez-vous, Montalte, je l'adore, Matzneff ! Et je l'adore, Polanski ! Et je le respecte, Mitterrand ! Tout comme vous, je préfère l'art à la justice, vous savez... Et puis, ce n'est même pas une question d'art, non, c'est une question de sympathie naturelle que j'ai toujours eu pour les blessés du désir, les maudits de la sexualité. Franchement, si Dieu existe, je le remercie de ne pas m'avoir fait pédophile ! vous imaginez cette horreur qui tombe sur vous. Bander pour des pisseux, des morveux, des gamins ! L'angoisse que ça doit être ! Tiens, j'ai envie d'aller me faire étriller comme un sale gamin chez maîtresse Misandra ! Ca m'apprendra à dire des conneries grosses comme moi ! Vous venez avec moi, Montalte ? Je la connais et elle va vous mijoter une fricassée au petits oignons.

- Heu, une autre fois...

- Alors, à la prochaine, l'ami !

Et tandis que je regardais Lord Henry s'éloigner en titubant (putain ! écrire cette phrase !), je me disais que c'était finalement un grand péché, sinon le péché irrémissible, que d'avoir en face de soi la vérité et la justice et de leur résister.  Derrière moi, des dîneurs causaient de l'affaire et rivalisaient de sévérité contre ce juif de polonais violeur et cette pédale pédol de traitre socialiste. Non, décidément, impossible de ne pas me sentir de tout cœur avec ces salopiauds. Impossible de ne pas dire la vérité, mais impossible d'être du côté de la justice. La transparence fait décidément bien des ravages. Et la pesanteur est totale.


PS : à propos de l'extrait de La mauvaise vie lue par Marine Le Pen, et dont on a dit qu'elle avait tronqué le texte (en fait, elle a lu "jeunes garçons" alors qu'il était écrit "garçons"), il est remarquable de constater qu'au bout du compte, la page non tronquée est pire que la page tronquée.

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/culture/20091008.OBS3981/les_extraits_de_la_mauvaise_vie_lus_par_marine_le_pen_c.html

Sinon, il paraît que 67 % des Français sont contre la démission de Mitterrand. Comme quoi... Comme quoi d'ailleurs ?

 

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Commentaires

  • C'est un peu le texte que j'attendais de votre part... Et je pourrais en signer presque toutes les phrases (le peuple - dont je croyais que vous disiez qu'il n'existait pas... - pouvant bien sûr avoir raison autrement que par hasard), mais pas l'ensemble. Car vous vous obligez vous-même à lier des choses qui peuvent être séparées : une fois que l'on a reconnu les culpabilités, différentes mais réelles, de Polanski et FM (et de la mère de Samantha Geimer-Gailey, je suis bien d'accord avec vous), on n'est pas obligé d'appeler au lynchage contre eux, on peut soit rester sur la réserve à ce sujet (comme bibi : http://cafeducommerce.blogspot.com/2009/10/au-bal-des-faux-culs-et-des-vrais.html), soit carrément, pourquoi pas, s'attaquer à des vices de forme, s'il y en a. A titre personnel, je me fous complètement que Polanski soit condamné et Mitterrand démissionné, ce n'est pas mon rôle, et écrire sur le narcissisme complaisant du second d'entre eux ne m'empêche pas d'avoir aussi une forme de compassion pour lui.

    On admettra quand même que que les premiers défenseurs de Polanski étaient bien légers concernant la réalité avouée des faits et ont eux aussi, pas seulement les instincts vengeurs de la foule, contribué à radicaliser le débat dans une logique binaire. (Sans compter, y compris chez Finkie, un recours pour le moins paradoxal à la culture de l'excuse : cet homme a tellement souffert...)

    Sur FM, deux remarques :
    - pour avoir pas mal parcouru son livre, je peux vous dire que l'auteur n'y entretient aucune ambiguïté quant à la véracité des faits. En justice, je ne sais pas ce que cela vaudrait, mais il est clair que "La mauvaise vie" est celle de FM, pas celle d'un autre fantasmé (ce qui ne veut pas dire que tout y soit vrai, mais c'est présenté comme tel).

    - ce livre fut un succès de librairie, et c'est entre autres pour cela que je nuancerais votre phrase sur le triomphe de la transparence comme triomphe du puritanisme. C'est vrai, mais la transparence, c'est aussi l'exhibitionnisme, et le succès du livre fut aussi dû à ce fameux "courage" qui n'en est pas vraiment - mais qui paradoxalement le devient (un peu) quand l'opinion se retourne. L'affaire Mitterrand est complexe non tant par les faits que par ce triple niveau : que peut-on faire, que peut-on dire, et est-ce différent quand on est ministre ? Un ministre qui en démocratie "représente" les Français, alors qu'un dictateur, après tout, s'il est pervers... Quand FM n'était qu'artiste ou intellectuel, il était presque bien vu de sa part d'exhiber sa sexualité. Cela devient choquant quand l'intéressé devient ministre. Finalement, par hasard ou non, vous êtes d'accord - et moi aussi - avec le peuple dans cette affaire...

  • Je ne comprends pas que l'on soutienne les deux en même temps puisque leurs cas procèdent de logiques inverses.

  • Deux logiques qui se complètent à mon avis. Mitterrand avoue littérairement ce dont on accuse judiciairement Polanski. Bien sûr, disant cela, je suppose la culpabilité de l'un (à demi avouée par Polanski) et de l'autre (même si Frédo ment ouvertement et en vain quand on l'interroge hors littérature ; mais à qui fera-t-il croire qu'il est allé en Thaïlande pour se faire des "garçons" de son âge ou au pire qui en avaient "cinq ans de moins" ?)
    C'est d'ailleurs "mon" drame où plutôt celui des gens qui les soutiennent : reconnaître les faits et avoir malgré tout de la sympathie pour ceux qui les ont commis. C'est la raison pour laquelle, si je dois mettre les points sur les "i", et vu l'ambiance qui règne sur internet, mieux vaut les mettre, "mon" soutien est plus que relatif - car il est évident que le bons sens, la justice et la morale voudraient que l'un soit extradé et l'autre démissionné. En fait, j'essaye de me faire la voix de ceux qui, comme Luc Ferry par exemple, sont partagés entre leur indulgence naturelle et leur lucidité. "Mitterrand a peut-être honte de ce qu'il a fait, mais il l'a quand même fait", disait Ferry l'autre jour, pourtant "favorable" à ce dernier, et rajoutant qu' "aux Etats-Unis, il serait mort politiquement dans la seconde". En fait, plus on en parle, moins on les soutient.
    Un ami à moi me répondait en privé qu'il y avait là peut-être une raison générationnelle, que les gens qui soutenaient Polanski et Mitterrand étaient tous des gens de cinquante ou soixante ans, tous plus ou moins dépendants des années 68 et 70, et que finalement même chez les plus réacs (type Finkielkraut) on retrouvait quelque chose du beatnick. Et c'est vrai que dans cette génération, on dirait que chaque intellectuel a eu son quart d'heure pédophile, en tous cas ses cinq minutes de soutien à tel ou tel pédophile, y compris un Jean-François Revel qui dans ses Mémoires se vante un moment d'avoir menti à un procès pour sauver un de ses amis, "fous d'enfance" comme on disait à Jalons.
    A contrario, la nouvelle génération, droitiste ou gauchiste, semble infiniment plus morale, et infiniment plus intransigeante que l'ancienne. D'où en effet les réactions d'un Amont, d'un Vals, ou d'un Montebourg qui, tout gauchistes soient-ils, ne sont pas du tout sur les lignes hédonistes post-soixantuitards de leurs anciens maîtres à penser (Lyotard, Deleuze, et même BHL !). Au final, le dernier soixantuitard qui nous reste, c'est Sarkozy.
    Bref, ce qui me passionne dans cette affaire, c'est qu'elle met en branle toutes les sensibilités et toutes les contradictions, qu'elle casse à peu près tous les clivages (la droite obligée de défendre l'hédoniste narcissique irresponsable, la gauche obligée de faire les gros yeux), et qu'elle fait finalement en sorte qu'on en finisse avec l'ancien monde.


    (Merci de votre commentaire, Café, que je viens de découvrir après celui de Vehesse, erreur technique oblige !)

  • Je suis finalement plus en accord avec ce texte que je ne l'aurais craint, mais quand même, n'y-a-til pas là un mode de raisonnement et une façon de réagir qui s'apparente aux mutins de Muray : dire non au moment même où le plus grand nombre dit oui ? Applaudir quand les autres huent ? Se fâcher quand les autres louent ? Et de ce fait retirer à ce non comme à ce oui tout leur poids, car quelque chose me dit, ton texte me dit, que si Internet et les sondages faisaient mine de défendre résolument Polanski et Miterrand, tu ne les soutiendrais plus avec le même allant.

    La foule écoeure, le peuple menace et tous les collectifs donnent envie de prendre la fuite, c'est certain, mais prendre leur contrepied me semble aussi dérisoire que de sortir ostensiblement un parapluie quand le Pen se réjouit du beau temps.

    Et puis, moi j'ai quand même plus d'indulgence pour ceux qui sont exposés à la vindicte des oligarques (et dont le peuple le plus souvent se fout), tels Matzneff ou Brisseau, que pour ceux qui sont leurs protégés (et que le peuple se réjouit en effet, de manière tout aussi obscène, de lapider).

    La différence entre Miterrand et Matzneff, c'est que le premier ne s'est jamais gêné pour nous faire la morale, et faire la claque pour l'Empire du Bien, tandis que le second s'est bien gardé de donner des gages au système même qu'il bafouait. C'est sans doute cela au bout du compte qui m'empêhce d'être "avec" Miterrand, je vois trop de bassesses dans son parcours.

  • Tout cela me donne foutrement l'envie de revoir Monsieur le Maudit !

  • Ceci dit : tout le monde aime la jeunesse...

    Raphaël "Tout-ce-que-vous-direz-sera-retenu-contre-vous" Juldé.

  • Il me déplaît de voir mon pays représenté par un ministre de la Culture ayant fait du tourisme sexuel, ou mettant sur le même plan Rimbaud et des textes de rap ineptes; et je souhaite que tout violeur - quel qu'il soit - soit condamné selon la loi.
    Si vous (+ BHL, Finkelkraut, etc..) pensez qu'en cela, je suis puritain ou fasciste (jugements culpabilisateurs faciles et éculés destinés à évacuer toute contestation), cela démontre seulement votre immoralité, - identique à celle du monde politique.

  • Ludovic, je ne comprends pas cette comparaison que je lis ça et là entre Polanski et Brisseau. Elle n'ajoute que de la confusion au débat et ne semble relever que d'une adresse morale socialisante qui voudrait que la défense d'un cinéaste connu (un bourgeois) soit une insulte à l'indifférence pour un cinéaste minoritaire (j'avais envie d'écrire mineur, au risque de vous faire bondir). Bien sûr, la pétition des pétitionnaires de la grande famille du cinéma n'était que l'énième épisode de cette abjection ordinaire qu'est l'entre-soi vulgaire et ignorant des parvenus et héritiers du 7ème art. Mais Polanski a été lâché dans les media comme un animal de sacrifice : il était entendu très vite que ce châtelain libertain était un prédateur sexuel et un violeur pédophile, et peu importait que pouvait en dire la victime, le coupable, et surtout la justice. Je ne crois pas que Brisseau ait eu à connaître un tel sort, restant largement ignoré du public. Il a été oublié de ses pairs, c'est un fait, ces même pairs qui se sont empressés de traiter Polanski comme un des leurs, victime de l'acharnement d'une justice déclarée impropre dès lors qu'elle vient interrompre la fête. Nous sommes tous d'accord là-dessus. Mais en ce qui concerne Polanski, il y a bien eu meute, venant de cette nouvelle classe démocratique que sont les internautes, toujours prêts à dégainer leur éprouvante morale de gardes-chiourme comme s'ils avaient leur mot à dire, comme s'ils étaient les gardiens de la bienséance républicaine et démocratique, alors que ce ne sont qu'une autre sorte de foule, qui parle et qui écrit celle-ci, ce qui la rend encore plus préoccupante. L'affaire Brisseau s'est déroulée dans un autre contexte, presque à un autre âge que celui-ci, avant qu'une classe supposée d'experts et d'intellectuels auto-érigée en gardien des institutions et des bonnes moeurs, ivres de leur narcissisme comme un petit fonctionnaire zelé consigné aux bonnes oeuvres du Château, ne transforme le débat public en la circulation virale de la seule pauvre opinion branlante qu'ils aient ensemble, mais chacun dans leur coin. L'horreur.
    L'affaire Polanski, à ce titre, n'est qu'un symptôme.

  • Il y deux éléments qui m'intéressent dans cette affaire. Dans le cas de Mitterrand, on s'indigne, en se précipitant en librairie pour acheter le livre honni; dans le cas de Polanski, il y a l'affaire de vice de forme.

    Pour le premier, l'exhibitionnisme de l'auteur est somme toute secondée par le voyeurisme de la foule : on s'indigne pour sauver les apparences, mais on lit le livre tout de même.

    Le vice de forme est plus intéressant, parce qu'il rappelle à l'ordre les instances qui doivent somme toute maintenir l'ordre. Il ne suffit pas de coincer le coupable; il faut le convaincre. Si ceux qui sont tenus d'empêcher le crime outre passent la loi à leur tour, quelles garanties avons nous dans la loi? Il ne reste plus que la vindicte populaire. Tout châtiment n'est que lynchage, et nous sommes tous coupables jusqu'à preuve du contraire. Ce qui est le point de départ de la tyrannie

  • Texte infect, aussi dégueulasse que les onomatopées censées nous faire comprendre que vous vous êtes rempli la panse.
    Degré zéro de l'écriture au passage, il y a d'autres façons tout de même de traduire littérairement un repas d'huîtres, y compris celles, peu fraîches, qui s'accordent merveilleusement à votre prose.
    Vous n'êtes pas du côté de celui qui est lynché : vous êtes du côté du fouet et du cul malsain, comme toujours.
    Cormary ou le nombril qui le dispute à la graisse.

  • Les gens avaient tendance à me prendre pour un immonde pervers lorsque je disais que je rendais grâce à Dieu de ne pas être né pédophile mais je vois que ces interrogations sont partagées par Lord Henry donc par vous et quelque part ça me réconforte. Votre analyse est juste même si j'émets des réserves sur FM. Une différence fondamentale entre les 2 : le talent. Malheureusement on pardonne plus facilement aux génies qu'aux disons médiocres. Pourquoi peut-on lire le Marquis de Sade avec délice alors que 3 pages du livre de Cohn-Bendhit irritent les yeux ? L'époque ? Je ne suis pas sûr. FM est effectivement le reflet de Sarko "une fausse transparence axée sur une technique de communication des plus au point", le reste, brasser de l'air...plus ou moins pur et plus ou moins exotique...

    Victor Motraz

  • Juste une précision, je crois que pour Dostoïevski, il 'n y a pas de réelles preuves mais de forts soupçons. Ce n'est pas le meilleur argument de ce texte. Quant à moi, je n'aurai aucun problème à regarder des films que Polanski aura réalisé de sa prison si un jour il y va.

  • Il y a peu, je discutais avec une jeune femme de cette affaire Polanski. Je lui faisais remarquer depuis sa "fuite" des USA, Polanski n'avait jamais été inquiété dans de nouvelles affaires de pédophilie, de viol et autres, qu'il ne me semblait pas correspondre au profil type à la Emile Louis. Ce à quoi, on me rétorqua que je n'en savais rien...on nage en plein n'importe quoi ! L'hystérique souffre de réminiscence disait Freud, et il n'est pas étonnant que l'internet qui se trouve être le lieu de l'immédiateté soit le nouveau champ de foire.

  • "Sauf qu'un livre dans lequel on explique son crime ne sera jamais une preuve de ce crime !"

    Ce que vous dîtes est juridiquement inexact, souvenez vous de la chute magnifique de "Noblesse Oblige" ou plus récemment de la condamnation du Général tortionnaire en Algérie et dont j'ai oublié le nom.

    Sinon, votre texte me désole en ce qu'il reprend la thèse du prétendu lynchage dont serait victime FM.

    C'est la nouvelle stratégie à la mode: la victimisation. Ils y ont tous recours: Kouchner, Villepin, Sarko Junior, Domenech (oui je sais c'est moins grave) et maintenant FM.

    Tous des victimes, probablement tous conseillés par les mêmes agences de comm.

    Il me semble pourtant que le dit FM a le soutien actif du Président, de la classe médiatique (Drucker en chef de file), des journalistes politiques (Duhamel, Joffrin and co), des "intellectuels" (BHL, Fink) et même des sacro-saints sondages.

    Ce sont les rares voix discordantes type Hamon qui sont vilipendées.

    Où est le lynchage ?

    Pendant ce temps, business as usual pour FM: ministère, chauffeur, petits fours, soirées et gros salaires.

    Et en plus il est plaint ce qu'il recherchait déjà quand il faisait le tour des télés pour vendre son minable torchon en larmoyant ("Que je souffre d'être un salaud, moi qui suis si sensible").

    Et il est plaint, y compris par des gens comme vous, de condition modeste (si j'en juge par votre précédent texte), avec des journées dont FM ne voudrait même pas en cauchemar.

    Un conseil: réservez votre compassion pour des causes plus désespérées.

  • Excellente texte, bravo ! Je n'en retancheai pas une virgule.
    Voici mon point de vue sur l'affaire Polanski :
    http://culsec-blog.blogspot.com/2009/10/laffaire-roman-pedophilanski.html

  • Sur Finkielkraut, avez vous suivi le débat qui a suivi avec Michaud qui l'a littéralement humilié ?

    Toute son incompétence étalée au grand jour: erreurs factuelles graves prouvant sa méconnaissance du dossier, énormités juridiques, propos parfois à la limite de la démence.

    Et le comble pour un "intellectuel", une comparaison entre les crimes bien réels de Polanski et les oeuvres de fiction de Proust ou Nabokov à base de: si vous condamnez Polanski, brûlez leurs livres.

    Nabokov qui a toujours expliqué que sa sublime Lolita était le livre qui lui avait causé le plus de difficultés tant le personnage principal était éloigné de lui.

    Et bien sûr, le même Finkielkraut sera sans pitié à propos des tournantes banlieusardes qui ont pourtant la circonstance atténuante de la misère sociale et culturelle.

    Les crimes sexuels des amis artistes sont manifestement moins graves.

  • Slothorp :"Bien sûr, la pétition des pétitionnaires de la grande famille du cinéma n'était que l'énième épisode de cette abjection ordinaire qu'est l'entre-soi vulgaire et ignorant des parvenus et héritiers du 7ème art." Et c'est bien elle que je me contentais de pointer dans cette affaire, car la disproportion entre les deux affaires et la disproportion entre les deux réactions de ce milieu sont en effet abjectes.

    Mais je suis tout autant aterré par cette nouvelle classe démocratique dont vous parlez.

    Nous assistons à une lutte de castes, et je souhaiterais ne faire partie ni de l'une ni de l'autre.

  • "Où est le lynchage", demandez-vous Rémi ? Vous êtes passé sur internet ces derniers temps ?
    Par ailleurs, je trouve assez léger votre exemple de "Noblesse Oblige" pour discréditer mon idée qu'un livre n'est pas une preuve (ce serait Benny Hill qui fait la loi donc ?), et un peu côté à de la plaque concernant le général Aussaresses. Nous parlions de littérature, pas de témoignages historiques, et d'ailleurs Aussaresses n'a pas été poursuivi pour torture, mais pour diffamation de l'armée française ! Non pas pour crimes de guerre mais pour "apologie de crimes de guerres", ce qui n'a rien à voir ! Voyez, même quand quelqu'un dit la vérité, on ne le croit pas, et on le condamne pour avoir menti !
    Quant à ma "condition modeste", heu, j'ai déjà suffisamment de trolls en ce moment pour en parler. Une autre fois peut-être... Mais quand même, vos raisonnements sont bizarres.

    Eh oui, Café, "quand FM n'était qu'artiste ou intellectuel, il était presque bien vu de sa part d'exhiber sa sexualité. Cela devient choquant quand l'intéressé devient ministre." Pire, on peut même aller plus loin et supposer qu'autant il est agréable, entre littéraires, d'avouer l'inavouable, autant il est pénible (et de ce point de vue, le malheureux FM a dû souffrir le martyr), de s'expliquer sur cet inavouable dans un JT regardé par des millions de non "littéraires". Son livre a eu certes un grand succès, mais auprès de qui ? Pas forcément auprès de la majorité de ceux qui tirent aujourd'hui sur lui, et c'est pourquoi Hawkeye a tort, à mon sens, de dire que ce sont les mêmes. Non, ce ne sont pas du tout les mêmes. Le grand public n'a pas acheté "ça".

    Sur la question de la mère, il est remarquable de constater que Samantha Geimer-Gailey protège celle-ci comme une tigresse. Dans le film "Wanted and desired", elle refuse qu'on touche à maman ! C'est tellement viscéral que cela en est douteux.

    D'accord sur Finkie et sa nouvelle "culture de l'excuse", et surtout sur la première hypocrisie des défenseurs qui ont tout fait pour minimiser les faits ou relativiser le texte, ne se rendant pas compte qu'en faisant cela, ils ouvraient une avenue pour Marine. La formidable confusion vient de ce conflit entre les tartuffes (mais non, Roman et Fredo sont trop cool !) et les lyncheurs (PE-DO-PHI-LES !!!!)

    Pascal, moi aussi, j'ai entendu ce genre de rumeurs, que Polanski se ferait des enfants dans les pays de l'est, façon Hostel. C'est vrai que plus on s'enfonce dans ces histoires, plus elles puent. Après tout, Sollers n'a jamais répondu à Timsit quand celui-ci lui lança un soir dans une émission de TV des années 90 que c'était un vulgaire mec qui allait dans les bordels d'enfants d'Asie du sud est" ! M

    Lord Henry, Victor, c'est le mentor de Dorian Gray, sorte de Charlus bouffon et inoffensif, et auquel, d'après un ami à nous (Orny pour ne pas le citer), je ressemblerais... Ma vanité n'y a pas résisté.

    Certes, Ludovic, si les anti-Polanski n'avaient pas été si furieux, peut-être n'aurait-on pas été tenté de le défendre comme on l'a fait, mais dire alors comme vous que dans ce cas vous préférez alors défendre les "vrais" isolés, les exclus absolus, me semble autant une attitude généreuse qu'une attitude encore plus "romantique", "murayenne" que la mienne ! Cela devient alors la bataille des infréquentables. - Moi, j'ai Polanski ! - Petit joueur ! Moi, j'ai Matzneff ! - Chochottes tous les deux, moi, j'ai Jouhandeau et Brasillach ! - Le gentil bluffeur ! Moi, j'ai Maurice Sachs !

    Pour autant, sur le cas Brisseau, j'ai bien peur que Slothorp n'ait vu juste. Il n'y a pas eu de soutien de masse pour Jean-Claude mais pas de meute non plus contre lui. Il était sans doute seul mais pas contre tous, seul contre le juge, sans que cela soit à son désavantage ou à son profit. Comment a fini l'affaire d'ailleurs ? Il va en faire un film ? Avec d'autres actrices pour jouer le rôle des actrices qui ont couché avec lui et qu'il n'a pas engagées et qui risquent donc, les premières, de coucher aussi avec lui et de ne pas être "prises", si j'ose dire... Et qui se plaindront ensuite : "Monsieur le Président, j'accuse monsieur Brisseau d'avoir couché avec moi en me faisant croire que j'allais jouer dans son film une actrice qui couche avec lui et qui croit qu'elle va jouer dans son film !!!!"

    Merci Germain, je vais aller voir ça.

    Petit Jonathan deviendra grand....

  • Je trouve ridicule de s'autoproclamer "salauds" quand on soutient une cause. Ça montre qu'on pense que la cause est mauvaise, et qu'au fond, on a tort de la soutenir.

  • Voyons, Celeborn, et les Chiennes de garde ? Et Les 343 salopes ? Et "nous les damnés de la terre" ??? Ou même ce vieux livre de Montaldo qui s'intitulait "Réponse d'un chien au président de la république" ? L'ironie ou l'antiphrase est donc hors d'usage dans une cause ?

  • D'accord pour Noblesse oblige (c'était un clin d'oeil à ce film délicieux), voire pour Aussaresses qui fut condamné pour apologie de crime de guerre (et non pas pour diffamation de l'armée).

    Et si vous parliez effectivement de littérature et pas de témoignage, ma remarque est effectivement sans fondement mais votre texte n'était pas du tout clair sur ce point:

    "Je peux violer ou tuer quelqu'un et l'avouer dans une autobiographie ou un journal intime, on ne pourra jamais se servir de cette autobiographie ou de ce journal intime pour m'accuser de meurtre ou de viol "

    Là, vous parlez bien d'un témoignage, en tout cas pas d'une fiction littéraire; et je vous assure que ça pourrait être retenu contre vous le jour de votre procès.

    Quant au lynchage sur internet, je pense franchement que FM et les siens s'en foutent complètement et ils ont bien raison: que pèse-t-il au regard du Tribunal médiatique et de celui de l'opinion publique qui l'ont déjà absout ?

    Faire un exclu, un bouc émissaire de ce jouisseur cynique et triomphant, je trouve que c'est le contre sens absolu.

    Désolé si ma remarque sur votre condition vous a paru déplacée.

    Mais plus généralement, cet apitoiement sur un people ultra privilégié (j'espère que vous ne considérez pas FM comme un homme politique ou un artiste) qui fait juste face aux conséquences (modestes) de révélations que personne ne l'obligeait à faire, je ne comprends pas.

  • Mais il ne me semblait pas que tu ironisais... Les "chiennes de garde", les "salopes", les "chiens" renvoient la violence du langage de leurs adversaires pour montrer son imbécillité. Toi, quand tu te dis "salaud" dans ton texte, j'ai quand même bien l'impression que tu penses l'être... Et même que ça te plaît. Non ?

    (J'ai aussi l'impression que tu ne connais rien au droit, et que tu ferais donc mieux d'éviter d'en parler, mais bon, ça c'est autre chose...)

  • Rémy, je parlais de roman, de fiction. Cela dit, je me demande même si dans le cas d'un vrai criminel qui avouerait ses crimes dans un livre et qui serait publié (il ne s'agirait pas de lettres privées qu'on aurait retrouvées), le livre pourrait être un témoignage de lui-même contre lui-même. D'abord, un éditeur pourrait-il accepter d'éditer quelque chose comme ça ? Il faudrait vraiment vérifier (Mesrine, L'instinct de mort, par exemple ?) si ce cas d'école existe.

    Pour le reste, vous êtes, une fois de plus, mais peut-être est-ce à votre honneur, un peu trop moral, avec des raisonnements simplistes (la cause des pauvres est mieux que la cause d'un riche, le people ne vaut pas le peuple). Vous ne tenez pas compte du monde dans lequel nous sommes, les media, internet, la lutte des castes comme mes camarades ont dit, le spectacle permanent. Toutes proportions gardées, c'est comme si vous étiez au temps de l'Affaire Dreyfus, et que vous déclariez : "cette affaire est une tempête d'intellos dans un verre d'absinthe par rapport aux vrais problèmes que sont les enfants mineurs ou la rage dans les campagnes". C'est chiant.

    Celeborn, le "salaud" ne m'est plaisant que par rapport à ceux qui pensent en effet cela des défenseurs de Polanski, mais là tu m'obliges à m'expliquer, et c'est super chiant. Ce qui m'intéresse dans cette affaire, c'est d'être un radar, de capter tous les points de vue, de voir comment les gens se contredisent, moi compris. Par ailleurs, sur la question du droit, je crois précisément en connaître un peu plus que toi (dans des affaires certes moins graves que celles qui nous occupent) - mais pour le coup, c'est trop personnel pour que je puisse l'expliquer.

  • Même si Slothorp a raison de signaler qu'au moins Brisseau a échappé, grosso modo, à la honte publique (et à un niveau international) qui a frappé Polanski et que de ce point de vue il s'en est mieux tiré son "collègue" - c'est à se demander d'ailleurs s'il faut être soutenu par les copains, si ce n'est pas contre-productif -, je ne suis pas d'accord avec lui ni d'autres sur ces questions de meute et de lynchage. Ou en tout cas, j'aimerais que l'on n'emploie pas ces mots à tort et à travers. Oublions Polanski dans sa prison suisse, et restons-en à la France et à Mitterrand. Que l'on puisse trouver des réactions violentes sur le Net, sans nul doute, que l'on entende ici et là, dans les vrais cafés du commerce ou venant de gens cultivés et fiers de l'être des réactions atrabilaires et catégoriques du genre : "ces gars-là, faudrait s'en débarrasser un bon coup...", oui, c'est vrai, et j'en ai été plusieurs fois témoin. Admettons donc sans gêne que cette succession de deux affaires a remué un fond de violence grégaire, à l'allure et aux conséquences potentielles désagréables. Admettons de même que l'on n'est pas obligé de se sentir solidaires de ceux qui réclament à cor et à cris la prison, l'émasculation, des sodomisations par les futurs collèges taulards, ou pire, pour nos deux amateurs de chair fraîche. Admettons enfin que ceux-ci, s'ils lisent un peu ce qui est leur consacré sur le Net, ne doivent pas y trouver grand réconfort. Et après ? Que je sache, Frédéric Mitterrand non seulement est toujours ministre de la culture, mais peut se déplacer librement, n'est pas pourchassé par des "meutes", n'est pas en danger physique...

    La réalité peut certes me contredire dès demain, mais pour l'instant on en est là : le fonds archaïque du lynchage est peut-être présent, mais ce lynchage reste - et c'est tant mieux - bien platonique. (Ce que le sondage que vous citez, et que l'on n'utilisera qu'avec les précautions d'usage, semble confirmer.)

    De même, j'avais failli laisser un commentaire, Pierre, lorsque vous aviez chroniqué le livre de BHL et Houellebecq (http://pierrecormary.hautetfort.com/archive/2009/01/14/ennemis-publics-le-monde-comme-volonte-et-comme-representati.html), sur cette critique de la meute par l'enfoiré Lévy, que j'avais trouvée facile : quand le grand public achète mes livres, c'est un soutien populaire, quand il me hue, c'est la meute sauvage, primaire, etc. Sans entrer dans les détails (car il faudrait le faire pour chaque cas particulier, et la distinction de Pascal entre le peuple et les "demi-habiles" n'y suffirait malheureusement probablement pas) sur qui critique qui et qui encense qui, il faut tout de même que ceux qui ont cherché une position publique et qui jouissent de ses avantages assument ses inconvénients.

    Je lisais hier soir un papier du trépané Rioufol (http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2009/10/pourquoi-je-defends-frederic-m.html ; d'une façon révélatrice, ce texte s'intitule "pourquoi je défends Frédéric Mitterrand, alors que l'auteur dit juste qu'il ne veut pas participer à la "chasse à courre", comme si on ne pouvait distinguer les deux niveaux) sur le sujet, lui aussi s'en prend à la meute, G. Le Bon à l'appui, et je me disais que si les meutes ont leur bouc émissaire, certains font de ces meutes ou présumées meutes leur propre bouc émissaire. Par une sorte de girardisme poussé à l'extrême et/ ou renversé, ceux qui reprochent aux autres leurs instincts grégaires et violents se retrouvent tous dans le même comportement grégaire et méprisant - c'est Marx que ça doit faire rigoler, ces libéraux anti-marxistes voudraient lui donner raison qu'ils ne s'y prendraient pas autrement qu'en justifiant une réaction de classe par leur individualisme "au-dessus de la mêlée"... Bref, la meute, c'est toujours les autres, le grégarisme, c'est toujours les autres, et c'est bien commode pour tout le monde.

    Je reviens pour finir à ce "lynchage" sur Internet : on critiquera volontiers le petit excité qui appelle à la sévérité la plus extrême contre X ou Y depuis son clavier, on peut le juger lâche et archaïque. Mais sur un plan collectif, est-ce que ce n'est pas un progrès par rapport au bûcher ? Je vous cite citant Houellebecq, Pierre : "« La renonciation à la violence physique comme méthode principale de règlement des conflits m’est apparue comme un des seuls avantages du passage à l’âge adulte », écrit Houellebecq, au risque de passer pour un lâche aux yeux de ceux qui pensent que rien ne vaut les poings pour régler une affaire entre hommes." Toutes choses égales par ailleurs, il faut aussi (pas seulement, mais aussi) avoir ça en tête lorsque l'on évoque les lynchages sur le Net.

  • Du grand Caféducommerce à coup sûr ! Vous remettez à nos places nos envies de lyncher la meute, vous nous rappelez que la meute, c'est toujours les autres, et vous nous dites en substance qu'en n'importe quel "intellectuel libre" il y a une Halde qui sommeille, en n'importe quel girardien, il y a la volonté de lyncher les antigirardiens ! Après l'anti-racisme triomphant, la chasse anti-pédo souveraine, il y aurait la traque des anti et la chasse des chasseurs incarnées par nous autres.... Ce qui n'est pas si faux, loin de là.

    Mais ne tombez pas vous-même dans le snobisme, si j'ose dire, en nous prenant de haut, c'est-à-dire en allant encore plus loin que nous ("Facile d'être du côté de Céline, moi, je suis du côté de Rebatet ! " il y aurait bcp de choses à dire sur votre excellent post au fait....) ? Dans cette affaire, chacun tente de prendre ses distances avec les distances précédentes, chacun essaye d'être plus synthétique et souverain que l'autre. Et ça aussi, c'est passionnant. Ludovic "contre" moi, Slothorp "contre" Ludovic, et maintenant vous "contre" Slothorp.

    "Le fonds archaïque du lynchage est peut-être présent, mais ce lynchage reste - et c'est tant mieux - bien platonique", écrivez-vous. Tout le problème est là. Va-t-on être sensible d'abord à cet arrière-fond symbolique, menace potentielle, violence possible, furie fritz languienne à prévenir (tendance Muray-Finkie) ? Ou d'abord à la réalité actuelle, Mitterrand toujours ministre, toujours libre, et jusqu'à aujourd'hui vainqueur via Sarko (tendance... zut je ne te trouve pas de personnalité aussi importante que les deux premiers, ce qui vous donnerait raison, au fond - sauf une foule informe, d'ailleurs grossie pour l'occasion, personne, n'est contre lui) ?
    Va-t-on faire une guerre préventive contre une meute totalement symbolique et parfaitement inoffensive ou plutôt juger objectivement d'un Mitterrand, hiérarque obscène et impuni qui nous prépare, j'en suis sûr, une Mauvaise vie II ou Comment j'ai échappé à la horde des mauvaises gens ?
    En attendant, la phrase de Houellebecq reste vraie, sauf que vous la prenez, Café, de manière trop positive, comme si la violence réelle avait tout à fait disparue, comme s'il n'y avait plus d'arrière-fond symbolique. Peut-être des gens comme moi y sommes trop sensibles ? Le symbole est-il l'opium des débatteurs ? Réponses pour moi ce soir....

    Sans oublier le point de vue des gosses consommés dont personne, pour l'instant, n'a encore parlé, tant nous sommes à nos petites querelles rhétoriques. Ce n'est pas d'ailleurs demain la veille que l'un de nous s'engagera dans "L'enfant bleu", ou "Innocence en colère" ou encore "SOS prédateurs sexuels". On est des salauds je vous dis !

  • J'ai un peu l'impression d'assister à la projection d'un film de Cayatte contre la peine de mort où le condamné est innocent : la peine de mort c'est mal, on tue un innocent...
    Partons du principe que X (Polanski si vous voulez) a commis un acte ignoble (le viol d'une jeune femme de 13 ans), qu'il a fuit la justice etc...35 ans après les faits, on le retrouve, il n'a jamais été impliqué dans une affaire de ce type etc...doit on le juger et le condamner... Je me répète, mais la vrai question de cette affaire est celle de la prescriptibilité ou de l'imprescriptibilité juridique de certains faits après un délai déterminé Pour ma part, je suis partisan de la prescriptibilité y compris d'ailleurs pour les crimes dits contre l'humanité.
    Quant à F.M, l'affaire est avant tout politique. Il va de soi que dans un pays anglo-saxon, F.M n'aurait jamais eu de responsabilités politiques après la publication de son livre. Et si ses écrits avaient été découverts après sa nomination, il aurait immédiatement démissionné. Soit dit en passant, un esprit plus fin que le mien devrait pouvoir analyser les rapports entre confession et témoignage dans les pays de traditions catholiques et protestants. Au fond le bouquin de F.M c'est une confession laïc pour laquelle il demande l'absolution. Pour un américain, c'est un témoignage, une déposition au sens juridique du terme.
    Bref, Nicolas S a pris un risque politique qu'il assumera tant qu'il jugera qu'il vaudra la peine. Pour le reste aurions nous appris que F.M se payait des gigolos en Thaîlande, cela nous aurait-il empêché de voir ses émissions de télévision, de trouver Letttre d'amour de Somalie un beau film... je pense que non.

  • Mais Dreyfus était une victime: d'une injustice, d'une machination, de l'antisémitisme, de plusieurs années de bagne.

    En tant que tel, il méritait évidemment d'être défendu, même s'il était bourgeois et militaire; Jaures avait raison.

    FM usurpe ce statut de victime, d'ailleurs j'ai l'impression que vous en convenez dans votre dernier post.

    Je suis même persuadé que cet égocentrique maladif jouit intensément d'être au centre du maelstrom médiatique : parler de ses pratriques sexuelles au 20 H, quel pied pour un exhibitionniste comme lui.

    Alors pourquoi parler de lynchage même symbolique: je n'ai jamais vu un lynché venir proclamer haut et fort ses méfaits sur la place du village et être raccompagné par la foule à son domicile au milieu de mots de réconfort et de quelques rares quolibets.

    Je suis peut être chiant mais moi c'est le lyrisme compassionnel hors de propos qui m'emmerde.

  • Au delà des arguments des uns et des autres, et sans tomber dans un quelconque "lynchage", il ne faut pas perdre de vue que cette affaire Mitterand est assez nauséabonde et laissera des traces. A ce titre j'ai bien aimé la réaction de nouvelles du silence.

    En effet, des citoyens lambda sont poursuivis pour des faits similaires à ceux qu'il relate dans "la Mauvaise Vie", et il faut s'attendre désormais qu'à chaque nouvelle affaire de pédophilie ou de tourisme sexuel, on ait beau jeu de dire "oui, mais monsieur le ministre..."

    D'autre part j'ai trouvé sa première réaction particulièrement nulle, il l'a pris de haut avec son "être attaqué par le FN est un honneur", et son système de défense pleurnichard, tout comme ses écrits et ses émissions de télé que pourtant j'aimais bien.

    Et ne parlons pas de la façon dont il s'est foutu du monde en prétendant qu'il allait en Thaïlande "pour rencontrer des gens de son âge ou 5 ans plus jeunes que lui", mwarf !

  • Juste une précision : je me suis bien gardé d'employer le mot de "lynchage" que je trouve effectivement déplacé dans le cas qui nous occupe. Mais la meute, je la crois par contre réelle. C'est encore la foule, sans autre guide qu'elle-même, mue par le sentiment d'être ensemble avec, cependant, cette nouvelle et paradoxale vocation des membres qui la composent de vouloir transmettre une parole singulière, de faire part d'une opinion individuelle et de faire briller leur moi. Nous sommes donc, en ce sens, un peu éloigné des analyses d'un Tarde ou d'un Le Bon. Voilà ce qui m'a semblé ressortir assez violemment de ces débats. Et bien sûr, ce sont les anciens prescripteurs d'opinion, probablement destabilisés par cette irruption d'une nouvelle classe démocratique dans le champ du débat public, qui se sont insurgés contre ce qu'ils ont appelé un "lynchage". C'est ici que nous tentons, je crois, de nous placer : à l'écart de cette bataille. Mais nos circonvolutions morales et intellectuelles resteront certainement sans autre effet que notre propre soulagement de bonhommes aux mains coupées.
    Sur ce que dit Pascal (et répète dans un désert d'indifférence, aussi bien des jeunes filles que des vieux loups !), il y aurait aussi matière à débattre. Quant à moi, il me semble que fuir la justice, la narguer même (Polanski qui, pour les Oscars, adresse une petite video de remerciement pendant la cérémonie prise sur une piste de ski à Gstaad...), c'est rappeler le crime incessamment et s'interdire la possibilité d'une prescription.

  • "Au fond le bouquin de F.M c'est une confession laïc pour laquelle il demande l'absolution."

    La Mauvaise vie n'est pas une confession. Pour qu'il y ait confession, au sens catholique, il faut qu'il y ait regret des péchés commis, ce qu'on appelle la contrition. Tel n'est pas le cas de FM. Je vous renvoie à son entretien avec Fogiel, il y a quatre ans, au cours duquel il ne manifeste pas un grand remords de ses actes :

    "Marc-Olivier Fogiel : Vous parlez de mauvaise vie mais est-ce que au milieu de cette ambiance un peu glauque des milieux des bordels de Bangkok vous avez mauvaise conscience ?
    Frédéric Mitterrand : Ca dépend et je pense que c'est pour ça que je ne pouvais pas faire l'économie de ce chapitre (...) Je pense qu'à partir du moment où je construis un livre sur toutes ces années en onze chapitres, si je n'avais pas écrit ce chapitre là qui n'est que l'un des onze, j'aurais menti et que le but de ce livre était de ne pas mentir, à moi-même et de pas mentir avec le projet qui est de faire un livre qui aille beaucoup plus loin (...) que la simple anecdote même si elle est douloureuse, elle est pénible, elle est même moche, glauque."

    http://elisseievna.blogspot.com/2009/10/httpwww.html

    FM exhibe sa vie sexuelle, comme Catherine Millet dans son célèbre livre à scandale. Parler de confession dans ce cas est une impropriété. La réalité est glauque, pénible, mais elle ne suscite pas beaucoup de mauvaise conscience. C'est pourquoi on peut en parler à la télévision et garder son poste de ministre de la culture. FM n'aura pas droit à l'absolution. Pour avoir droit à l'absolution, encore faut-il savoir ce qu'est un péché.

  • Qu'un ministre de la culture se montre conforme à ce que la société culturelle promeut depuis des décennies (libération sexuelle, réalisation de ses fantasmes etc..) dans les médias... je ne vois pas où est le problème.

    En tant que citoyen français, je suis à fond derrière Frédéric Mitterrand.

  • Bonjour,

    Lu, en ce matin neigeux, votre dernière pensée. Comme il se doit, le propos ramassé dans le titre « Nous les salauds qui soutenons Roman Polanski et Frédéric Mitterrand...», contient votre cri feutré (j'aime cet oxymore déjà employé dans une précédente «réponse») et la turbide posture vôtre qui affleure le long de votre billet : Nous les salauds... La principale en apposition aimerait dire... l'extase, la pensée oblitérée, votre recherche d'un vide dans lequel vous aimeriez NOUS entrainer... Étouffé sous le cul poisseux de votre maitresse, ou sous ce pied adoré qui s'enfonce en fouillant votre bouche, vous percevez - sans ( je crois ) pouvoir structurer cet élan - le fond (comme limite forcément illimitée) d'une vérité extatique... Nous les salauds : le cri voilé d'une Marie-Madeleine au masculin, gardien de Mus(é)e...


    Cordialement,

    T.


    Winnipeg, Canada.

  • Le but n'est pas de chercher le plus infréquentable possible, mais de faire remarquer la différence de traitement entre ses deux affaires de la part du "milieu". De bien faire observer que ce ne sont jamais tant les faits, les plus ignobles soient-ils, qu'il s'agit de juger, que les personnes qu'il s'agit de défendre ou d'enfoncer, selon qu'ils jouent ou non le jeu. Et que par là même c'est à un anti-humanisme radical que l'on aboutit, puisque la gamine violée ou les actrices abusées ne comptent pas, seuls importent l'utile contribution au système de celui qu'il conviendra alors de défendre, la résistance de celui qu'il s'agira de condamner.

    Pourquoi certains montent au créneau pour défendre Mitterand/Polanski et sont muets sur Matzneff/Brisseau ? (alors que je peux t'en citer des dizaines de blogs et forums sur Internet qui bouffent du Matzneff à chaque nouvelle histoire médiatique de pédophilie ou qui ont bouffé du Brisseau au moment de son "affaire"). Matzneff, au contraire de Mitterand, n'a jamais eu la malhonnêteté d'écrire des éditoriaux ou des articles pour appeler à plus de tolérance, d'un meilleur vivre-ensemble, d'une citoyenneté responsable, quand dans le même temps ses choix personnels de vie s'en séparaient de manière définitive. Brisseau ne sera jamais président de jury à Cannes. Matzneff, jamais ministre ou conseiller. Ils jouent dans les marges, dans la périphérie, du fait même de leurs actes (de leur art). Les autres, académiques en éthique comme en esthétique, et de fait bien en cour, sont dans la place, bien au centre, malgré leurs diverses voies de fait, malgré elles, comme si celles-ci ne devaient rien entraver.

    Le moderne veut à la fois le Bien en gros plan, la grande fraternité tolérante et transparente, sans zone d'ombre, sans méchanceté indue, où tout circule librement, et le mal en secret, continuer en douce à faire preuve de cruauté, de cynisme, d'abus, dans les petites niches qu'il se préserve. Brisseau et Matzneff quant à eux, croient naïvement (ou pas, c'est une autre histoire), que leur mal est bon, en tous cas qu'il est le vrai sujet, et que le Bien des autres est une vaste blague. La différence me paraît de taille.

  • Ludovic,
    Je crains de ne pas saisir où vous voulez en venir. Je résume donc ce que je crois avoir compris.
    Pour des "faits similaires" (guillemets de rigueur, il y aurait à redire), Matzneff et Brisseau sont honnis parce que "mal pensants" alors que Polanski, et Frederic M., eux dans la bien pensance, serait soutenus par la médiacratie.
    Quelle conclusion faut-il en tirer ? Qu'il ne faut pas "soutenir" (personnellement j'ai déjà du mal à me soutenir moi-même) Polanski et F.M au nom de Matzneff et Brisseau. Si tel est le cas, vous ne faites qu'appliquer le même schéma idéologique tout simplement en l'inversant.
    D'autre part, mais la je vous taquine, vous me semblez faire preuve assez curieusement d'un certain protestantisme que vous rejoignez en prônant la coïncidence entre vertu politique et vertu morale.

  • Non, je n'en tire justement pas comme conclusion qu'il faut attaquer Polanski ou défendre Brisseau, mais essaie de comprendre pourquoi et comment la Nouvelle Classe fait l'inverse. Vous avez lu Rioufol, un jour, sur Matzneff ? Vous avez entendu BHL, un jour, sur Brisseau ? Je ne signe pas de pétitions ni pour accabler ni pour "sauver" l'autre, et je n'en parle d'ailleurs pas sur Cinématique. Je ne m'étonne pas du double langage des élites, de leur politique, je fais au contraire remarquer qu'elle est ici mise en lumière, et je ne prône pas la vertu, quelle idée, mais la liberté d'être soi-même sans céder à la bienpensance collective. Je préfère cent fois un asocial (du sexe, de l'argent, du goût) qui n'a rien à redire sur mes propres choix, à un pervers (au sens psychiatrique et non moral du terme) qui me fait la leçon.

  • Chez vous, DostoïevskY apparaît toujours en douteuse compagnie : un jour, c'est Bloy, un autre - Bernanos, un autre encore - A.Christie. Pour celui dont Nietzsche se réclamait disciple, c'est plutôt inconvenant, non ?
    Stavroguine ("porte-Croix", martyr) avoue avoir goûté à l'extrême débauche, sans aimer ni chercher la débauche. Incapable de s'attacher aux idées, il s'adonne à une obscure vitalité. Tout le contraire de nos jouisseurs modernes, travaillés par des "idées" et à l'affût des voluptés faciles. Penser et jouir - une combinaison perverse. "Penser et souffrir" (Pouchkine) est le lot des poètes.

  • Ces deux affaires sont symptomatiques du célèbre mot de Chersterton fustigeant ces idées chrétiennes devenues folles, et de notre engloutissement toujours plus rapidement par l'islam.

    Si Cormary et tous ces philosophes ont raison, si l'on ne peut pas être contre Polanski et Mitterrand et être avec la foule, alors nous sommes certains de devenir musulmans. Aucune philosophie, aucune tyrannie, aucune puissance ne pourra contenir la rage d'une foule à qui l'on exhibe des coupables objectifs mais que l'on substitue à la sentence. Nous sommes paralysés à l'idée de punir, de châtier. Montalte a tort lorsqu'il évoque le pardon de la victime: il est impossible de s'en remettre à ce pardon pour ne pas châtier un coupable car cela reviendrait à ré-instituer la vengeance au coeur du système juridique alors que le christianisme l'avait graduellement sortie!! La justice des hommes, sortie de la religion et démythifiée, se doit d'être rationnelle et froide.

    Si en tant que père de famille je commence à comprendre que les pédophiles ne sont plus réellement punis pour leurs crimes mais que l'on évalue leur nocivité future mais alors c'est là que la vengeance va resurgir! c'est là que les pères de famille vont recommencer à aller tuer de leurs propres mains ceux qui ont fait du tort à leurs enfants et ils auront bien raison!!

    Bref être chrétien demande à ce que Polanski soit remis à la justice et puni, sévèrement vu son crime, précisément pour le subsistuer à la foule ainsi qu'au désir de vengeance potentielle de sa victime. Ni la repentance de Polanski ni le pardon de la victime ne devrait avoir rien à y faire.

    Quant à Frédéric Mitterrand je ne comprends pas comment on peu maintenir un tel homme, aussi narcissique, esclave de ses pulsions et malade, à un poste de responsabilité quel qu'il soit. C'est encore une fois du délire, une société de folie.

    Girard explique bien que l'on ne peut pas se pasesr complètement ni de mimétisme ni de lynchage. Le christianisme nous a révélé cela, et nous avons construit toute une civilisation capable de domestiquer ces penchants notamment par le biais de la justice et d'une punition indépendante du désir de vengeance ou de pardon. Nous avons perdu cette construction, nous avons perdu ces coupe-feux, nous avons perdu ce courage de châtier, de punir, d'utiliser la violence sans la sanctifier. Elle va nous revenir en pleine tronche.

  • Ludovic, j'ai du mal à saisir la pertinence de votre comparaison.

    Matzneff n'a jamais été poursuivi, Brisseau a eu une peine symbolique pour des faits récents.

    Polanski, à plus de 70 ans, est en prison et risque la perpétuité pour des faits de plus de 30 ans d'ancienneté; logique que ça suscite plus d'émotion, non ?

    Et puis cette phrase: "Les autres, académiques en éthique comme en esthétique"

    OK, pour FM, mais au moins jusqu'au Locataire (soit les 3/4 de sa carrière), Polanski a été tout sauf académique.

    S'il a été Président du Jury à Cannes ce n'est pas parce qu'il est plus académique que Brisseau; c'est juste qu'il a mille fois plus de talent.

  • Merci Slothorp et Pierre de vos précisions, juste deux petites remarques :

    - concernant la citation de Rebatet à mon comptoir : elle est entre autres là pour montrer ce qu'est vraiment un lynchage, à la fois verbal - quelle violence - et physique - puisque, je le répète, nous sommes en 1942 et que souhaiter que Mauriac soit réduit au silence peut être interprété de douteuse manière ;

    - qui vous dit, Pierre, que je ne suis pas membre de X associations ? Je ne vois pas dans ce que j'ai écrit ce qui m'empêcherait de m'engager dans des associations de protections de l'enfance, contre la faim dans le monde, contre la propagation du Sida, etc. Ai-je jamais condamné ça ? Certains aspects, oui, ceux qui ne vivent que "pour les autres" (mon oeil !), oui, les associations soi-disant subversives qui veulent des subventions, oui, mais l'action associative réformatrice, non, non, il n'y a pas de raison a priori de les critiquer. De même qu'il n'y aurait pas de raison de se vanter d'y participer...

  • rémy : je ne vais pas encore une fois m'expliquer sur mes raisons de comparer les réactions concernant l'affaire Brisseau et l'affaire Polanski. Si pour vous, l'émotion suscitée par la seconde tient à l'ancienneté des faits, vous êtes bien naïfs, ce que vos premiers commentaires ne laissaient pas paraître.

    Si l'on s'en tient aux long-métrages, je pense aussi que depuis le Locataire, il n'y a plus rien de troublant, d'excitant, d'inquiétant chez Polanski, que nous sommes en plein dans l'Académie, la plus ennuyeuse, et comptez bien, ce n'est pas le dernier quart !...

  • Cher Aquinus, il nous manquait Javert et vous êtes arrivé. J'ai tort d'ironiser car votre argumentation est impeccable : être contre la foule (lyncheuse ou non), c'est être pour la justice sévère. La tentation populaire du lynchage n'est que la réaction légitime, quoique violente et abusive, aux vides et aux impunités juridiques. Nous ne savons plus punir, nous voyons en n'importe quel juge un sadique ("procureur" est devenu une insulte), et nous somme toujours du côté de Don Juan contre cette saleté de Commandeur. Tout cela révèle notre anémie morale et notre inconséquence politique - car en c'est en résistant à la justice pénale que nous risquons de provoquer la justice populaire. Ne restera plus alors qu'à nous faire islamiser, car les musulmans, eux, ont bcp de défauts, mais au moins, ont le sens de la collectivité, de la morale, et savent punir sans état d'âme. Bref, nous sommes en pleine décadence.

    "Quelle dose de vérité les philosophes peuvent-ils supporter ?", demandait Nietzsche. "Quelle dose de justice nos démocraties contemporaines peuvent-elles supporter ?", pourrait-on demander aujourd'hui. Car c'est un fait que cette "honte de punir", dont parlait Michel Foucault, remonte au XVIII ème siècle. Peu à peu, les peines se sont adoucies, la culture de l'excuse s'est imposée, et après l'abolition de la peine de mort, certains pensent à l'abolition de la peine de prison (dont tous les films montrent l'infernale violence et le fait qu'elle ne punit pas du tout, bien au contraire, elle massacre les faibles et permet aux forts de s'affranchir). Au fond, ce que la post-modernité va développer de plus en plus est que face à la faute la punition n'est plus souhaitable. La punition ne va jamais à son but. La punition pervertit plus qu'elle ne corrige. D'ailleurs, même les victimes ne demandent plus la punition de leurs bourreaux (voyez Samantha). Bref, la punition, c'est l'ancien monde, la cruauté de l'ancien monde. Une étude récente affirme même que les enfants qui ont été fessés ont un QI moins développé que ceux qui en ont été privés ! En fait, la perversité intellectuelle est allée si loin qu'aujourd'hui tout ce qui relève de la sanction ou du châtiment n'est envisageable seulement qu' "entre adultes consentants". La punition ne relève plus d'une éthique, elle relève d'une esthétique ! Je ne délire pas du tout. On a tellement horreur d'interrompre la fête, on croit tellement le désir innocent, qu'on va faire de la punition soit quelque chose d'insoutenable, de scandaleux, de barbare, soit quelque chose de festif, d'érotique, de SM. En novembre, je mets mon article sur Sacher-Masoch, vous comprendrez mieux... Bref, si Polanski ne va pas en taule, si Mitterrand n'est pas viré, on est foutu !

    Mais la justice, la justice - ça relève du droit, et le droit relève de la coutume. En France, Aquinus, Polanski ne serait plus inquiété - car notre droit prévoit une prescription des abus sexuels au bout de vingt ans (au fait, Polanski est accusé de détournement de mineur, non de viol !), alors qu'en Californie, il continue à l'être car, et pour répondre à la question de Pascal, il n'y a pas de prescription concernant ces crimes. Est-ce une bonne chose ? Ou une mauvaise - comme semblait l'affirmer Pascal ? Qu'est-ce que cela sous entend d'être pour la prescription ? Que le crime s'envole ? Que l'oubli est nécessaire pour la reconstruction de la victime ? Que le temps est l'allié du criminel en cavale ? Et l'imprescriptibilité, ça veut dire quoi ? Que les bienveillantes règnent et vous poursuivront toute votre vie ? Qu'un crime non jugé est un crime qui se perpétue ? Que le temps n'existe pas ? Dans le premier cas, il suffit d'attendre pour ne plus aller en enfer, dans le second, plus on attend, plus on est en enfer.

    Pour le reste, ma sortie sur les associations était inepte, et vous m'avez bien répondu, Café.

    Ludovic, la raison qui vous fait préférer un Matzneff à un Mitterrand parce que l'un n'a jamais donné de leçon de morale et que l'autre n'a fait que ça est par trop rhétorique et peu pertinente. Je sais ce que je dis puisque c'est aussi la mienne ! Non, ce que je veux dire, c'est qu'à un certain moment, peu importe les déclarations fracassantes ou fracassés des accusés ! Peu importe que l'un soit honnête intellectuellement et politiquement incorrect et que l'autre soit malhonnête et correct, peu importe qu'on ait affaire à un pervers transparent ou à un pervers hypocrite - l'important, ce sont les actes qu'ils ont commis, les actes dont on les accuse, et le jugement qui suivra. Je retrouve chez vous, chez moi, ce romantisme adolescent qui nous ferait dire "ah mais ce méchant est mieux car lui au moins il a lu Sade ! Alors que l'autre là il a lu Libération ! Peuh !" Bon, j'exagère, mais vous voyez ce que je veux dire...

  • Oui, je vois bien. Mais la rhétorique, c'est une indécence qui fait du bien, "après l'Histoire". Et vous aviez compris bien sûr que ce romantisme était une façon parmi d'autres de se sentir adolescent, c'est-à-dire en vie.

  • Alors ça, Ludovic, c'est incroyable ! Car au moment où je prends connaissance de votre commentaire, à l'instant donc, je suis en train d'écrire un article sur le dernier Amélie Nothomb qui plaide en effet pour l'immaturité qui est le meilleur garant de la vie. "A quarante ans, dit-elle, on est forcément en deuil", car tous nos amis sont mariés, parents, et bientôt divorcés et brouillés avec leurs enfants, tous raisonnent comme de petits bourgeois "rattrapés par le principe de réalité", tous ont un sens de l'esprit du sérieux qui nous effraie, tous se délectent de la médiocrité d'autrui, ce qui est bien évidemment le comble de la médiocrité, tous se rassurent que certes, "chacun d'entre nous a eu son petit talent", mais que "la vie, c'est quand même autre chose !"

    Alors, oui, vivent "les indécences qui font du bien" (quelle formule !) et vive Matzneff ! (Il est charmant, Gabriel, d'ailleurs, il m'a encore invité l'autre jour au Lutétia boire un thé... Bon, c'est vrai, qu'avec lui, j'évite de trop parler de l'affaire Polanski, mais ces moments passés avec un dieu de mon adolescence font foutrement du bien.)

  • Il y aurait tout un essai à écrire sur cette affligeante pensée contemporaine qui voudrait faire croire que l'entrée dans l'âge adulte est un enterrement et que l'adolescence prolongée, c'est la vie. Je ne suis pas loin de penser l'exact inverse (mais ce serait redoubler l'erreur), pensée que je dois à Marx (contre Debord, finalement).

  • montalte,

    Votre premier paragraphe est parfait, je n'ai rien à y rajouter.

    Ce que vous décrivez ensuite n'arrivera pas, ou plutôt arrivera mais ne touchera que les membres de cette post-modernité qui s'effondre sur elle-même. Le nihilisme qui en constitue l'armature aura raison de l'existence physique elle-même des post-modernes. Partout ils sont remplacés par des Maliens, des Porto-Ricains, des Pakistanais, des Turcs, des Alégriens - physiquement. Cette fin de la pensée, ce vide ouvert par la révélation chrétienne que de moins en moins sont capables de surmonter par leur foi pour encore trouver la force de punir pour le mal qui a été fait, engloutira ceux qui s'y soumettent. C'est une loi implacable, la loi de Dieu.

    Une fracture métaphysique va parcourir le monde occidental entre ceux qui osent encore faire face et brandir la violence (et qui auront la tentation de la sanctifier par l'islam entre autres) càd demeurer dans l'Histoire, et les autres qui veulent définitivement sortir de l'Histoire. En agissant de la sorte ces derniers non seulement ne savent déjà plus punir, ni se défendre, mais en plus ils commencent à perdre de vue comment éduquer ses enfants, et bîentôt ils seront même incapables de procréer, incapables de désir physique, incapables de mourir même. Ils seront balayés.

    Nous pourrions appeler tout ceci le triomphe un peu retardé de Joseph de Maistre qui d'enmblée visait au coeur lorsqu'il parlait du rôle social du bourreau. Et oui, le monstre froid de la justice n'est pas une incarnation du Mal contrairement à ce que tous les obsédés de la shoah nous ont serinés pendant des décennies à la lumière de la tragédie nazie, mais au contraire un rempart d'essence chrétienne face au lynchage unanime, face au désir mimétique, face à la force du bouc-émissaire.

  • A vrai dire, il faudrait se mettre d'accord sur ce que l'on entend par "jeunesse" et par "vie adulte". Personnellement, je n'aime pas les djeuns, je déteste la pensée djeune, je n'aime d'ailleurs pas mon adolescence, et je suis bcp plus "heureux" à 39 qu'à 29 et encore plus qu'à 19. Par ailleurs, l'on ne devient pas petit bourgeois ou non, à quarante ou trente ans, mais bien à quinze. Et avoir une famille n'est certes pas un acte petit bourgeois, bien au contraire, c'est quelque chose de sacré ! Non, ce que Ludovic et moi essayons, assez maladroitement, de stigmatiser, est un certain conformisme "sans âge", assez gonflant, mêlée d'une orthodoxie sans âme, et ce faisant, peut-être exprimons-nous (enfin, je me garde bien de parler à sa place) certaines blessures infantiles que notre raison d'adulte n'arrive pas à sublimer.

    C'est toujours le même syndrome : on sait qu'il faut bien se garder de faire d'une situation douloureuse la règle, que ce n'est pas parce qu'il y a des Folcoche que toutes les mères sont des Folcoches, ou que ce n'est pas parce qu'il y a des erreurs judiciaires que la justice est toujours injuste, ou que ce n'est pas parce qu'il y a de la souffrance partout que Dieu est un bourreau et que la vie est une salope. Le faire, c'est raisonner comme Ivan Karamazov et tomber dans le ressentiment, la haine de Dieu ou de la vie, ce qui est la pire métaphysique qui soit. Malgré tout, bien d'entre nous sommes incapables d'être tout le temps au niveau de cette sagesse. Que celui qui n'a pas un jour maudit l'existence et ne s'est pas dit que le néant valait mieux que la vie me jette la première pierre ! Bref, même si l'on essaye d'être, et dans le bon et vrai sens du terme, un "adulte", c'est-à-dire quelqu'un qui se tient debout seul et qui est en accord avec la vie (même s'il en dénonce les horreurs et les injustices, sans s'en prendre directement à celle-ci, au contraire, cette attitude est encore plus adulte), persiste toujours en nous ce que je n'ai pas peur d'appeler le démoniaque, c'est-à-dire la blessure qui ne veut pas guérir, la blessure qui veut blesser les autres, la blessure qui veut se voir chez les autres (mon cher Joker bien sûr), la blessure qui nous fait délirer et nous console. C'est alors le temps pervers de la folcochisation du monde, de la pollution volontaire de soi et des autres, le temps des vengeances symboliques (je préfère le Joker à Batman et Polanski à tous ses juges, na ! je ne veux voir dans la justice qu'un sadisme sournois et dans la repentance qu'un masochisme malin, bien fait pour vous, messieurs les normaux !), un temps poétique au fond, saison en enfer, fleur du mal, amours jaunes, chants de Maldoror, bien légitime quant à l'équilibre de l'être humain, mais qui ne doit pas dépasser les bornes du sonnet ou de l'ode, qui ne doit pas se substituer à l'esprit divin qui est est la voix, la vérité et la vie. C'est à ce moment-là que l'on redécouvre le réel, le pénal, le juste et que l'on se dit qu'il faudra aussi passer par la raison pratique si l'on veut garder la faculté de juger ou d'ailleurs de rêver. C'est par exemple mon texte sur Matzneff, "une nuit sur le mont chauve" - http://pierrecormary.hautetfort.com/archive/2005/04/06/une-nuit-sur-le-mont-chauve.html
    (Pardonnez-moi cette incise.)

    Ce sont ces introjections "coupables" qui ont fait, je crois, que l'affaire Polanski-Mitterrand ait divisé tout le monde - non pas que nous soyons tous pédophiles, Dieu merci, mais sans doute certains d'entre nous (et pas Ludovic, pour le coup) se sont reconnus dans Polanski - soit dans la figure d'un enfant de l'Histoire et de l'histoire, enfant blessé, martyr s'il en est, sur qui le destin s'est acharné et continue aujourd'hui, et par la voix légale, de s'acharner. Même si peu de gens ont vécu ce qu'il a vécu, même si mon enfance agitée, "dallasso-dynastienne", n'a strictement rien à voir avec la sienne, il n'en reste pas moins que Polanski, cinéaste du trouble, du paranoïaque et du destabilisant, est par condensation d'esprit, l'incarnation d'un certain type de blessé. "L'impunité artistique" que certains ont alors l'air de réclamer ne concerne pas tant les artistes en général que celui-ci en particulier. Disons que si demain on apprenait que David Lynch ou Martin Scorsese (pour prendre des cinéastes qui sont chers à bcp d'entre nous), ou même tenez, l'immense James Gray, étaient arrêtés pour viol ou coups et blessures, eh bien, on serait navré pour eux, mais j'ai comme l'impression qu'on ne ferait pas forcément bloc, qu'on s'en foutrait un peu. Il y a dans l'affaire Polanski, outre ce destin exceptionnellement tragique qui est le sien, quelque chose qui relève, comment dirais-je ?, de la malédiction et de l'élection, du coup du sort positif et négatif. On trouve férocement injuste qu'un homme qui a échappé par miracle à la potence alors qu'il était innocent risque de nouveau d'être pendu parce qu'il est coupable. On excuse cette culpabilité factuelle par son innocence persécutée. On trouve inique que la justice s'acharne sur quelqu'un qui a eu la vie la plus injuste du monde (et cela même s'il s'en est sorti et est devenu un fêtard irresponsable) Oui, en effet, on privilégie Polanski, non pas parce qu'on préfère les artistes et les intellos aux affreux ploucs mais parce que c'est cet artiste-là. Enfermez qui vous voulez, punissez tout le monde, mais pas lui. Pas lui.

  • (Aquinus, nos messages se sont croisés, mais il me semble que le mien réponde au vôtre à sa manière. Par ailleurs, ne tombez-vous pas dans une sorte de déclinisme un rien extrémiste ? L'islam par ci, l'islam par là, bon. Et puis, en appeler à ce salaud de Joseph de Maistre pour critiquer l'époque, c'est un peu excessif ? Après tout, la Révolution Française n'a pas fait que détruire la France, si ?)

  • Mais viennent faire les Portos-Ricains dans cette galère.
    (Montalte, mon commentaire croise le votre que je n'ai pas encore lu)

  • Décliniste extrême? peut-être, mais c'est vous écrivez ceci:

    // Au fond, ce que la post-modernité va développer de plus en plus est que face à la faute la punition n'est plus souhaitable. //

    et je ne fais qu'interpréter. L'islam me semble être le signe le plus manifeste de notre chatiment. C'est à la fois la révélation physique élcatante de la véracité des thèses récationnaires depuis deux siècles, et en même temps le marteau qui n'en finit pas de coincé le catholicisme contre l'enclume post-moderne.

    Joesph de Maîstre un salaud? expliquez-moi.

    Quant à la Révolution française : elle n'est que destruction comme toute idéologie progressiste, dont l'oeuvre s'interrompt à chaque fois qu'une réaction ou une guerre vient arrêter la spirale du chaos et du non sens. C'est-à-dire à chaque fois que de nouvelles barrières à la crise mimétique surgissent.

  • Une fois de plus, tu nous gratifie d'un chouette post Montalte. Tout ça est drôlement bien fichu. Et puis ces sluuuuurp et chliiiiips des huitres (Cancale, marennes, Quiberon ou Bousiges ?). Ca donne faim, surtout au travail.
    Ce qui me plait surtout est que tu sens bien que sur ce coup là, tu es du mauvais côté, malgré toute la hargne que tu mets à présenter les "gentils" comme une meute féroce et assoiffée de vengeance sociale.
    Personnellement, je suis pas franchement amateur de Polanski (je n'ai vu que la Bal des vampires) et lire du Mitterrand me paraît incongru. Mais je suis amusé que notre ministre de la culture soit un tordu hédoniste, un poil malsain. Y'a un petit côté Versailles où on chie derrière les rideaux qui me plais bien. Mais à part ce côté malsain, je suis pas fane du type, avec sa sale tête mollassonne et sa voix idiote.
    Pour Roman, je crois que la justice américaine va bien faire son travail. Et s'il y a vice de procédure, il sera relâché, un peu comme OJ Simpson.

    Désolé mais j'ai beau essayer de me passionner pour la controverse, j'y arrive pas. Que Mittou reste ou pas à son poste, pfffft, m'en fiche. Et ce pauvre Roman, qu'il termine pendu haut et court ou bien qu'il fasse des films terribles, ben m'en fiche un peu aussi.

  • Au fait non, tu peux annuler mon poste précédent qui n'est pas à votre niveau et mettre celui-ci :

    Que la justice fasse son travail et zou, affaire suivante.

  • Certains ici se trompent sur la question de la prescription. S'il avait commis ce qu'on lui reproche en France, Polanski serait poursuivi puisque la prescription a bel et bien été interrompue. Pour qu'il y ait prescription définitive, aucune action de justice n'aurait due être entamée depuis les faits ou depuis ladite action jusqu’à la fin de la période autorisant la prescription. Ce n'est manifestement pas le cas, la prescription ayant été interrompue plusieurs fois, et ce encore récemment. Finalement, Polanski serait un fugitif s'il avait commis ces actes non aux Etats-Unis mais en France, pas quelqu’un qui serait poursuivi pour des crimes déjà prescrits.

  • Merci de ces précisions, Service Juridique, mais ne pensez-vous pas que s'il avait été poursuivi en France, .... il n'aurait pas été poursuivi ? ou tout au moins rapidement classé ?

    Aquinus, je vous renvoie un peu vaniteusement à un vieux post sur Maistre commis en son temps : http://pierrecormary.hautetfort.com/archive/2005/11/11/joseph-de-maistre-ou-le-sade-de-l-ordre-moral.html

    Et bien qu'ex-royaliste, je ne pense pas qu'on puisse dire que la Révolution Française fut simplement "destruction". Il y a longtemps que j'ai renoncé à Maistre (écrivain génial par ailleurs) et choisi Tocqueville.

  • "ne pensez-vous pas que s'il avait été poursuivi en France, .... il n'aurait pas été poursuivi ? ou tout au moins rapidement classé ?"

    Non, je ne le pense pas, car ce serait confondre une question de principe avec une question de pratique, pratique certes variable selon les juges, la fatigue et les circonstances, mais pratique de toute façon heureusement bien loin d’être aussi unilatérale que vous le suggérez.

    Etant entendu qu'on ne peut pas s'autoriser la facilité de parler de "prescription" dans cette affaire, il est tout aussi abusif d'invoquer une pratique, qui n'est éventuellement pas toujours en accord avec le principe, pour contester l'application même du principe. A ce compte-là, que les justiciables ne se soumettent pas à la loi serait un motif de ne pas la leur appliquer. C'est absurde.

    Mais si l'on considère qu'un hypothétique Polanski accusé de crimes commis en France ne devrait pas être poursuivi après des années de fuite, il conviendrait de changer la loi. Ce qui pose un autre problème. En effet même une justice d'exception pour Polanski et les artistes éminents devrait, pour être vraiment juridique, établir une catégorie abstraite dans laquelle rentreraient ces "génies créateurs". Cela semble peu faisable techniquement (et politiquement, n’en parlons même pas). Car, par exemple, quel critère objectif permettrait de décider que Polanski en fait partie et pas Brisseau ? Ou Beethoven et pas Sheila ? On risquerait de plus d’introduire ce qu’on appelle un "aléa moral". A partir de combien de chefs-d’œuvre reconnus (par qui ?) aurait-on alors le droit de droguer impunément une mineure pubère de moins de quinze ans puis de la sodomiser contre son gré ?

    Etre condamné (ou pas) selon le goût du Prince ou selon les acclamations du peuple : c'est finalement le même cas de figure, celui où on se rapproche réellement du cirque romain ou du lynchage. Ce n’est pas celui de l'application du droit qui, par principe, est indifférent à l'opinion du jour, princière ou populaire. Mais pas toujours en pratique, c’est entendu. La Suisse, en l’espèce, a sans doute voulu signifier sa compliance après l’affaire UBS aux Etats-Unis. Il n’empêche, c’est lorsque le principe n’est pas appliqué que le problème du déni de justice se pose, pas dans le cas contraire.

    Il n’existe a fortiori aucun argument juridique sérieux pour contester l’arrestation de Polanski. Et ce n’est que s’il y avait eu procès public que ce dernier aurait pu être acquitté, ou faiblement condamné si la défense, par exemple, avait trouvé des arguments convaincants (ce dont je doute) pour faire du passé difficile de Polanski une circonstance atténuante dans cette affaire particulière. Et le jury avait toutes les chances d’être suffisamment représentatif pour rendre le procès équitable. Car contrairement à ce qui se répète, Polanski n’était pas obligatoirement soumis à l’arbitraire d’un juge. C’est la responsabilité pleine et entière de Polanski ld’avoir voulu éviter que des charges plus graves ne soient pas retenues contre lui en acceptant un "plea bargain", puis d’avoir pris le risque de la fuite avant l’audience devant fixer sa peine afférente à une relation sexuelle avec un mineur. Il a plaidé coupable pour cette charge finalement retenue lors de l’accord avec le juge. Comme le dit la porte-parole du procureur général de Los Angeles : "Polanski a été jugé, il a été déclaré coupable". Il ne reste maintenant qu’à déterminer sa sentence.

    Je crois qu’il est néfaste qu’on prétende faire le droit au cas par cas dans la presse, les blogs ou le café du commerce. Car c’est bien ce qui se passe quand la foule (le peuple en général, dont les journalistes, les internautes lambda et les blogueurs en particulier) s’écrie que la loi doit ou ne doit pas s’appliquer dans tel ou tel cas d’actualité. Et d’ailleurs le "peuple" n’a proclamé son souhait que la loi soit appliquée qu’après que certains ont proclamé leur désir qu’elle ne s’appliquât pas. Il ne va pas de soi que Polanski eut été accablé par la voix populaire sans cela : c’est probablement ceux qui ont voulu défendre Polanski qui ont causé le bruit autour de cette affaire. Et même si on pense qu’il y a eu lynchage, celui-ci n’a été, justement grâce à la loi que le "peuple" revendiquait, que métaphorique. Le terme de lynchage est donc particulièrement spécieux ici.

    Je conteste aussi l’argument selon lequel le "pardon" de Samantha Geimer aurait une quelconque validité. Car si Polanski n’avait pas pu s’enfuir et avait reçu sa peine à l’époque, ce pardon n’aurait selon toute vraisemblance pas été acquis. Et au-delà, qu’en matière pénale la condamnation dépende du pardon éventuel de la victime ouvrirait la porte à tous les dérèglements. Mais ce n’est fort heureusement ni le coupable ni la victime qui font seuls la loi, ni non plus une cavale (réussie jusqu’ici malgré diverses procédures légales interrompant de facto la prescription) qui suffit à la suspendre.

    Que la justice humaine ne soit évidemment pas parfaite ne devrait pas être une raison pour refuser, au gré de la variation de ses sentiments, que la loi soit appliquée. Que toute la justice ne soit pas juste est une chose, mais il est difficile de contester que sans la loi et la justice qui fait respecter la loi, l’injustice serait encore plus florissante.

  • "D'ailleurs, même les victimes ne demandent plus la punition de leurs bourreaux (voyez Samantha)."

    Généralisation abusive. C'est même l'inverse que l'on constate dans la société actuelle, avec le droit des victimes que l'on ne cesse de renforcer.

    "qu'en Californie, il continue à l'être car, et pour répondre à la question de Pascal, il n'y a pas de prescription concernant ces crimes."

    C'est faux. Mais pour le savoir, il faut avoir lu des spécialistes parler de l'affaire. ET aussi savoir ce qu'est une prescription, et notamment que c'est une chose qui peut être interrompue. DOnc il faut, en fait, connaître le droit (pan sur le bec ! ^^)

  • Je n'avais pas vu que le service juridique était passé avant moi ^^ Merci à lui d'avoir rappellé un certain nombre de vérités sur le droit.

  • Bon, entre le service virginien et le service juridique, je suis assez mal barré...

    Lorsque je stigmatisais le caractère équivoque du droit, je voulais dire qu'entre les façons qu'il y a de plaider la même affaire, à partir des mêmes faits, on peut assister à une condamnation sévère ou à une relax - je le sais, puisque j'y ai assisté. Il suffit de changer de tribunal et d'avocat pour passer de la grosse peine de prison à la mini amende - et pourtant le délit est resté le même. C'est ce qui le rend le droit si passionnant et si sublime, et parfois si immoral. Car un vice de forme, c'est légal, c'est souvent génial pour l'accusé, mais c'est immoral (voir affaires de la mairie de Paris). Tout comme peut l'être d'ailleurs le châtiment légal - Javert contre Fantine. Et qu'on ne me dise pas que je n'ai pas fait d'études de droit, il suffit de lire Les plaideurs, Les animaux malades de la peste, et Le mariage de Figaro pour avoir une idée de ce qu'est la justice. Ou de se rappeler la scène d'Instants d'audience, le génial film de Depardon, où la mère-juge se voit mise en difficulté par un type qui connaît la loi mieux qu'elle.

    Sur l'affaire Polanski (que je ne compare pas du tout à Fantine, qu'on se rassure), plus personne ne remet en doute, cher SJ, la légitimité de l'arrestation en Suisse de celui-ci, tout comme personne, même pas lui, ne demande une impunité artistique. Non, puisque désormais la justice a rattrapé Polanski, tout le problème, moral celui-là et qui passionne tout le monde, est de savoir de quel côté l'on est. Car être du côté de la loi, c'est être autant du côté du procureur ou de l'avocat. C'est remettre en branle la subjectivité. C'est de faire parler en soi son Créon ou son Antigone. C'est concrètement se demander, si l'on s'intéresse à cette affaire, de quel côté on s'assiéra. Pour moi, j'ai choisi tout de suite.

    On pourra alors me répondre de quoi je me mêle et quel plaisir innommable je prends à être la pleureuse de service. Je répondrais alors que pour le coup, je fais partie du peuple, de ce peuple (qui n'existe pas, mais ce n'est pas grave) qui adore se mêler de ce qui ne le regarde pas, qui adore discuter métaphysiquement des problèmes, qui adore assister aux exécutions publiques ou participer à l'évasion d'un condamné, c'est selon, et qui dans cette affaire, me fait, moi, plaider pour l'indulgence (parce que 32 ans, parce que le Destin a quand même trop frappé à sa porte à lui, parce que Sharon Tate, parce que le juge initial a tout de même TROMPE Polanski - c'est tellement vrai que les avocats ne sont pas d'accord et vont s'étriper pour ça -, parce que les accords entre la Suisse et les USA : "on laisse tranquilles vos banquiers sales, mais vous nous livrez le polack", parce que la fille a retiré sa plainte, parce que je n'ai aucun goût pour les monstres froids, parce qu'enfin je préfère notre loi à celle des autres).

    Et c'est ici que je laisse de côté ma ma lacrymale subjectivité et que je vous rappelle la chose objective, essentielle, et légale, que vous semblez tous complètement oublier, est que Polanski n'est pas poursuivi chez nous.

    Quand vous comparez, SJ, l'exil de Polanski à une "une cavale (réussie jusqu’ici malgré diverses procédures légales interrompant de facto la prescription) qu'il suffit de suspendre" pour faire enfin appliquer la loi, je me demande de quelle loi vous parlez. Polanski était donc en cavale en France ????? Polanski était inquiété en France ? Polanski devait se cacher en France, lui l'académicien couvert d'honneurs ? A moins que vous ne sous-entendiez perfidement que la loi française qui ose protéger ses citoyens est une loi inique par rapport à la loi américaine qui envoie ses batmans arrêter ses délinquants partout dans le monde, je ne vois pas très bien ce que vous voulez dire. Chez nous, Polanski n'a jamais été considéré comme un criminel, bien au contraire, il était presqu'un héros. Est-ce scandaleux ? Est-ce un déni de justice ? Serions-nous tous des pourris ?
    "La justice veut que Polanski soit jugé", disent les Commandeurs. Ben non, justement, pas la justice française. La justice française protégeait jusqu'à présent Polanski de la justice américaine. La justice française enculait complètement Interpol et ce n'était pas plus mal. La justice française avait sa souveraineté contrairement à la justice suisse qui est en train de la perdre.

    Certes, Polanski a pris des risques en allant pavaner en Suisse ("n'y avait-il pas d'autres promenades ?"), et il aurait dû anticipé sur le fait qu'il pouvait faire l'objet d'un marchandage assez abject entre les Etats-Unis et la Suisse. De ce point de vue, son arrestation relève d'une erreur de jugement, certainement de vanité, de sa part, mais certainement pas d'une justice universelle. Quand on est innocent dans son pays, mieux vaut ne pas se rendre dans un pays où l'on pourrait être coupable.

    En tous cas, ceci exprime exactement ce que je voulais dire tout à l'heure quant au droit - changez de tribunal ou de pays, et vous serez désiré ou recherché selon le lieu où vous atterrirez. Desired or wanted.

    (Et je m'en voudrais de faire du mauvais esprit, mais ces divergences juridiques se retrouvent malheureusement dans des cas bien plus transparents que l'affaire qui nous occupe : en Arabie Saoudite, toutes nos femmes européennes seraient coupables, en Iran, Samantha et Roman auraient été lapidés de concert, et là vous n'auriez pas été d'accord, sauf qu'un Service Juridique iranien vous aurait expliqué que la loi est sacrée chez eux tout comme chez vous... Derrière mon exemple un peu excessif, quoique très concret dans les faits, l'intention est simplement de poser la question du droit, des droits en fait. De quel droit vous réclamez-vous ? De quel droit je me réclame ?)

    Donc, cher SJ, ne dites pas que le droit, la loi ou la justice, "exigent" la sanction de Polanski, car ce n'est tout simplement pas vrai, dites plutôt : "dans cette affaire, je choisis le loi américaine contre la loi française, le point de vue américain contre le point de vue français", cela sera bcp plus clair et bcp plus honnête.

    Et moi je dis que Polanski est innocent tout simplement parce qu'il n'est pas justiciable chez nous. Et que Sarkozy est pour le coup vraiment dans son rôle quand il le défend contre les chiens américains qui veulent sa peau et du reste contre les chiens français qui veulent la leur vendre - ces derniers qui ignorent de fait leurs propres lois de protection citoyenne, ces veaux ! Voilà.

  • Personne ne dit que Polanski aurait dû légalement être arrêté en France puis envoyé aux USA. En France, il n'est simplement pas extradable, ce qui n’a rien à voir avec la question de son innocence ou de sa culpabilité. Pour parler d'innocence et de culpabilité, il faut qu'il y ait incrimination et décision de justice. Ce n’est pas le cas en France puisque Polanski n’y a pas commis de crimes. Que les crimes qui lui sont imputés n'aient pas été commis en France n'implique ni que s'ils l'y avaient été il aurait été jugé innocent, ni donc qu'il est innocent parce qu'ils lui sont reprochés aux USA pour des raisons de juridiction.

    Polanski était en cavale parce qu'il se soustrayait sciemment à la justice américaine, et c'est bien cette fuite que protégeait la loi
    française de non extradition. Mais cette protection s’applique qu’il soit innocent ou coupable. Je le répète : en aucun cas la justice française ne considère que Polanski est innocent. Ce n’est, en l’espèce, pas le problème. Elle considère juste qu’un Français en fuite après une condamnation à l’étranger ne doit pas être livré à cette justice. Une fois encore, c’est la loi française qui décide, dans sa juridiction, de ne pas livrer un fugitif (en cavale donc, puisque cette protection serait sinon sans objet) de nationalité française. Mais la justice française ne prétend pas pour autant faire le droit hors de sa juridiction et se prononcer sur l’innocence ou la culpabilité d’un Français condamné pour des crimes à l’étranger.

    Qu’un citoyen français puisse à la fois se féliciter que la France n’extrade pas Polanski lorsqu’il est sur son territoire et que la Suisse applique la loi d’extradition en vigueur à l’intérieur de ses frontières, montre juste son attachement au respect du droit, international en particulier, et son refus de le remplacer par les opinions changeantes et enflammées de la foule (presse, blog, ou café du commerce).

  • Sans lancer un autre débat, il y a tout de même beaucoup de Maistre chez Tocqueville. Ou disons que le meilleur Tocqueville est parfois assez maistrien. Mais ceci est une autre histoire !

    (Sinon, Service Juridique, je ne veux pas être parano, mais cela fait deux fois que dans vos si claires interventions vous insultez le café du commerce - qu'est-ce que je vous ai fait ?)

  • Mais, SJ, tout cela, nous le savons. C'est un simple argument technique et extrêmement spécieux d'ailleurs contenu dans mon commentaire, mais qui moralement ne convainc personne.

    Spécieux, parce que l'on peut être toujours plus royaliste que le roi. Qu'est-ce que c'est donc que cette loi française qui protège les violeurs et les pédophiles ? Qu'est-ce que c'est donc que cette loi française qui refuse de collaborer avec la loi américaine ? Qu'est-ce ce que c'est donc que cette loi française qui refuse d'extrader un homme qui saoule, drogue et sodomise les adolescentes et au contraire met son territoire à sa disposition avant de le célébrer ? Ne devrait-on pas changer la loi ? N'est-ce pas immoral la vie que l'on a permis en France à Polanski ? Comment ? La citoyenneté française est une garantie d'impunité ? Quoi, un homme accusé de détournement de mineur chez eux jouirait d'une telle impunité chez nous ? Au moins, l'Angleterre et désormais la Suisse sont-ils plus morales, elles. Notre droit ne devrait-il pas prendre exemple sur le leur ? Car sur le fond, n'était-il pas injuste que Polanski échappe à la justice, sous le fallacieux prétexte qu'il était en France ?

    "En France, il n'est simplement pas extradable, ce qui n’a rien à voir avec la question de son innocence ou de sa culpabilité."

    Ben si, justement. Heureusement ou malheureusement, si. C'est que la la loi française considère sans doute que ce genre de crime n'est pas suffisamment défini comme tel pour qu'on puisse extrader celui qui en est accusé. Par ailleurs, la loi française ne prévoit-elle pas d'extrader tel ou tel de ses citoyens si celui-ci est accusé de crimes contre l'humanité ? Tel ancien nazi ? Ou, tenez, ce médecin noir de Maubeuge, qui est soupçonné depuis deux jours d'avoir participé au génocide rwandais, ne risque-t-il pas l'arrestation et l'extradition ? Bien sûr, vous me répondrez que ce n'est pas la même chose, qu'il y a des crimes contre l'humanité imprescriptibles etc, etc, mais dans tous les cas, vous ne ferez que confirmez ce que je dis. Qu'un tel qui est justiciable là-bas ne l'est plus ici. Et que c'est ce qui pose problème sur le plan moral.

    Enfin, question enflammades, je vous rappelle que dans cette affaire, la foule et les cafés du commerce se sont plutôt enflammés contre Polanski et par conséquent pour les lois suisses et américaines. C'est la loi française qui pour certains français assoiffés de justice faisait problème. La foule, plus morale que la loi, plus morale que le droit, la foule, dangereusement morale, sent quand on l'embrouille, la foule ne se laisse pas faire comme ça. C'est pourquoi elle a tendance à lyncher. Elle se venge de la loi qui se fout toujours d'elle.

  • La foule veut du pain et des cirques; Elle se fout de la morale. Elle veut voir La Esmeralda pendue mais elle est tout autant en liesse lorsqu'elle voit Qasimodo l'extraire des griffes du boureau pour lui donner asile. Ce qu'elle veut est l'excitation du spectacle. La foule exhulterait autant si Polanski était condamné à perpète ("c'est bien fait pour cet 'artiste' hédoniste qui roule sur l'or, et se croit tout permis au point d'enculer des petite filles") que s'il était relaxé ("ah, au moins on ne s'acharne pas sur des vieux qui ont fait preuve d'une vie exemplaire").

  • Je répète que ce pour quoi la foule s’est enflammée, le droit n’en a cure. Mais je faisais remarquer au passage qu’elle s’était surtout prononcée pour l’application de la loi lorsque les défenseurs de Polanski la refusait. Elle s’est déclarée pour le respect du droit en tant que tel, et dès lors, je l’ai dit, parler de lynchage est un abus de langage particulièrement inapproprié.

    Qu’on soit en désaccord avec des raisons morales est une chose, mais le désaccord serait encore moral, pas juridique. Personne en effet ne peut dire que le droit n’a pas été appliqué. Les lois des différents pays impliqués ne sont pas en contradiction les unes avec les autres puisqu’elles sont chacune attachée à un territoire spécifique. En particulier, les USA n’ont pas envoyé leurs forces armées pour récupérer Polanski en France, respectant ainsi le droit international et le fait qu’en France, c’est la loi française qui s’applique.

    Il ne faut en effet pas confondre le plan moral et le plan juridique. Car on peut trouver la loi immorale, et disserter de cette immoralité pendant des heures. Il n’est cependant pas nécessaire pour cela d’affirmer des contre-vérités au sujet de du droit. Considérer qu’il est moral ou immoral que la France protège Polanski, ou que le détournement de mineur ne soit pas un crime contre l’humanité est une question morale, pas une question juridique. Et encore une fois, la loi française est une loi qui a cours en France et la justice française ne prétend pas faire la loi ailleurs : la justice (française, américaine ou bantoue) n’est pas la morale ou la justice divine. Ainsi, ceux qui s’indignent de l’application de la loi, s’indignent de cette différence entre plan juridique et plan moral, et donc s’indignent finalement du fait que ce ne soient pas eux, seuls, qui fassent la loi.

    Ce sont ces amalgames que je dénonce et mon propos était de rectifier certaines des erreurs qui se disent ici au sujet du droit. Je n’insisterai donc pas davantage et me contenterai de renvoyer à l’ensemble de mes commentaires. Ceux-ci rappellent en effet certaines évidences juridiques qu’il convient d’avoir à l’esprit dans un débat de ce genre.

  • Si vous aviez lu ou entendu ce que certains anonymes disaient de Polanski, peut-être auriez-vous compris pourquoi certains d'entre nous parlaient de "lynchage". Par ailleurs, êtes-vous si sur que la foule se soit prononcée pour le droit plutôt que pour la morale ? Pensez-vous vraiment que la foule se soucie de droit ? Les réactions à l'affaire Mitterrand prouvent que non - ni sa Mauvaise vie ni sa nomination en tant que ministre ne relèvent du droit, en revanche, c'est moralement que ça coince pour certains (comme pour Aquinus sur ce forum). Un ministre peut être totalement déshonoré et n'avoir aucun problème légal. Et réciproquement.

    Comprenez que je comprends parfaitement votre effort de clarté juridique et que je vous en suis même reconnaissant - sauf qu'au bout du compte, le fond ne change pas. Bien au contraire, plus on connaît le droit, plus on va s'en servir pour servir ou desservir Polanski. La question morale se retrouve toujours après la méthode.

    "Il ne faut en effet pas confondre le plan moral et le plan juridique", dites-vous. Mais c'est exactement le départ de mon post. Oui, morale et droit peuvent non seulement se distinguer mais parfois se heurter.

    " Car on peut trouver la loi immorale, et disserter de cette immoralité pendant des heures. Il n’est cependant pas nécessaire pour cela d’affirmer des contre-vérités au sujet de du droit" - absolument, sauf qu'en définitive les gens qui ont fixé le droit sont également ceux qui ont disserté pendant des heures sur ce qui était moral ou pas, car le droit se veut malgré tout une émanation de la morale. Il n'y a pas de droit sans morale sous-jacente. Le droit essaye d'incarner la morale d'une société le mieux qu'il peut. Là-dessus, je pense que nous sommes d'accord.

    Pour le reste, je vous remercie sincèrement de vos interventions et vous invite à les continuer car personne n'est à l'abri, et surtout pas moi, de dire encore des conneries.



    "Considérer qu’il est moral ou immoral que la France protège Polanski, ou que le détournement de mineur ne soit pas un crime contre l’humanité est une question morale, pas une question juridique." - oui, cent fois oui.

  • "... Les animaux malades de la peste, et Le mariage de Figaro pour avoir une idée de ce qu'est la justice."

    Caricature. Personne n'a prétendu que la justice était parfaite ; on peut quand même noter qu'elle s'est améliorée depuis La Fontaine et Beaumarchais. Polémique politique pour toi qui fait du sarkozysme à tout va : la suppression du juge d'instruction qu'il va mettre en place nous rapproche davantage de la morale de la fable de La Fontaine qu'elle ne nous en éloigne...


    "Ou de se rappeler la scène d'Instants d'audience, le génial film de Depardon, où la mère-juge se voit mise en difficulté par un type qui connaît la loi mieux qu'elle."

    J'ai vu le documentaire ; je pense bien voir de quel moment tu parles (le mec vers la fin, lors de la scène la + passionnante, d'ailleurs). Tu fais un total contresens. C'est lui qui ne connais pas assez bien la loi, et qui régurgite des articles non assimilés... et qui en oublie, car il n'est qu'un néophyte, de justement faire valoir ses droits (i.e. d'indiquer un vice de forme) quand il aurait dû le faire, c'est-à-dire avant de parler du fond.


    "plaider pour l'indulgence (parce que 32 ans"

    Ca, c'est quand même Roman qui l'a bien voulu... en utilisant justement le droit !


    ", parce que le Destin a quand même trop frappé à sa porte à lui,"

    Ce n'est pas une raison pour abuser d'une mineure...


    "parce que le juge initial a tout de même TROMPE Polanski - c'est tellement vrai que les avocats ne sont pas d'accord et vont s'étriper pour ça"

    Eh bien justement, jugeons-le, et comme cela, s'il y a vice de forme ou quoi que ce soit, cela sera sans aucun doute soulevé, et on mettra un point final à la chose.


    "parce que les accords entre la Suisse et les USA : "on laisse tranquilles vos banquiers sales, mais vous nous livrez le polack","

    Je t'en ressers un petit, Gérard ? Sinon, il existe le même accord entre la France et les USA, tu sais, alors tu nous ressortiras ta morale et ta fine analyse de politique internationale un autre jour un autre jour... Quant à ton utilisation du mot "polack", tu m'excuseras de la trouver douteuse.


    "parce que la fille a retiré sa plainte"

    Ce qui ne change rien dans un procès pénal aux USA. AU passage, il est probable que le fait de retirer la plainte faisait partie d'un accord passé avec le parquet. Bref, faire de la morale à partir d'un procédé de droit, ce n'est peut-être pas si intéressant que ça.


    "parce qu'enfin je préfère notre loi à celle des autres)."

    Et notre loi punit ceux qui abusent des mineurs sur notre territoire, ça tombe bien. Mais, à moins que les Etats-Unis renoncent à leur souveraineté nationale en laissant les tribunaux français juger des affaires qui se passent sur le territoire américain (ce ne serait pas une bonne idée vu les délais d'attente dans notre pays ^^), on va peut-être les laisser juger des affaires qui se passent chez eux.



    "Polanski n'est pas poursuivi chez nous."

    Ca tombe bien, il est poursuivi aux ETats-Unis, et c'est là-bas qu'on veux le juger. C'est bien fait, parfois, le monde.


    "Polanski était donc en cavale en France ?????"

    Beh oui. C'est si difficile à comprendre ?


    "A moins que vous ne sous-entendiez perfidement que la loi française qui ose protéger ses citoyens est une loi inique par rapport à la loi américaine qui envoie ses batmans arrêter ses délinquants partout dans le monde, je ne vois pas très bien ce que vous voulez dire."

    Tu ne vois surtout pas très bien ce que tu dis toi, là... Un État n'extrade pas ses ressortissants, c'est une base de la souveraineté nationale, et ce n'est pas propre à la France. Certains pays anglo-saxons sont apparemment moins arc-boutés là-dessus, mais c'est quand même, une fois encore, une norme, et non une spécificité française. Polanski aurait été Suisse, eh bien la Suisse ne l'aurait pas extradé. Mais la France, elle, aurait pu le faire s'il avait passé la frontière. Understood ?

    "Chez nous, Polanski n'a jamais été considéré comme un criminel, bien au contraire, il était presqu'un héros. Est-ce scandaleux ? Est-ce un déni de justice ?"

    Non et non. Ce n'est juste pas le sujet, en fait...


    "La justice veut que Polanski soit jugé", disent les Commandeurs.

    Il y a des Commandeurs cons. Les intelligents ne parlent que de la justice américaine, pas de la déesse universelle avec son glaive et sa balance.


    "La justice française avait sa souveraineté contrairement à la justice suisse qui est en train de la perdre."

    Biiiip ! mauvaise réponse !

    "il pouvait faire l'objet d'un marchandage assez abject entre les Etats-Unis et la Suisse."

    On appelle ça un mandat d'arrêt, en fait. On y ajoute "international", même si en fait c'est un léger abus de langage, car un mandat d'arrêt demeure national. Ce qui s'est passé n'est pas un "marchandage assez abject", juste une application "automatique" du droit. Comme elle aurait pu se produire en France avec un non-Français.

    Je fais pour le reste mien le point de vue de l'excellent service juridique, qui t'explique très bien qu'il faut que tu arrêtes de faire un gloubi-boulga immonde avec le droit, la justice et la morale, par exemple quand tu nous explique que Polanski échappe à la justice universelle car il serait "innocent en France". La prochaine fois que je commettrai un délit à l'étranger, j'expliquerai au juge que je suis innocent en France et donc que j'échappe à la justice universelle, ça le fera bien marrer. ENfin bref, tu t'es vraiment laissé emporter par une crise de délire, sur la fin de ton message ^^.


    "en Iran, Samantha et Roman auraient été lapidés de concert, et là vous n'auriez pas été d'accord, sauf qu'un Service Juridique iranien vous aurait expliqué que la loi est sacrée chez eux tout comme chez vous..."

    .. Et ça tombe bien : il n'existe pas de convention d'extradition entre la France et l'Iran.

  • "Mon Dieu, protégez-moi de mes amis, pour mes ennemis, je m'en charge".

    L'extrait du Depardon, on le reverra ensemble, je crois.

    Sur l'indulgence de la sanction, c'est en fait le juge qui l'avait promis à Polanski puis qui est revenu sur sa parole, et qui a fait que Polanski, se sentant trahi, a fui les USA. Et disant cela, je n'aurais pas l'indélicatesse de rajouter que visiblement tu connais l'affaire Polanski aussi bien que je connais le droit ! Cela dit, là où je te suis, c'est quand tu dis que l'affaire doit suivre son cours, et qu'on en finisse une bonne fois pour toutes, oui, absolument. Ce procès va être passionnant...

    Le destin qui n'excuse pas la mineure. C'est drôle que pour un littéraire tu ne sois pas sensible à la dimension littéraire et tragique de la vie de Polanski. Vous êtes terrifiants, vous, les jeunes gens !

    Les relations Suisse-USA. L'arrestation de Polanski en Suisse n'a pas plu à tous les Suisses car à cause d'elle certains ont eu l'impression de devenir le caniche des USA. Par ailleurs, pourquoi attendre aujourd'hui pour l'arrêter alors qu'il vient y faire du ski tous les ans depuis vingt ans ? Soit les Suisses sont très très lents à faire appliquer leurs propres lois, soit il s'est passé quelque chose qui ressemble en effet à un deal.

    La cavale, je croyais que c'était se cacher de tout et de tous comme Jean-Pierre Treiber, pas devenir académicien ou président du festival de Cannes.

    Polanski, recherché aux Etats-Unis et désiré en France, comme le dit le titre du film qui lui a été consacré. Polanski risquant la prison là-bas et ayant tous les honneurs ici. Polanski menacé par un droit et sauvé par un autre. Franchement, cette dichotomie ne provoque aucun tilt métaphysique en toi ? Aucun étonnement même littéraire ?

    Finalement, on aurait envie que Polanski s'échappe de Suisse comme il s'était échappé des Etats-Unis et qu'il revienne en France, on devrait même l'évader, rien que pour voir comment ces gens de droit réagiraient. Et quand on nous accuserait d'avoir fait quelque chose d'inique, on aurait alors le plaisir de répondre : "ah ben non, c'est notre droit, chez nous Polanski il ne pose aucun problème, tant pis pour votre droit, tant pis pour vous !", mais là, j'avoue que je délire...

    Dommage que dans cette histoire, il n'y ait pas eu un homme de loi qui soit venu pour contrebalancer cette perpétuelle mise au pied du mur de notre cinéaste. Que dit Kiejman ?

  • On peut spéculer à l’envi au sujet des intentions de cette foule opposée à la non application de la loi à Polanski. Mais on peut aussi sans doute distinguer en son sein deux types de personnes : ceux qui veulent que Polanski aille de toute façon en prison, en France ou ailleurs, pour des raisons morales, et ceux qui estiment que, avant tout, ici, le droit doit être respecté (et ce quoi qu’ils pensent moralement de Polanski). Toutefois, quelles que soient ses intentions, cette "foule" était favorable au respect de la loi. Je ne crois donc pas que c’est sur ce point qu’il convienne de l’attaquer.

    Il est évident que la loi se crée et se défait via des débats impliquant une dimension morale. Mais il est aussi évident qu’avant d’être changée, la loi doit pouvoir être appliquée. Mais j’ai déjà évoqué cela dans un commentaire précédent : il est impraticable de créer une catégorie ad hoc pour des artistes. A défaut d’être en mesure de fournir un critère objectif de "génie", nécessaire à un projet de loi pour ne pas condamner pour ce genre de crime des artistes tels que Polanski, il faudra donc envisager une loi qui stipule que, étant déclaré coupable, si on parvient à se soustraitre suffisamment longtemps à la justice, et ce malgré des actions légales durant cette période, on n’a plus à effectuer sa peine. Ou bien il est possible d’essayer de dépénaliser les crimes en question pour tout le monde, en invoquant lors du débat les éventuelles règles morales (bon courage) justifiant un tel projet de loi. Je doute que ce genre de tentatives puisse aboutir, sans mentionner qu’il faudrait ensuite, dans le cas qui nous occupe et pour un Polanski futur, convaincre les américains et les Suisses d’adopter cette loi. J’ai précisé : un Polanski futur. Il faut en effet signaler, pour faire bonne mesure, que la loi ne peut être faite après coup ; la rétroactivité de la loi est grosso modo réservée aux crimes contre l’humanité et aux lois de finances.

    Le droit ne retient que des principes, je dois le répéter, pas des pratiques. Encore une fois, la non application d’une loi (et cela existe, je ne le conteste pas), ce n’en est pas moins un déni de justice qui ne peut absolument pas être intégré au droit.

    Je persiste : demander à ce que la loi ne soit pas appliquée, c’est tout à fait différent de dire qu’en ses fondements, la morale a joué un rôle. Car Polanski (nul n’étant censé ignorer la loi) savait ce qu’il risquait en commettant ses actes là où il les a commis, et savait qu’il échapperait à sa peine sur le territoire français. Il aurait été sans doute plus heureux si son statut d’artiste le protègeait légalement de la loi commune, certes, mais il a pris ses responsabilités en contrevenant aux lois d’une justice humaine. Le fait qu’il y de la loi, j’espère, ne lui aura pas échappé, même si celle-ci est humaine et, en aucun cas, ne se prétend autre.

    Ainsi, je continue de penser que les "défenseurs" de Polanski ne condamnent pas tant les lois particulières qui incriminent Polanski et ont conduit à sa situation actuelle, que le principe même du droit en général. Ceux-ci agissent ainsi de la même manière que cette "foule" (mi-réelle, mi-fantasmée) à laquelle ils s’attaquent (et qui n’est pas toute la foule, de nombreux individus voulant simplement que les lois soient respectées) : ils prétendent, au nom de leur morale, se substituer, sur le champ, à la loi. Ceci n’a rien à voir avec la rédaction du code pénal, et s’apparente en fait bien plus au principe du lynchage (prétendre rendre la justice ici et maintenant, avec ses "tripes" et selon des critères flous) que ce paradoxal "lynchage", paraît-il commis par cette foule laissant à la justice le soin d’appliquer la loi.

    Je me suis permis de réitérer certaines distinctions car il semble que, malgré leur clarté, celles-ci ne soit pas toujours bien comprises ici. En tous cas, il n’est pas question de "méthode" mais, ce qui est fort différent, de principes. Disons pour conclure qu’invoquer la morale et lui subordonner le droit, c’est ne pas saisir ce qu’est le droit. Car la loi n’a pas seulement un contenu, elle a aussi une forme, indépendante de ce dernier. Sans cela, elle n’est pas la loi. Sans cela, elle n’est que le fait du prince ou de la foule, ce qui revient au même. Ainsi, contrairement à Antigone qui invoque bel et bien un droit, les contempteurs de ces lois qui ont conduit Polanski là où il est, ne brandissent, eux, que leur bon plaisir.

  • Antigone invoquait les lois invisibles contre Créon qui ordonnait les lois visibles... Pour le reste, je n'ai absolument rien à redire de ce que vous dites, SJ, d'autant que moi-même (car pour le coup, je vais un peu me défendre), j'ai commencé par dire dans mon post que Polanski était coupable, et que puisqu'il avait été arrêté, il fallait désormais que justice suive son cours. Je ne pense pas avoir remis dans mon post ou mes réponses quelque chose qui remette le droit en question ou m'avoir fait l'avocat d'une "immunité débile pour génie" ou je ne sais quoi.
    Cela dit, après avoir posé les faits et reconnu même sa culpabilité (comme quoi, je vais vite en besogne même de l'autre côté), j'ai simplement voulu m'interroger sur les distinctions et parfois les oppositions qui existent entre droit et morale, et qu'il y avait des choses qui pouvaient soulever le bon sens, sinon le coeur, même si elles étaient la stricte application de la loi. Tout devient alors question de sensibilité, de défense ou d'accusation. Je suis, on l'aura compris, pour la défense de Polanski, mais je suis aussi pour son procès. Sauf que j'ai l'impression (mais je ne peux le prouver) que tous ceux qui ici ou ailleurs viennent rappeler le droit le font parce qu'ils sont contre Polanski.

    Et c'est pourquoi je regrette qu'il n'y ait pas un son de cloche juridique plus favorable à Polanski. Quelle est par exemple la position d'un George Kiejman sur tout ça ? Quels sont les recours juridiques de Polanski ? Qu'est-ce qu'il peut sérieusement plaider ? Bref, si vous étiez son avocat, que nous diriez-vous ?

  • "tous ceux qui ici ou ailleurs viennent rappeler le droit le font parce qu'ils sont contre Polanski."

    Je suis contre Polanski s'il a commis ce dont on l'accuse (sachant qu'il l'a avoué, il y a quand même des chances) ET qu'il est condamnable en droit (i.e. qu'il ne peut invoquer un vice de procédure, un défaut dans le mandat d'arrêt ou dans l'interruption de la prescription... pour savoir ce que son avocat peut plaider, il est impératif d'avoir une connaissance approfondie du dossier ; personne ne t'apportera autre chose que des suppositions ici). Bref, je suis pour l'application du droit, qui doit s'appliquer à tous, démocratiquement, et nous ne parlons justement ici (France, USA, Suisse) que de pays démocratiques. Et si un juge, comme nous le savions toi et moi (oui, navré, je connaissais ce souci ^^) a fait en sorte qu'un accord soit passé sans qu'il soit tenu (encore faudra-t-il le prouver), alors j'espère bien (et je pense bien) que cela fera partie du procès.

    Je reviens sur ton intéressante question : "pourquoi attendre aujourd'hui pour l'arrêter alors qu'il vient y faire du ski tous les ans depuis vingt ans ?"
    Pour avoir assez souvent franchi la frontière entre la France et la Suisse en voiture, les contrôles de passeport y sont fort rares. On peut aussi imaginer que l'informatisation du système n'était pas forcément parfaite à l'époque, supputer des tas de blocages techniques.
    Là, le souci est que Polanski, qui allait en Suisse recevoir un prix, a demandé lui-même une protection à la police suisse, attirant de fait l'attention sur lui, et déclenchant peut-être bien une vérification de routine qui aurait alors entraîné ce que l'on sait. Ça me paraît davantage vérifier le principe du rasoir d'Ockham que la théorie du complot que tu nous proposes.
    Quoiqu'il en soit, le fait qu'il ait pu pénétrer sur le territoire suisse sans y être arrêté les fois précédentes ne lui offraient aucune impunité, mais je pense que nous sommes d'accord là-dessus.


    Enfin je m'étonne que tu t'étonnes : "C'est drôle que pour un littéraire tu ne sois pas sensible à la dimension littéraire et tragique de la vie de Polanski. Vous êtes terrifiants, vous, les jeunes gens !"

    Je reconnais bien dans ton article et tes commentaires ton côté Serpentard... Il me semblait évident que tu allais reconnaître dans mes interventions mon côté Serdaigle ;-).

  • Le Serpentard, ayant dans deux heures un train qui le conduit dans son fief de mange-morts pour une semaine, salue le Serdaigle ainsi que toute la compagnie qui a nourri ce long débat. A tous merci et à bientôt !

  • Répétons-le une fois de plus : Polanski a déjà été jugé. C’est lui qui enfreint la loi américaine aux USA, lui qui a préféré ne pas avoir un procès public, lui encore qui a pris la fuite, lui qui est allé dans un pays pouvant l’extrader vers les USA. Le cas est si caricatural que je maintiens que ceux qui contestent l’application de la loi, contestent finalement le principe même du droit. Quant aux autres, j’ai bien volontiers convenu qu’il y en avait pour accabler Polanski quel que fût l’état du droit, mais il me semble indéniable qu’il y en a beaucoup d’autres qui tiennent simplement à ce que le droit soit respecté.

    Quant à illustrer le rapport problématique du droit et de la morale, le cas Polanski ne paraît guère pertinent, car je ne vois pas quel argument moral ou juridique on pourrait utiliser pour aller dans le sens de l’abandon des poursuites et de la libération de Polanski. Puisque rien d’universalisable n’a été proposé, condition pourtant nécessaire pour articuler morale et droit, on reste donc en dehors de la morale au sens strict et on se trouve au mieux dans le vaste domaine de la "réaction à chaud". Antigone invoquait une loi au vrai sens du terme, les "défenseurs" de Polanski, eux, se contentent de faire parler leurs "tripes", sans être capable de généraliser leur position, ni juridiquement, ni moralement. Bref, ayons donc bien en tête qu’en droit, ainsi que dans le type de morale qui lui est associé, le "parce que c’est Polanski " n’est pas une option. Ce qu’il faut déterminer au contraire, c’est un cas général dont Polanski serait un cas particulier. Et comme j’ai tenté de le montrer par l’absurde dans mes commentaires précédents, cette voie semble sans issue.

    Ce qui est certain, en tous cas, c’est que les avocats de Polanski ne peuvent pas espérer atteindre leurs objectifs en imitant ses défenseurs "médiatiques" (ou leurs épigones) qui bafouent la notion même de droit. En passant, je reste persuadé que c’est l’attitude de ces derniers qui a exaspéré la majorité des observateurs. La lettre de Kouchner à Clinton, en particulier, est absolument ahurissante pour un homme ayant ses responsabilités. Mais pour en revenir aux avocats, ils ne sont bien entendu pas eux-mêmes tombés dans le déni du droit. Ils savent en effet qu’il n’y a que le droit qui soit vraiment à même de défendre Polanski, mais ils savent aussi qu’il est trop tard pour convaincre un jury, chose qui d’ailleurs paraissait à l’époque si hors d’atteinte que le "plea bargain" a été accepté. Après avoir fait chou blanc jusqu’à présent du côté du vice de forme, je crois que la ligne de défense la plus probable sera l’invocation d’un état de santé devenu soudain inquiétant, ce qui est classiquement l’ultime recours. Mais ses avocats auront peut-être un coup de génie. Ceci, l’avenir le dira. Ainsi, qu’on puisse légitimement avoir de la sympathie pour Polanski n’implique manifestement pas qu’on soit en mesure de fournir des arguments moraux ou juridiques recevables pour que les charges soient abandonnées et qu’il soit libéré.

  • Deux informations intéressantes :

    Un article du Point informant que c’est la Suisse qui a fini par avouer piteusement que c’est elle qui avait prévenu les USA, et qu’il était plus facile de l’arrêter à l’aéroport qu’à son chalet de Gstaad (tout de même, ce n’est pas un anonyme !),

    http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-10-21/affaire-polanski-la-suisse-avait-alerte-les-etats-unis/920/0/387630

    Un interview de Kiejman par Fogiel qui sous-entend que dans le droit entre la lettre et l’esprit, il peut y avoir une dissonance :

    http://www.europe1.fr/Radio/ecoute-podcasts/Chroniques/L-interview-de-7h40/Me-Kiejman-Polanski-pourrait-aller-s-expliquer-aux-Etats-Unis

  • Il me semble que dans ce passionant débat (je sais, j'arrive tard et j'ai zappé la fin), vous frôlez une idée simple, reposant sur un fait concret, qui explique tout de même pas mal de choses. Un intervenant vous demande si vous auriez défendu Mitterand et Polanski s'ils n'avaient pas été sous le feu roulant d'internet. Il y a meute, et vous éprouvez le besoin de vous y opposer. Bien, admettons. Mais ne faut-il pas inverser cette proposition ? N'y a-t-il pas eu meute que parce que des personnalités médiatiques ont immédiatement défendu Polanski ? Si, au moment de son arrestation, personne n'avait moufté, qui aurait parlé de Polanski, puis de Mitterand ? Ce sont les propos de FM, et Bénichou, et BHL, et des autres, qui ont provoqué cette indignation (qui semble, à travers Polanski, viser surtout les journalistes et les politiques, et même à travers FM).

    C'est la défense irraisonnée de RP qui est première. Ensuite "la meute". Et pas le contraire, comme semble le poser tout le débat.

    Il n'y a pas eu meute spontanée contre le pédophile Polanski. Mais il y a eu réaction corporatiste spontanée, et c'est elle qui a formé la meute. Et il est alors un peu vain de parler de la morale primitive et puritaine du peuple.

    Bav.

    (Je parle surtout du débat, le texte me semblant très subtil et réussi)

  • Cet article de Patrick Besson dans Le Point, découvert ce six novembre 2009 :

    http://www.lepoint.fr/actualites-chroniques/2009-11-05/dimanche-avec-polanski/989/0/392569

    "Dimanche avec Polanski

    J'ai passé mon dimanche en compagnie de Polanski : j'ai là son autobiographie, « Roman », parue chez Robert Laffont en 1984. C'était l'édition de poche, trouvée sur les quais pour 3 euros. Sur la couverture, Roman fait plus jeune que son âge. Toute sa vie, il aura fait plus jeune que son âge. Sauf peut-être maintenant. Derrière lui, dans la brume matinale, deux tours qu'on prend d'abord pour les Twin Towers de New York. En regardant mieux, on se rend compte qu'il s'agit des tours de Notre-Dame de Paris. Toujours debout depuis le XIIe siècle. Je me dis que Roman ne peut plus sortir de chez lui le matin et les regarder briller dans le soleil d'automne, si claires qu'on dirait du lait, ou le reflet d'un bijou en argent au cou d'une jeune fille. Parce que Roman Polanski n'est plus chez lui. Et qu'il ne peut pas sortir.

    Elles ont été fort bien expliquées, ici et ailleurs, les raisons pour lesquelles il est déraisonnable d'arrêter et de garder en prison, même si son délit fut odieux, un homme de 76 ans pour une affaire de détournement de mineure remontant à 1977 et dont la victime est aujourd'hui une radieuse mère de famille de 45 ans qui a par ailleurs retiré sa plainte. Polanski, citoyen français membre de l'Institut, devrait du moins bénéficier, pour un délit pareil, de la prescription des faits qui intervient en France après dix ans. Il semble pourtant qu'une large portion de l'opinion publique, dont ma shampooineuse-manucure de la rue de Bourgogne, approuve à la fois l'action de la Suisse et celle des Etats-Unis. Cette phrase de ­Victor Hugo qui m'aide à vivre depuis si longtemps : « Souvent la foule trahit le peuple. » On dirait que, pour certaines personnes, un artiste emprisonné aggrave son cas d'artiste. La société se sent vengée de la sale gueule qu'il lui a faite dans son oeuvre. On a tellement entendu ânonner, au cours des ­dernières semaines, qu'un artiste, même bon, n'est pas au-dessus des lois. C'est au nom de ce principe vertueux qu'on a laissé naguère Françoise Sagan se faire martyriser par le fisc français. Mais pourquoi une loi serait-elle au-dessus d'un artiste quand elle est mauvaise et que l'artiste est bon ?

    L'autobiographie de Polanski : son père déporté et sa mère morte à Auschwitz, une enfance misérable bousculée par différentes familles d'accueil peu enthousiastes, l'adolescence difficile et la jeunesse pas facile dans la Pologne communiste, le meurtre en 1969 à Los Angeles de sa femme enceinte dont il fut jugé par les médias presque aussi coupable que Charles Manson. Polanski parle peu de ses chefs-d'oeuvre, pourtant la principale raison de notre amour et de notre admiration pour lui. La moindre des choses à faire aujourd'hui est de les revoir. Une mention pour « La neuvième porte », le plus joli film sur le diable jamais tourné. En 1999, bien sûr. Satan est une femme et on la trouve dans les livres. On pourrait aussi boycotter les produits américains et suisses, mais ça c'est trop dur, surtout pour moi : j'adore les McDo et le chocolat. De surcroît, j'irais tout nu : je ne m'habille qu'en Gant et Ralph Lauren."

  • Je tombe un peu tard et presque par hasard sur votre blog (presque… car je vous lis de temps à autre dans Causeur) et demeure stupéfait à la lecture de ce billet. En effet, j’ai lu « La mauvaise vie » dès sa sortie, et n’y ai trouvé nulle trace de « pédophilie », seulement d’actes sexuels rémunérés entre adultes consentants. Si ce genre de chose vous choque, cela doit faire l’objet d’un autre billet où vous nous expliquerez comment vous pouvez par ailleurs vous moquer de toutes les ligues de vertu, anciennes ou nouvelles.
    Vous avez raison de rappeler les faits : Marine le Pen sort quelques phrases dudit livre où il est question de « garçons », en y insérant le mot « jeunes » afin d’obtenir « jeunes garçons » et d’en conclure à la « pédophilie » de l’auteur. Inutile d’insister sur un tel procédé, d’autant plus efficace que dans la presse, qui n’attendait que ça, lesdits « jeunes garçons » seront une seconde fois transformés en « petits garçons ».
    La question qui se pose maintenant est : avez-vous lu le livre de Frédéric Mitterrand ? Si oui, citez-moi un passage, un seul, où il est question de sexe avec un enfant ; sinon, j’aurai la bonté de ne pas vous dire ce que je pense des gens qui parlent de livres dont ils ont seulement lu des « extraits » revus et corrigés par le Front National (ou par d’autres).
    Mais le pire dans cette affaire est votre réponse à VS, où vous révélez le fond de votre pensée et de votre jugement (car vous jugez F. Mitterrand tout en prétendant le soutenir) : « mais à qui fera-t-il croire qu'il est allé en Thaïlande pour se faire des "garçons" de son âge ou au pire qui en avaient "cinq ans de moins" ». Ainsi, peu importe ce qu’il a fait : il est coupable de ce que vous croyez qu’il a fait ! Alors là, chapeau, Monsieur le Procureur !
    Dommage, car je vous aime bien lorsque vous parlez des auteurs que vous avez lus.

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