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28/03/2015

22 - Eléments, n°154 - Ce que j'en retiens

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Le tournant, par Robert de Herte.

Mutations générales du monde. Incertitudes totales des terriens. Redistribution incessante et épuisante des cartes politiques, morales et géographiques. "Jamais on n'a assisté à un bouleversement aussi général."

Nos problèmes ? Ecologiques (épuisement des ressources naturelles), inter-ethniques (avenir des migrations internationales qui mettent à mal les identités et les peuples), militaro-économiques (nouvelles formes de guerre, celles du pétrole et de l'eau, du cyber et de l'espace), transhumains (fusion programmée du mécanique et du vivant, théorie du genre, mères ovuleuses et porteuses, enfants à vendre, foetus Amazon).

Nos ennemis ? Plus que la Russie (avec qui l'on rêve "Eurasie"), encore et toujours les USA "prêts à tout, strictement à tout, pour préserver leur statut de nation indispensable" --------------> Mais dans ce cas, quitte à être un vassal (ce que nous sommes depuis l'après-guerre), pourquoi l'être de la nouvelle Russie tsariste plutôt que de la bientôt vieille Amérique impérialiste ? Avec qui partageons-nous le plus de valeurs ? Les gens du Met. ou ceux du Bolchoï ? Depuis toujours, on aime détester l'Amérique, en France, autant qu'on aime aimer la Russie. Et l'extrême droite admire aujourd'hui Poutine comme naguère la gauche radicale admira Lénine. Mais moi ? Le serf que je suis préfèrerait-il, s'il devait quitter la France, s'installer à New York ou à Moscou ? Quelle meilleure soumission pour moi ? Et pour vous ?

"Après avoir tout détruit, le capitalisme, tel un scorpion, ne peut plus que se détruire lui-même" - sauf que le scorpion est justement l'animal qui survit à tout. Et puis, l'autodestruction du capitalisme.... Il y a toujours quelque chose qui ne me paraît pas crédible dans la critique totale et holiste qu'on fait de lui.  Parce que c'est grâce à lui qu'on a l'électricité et l'eau courante, non ? Le capitalisme, on feint tous de le mépriser mais on en jouit tous, non ? (Du moins en Occident, puisque les esclaves sont ailleurs...) LE CAPITALISME, CE N'ETAIT PAS LE PLAN MARSHALL, NON ?

Mais ok, suivons Deub's jusqu'au bout - puisque c'est le dernier post de la série. Va pour le déclin et l'apocalypse qui l'accompagne délicieusement, ce qu'il appelle "le processus sub-chaotique de décivilisation". Si guerre il y a, celle-ci se fera non pas tant entre le Nord et le Sud, entre l'Occident et l'Islam, comme les gens de droite en rêvent, mais encore une fois, entre l'Ouest et l'Est, entre la mer et la terre, entre "les forces thalassocratiques (système de l'argent) et les forces continentales (principe de réalité)". Et depuis que nous sommes revenus dans l'OTAN via Sarkozy et que Poutine a été désigné comme l'ennemi principal, cela va être très difficile de ne pas la faire, cette guerre-là.... Et comme plein de gens seront encore violemment anti-américains et violemment pro-russes, il pourra aussi y avoir un risque de guerre civile, tout au moins de grave désordre.

TRANSATLANTIQUE OU EURASIEN PLUTOT QUE MUSULMAN OU CHINOIS, TELLE EST LA QUESTION. 

 

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Michel Marmin (mes vingt Walsh !) interviewe Philippe le Guillou. On évoque Argol, Gracq, Brocéliande, le courant aurifère (et druidique) de la littérature française, la question du catholicisme celte ou du celtisme catholique, mais aussi le Ludwig de Visconti, Drieu, Raspail, Pompidou, enfin les Stèles à de Gaulle, pendant de L'écriture de Charles de Gaulle, de Dominique de Roux. Exaltant et étrange.

Ludovic Maubreuil fête "P'tit Quinquin", de Bruno Dumont, à sa manière inimitable : force d'un cinéma qui croit en l'imprévisibilité de la vie, faite "d'Epiphanie et filigrane", qui se passe de moraline (pas d'anti-racisme triomphant ici, et encore moins de "vivre ensemble" qui "calmerait le jeu" et cela sans aucun mépris pour ses personnages - ce qui va de soi : plus on est moral, plus on méprise le monde et moins on l'est, plus on lui rend raison, y compris celui de ces bouseux asociaux ou de ces handicapés mentaux), qui sait tenir à distance autant "l'effet de réel qui fascine à bon compte que le symbolique qui désincarne", qui ré-enracine encore et toujours (le Nord) sans pour autant christianiser (ce qui se discute). En tous cas, c'tait bien torché, Carpentier ?!

 

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Dans les pages Cartouches, on rappelle combien Zeev Sternhell continue à affirmer l'idée que la France est le berceau du fascisme et qu'un livre collectif, Fascisme français ? - la controverse, sous la direction de Serge Bernstein et Michel Winock, remet en place. On interroge ensuite le mythe helléno-germanique (les Allemands ont-ils les Grecs du XIX ème siècle ?). On fait de Sade le visionnaire du néo-libéralisme (eugénisme + social-darwinisme) en stigmatisant l'anthropologie négative du libéralisme, à savoir cette idée, forcément discutable mais si séduisante, que "les vices privés font le bien public", que plus on est âpre au gain, avide et cupide, plus on crée de la richesse et plus tout le monde en profite, que l'égoïsme est une forme secrète d'altruisme, que du mal sort le bien (La fable des abeilles, de Mandeville, 1714).

Sinon, c'est toujours le christianisme qui est responsable d'avoir désenchanté le monde et fait de la nature un objet de science (Jean-Paul Castel, Sciences et religions monothéistes, l'inévitable conflit) et c'est pourquoi Homère contient plus de sagesse et d'intelligence que les trois monothéismes réunis (Jean Soler, Le sourire d'Homère). Même si c'est en Occident qu'on porte et qu'on pense encore le mieux sa propre critique, la raison comparaissant en permanence devant son tribunal - la raison étant elle-même son tribunal (Gilbert Larochelle et Jean-François de Raymond, La repentance. Le retour du pardon dans l'espace public).

De leur côte, Julliard et Michéa rappellent qu'en France, la conscience est plus "de peuple" que "de classe". Reste que l'alliance historique entre la gauche et le peuple "se défait sous nos yeux" et que c'est cela dont la vraie gauche devrait se soucier (Jacques Julliard et Jean-Claude Michéa, La gauche et le peuple).

Encore les druides, page 23 avec Les Druides, l'intégrale par Istin / Jigourel / Lamontagne. Mais quoi ? Encore Game of Thrones (et personne ne pourra dire que j'ai été hors sujet depuis 22 posts !)

 

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Question "science", eh bien, on est de plus en plus nombreux sur cette bonne vieille Terre. Rémi Brague a tort : l'explosion démographique ne s'arrêtera pas au XXIème siècle. On est 7,3 milliards aujourd'hui et on sera 9,6 milliards en 2050 et 10,9 milliards en 2100 -  et encore dans l'hypothèse moyenne, car dans l'hypothèse constante (taux de fécondité échangé), on serait 28,6 milliards en 2100, dont 17,2 milliards en Afrique. Il est clair que "plus il y aura d'humains sur Terre, moins la planète sera humaine."

A part ça, les femmes sont plus dépressives, car plus scrupuleuses, que les hommes, au boulot. Est-ce la raison pour laquelle l'humanité a déifié les femmes tout de suite et comme la nouvelle Vénus Callypige  préhistorique qu'on a récemment découvert à Amiens le prouverait encore ? Et puisque nous sommes dans la préhistoire, notons que c'est en Europe les premiers loups furent domestiqués il y a 32 000 ans et non au Proche-Orient comme on l'a souvent cru.

 

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De toutes façons, voici venir le temps des Multivers. Les anti-uniques l'attendaient depuis longtemps. Enfin les sciences officielles déconstruisent l'idée d'un cosmos unifié. "L'univers homogène bat de l'aile", écrit Jean-François Gauthier, et cela grâce notamment au jeune astrophysicien Aurélien Barrau qui dans Des univers multiples en finit avec l'unicité de l'univers, l'idéologie du big bang et la physique théologienne mystique qui a fait de l'unité sa croyance primaire. "Cosmos-Un est mort ! Vive Cosmos au pluriel !"

Encore une fois,

monothéisme = mêmeté = mort

christianisme = universalité = globalité = capitalisme = mort.

Polythéisme = divers = régionalisme = cultures avec "s" = vie plurielle (mais aussi sorcellerie, occultisme, Mélisandre !)

 

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 Eric Zemmour et Alain de Benoist, enfin.

 « - Saviez-vous que vous êtes devenu une véritable star des prisons françaises ? J'ai rendu récemment visite à un ami à Fleury-Merogis et, comme il trouvait le temps long, je lui ai apporté quelques ouvrages, dont le vôtre. Vous le croirez ou pas : il est devenu une sorte de héros, celui qui était présumé vous connaître, et votre livre circulait désormais de cellule en cellule. Il y a en prison toute une population arabe qui ne jure que par vous. Les détenus défilaient pour lui demander : "alors t'as le Zemmour !", "t'as le Zemmour !"

- Cher Alain, savez-vous ce que vous aurait dit mon père ? Il a vécu 50 ans en Algérie et parlait très bien l'arabe. Je vais vous donner la clef de compréhension, car c'est mon père qui me l'a donnée. Il m'a toujours dit que les Arabes respectent l'honneur et le courage. Ils ne sont pas sur les idées : ils sont sur l'homme. Je me souviens que ses copains arabes m'aimaient beaucoup. Cette anecdote me touche et m'enchante au plus haut point. C'est très exactement ce que nos Précieuses Ridicules de plateaux télé, qui hurlent au moindre mot de travers, ne comprendront jamais. Elles ne peuvent pas voir la force des réalités humaines les yeux dans les yeux.

- J'ai été dernièrement à Montpellier pour une conférence. A la fin, un adolescent maghrébin me demande une dédicace pour son père. Je lui demande quel nom écrire. Il me répond : "à Mohamed, de la part de son fils qui l'aime". J'ai trouvé le geste attendrissant et moins anodin qu'il n'y paraît...

- Pour aller dans votre sens, j'ai vu ou lu récemment un entretien de Franck Ribery, un joueur de foot français de l'équipe du Bayern de Munich, dans lequel il explique sa conversion à l'islam. Cet homme, qui n'aligne pas trois mots en français correct, a tout simplement raconté avoir aimé la chaleur de la famille de sa famille algérienne qui l'a accueilli, un amour tel qu'il s'est approprié en retour l'histoire de l'Algérie. Rendez-vous compte : il a fait du Renan à l'envers ! »

 

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L'essentiel de la discussion (absolument passionnante) portera sur l'affrontement des deux gauches, la libertaire et la sociale, et le triomphe de la première depuis mai 68 ; la nouvelle lutte des classes entre les élites, citoyens du monde hors-sol et les enracinés tradi que l'on ne cesse de vouloir déraciner ; l'idéologisation sociétale dans laquelle on baigne plus que jamais ; la volonté de mener contre elle une politique gramscienne, soit une "guerre culturelle", et qui commence d'abord par la déconstruction systématique des déconstructeurs. Fascinant de voir le régionaliste impérial de Benoist s'opposer au jacobin bonapartiste Zemmour qui n'est "pour l'empire carolingien que si c'est la France qui en prend en la tête et contre si c'est l'Allemagne" - credo que d'aucuns trouveront fort peu déontologique, sinon logique, mais qui est bien le fait d'un homme qui ne trahit pas son camp, sa patrie, sa famille au nom de la justice. Tant pis, pour une fois, pour Simone Weil !

Mais si la République n'assimile plus, rétorque Deub's, ne faudrait-il pas alors changer de régime et fonder un empire des régions ? Car il est clair, et son interlocuteur assimilationniste le reconnaît, "on n'assimile les individus, pas les peuples". Or, ce sont bien les peuples qui s'installent de plus en plus chez nous - et peu à peu risquent de nous remplacer.  Quel sera alors le sens de notre "décence ordinaire" ?

A propos, ne faut-il pas en finir avec cette formule forgée par Orwell, figure intouchable de la nouvelle gauche populaire, et qui ne signifie rien à force de trop vouloir signifier et dont la seule vertu est intentionnelle ? C'est ce que propose le sociologue François de Négroni dans son article. Pierre Balmefrezol, tu as adorer...

 

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Pour une critique du concept de décence ordinaire, par François de Négroni. .

La "common decency" ou le passe-passe de tous "les intellectuels en débine" qui préfèrent rêver plutôt que faire la révolution. La "common decency" ou la négation absolue de la sociologie.  La "common decency" comme recherche d'un prolétariat mythifié, fantasmé et introuvable. La "common decency" ou la mystique affectée des bourgeois de gauche (parfois de droite) pour les petites gens, les vrais gens, les braves gens. Mais ça n'existe pas, les braves gens, à part dans la tête de Pierre Poujade ou de Patrick Sébastien. Pas plus que n'existe "le peuple", fausse notion par excellence. En vérité, les common decencystes ont une vision disneyenne du monde ni plus ni moins - d'un Disney d'un gauche et qui conduit au social libéral façon Tony Blair. De Eric Arthur Blair à Tony Blair ! CQFD.

"La common decency, une fois traversées les galantes apparences, renvoie davantage à la stratégie des puissants qu'à la spontanéité des dominés. C'est un principe d'économie. De régulation de la coexistence. L'ordre bourgeois introduit dans l'expression des rapports sociaux. La neutralisation symbolique de la lutte des classes à l'intérieur des territoires partagés, publics ou domestiques. La mise en scène cauteleuse et indolore d'un modèle culturel au sein duquel se dilue la dimension orale de servitudes non-volontaires. Cette ritualisation au rabais de la réciprocité dans les échanges interindividuels, qui conduit à confondre convivialité machinale et liens de fraternités effectifs, accomplit le projet de mystification unanimiste fomenté par les appareils idéologiques du pouvoir. Et elle ne colle à l'habitus populaire que sur le mode de la fiction, de la fétichisation pour mieux araser son potentiel insurrectionnel. Tel se révèle l'envers du décor frais et idyllique planté par le prestidigitateur Orwell, avec sa baguette d'Harry Potter : de la comédie, de l'euphémisation, du détournement, du mécanique plaqué sur le vivant."

Quant à Michéa, orwellien en chef, il n'est qu'un "grand benêt attendri" qui fait semblant de connaître le peuple, "un pleurnicheur incapable de résister aux vieux appâts de la solidarité organique, du groupe en fusion, du potlach", un ringard qui sert les intérêts de la world company sans le savoir.

Bien sûr, il faudra lire la réponse de mon ami David L'Epée et de Charles Robin. Mais Négroni n'a-t-il pas frappé au coeur des choses ?

 

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 Cher Michel Onfray, encore un effort.... "pour nous rejoindre" ? C'est vrai quoi ? Tant de points communs entre lui et la ligne éditoriale d'Eléments : anti-monothéiste, anti-freudien, anti-capitaliste, anti-pensée hémiplégique, anti-européen (de cette Europe là, technocrate, ultra-libérale, vulgaire), anti-mondialiste, anti-féministe (de ce féminisme qui s'émeut plus d'un mot de travers que de la burqa), mais nietzschéen de gauche, païen cosmique, hédoniste populiste. "La balle est dans votre camp, Michel Onfray." Exact.

(Encore que j'attends avec impatience le jour où ce dernier se rendra compte qu'après avoir dégommé Freud et Sade il se devra de dégommer Nietzsche.)

 

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Michel Foucault : notre siècle néolibéral porte son nom, par François Bousquet.

Le meilleur article de ce numéro pour le philosophe le plus influent notre époque transhumaine et post-identitaire, la sienne. Celui qui, dans un classement des penseurs les plus cités au monde,  arrive avant Bourdieu, Derrida, Butler, Heidegger, Marx et Nietzsche, est "revendiqué à la fois par les LGBT, l'ultra-gauche et les ultralibéraux", s'est imposé comme l' "évangéliste des minorités",  est devenu une "icône homosexuelle" - "a fucking saint" comme l'a dit David Halperin dans son Saint Foucault (1995). C'est en effet à lui doit des choses aussi fun que "le renversement du normal et du pathologique, le refus des assignations sexuelles, les études de genre, la politisation du corps, la revanche des minorités" et l'idée ultra cool que tout énoncé est énoncé lui-même d'un autre énoncé et ainsi de suite. Dans la lignée de Nietzsche : aucun fait, que des interprétations - et comme de ses collègues : aucune différence, que des différances (Derrida) ; aucune profondeur, que des effets de surface (Deleuze) ; aucune chose, que des mots (lui.)

Lu autant au PS qu'au MEDEF (par notamment Denis Kessler, ex-numéro 2 de cette vénérable institution), il est la référence obligatoire de tous ceux et de toutes celles  qui mènent une lutte comme dirait l'autre) de la société civile contre l'Etat, du soi contre le nous, de l'anal contre le social. Son coup de génie sera de mélanger l'individualisme libertaire soixantuitard et le structuralisme, "la nouveauté intellectuelle dérangeante de l'époque", soit le corps et le concept, le souci de soi et l'épistémologie, les plaisirs et les théories. Ajouté à cela une écriture ensorcelante, d'une perverse limpidité, et l'on comprendra pourquoi ce "sodolibéral", comme dit l'autre, est irrésistible.

"Plutarque des hommes infâmes", "à la poursuite d'un Eldorado de la perversion", anti-totalitaire jusqu'à la déréalisation du monde, "son oeuvre s'apparente à une opération de piratage philosophique" formidablement antisociale : c'est la raison qui crée la folie, c'est l'asile psychiatrique qui invente l'aliéné, c'est la prison qui fabrique le criminel, c'est la famille qui suscite le parricide, c'est la justice qui imagine le coupable. Et s'il anime au début des années 70 le Groupe d'Information sur les Prisons (GIP), ce n'est pas tant pour "qu'il y ait des chasses d'eau dans les cellules" que pour "arriver à ce que le partage social et moral entre innocents et coupables soit lui-même mis en cause."

 

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Avant "le Grand Remplacement", "le Grand Renfermement" ! (Bien sûr, c'est une des plus grandes erreurs de la philosophie contemporaine et le plus beau mythe foucaldien, comme le démontreront un jour Marcel Gauchet et Gladys Swain.)

Tant pis. Entre temps, notre roitelet chauve a découvert le néolibéralisme et lit avec passion Hayeck, Friedman, Becker. Ce qui le botte le plus, c'est le risque, le danger. "Pas de libéralisme sans culture du danger, se réjouit-il". Place au désordre, à la démesure, au dionysiaque, à la déconstruction orgasmique des choses. Plus géographe qu'historien et plus masochiste que sadique, Gilles Deleuze, son compère, parlera, lui, de déterritorialisation. Dans tous les cas, l'atomisation de la société est assumée comme telle. Vivent la dérégulation, le dérèglement et la dépense totale des devenirs !

"Ce n'est pas la liberté d'entreprendre qui retient son attention, mais celle d'expérimenter". Expérimentation des limites si possible (Bataille), des singularités, des multiplicités. Le marché offre tout ce que l'on veut. La main invisible de la diversité fera le reste. De toutes façons, "l'ensemble de la société est ce dont il ne faut pas tenir compte, si ce n'est comme de l'objectif à détruire".

EN DEFINITIVE, FOUCAULT AURA DESHONORE LE LIBERALISME.

 

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C'est le temps des expériences SM extrêmes. "Californication" à San Francisco. "Jouir sans entraves, le corps entravé". Le corps n'est qu'une construction sociale qui évolue au gré des modes, le sujet un objet de croyance comme un autre, l'homme lui-même un mirage, la vérité, une fiction. Tout est langage des signes, hasard des sens. "Les mots et les choses" sont en réalité "les mots sans les choses."

Mots fasciste. Langage fasciste. Réel fasciste. Ou ce que l'on veut en faire, car le réel n'existe pas - il n'est qu'une production conservatrice. Il faut changer de maison de production pour pouvoir mieux s'enculer et fouetter, voilà tout. "Transhumanisme sans retour."

Politiquement, il fut tout, chaque chose en son temps. Gaullo-pompidolien, ultra-gauchiste, pro-mollah iranien, marxiste, libertaire, structuraliste, droit de l'hommien, pour tout abjurer à la fin de sa vie, en 1984. Il se sera bien marré.

 

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A moins qu'il ne se soit fuit lui-même toute sa vie. "Caméléon idéologique", son obsession aura peut-être alors été de se dessaisir de soi plutôt que de s'en soucier, de s'enfermer lui-même dans sa prison et son asile, d'anéantir son être plutôt que de l'affirmer. Quand on ne reconnait pas son péché, c'est-à-dire son être, on se damne, on se dénie. Quand on plaide pour la théorie du genre, c'est qu'on ne supporte pas le sexe. QUE DIT EN EFFET LA THEORIE DU GENRE SI CE N'EST QUE LE SEXE EST INDESIRABLE ? Foucault a voulu être un structuraliste sans structure, une pathologie sans norme, un savoir sans vérité, un mot sans chose, un verbe pur, sophistique - un verbe qui ne soit ni chair ni Dieu et qui hurle sans fin. Ecartelé comme Damiens.

Le plaignerons-nous ? Pas sûr.

Allons, si. C'est la semaine sainte, demain.

 

 

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Le grand retournement.

Comment la classe dirigeante a épuisé ses propres défenses immunitaires. Comment les "cordons sanitaires", "digues" et autres "fronts républicains" ont fait long feu. "Histoire d'une panique morale et d'un naufrage intellectuel".

Le succès de Zemmour comme symptôme social - et libération culturelle. Revanche populiste contre les élites.

Rejet massif de l'immigration par trois Français sur quatre. Sentiment de perte d'identité et non pas tant "ethnique" que morale, sociale, économique, territoriale. Contre tous les antiracistes de profession, il faut répéter que ce n'est pas l'Arabe ou le Maghrébin qui fait peur, mais l'islam. La France n'a jamais été raciste, mais elle tient à ses clochers et ses vignes, à ses curés et à ses bouffeurs de curé, à ses saints et à ses caricaturistes, à Jeanne d'Arc et la Pompadour. Marianne peut être black blanc beur du moment qu'elle n'est pas voilée.

Ras-le-bol général des inquisiteurs, qui traquent chaque mot de travers, des donneurs de leçon qui sèment la terreur déontologique et pour qui les mots sont les choses. Aveugles d'ailleurs au nouveau pivotement idéologique des uns et des autres : "extrémistes" de droite qui citent George Marchais, homosexuels qui rejoignent le FN, musulmans qui votent de plus en plus à droite.

Comme le dit encore Zemmour : "la droite a abandonné l'Etat au nom du libéralisme, la gauche a abandonné la nation au nom de l'universalisme, l'un et l'autre ont trahi le peuple."  Et ne rêvons pas : c'est la droite libérale qui est responsable de la gauche libertaire. Au moins, ces retrouvailles du libéral économique et du libertaire sociétal auront restitué au libéralisme "son unité idéologique".

[Mais pourquoi parler en termes de "monothéisme du marché", comme si le monothéisme était capitaliste en soi ! Passons, c'est bientôt fini...]

Ce que l'on refuse tous, c'est cet homme déraciné, "hors sol" et heureux de l'être, et qui est chargé de se construire à partir de rien, auto-suffisant et auto-fabriqué. Prométhée enchaîné à lui-même.

Pour autant, si la gauche a perdu la bataille des idées depuis dix ans, de l'aveu même de l'aveu de Jean-Christophe Cambadélis, c'est elle qui continue à dominer. Le pouvoir culturel, quoiqu'il soit sévèrement amoché, reste à gauche. Et c'est pourquoi l'on ne peut que saluer Richard Millet lorsqu'il écrit sur son blog : "je n'en peux plus m'en tenir à un détachement olympien (...). Je suis en guerre, je frappera sans relâche."

Alors, à quand le début de l'insurrection ? Difficile de le dire tant ce genre de phénomène a besoin d'une situation précise, à savoir la coïncidence entre une idéologie radicale et un mouvement social réel, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui. Même si...

 

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Ce qui frémit dans la jeunesse de notre pays, par Laurent Cantamessi.

Nouvelle jeunesse. Nouvelle révolte. Identitaires, "Zadistes", "Veilleurs", "Autonomes", sinon bacheliers djihadistes, autant de jeunes gens qui, même s'ils ne correspondent pas tellement au profil de l'ancien "djeun" génération Mitterrand, tentent de retrouver une identité perdue, de défendre une terre méprisée, de redonner un sens au monde et à leur vie, et encore une fois, en mélangeant les cartes et les principes. Alors, oui, quelque chose se passe en France. Sinon, se prépare.

En attendant, c'est le changement d'heure cette nuit. A deux heure, il sera trois heure.

 

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Pour approfondir :

- Sur l'illusion libérale, par Alain de Benoist (+ la petite vidéo expliquant le TAFTA).

- Sur la critique de la notion de "Common decency", "mythe dangereux et identitaire" selon Laurent Joffin dans Libération.

 

Pour tout recommencer

 

 

26/03/2015

20 - Un battement d'aile

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« Là où est la justice, là est la patrie », écrivait Proudhon,cité par Deub's. A quoi on pourrait rajouter la célèbre formule de Simone Weil : « Il faut toujours être prêt à changer de camp avec la justice, cette fugitive du camp des vainqueurs. »

Eh bien non, désolé,moi, j'en suis incapable. De changer de camp au nom de la justice. D'abandonner les miens parce que la vérité est ailleurs. « Je préfère ma mère à la justice », comme disait Camus. Je ne trahirai pas les miens ou moi-même pour la justice. Mais je trahirai la justice pour nous. Péché contre l'esprit saint ? Peut-être. Mais je crains qu'on soit beaucoup à le faire. Il me semble que vivre, à un certain moment, c'est assumer la part satanique de soi-même. Si être chrétien, c'est dire oui à Léonarda, eh bien, que Dieu me le pardonne, je ne le suis pas (au deux sens d'être et de suivre.) Si être chrétien, c'est ne pas être Charlie, eh bien je serai un Charlie chrétien, quitte à déplaire aux deux camps. J'en suis bien désolé, mais à un certain moment, je ne puis aller contre mes sentiments, mes intérêts, mes frontières, mon identité. Je ne peux aller contre mon foyer, ma patrie, mes traditions, ma culture  - tout ce que Simone Weil appelait les metaxu, soit tout ce qui "réchauffe et nourrit l'âme et sans lesquels, en dehors de la sainteté, une vie humaine n'est pas possible." Et j'attends impatiemment qu'on me jette la première pierre.

 

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En même temps, et comme l'écrit Deubs, « je me sentirai toujours plus proche d'un étranger qui partage mes idées que d'un compatriote qui leur est hostile. » En clair, je préfère un arabe converti au christianisme qu'un français converti à l'islam. Un indien de droite plutôt qu'un parisien de gauche. Un vénusien qui partage mes goûts plutôt qu'un terrien qui en a d'autres. La vérité, ce n'est pas moi, non, ça serait présomptueux. La vérité, c'est ce que j'aime, ce que je crois, à quoi je tends et que je tente de rassembler autour de moi. La vérité, c'est ce qui fait surgir le désir en moi et qui la recherche. Simone Weil, que ne cite pas précisément Deub's, ne disait pas autre chose :

"Le désir est mauvais, mensonger, mais pourtant sans le désir, on ne rechercherait pas le véritable absolu, le véritable illimité. Il faut être passé par là. Malheur des êtres à qui la fatigue ôte cette énergie supplémentaire qui est la source du désir."

Après cela, étonnez-vous que je ne suis pas tellement kantien... Même si Dieu est le suprême désir.

Mon mépris de l'argent va de pair avec mon incontinence financière et les quelques petites contrariétés meurtrières que cela entraîne de temps. Ce mépris de l'argent n'est rien d'autre qu'un second péché contre l'Esprit saint au sens où celui qui est prodigue compte sur les autres et n'est pas loin d'avoir une mentalité de parasite, voire d'esclavagiste. Celui qui méprise l'argent méprise le travail. J'irai donc deux fois en enfer - pour mépriser l'argent autant que la justice. Car, comme Deubs, « je ne vérifie jamais une addition au restaurant, je ne vérifie pas les relevés que m'envoie ma banque tous les mois, je ne regarde jamais le prix d'un livre que je veux acheter » - mais contrairement à lui, je n'en fais pas un acte de foi. Au contraire, dès que je me retrouve à découvert, j'ai l'impression de faire un péché mortel (la prodigalité n'étant que l'inverse de l'avarice) et celui-ci, auquel, bien entendu je ne renonce pas, me fait cruellement honte et me met dans tous mes états. Si un jour, je me suicide, ce sera parce que je n'ai pas pu me payer des oursins au Suffren. Car le bonheur, comme l'écrivait Aurora, « c'est avoir une bière au moment où l'envie de bière vous traverse l'esprit ».

 

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Sinon, je suis très hostile à l'idéologie du gender, mais ça, on le sait, donc je passe vite. J'admets que le sexe ne fait pas tout le genre mais je suis bien obligé de reconnaître, et surtout de faire reconnaître, que dans l'immense majorité des cas, le genre ne fait que prolonger le sexe - et que si, l'anatomie fait aussi partie du destin. Et que le destin des hommes et des femmes se situe dans la dissymétrie originaire.

Je suis évidemment d'accord avec la distinction raymond abellienne entre « les femmes originelles » (les plus nombreuses), « les femmes guerrières » (en nombre croissant de nos jours, ce qui me réjouit, pensez, ma chère Bati !) et « les femmes ultimes » (les grandes inspiratrices) qui nous protègent, moi en tous cas, des premières. Le sexe, dans tous les cas, est d'extrême droite. Et la vie est "un combat permanent entre le prosaïque et le poétique" - si Edgar Morin a dit une chose intéressante dans sa vie, ce sera celle-là.

 

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[Libéral au sens classique, français à l'identité européenne, catholique pour raisons intimes et culturelles, iconodule intégral (et donc assumant tout à fait l'héritage païen du christianisme), je n'ai en moi aucun instinct révolutionnaire et encore moins dissident.  Que l'on critique l'Occident tant que l'on veut du moment que l'on ne prenne pas partie physiquement contre elle, voilà mon seul credo. Le reste est nihilisme. L'islamisme reste la barbarie absolue d'aujourd'hui et ce ne pas la peine de « fêter » les 70 ans de la libération d'Auschwitz et de répéter comme un âne « plus jamais ça », alors que ce « plus jamais ça »  a recommencé partout en terre d'Allah et parfois ailleurs quand Allah s'exporte. En fait, nos dissidents sont souvent des « chrétiens devenus fous », comme aurait pu dire Chesterton, qui ont trop bien intégré la culpabilité judéochrétienne et porté la charité là où il faudrait d'abord penser "oeil pour oeil". Les dissidents sont les nouveaux nihilistes - et ce n'est pas parce qu'ils stigmatisent notre décadence qu'il faut les laisser faire. L'islam ne nous "nettoiera pas". Eventuellement, nous soumettra... avec notre accord.]

Quoiqu'il en soit, nous vivons une mutation anthropologique sans pareil dans l'histoire de l'humanité, « comme il n'y en pas eu peut-être depuis la révolution néolithique » - et dont Facebook n'est pas la moindre.

« Nous vivons dans une époque fondamentalement déstructurée, invertébrée [beaucoup plus que "décérébrée" comme on le dit trop vite]. Le rêve de l'homme actuel, c'est l'indétermination et l'indistinction. Le corps lui-même a besoin, pour devenir un produit parfait, d'échapper à toute détermination. C'est la raison pour laquelle toutes sortes de choses qui se faisaient naguère de façon naturelle deviennent de nos jours problématiques, dépendantes de prothèses artificielles, des livres pratiques aux cellules de soutien psychologique. (...) »

Tout devient problématique à notre époque, même pisser debout ou assis. Et « la nouvelle sauvagerie », ou « ensauvagement » comme dirait Laurent Obertone, va de pair avec une nouvelle "hypersensibilisation" sociale et psychique.

« Après le libéralisme au XVIII ème siècle, le socialisme au XIX ème, le fascisme au XX ème, quelle sera la théorie majeure du XXI ème ? » - telle est la question en effet que l'on est en droit de se poser aujourd'hui, période « d'interrègnes » (Zwischenzeit) s'il en est. L'islamisme ? L'antiracisme ? Le transhumanisme ?

Pour le reste, eh bien, si nous ne changerons pas le monde, nous ne nous laisserons pas changer par lui (Jean Mabire). Nous nous épargnerons la honte de ne pas avoir essayé (Daniel Bensaïd). Nous nous nous persuaderons qu' « il n'y a pas d'échec, ni de temps perdu  car les prévenances du destin sont infinies. » (Abellio) Nous croirons en la "la vie qui est riche en possibilités infinies." (Tyrion Lannister à John Snow). Même pour un freak.

 

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A SUIVRE

25/03/2015

19 - De quelle gauche êtes-vous le nom ?

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« CE QUE JE REPROCHE A LA GAUCHE, c'est d'abord son universalisme, qu'elle a hérité du monothéisme judéo-chrétien (...) Dans une telle perspective, tout ce qui distingue les cultures et les peuples est nécessairement gommé, ignoré ou considéré comme inessentiel. La gauche ne voit pas que nous n'appartenons à l'humanité que par la médiation d'une culture singulière. C'est pour cela qu'elle attache autant d'importance à la "France des Droits de l'Homme", laissant entendre que son principal titre de gloire est d'avoir proclamé de façon surplombante l'identité des droits humains [d'où son colonialisme tout azimut au XIX ème et au XX ème siècle qui n'est qu'une forme d'ethocentrisme larvé.] (...)

Cet universalisme explique la préférence de la gauche pour l'égalité arithmétique plutôt que pour l'égalité proportionnelle. La gauche a tendance à identifier l'égalité à la Mêmeté, d'où toute une série de tensions entre universalisme et défense de la cause des peuples, entre féminisme identitaire et féminisme égalitaire, entre l'antiracisme et la critique du communautarisme, etc.(...)

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L'universalisme, en outre, amène à tenir les frontières pour inexistantes ou du moins à les considérer comme nuisibles, en s'imaginant qu'elles visent d'abord à exclure, alors qu'en réalité elles protègent. (...) La gauche n'aime pas les limites. C'est pourquoi elle s'est si souvent engagée dans leproductivisme à outrance, rivalisant en cela avec le capitalisme libéral. La logique du toujours plus relève aussi du prométhéisme, qui est l'idéologie de la démesure. La gauche ne croit pas à un donné préexistant à tout acte créateur. Elle croit aux pouvoirs illimités de la volonté rationnelle, sur le modèle biblique de la volonté de Dieu qui crée ex nihilo sans être conditionné par quoi que ce soit. (...) [LA GAUCHE EST CONSTRUCTIVISTE.]

Si l'erreur de la droite est trop souvent de croire que rien ne doit jamais changer, l'erreur de la gauche est, à l'inverse, de croire que tout est possible (...)

Anthropologiquement parlant, la gauche a une conception gravement déficiente de la nature humaine. Par optimisme, ou par irénisme, elle s'interdit de voir que le mal est en l'homme, tout autant que le bien, ce qui l'empêche d'identifier les racines exactes de ce qu'elle déplore dans la société. (...)

 

 

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La gauche, du fait de son universalisme, préfère les morales déontologiques aux morales arétiques. A l'éthique, elle préfère la morale, et la morale dont elle se réclame donne la priorité au juste sur le bien. Par ailleurs, tandis que la droite radicale a une vision adolescentiste de la politique, qu'elle ramène à l'éthique, la gauche radicale a une vision infantile de la politique, qu'elle ramène à la morale. Idéal héroïque d'un côté, idéal fusionnel de l'autre. Modèle du père d'un côté, modèle de la mère de l'autre, mais même incapacité à résoudre son Oedipe. Parce que la gauche donne la priorité au juste sur le bien, sa critique sociale se borne souvent à dire que le monde est "injuste", qu'il faut le "réparer" pour le rendre plus juste - idée qui, elle aussi, provient de la Bible. C'est pourquoi sa critique de l'injustice sociale tombe souvent dans le dolorisme. Toute domination étant injuste à ses yeux, elle prend systématiquement le parti des humbles et des opprimés, non pour les aider à devenir plus forts, mais pour affirmer la supériorité de la faiblesse et de l'humilité. Les dominés seraient en tant que tels des élus promis à la rédemption. Je suis tout à fait allergique à cette idée oblative de justes souffrants et rédempteurs, rédempteurs parce que souffrants et souffrants parce que justes. Une telle attitude ne relève pas du socialisme mais de l'esprit des Béatitudes, c'est-à-dire de l'apologie de la faiblesse et de la haine de la puissance [quel nietzschéen conséquent, tout de même !] (...) Je crois qu'on peut dénoncer la raison du plus fort sans pour autant déconsidérer la force (...)

 

 

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Ce que je reproche enfin à la gauche, c'est son adhésion à la théorie du progrès. L'erreur de la théorie du progrès, c'est d'abord son historicisme : l'idée que l'humanité est appelée à évoluer de façon solidaire dans une direction donnée, dont on on pourrait prévoir à l'avance le point d'aboutissement (...) »

[Et de nous rappeler le coup du "ruban de Moebius" cher à Michéa qui voit le libéralisme sociétal de gauche rejoindre le libéralisme économique de droite qui dans tous les cas profite au marché total et cela même si gauchiste et droitistes se rejettent inlassablement la patate chaude du libéralisme.]

 

ADDENDUM - discussion avec Balme sur mon mur FB :

 

Balme - Au moins d'accord sur deux points: le ruban de Moebius, et surtout: Dieu est à gauche. C'est Deub's qui le dit.

25 mars, 13:38 · J’aime · 1

Pierre Cormary - Un créateur ne peut être de gauche, voyons. C'est antinomique.

Hier, à 09:07 · J’aime

Balme - La plupart des créateurs sont de gauche (mais parmi les plus intéressants on trouve des droitards, c'est vrai)

Hier, à 09:56 · J’aime

Pierre Cormary - Aucun grand créateur n'est de gauche !!! Chateaubriand, Dostoïevski, Balzac, Baudelaire, Flaubert, tous de fieffés réactionnaires... Et ça va de soi : quand on écrit, on ne recherche pas le progrès (sauf Hugo, éventuellement...)

Hier, à 10:02 · J’aime · 1

Raphaël  - De toute façon, Dieu a inventé la gauche ET la droite. Il est donc ambidextre.

Hier, à 10:05 · Je n’aime plus · 1

Eric L. - Dominique de Roux, lettre à Pierre de Boisdeffre le 22 décembre 1968 :

« Car je dirai que depuis plusieurs dizaines d’années (30 ans - 40 ans) le grand Art est à droite, la grande littérature n’est qu’à droite, et son héroïsme et sa folie. Je ne parlerai ici ni des Nimiers, ni des Blondins, qui ne sont jamais sortis des crèches bourgeoises où officient, bedonnants et imbéciles, les sinistres cuistots à la Revel.
L’origine se cache sous le commencement. Et toute grande trajectoire artistique est celle de l’échec, d’un désespoir qui s’applique fermement à s’y tenir comme le cavalier guindé sous la visière de son heaume. Blanchot / Michaux / Gadda / Cummings / Joyce / Yeats / Nizan / Jean Genet / Claudel / G. Benn / E. Pound / Ungaretti / Lawrence / Jünger / Heidegger / Gombrowicz / Biely / Artaud / L-F Céline, tous des écrivains de droite, qui ont su dès le départ qu’il n’y avait pas d’arc-en-ciel possible au-dessus du désert. Tous aussi n’ont cherché le repos que dans l’éternité, révélant de nouveaux signes, essayant par là de recréer les Dieux.
A gauche ? La grande époque de la gauche est antérieure. C’est une partie du XIX ème siècle. C’est Zola, c’est Hugo (à la rigueur, mais déjà traître). Ce sont les quelques porteurs de larmes, les larmatori dont Péguy est la dernière méditation. Un Péguy de gauche qui constate que la gauche ne va plus être soudain que ces progressistes fuyant le divin, contents d’eux, séparés de la réalité, tachés de toutes les sauces que donne le repos dans la science. De gros convives. De simples maîtres de tavernes. »

23 h · Je n’aime plus · 3

Ludovic - Pour créer, il faut savoir donner vie à l'Autre, ne pas l'enfermer dans un stéréotype, évoquer l'ensemble des forces en présence sans en maudire ou en oublier certaines...bref ne pas être de gauche !

23 h · Je n’aime plus · 2

Faustin - Et n'oublions pas : qui est de gauche est de droite, et inversement !!

23 h · J’aime

François X - Aucune, tout est faux dans "gauche" ; l'expression populaire le rappelle d'ailleurs ; comme tout est roide dans "droite" : donc vive le roi !

21 h · J’aime

Balme - Déjà Pierre, tu classes un peu vite les auteurs que tu aimes à droite: Flaubert on est d'accord. Chateaubriand je veux bien, meme si comme dit D'Ormesson il est un peu trop libéral pour etre conservateur; mais Balzac, Baudelaire et Dostoïevski c'est beaucoup plus compliqué. Balzac était rejeté par les deux camps et avait certaines idées égalitaires, Baudelaire a participé aux barricades en 1848, et Dostoïevski était très libéral avant son virage orthodoxe mystique. Et puis bon, Victor Hugo évidemment, mais quid de: Proust ? Camus ? Malraux ? Lamartine ? Montesquieu ? Rousseau ? Nerval ? Sand ? Sartre ? Stendhal ? Zola ? Aragon ? Et hors de l'hexagone: Garcia Marquez ? Asimov ? Faulkner ? Steinbeck ? Hemingway ? Auster ? Dickens ? Garcia Lorca ? Hughes ? Et surtout, surtout, Orwell ????

13 h · J’aime · 1

Pierre Cormary - Dostoïevski est ultra slavophile (nationaliste) christo intégriste (et, avec Les Démons, anti-bolchévique avant l'heure), Balzac est catho-légitimiste, Baudelaire est à l'extrême droite de l'extrême droite (partisan de la peine de mort qui le fait bander et qui dira que Sand, en effet de gauche, est une "latrine"), Proust est un dreyfusard maurrassien, Stendhal (gauche politique au sens anti-monarchiste mais super droite de tempérament) est le maître à penser de Nietzsche et des hussards, Montesquieu est pour la monarchie parlementaire, ZOLA EST UN DREYUSARD D'EXTREME DROITE (et là, on peut le prouver facilement), Rousseau un libéral démocrate qui contient en effet la terreur (cas extrêmement compliqué et passionnant : ses essais politiques sont de gauche, ses livres autobio de droite), Faulkner est américain sudiste, Malraux un connard prétentieux illisible, Sartre, un salaud lisible, Aragon un coco adoré à droite (j'adore son Aurélien), Hemingway un génial américain de gauche, ce qui complique la donne. Les autres, il faudrait vraiment se renseigner (Dickens ? Nerval ?). Quant à Orwell, il est l'honneur d'une gauche qui n'existe pas et qui n'est célébrée qu'à droite. Le plus grand antistalinien de sa génération, en tous cas.

Mais "libéral", est-ce la gauche ou la droite. Je nous donne quatre cent heures...

12 h · J’aime · 2

Balme - oui mais on insulte un femme qui se trouve etre de gauche, oui mais on aime Maurras, oui mais quand-meme niveau tempérament, oui mais on est pour la Monarchie (à l'époque ou tout le monde l'est ou presque), oui mais on est Zola mais on est d'extreme-droite parce que et puis c'est tout, oui mais son autobio, oui mais on est du sud des US, oui mais on écrit mal (enfin selon toi), oui mais on est un salaud (de gauche quand-meme), oui mais les gens de droite l'aiment bien, oui mais il est seul et les gens de droite le célèbrent => Tu cherches la droite chez les gens toi.

12 h · J’aime

Balme - Sinon, libéral n'est ni de droite ni de gauche. C'est rien. Mais à l'époque, à gauche bien sur. Meme Bastiat siégeait à gauche au Parlement de Bordeaux.

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Pierre Cormary - Je cherche la droite chez les gens et parfois je la trouve pire que chez moi (Baudelaire, Dostoïevski, Balzac, Zola, etc) et je peux t'assurer que je ne "tire" rien de force. Rousseau et Stendhal sont des cas plus compliqués, c'est vrai, mais La Chartreuse de Parme et les Rêveries du promeneur solitaire ne sont pas des rêveries de gauche. Non, je t'assure... D'ailleurs, en tant lecteur de Houellebecq, tu le sais bien. Dans Les particules élémentaires, le narrateur montait à Paris voir Sollers qui lui disait la même chose ! "Les grands auteurs sont réactionnaires" (sauf Hugo, Hector Malot et quelques autres moins brillants...)

De toutes façons, l'art et la littérature sont de droite par nature, ne serait-ce que parce la gauche leur préfère la culture, l'Histoire, "la poursuite du bonheur". Or la littérature ne poursuit pas du tout le bonheur mais plutôt la tragédie. Quand on est de gauche, écrivait Cioran, on a comme souci l'avenir, le progrès, la réforme de l'humanité, et par conséquent on méprise tous ces gens qui décrivent le présent, louent le passé, ou se complaisent avec la mort et la mémoire. QUAND ON EST DE GAUCHE ON VEUT CHANGER CONCRETEMENT LE MONDE ET SURTOUT ON VEUT INTELLECTUELLEMENT ET MORALEMENT LE GAGNER. La gauche joue pour et dans le temps alors que la droite n'aime que l'éternité. D'où son souci du style, de la belle phrase, de l'outre-tombe, ce qui pour la gauche est complètement secondaire, superficiel et d'une certaine façon elle a raison. La droite est par essence superficielle (mais profonde). La gauche est vide mais volontariste.

Reste le serpent de mer du libéralisme qui s'invite à droite et à gauche et emmerde tout le monde puisque les libéraux de droite méprisent le libéralisme de gauche et que les libéraux de gauche haïssent le libéralisme de la droite.

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Pierre Cormary - Encore une fois, la gauche se soucie avant tout de ce qui est moral, social, légal. La gauche raisonne d'abord à partir du devoir-être. Alors que la droite ne s'intéresse qu'à l'être. Si Sophocle avait été de gauche, il n'aurait jamais écrit Oedipe roi (ou sinon avec une fin heureuse, "juste", "droidlhommienne" et tout et tout). Et Racine n'aurait pas écrit Britannicus. L'enjeu métaphysique de la gauche est d'abolir le tragique, le négatif, l'injustice. L'enjeu métaphysique de la droite est de les comprendre et de les décrire.

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Pierre Cormary - Quand Rousseau condamne le théâtre et s'en prend "personnellement" à Molière qu'il trouve pessimiste et sans espoir (se reconnaissant dans Alceste, ce qu'il est assurément, le con), il réagit vraiment en homme de gauche. Parce qu'on n'est ni misanthrope ni pessimiste à gauche. Impossible.

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Pierre Cormary - Aucun homme de gauche n'aurait pu écrire Don Quichotte, cet idéaliste qui perd à tous les coups.

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Pierre Cormary - La gauche croit en l'homme. La droite en la vie qui parfois massacre l'homme (Iliade).

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Pierre Cormary - En ce sens, la gauche est plus "chrétienne" que la droite - mais d'un christianisme immanent, réalisable.... donc antichrétien. La gauche pense que le royaume de Dieu est de ce monde - alors que la droite, pas du tout (voir Pascal : on est tous pourris, le monde est un chaos, et à par le pari, on n'a aucune chance.) La gauche pense que le Christ revient ici-bas alors que la droite estime qu'il revient là-haut. LA GAUCHE ESPERE DANS LE SOCIAL, LA DROITE ESPERE DANS LE SALUT.

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Pierre Cormary-  Maintenant, je reconnais bien volontiers que l'on a dialectiquement besoin de l'une et de l'autre.

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Pierre Cormary - J'ai besoin de toi, Balme !!!!

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A SUIVRE

24/03/2015

18 - De quelle droite suis-je le nom ?

 

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« Il y a bien des choses qui m'insupportent à droite. Son passéisme (...), sa façon de n'envisager l'avenir qu'à travers le rétroviseur (...), son "déplorationnisme" (ironie ricanante, pleurnicherie et ronchonnement perpétuel, qui sont autant de marques d'impuissance), son incapacité à remonter aux causes réelles de ce qu'elle déplore, sa propension à se lamenter sur les conséquences dont elle persiste à chérir les causes

[Bossuet super star cité par Zemmour, Polony, Finkie, et souvent les uns contre les autres...],

sa paresse intellectuelle et son incapacité à débattre, son manque de structuration idéologique, sa détestation des intellectuels et son allergie au travail de la pensée, son goût des boucs émissaires ("les hommes en trop" dont parlait Claude Lefort) et sa façon de s'en prendre à des catégories de personnes plutôt qu'à des idées, sa xénophobie, sa manière de créer en permanence les conditions d'une guerre civile qu'elle condamne hautement par ailleurs, son complotisme et son conspirationnisme (la causalité diabolique), son mépris des questions sociales et parfois du peuple, sa méconnaissance totale des doctrines économiques, son indifférence à la question de la vie sociale et du lien social (...),

 

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son élitisme de principe, son goût excessif de l'ordre - qui n'est souvent qu'un désordre établi - au détriment de la justice, et de l'autorité (la "trique") au détriment de la réciprocité, son sexisme fréquent, sa mentalité obsidionale (la droite adore les "maudits", les "réprouvés", les "hérétiques") et son goût de l'entre-soi (le "ghetto"), son admiration pour les défaites héroïques, de Camerone à Dien Bien Phu, et sa tendance à toujours livrer des guerres qu'elle a depuis longtemps perdues (...), son goût de l'ésotérisme, aboutissement logique de son élitisme et de son conspirationnisme, son incapacité à faire son autocritique et à tirer la leçon de ses échecs ("non, rien de rien, je ne regrette rien" -----> remarque, les marxistes, non plus !],

son incapacité à comprendre l'essence du politique, chez elle presque toujours rabattue sur l'héroïque ou l'esthétique, c'est-à-dire finalement sur un spectacle propre à enflammer l'imagination et à nourrir des nostalgies, sa naïveté proprement impolitique, son incapacité à raisonner sur le long terme, son goût de "l'homme providentiel", son pessimisme ("tout est foutu", "c'est la décadence totale") qui parfois s'inverse brusquement en optimisme apocalyptique ("tout va péter !") ou en volontarisme activiste ("il suffit de vouloir !"), son conformisme (derrière l'apologie des sociétés traditionnelles, on découvre bien souvent le goût des vertus bourgeoises), son ordre moral, sa haine des "utopies généreuses" qui n'est souvent qu'une haine de la générosité tout court, son naufrage dans la métaphysique de la subjectivité, et son indifférence à la vérité ("le vrai n'est que ce qui est bon pour nous"), son "égoïsme sacré", son incapacité à tenir compte des facteurs psychologiques, son fréquent darwinisme social (proclamer que "la vie n'est qu'un combat'", c'est faire bon marché de l'altruisme et de la coopération), son apologie de la guerre et des valeurs guerrières, qui oublie que le but de la guerre, c'est la paix, son allergie à l'Autre et sa conception essentialiste de l'identité, son caractère essentiellement "réactif" (elle ne "marche" qu'à l'enthousiasme, à l'admiration, à l'indignation ou au dégoût) et non pas réflexif, son inaptitude à l'analyse du moment historique, sa tendance à diaboliser l'adversaire, la constance avec laquelle elle s'est trompée d'ennemis, etc. Faut-il vraiment poursuivre ? »

Ouiiiiiiiiiiiiiiii.... C'est tellement moi ! J'adore.

 

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(...)

«... la droite n'a jamais eu de grands théoriciens de l'économie. François Perroux et Maurice Allais font figure d'exception. C'est en partie pour cela qu'elle a progressivement cédé à l'orléanisme. (...) La raison en est que beaucoup de gens de droite pensent au fond que les pauvres et les chômeurs méritent leur sort.(...) D'où son son incapacité à se saisir en profondeur du problème de la domination sociale ou de la réification des rapports sociaux (...). Dans le meilleur des cas, la droite s'en est tenue à une "critique artiste" du capitalisme - le capitalisme comme règne du "philistinisme bourgeois" (Flaubert) - sans jamais aller au fond des choses. »


(...)

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[Sur l'anti-intellectualisme viscéral de la droite] :

« Pour la droite radicale, les intellectuels ne comprennent pas la priorité de l'action, qui relève immanquablement de "l'urgence". Pour les libéraux, les intellectuels sont de doux rêveurs qui perdent leur temps à couper les cheveux en quatre, à jouer avec des concepts, voire à enfiler les mouches. (...)

Aujourd'hui, la droite qui, comme je l'ai dit, est toujours plus réactive que réflexive, n'a pas tant des idées que des convictions. Les convictions ne relèvent pas du travail de la pensée. Elles sont un substitut de la foi. C'est pour cela que les gens de droite se soucient rarement de les faire évoluer, et cherchent plutôt à les condenser sous la forme d'un petit catéchisme, d'un ensemble de slogans qui leur permettent d'éviter d'avoir à penser.

La droite a toujours préféré les discours édifiants aux discours systématiques (...). Elle préfère admirer plutôt qu'apprendre. Il lui est indifférent d'avoir raison en soi, tant la seule chose qui lui importe est d'avoir raison pour soi. Elle a souvent même un problème avec l'intelligence, raison pour laquelle elle préfère se référer au "bon sens", voire aux "instincts". (...)

 

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Michel Marmin disait récemment que c'est en fait dans la littérature, beaucoup plus que dans les oeuvres théoriques, que les hommes de droite ont le mieux exprimé leur conception du monde. C'est tout à fait vrai. Il suffit de penser à Chateaubriand, à Balzac, à Gobineau, à Barbey d'Aurevilly, à Paul Bourget, à La Varende, à Marcel Aymé, à Jean Anouilh, aux "hussards", aux "anarchistes de droite" et à tant d'autres. Maurras et Barrès ont eux-mêmes été des hommes de lettres au moins autant que des théoriciens. Quant au fascisme français, il a surtout été un fascisme littéraire. Il y a par ailleurs un goût très droitier pour ce qui est brillant, mais superficiel, plutôt que pour ce qui est profond. A bas niveau, cela se traduit par la fascination pour le bon mot, la blague de potache, la farce politique - des Copains de Jules Romains à la campagne en faveur des "Poldèves". (...) La gauche est sérieuse au pire sens du terme, mais la droite manque de sérieux de façon désespérante. »

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A SUIVRE

23/03/2015

17 - Mal absolu

 

alain de benoist,mémoire vive,éléments,gauche,droite,joeffrey lannisterMal absolu - « Aucun régime, même le pire, n'a jamais représenté le mal absolu, car le mal absolu n'est pas de ce monde. Les totalitarismes nazi et stalinien ont été des régimes exécrables mais, s'ils avaient été le mal absolu, ils n'auraient jamais séduit personne. La diabolisation rend inexplicables les adhésions, les enthousiasmes qu'ils ont suscités. Il en va de même des idéologies les plus fausses : si elles ne contenaient pas une part de vérité, elles n'exerceraient aucune influence. Au surplus, les idéologies ne sont pas des systèmes étanches. Il y a toujours des passerelles qui peuvent les relier entre elles. Dans la vie réelle, il n'y a que des systèmes plus ou moins préférables, ou plus ou moins détestables (....) »

Haine égalitaire, mépris hiérarchique - « LA HAINE EST PLUTOT DE GAUCHE TANDIS QUE LE MEPRIS EST PLUTOT DE DROITE. Le mépris s'exerce du haut vers le bas, tandis que la haine exige une perspective plus égalitaire : si tous les hommes se valent, il n'y a que la haine pour justifier leur exclusion absolue (...) »

Admirer son adversaire -  « Cependant, il y a aussi à droite un thème que l'on ne trouve que très rarement à gauche : c'est l'estime pour l'adversaire, non pas bien qu'il soit mon adversaire, mais au contraire parce qu'il est mon adversaire, comme le dit Montherlant, et parce que je l'estime à ma mesure. C'est au fond, le principe du duel, qui dérive de l'éthique de l'honneur, et c'est aussi une forme de générosité : être capable d'admirer son ennemi sans cesser de le combattre pour autant. Le mépris lui aussi relève de l'éthique de l'honneur, tandis que la haine se rattache à la morale du bien et du mal absolus (...) qui reste de ce point de vue robespierriste : l'ennemi est une figure du Mal. (...) »

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Amour du beau geste (à droite) - « De même à droite, le talent est souvent regardé comme une circonstance atténuante, alors qu'à gauche il est plutôt une circonstance aggravante. Parce qu'elle a souvent une conception esthétique de la politique, la droite est plus sensible au beau geste, à la façon dont on fait les choses, aux qualités de caractère. (...) A gauche, si une l'adversaire est un grand écrivain, un grand savant, un grand peintre, un grand sculpteur, un grand cinéaste, il n'en est regardé que comme plus dangereux.(...) »

Sectarisme (gauche) - « Vous remarquez aussi que lorsqu'un homme de gauche tient des propos de droite, les gens de droite applaudissent, tandis que lorsqu'un homme de droite tient des propos de gauche, les gens de gauche jugent aussitôt qu'il n'est pas net, qu'il cherche à se démarquer, à récupérer, etc. Toujours le sectarisme. »

 

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22/03/2015

16 - "Je ne collabore pas avec la police".

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« Ce que j'ai voulu faire de ma vie est simple. J'ai voulu définir et proposer une conception du monde alternative de celle qui domine actuellement, et qui soit en même temps adaptée au moment historique que nous vivons. Tous mes écrits ont été ordonnés à cette tâche, à laquelle j'ai voué mon existence au point de lui donner la priorité par rapport à toute autre considération, parfois outrageusement (...) »

Réécrire le monde. Redonner du sens au politique. Et trouver l'Europe.

« Si l'on met de côté l'Action Française, qui a été un phénomène tout différent, puisqu'il s'agissait d'un mouvement politique, je ne vois en France aucun autre exemple d'une école de pensée [que la Nouvelle Droite] ayant fonctionné de façon ininterrompue pendant près d'un demi-siècle (...) »

Repenser la France. Refonder la France. Refaire entrer la France dans l'Histoire.

« ... à ceux qui viennent me demander naïvement si, à mon avis, il vaut mieux dans les circonstances présentes donner la priorité à l'action ou à la réflexion, je leur réponds toujours qui faut donner la priorité à ce pour quoi on se sent le mieux fait. On ne choisit pas de porter une casquette plutôt qu'une autre en fonction des circonstances ! (...) »

Devenir ce que l'on est.

« Cela [le terrorisme intellectuel pendant les années Mitterrand & Chirac] a abouti à la pensée unique (....). Prenons mon exemple personnel. Jusque dans les années 80, je faisais paraître assez régulièrement des tribunes libres dans Le Monde. Mes livres étaient publiés chez Robert Laffont, Albin Michel, Plon, La Table Ronde, etc. De surcroît, ce n'est jamais moi qui les proposais à ces éditeurs, mais les éditeurs en question qui me les demandaient. Après 1990, il n'en a plus été question, et j'ai dû me rabattre sur des éditeurs plus marginaux. Comme il est très improbable que je me sois mis à écrire soudainement des choses insupportables, il faut bien en conclure que c'est le climat qui avait changé. Peut-être les choses sont-elles aujourd'hui en train de tourner - dans le domaine des idées, il me semble que l'on assiste à un léger réchauffement climatique -, mais pendant près de trente ans, cela a vraiment été les années de plomb. »
«  - Mais ces attaques sont allées jusqu'où ?
- Jusqu'à des attaques physiques

[Et d'en raconter une en février 93 à Berlin où il participait à un débat.... contre le racisme et pour l'identité des peuple et pendant laquelle il fut pris à partie et roué de coups par des antifas. Interrogé alors par la police qui lui demande de reconnaître ses agresseurs, il ne les dénonce pas.]

- Pourquoi donc ?
- Je ne collabore pas avec la police. »

Bizarre et courageux bonhomme.

 

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21/03/2015

15 - Anti-libéral

 

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Encore et toujours, le libéralisme désigné, à partir des années 80, comme « l'ennemi principal » et « le système de pensée le plus nuisible et le plus contestable » - qu'il soit de droite économique ou de gauche sociétale - et en insistant bien sur le fait qu'il est absolument impossible que la première n'aille pas de pair avec la seconde. C'est tout le problème : peut-on être libéral ET conservateur ou socialiste ET libertaire ? NEIN, assure Deub's comme tous les anti-libéraux conséquents : la loi du marché, c'est le mariage pour tous ; le triomphe du capitalisme, c'est le triomphe du désir individuel ; le trader est un bobo et le bobo est un trader (pour ne pas dire un serial killer, comme le feraient remarquer un Houellebecq ou un Bret Easton Ellis). Le libéralisme est bien ce serpent de mer dont on n'arrive jamais à se débarrasser et qui aura corrompu autant la droite que la gauche. Le libéralisme où ce qui, à force d'accorder chaque désir à chacun, provoque la guerre de tous contre tous.

 

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En suis-je convaincu ? Après tout, Clouscard, Houellebecq, et mes amis Sophie B. ou Pierre Balmefrezol disent la même chose.... Mais c'est fort que moi, je n'arrive pas à me débarrasser du libéralisme historique et je crois que c'est impossible de le faire quand on est un occidental. L'histoire de l'Occident, c'est l'histoire du libéralisme.

Face au marxisme, Deub's a une attitude ambivalente : il rejette sa vision eschatologique, universaliste, progressiste, « typiquement judéo-chrétienne » (le Christ étant assimilé au prolétariat, l'Histoire ayant un sens, etc) mais adhère à sa théorie de la liberté « qui vise à permettre à l'homme de se réapproprier son propre » - mais cet homme, qui est-il, Deub's, s'il n'est pas universel ?

Non, l'idéal pour lui, c'est le fédéralisme, « la meilleur des formes de gouvernement » qui résout le problème de l'articulation de l'Un et du Multiple. « C'est un système holiste, puisqu'il conçoit le tout comme plus que la simple somme de ses parties, mais c'est en même temps un système antiréductionniste puisqu'il préserve la multiplicité et le polythéisme des valeurs », évitant ainsi l'anarchie des individus aussi bien que la tyrannie du pouvoir central. Une sorte de régionalisme impérial qui, contrairement à ce qui se passe dans l'Etat-Nation honni où tout est centralisé, cadenassé et finalement aboli, rend raison à toutes les différences sans pour autant que celles-ci s'éparpillent. L'intégration n'est plus assimilation façon jacobino-zemmourienne, mais plutôt intégration girondino-onfrayenne.

« La construction politique se fait à partir de la base et non du haut »

Et de citer les empires romain, byzantin, germanique, ottoman comme modèles d'organisation politique. On finirait par être séduit.

Le libéralisme tue l'enracinement - tel est le présupposé de l'anti-libéral.

« L'hypothèse libérale est celle d'un individu séparé, désencombré et autosuffisant, qui cherche à maximiser ses avantages en opérant des libres choix, volontaires et rationnels, sans que ceux-ci soient censés résulter des influences, des expériences, des contingences et des normes propres au contexte social et culturel dans lequel il vit. Les individus tirent de leur "nature" des droits antérieurs et indépendants du fait social. Il en résulte que les intérêts et les fins des individus sont en quelque sorte déterminés par leur seule nature individuelle. Dans cette perspective, aucune appartenance ne saurait évidemment être constitutive de l'individu, sous peine de porter atteinte à sa liberté. Comme toutes les théories déontologiques, la théorie libérale place par ailleurs le juste avant le bien, d'abord parce que les droits individuels ne doivent pas être sacrifiés au bien commun, ensuite parce que les principes de justice qui spécifient ces droits ne peuvent être fondés sur une conception particulière du bien. Il s'en déduit que l'Etat doit rester neutre. Le rôle de l'Etat n'est pas de rendre les citoyens vertueux, ni de promouvoir des fins particulières, ni même de proposer une conception substantielle de la vie bonne, mais seulement de garantir les libertés politiques et civiles fondamentales, de façon à ce que chacun puisse poursuivre librement les fins qu'il s'est fixées. »

 

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Pas d'obligation nationale ni militaire ni collective ne même contractuelle dans une société libérale. Tout à discrétion de chacun. Pour le libéral, rien de ce qui était avant lui ne compte pour lui. Tout ce qui compte, c'est lui, ses choix, sa volonté, son devenir. Le libéral ne croit qu'au devenir soi.

Le libéral, c'est Jacques Attali, le hors-sol, celui qui ne parle que d' "agir", de "se prendre en main", "sans attendre indéfiniment des solutions miraculeuses", "de devenir soi." (Au secours, Eric Zemmour !)

 

 

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Le fameux échange Zemmour / Attali (cliquer sur l'image).

 

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20/03/2015

14 - Logique tellurique de la politique, logique maritime de l'économie.

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Après les influences spinozistes, hégéliennes et nietzschéennes, les influences schmittiennes.

L'amitié, comme l'inimité, est politique. « Il s'en déduit que tout antagonisme devient politique dès qu'il atteint un certain seuil d'intensité ». Et qu'il s'agisse de politique pure comme de littérature et de philosophie. Une amitié profonde ou un amour fatal ne résiste pas à un désaccord métaphysique.

Houellebecq, Cioran, Chesterton : des gens grâce auxquels je me suis construit et qui fait que les attaquer ou les déprécier, eux, c'est m'attaquer et me déprécier, moi. Quelqu'un, par exemple, qui serait complètement insensible à Houellebecq, ou pire qui arguerait que celui-ci se trompe du tout au tout sur l'époque ne peut être compatible avec moi. Et en même temps, je suis bien obligé de reconnaître qu'il n'y a rien de plus palpitant que d'être nié dans ce que nous avons de plus intime, de plus sacré, de plus eschatologique. Faire l'expérience infernale du glaive, de la distinction, du sacrifié - dure et incroyable expérience, aussi fondatrice que la première. Quelqu'un qui ose penser différemment de nous sur tel ou tel point fondamental. Quelqu'un qui ose avoir une autre théologie. Dès lors, impossible d'éviter la guerre - ou la rupture. Au moins, la frontière.

C'est que la politique pure implique la frontière, c'est-à-dire la terre. Au contraire, la mer, qui ne connaît pas de frontières, est du côté du commerce, des échanges, de l'argent - du liquide. Logique tellurique de la politique. Logique maritime de l'économie. Notre monde post-moderne est en effet un monde liquide, celui des flux et des reflux, de l'indistinction océanique, du remplacement du solide et du durable par le transitoire et l'éphémère, des monstres marins et des pirates (métaphores des capitalistes), des abysses universalistes - contrairement à la terre particulariste.
 
Le paradoxe est que cet universalisme indifférencialiste conduit autant à l'abolition des frontières (ethniques, sexuelles, adultes/enfants - symbole Michael Jackson, noir qui a voulu devenir blanc, homme qui a voulu devenir androgyne, adulte qui n'a jamais voulu sortir de l'enfance) qu'aux guerres idéologiques totales où au nom de l'humanité on nie l'humanité dans son altérité. Les droits de l'homme contre l'homme. Le féminisme contre les femmes. L'égalitarisme contre la tradition. L'anti-racisme contre l'étranger. L'universel contre l'univers. Et tout cela à cause du monothéisme primitif, du christianisme universaliste, du salut pour tous, du Même contre les autres. Dit comme ça, évidemment, on se sent tout con de penser le contraire - et même si c'est le contraire qui est vrai. Car sans Même, pas d'Homme. Sans Même, pas d'amour.
 

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19/03/2015

13 - Hérétiques

 

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 « Ce qui est vraiment le propre de l'homme, c'est de vivre historiquement ».

Deub's / Gauchet, même combat. L'historicité, c'est ce qui permet à l'homme, confronté à sa finitude, de se donner un destin qui est une liberté devant la mort. « Il n'y a de destin, dit Heidegger, que là où un homme s'expose par libre décision au péril de son existence » reprenant à son compte la formule, à mon sens plus profonde, de Pascal : « Craindre la mort hors du péril, et non dans le péril, car il faut être homme. »

Pour autant, l'Histoire est aussi, d'un point de vue chrétien, le malheur par excellence, la « vallée de larmes », la chute, le résultat du péché originel, dont on aura toujours la tentation de sortir – « un cauchemar dont j'essaye de me réveiller », disait le cher Dedalus.

Mais puisque nous y sommes embarqués, autant faire de ce cauchemar une méthode pour progresser. Au contraire de la culture grecque, cyclique et tragique du début jusqu'à la fin, ou plutôt du début jusqu'au retour, la culture biblique sera, elle, eschatologique, et progressiste - et donc universaliste, puisque croire au progrès, c'est croire à l'universel, tu entends ça, ma Nathalie Bati en sucre, féminisme compris.

Ainsi, le christianisme rend l'histoire objectivable et en ce sens, on peut le dire "socialiste". Mince, alors.

« Avec l'idéologie du progrès, les sociétés basculent de l'hétéronomie par le passé (l'autorité des ancêtres et de la tradition) vers l'hétéronomie par l'avenir (les lendemains qui chantent) ».

L'homme arraisonne le monde, c'est-à-dire le soumet au principe de raison. Ce principe de raison laïcise le Pater Noster et l'on passe progressivement, historiquement, de l'amour régressif du passé (droite) à à l'amour vindicatif de l'avenir (gauche). Mais aussi de l'espérance à la dialectique, du salut à la poursuite du bonheur, du gros moine médiéval jovial et mystique au curé de gauche tout maigre et tout  psycho-rigide - j'allais dire, de moi à Pierre Boyer.

Quoiqu'il en soit, c'est contre cette conception linéaire, progressiste et universaliste de l'histoire, « et à l'idée que l'histoire est un mal auquel il faudrait mettre un terme », que s'est le plus constamment opposé Alain de Benoist. Sortir de l'histoire, à ses yeux, signifie, sortir du divers, de l'altérité - pour ne désirer plus que de l'unique, du même, de l'immobile. Si le polythéisme est adultère, le monothéisme est incestueux.

Et si l'universalisme est totalitaire (qu'il prenne une forme capétienne, jacobine, gaulliste), le régionalisme est, quant à lui, opératoire, marginalités comprises (cathares, sorcières, insurgés de toutes sortes). Tout ce qui, dans l'Histoire de France, a pu aller contre l'absolutisme centralisateur (Camisarts, Canuts, Pastoureaux, Pitauts, Croquants, Nu-Pieds, Gauthiers, Tuchins, Rustauds, Bagaudes, Bonnets rouges, Chouans, Communards) trouve grâce aux yeux de Deub's, l'hérétique.

 

 

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11:14 Écrit par Pierre CORMARY dans Mémoire vive, Alain de Benoist | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alain de benoist, mémoire vive, éléments, melisandre | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

18/03/2015

12 - Aristocratie

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A Joan Roméo qui ne sera pas insensible.

 

Iconoclastie - L'image permise et polymorphe plutôt qu'interdite au nom du dieu unique. L'iconodulie païenne plutôt que l'iconoclastie judéochrétienne. Certes, la Bible a rompu avec l'image mais c'est cette rupture (d'ailleurs plus conflictuelle que définitive) qui permettra l'accès à l'esprit. C'est cet asservissement du mythos par le logos qui permettra d'entendre la parole de Dieu. Car Dieu passe d'abord par l'ouïe plutôt que par la vue. Même si le catholicisme romain compliquera bientôt les choses et reviendra à l'image, au mystère, à la cérémonie, au cinéma. La catholicité propre au cinéma selon Gilles Deleuze. Car on a beau dire, beau sévir, beau interdire. Personne ne renonce à l'image. L'image est trop en nous pour qu'on puisse la fuir. Ce serait comme s'empêcher de respirer ou d'avoir une excitation sexuelle. Et l'amour du cinéma révèle ce en quoi nous sommes encore pieux, païens, idolâtres et obsédés. 

Nominalisme - Au début, n'étant pas essentialiste, Deub's est plutôt pour : les mots ne sont pas les choses et n'ont qu'une valeur d'usage. « Nommer » une chose, ce n'est pas la définir en tant que telle encore moins lui accorder de l'être, c'est simplement la prendre pour soi, l'instrumentaliser en fonction de ses besoins et de ses intérêts, hors de toute essence à elle, si tant est qu'elle en est une. Le nominalisme, c'est prendre les choses par leur nom et non par leur essence. Mais comme il se rend compte assez vite que le nominalisme prépare à l'individualisme (car si pas d'être au-delà de l'être singulier, alors pas d'universaux, pas de transcendants, pas d'instances autres qu'individuelles) et par conséquent au libéralisme (les choses n'ont aucune valeur en soi mais seulement le prix qu'on leur accorde), il y renonce.

Tiers-mondisme - Tout plutôt que la société libérale et Yalta. Tentation maoïste, puis tiers-mondiste - le Tiers-Monde lui  apparaissant « comme un allié géopolitique naturel de l'Europe, mais aussi, sur le plan des modes de vie, comme le dernier lieu où existaient encore des sociétés traditionnelles. » J'avoue avoir du mal à ne pas réprimer une grimace. Pour des raisons de puissance comme de morale : ne sommes-nous pas la civilisation de la contradiction, du négatif, de l'autocritique - soit la civilisation qui a justement dépassé la tradition ?

Paganisme - réhabiliter le mythos contre le logos. Soit. Mais comment peut-on être païen ? Deub's a beau préciser qu'il ne s'agit pas de croire aux dieux comme on y croyait à l'époque d'Ulysse ou de Siegfried (ou selon la méthode belliciste et déterministe de Julius Evola ou historiciste et décliniste de René Guénon), mais simplement de comprendre les mythes dans leur actualité qui, en outre, nous incitera à respecter respecter la nature. Le paganisme comme arrière-fond de l'écologie. Il n'empêche, dans sa dernière lettre, Dominique Venner écrivait  qu'on se retrouverait tous au Walhalla.

 

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 Aristocratie - Pour le reste, éthique de l'honneur contre morale du péché ; valeurs prolétaires et aristocratiques contre valeurs bourgeoises ; recherche du bien plutôt que du juste ; morale de la politique contre politique morale - une chose que ne comprend plus notre époque toute à sa moraline droidlom & padamalgam. Qui a oublié l'homme fondamental au profit de l'homme particulier, qui statue sans relâche sur ce qu'il devrait être au lieu de se pencher sur ce qu'il est, qui finit par ne plus savoir ni même percevoir, sinon voir ce qu'il est. Qui en revanche ne cesse de juger toutes et tous et ce faisant de déréaliser tout ce qu'elle juge.

« Quand on cesse de demander se demander ce qu'est l'homme, ou ce qu'est le monde, pour statuer d'abord sur ce qu'il "devrait être", on est dans une perspective morale, plus du tout dans une perspective éthique. C'est alors qu'on veut "changer le monde" ou faire "naître un homme nouveau". On retrouve ici cette attitude qui consiste à juger le monde, à porter sur lui un jugement moral, à refuser le réel tel qu'il est, en opposant à l'être un devoir-être. »

Là-dessus, dans mes bras, Deub's !!!

A propos, les femmes jugent-elles le monde ? Le jugement moral n'est-il pas d'abord une affaire masculine ? L'homme, la mort et la morale". "La femme, la vie et le désir". Voilà toute mon anthropologie.

 

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09:30 Écrit par Pierre CORMARY dans Mémoire vive, Alain de Benoist | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alain de benoist, mémoire vive, éléments, cersei lannister | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

17/03/2015

11 - L'humanité est universelle, ou n'est pas (désolé, Deub's).

Tyrion Lanister dancing.gif

 

Alain de Benoist se bat contre l'Unique mais plaide pour le monisme. L'univers, pour lui, est un tout à qui il ne manque rien. D'accord. Mais un tout à qui il ne manque rien, c'est quand même bien un Un, ou j'ai tout faux ? Spinoziste, quoi ?

Quoiqu'il en soit, il s'agit d'approuver le monde dans son intégralité, le monisme permettant la réconciliation des contraires, la sublimation des déchirures, l'union des altérités. Hégélien, quoi ?

Qui plus est, contre la « culture raide » de la droite et le « devoir-être » de la gauche, Deub's affirme le jaillissement vital, la floraison organique, la joie dionysiaque. Nietzschéen, quoi ?

Anti-Unique, donc anti-Universel, donc anti-monothéisme et biblique. Là-dessus, Deub's est cohérent. L'affirmation de la diversité (des êtres, des valeurs, des forces - des races ?) conduit nécessairement au polythéisme, donc au paganisme.

« La valeur des patries charnelles contre le centralisme jacobin », comme il dit.

Tout cela est infiniment séduisant mais tout de même, quelque chose me chiffonne. Lorsqu'il écrit EN S'EN PLAIGNANT qu'

« affirmer qu'il n'y a qu'un Dieu, c'est affirmer du même coup l'existence d'une seule famille humaine, et inévitablement, la concevoir comme addition d'individus »,

ne revient-il pas à dire qu'il y a, pour lui, plusieurs familles humaines ? Familles ou races ? Races ou espèces ? De quelle différence réelle Alain de Benoist est-il le nom ? Comprenons-nous bien, je ne suis pas antiraciste pour un sou (de cet antiracisme là, sans "s", comme disait Desproges), je peux croire au choc des civilisations, comprendre et avoir moi-même des relents de xénophobie de temps à autre, parce que voilà, je suis un être humain et que mes intérêts sont parfois en contradiction avec mes valeurs, mon identité avec mon désir d'universalité, mon catholicisme avec ma cupidité - mais au bout du compte, non, il n'y a pas différentes familles humaines (comme il peut y en avoir, par exemple, chez les animaux : mammifères, ovipares, reptiles, etc), il n'y en a qu'une, qu'on soit parisien ou congolais, juif ou inuit, tamoul ou originaire du Kentucky. Géant ou nain.

 

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C'est en effet ce que nous dit le monothéisme : tous égaux devant Dieu. Pas de différence divine entre le juif et le grec, le grec et le barbare, le barbare ou le freak. Et c'est ce que nous confirme la biologie : chaque homme peut s'accoupler et se reproduire avec chaque femme - alors que le porc-épic ne peut s'accoupler avec le serpent (même si la blague dit que cela donnerait un mètre de fil barbelé). L'homme est sans doute divers dans ses folklores et ses sauces gibiches mais il est bien un dans son essence. En vérité, le racisme commence avec l'idée malfaisante (et complètement fausse) qu'il pourrait y avoir une différence absolue, génétique ou morale, entre deux être humain. Le seul qui soit le différent absolu, ce n'est certes pas le Noir, l'Arabe ou le Bochiman, même pas le Freak, mais Dieu - et le Dieu unique, coupé de nous mais qui nous a accordé de sa coupure, j'allais dire de son sang, le Dieu qui s'est décréé pour nous.

Deub's a beau ensuite palabrer sur les rapports dialectiques entre identité et différence, frontières et ailleurs, même et autre, relativisme et absolu, et tenir des propos d'ailleurs purement normatifs genre "je crois à la nécessité des frontières mais j'aime les franchir" ou "un relativisme intégral est insoutenable", son anthropologie n'apparaît pas si claire, et sa "troisième voie" semble bien fumeuse.

Non, la vérité (la mienne donc la vôtre) est que l'enracinement ne s'oppose pas à l'égalité. C'est même le contraire. Tous les hommes sont ou ont été enracinés - et d'ailleurs déracinés. De toutes façons, sans universalité, on ne peut pas penser l'homme. L'homme est universel ou n'est pas. Désolé, Deub's.

 

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08:44 Écrit par Pierre CORMARY dans Mémoire vive, Alain de Benoist | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alain de benoist, mémoire vive, éléments, tyrion lannister | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

16/03/2015

10 - Race et culture

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« Rien ne me fait plus horreur que le mot de Maurras selon lequel aucune origine n'est belle, mot d'ailleurs surprenant chez un farouche défenseur de la tradition. Pour moi, toute origine est belle. Qu'il s'agisse d'une liaison amoureuse ou d'une révolution politique, tous les commencements sont beaux. C'est ensuite que cela se dégrade. »

Et donc, les Indo-Européens (qui n'ont rien à voir avec les Aryens, précise-t-il) seront beaux et leur hiérarchie sociale encore plus belle, car « le contraire des valeurs marchandes ».

Est-ce parce que je suis un bourgeois dans l'âme que j'ai toujours un peu de mal avec la beauté des castes, les vertus du potlach et les émissions de Frédéric Lopez ? Les valeurs marchandes, c'est aussi ce qui permet de survivre et moi je suis très content quand l'argent circule autour de moi et que le marché se porte bien. Car ainsi, j'en profite et peux alors tout à mon aise me pencher sur l'inanité des choses, comme disait un personnage de Grand d'Espagnol de Claire Bretecher.

Quoiqu'il en soit, Deub's se découvre anti-scientiste et anti-positiviste, c'est-à-dire anti-raciste, le scientisme positiviste conduisant, comme on l'a déjà dit, naturellement au racisme. Ce qui est vrai mais qui pose tout de même de petits problèmes de méthode puisqu'on a l'impression que c'est pour des raisons « réflexives » et non morales que Deub's récuse le racisme (genre « les études ont montré que le racisme était une absurdité » - mais quelles études, d'abord ? Celles des anthropologues blancs ? Admettons. Mais si elles avaient montré le contraire, les études, alors ? Car je ne veux pas faire mon sceptique populo, mais les études, les études, c'est comme les chiffres, on leur fait dire ce qu'on veut....). On dirait que Deub's attend que la science lui prouve l'infamie du racisme. Mais la science a été un temps tout aussi raciste que toi, Alain.

Non, lui, à cette époque, se réclame d'un « antiracisme différencialiste », d'ailleurs racialiste. Les races existent bel et bien, argue-t-il, « et l'on doit s'en féliciter, car c'est le polymorphisme de notre espèce qui en fait la richesse. » Je veux bien, Alain, mais les races, les races.... Lesquelles ? Il y a en plusieurs ? Et si oui, combien ? Et de quelles sortes ? Là-dessus, mystère et boules de gommes. Pour le reste, on est d'accord : le racisme est un ethnocentrisme essentialiste qui soit rabaisse la différence ou la hiérarchise (racisme de droite) soit l'annule au nom du Même et de fait la nie (racisme de gauche). Quant au phénomène du métissage, « c'est un choix individuel, pas un impératif collectif », donc pas un phénomène. A voir.

 

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Les lecteurs d'Eléments le savent : la revue traite autant de politique que de biologie qualifiée de « reine des sciences » par Deub's et ses amis. Mhmmh... On risque encore de glisser, là, je sens.

La théorie de l'évolution, Deub's s'y intéresse depuis toujours car elle permet d'éradiquer l'Unique et de donner la part belle aux origines et à la diversité des forces. Pour dire les choses rapidement, la différence entre l'homme et l'animal, c'est que l'homme est un animal alors que l'animal n'est pas un homme. L'animal, en effet, n'a pas d'histoire, car pas de manque. Alors que du fait que l'homme est un « être de manque », et même une créature « inachevée », non spécialiste de rien, il doit s'adapter à toutes les situations et de fait inventer les cultures qui stabiliseront son « dilettantisme instinctuel ».

« Il en résulte que la culture n'est nullement le contraire de la nature, mais qu'elle compte bien plutôt au nombre des conditions physiques d'existence de l'être humain. »

La culture est une émanation de la nature comme la nature est une production sociale.

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A part ça, Deub's (qui a longtemps fait partie, de la Mensa, cette association des gens qui ont un QI supérieur à celui de 98 % de la population - soit à peu près 140) préfère le caractère à l'intelligence. Un être super intelligent peut être super con. Et un médiocre peut dire des choses justes et vraies. En plus du style qui est ce qui importe le plus. Notons en effet que dans la culture européenne (mais cela pourrait marcher pour toutes les autres), les qualités cognitives ont rarement fait les modèles sociaux. Nous avons toujours préféré au savant fou ou à l'expert en tout le héros homérique, le chevalier féodal, le gentilhomme français, le gentleman anglais, le caballero espagnol, sans compter les saints et les martyrs. L'intelligence, c'est pour les nuls. Pas vrai, Hodor ?

 

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15/03/2015

09 - Egalité et réconciliation

 

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A toi, Nathalie B., infâme fatale.

Revenons à sa haine de l'Unique. Son européanisme non-chrétien. Son rejet absolu du libéralisme - mais l'histoire de l'Europe n'est-elle justement pas celle du christianisme (au secours Ratzinger !) et du libéralisme (au secours, Pierre Manent !) ? De quelle « alternance » européenne Deub's est-il le nom ? Avouons-le : les indécences intellectualistes et idéalistes dont il se rend coupable de temps en temps nous font quand même mal au cul - quand il déclare, par exemple, un peu à la Alain Badiou, avoir plus de sympathie pour

« les Khmers rouges et les communistes du Vietnam qui avaient une foi [plutôt que pour] les « GI's désoeuvrés et drogués qui n'en avaient pas ».

Lorsque Sade rappelle que l'idéalisme est naturellement sanguinaire, Deub's pourrait en prendre de la graine. On peut critiquer les dérives du capitalisme, les excès du libéralisme, on ne peut les comparer à l'horreur communiste. Le capitalisme n'est pas criminogène, le communisme, si. Ce point n'est pas négociable.

Pourtant, l'homme s'affirme démocrate au sens fort : seul le peuple est souverain et doit « participer ». Alain de Benoist ou la démocratie participative. Non pas, bien entendu, sur le mode libéral qu'il abhorre (« un homme, un vote ») mais bien sur un mode républicain pur jus (« un citoyen, un vote ».)

Son « maître à penser », c'est Stéphane Lupasco, « le Hegel du XX ème siècle », dont l'idée physico-philosophique est de définir la structure du réel comme contradictoire et selon un processus de potentialisation et d'actualisation. Entre les trois formes de la matière-énergie (la macrophysique, la vivante et la psychique), le réel se déploie dans des conflits qui lui sont inhérents mais en récupérant toujours ce qui le contrarie - ce qu'il appelle, si j'ai bien compris, ce qui n'est pas si sûr, « le tiers-inclus ». Une sorte de dynamique du contradictoire et du conciliant à travers laquelle sont rendue possibles la diversité, l'hétérogène et la différenciation - le contraire du processus monothéiste, selon Deub's.

« Les choses réelles peuvent être ceci et cela, elles peuvent être une chose et son contraire », écrit-il.

Mieux, chaque chose génère son contraire.

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« Sur le plan social, par exemple, les tendances novatrices potentialisent des tendances réactionnaires, et vice versa. »

Qu'en termes héraclitéens ces choses-là sont dites ! Et j'espère que tu vas en prendre de la graine, Nathalie, petite colombe en sucre. Car oui, prendre conscience de la grande contradiction des choses, c'est les approuver toutes, ou du moins, c'est comprendre la valeur relative de chacune, et pouvoir les utiliser en fonction de nos besoins et de nos intérêts, et selon une logique purement machiavélienne : telle force à laquelle je m'oppose d'habitude peut devenir mon allié en certaine circonstance (exemple actuel : l'Iran, la Syrie et les USA, alliés objectifs contre Daesh, ennemi commun s'il en est). D'où le paradoxe alléchant que c'est la conscience de la contradiction qui génère la tolérance et le vivre-ensemble. C'est lorsqu'on sait que les choses sont originellement contraires qu'elles peuvent être appréhendées comme complémentaires, voire érogènes (homme & femme).

Tout cela est admirable et je le partage en grande partie puisque pour moi, c'est justement la définition du..... libéralisme (et dont Machiavel fut précisément l'un des pères fondateurs : il y a une "fécondité du mal" dans la mesure où le mal nous permet de sortir de soi et de percevoir l'autre comme différent et érotique. « Le méchant est sacré », disait Jung dans son Livre Rouge.) Et lorsque Deub's s'affirme alors non pas tant comme un homme « ni ni » (ni à droite ni à gauche) mais au contraire comme un « homme de droite de gauche ou de gauche de droite », j'entends, moi, qu'il se définit comme l'homme libéral par excellence. LA RECONCILIATION EST UNE NOTION LIBERALE.

En revanche, je ne le suis plus lorsqu'il parle de l'opposition « christianisme / paganisme » comme d'une opposition irréductible, puisque, comme l'ont montré Chesterton et Simone Weil, le christianisme est d'origine païenne autant que d'essence juive. Comme quoi, on est tous libéral ou socialiste, monothéiste ou polythéiste, chrétien, juif ou païen, irréductible ou coulant - mais pas aux mêmes endroits ni aux mêmes moments. La vraie différence entre toi et moi, ce que j'appelle le « glaive » (mais qui pourrait s'appeler indistinctement distinction, abîme, écart ontologique), ce n'est pas que tu es rouge, qu'il est bleu, et que je suis blanc, non, c'est que tu es rouge, bleu blanc, ici, qu'il est bleu, blanc, rouge, là, et que je suis blanc, bleu, rouge ici et là. Tu as compris, Nathalie Bati ?

 

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01:42 Écrit par Pierre CORMARY dans Mémoire vive, Alain de Benoist | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : alain de benoist, éléments, mémoire vive, ygritte | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

14/03/2015

08 - Guerre et amour

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90 livres, 2000 articles, 350 entretiens. En cinquante ans, Alain n'a pas chômé -  et on se met à rêver de cette puissance intellectuelle qui arrive à ingurgiter un livre par jour, un auteur par semaine, une science par mois, une matière par saison, une langue par an.

[Moi, là, je suis au Suffren et je débats avec X. sur Facebook en éclusant dangereusement. Celui-ci m'explique qu'en plus d'être stalinien et maurrassien malgré moi, je suis un calviniste qui s'ignore. Ce qui n'est pas si faux. Je n'en ai pas totalement fini avec la haine de Dieu (mais avec quoi en ai-je fini, je me le demande ?), je n'ai jamais cru au libre arbitre - et c'est même par admiration pour Blaise Pascal que j'ai adopté son propre pseudonyme "Montalte" utilisé dans Les Provinciales contre les Jésuites. Je crois à tout ce qui est plus fort que moi et je compte là-dessus. Quand ça vient de moi, ça ne marche jamais. Quand ça vient d'un autre, de Dieu, d'une femme ou d'un film, c'est différent. J'attends qu'on me fasse de l'effet pour produire mes propres effets. Voilà toute ma vie. Cette parenthèse n'a aucun intérêt. Encore que si.]

Encore une fois, Deub's en revient à sa détestation de l'Unique, son mépris des cultures hémiplégiques (qui ne connaissent que leur partie ou leur camp et pas celui de l'adversaire - attitude typique de la droite comme on l'a dit), frôlant tout de même un certain narcissisme normatif, à savoir cette propension que nous avons tous à nous définir hors étiquettes, hors camps, toujours ailleurs, toujours en lignes de fuite, toujours plus « complexes » que nous le laissons paraître, toujours Poissons en un sens (« vous me croyez là, alors que j'étais là, je vous ai bien eu ha ha ! ») ; mais aussi toujours en accord avec ce qu'il y a de bien dans chaque camp, toujours soucieux de démontrer qu'on n'oublie rien de ce qui est vrai ici et là, toujours synthétiques et souverains, toujours hors critique puisqu'on a prévu la critique dans notre credo, toujours propres. Or, ce que je crois, moi, est qu'un intellectuel doit être conscient de sa salissure. Doit savoir qu'à un certain moment, toute pensée belle, bonne et vraie contient son intolérance, son injustice, sa violence faite au sens commun. Doit reconnaître que sa vérité a ses exclus, ses blessés, ses cadavres. La pensée est une guerre, qu'on s'appelle Carl Schmitt ou Montaigne. A un moment donné, pour ne pas dire, tout de suite, nos bonnes intentions tuent. Notre merde est sacrée mais il faut savoir la fixer.

Alain s'est fixé sur la défense des valeurs européennes. Très bien. Le problème, c'est que son Europe à lui est anti-chrétienne. Autant affirmer l'Orient sans l'islam, l'Extrême Orient sans le bouddhisme ou se réclamer de la musique allemande sans Bach ni Wagner. Alain répond que Zeus et Apollon, sinon Thor et Odin, sont aussi importants que Christ et Marie. Ben non, justement. Car comme Chesterton le dirait (et je sais qu'Alain n'aime pas qu'on ne se réfère qu'à un auteur unique, mais quoi ? c'est ma limite, donc mon identité, donc ma vérité), on reconnaît la présence d'un dieu aux blasphèmes qu'il suscite, or, ceux qui « blasphèment »  le nom d'Odin se font de plus en plus rares.

Alain continue en se définissant adversaire du nationalisme (au nom du régionalisme) et de l'Etat-Nation (au nom de l'Empire). Alain aime la Bretagne, le Languedoc et la Bourgogne tout autant que le Saint-Empire romain germanique ou l'empire des Hohenstaufen - mais pas la France ou l'Allemagne en tant que telles. Le nationalisme, pour Alain, relève d'une métaphysique de la subjectivité. Tout comme d'ailleurs l'individualisme qu'il honnit ainsi que le libéralisme qu'il vomit. Nationalisme, individualisme, libéralisme - sa trinité noire. Je commence à comprendre ce qui nous sépare vraiment. Alain déteste la colonisation qui n'est rien d'autre, pour lui, qu'une conversion forcée.

« Toute conversion est à mes yeux une forme de renonciation à soi », écrit-il. 

Je dirais exactement le contraire : toute conversion est à mes yeux une forme d'affirmation de soi - ou, plus exactement, une forme d'affirmation des forces que nous avons tous en nous et qui ne demandent qu'à surgir, et qui surgissent dès qu'elles rencontrent d'autres forces contraires ou complémentaires. Cela peut donner la guerre comme l'amour.

 

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13/03/2015

07 - Intellectualiser la droite

 

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Pensée allemande, homme italien, langue française - tel François Bousquet définit Deub's, cet homme accompli, lecteur et voyageur infatigable, qui a tout vu, tout lu, tout connu, Pic de la Mirandole qui dialogua avec tous les intellectuels français et étrangers de notre époque, fut au centre de tous les débats des années 70 et 80, qu'Anne Sinclair et Jacques Chancel invitèrent en leur temps sur le plateau de Sept sur Sept et de Radioscopie, à qui l'on demanda même s'il allait se présenter à la présidence de la République à l'occasion de la fameuse « campagne de la ND » en 1979 et qui aurait pu être couvert d'honneurs s'il les avait aimés, se voyant offrir un pont d'or (la direction du Figaro-Magazine !) par Louis Pauwels à cette même époque et qu'il refusa parce qu'il préférait travailler dans son coin, n'ayant aucun goût pour la gloriole, les cocktails, le pouvoir. Homme libre, loup des steppes, infatigable bénédictin des idées, de ce point de vue, je t'admire, moi qui ne serai jamais qu'un un chien, un serf, un héritier.

Aujourd'hui, il est un des observateurs les plus aiguisés de la crise, et comme Houellebecq, Zemmour, Renaud Camus et d'autres, soutient que le mal français provient autant du « remplacement de population » (il emploie l'expression, page 140) que du capitalisme totalitaire –

« l'immigration [n'étant rien d'autre] que l'armée de réserve du capital. »

Aussi considère-t-il les immigrés comme les autres victimes du « Système » : déracinés regroupés pour les besoins du patronat en même temps que boucs émissaires des nationaux.

A la droite, il rappelle sa xénophobie et sa suffisance ; à la gauche, son mépris et son abandon du peuple ; aux deux, leur incapacité à maîtriser l'économique. Convainquant dans ses critiques, c'est dans son chemin de pensée qu'il est parfois difficile de le suivre, non pas tant parce qu'il est trop subtil mais parce qu'au contraire, « il en sait trop, ça l'embrouille », pour citer le mot d'un personnage de Céline et qu'il reprend lui-même, espérant n'être pas celui-ci.

Quoiqu'on pense de La « Nouvelle Droite «  (ou « Nouvelle Ecole »), celle-ci eut le mérite de tenter d' INTELLECTUALISER LA DROITE - en vain, bien entendu, la droite majoritaire, celle des « braves gens », des « types biens », « du vrai bon sens de chez nous », n'ayant jamais aimé les intellectuels et peut-être encore moins les siens que ceux du camp d'en face.

Fort peu gramscienne, la droite a, en sens, toujours mérité de perdre ses combats. C'est que celle-ci déteste au plus haut point la « vita contemplativa » qui va de pair avec la bataille des idées, le débat, la confrontation. Ne lui importe que la « vita activa », l'action, le faire, le produire. Pour reprendre le mot de Heidegger appliqué à la science, la droite ne pense pas.

C'est pourtant grâce à cette « vita contemplativa » que l'Europe créa ses plus beaux concepts, à commencer par celui d'objectivité - ou tout au moins de souci de l'objectivité. L'Europe est en effet la seule culture à vouloir comprendre les autres jusqu'à parfois se donner tort au nom de ces autres - et comme le dit si bien Cornélius Castoriadis (voir Addendum). Le génie de l'Occident est en effet dans cette faculté d'autocritique que nous avons parfois jusqu'à la nausée et qui se retourne, surtout ces derniers temps, contre lui.

Qu'importe ! Il s'agit de penser la Nouvelle Euorpe. Le GRECE ou « Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne », fondé au même moment que la « Nouvelle Ecole », n'ira pas dans un autre sens. Et cela, sans jamais aucune « stratégie »,

« la meilleure des stratégies, dit ABD, étant de n'en avoir aucune ».

« J'ai toujours craint, surtout, qu'à force de vouloir peaufiner la stratégie de ses idées, on finisse par ne plus avoir que les idées de sa stratégie. C'est un peu ce qui est arrivé au Club de l'Horloge. »

Ainsi, la ND se met en branle, et un branle fondé sur l'idée de « l'homme complet » (celui qui met en conformité ses actes et ses idées, brrrrr.....), du « vivre ensemble » (« Zusammenleben »), de la communauté (« Gemeinschaft »), qui a ses propres « rites » de mariage et de baptême (sans passer par l'Eglise puisqu'on n'est pas chrétien), et dont l'enjeu est de créer bel et bien une « contre culture ».

Exprimer le général sans devenir vulgaire, comme disait Walter Benjamin. Lui-même se marie le 21 juin 1972, « jour du solstice d'été », comme il aime à le préciser. Alors, bien sûr, il ne faut pas caricaturer - mais tout cela sent foutrement le druidisme, non ?

 

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Addendum :

GENIE DE L'OCCIDENT.


« Dans l’histoire de l’Occident, il y a une accumulation d’horreurs – contre les autres tout autant que contre lui-même. Ce n’est pas là le privilège de l’Occident : qu’il s’agisse de la Chine, de l’Inde, de l’Afrique avant la colonisation ou des Aztèques, les accumulations d’horreurs sont partout. L’histoire de l’humanité n’est pas l’histoire de la lutte des classes, c’est l’histoire des horreurs bien qu’elle ne soit pas que cela. Il y a, il est vrai, une question à débattre, celle du totalitarisme : est-ce, comme je le pense, l’aboutissement de cette folie de la maîtrise dans une civilisation qui fournissait les moyens d’extermination et d’endoctrinement à une échelle jamais auparavant connue dans l’histoire, est-ce un destin pervers immanent à la modernité comme telle avec toutes les ambiguïtés dont elle est porteuse, est-ce encore autre chose ? (…)
Il y a quelque chose qui est la spécificité, la singularité et le lourd privilège de l’Occident : cette séquence social-historique qui commence avec la Grèce et reprend, à partir du XIème siècle, en Europe occidentale, est la seule dans laquelle on voit émerger un projet de liberté, d’autonomie individuelle et collective, de critique et d’autocritique : le discours de dénonciation de l’Occident en est la plus éclatante démonstration. Car on est capable en Occident, du moins certains d’entre nous, de dénoncer le totalitarisme, le colonialisme, la traite des Noirs ou l’extermination des Indiens d’Amérique. Mais je n’ai jamais vu les descendants des Aztèques, les Hindous ou les Chinois faire une autocritique analogue, et je vois encore aujourd’hui les Japonais nier les atrocités qu’ils ont commises pendant la seconde guerre mondiale. Les Arabes dénoncent sans arrêt leur colonisation par les Européens, lui imputant tous les maux dont ils souffrent – la misère, le manque de démocratie, l’arrêt du développement de la culture arable, etc. Mais la colonisation de certains pays arabes a duré, dans le pire des cas, cent trente ans : c’est le cas de l’Algérie de 1830 à 1962. Mais ces mêmes arabes ont été réduits à l’esclavage et colonisés par les Turcs pendant cinq siècles. La domination Turque sur le Proche et le Moyen Orient commence au XVIème siècle et se termine en 1918. Il se trouve que les Turcs étaient musulmans – donc les arabes n’en parlent pas. L’épanouissement de la culture arabe s’est arrêtée vers le XIème, au plus XIIième siècle, huit siècles avant qu’il soit question d’une conquête par l’Occident. Et cette même culture arabe s’était bâtie sur la conquête, l’extermination et/ou la conversion plus ou moins forcée des populations conquises. En Egypte, en 550 de notre ère, il n’y avait pas d’arabes – pas plus qu’en Libye, en Algérie, au Maroc ou en Irak. Ils sont là comme des descendants des conquérants venus coloniser ces pays et convertir, de gré ou de force, les populations locales. Mais je ne vois aucune critique de ces faits dans le cercle civilisationnel arabe. De même, on parle de la traite des Noirs par les Européens à partir du XVIème siècle, mais on ne dit jamais que la traite et la réduction systématique des Noirs en esclavage ont été introduites en Afrique par des marchands arabes à partir du XI-XIIième siècle (avec comme toujours la participation complice des rois et chefs de tribus noirs), que l’esclavage n’a jamais été aboli spontanément en pays islamique et qu’il subsiste toujours dans certains d’entre eux. Je ne dis pas que tout cela efface les crimes commis par les Occidentaux, je dis seulement ceci : que la spécificité de la civilisation Occidentale est cette capacité de se mettre en question et de s’auto-critiquer. Il y a dans l’histoire Occidentale, comme dans toutes les autres, des atrocités et des horreurs, mais il n’y a que l’Occident qui a crée cette capacité de contestation interne, de mise en cause de ses propres institutions et de ses propres idées, au nom d’une discussion raisonnable entre êtres humains qui reste indéfiniment ouverte et ne connaît pas de dogme ultime. »

Cornélius Castoriadis, La montée de l’insignifiance.

 

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12/03/2015

06 - Militantisme

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« Le militantisme est une école, et l'une des meilleurs qui puissent être. C'est une école de discipline et de tenue, d'exaltation et d'enthousiasme, une école de don de soi. C'est aussi un creuset d'amitié comme il y en a peu ». Gérard Longuet, Alain Madelin, Alain Robert - tous sont passés par là. La Nouvelle Droite était faite pour les idéalistes identitaires et les anti-modernes révolutionnaires. Radicaux plus qu'extrémistes. Car comme le note Deub's, si l'extrémisme est le fait de pousser jusqu'à l'absurde ses idées, à les fétichiser, la radicalité consiste toujours « à comprendre plus loin en remontant à la racine » et à tirer toutes les conclusions logiques qui dérivent de celle-ci :

« si l'on soutient telle position, alors on ne peut pas soutenir telle autre, mais on doit en revanche en admettre une troisième dans tel autre domaine (...) ce qui exige d'être intellectuellement structuré. »

Est-ce cette exigence toute masculine et un rien totalitaire qui fait que peu de femmes ont milité aux côtés de nos héros ? Sans doute parce que la femme, mieux que l'homme, sait que la vie est moins affaire de ratio et de structure que d'affect et de situations, moins affaire de « Weltanschauung » que de « Kairos » - et qu'être trop conséquent, radical, rationnel, moral, dans ses choix et ses idées, c'est, à un certain moment, se renier soi-même, sinon mourir. La femme, c'est quelqu'un qui n'a pas besoin d'être un homme, disait un jour X. avant que nous nous brouillons pour de mauvaises raisons qui n'étaient pas miennes et parce que le gars était quand même un rien caractériel. Ce qui est sûr, c'est que « la psychologie féminine, en tous cas, [l'a] toujours plus intéressé que la psychologie masculine. »

Autant que son antichristianisme qui ne connaît plus de limites et qui va jusqu'à lui faire défendre, un temps, les fameuses thèses « mythistes » selon lesquelles Jésus n'aurait jamais existé. Cette thèse, il finit par s'en apercevoir, n'en est pas moins intenable car « elle obscurcit la question des origines du christianisme beaucoup plus qu'elle ne l'éclaire. » Considérer en effet que la religion la plus importante de l'Histoire et du monde repose sur un fake est le début de la pensée complotiste. Jésus n'a peut-être pas ressuscité mais il a bien existé. Sinon, vive les soucoupes volantes...

Jeunesse finit par passer (et par s'imposer, on est en 68). Les compagnons de route font leur vie : François d'Orcival deviendra libéral, patron de presse, académicien. Lui hésite un temps entre le journalisme et l'enseignement. Finalement, il fonde la Nouvelle Droite. L'aventure ne fait que commencer.

 

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11/03/2015

05 - Eléments n°153 - Ce que j'en retiens.

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C'est la première fois que je lis Eléments pour de bon. Peut-être pas la dernière. Quelque chose de passionnant, de fascinant mais aussi d'inquiétant, de bizarre, de trouble. Pour moi, c'est un peu comme arriver chez des Serpentards repentis (ça existe). Des vérités primitives qui s'écrivent selon des codes d'un autre temps. Des fulgurances qui surgissent en pleine discussion vénéneuse. Parfois, la radicalité finit par étouffer l'intelligence et laisse apparaître de biens sombres tendances. Mais grâce à Dieu, ou aux dieux, cela repart très vite dans le bon sens, du moins l'espère-t-on. En vérité, la clarté dans l'expression va chez eux de pair avec une obscurité de l'enjeu. De quelle civilisation européenne ces gens se veulent-ils exactement le nom ? Quel genre de trône prônent-ils ?

(Mon travail ne consistera qu'en une prise de notes libres et désinvoltes et qu'on pourra suivre, ou pas, selon sa propre subjectivité.)

 

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Le "Système", selon Robert de Herte - "Une structure, un ensemble d'éléments qui interagissent entre eux selon certains principes de fonctionnement, à partir de boucles de rétroactions, positives ou négatives, qui mettent en jeu une causalité non linéaire" (où l'effet peut rétroagir sur la cause.)

Entre autres tendances de ce Système, "le primat du juste sur le bien". La justice contre le bien, l'équité contre le vrai. Les deux contre le beau.

Mais qui est du Système ? Principalement les libéraux hors-sol,ceux qui voyagent et ne se structurent que par leurs voyages, méprisant la frontière et le sol, la terre et le sang. Qui sont de partout et donc de nulle part. "Nouvelle Classe totalement déterritoralisée" et dont le symbole pourrait être Jacques Attali (revoir sa fameuse prise de bec avec Eric Zemmour.)

Aucune alternative dans le Système. Que des alternances interchangeables, de droite ou de gauche - et qui correspondent à la fameuse formule de Salina dans Le guépard : "il faut que tout change pour que rien ne change."

Aucun maître du Système, ni "cerveau caché". Même ses plus ardents bénéficiaires peuvent en être virés du jour au lendemain. Un peu comme les plus ardents révolutionnaires pouvaient en 93 se retrouver à la guillotine quelques jours après y avoir envoyés leurs antagonistes.

Trois types de critiques contre lui :

- la critique "artiste", volontiers nostalgique et réactionnaire, souvent littéraire, sympathique mais peu opératoire. Et souvent complaisante. Visconti, justement ?

- La critique qui a recours au "bouc émissaire" : "c'est la faute "aux immigrés", "aux juifs", "aux banquiers", "aux 200 familles qui tiennent le monde", aux "fonctionnaires qui foutent rien", bref, à ce que Claude Lefort appelait "les hommes en trop" et qui n'aboutit qu'au racisme, à la discrimination et au complotisme.

- La critique systémique ou holistique, seule sérieuse, qui analyse le capitalisme comme "un fait social total (...) et dont la loi générale est l'illimitation, vecteur du nihilisme".

Quant à la possibilité de la révolution... "Il n'y a de perspective révolutionnaire que lorsqu'une reconstruction idéologique radicale rencontre un mouvement social réel. Ce qui revient à dire que ce ne sont pas les révolutionnaires qui font les révolutions, mais les circonstances qui les rendent possibles."

 

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Le jazz et l'homme différencié - Musique de la transe. Corps possédé et chaos mental. Pour Julius Evola, "cette africanisation mentale était le symptôme d'une civilisation occidentale en ruines." Ben voyons. Reste que le jazz, première expression musicale du siècle dernier, se définit avant tout comme le passage d'une "musique populaire, voire ethnique" en "musique savante". Bien plus singulière qu'une simple "musique du monde" et autre chose qu'une "musique classique". Rencontre improbable entre les battements de coeur, le "pulse" original et le choral luthérien - entre l'esclave et son maître, oserait-on dire. Musique de désir et de recherche, du désir de la recherche. De joie pure et de structure (parfois laborieuse). De scène et d'autocréation. Art qui "nous ramène à ce que l'on est devenu ou à ce que l'on n'est plus".

 

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 Cliquer sur le lien pour entendre le cher Little Finger jacter son plus célèbre discours.

 

"Le Système cherche à nous dissoudre", selon Lucien Cerise (auteur de Gouverner par le chaos) - "L'ingénierie sociale", voilà ce qui nous manipule, nous trompe, nous transforme malgré nous, nous donne des pensées que nous n'aurions jamais eu de nous-mêmes, nous infiltrent, nous piratent, et selon la méthode du "pas vu qui voit tout". Bon Dieu, mais ne serait-ce pas le secret de La France Big Brother de Laurent Obertone ?

Le capitalisme encore et toujours coupable ! Sa dimension kabbalistique et numérologique, "où la totalité de l'existence peut se réduire à des chiffres" - où la lettre a cédé la place au numéro, le Logos au logo, l'éthique au numérique, le qualitatif au quantitatif. Où le langage de Dieu se réduit au mathématique - "le PDG de Goldman Sachs ayant déclaré un jour que les banquiers accomplissaient le travail de Dieu."

Le capitalisme comme volonté de puissance dernière, technique sur-accomplie, Gestell entériné. Où tout recommence, et sans cesse, à zéro, "reset ontologique global", matrix en folie permanente, geste prométhéen qui n'en finit pas de voler le feu aux dieux et de brûler les hommes avec et au prétexte de les "libérer".

Le capitalisme comme ce qui vise la fin de l'humain, et avec elle, l'avènement du post-humain, du transhumain, de Conchita Wurst. D'où la volonté de détruire les identités, les origines, les distinctions. "Plus aucune différence ne doit substituer, comme le stipule la théorie du genre pour les sexes, et encore aujourd'hui l'anti-spécisme et le véganisme, qui dénient une différence substantielle entre l'humain et les autres espèces pour nous préparer au métissage entre humains et animaux, les chimères génétiques qui sortiront bientôt des laboratoires." En attendant "le droit des robots" qui consistera "à accorder une personnalité juridique aux machines et à abolir ainsi la distinction entre vivants et non-vivants."

Et de rajouter :

"LES IDENTITAIRES NE COMPRENNENT PAS TOUJOURS QUE LE GRAND REMPLACEMENT N'EST PAS CELUI D'UNE RACE OU D'UNE CULTURE PAR UNE AUTRE, MAIS CELUI DES HUMAINS PAR LES MACHINES."

Merde, alors ? On nous aurait mentis ?

Quoiqu'il en soit, le chaos règne et il est la pire chose qui pouvait nous arriver.

"En effet, la psychiatrie et la psychanalyse montrent que la santé mentale nécessite d'avoir une perception stable des limites identitaires, avec une démarcation claire de l'intérieur, Moi, et de l'extérieur, l'Autre. La fluidité, l'état liquide, voire gazeux, ne sont pas viables quand il s'agit de définir une identité vivante, qui échappe à la dissolution, à la précarité et au chaos. Chacun a besoin de savoir qui il est, tout simplement, ce qui requiert une certaine permanence et fixité."

Il faut le rappeler sans cesse : sans identité, pas de métissage ; sans distinction, pas d'être (et sans être, pas de devenir) ; sans sexes, pas de vie ;  sans temps, pas de mouvement ; sans frontières, pas de terres ; sans reprises ou retour au même, pas de musique ; sans limites aux choses et aux notions, ni choses ni notions ; sans héritage, pas de transmission ; sans lien, pas de filiation ; sans hiérarchie, le chaos. Et quand c'est la hiérarchie qui devient elle-même chaotique...

 

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"Ce qui identifie carrément la droite libérale et la gauche libertaire, c'est qu'elles travaillent toutes deux à ouvrir les systèmes au maximum jusqu'à leur dissolution entropique et ce que mort s'ensuive. (...) Pour maintenir sa structure dans le temps, un système a besoin d'échanger de l'information avec son environnement, donc, d'être ouvert, mais il a également besoin de fermeture, sinon, il se dissout dans cet environnement. L'OUVERTURE ALIMENTE, LA FERMETURE PROTEGE. Ce sont l'ouverture et la fermeture totale qui augmentent l'entropie des systèmes. (...) C'est ainsi qu'un système conserve sa structure, son identité, sa forme typique et qu'il perdure. En géopolitique, cela s'appelle les frontières et les principes westphaliens. En biologie, c'est la peau, la membrane épidermique, nécessaire à l'intégrité de l'être vivant. (...) il faut donc relancer l'idée d'une fermeture positive qui fera hurler tous les libéraux-libertaires qui ne jurent que par l'ouverture complète à tous les vents et nous ordonnent de nous ouvrir toujours plus au monde, à l'autre, aux Roms, aux capitaux étrangers, à la concurrence (...) CAR IL N'Y A PAS  DE VIE SANS FERMETURE ET PROTECTIONNISTE A UN MOMENT OU A UN AUTRE."

Contre toute attente, Internet est devenu une résistance au Système. Ceux qui croyaient qu'il était un système de flicage n'ont pas vu qu'il pouvait l'être dans les deux sens. En ce sens, le Pentagone a bien compris qu'il faisait partie du "champ de la guerre" ("War domain") Jamais les informations n'ont aussi bien circulé, jamais la parole n'a été aussi libre car accordée à tout le monde, jamais les individus et parfois les peuples ont pu à ce point se rendre raison contre les pouvoirs. Tant pis pour les excès, les ordures, les trollings et autres stalkings. Internet est le triomphe de la démocratie (et donc du libéralisme, mon cher Lucien, non ? C'est pourquoi je ne comprendrais jamais ce rejet total du libéralisme - qui constitue tout le projet occidental pour le pire et aussi le meilleur. Et vous, vous oubliez ce meilleur à Eléments !)

Contre l'ingénierie sociale négative, il faut jouer l'ingénierie sociale positive : "IS+" contre "IS -" et espérer un rééquilibrage des forces et une reprise en compte du peuple par le politique, de la Nation par l'Etat. Non plus faire saigner le lien social mais bien le coaguler. Et quelle meilleure coagulation sociale que le retour à l'Etat-Nation et à la souveraineté populaire ? Zemmour, quoi ?

Mais dans un cadre jacobin ou girondin ? Centralisateur ou fédéraliste ? National ou régiono-impérial ? Notons qu'Alain de Benoist, partisan du fédéralisme, de la région et de l'empire (l'anti-zemmour en ce sens), et, pour la partie la plus fâcheuse, vegan, est l'intervieweur de Lucien Cerise.

Robert Guédiguian le romantique, par Ludovic Maubreuil - Et nous rappeler que "romantiser, c'est faire feu de tout bois, digresser sans se perdre, relier le fait concret au symbole, l'analogie au sacré et la mémoire commune à la légende des siècles, savoir goûter le secret du cliché et redonner du sens au lieu commun." Magnifique définition que je retiendrai, mon cher Ludovic...

 

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Sciences (l'inceste, le divorce, les visages et les hanches.)

- La logique libérale comme logique incestueuse, selon Les couleurs de l'inceste, par Jean-Pierre Lebrun. L'enfant, produit de la seule mère, le père relégué aux oubliettes. Voir l'abominable Mommy, de Xavier Dolan.

- Les filles, cause de divorce - non pas parce que les hommes préfèrent leurs garçons à leurs filles (??!!) et donc hésitent à divorcer quand ils en ont un, mais parce que, selon deux universitaires yankees, les filles sont plus résistantes que les garçons à tous les âges de la vie - et donc résistent mieux à la mésentente et au divorce possible de leurs parent (!!!???). On trouve de tout dans cette revue...

- Les visages larges plus combattifs que les visages étroits.

- Les hanches larges plus attirantes sexuellement que les hanches étroites et la preuve statistique que les femmes "larges"  perdent leur virginité plus tôt que les femmes "étroites" et ont plus de partenaires sexuels et d'aventures sans lendemain.

Interview croisée de Olivier Maulin qui veut réenchanter le monde, de Solange Bied-Charetton qui veut  lui rabattre le caquet et de Jean-François Roseau qui veut l'ausculter. Et qui parlent très (trop ?) bien de ce dont parle ce numéro à chaque page.

En revanche, déçu par l'article de Jean-François Gauthier sur "le Mal existe-t-il ?" Mais peut-être parce que je ne suis guère convaincu par cette idée que c'est le Dieu unique qui le produit, le mal, alors qu'il n'existerait pas en tant que tel dans un monde polythéiste, forcément plus riche, diverse, complexe et blablabla. Mon objection serait que le Mal existe, a toujours existé, sauf que le polythéisme n'a jamais su le nommer et que le monothéisme a très bien su le nommer - et que c'est en le nommant qu'on a eu ensuite l'impression qu'il y en avait trop. Alors qu'il a toujours été là, sauf que quand on ne le nommait pas, il était pire (exemple type : la pédophilie.) J'en profite pour dire que le le monothéisme est supérieur au polythéisme sur tous les plans. Et qu'on ne me rétorque pas que le monothéisme conduit à Hitler - qui était païen.

 

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Sur le système techno-capitaliste, selon Jean de Juganville (purée de pseudo !) - Uniformisation, globalisation, mondialisation, occidentalisation. Science, démocratie, métaphysique et technologie sont en effet nés "chez nous", les gréco-romano-judéo-chrétiens. Et ont donné en bout de course le capitalisme, le marché, la vénalité généralisée. Tout est devenu achetable, fabricable, valable. Le corps-objet. La vie-chose. L'homme-capital. L'échange des marchandises ne dépend plus de l'offre et de la demande mais "d'opérations spéculatives et de pratiques monopolistiques". Ce n'est plus l'argent qui produit des choses mais des choses qui produisent de l'argent. Le capitalisme n'est pas l'exploitation de l'homme par l'homme mais l'exploitation de l'homme par l'argent - et aussi l'exploitation de la nature par l'argent.  Le capitalisme est un "génocide structurel" autant qu' "un écocide structurel". Il fait de nous une marchandise comme une autre, bébés éprouvettes, réserve de clones, coke en stock, et ses couronnes en or sont mortelles. Il a donné "Verdun, Auschwitz, Kolyma, Hiroshima, Tchernobyl". Le capitalisme, responsable et coupable de tous les maux du monde depuis Caïn............................................................................. Le pire, c'est qu'ils ont tous l'air d'y croire. Ils ont fait de l'anticapitalisme leur croyance, sinon leur secte. Mais on aurait envie de leur demander. Qui ne voudrait pas vivre dans un pays capitaliste ? La critique totale de l'Occident est une sorte de négationnisme.

Mais continuons.

 

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La logique totalitaire selon Jean Vioulac (par Laurent Cantamessi) - Avec la révolution industrielle, et avec elle, l'avènement du capitalisme et le triomphe philosophique, politique et économique du libéralisme, le rapport au monde a changé comme jamais. En gros, il s'agit désormais de produire le monde, sinon le réel, plutôt que d'être produit par lui. L'objectivité des valeurs disparait pour laisser place à la seule subjectivité des désirs. Grâce au libéralisme, tout devient désirable, possible, opératoire. Comme Hegel l'a vu le premier, "le réel ne peut plus être compris comme une donnée stable mais comme un processus toujours agissant. L'histoire acquiert dès lors le sens que lui impose l'idéologie du progrès, elle est un processus de transformation du réel constamment à l'oeuvre, engendrant une rupture définitive sur le plan civilisationnel." L'histoire n'est plus que devenir et volonté de puissance, autocréation d'elle-même par elle-même, production sans fin des nouveaux corps et nouveaux désirs. Comédie humaine. Rougon-Macquart. Anneau du Nibelung. Et avec eux, désenchantement du monde. Nous sommes devenus trop libres. On nous a forcés être libres - donc responsables de tout ce qui se passe. Et il se passe trop de choses !

 

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Il est bien loin le temps où, comme l'écrivait Marcel Gauchet, nous n'étions pour rien dans ce qui était. Tout ce que nous étions et avions, c'est à d'autres que nous le devions, "des êtres d'une autre nature que nous, des Ancêtres, des Héros, des Dieux". La modernité nous a déracinés, individualisés, atomisés. Pire, elle nous a à la fois corrompus et rendus coupables de cette corruption. Nous sommes comme des putes sans cesse punies par leurs maquereaux auxquels elles reviennent inlassablement. Au moins les serfs d'antan étaient insouciants. Travaillaient la terre, voyaient le ciel et vivaient selon des éphémérides sacralisés. Très riches heures du duc de Berry. Plus rien de tout cela, aujourd'hui.

"L'individu plongé au sein de la masse doit donc accepter son appartenance à un système achevé et son incapacité personnelle, individuelle, à changer le monde. La liberté absolue à l'oeuvre est celle de l'Etat moderne caractérisée pour Hegel par la furie de la destruction qui se manifeste par la Terreur."

La terreur comme puissance d'égalité obligatoire, guillotine pour tous, destruction massive du particulier par l'universel. Et comme le dit encore Gauchet, "mobilisation totale". Conscription forcée. Nous sommes comme dans la prison d' Un prophète, le film de Jacques Audiard - obligés de participer aux actions et exactions que le monde capitaliste nous impose. Impossible de rester dans son coin, entre soi, sinon sur sa terre. Ce que les nazis n'ont pas supporté. "La doctrine nazie s'est fondée sur l'opposition entre le processus de totalisation propre à la modernité occidentale et l'identité du peuple juif, peuple sans Etat à la spiritualité purement religieuse. Le Juif représente l'altérité radicale" - celui qui résiste à l'immanence politique du Léviathan, à l'universalité des Lumières (qui conduisent au nazisme, donc), à la mobilisation totale, sinon finale, comme la "solution" du même nom.

Et là où les nazis ont échoué, les cyborgs pourront réussir. Ou les zombies.

 

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Jacques Ellul l'avait prédit, plus personne ne peut échapper au phénomène technicien (par François Bousquet) - Le "Big One", ou, selon le principe de Gabor, tout ce qui est faisable techniquement se fera en bien ou en mal. La technique est tout. C'est elle qui n'en finit plus de réifier l'homme - pour son plus grand bien-être, il est vrai. Comme le capitalisme dont on ne peut plus se passer. D'ailleurs, si Marx revenait, il n'écrirait pas "Le Capital" mais "La Technique". On a beau la fuir, on y revient toujours. A côté d'elle, les religions ne pèsent pas lourd. "Que pèse la promesse de la résurrection des corps à côté de la régénération des cellules ?" A cette suprématie, Ellul ne pose que sa foi. A la robotisation du monde, il oppose le Sermon sur la montagne. C'est beau mais un peu court. La faiblesse de sa pensée a toujours résidé dans son refus-dégoût de la politique. "C'est un petit prophète, au sens biblique du terme, comme Jonas ou le pâtre Amos." Et qui reste enfermé dans une logique orwellienne. "Il envisage le système technicien comme une mécanique totalitaire, alors que c'est d'abord un dispositif maternant et totalisant. Il raisonne encore dans le dur dans un monde devenu mou, flexible, sucré, obèse." Mais sur le fond, il a raison. 

 

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Et pour finir, "une critique radicale du faux omniprésent", selon Francis Cousin (interviewé par ADB himself), docteur en philosophie, radical parmi les radicaux, ultra-gauchiste d'extrême droite, marxo-rivarolien de choc, tradi-pré-néolithique qui ferait passer René Guénon et Julius Evola pour des libéro-libertaires,  qui anime un cabinet de philo-analyse qui reçoit des "gens cassés par le système" (!!!!!!!!!!!!!).

Le problème avec ce genre de zozo, c'est que sa critique du monde moderne commence dès la fondation du monde. Un peu comme Laurent Obertone dans La France Big Brother pour qui la surveillance du monde commençait dans la Bible elle-même, le mensonge omniprésent, omniscient, omnipuissant ne date pas simplement pour Cousin de la Révolution industrielle ni même des Lumières mais bien de la Grèce présocratique.

"La philosophie est née en Grèce anté-socratique, en ce temps bien particulier où les communautés organiques de l'Etre, qui n'avaient connu pendant de nombreux siècles que le produire humain naturel dans le champ historique de l'anti-argent et de l'anti-Etat, finissaient leur mouvement de dé-périssement pour aboutir à ce qui deviendrait le triomphe des premières sociétés de l'Avoir."

Dès cette époque, l'Etre perd devant l'Avoir. Même Héraclite, Parménide et Empédocle, qu'on croyait fondateurs de l'Être, témoignent de "cette unité ontologique perdue." L'histoire de la philosophie devient alors de Socrate à Kant celle de l'échange et du marché. Il faudra Hegel puis Marx pour tenter de revenir à "l'être générique de l'homme, à la communauté sans argent et sans Etat." C'est la voie de Francis : rechercher "l'universel générique de l'immanence cosmique" (!!!) L'enchantement primal du monde. "La Terre sacrale" d'avant la corruption du monde et à laquelle Guénon a lui-même participé, ignorant "la vraie tradition primordiale des radicalités premières" (!!!!!!) dite "tradition primordialiste communiste de la non-division où le vieux (SC) indo-européen dit que tout est non monnayable et non-sécable dans les foyers de l'être total qui repousse toute idée de scission et de spécialisation" (déjà présente dans les Manuscrits de 1844 de Marx). Guénon falsificateur du monolithe ! Agent de "la trifonctionnalité de la décadence" (!!!!!!!!!!) qui, au lieu de rendre compte du "Tout indivisible", en fait son son usage propre, osant "guru-iser l'assimilation de ses répartitions schizo-phrénétiques" (!!!!!!!!!!!!). Non, il faut passer par Marx si l'on veut retrouver l'ère d'avant-monolithe !

Même Deub's a du mal à suivre : "Aussi loin que le regard puisse porter dans le passé, on ne voit pourtant aucune société qui n'ait pas connu, sous une forme ou sous une autre, un minimum de rapports de pouvoir. En paraissant rejeter toute l'histoire advenue, ne prônez-vous pas de manière utopique le retour à une PREHISTOIRE TOTALEMENT IMAGINAIRE ?"

Naoh Pierrafeu ne se dégonfle pas : "N'en déplaise à la pensée normalisée du dressage civilisationnel née du socratisme (!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!), si l'homme est bien substantiellement un animal historique, il ne devient un animal politique et économique qu'à compter du moment où la communauté organique de l'anti-argent et de l'anti-Etat est détruite par la société de l'Avoir et qu'il est nécessaire - pour ré-unifier le dés-unifié -de substituer, à l'immanence des rapports du produire humain, l'astreinte économique et l'assujettissement politiste des mutations du chiffre et de l' obéir. "

Peut-être en utilisant des dragons, qui sait ?

 

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(Parenthèse de ma lecture de "Mémoire vive" qui reprend demain).

 

 

 

10/03/2015

04 - La question du "réalisme biologique"

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Ses premiers articles sont consacrés à ce qu'il appelle les « techniques d'ahurissement, c'est-à-dire les méthodes employées par les médias pour sidérer l'opinion, désarmer l'esprit critique » et forger ce qu'on appellera bientôt « la pensée unique », expression qui aurait pu faire sa fortune s'il avait pu toucher des royalties dessus puisqu'il en est l'auteur.

Se passionnant de plus en plus pour l'ultra-gauche dont il lit avec ferveur les auteurs les plus radicaux (Lénine, Rosa Luxembourg), c'est pourtant toujours la droite qu'il rêve de réformer. Opérer un aggiornamento de la droite. Une droite, qui grâce à lui, deviendrait critique, positive, activiste. 

Oserions-nous dire comme dans la pub avec Gad Elmaleh  « je rêve d'une droite intellectuelle, d'une droite "d'avenir", d'une droite de civilisation ? D'une droite européenne ? Oui, je rêve d'une droite intelligente.... » Et même d'un nationalisme européen ? D'une Europe identitaire ? Et qui irait de pair avec un « anti-christianisme affirmé » (décidément !) doublé d'une « conception biologisante de la société, qui impliquerait à la fois le matérialisme biologique et le racisme (pudiquement rebaptisé réalisme biologique.) »

----------------------> Voilà, « réalisme biologique », c'est page 77.<--------------------------

Ainsi, tous ceux qui parlaient des errances d'Alain de Benoist et que ses sbires et lui-même accusaient de « parler sans savoir », de « critiquer sans avoir lu », de « polémiquer par ignorance » avaient raison. La rumeur était fondée. Il y avait bien quelque chose d'un peu... heu... bizarre dans le chemin de pensée de cet intellectuel, d'un peu trouble, d'un peu "nauséabond", comme on dit quand on veut se faire bien voir de La France Big Brother. Mais quoi ? Aucune opinion n'est un délit à nos yeux, d'autant plus que dans son cas, il finira par abandonner celle-ci. En vérité, ce « matérialisme biologique » aura été la grande erreur d' « Europe Action », reconnaitra-t-il très vite, avant de prôner un vigoureux antiracisme façon lui.

Tentons, si c'est possible, une approche non polémique de cette affaire.

Et d'abord estimer qu'il y là une contradiction absolue. D'un côté, on prône une pensée d'avenir, positive, voire positiviste, « européenne », voulant dépasser les clivages d'antan, et de fait, profondément anti-réactionnaire. De l'autre, on raisonne comme les racialistes scientistes du XIX ème siècle, on affirme sans complexe, et d'ailleurs sans volonté politique « méchante », la croyance en la hiérarchie des races, on reprend pour son compte cette obscène et d'ailleurs très ringarde idée « que la notion de race était une clef explicative forte de l'Histoire. » 

Et puis, se rendre compte que CE N'EST PAS UNE CONTRADICTION JUSTEMENT !!! Le racialisme a toujours été le fait des pensées positives et anti-chrétiennes. Le racisme ne fut jamais qu'un positivisme biologique - tout comme le socialisme ne fut jamais qu'un impérialisme moral, et même un colonialisme fait pour le bien des peuples (on ne va pas re-citer le discours de Jules Ferry sur "le devoir des civilisations supérieures à civiliser les inférieures.") Là-dessus, Muray a tout dit dans son XIXème siècle à travers les âges. L'antichrétien conséquent ne peut considérer que tous les hommes soient égaux. L'antichrétien est forcément un raciste - ou y aboutit. Et cela même si lui est un brave homme, comme Gobineau l'était assurément, et comme de Benoist est, paraît-il, une personne exquise. 

« Le racisme ne me choquait pas, mais en revanche les comportements racistes me choquaient »,

confesse encore ce dernier, avant de rapporter une anecdote dans laquelle un de ses plus chers amis répondit un jour à une bonne soeur (une chrétienne, donc !) qui était venue auprès d'eux faire la quête pour les enfants du Tiers-Monde qu'elle s'occupait de « singes ».

« Je baissai le nez dans mon assiette, écrit-il alors. J'avais honte, j'avais l'estomac noué. Mais je n'ai rien dit. Aujourd'hui encore, j'ai honte de n'avoir rien dit. Je ne raconte pas cela pour atténuer mes responsabilités. A cette époque, je défendais le racisme, ou tout au moins le racialisme, et je le défendais sans état d'âme, mais les choses sont toujours un peu plus complexes qu'il n'y paraît. »

Ou trop simples.

Alain de Benoist fut donc un racialiste militant. C'est un fait. Alors, aujourd'hui, chacun sa posture. D'aucuns réagiront au quart de tour, "s'indigneront" avantageusement, fermeront Mémoire vive à cette page, se faisant le serment de ne plus jamais ouvrir un livre de ce type toxique et de tous ces affreux de la Nouvelle Droite. Iront jusqu'à boycotter les maisons d'édition et les librairies qui osent vendre les ouvrages de ce « néo-nazi ». Mais nous, que ferons-nous ? Avouerons-nous que cette bavure intellectuelle ne nous choque pas plus que ça et au contraire nous rend son auteur sympathique puisqu'au moins lui l'avoue ?

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Car enfin, rarissimes sont les intellectuels qui reconnaissent qu'ils se sont trompés. Et qui ne s'est pas trompé au XX ème siècle ? Combien de rouges ou de bruns en Pléiade ? Combien de sociologues délirants et dangereux aux rayons de Joseph Gibert, et pas seulement Soral ? Combien de déconstructeurs ayant pignon sur rue ? A nos yeux, Eric Fassin ou Judith Butler sont mille fois nocifs que cet ancien racialiste. Quant à l'appartenance à la "Nouvelle Droite", mon Dieu.... Combien de racailles d'extrême gauche qui font encore les beaux jours de l'université française ? Pour un Alain de Benoist, combien d'Alain Badiou ? Pour un penseur racialiste repenti, combien de penseurs socialistes non-repentis et marxo-léninistes comme au premier jour ? Ah bon ? Ce n'est pas la même chose ? Il ne faut pas tout mélanger ? Très bien. Dans ce cas, vive Alain de Benoist ! Et vive Gabriel Matzneff tant que j'y suis. On peut ne partager en rien l'idéologie criminogène du premier (et à laquelle il a renoncé depuis trente ans) et encore moins la sexualité infantile du second, mais il est impossible de se résoudre à dénigrer le premier ou à renier le second pour des raisons morales. Il est impossible de dénoncer quiconque. Il est impossible d'être intellectuel de gauche. Notre côté années 70, sans doute. Notre côté "Je suis Charlie".

Revenons à notre mouton (noir.)

En vérité, ADB n'avait rien pour être raciste. L'homme aime les voyages et vaut dix Marco Polo à lui tout seul (« dès que je passe une frontière, je respire »). Il a en horreur la centralisation (associée comme toujours à l'être, l'unique, l'immobile) et préfère largement la régionalisation. Il devient bientôt le Zorro des régions, et partant de là, des minorités, des espèces en voie d'extinction, des dieux morts - et des animaux. Deub's est un vegan, putain ! C'est ça que nous lui reprochons, nous ! Car le véganisme, l'anti-spécisme, le genrisme sont autant de tendances qui nient l'altérité des êtres et participent à ce grand retour à l'Unique organique que Deub's dit détester plus que tout. D'ailleurs, le paganisme ne renvoie-t-il pas lui aussi à une nature divine unique où tout est dans tout et réciproquement ? Alors que le christianisme affirme, justement, la différence absolue. Il faudrait le lui demander.

En plus de la finance et des « financiers qui dirigent le monde », ses trois ennemis sont :

- l'Etat-Nation conçu sur le modèle jacobin, centralisateur, dirigiste, autoritaire (symbole Eric Zemmour).

- le christianisme, donc, dénoncé à l'époque comme « une religion étrangère à l'Europe » et qui, à l'époque, lui faisait dire à lui et à ses amis des choses du genre : « - nous ne sommes pas des Orientaux, le christianisme est une religion orientale, et tout ce qui est oriental est mauvais" - Certes, mais fumer n'est-il pas oriental, ami ? »

- le libéralisme individualiste petit bourgeois, produit des deux.

En gros, la trinité ennemie de Alain, c'est la terre, la foi, la liberté - et ça, en plus de son côté vegan, c'est ce qui nous fâche vraiment. Pas touche à mon héritage, mes principes de consolation et mon gigot flageolets, aurait envie de rétorquer le petit bourge déclassé qui est en nous. Si lui a pu céder à la tentation racialiste de la pureté, nous cédons à celle, héréditaire, du privilège. Et qu'est-ce que le privilège sinon l'autre nom, plus grossier, de la pureté ?

 

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A SUIVRE

09/03/2015

03 - Idéologiquement structuré

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« Ce qui m'éloigne le plus d'elle [de la droite], c'est son allergie à toute réflexion de nature idéologique ».

Yes. La droite classique, orthodoxe, traditionnelle, en effet, ne croit pas à l'idéologie - ou plutôt ne se définit pas du tout, elle, comme idéologique. L'idéologie, ça n'a jamais été que la gauche avec sa manie de la sociologie, du constructivisme et même de la culture. La culture est née avec la gauche, disait Philippe Muray dans son Journal. Alors que pour la droite, toujours un peu essentialiste et naturaliste, l'approbation de l'ordre des choses va de soi. Le divin préjugé remplace la réflexion. Le dogme sublime remet la raison à sa place. Le réel se suffit à lui-même et surtout c'est lui qui se donne à nous et non nous qui lui donnons un sens ou une... réalité, comme il le prétend.

Pour Alain de Benoist, phénoménologue fort orthodoxe en ce sens, « rien n'est neutre » et « la façon dont on regarde le réel n'est jamais directe ou transparente ».

Et de rajouter ce sur quoi il va longuement insister :

« quand on est IDEOLOGIQUEMENT STRUCTURE, on réalise en général très bien cela [que le réel est moins un donné qu'un résultat de nos dons à nous], tandis que ceux qui sont mal structurés, ou qui ne le sont pas du tout, ne sont pas même conscients de l'existence de ce filtre qui joue alors chez eux un rôle de surmoi. »

Coucou, me voilà, avec mes amis Clément Rosset, Chesterton, Burke, et tous ceux qui pensent, comme les gros débiles de notre genre, que le réel n'est pas dialectique mais tautologique, que les choses sont beaucoup plus simples qu'on ne le croit et que le préjugé est mille fois plus structurant et dix mille fois plus moral que l'idéologie. En vérité, comprendre, c'est jouir, comme disait Paul Claudel. Et pour l'instant, elle ne me fait pas trop jouir, la pensée de la Nouvelle Droite. Alors que Burke !

«  Vous voyez, Monsieur, que dans ce siècle de lumières, je ne crains pas d'avouer que chez la plupart d'entre nous [les connards et les connasses de droite, NDLR]  les sentiments sont restés à l'état de nature ; qu'au lieu de secouer tous les vieux préjugés, nous y tenons au contraire tendrement et j'ajouterai même, pour notre plus grande honte, que nous les chérissons parce que ce sont des préjugés – et que plus longtemps ces préjugés ont régné, plus ils se sont répandus, plus nous les aimons. C'est que nous craignons d'exposer l'homme à vivre et à commercer avec ses semblables en ne disposant que de son propre fonds de raison, et cela parce que nous soupçonnons qu'en chacun ce fonds est petit, et que les hommes feraient mieux d'avoir recours, pour les guider, à la banque générale et au capital constitué des nations et des siècles.En cas d'urgence le préjugé est toujours prêt à servir; il a déjà déterminé l'esprit à ne s'écarter jamais de la voie de la sagesse et de la vertu, si bien qu'au moment de la décision, l'homme n'est pas abandonné à l'hésitation, travaillé par le doute et la perplexité. Le préjugé fait de la vertu une habitude et non une suite d'actions isolées. » 

Qu'importe. En avant pour la contre culture pour laquelle ADB, et que nous appellerons, à l'instar de Solange Bied-Charreton, « Deub's », semble avoir toujours eu une prédilection, que celle-ci ait été communiste, nationaliste, indo-européenne, voire celtique - l'essentiel étant de toutes façons de repérer et de combattre l'ennemi numéro un (et d'ailleurs unique - ce qui pour un contempteur de l'Unique est un peu fort, mais passons), à savoir le « gros argent », la loi du fric, la finance despotique. La lecture, à cette époque, du livre de Henry Coston (antisémite et collaborationniste de choc, et le premier infréquentable de ce parcours), Les financiers qui mènent le monde est, pour Deub's déterminante -  autant que sa rencontre avec la belle Marie-Jo, dont la photo ne le quittera jamais.

Pour l'antilibéral « structuré idéologiquement », le mal absolu, c'est l'économique et non pas le politique ou le religieux. Et par extension, non pas tant le terroriste que le banquier. Non pas tant Da'ech ou Boko Haram que Wall Street.  Le mal, ce n'est pas le couteau qui sert à égorger, mais l'argent qui a servi à acheter le couteau. Des conneries, évidemment.

Amour, amitiés... C'est encore à cette époque qu'il rencontre au FEN (Fédération des étudiants nationalistes) ses futurs compagnons de route, François d'Orcival, futur directeur de Valeurs actuelles, ainsi que le très walhallien Dominique Venner.

C'est le temps du militantisme bagarreur, des fin de soirées au commissariat, de l'engagement quasi sectaire (« tu dois tout au mouvement, le mouvement ne te doit rien »), de la radicalité pure et dure (« pire que chez les maos ou à Lutte ouvrière », précise Alain qui ne comprend toujours pas comment on peut être catholique sans être prêtre.) Dans ces cercles nationalistes, on ne s'appelle pas « camarade » mais « ami », on ne doit pas partir en vacances sans avoir prévenu la cellule et encore moins se marier sans le signaler.

Dans la vie de tous les jours, on se la joue très OSS 117 avec lunettes noires et messages codés. A ce propos, notons que si on défend l'Algérie Française, c'est moins pour celle-ci que pour faire la révolution en France. En vérité, on instrumentalise la guerre d'Algérie car on recherche « le détonateur susceptible de déboucher sur le seconde Révolution française ». Ce qui n'empêche pas Deub's de comprendre la réalité de la tragédie algérienne - tragédie au sens « où il n'y a pas seulement des événements tragiques, mais des conflits de devoirs » et qui concernent tous les acteurs de cette affaire, Pieds Noirs, militaires, combattants de l'indépendance, harkis. La guerre d'Algérie est, comme tous les conflits véritables, non pas un conflit entre le bien et le mal mais un conflit entre différents biens, différentes légitimités, différentes résistances. FLN contre OAS, c'est Créon contre Antigone.

« Si j'avais été Français d'Algérie, j'aurais certainement rejoint l'OAS ; si j'avais été jeune Algérien, j'aurais certainement rejoint le FLN ».

Voilà, tout est dit. Quoiqu'on pense de lui, il y a de la grandeur chez ce de Benoist.

 

A SUIVRE

08/03/2015

02 - La détestation de l'Unique.

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Epoque modérée, jeunesse agitée. Entre les normatifs de la droite régnante et les conformistes de la gauche triomphante, Alain est, de son propre aveu, « trop idéaliste, trop enthousiaste pour envisager, ne fût-ce qu'un instant, d'adhérer à un parti modéré. » Il est vrai que la jeunesse, l'Histoire l'a montré et les engagements de certains au Da'ech le montre encore, est naturellement fasciste. Mais à cet esprit bouillonnant et brillant, qui a déjà tout lu, ou presque, à seize ans, il faut une troisième voie singulière et innovante. Non pas tant « vieille France » (le maurrassisme lui a toujours semblé superficiel et neuneu) que « nouvelle France ».

De la droite, il a l'amour des origines ; la conscience des réalités primitives (notamment en psychologie où il raisonne un peu comme le Montherlant des Jeunes filles et même, c'est moi qui le rajoute, le Otto Weininger de Sexe et caractère, affirmant savoir distinguer, comme pas un, psychologie masculine et féminine) ; l'instinct nietzschéen (la religion lui apparaît clairement comme le produit de l'esprit de vengeance, l'action politique comme celui du ressentiment - c'est à Nietzsche, avoue-t-il, qu'il doit de n'avoir pas sombré dans l'extrême gauche) ; la sensibilité aux mythes (d'où son intérêt pour Jung).

De la gauche, il a l'intellectualité profonde et la croyance que tout est fondamentalement « idéologique » (un mot non péjoratif sous sa plume) : le réel n'est jamais un pur donné mais au contraire « quelque chose qui ne peut accéder à l'entendement humain qu'au travers du sens qu'on lui attribue ». Le réel devient alors une question d'interprétation, d'herméneutique, de phénoménologie. Ce n'est pas qu'il soit « faux » en soi (comme chez Platon) mais c'est notre perception, brute, immédiate, sensible qui l'est et qu'il faut changer. Le réel n'est jamais « tel quel » mais tel que nous le comprenons (définition élémentaire de la phénoménologie et qui fait que je ne suis pas phénoménologue pour un sou... Impossible pour moi de croire que le réel ne soit que ma représentation. Impossible de penser avec Nietzsche qu'il n'y a pas de faits mais que des interprétations. Impossible de ne pas sentir la douleur physique ou l'orgasme. De ce point de vue, je suis comme Monsieur Jourdain qui a mal aux pieds dans ses nouvelles chaussures et qui se voit répondre par son phénoménologue de Maître Tailleur : "vous vous imaginez qu'elles vous font mal." Non, il y a une objectivité du réel. Une réalité objective du vrai, du bon, du beau.

Mais son grand truc, c'est la détestation de l'Unique, l'Etre unique, la « pensée unique », la société uniforme, l'Etat immobile - et qui va de pair avec sa détestation du monothéisme, responsable, selon lui, de cet état des choses. Là-dessus, je m'inscris définitivement en faux. Le divers n'est rien sans l'unique. Le devenir n'a aucun sens sans être. Le mouvement n'est pas perceptible sans l'immobile. Chaque chose a sa généalogie, son histoire, son procès, mais chaque chose est ce qu'elle est - ne serait-ce que pour la définir ou la dépasser. Sinon, c'est le chaos et le chaos n'est pas tenable mentalement, physiologiquement, nerveusement. C'est manquer cruellement d'orthodoxie que de soutenir le contraire. Mais Alain de Benoist ne serait-il pas tout simplement, comme Deleuze et tant d'autres,.... un hérétique ?

« La philosophie de l'être [qu'il confond à cette époque avec la philosophie chrétienne], me paraissait ennuyeuse. Elle se rapportait à ce qui ne change jamais, ce qui est toujours pareil, immuable, identique, figé. Elle signifiait le Même, alors que dans l'évolution des formes vivantes se donnait à voir le chatoiement des différences. Ma terreur de l'ennui, mon exécration de l'uniformité alimentaient mon hostilité envers la philosophie de l'être. »

D'où son attirance pour la théorie de l'évolution qui lui apparaît d'emblée comme une « évidence scientifique ». D'ailleurs, il virera scientiste un temps. Et scientiste, lui-même le reconnaîtra un peu plus tard, ça veut dire raciste.....

 

A PROPOS DE L'AFFAIRE VALLS / ONFRAY / DE BENOIST :

- Michel Onfray sur Manuel Valls : "dans le dictionnaire, ça s'appelle un crétin", sur Europe 1.

- L'interview d'Alain de Benoist dans Le Point.

- "Michel Onfray et les idées justes d'Alain de Benoist", par Renaud Dély dans L'Obs.

- Interview de Michel Onfray par Léa Salamé sur France Inter

- "Alain de Benoist n'a rien à voir avec le FN", par Stéphane François, dans Libération.

- Onfray sur LCI.

 


A SUIVRE

00:57 Écrit par Pierre CORMARY dans Mémoire vive, Alain de Benoist | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alain de benoist, mémoire vive, éléments, unique, être, devenir | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

07/03/2015

01 - Sagittaire ascendant Cancer

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La première fois que je voyais la Loire, près d'Angers, novembre 2014. Avec Ariane, Raphaël, Kanaé, Bernard, Anne G., Hervé et les autres.

 

Sagittaire ascendant Cancer - ce n'est pas moi qui le précise, mais lui.

« Ma conviction a toujours été que les valeurs aristocratiques et les valeurs populaires sont fondamentalement les mêmes ou se complètent naturellement, et qu'elles s'opposent les unes comme les autres frontalement aux valeurs bourgeoises. »

Romantique, ce tourangeau.

Contrairement à Maurras, il trouve que toute origine est belle. Les siennes, « périphériques [du fait que ses] ancêtres n'ont jamais appartenu à la France intérieure, expliquent sans doute [sa] sympathie pour les régionalismes, [sa] détestation du centralisme jacobin, [sa] faveur pour la notion d'Empire et [sa] critique de l'Etat-Nation » - mais comment peut-on être pour l'Empire et pour la région en même temps ? Et Français sans être centralisateur ? Peut-être le saura-t-on en bout de course.

Terrien et filial, sexué et freudien, quoique farouchement antichrétien car « anti-Unique » et croyant dur comme fer que c'est le christianisme qui est à l'origine de « la pensée unique », une expression qu'il a inventé, il adhère au roman familial et estime que « la relation aux parents est souvent ce qu'il y a de plus déterminant chez les gens », et sur ce point (qui explique aussi sa critique radicale de la théorie du genre), on le suivra jusqu'au bout.

Hélas ! Il n'aime pas dormir et voit dans le sommeil « un vol de l'existence » et non pas, comme c'est notre cas, ce qui nous la fait supporter. Pas oblomovien pour un sou, il lit un livre par jour et en écrit un par semaine. Sa capacité de travail est prodigieuse, sa discipline monastique, son engagement métapolitique total. Même s'il se définit avant tout comme un contemplatif - d'accord, mais surbooké, alors.

Sur l'île déserte, il emporte l'Iliade, ce livre qui contient tous les livres. En novembre dernier, en villégiature à Angers, j'avais emporté sa Mémoire vive, car depuis le temps qu'on m'en parlait, je voulais connaître un peu mieux cet intellectuel qui m'a toujours été aussi proche que lointain. En outre, lorsque je me rends dans la patrie de Bruno Deniel-Laurent, j'apporte toujours un anti-moderne avec moi, histoire de faire enrager Ariane. La première fois, c'était avec Bonald. La seconde, avec René Guénon, la troisième, avec lui, peut-être le plus grand intellectuel français...

Mais qu'est-ce que cette « droite de gauche » ou cette « gauche de droite » qu'il incarne ? Qui est exactement ce gus ?

C'est parti pour une vingtaine de posts, un par jour...

 

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 A La Brasserie du Théâtre, Angers.

 

 

A SUIVRE

17:51 Écrit par Pierre CORMARY dans Mémoire vive, Alain de Benoist | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alain de benoist, mémoire vive, éléments | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer