17/05/2012
Qu'est-ce que la Résurrection (et, tant que j'y suis, l'Ascension ?)

« Mais si le Christ n’est pas ressuscité, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. » (1 Co 15, 14)
Encore une fois, Benoît XVI a tout dit.
Sans Résurrection, le christianisme serait peu de chose. Au mieux, une belle et bonne philosophie de l’Homme. Un devoir-être très digne (mais Kant aussi). Un exemple à suivre comme on peut suivre Epictète, Confucius ou Forest Gump. Du beau banal. Du consciencieux normatif. De l’Humanité réduite à son appréciation sur elle-même – ce qui n’est déjà pas si mal, pourrait-on dire : vie, mort, un peu de morale au milieu, et puis s’en vont.
Seulement voilà, le Christ, Lui, ne s’en va pas. Il reste. Et Il nous invite à rester avec Lui. Il nous invite à nous élever en Lui. Au-delà des lois que son Père a Lui-même instituées. Au-delà des plus héroïques de nos critères. Ca peut paraître compliqué, ça ne l’est que pour les esprits compliqués. Soyons simples – c’est-à-dire : étudions.
« Que Jésus n’ait existé que dans le temps passé ou qu’au contraire, il existe encore dans le temps présent – cela dépend de la Résurrection », écrit Joseph Ratzinger page 276 de son Jésus de Nazareth seconde partie (Editions du Rocher), et que nous allons suivre pas à pas.
Et d’abord, cette idée que Jésus ne ressuscite pas comme un homme mais comme un Dieu.

Altération
La Résurrection de Jésus n’est pas une Résurrection des morts au sens traditionnel, ce n’est pas une « réanimation de cadavre » comme il en arrive, paraît-il, de temps en temps, et comme ce que Jésus a fait Lui-même avec la fille de Jaïre ou Lazare. Jésus n’est pas un zombie, un golem, ou un miraculé provisoire. Il ne revient pas à la vie pour aller bouffer chez son beau-frère – et ensuite « remourir » comme Lazare. En vérité (c’est le cas de le dire), Il ne ressuscite pas pour Lui, mais pour nous. Il ressuscite pour que nous ressuscitions à notre tour. Et encore une fois sur un mode qui n’est pas celui d’un retour au bercail. Lazare ressuscité ne sortait pas de l’Histoire. Il ne bouleversait rien – hors ses proches. Jésus ressuscité transforme radicalement notre rapport au monde. Grâce à Lui, la mort n’est plus l’horizon de la vie. Fini « l’être-pour-la-mort » ! La Résurrection est un phénomène physique qui rend la métaphysique possible, un événement historique qui nous fait basculer hors de l’Histoire – Hors Satan, dirait Bruno Dumont. Quelque chose de nouveau dans l’ordre du temps et de la chair. « Je crois en la Résurrection de la chair », dit-on dans le Symbole des Apôtres. Mais une chair nouvelle. Une chair qui n’est plus corrompue. Une chair éternelle. Et c’est pourquoi Paul dit que si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi chrétienne est morte – elle n’est plus que « philosophie » chrétienne. Devoirs de l’Homme avant la lettre. Respect du prochain seulement comme toi-même (et comme il n’est pas sûr que tu te respectes toi-même….). Et tajine chez le frère à ta cousine.
Non, non ! Jésus ressuscite, et c’est pourquoi je peux Lui parler. La Résurrection, c’est ce qui permet que le Christ devienne mon contemporain, mon frère, mon coach. Et pas à la manière de Platon, de Shakespeare et de Mozart, génies parmi les génies, trinité insurpassable de la grandeur humaine, mais qui sont morts, qui appartiennent au passé, à la culture, et dont l’admiration infinie qu’on est en droit de leur porter ne sera jamais que subjective (et d’ailleurs interchangeable : on peut aimer ces trois là tout autant que n’importe quels autres de leurs confrères – à chacun ses grands hommes, pourrait-on dire, à chacun ses trinités artistiques et philosophiques - alors qu’on ne peut aimer qu’un seul Christ.) Un Christ qui est là et que nous n’appelons moins qu’Il nous appelle. Il faut insister sur ce point fondamental. A la limite, et si l’on voulait se faire peur, pourrait-on en effet « appeler » Mozart, Shakespeare et Platon selon le principe des tables tournantes, et tel qu’un Victor Hugo s’est amusé à le faire à Guernesey - mais pas Jésus. La Résurrection n’est pas une affaire d’occultisme. On ne communique pas avec le Christ comme on communique avec les « esprits ». Le Christ n’est pas un esprit « à travers les âges », ni un Beetlejuice quelconque, mais le Dieu vivant toujours là auprès de moi. Son mystère n’est pas une énigme et ne relève pas d’un « secret ». Il est là, Il m’appelle, Il m’attend. Et au lieu de pleurer sur moi, je devrais pleurer en Lui. Mais veux-je être consolé ?
La Résurrection est donc ce saut qualitatif qui nous fait passer à une nouvelle dimension de la vie et de l’être – un être qui n’est plus soumis au devenir matériel et culturel des choses. La Résurrection comme « nouvelle vie » et non pas comme « seconde vie ». « Nouvelle vie » au sens d’une vie qui n’existait pas avant. Comme si l’on mourrait « homme » et que l’on se réveillait « surhomme » ou plutôt, car « surhomme » est une métaphore fâcheuse ici, « supervivant ». La Résurrection à la fois comme altération (du latin populaire pascua, « nourriture » et du verbe pascere « paître ») et comme passage (de l’hébreu « Pessa’h », Pâque.) Quelque chose qui se passe entre l’être et le temps. Quelque chose qui se passe dans l’être contre le néant. Qui altère, annihile le néant.
Scandale et folie du christianisme. Non seulement personne n’avait pensé à un Messie crucifié mais personne n’avait encore moins pensé à un crucifié qui ressusciterait et nous ferait passer avec Lui dans une sorte de « quatrième dimension » - la dimension de l’infini et de l’amour. Après le corps terrestre, le Corps céleste. Après le Dieu fait homme, l’homme fait Dieu. La Résurrection comme nouvelle incarnation. De Lui pour nous. Et de nous par Lui. Plus besoin de l’attelage ailé de Platon pour voir les Idées, une fraction de seconde qui plus est – non, avec le christianisme, c’est l’Idée qui s’incarne et qui s’invite à table. Ce que les Apôtres (car il va falloir parler des Apôtres) ont vu ce dimanche-là et les jours qui ont suivi, ils l’ont vu pour nous, et nous n'en revenons toujours pas. Mieux qu’une lumière dans les ténèbres, une lumière dans le jour. Et pour les siècles des siècles.
C’est pourquoi l’on est en droit de dire qu’il y a dans la Résurrection quelque chose qui va au-delà de la création elle-même, au-delà des lois que Dieu a lui-même instaurées. Ce fut un vieux problème théologique que de se demander si Dieu aurait pu créer un autre monde que le nôtre, si la réalité aurait pu suivre un autre mode que celui que nous lui connaissons. Avec la Résurrection, on a la preuve que oui. On a la quadrature du cercle, si l’on peut dire. Ou la possibilité que deux plus deux fassent cinq. C’est le seul cas d’impossible réalisé, d’inconcevable en ligne, d’invraisemblable « live ». La preuve que Dieu ne se confond pas avec le réel comme dans la philosophie de Spinoza. La preuve que le créateur est libre dans sa création jusque dans le paradoxe, l’insensé, le scandaleux. La preuve que ce qui est impossible à l’homme est possible à Dieu – et que cet impossible sera désormais l’horizon de l’homme.

Profession et narration
Selon l’exégèse, il faut distinguer deux types de témoignages ou deux types de traditions :
- La tradition sous forme de profession – la fameuse « profession de foi » qui exprime l’essentiel de la foi et de l’identité chrétiennes et par laquelle on se reconnaît mutuellement devant Dieu et devant les hommes.
- La tradition sous forme de narration qui n’est autre que les différents récits par lesquels on nous a rapporté l’événement et d’où sortiront les futures professions. Autrement dit, avant le credo, le récit. Avant la prière, la version. Et avant les hommes, les femmes.
La Résurrection comme conte de bonne femme ? Et comment ! Il fallait bien l’hystérie féminine pour attester de cette invraisemblable vérité, pour donner encore plus de réalité à la réalité, et que pour les hommes daignent sortir un instant de leur logique mortifère. La Résurrection, c’est la vie, et la vie, c’est une affaire de femmes. Elles étaient « hors d’elles-mêmes » en sortant du tombeau, raconte-t-on. Elles avaient vu quelque chose, quelqu’un, elles avaient vécu avant tout le monde ce que les mecs, ces cons normatifs, auraient au début un peu de mal à appréhender. Grâce aux femmes, ils verraient à leur tour. Ils n’en reviendraient pas. Ils coucheraient tout ça par écrit. Aux narrations féminines correspondraient alors les professions masculines. A l’émotion succèderait le juridique. « L’Eglise, dans sa structure juridique, est fondée sur Pierre et les Onze, écrit Benoît XVI, mais dans la forme concrète de la vie ecclésiale, ce sont toujours et de nouveau les femmes qui ouvrent la porte au Seigneur, qui l’accompagnent jusqu’au pied de la Croix et qui ainsi peuvent aussi le rencontrer en tant que Ressuscité. » Comme tous les hommes avisés, le Christ a compris qu’il fallait d’abord avoir les femmes de son côté si l’on voulait faire quelque chose de ce monde.
Les mecs (les Apôtres) ont donc témoigné – à la fois Mathieu, Marc et Jean, disciples « directs » de Jésus et qui L’ont suivi tout au long de son sacerdoce, et Luc et Paul, disciples « indirects » puisqu’arrivant après la mort de Celui-ci. Ce partage des témoignages est important car il montre que la transmission vient autant de ceux qui ont connu la personne terrestre du Seigneur que de ceux à qui Il est apparu après. La transmission ne saurait être consanguine ou communautaire. Ainsi Paul, « l’avorton », qui se place consciemment à l’intérieur de la chaîne de réception et de transmission, même si en dernier, et expose ce qui inspirera le futur Symbole des apôtres :
« Le Christ est mort pour nos péchés selon les Ecritures,
il a été mis au tombeau,
il est ressuscité le troisième jour selon les Ecritures
il est apparu à Céphas, puis aux Douze.
Ensuite, il est apparu à plus de cinq cent frères à la fois :
La plupart d’entre eux le demeurent jusqu’à présent…
Ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres.
Et, en tout dernier lieu, il m’est apparu à moi aussi, comme à l’avorton. »
(1 - Corinthiens 15, 3 – 8)
Notons que Paul insiste sur le fait que Jésus soit apparu à Céphas (Pierre) et aux Douze autant qu’à Jacques - Jacques qui, plus que le frère ou le cousin de Jésus, était celui qui avait le plus de réserves quant à la « mission » de son parent. Par là, Paul sous-entend que même les gens les plus éloignés du Christ en cœur (et qui sont comme par hasard ceux de sa famille) et en esprit (Paul lui-même ayant été bouffeur de chrétien) ont pu être rattrapés par Lui. La Résurrection est donc à la fois temporelle et atemporelle, actuelle dans son éternité, éternelle dans son actualité. Encore une fois, il s’agit d’un événement « pour » - « pour nous les hommes et pour notre salut. »
Est-ce la raison pour laquelle le tombeau fut trouvé vide ? En vérité, cela aurait été une drôle de résurrection si le tombeau avait été trouvé « plein ». A quoi aurait-on alors assisté ? A un Jésus se levant dans ses bandelettes, sortant de son tombeau comme la Momie et demandant un verre pour trinquer avec tout le monde comme Finnegan ? Non, encore une fois, Jésus n’est pas un ressuscité comme un autre. Il fallait que le sépulcre soit vide afin de bien signifier que la Résurrection est d’un autre ordre que celle d’un retour corporel à la vie « normale » - et que si « Résurrection de la chair » il y a, cette chair est une chair nouvelle. Une chair qui n’est pas celle d’un cadavre. Une chair sans corruption. « Tu ne laisseras pas ton Saint voir la corruption », clame Pierre, premier « ressuscitologue » s’il en est, et citant David dans les Actes des Apôtres 2, 27. « Ne pas subir la corruption – cela est précisément la définition de la Résurrection », rajoute Benoît XVI. Le corps ressuscité de Jésus est un corps sublime, éblouissant, et on va le voir, d’abord inreconnaissable.
Mais pourquoi « le troisième jour » ? Pourquoi pas le lendemain ou la semaine suivante ? Parce que le troisième jour, c’est dimanche, soit, comme le disent les Ecritures depuis la Genèse, le premier jour de la semaine, le premier jour de Dieu. Avec la Résurrection, ce premier jour du Père devient le premier jour du Fils ressuscité – et mieux, précise Benoît, le premier jour de la rencontre entre le Fils ressuscité et l’homme, le premier jour du point de contact entre le fini et l’infini. Les Juifs fêtaient Dieu le dernier jour de la semaine, samedi, sabbat ; les chrétiens fêteront Dieu le lendemain, dimanche, jour du Seigneur. Nouvelle religion, nouvelle semaine, Nouveau Testament. Et le troisième jour comme jour privilégié - celui du retour du Christ, de la communauté transfigurée, de l’Eglise.

Apparitions
Jésus « apparaît » et on a du mal à le croire. Il faut le palper, lui mettre le doigt dans la plaie comme dans la célèbre Incrédulité de Thomas par Le Caravage, le voir manger, lui demander s’Il a vu Sarkozy hier soir au Grand Journal. C’est bien Lui mais quelque chose a changé. On ne le reconnaît pas comme avant. Plus curieux : alors même qu' on a plus ou moins constaté que c’était vraiment Lui et qu’on recommençait déjà à y croire, au Salut et à tout ça, il suffit qu’Il s’absente deux minutes pour qu’on l'oublie et devoir, lorsqu’Il réapparaît, lui demander de nouveau si c’est bien Lui. Ainsi, dans Jean 21, 12, se demande-t-on encore qui est ce type qui nous a dit d’aller à la pèche et qui revient déjeuner avec nous. « Après la pêche, alors que Jésus les invite à manger, une curieuse étrangeté continue à les envelopper, écrit Benoît. « Jésus leur dit : "venez déjeuner". Aucun des disciples n’osait lui demander : "Qui es-tu ?" : ils savaient bien que c'était le c’était le Seigneur. Vient Jésus, qui prend le pain et le leur donne, et du menu poisson pareillement. C'était déjà la troisième fois que Jésus se manifestait aux disciples après s'être relevé des morts. » La troisième fois et ils ne percutent toujours pas ! La Résurrection est tellement inconcevable qu’il faut l’attester à chaque fois que l’on retrouve le Ressuscité.
Ce qui se passe, c’est que les disciples ne Le reconnaissent pas de l’extérieur. Ou même quand ils le font, le doigt, la plaie, la bouffe, ce n’est pas suffisant. Quand ils finissent par Le reconnaître, c’est toujours de l’intérieur. On ne reconnaît pas Jésus par son apparence mais par sa vérité. On Le retrouve dans sa vérité et cette vérité est une nouvelle réalité. Ce qui est à la fois inquiétant (l'oubli coupable) et enthousiasmant (les retrouvailles permanentes) Un peu comme lorsque l’on revoit l’être aimé et que l’on se sent, à chaque fois, défaillir de bonheur. La Résurrection comme Eternel Retour de la Révélation.
C’est que le Christ ne cesse d’apparaître et de disparaître. « Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent…Mais il avait disparu de devant eux. » (Luc, 24, 31). Distribution et rétraction de la Lumière On ne le reconnaît pas quand Il est là, mais on le reconnaît dès qu’Il disparaît - ce qui est chrétien en diable, c'est-à-dire paradoxal. Corporel mais non soumis aux lois de la corporéité. Vivant mais au-delà de la vie. Même et autre. La Résurrection comme dialectique entre ici-bas et là-bas, identité et altérité, reconnaissance et connaissance nouvelle - et joyeuse. Nouvelle essence mystérieuse et joyeuse du Ressuscité. Nouveau mode de l’existence. Nouvel existentialisme – l’existentialisme qui, ne l'oublions jamais, est un christianisme avant d’être un sartrisme.
A ceux qui arguent que tout cela est tout de même bien confus, vu les « contradictions » qui existent entre les quatre Evangiles, il faut répondre, comme le pape, que ce sont précisément ces « contradictions », et pire ces maladresses dans le récit, qui prouvent la véridicité du truc.
« Si on avait voulu inventer la Résurrection, écrit Benoît, toute l’insistance se serait portée sur la pleine corporéité, sur le fait d’être immédiatement reconnaissable et, en plus, on aurait peut-être imaginé un pouvoir particulier comme signe distinctif du Ressuscité. Mais dans les aspects contradictoires de ce qui est expérimenté, caractéristique de tous les textes, dans le mystérieux ensemble d’altérité et d’identité, se reflète un nouveau mode de rencontre, qui, d’un point de vue apologétique, semble plutôt déconcertant, mais qui justement pour cela se révèle avec d’autant plus de force comme une description authentique de l’expérience faite. »
Et de rappeler les multiples théophanies de l’Ancien Testament (où Dieu apparaît à Abraham, Josué, Gédéon, Samson, etc) qui annoncent celles du Fils auprès des Apôtres et qui ont en commun le fait qu’à chaque fois on commence par se demander à qui on a affaire. « Dans le langage mythologique se manifestent en même temps, d’une part, la proximité du Seigneur qui apparaît comme un homme et, d’autre part, son altérité grâce à laquelle il est en dehors des lois de la vie matérielle. »
La différence de taille qui existe cependant entre ces apparitions et celles de Jésus ressuscité est que dans les secondes, Jésus apparaît comme homme qui précisément a été soustrait à la mort. Qui a vaincu la mort. Et c’est là qu’il ne faut pas se leurrer sur le sens de la prière : Jésus ne revient pas du monde des morts comme s’Il était mort tel un pékin moyen. Il ne revient pas du monde des morts même s’Il y est descendu afin, justement, de libérer les morts. Si l’on voulait faire le « timing » de ses « 24 h chrono », soit ce qui se passe entre l’instant de sa mort et sa première apparition en tant que jardinier, temps qui « outrepasse l’humain », temps du « trasumanar » aurait écrit Dante, on pourrait dire qu’après avoir expiré, Il monte directement au ciel (comme l’annonce d’ailleurs Sa dernière parole sur la Croix : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit », Luc, 23, 46), se repose un instant (car tout de même…), embrasse sa mère "qui le lui avait bien dit qu'il ne fallait pas jouer avec ses petits camarades", signe des autographes aux anges, prend sa douche de Saint Esprit, puis fonce aux Enfers, bénit tout le monde, annonce que tout va s’arranger, remonte aux cieux, met au point les dernières formalités avec le Père, puis s’en retourne sur terre, prend l’apparence d’un jardinier et fait que Marie Madeleine a un orgasme cosmique en Le voyant. Bref, même s’Il est passé au royaume des morts, Il ne revient pas, proprement dit, de la mort. Bien au contraire, Il revient de la vie pure, de la vie divine, de l’essence de la vie, de cet Amour qui meut le soleil et les autres étoiles.
Certains exégètes ont reproché à Luc d’en faire trop dans la corporéité avec l’épisode du poisson grillé que Jésus mange - prétendant qu’il réduisait la portée de la Résurrection. Mais comme toujours dans le christianisme, il faut tenir les deux bouts : le corporel et le spirituel, l’autel et la table – et chez Luc comme chez Jean, le parler et le manger, l’esprit et le sel. Le sel, remède contre la putréfaction et la corruption des corps et que Luc introduit dans son texte quand il écrit qu’ « il partage un repas avec eux » - littéralement, « il mange le sel avec eux » (« synalizoménos »). Sel de la vie éternelle. Sel pour ne pas corrompre. Tout est dit. Jésus apparaît, disparaît, parle, bouffe, donne à bouffer, se fait bouffer, reste transsubstantiellement dans le pain, propose chaque jour et chaque dimanche une invitation au "Repas du Seigneur". La manducation fait partie du processus. « Apparaître – parler – être à table : ce sont là les trois manifestations du Ressuscité », écrit Benoît.
La Résurrection n’est donc ni biologique, ni spirite, ni même mystique – une expérience mystique étant en effet, et comme l’explique le pape, un « dépassement momentané du domaine de l’âme et de ses facultés perceptives », un moment où l’esprit humain est « soulevé au-dessus de lui-même et où il perçoit le monde du divin et de l’éternel pour revenir ensuite à l’horizon normal de son existence ». Rien à voir, donc, avec la Résurrection qui est avant tout « une rencontre avec une personne qui, de l’extérieur, s’approche de moi » et que je reconnais de l’intérieur, un rencontre du reste transmissible, ce que l’expérience mystique n’est pas, et qui accompagne ma vie dans l’extase comme dans le temps. La Résurrection est métaphysique, réelle et vivante. « La Résurrection fait entrevoir l’espace nouveau qui ouvre l’histoire au-delà d’elle-même et crée le définitif. En ce sens, il est vrai que la Résurrection n’est pas un événement historique du même genre que la naissance ou la crucifixion de Jésus. C’est quelque chose de nouveau. Un genre nouveau d’événement. » Un événement historique qui fait rentrer l’Histoire dans une autre dimension, un saut qualitatif radical par lequel s’ouvre un nouveau mode de la vie et de l’être-homme, un nouvel existentialisme où se « friende » le fini et l’infini. Quelque chose qui s’inscrit dans le temps et l’espace mais qui va bien au-delà. Même la matière – la corporéité - en est transformée. Corps cosmique du Christ en lequel tous les hommes vont pouvoir entrer en communion. Non une « revitalisation » clinique d’un mort mais bien une éruption onto-théologique d'un supervivant. Lui pour nous. Nous en Lui.
D’où la primeur accordée aux Apôtres qui ont témoigné de ce qui défiait les lois de Dieu elles-mêmes. D’où aussi les fameuses contradictions inhérentes à toute perception humaine et le scepticisme qui en découle. Pourquoi, comme le demande Judas (Jean, 14, 22), se manifester à un groupe de personne et non à tout le monde ? Pourquoi avoir cultivé le mystère ? Pourquoi si peu de témoignages ? Pourquoi Dieu s’adresse-t-il toujours à un tel et pas à tous ? A Abraham ? A Moïse ? Pourquoi, par extension, avoir choisi Israël et pas toutes les nations ? Pourquoi ce choix persistant de la singularité qui rend jaloux ou incrédule le voisin ? Pourquoi Thomas ? Pourquoi « heureux ceux qui croient sans voir » ? C’est ce que Benoît XVI appelle « le style du divin » - « Ne pas écraser par la puissance extérieure, mais donner la liberté, donner et susciter l’amour. » Son humilité qui lui fait s’adresser au plus petit pour arriver, peut-être, au plus grand. De l’infime à l’infini. Du rayon vert entraperçu par quelques-uns à l’illumination pour tous. Dieu ne parle pas à la télé. Dieu n’est pas un dictateur de l’audimat ou un dictateur tout court. Le seul média qu’Il s’autorise est l’homme. Que chacun soit pour les autres un média de Dieu. Dieu se transmet de fil en aiguille. Et ces fils et ces aiguilles peuvent s'appeler François d'Assise, Thérèse d'Avila, Jean de la Croix, Ignace de Loyola, et pourquoi pas Chesterton, Bernanos, Simone Weil ? Soient tous ceux qui, écrit Benoît, "portent en eux de nouvelles irruptions du Seigneur dans l'histoire confuse de leur siècle" et en lesquels on est en droit de dire qu'Il est revenu.
Alors, évidemment, on peut toujours être paranoïaque et complotiste à la Michel Onfray et soutenir que tout cela est un mensonge bien ficelé qui se transmet de génération en génération. Mais on peut aussi se demander si tout cela aurait été possible si cela n’avait pas été. Deux mille ans de baratin, de mensonges, d’aliénation, le christianisme ? C’est un peu comme si l’on disait que Homère et Platon, Eschyle et Sophocle n’avaient fondamentalement jamais eu aucune valeur ni aucun intérêt, sauf celui de servir le pouvoir des clercs - ces derniers se les transmettant jalousement en faisant croire au monde qu'il s'agirait d'auteurs essentiels à la pensée humaine, alors qu'au fond ce n'auraient jamais été que des attrapes gogos. Un immense « fake », le Logos ? Si on ne croit pas en l’Homme, peut-être…

Ascension
« Il est monté au ciel, il siège à la droite de Dieu le Père et il reviendra dans la gloire. »
Il reviendra, mais quand ? Et comment ? Et finalement est-ce si important que cela ? « Les disciples ont certainement parlé du retour de Jésus, mais surtout ils ont témoigné qu’il est celui qui maintenant vit, qui est la Vie elle-même en vertu de laquelle nous aussi nous devenons vivants », écrit Benoît qui semble lui-même très discret sur ce retour, se demandant même un peu plus loin : « peut-il venir aussi aujourd’hui ? » C’est que pour un chrétien, l’important n’est pas tant dans le fait que Jésus revienne que dans celui qu’il ne soit jamais parti et qu’il soit toujours là parmi nous - présence réelle contenue dans le pain, personne invisible qui accompagne chacun de nos pas et nous connaît mieux que nous, ombre bienveillante de nous même que nous pourrions reconnaître si nous daignons être un peu humbles et baisser la tête pour la voir De plus, revenir en grandes pompes ne serait pas du « style » de Dieu. Certes, nous espérons aller en Christ et nous espérons Le trouver. Mais nous n’espérons pas tellement Le voir passer au Grand Journal. Nous serions bien embêtés avec un type qui dirait qu’il est le Messie. L'adoration se transformerait en idolâtrie et l'idolâtrie est ce qui a fait le plus de mal au monde et à Dieu.
En l'occurrence, les Evangiles sont très réservés quant à ce qui s’est passé après la Résurrection – soient les quarante jours qui précèdent l’Ascension. Quarante jours terrestres où le Ressuscité ne manque visiblement pas d’occupations : « Il y a encore beaucoup d’autres choses que Jésus a faites ; si on les écrivait une à une, le monde lui-même, je crois, ne saurait contenir les livres qu’on en écrirait », écrit Jean à la toute fin de son Evangile (21 – 25) sans pour autant en dire plus. Non, la dernière chose saisissante que l’on nous rapporte de la vie de Jésus sur Terre, c’est son départ aux Cieux, ce que l’on va appeler l’Ascension, à laquelle les disciples vont assister et dont il vont revenir en joie. Ce qui est somme toute assez curieux puisque le Christ ne sera plus a priori avec eux comme avant. « Or, comme il les bénissait, il se sépara d’eux, et il était emporté au ciel. Pour eux, s’étant prosternés devant lui, ils retournèrent à Jérusalem en grande joie, et ils étaient continuellement dans le Temple à bénir Dieu. » (Luc, 24, 50 – 53).
En vérité, cette joie est indice de changement profond. Contrairement à ce qui s’était passé le vendredi saint où les disciples s’étaient sentis abandonnés, l’Ascension marque le jour où ils sentent qu’ils ne le seront plus de toute éternité. Leur joie provient du fait qu’ils ont enfin pigé le truc. Ils ont enfin intériorisé le nouveau mode de la présence de Jésus et qui n’est rien d’autre que le mode de la foi. L’Ascension est donc autant le retour de Jésus « chez Lui » que son « installation chez nous ». C’est un départ qui est une venue. C’est une histoire d’amour qui va commencer et ne jamais finir. Contrairement à David, Moïse, Abraham et même le père Adam, autant de personnages bien sympathiques mais qui, quoique faisant partie de l’histoire, sont fort éloignés de nous, le Christ, par l’Ascension, entérine sa proximité avec nous.
Déjà dans l’épisode fameux de la marche sur les flots (Marc, 6, 45 – 52), Jésus avait montré qu’Il s’occupait de nous même en paraissant loin. Après la multiplication des pains, Il s’était retiré sur « la montagne » pour prier, ordonnant à ses disciples de reprendre la mer. Et voilà qu’une tempête avait lieu. Les disciples commençaient à s’affoler – mais le Seigneur qui les voyait de sa montagne les rejoignait aussitôt en marchant sur la mer, montait sur leur barque, calmait les flots, et rendait possible la traversée jusqu’à son but. Même loin d’eux, Il continuait à veiller sur eux. L’Ascension sera la confirmation de cette cette veille. Jésus monte aux cieux pour mieux nous voir et nous préparer à Le rejoindre.
En effet, l’Ascension nous servira d’échelle. Encore une fois, chaque étape christique précède chaque étape humaine. Encore faut-il comprendre le nouveau mode de contact qui s’est imposé entre Lui et nous après la Résurrection. Et pour cela, se rappeler ce moment incroyable lorsqu’après la découverte du tombeau vide, Marie de Magdala reconnaît Jésus dans le jardinier, se jette sur Lui pour l’embrasser et l'entend lui dire le fameux « Noli me tangere » - « ne me touche pas » (Jean, 20, 17). Voilà qui est un peu dur. Jésus ramène sa fraise devant la femme dont a tellement dit qu’elle était peut-être la sienne et Il refuse que celle-ci le touche – sous-entendant qu’elle pourra le faire quand il ne sera plus là, quand Il sera au ciel : « Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père ». Paradoxe chrétien typique : tu ne peux pas me toucher quand je suis là mais tu le pourras quand je ne serai plus là, avec ça, débrouille toi ma fille. En réalité, le sens de ce refus réside, selon Benoît, dans le fait que « la relation précédente avec le Jésus terrestre n’est désormais plus possible (…) L’ancienne façon humaine d’être ensemble et de se rencontrer est dépassée. » Le Ressuscité est d’un autre ordre que le Crucifié, même si c’est la même personne. Comme le dira Paul (2 Corinthiens, 5, 16) : « Si nous avons connu le Christ à la manière humaine, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. » On ne touche plus le Christ comme on le touchait avant.
- Pourtant, Il se laisse toucher par les hommes, notamment par Thomas…., pourrait rétorquer un esprit malin.
- Certes, lui répondra-t-on, mais peut-être parce qu’avec les hommes, le contact n’est que clinique, normatif, policier, alors qu’avec une femme, le rapport est par définition autre, plus charnel, affectif, érotique. On avait oublié de le dire tout à l’heure mais la Résurrection n’est pas plus occulte qu’elle n’est sexuelle.
Jésus nous invite donc à l’Ascension – à monter avec Lui. C’est à travers ce nouveau mode qu’on pourra Le toucher. Comme le dit le Saint Père, « le fait de toucher le Christ et le fait de monter sont [après la Résurrection] intrinsèquement liés. » Il ne s’agit pas de scruter l’avenir, mais de s’ouvrir au présent de sa présence. Et s’il y a Parousie, ce n’est pas de notre ressort ni même de celui des disciples. Pas d’éphéméride de la Parousie. Pas de date de l’Apocalypse. La seule chose qui compte, c’est comprendre sa parole :« Et voici que je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde »
Bonne Ascension à toutes et tous !
(Cet article a été publié une première fois le 10 avril 2012 sur le site du RING)
00:05 Écrit par Pierre CORMARY dans Catholicisme | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : résurrection, ascension, christianisme, catholicisme, benoit xvi, jésus de nazareth, théologie |
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12/05/2012
D'ardent désir (ou L'Anjou selon Bruno Deniel-Laurent)

Quand il n’est pas en train de faire quelque chose de dangereux ou de subversif (on se rappelle les revues Cancer !, Tsim Tsoûm et Impur qu’il avait créées), ou quand il ne va pas faire du ski nautique sur les rives du Mékong ou de l’Euphrate façon Apocalypse Now, Bruno Deniel-Laurent revient se ressourcer dans son Anjou natal et redevient le gentil garçon qu’il n’a au fond jamais cessé d’être. Là, tout n’est que Châteaux, Beurre blanc et Muscadet, Rillauds, Rillettes et Vitraux, Orchidées, Boules de Fort et Mouchoirs de Cholet. L’Anjou, que les Révolutionnaires ont cru devoir rebaptiser « Maine-et-Loire », la plus belle et la plus envoûtante région de France ? Grâce à cet abécédaire amoureux, que « BDL » signe avec son compère Raphaël Bodin, on aurait tendance à le croire - et cela même si l’Angevin ne paie pas de mine. A l’instar de Clark Kent, alias Superman, celui-ci est pourtant un super héros au sens étymologique du terme, « Angevin » provenant en effet d’« Andégave » ou « Andécave », du nom de l’ancienne tribu gauloise qui occupa longtemps la majeure partie de cette région, et dont le préfixe « ande » signifie « hyper » et « cavaros » : « géant », « champion » ou « héros ». Aucun chauvinisme provincial pour autant. Tous les apologistes de l’Anjou, de Du Bellay à René Bazin (le grand-oncle d’Hervé, écrivain catholique traditionnaliste injustement oublié), n’ont jamais opposé la région à la nation. Bien au contraire, et selon un mot de Clémenceau, « c’est en Anjou que la France est la plus France ». Bénédiction, alors, pour « le malheureux étranger qui découvre l’Anjou [et sera] immédiatement conquis, subjugué par le spectacle de tant de merveilles réunies en un tel lieu », merveilles géologiques (l’Anjou noir, l’Anjou blanc), archéologiques (l’Aula de Doué-la-Fontaine qui fut la demeure d’un empereur carolingien, peut-être Louis le Pieux, et qui est le plus ancien site fortifié médiéval en pierre retrouvé à ce jour en France), œnologiques (le Bonnezeaux 1996 sacré « meilleur vin moelleux du monde »), ou même bistrologiques (les auteurs nous faisant faire la tournée des troquets de la région : La Descente de la marine et son fanion point rouge sur point blanc à Angers ; Chez Noé à Bouchemaine, idéal les soirs d’été ; la célèbre Guinguette à Jojo de Saint-Saturnin-sur-Loire et ses flonflons ; et même, sur l’île de Chalonnes, l’improbable Lenin Café, entièrement dédié à la mémoire de Vladimir Illitch Oulianov et dont on peut venir boire à sa santé… ou à son trépas.) Des lieux spiritueux aux lieux spirituels, les deux en voie de disparition, il n’y a qu’un pas que nos auteurs franchissent allègrement, et sans sa priver d’une petite saillie barrésienne : ainsi, à propos du village, « marial » s’il en est, de Béhuard, « petite cité de caractère » comme on dit, ils écrivent :: « on peut aussi détenir la certitude que Béhuard, au-delà de ses charmes bucoliques, est de ces lieux désignés par l’Esprit, un territoire où le profane, de toute évidence, s’éventre pour laisser place à un espace sacré » et de se gausser de l’homme moderne qui ne comprend plus rien aux visions d’antan : « c’est que [l’homme moderne] a dépassé le stade infantile de l’humanité, cette époque obscure où l’on choisissait de s’abîmer dans les mystères ; bien plus intelligent, l’homme moderne préfère se racornir dans l’absurde ». Tel Gérard Miller, le psy chroniqueur de la bande à Ruquier, moderne absurde prototypique s’il en est, qui ramène un instant sa triste fraise dans la région, osant goûter un Cabernet d’Anjou, et dont on se demande si on ne va pas lui lancer son verre de vin en pleine face ou garder son calme et le déguster sobrement. On le voit, même en apologiste régional, l’ancien rédacteur de Cancer ! n’est jamais loin. Après tout, c’est à la cathédrale Saint-Maurice que fut baptisé l’immense Philippe Muray en 1945, et c’est à Angers que l’on trouve la société Octave Mirbeau qui pourtant n’avait rien d’angevin. Sans oublier le Balzac d’Eugénie Grandet qui fit de Saumur le centre du nouveau monde de la médiocrité. L’antimodernité serait-elle angevine ?
Ne reste plus qu’à célébrer les femmes et le plaisir ou la sagesse qu’elles donnent pour que le voyage soit complet. Celles des bordels tout d’abord, une vingtaine recensée en bonne et due forme en 1860 (mais hélas plus qu’une demi-douzaine en 1900). Mais aussi Renée Bordereau, par contraste, « laide, colossale, vierge et impitoyable », la Jeanne d’Arc angevine, habillée en homme et qui massacra tant de soldats de la Révolution et de l’Empire. Tant pis. On se consolera avec Dita von Teese herself, nouvelle ambassadrice de la maison Cointreau. Ou avec la statuette de Fanny, la femme fessue, dont les joueurs à la Boule de Fort, sorte de bowling local, doivent embrasser le séant quand ils ont perdu et qu’ils doivent rentrer chez eux, la queue entre les jambes - et à laquelle on a même consacré un poème :
O nudité superbe ! Adorable déesse,
Permets que devant toi je me jette à genoux,
Que je pose humblement un baiser sur ta fesse,
Pour que vers mon foyer, je m’en retourne absous.
C’est décidé, on part demain embrasser le cul de l’angevine.

L’Anjou en toutes lettres, un abécédaire amoureux, par Bruno Deniel-Laurent et Raphaël Bodin, Editions Siloé, décembre 2011, 25 euros.
Piste à suivre : un excellent texte régionaliste de Raphaël Juldé
http://raphaeljulde.blogspot.fr/2012/03/laval-de-a-z.html
07:49 Écrit par Pierre CORMARY dans Lire | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : l’anjou en toutes lettres, un abécédaire amoureux, bruno deniel-laurent, raphaël bodin, editions siloé, renée bordereau, dita von teese, cointreau |
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05/05/2012
Sept ans

"Cher Michel Onfray,
après mûres réflexions suscitées par votre ouvrage sur Freud, je me suis rendu à l'évidence. Sigmund est un génie de la pensée, l'un des plus grands connaisseurs de l'âme humaine - et je crois que sans vous, je ne m'en serais jamais aperçu. Prenant la suite de la théologie, la psychanalyse a creusé l'homme comme aucune autre science humaine ne l'avait fait avant elle. Comme la Bible, la psychanalyse place le négatif, la blessure, la souffrance, au centre de l'existence humaine. Le péché originel s'appelle chez elle castration. La loi du père n'est autre que la loi de Dieu. Les problèmes de communication - de langage - étaient déjà ceux de Moïse et Aaron. On pourrait multiplier à l'infini les correspondances entre la vision biblique du monde et la vision psychanalytique. En vérité, ce sont les mêmes. Comme la Bible, mais aussi comme les Tragiques, la psychanalyse considère la sexualité comme le lieu de toutes les morts et de toutes les violences. La psychanalyse fait de la sexualité le rapport tragique par excellence - et j'oserais ajouter "identitaire", et c'est pourquoi, à l'heure où l'on fait étudier en classe de cinquième les théories Queer, elle est si violemment rejetée. La psychanalyse ose de plus placer ce rapport au coeur de la famille. Le sexuel, c'est d'abord le familial. Oedipe et Caïn. Electre et les autres. Le roman familial comme ce qui marque le plus un individu. La souffrance sexuelle comme la plus durable et souvent la plus inavouable. La merde au centre de l'être. Comment ne pas reconnaître cette vérité absolue de la condition humaine ? Comment être antipsy sur ce point ? Certes, et votre le livre le montre jusqu'à la nausée, l'homme Freud a commis d'innombrables erreurs, peut-être même des fautes morales, mais est-ce vraiment une histoire de belle-soeur qui remet en question la probité d'un penseur ? En tous cas, c'est donc bien grâce à vous et votre méchant livre que j'ai reconsidéré entièrement l'oeuvre de Freud, Jung, Lacan, et les autres, et que le 30 mars 2012 à 15 h à Montparnasse j'ai entamé une véritable analyse auprès d'un psy réputé, à la fois psychiatre, psychanalyste et psychotérapeuthe. Un lacanien de la vieille école qui ressemble un peu à George Steiner. Hier fut la quatrième séance. J'aime beaucoup me retrouver dans ce cabinet un peu miteux des années 70. J'aime encore plus considérer, pendant que je me vide l'âme et le ventre, ces têtes de nègre, ces statuettes primitives posées sur les étagères de sa bibilothèque et qui m'incitent à descendre en moi. Il n'y a qu'entre le totem et le tabou qu'un homme peut être vraiment homme, vous savez. A la dimension verticale de la foi que j'ai toujours pour le Christ, Marie et les anges s'ajoute désormais la dimension horizontale, excrémentielle, scientifique de mon être - et à la fin ça fait une croix que le génial juif viennois (et mon psy fait très vieux juif viennois), m'aide à porter. Les voix de Dieu sont décidément impénétrables, et vous, Michel Onfray en avait été une pour moi. Aussi voulais-je vous remercier pour cela.
Pierre Cormary"
(Brouillon d'une lettre jamais envoyée)
*
"Cher David Cronenberg,
je tiens votre avant-dernier film, A dangerous method, comme l'un des plus beaux qui soient. Sans conteste celui que je préfère de vous, "mon Cronenberg" si j'ose dire, où le goût de l'expérimentation visuelle et narrative va de pair avec le goût du récit et des personnages. Moins abstrait que d'habitude, moins distancié surtout, plus lisible, d'une douce sophistication, passionnant de bout en bout, clinique et chaleureux, et à la fin étonnament érogène. Il n'y a que vous pour transformer le refoulé en excitant. Rarement je me suis autant identifié à un personnage, Sabina Spielrein en l'occurrence. Rarement, je n'ai été autant pris à partie par la force tragique, puis érotique d'une actrice, la merveilleuse Keira Knightley (que certains ont accusé d'en faire trop dans la souffrance simiesque alors qu'elle est tout bonnement géniale et d'ailleurs génialement bonne, au sens que vous savez). Car comme vous imaginez, mon esprit s'est empressé de tourner les choses, en fait de les retourner, à mon avantage fantasmatique, et que si je suis Sabina, je suis un Sabina homme, avec mon corps de couenne et ma tronche de cake, et c'est alors Keira Knightley qui est à la fois Freud et Jung avec moi. L'inconscient, qui est une sorte de cinéma intérieur, permet ce genre de transfert transsexuel et je me vois mal m'en priver. Que de choses extraordinaires nous louperions si nous n'avions pas d'inconscient, dites-moi ? Bref, me voilà à faire mon film à partir du vôtre. Et peut-être en passant par celui de Stéphanie Hochet qui dans son dernier livre Les Ephémérides, que je vous recommande, met en scène une prostituée stantonienne et qui d'après ce qu'elle déclarait dans une interview (l'auteur, pas la prostituée - encore que l'art est prostitution comme dirait l'autre) pourrait avoir les traits de Keira Knightley. Quel beau film cela pourrait donner... Les Ephémérides, le nouveau Cronenberg ! Quoiqu'il en soit et en attendant ce prochain film, cette Dangereuse méthode, à l'instar paradoxal d'un mauvais livre du plus mauvais philosophe français, m'a redonné le goût de la psychanalyse et a suscité l'envie d'en faire une. Je ne sais pour l'instant ce que celle-ci donnera, mais c'est un fait que dès mon premier rendez-vous pris avec ce lacanien grisonnant à la barbe hésitante, et cela même avant de le rencontrer, je me suis senti immédiatement plus fort et plus confiant. Prendre une décision et m'y tenir est tellement rare chez moi qu'il m'a semblé que je flirtais là avec quelque chose relevant de la sainteté. Ou plutôt que l'esprit saint daignait descendre vers ma misérable âme et l'épousseter un peu. Bref, Freud, Keira, le Saint Esprit, la Sainte Famille, l'inconscient sans entraves, la demoiselle Hochet, tout se mêle en un délire interprétatif qui est aussi un délice. Peut-être que tout cela donnera un jour mon film, je veux dire mon livre.
Avec toute ma reconnaissance.
Pierre Cormary"
(idem)
A part ça :
Demain, six mai, anniversaire... de Freud !
*
Demain soir, évidemment, élection de notre nouveau président et avec elle, la fin de cette campagne éprouvante (donc passionnante, contrairement à ce que tout le monde et Jacques Cheminade disaient), ce qui nous fera du bien à tous, celle-ci ayant mis tout le pays à cran, y compris entre amis et parents. Les gens de droite désespèrent trop. Les gens de gauche s'indignent trop. Dans tous les cas, ce sera un vote historique : il serait en effet historique que Sarkozy vainque cette pathologie qu'on appelle l'antisarkozysme et repasse dans les conditions actuelles, mais il serait tout aussi historique qu'Hollande gagne et devienne alors le second homme politique après Mitterrand à avoir fait accéder la gauche au pouvoir. Quoiqu'il en soit, l'heureux élu aura sa raison d'être, tout vote ayant d'abord une valeur existentielle. Là dessus, même si ce n'est pas mon candidat qui l'emporte, je crois à l'esprit saint qui agit sur les peuples. Et le désastre peut être aussi une providence.
(Pourvu qu'il ne nous refasse pas le coup de la rose et du panthéon tout de même !)
*
Cette année, je découvre les filles de vingt ans. Elles sont cinéphiles, geeks, très avisées. Elles sont en mieux ce que nous étions à leur âge. Facebook aura été leur chance. "Mais comment faisait-on avant ?", demandent les abominables partisans de l'authentique. "Avant, on se faisait chier", réponds-je toujours avec humeur. Rappelez-vous. Ces après-midis perdues, ce vide de nos chambres, ces murs sans écrans ni amours, ces corvées sportives ou amicales imposées par nos parents qui se désespéraient qu'on reste à l'intérieur alors que nous, c'est l'extérieur qui nous désespérait. Comme s'il s'agissait de prendre l'air pour s'épanouir ! Tout ce soleil inutile, ces soirées fausses, ces amitiés sans affinités. Tout ce réel vain. Qu'est-ce que cela aurait été différent si nous avions eu dès quinze ans nos murs, nos statuts, nos amis choisis, nos photos, nos débats, nos blagues, nos like, nos pokes. En vérité, nous les quadragénaires dépressifs, nous avons toujours été des nerds mais des nerds sans ordi, des nolifes privés de jeux vidéos. Bon, j'exagère un peu : on a eu Atari. Yard's revenge. Berzerk. L'affreux Otto (le premier personnage perturbant du jeu vidéo, d'après ce que j'ai appris.) Et le Minitel. 3614 KLOK. Le début de ma vie virtuelle, c'est-à-dire de ma vie intéressante. Je le disais récemment sur Facebook : ceux qui ont une vie virtuelle ont une vie réelle mille fois plus riche et plus intense que ceux qui n'ont qu'une vie réelle.
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Toujours grand train avec mes copines en "on". Anne et Cécile.
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Toujours "husbands en bellevilloise" avec Athos, Porthos et Aramis - et le mois dernier, avec notre petite Milady Cléopâtre.
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De nouvelles rencontres : la polonaise AB et la photographe des Abbesses.
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Je me fâche rarement avec une amie. Et pourtant, c'est arrivé ce mois d'avril. Depuis, nous sommes en paix, c'est l'essentiel. Mais je ne sais pas si nous nous reverrons. Je ne sais pas si nous avons intérêt à le faire. <3
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Mon prochain article portera sur Matisse, peintre du et de bonheur (à propos de l'expo Beaubourg). Changer d'air.
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Mes trois nouveaux modèles d'écrivains français : Emmanuel Carrère, Richard Millet, Jacques-Pierre Amette.
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Paimpol II bientôt.
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Mes deux nouveaux classiques préférés : Saint-Simon, Tchékhov.
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Ma découverte spirituelle : Maître Eckhart.
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Mes nouveaux nombres : non plus 134 kilos, mais 120. Non plus 15 ou 16 de tension, mais 12, 9 - grâce au Fortzaar. Gare aux deux médicaments contre la tension que j'ai pris trois semaines et qui m'ont donné des palpitations et surtout m'ont fait faire la première crise de tachycardie de ma vie. En pleine nuit, à cinq heures du matin. J'aurais dû appeler les urgences, m'a dit mon médecin.
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"Car le vice rongeant ma native noblesse
M'a comme toi marqué de sa stérilité."
Ma persistance brêle en matière d'écriture et d'amour.
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Je n'arrive pas à me défaire de cette idée totalement adolescente et impie que « l’amour est une forme de déchéance », comme le dit Richard Millet dans La confession négative (le plus beau livre de guerre lu dans ma vie.) C'est aussi pour ça que je consulte.
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"La différence entre les autres et vous, me disait Joseph Vebret récemment, c'est que les autres frappent à toutes les portes et personne ne les veut, alors que vous, tout le monde vous veut, vous ouvre sa porte, mais c'est vous qui ne voulez pas de vous. Alors pensez un peu plus à nous et un peu moins à vous. Et mettez-vous à vous vouloir."
*
Ce qui est sûr, c'est que dans trois ans, j'arrête ce blog.

16:17 Écrit par Pierre CORMARY dans Temps qui passe | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : michel onfray, psychanalyse, freud, jung, lacan, cronenberg, a dangerous method, sabina spielrein, keira knightley, sarkozy, hollande, présidentielles, politique, littérature, égotisme |
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29/04/2012
Pour Sarkozy, avec ferveur III - Peut-on éviter le syndrome du comte de Chambord ?
(Cet article a été publié Surlering le lendemain du premier tour des Présidentielles 2012, le lundi 23 avril 2012 dans l'après-midi.)

Aux "déçus" du sarkozysme.
En France, nous avons toujours eu la gauche la plus nulle et la plus fourbe du monde (et c’est pourquoi Mélenchon est grand) et la droite la plus imbécile et peut-être la moins à droite du monde - et c’est pourquoi il faut de nouveau, et avec ferveur, voter Sarkozy au second tour comme au premier, car un homme de droite de cette trempe, courageux, subversif, et que pour ma part j’ai toujours trouvé extraordinairement sympathique (l’anti Chirac en somme), nous n’en aurons plus ensuite pendant vingt ans. Il faut donc en profiter une dernière fois et mettre en place ce qui pourrait être le décennat fondateur et ô combien nécessaire de la France du XXI ème siècle. Hélas ! Les Français ont toujours été des veaux, particulièrement les Français de droite et d’extrême droite, passant d’un grief à l’autre, brûlant ce qu’ils avaient adulé, oubliant cent biens pour un mal, et surtout obnubilés par leur capacité à « ne pas se laisser faire » tout en tombant systématiquement dans les pièges tendus par la gauche. Sans le Français de droite dure, le Français de gauche n’aurait jamais eu pignon sur rue. Ca s’était déjà passé comme ça en 1873 lorsque le comte de Chambord qui incarnait la dernière chance de restauration de la monarchie en France échoua lamentablement parce que, crétin intransigeant, il ne put se résoudre à accepter le drapeau tricolore que lui réclamait tout le monde, préférant renoncer au pouvoir au nom de sa satanée fleur de lys – et cela malgré l’Assemblée Nationale qui lui était favorable. A part la dissolution de cette même Assemblée Nationale par Chirac en 1997, je ne vois pas d’autre plus grande imbécillité dans l’histoire de la droite française qui en comporte pourtant des dizaines. Mais c’est ainsi que l’on a toujours fonctionné chez les bleus blancs. Pour la droite « pure et dure », plutôt « la Gueuse » que le lys blanc encadré de bleu et de rouge ! Plutôt l’adversaire radical que le partenaire pragmatique ! Plutôt Flamby que le client honni du Fouquet’s ! Plutôt l’anti-riche que le nouveau riche ! Plutôt le corrézien-comme-Jacquot que Sarko le métèque ! « La droite déteste qu’on la trahisse et je suis un traitre pour eux », expliquait le personnage de François Mitterrand dans Le promeneur du champ de mars, le seul film potable de Robert Guédiguian (2005). Traitre, Sarkozy ? Evidemment. Au sens où il a trahi l’hypocrisie des Français, révélé leur mauvais rapport avec l’argent, dévoilé ce qu’il faut bien appeler une sorte d’antisémitisme social - et cela, les Français risquent de ne pas le lui pardonner. On ne démasque pas impunément les vices d’un pays sans que ce pays ne vous rende la monnaie de votre pièce. Au risque de sombrer dans une schizophrénie politique comme cela pourra arriver le six mai si François Hollande est élu. La France sera, une fois de plus, le seul pays de droite et d’extrême droite à mettre en place et par dépit un président de gauche. Vive l’Afrance !
Au fond, le grand tort de Sarkozy aura été d’avoir voulu jouer franc jeu avec les Français. De s’être mis à leur niveau. De ne pas avoir été assez royal, altier, hautain, sphinx (une erreur psychosociale majeure pour celui qui avouait que Mitterrand était, avec De Gaulle et Jean-Paul II, son modèle politique). De ne pas avoir compris que le corps du monarque devait transcender le corps du peuple – et de fait ne pas se rendre à Disneyland comme tout un chacun, le président n’étant pas en France « tout un chacun ». D’avoir été, au bout du compte, démocrate par excès. Sarkozy - le seul vrai démocrate de la cinquième république et pour cette raison peut-être chassé dans quatorze jours comme un malpropre par les bouseux qui ne veulent pas d’un des leurs au pouvoir. Sarkozy – le président dont on a le plus dénoncé l’autoritarisme quasi dictatorial alors qu’il n’a cessé de prendre pendant son quinquennat toute une série de mesures constitutionnelles destinées à réduire les pouvoirs du président au profit du Parlement et des citoyens (ce qui d’ailleurs était discutable – pourquoi prendre le risque de rendre la France encore plus ingouvernable qu’elle n’est déjà ?), sans compter ce nouveau droit donné aux députés de fixer un tiers de l’ordre du jour de l’Assemblée, leur permettant ainsi de mieux contrôler le gouvernement (décidément, c’est une manie de vouloir virer quatrième République bis ?), en attendant la promesse calamiteuse de remettre un peu de proportionnel dans les élections afin que tout le monde soit représenté (mais Président, voyons, tout le monde à l’Assemblée, c’est la fin des haricots !), ou encore cette possibilité de recours individuel devant le conseil constitutionnel (la fameuse « QPC » - « question prioritaire de constitutionnalité ») qui donne le droit au justiciable emmerdeur de demander si telle loi qui le contrarie est bien conforme à la Constitution – bref, toutes choses avec lesquelles on peut être en désaccord mais qui vont indéniablement dans le sens d’une démocratisation plus grande de la cité. Sarkozy – le mec de droite qui aura le plus fait constitutionnellement pour les gens. Et c’est lui dont Jean-Marie Le Pen vient de dire la semaine dernière, tel un lecteur moyen de Télérama ou des Inrocks, que ses initiales étaient les mêmes que « National socialiste » et que son meeting à la Concorde de dimanche dernier était comparable aux rassemblements de nazis à Nuremberg !!! Faut-il que le vieux soit sénile pour se retrouver aux côtés de l’ultragauche la plus fruste - mais sans doute fachos et gauchos peuvent-ils s’entendre contre ce cosaque qui leur a damé le pion à tous les deux. Tous les procès d’intentions, les basses attaques, l’hystérie malveillante que celui-ci a dû souffrir cinq ans durant comme nul autre - une malveillance allant parfois jusqu’au désir de mort comme chez ce curé lillois déclarant sans complexe en août 2010, à l’époque de l’affaire des Roms, qu’il priait pour que Sarkozy ait une crise cardiaque. Et pourquoi pas, mon père indigne, grâce à l’aide de cette poupée vaudou autorisée à la vente et qui permet au psychopathe antisarkozyste de percer les yeux, le cœur ou les couilles du président honni ? Cette violence symbolique insensée que personne ne semble avoir noté. Cette volonté meurtrière de sacrifier le monarque qui a osé se désacraliser. Sarkozy - premier président bouc émissaire de la cinquième République jetée à la vindicte publique, celle-ci d’autant plus sauvage qu’elle se croit autorisée, légitimée, moralisée - la « bonne » haine contre le riche, le « bon » désir de vengeance contre le puissant aux origines pas si gauloises que ça, le « bon » racisme contre le métèque trop heureux . Qu’est-ce que c’est que ce hongrois juif qui épouse une italienne et qui prénomme sa fille Gulia, d’abord ? Qu’est-ce que c’est que ces bonnes femmes arabes et noires qu’il fait rentrer au gouvernement et qui osent jouer les princesses - une surtout, la mouquère Dior ? Un immigré, ça doit sortir de Trappes, devenir comique sympa, apparaître comme le super pote qu’on voudrait avoir (ou pas), mais surtout ne jamais oublier qu’il a été victime du racisme, le rappeler partout où il va, et bien sûr voter à gauche même s’il est milliardaire. Mais une beurette qui ne fait pas de l’antiracisme son cheval de bataille et choisit le camp, pas si puissant, de l’empire plutôt que celui, ultra influent, des minorités, choque autant les racistes que les antiracistes. Une beurette qui s’embourgeoise est beaucoup moins acceptable qu’un beur qui revendique. Une beurette qui aime les diamants et les parfums excède le racisme social (pour ne pas dire le racisme tout court) de nos cons citoyens. Mais les Français sont ainsi : ils n’aiment pas la réussite sociale. Ils détestent plus que tout qu’on la montre. Vivons heureux, vivons cachés. Tartuffes. Goys.
On a été profondément « choqué », paraît-il, que le président augmente son salaire – alors qu’il n’a fait que se mettre au niveau de ses prédécesseurs qui eux n’en parlaient jamais, en profitaient autant, faisaient passer leurs avantages en cachette, vivaient leur bling bling en sourdine, avaient leurs entrées au Grand Véfour, bouffaient contre toutes les lois de France des ortolans le dimanche midi ou carburaient au Dom Pérignon tous les jours à la mairie de Paris. Mais bon, on ne le voyait pas, donc ça n’existait pas. Avec Sarkozy, les Français ont fait mine de s’apercevoir que les monarques menaient grand train - grande nouvelle bouleversifiante, ultra obscène, guillotinable ! - et qu’ils allaient moins au Quick qu’ à ce Quick de moyens riches qui s’appelle le Fouquet’s et où, soit dit en passant, tout le monde est allé au moins une fois dans sa vie à moins de l’avoir raté comme disait l’autre. Qu’importe dès lors qu’il soit le premier président à avoir permis que la Cour des Comptes contrôle le budget de l’Elysée (« une première depuis Louis XIV », expliquait L’Express du 25 janvier 2012), ou qu’il ait réussi sa très gauchiste réforme de représentativité syndicale par laquelle les syndicats seront électoralement renforcés, le dialogue social avec, non, ce que l’on retiendra, c’est ce repas improbable dans cet établissement pas si classieux que ça pour un président de la république, en plus de ses Raibannes et de sa Rollex. En fait, ce que l’on reproche ontologiquement à Sarkozy, c’est d’avoir osé afficher ses goûts et son bonheur, ce qui en France est pire que de traîner mille casseroles. C’est que le bonheur, c’est vulgaire, ma bonne dame. Et les Français, ces cathos laïcards coincés du cul, ont la haine du bonheur. Pas étonnant que toute notre littérature déborde de pères indignes, de mères avares, d’enfants ingrats, de familles en nœuds de vipères. Pour un père Leuwen qui ne gronde son Lucien de fils que parce que celui-ci ne profite pas assez des plaisirs de la vie et ne lui demande pas assez d’argent, cent pères Grandet. Pour une Sanseverina, mille Thénardier. Les Français sont ces gens qui veulent faire souffrir leurs enfants « pour leur apprendre la vie » comme ils veulent faire souffrir leur président pour qu’il apprenne à ne pas trop aimer la sienne. Carla Bruni est une insulte à la tradition des Taties Danielle et autres cousines Bette qui jusque là nous servaient de premières dames. Et l’on sait ce que l’on fait en France aux reines qui ne sont pas françaises. Les Français, le peuple revanchard par excellence. Les Français et leur horrible passion de l’égalité. Les Français et leur dégoût de salauds devant les privilèges dont ils sont pourtant les plus grands consommateurs. Moi, ce que j’aurais aimé en Sarkozy, c’est sa façon d’avoir mis à nu les Français. D’avoir dévoilé leurs réflexes de petits bourgeois en manque – et qui ne se rendent pas compte qu’ils ont été protégés cinq ans et qu’ils risquent d’être en manque comme ils ne l’auraient jamais imaginé quand Hollande sera passé et que Marine sera seconde. Cassez-vous, pauvres cons.
Bref, si le six mai prochain, l’on retourne à la France du XX ème siècle, c’est-à-dire à la parole surveillée, au terrorisme Bisounours et à la réaction lepéniste qui ne manquera pas de suivre (le FN jouant consciemment et comme d’habitude la carte du pire et pour cela comptant sur la victoire d’Hollande autant que les socialistes), ce qui dans le contexte de la crise actuelle, celle que précisément le président sortant nous a pour l’instant évitée, pourra donner lieu à quelques faillites sociales intéressantes, voire à une discordance civile majeure comme cela ne serait pas arrivé depuis le XIX ème siècle, l’on saura d’où vient la cause. Des fameux « déçus du sarkozysme ». Mais qu’est-ce qu’ils croyaient les mecs ? Que l’on pouvait réformer de fond en comble un pays en deux coups de cuillère à pot ? Que tout allait se faire parce qu’on l’avait dit ? Que le pouvoir culturel, le plus féroce d’entre tous, allait dire amen au pouvoir politique ? Et que surtout il n’y aurait pas cette crise internationale qui nous obligerait à travailler plus pour gagner moins ? Car il ne faut pas se leurrer. Dans tous les cas, et vu comment le réel se durcit un peu plus chaque jour, seule une politique de rigueur sera de rigueur dans les mois et les années qui viennent. Et seul le Magyar semble être en mesure de la mener. D’abord parce qu’il est indéniablement le plus avisé et le plus malin, suprêmement pragmatique (et non suprêmement idéologique comme le disent ces adversaires qui parce qu’ils sont idéologisés jusqu’à l’os voient de l’idéologie partout), et ensuite parce qu’il est de droite. Or, une rigueur de droite passe toujours mieux qu’une rigueur de gauche. Ce n’est pas le moindre mérite du président actuel que d’avoir maté la rue et refroidi l’ardeur manifestiste et grévienne de nos concitoyens - c’est-à-dire d’avoir réussi à gouverner un peu la France sans être bloqué au moindre soupçon d’esquisse de velléité de décision (quel dommage qu’il n’en ait pas fait autant avec les quartiers et que le karcher soit resté à l’état de velléité – pour le coup, le voilà le véritable échec du quinquennat.) Et c’est pourquoi si Hollande passe, la tentation sera grande pour le peuple de gauche de recoloniser illico la rue et de faire tout pour que la France redevienne ingouvernable – et cela au grand dam du nouvel élu qui sera pris le cul entre deux chaises, la chaise de la nécessité rigoriste et la chaise percée du Grand Soir. Surtout qu’ils doivent être à bloc, les mecs, boostés qui plus est par Mélenchon, Poutou et Arthaud (car dans notre beau pays, il y a quand même trois prétendants d’extrême gauche à la présidence, trois prétendants qui se réfèrent à l’idéologie et au Parti des cent millions de morts, excusez ce détail). Pensez ! Cinq ans de disette syndicale, cinq ans sans manifs ou presque, cinq ans sans qu’une fois l’on cède aux grévistes, cinq ans qui ont prouvé que l’on pouvait faire quelque chose de la France à condition de tenir bon contre la rue, cinq ans sans pouvoir faire chier, eh bien, dès le sept mai, on va se rattraper, croyez-moi ! Nathalie Arthaud a déjà prévu une grève générale en septembre. Bienvenue en Hollande ! Bienvenue en Grèce !
Et vous, soi-disant électeurs éructant de droite, voudriez que l’on se débarrasse de celui qui a tout fait pour que jusqu’à présent la France ne soit ni la Grèce, ni l’Espagne, ni l’Irlande, tous ces pays que la crise a scié en deux ou en quatre, ni même l’Angleterre où l’on a pris des mesures d’une austérité qu’elle ferait frémir le père Grandet et la Cousine Bette eux-mêmes ? Vous, droitistes à côté de la plaque à force d’ « intransigeance », d’ « exigence », d’ « impatience », seriez prêt à mettre à la porte ce hussard qui a réussi à faire éclater les blocages habituels et mener à bien des réformes dites impossibles, retraite, autonomie des universités (un projet souhaité depuis des lustres par Mendès-France lui-même), service garanti dans les transports terrestres (enfin !), élagage de la carte judicaire que les juges eux-mêmes attendaient depuis des décennies, qui plus est dans le contexte le plus difficile du monde et en nous préservant en outre de celui-ci ? Neuf cent trente et une réformes en cinq ans et non, vous êtes quand même « déçus », ce n’est pas assez ? Vous auriez voulu avoir les résultats tout de suite, comme ça, parce que vous le valez bien ? Pauvres pommes que vous êtes, vraiment, les gens de droite ! Pour vous, il n’a rien fait, pour les gens de gauche, il en a trop fait ! « Et en plus, rien que pour les riches », geint-on alors à gauche (car éructer est de droite, geindre est de gauche). Pour les riches, vraiment ? Que les licenciements de masse aient été évités, par exemple, c’était pour les riches ? Que la classe moyenne n’ait pas coulé, c’était pour les riches ? Que les petits épargnants aient précisément été épargnés, c’était pour les riches ? Que la taxe Tobin ait enfin été mise au goût du jour, c’était pour les riches ? Que l’on ait augmenté les taxes sur le capital afin de les mettre à peu près au même niveau (34,6%) alors qu’ils étaient taxés de 10% de moins sous Lionel Jospin, c’était pour les riches ? Que l’on ait créé le RSA, c’était pour les riches ? Que l’on ait supprimé en partie la publicité sur les chaînes publiques, c’était pour les riches ? Que l’on ait augmenté de 37 % le budget de logement des Sans abri qui est passé à 1,13 milliards (et comme l’a publiquement reconnu Olivier Berthe, président des Restos du cœur et représentant du mal logement en face de lui sur Canal + le 16 mars dernier), c’était pour les riches ? Et qu’enfin le pouvoir d’achat est réellement monté de 4 % en cinq ans, ce n’était que pour les riches ? Et puis d’ailleurs, qu’est-ce que cette rage malsaine contre les riches ? « Moi, les banques, je les aurais laissées s’effondrer », me disait un collègue cégétiste et néanmoins ami du musée (oui, parce que moi, j’ai des amis d’extrême gauche…). Mais bordel, Francis, si ta banque s’effondre, tu t’effondres encore plus ! C’est facile à comprendre, ça, non, que des pauvres comme nous ont besoin de riches comme eux ? Visiblement, non. Pour les fervents du Grand Soir, si les riches maigrissent, les pauvres engraissent – alors que moi, en bon pourri de droite, je penserais plutôt que si les riches maigrissent, les pauvres crèvent (et encore plus vite si les riches sont partis). On en a besoin des riches, c’est ça que les pauvres en esprit ne percutent pas. En vérité, Sarkozy a tellement bien géré la crise que les gens n’ont pas vu la crise, ou ont oublié qu’il y en avait une. Et aujourd’hui, ils se révoltent contre lui comme pouvaient se révolter naguère les paysans contre leur seigneur sans se rendre compte que grâce à lui ils avaient évité trois invasions et six guerres. Salauds de pauvres ! Pauvre peuple ! Ce peuple dont Pascal écrivait qu’il était « vain, quoique ses opinions soient saines, parce qu’il n’en sent pas la vérité où elle est et que, la mettant où elle n’est pas, ses opinions sont toujours très fausses et très mal saines. » Pas besoin de faire un dessin.
Sauf qu’à un moment donné, il faut se le demander : pourquoi est-on si con à droite ? Je veux dire : pourquoi est-on si souvent comte de Chambord, si pur et dur, si antidialectique, si incapable de compromis et de débat, et, par conséquent, toujours latté par la gauche qui s’y connaît tellement mieux que nous en retournement de sens, oblitération du réel, saccage des consciences, culpabilisation obligatoire – toutes choses dont Sarkozy aura commencé à nous tirer depuis cinq ans et dans lesquelles on risque de retomber avec fracas si par malheur il était viré de l’Elysée ? Peut-être parce que la droite ne croit qu’au « réel », méprise la parole et de fait a tout faux puisque le réel dépend de la parole. La droite ne comprend jamais que « le réel » ne suffit pas. Et la gauche en profite toujours pour tourner la droite en bourrique. Ce que j’aurais souffert à Paris, à Nice, à l’université, au boulot, au bistrot, partout en France, devant ma télé, de me voir, de nous voir, nous, les gens de droite, systématiquement ratatinés par les gens de gauche. C’est vrai qu’on est nul. On ne pige rien à l’économie, aux flux financiers, aux « infrastructures » et d’ailleurs on ne veut pas piger. Ces corps sans organes nous ennuient. Cette matrice invisible et aliénante ne fait pas partie de nos catégories mentales. Pour nous, pauvres droitistes désemparés, la sociologie, c’est de l’hébreu. Comme Thomas, on ne croit que ce qu’on voit. Et on ne voit que nos intérêts – et encore pas toujours (la preuve, ce premier tour !). Notre Weltanschauung va de Pacman à Berzerk (ou si l’on préfère de Hobbes à Nietzsche) et ça nous suffit amplement. Normal qu’on se ramasse dans le débat socio-économique. Que pouvons-nous dire quand « eux », les gauchistes avisés, nous sortent Marx, Lukacs, Gramsci, Bloch, Négri, Bourdieu, Michéa, Rancière, Badiou ? Pour un empiriste de droite, cent idéologues de gauche. Et ils s’en foutent, les idéologues, qu’on leur rappelle que de Zapatero en Espagne à Papandréou en Grèce, toutes les politiques socialistes se sont soldées ces derniers temps en Europe par la faillite que l’on sait. La gauche échoue partout où elle passe, rien n’y fait, les gauchistes tiennent toujours le haut du pavé culturel – le comble étant que les droitistes sont prêts à leur donner le pouvoir parce qu’ils trouvent que leur candidat à eux n’est pas assez de droite. Fort de cette aberration intellectuelle (et même si « intellectuel » et « droite » sont à la limite du contresens), les intellos de gauche ont alors un boulevard ouvert pour poursuivre leur sociologie-fiction. Ce que nous appelons « le réel » relève pour eux d’une non-pensée typique, celle-ci découlant de l’ « hysteresis de l’habitus », bondieuserie bourdivine qui prétend que nous persistons à rester les mêmes et à penser les mêmes choses quelles que soient les situations, y compris celles qui nous les plus défavorables – un concept finalement beaucoup plus valable pour eux, les idéologues de gauche, que pour nous, les empiristes de droite, mais que les premiers arrivent à nous faire bouffer quand même. « Au fond, vous ne savez pas que vous êtes aliénés ». Lorsque l’idéologue, c’est-à-dire le gauchiste, a dit ça, il a tout dit et sait d’une certaine façon qu’il l’a emporté car oser une objection contre son concept d’aliénation est pour lui une façon de s’y retrouver pieds et poings liés. Tout le monde est aliéné pour le marxiste comme tout le monde est névrosé pour le freudien, surtout ceux qui trouvent à redire de ces dogmes. Impossible dès lors de se dépatouiller de ce qui englobe nécessairement la critique et qui donne toujours raison à celui qui se place stratégiquement du côté de l’englobant ou supposé tel. Pour le gauchiste, en effet, il y a toujours quelque chose « avant » la situation alors que pour le droitiste, il n’y a que de l’ici et du maintenant. Le premier pense le phallus sans la bite, le second pense la bite sans phallus. Et en effet, qu’en avons-nous à foutre, nous, les biteux de droite, de ces phallus compliqués auxquels on n’a jamais pensé ? De ces concepts improbables de paradigme holistique ou atomistique ou interactionniste ou régulationniste qui semblent sortis d’une conversation avec monsieur Spok ? De ces informations plus ou moins chiffrées qu’on sait pas d’où elles viennent ? Et pourtant, à la fin, c’est eux, les Body Snatchers de l’Ecole de Francfort, qui l’emportent. Discuter avec un gauchiste avisé, pour le type de droite, c’est sombrer dans un autre monde, un monde totalement inconnu de lui et dont la structure lui échappe parce qu’elle lui apparaît frappée du sceau de l’irréalité la plus totale. Mais une irréalité si bien dialectisée qu’elle va bientôt se révéler imparable sur le plan moral et idéologique, se prenant même des airs « scientifiques » pour assurer encore plus, et contre laquelle notre « homme qui est un loup pour l’homme » apparaîtra comme une brebis rhétorique bien démunie et notre « tout ce qui ne me tue pas m’endurcit » une piètre et très tuante figure de style. On ne plaint pas assez les défaites épistémologiques de la droite face à la gauche. Ayez pitié de nous, o vous, gauchistes avisés !
Et Henri Guaino vint. L'espoir changea de camp, le combat changea d'âme. Après vingt ou trente ans d’incompétence rhétorique et de nullité intellectuelle, la droite comprenait qu’il fallait intégrer la gauche dans son discours, citer Jaurès autant que Barrès, se réclamer de Clémenceau comme de Jeanne d’Arc, oser parler de civilisation et de culture sans se prendre aux filets de la culpabilisation antiraciste, et ne plus se laisser intimider par ces Torquemada de bazar que sont la plupart des journalistes. Grâce à la culture et à la verve guainienne, Sarko, déjà brillant boxeur, allait faire les plus beaux discours de droite entendus depuis longtemps et ce faisant ravaler, ratatiner, ringardiser la gauche comme elle ne l’avait jamais été de son histoire – ce qui, par réaction, allait produire cette nouvelle pathologie qu’est fondamentalement l’antisarkozysme. Qu’en France, le pouvoir culturel, c’est-à-dire la gauche, perde un chouia de son influence et c’est la croisade assurée contre celui, politique ou artiste, qui en est l’auteur. Qu’est-ce que c’était en 2007 que ce type qui mettait K.O Le Pen et Ramadan en deux prises ? Qui en finissait avec le racisme et l’antiracisme ? Qu’est-ce que c’était que ce politicien de droite qui non seulement n’était plus ridicule dans les émission de divertissement bobo mais ridiculisait lui-même l’amuseur ou l’animateur qui cherchait à le faire (Karl Zéro en 2007, toute l’équipe du Grand et Petit Journal de Canal + en mars dernier) ? Ce candidat sans complexes qui osait dire à tel animateur antiraciste : « vous acceptez que les électeurs lepénistes regardent votre émission, pourquoi devrais-je refuser qu’ils votent pour moi ? » Nicolas Sarkozy, le seul homme politique de droite de sa génération (et des autres) qui sut maîtriser comme personne autant le réel que le virtuel, le social que le mondain, l’économique que le symbolique – et qui de ce point de vue nous vengea de vingt ans de terrorisme bien pensant. 2007, ce n’était pas seulement la victoire d’un brillant candidat de droite, c’était le retour de la parole de droite au centre du dispositif. Et c’est ce centre, thérapeutique allais-je dire, qu’il ne faut pas perdre et que l’on risque pourtant de perdre à cause de vous, droitistes imbéciles, lepénistes obtus ou centristes perdus, qui ne voyez même plus le bouleversement moral et médiatique que l’actuel président a provoqué et que vous-mêmes souhaitiez pourtant de tous vos voeux. Comme le dit Jean Marichez dans une tribune qui circule sur le net depuis peu, et qui sur le plan technique est bien plus compétente que la mienne, et dont d’ailleurs je m’inspire : « il serait dommage de perdre le bénéfice du meilleur chef d’État que la France ait eu depuis longtemps ». Ouverture aux minorités visibles (ce que n’avaient fait avant lui ni Chirac ni Jospin ni Mitterrand et qui aurait dû rendre grotesque toute accusation de « racisme »), début de maîtrise, et quoi qu’en dise les excités du FN, des flux financiers et migratoires, invention de la présidence européenne que lui ont reconnu même ses ennemis (Sarkozy ayant remis la France au centre de l’Europe et l’Europe au centre du monde), succès inattendu de l’intervention en Lybie qui lui a conféré un statut de leader international, et last but not least, gestion zigzaguante, c’est-à-dire performante, de la crise – tel est le vrai bilan du métèque. Le vrai changement, ce ne fut jamais que lui, ce président anormal qui tenta de mettre la France à l’ordre du XXI ème siècle (ce qui pour un pays du XIX ème siècle était peut-être insupportable).
Hélas ! Le courage et les bons résultats ne suffisent pas à convaincre. L’opinion se fout des bilans. L’opinion veut la peau d’un mec. Et celle du président est à vendre. Tout le monde est contre lui et c’est pour cela qu’il faut, je crois, être avec lui. Rien que pour ce miracle d’avoir détotémisé les anciens mythes de gauche, chahuté le pouvoir des clercs et révélé la haine sordide d’Emmanuel Todd, je ne regrette pas d’avoir voté pour lui en 2007, et c’est parce que je tiens à ce que ce miracle continue que j’ai revoté pour lui hier et que je m’apprête à le refaire dans deux semaines. Je vote Sarkozy car je ne voudrais pas que la France se retrouve politiquement à gauche, elle qui l’est déjà culturellement bien assez. Je vote Sarkozy car il incarne le seul contre pouvoir que nous ayons en France à opposer au pouvoir culturel de la gauche. Et à ceux qui me parlent de « culture », et comment un « amoureux des lettres comme moi » peut se laisser autant aller à faire l’apologie d’un type qui s’est foutu un jour de la gueule de La Princesse de Clèves, je réponds toujours que La Princesse de Clèves, c’est pour moi, pas pour lui. Lui, il est là pour qu’on lise en paix La Princesse de Clèves. Il est là pour qu’on ne sombre pas. Il est là pour que la France existe dans le monde. Il est là, enfin, pour que les Français, ces ingrats, ne se sabordent pas comme ils savent si bien le faire. Il est là pour nous sauver de nous-mêmes et nous préserver de la crise. Il est là pour que notre mode de vie ne change pas, maintenant. Je vote Sarkozy parce que c’est le meilleur et le plus injustement haï (ce qui est presqu’un pléonasme). Je vote Sarkozy parce que depuis hier soir la surveillance de la parole par la gauche a déjà recommencé. Je vote Sarkozy parce que c’est le dernier vote punk.
Pierre Cormary
Mercredi 03 mai 2012, lendemain du débat Hollande / Sarkozy.
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07:33 Écrit par Pierre CORMARY dans Sarkozyste | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nicolas sarkozy, présidentielles 2012, droite, gauche, extrême droite, jean-luc mélenchon, intello de gauche, télérama, france, politique, polémique |
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23/04/2012
Chiennement vôtre - Une lecture du roman de Stéphanie Hochet, Les Ephémérides

« … on l’écoutait avec effroi. »
Depuis Ann Radcliffe, l’on sait que les femmes peuvent en remontrer aux hommes en matière de sexe et d’effroi. Et que généralement les hommes adorent ça même si peu l’avouent. Comme l’écrit Stéphanie Hochet, nouvelle Inquiéteuse des lettres françaises et que l’on peut affilier à tout ce qui s’est fait d’étrange et d’urticant en littérature du mal ces dernières années, elle-même spécialiste de la littérature anglaise, « il y a une stupéfaction supplémentaire [que j’ai cru d’abord lire : « satisfaction »] à entendre des horreurs quand elles sortent de la bouche d’une créature aux traits divins, pommettes délicates et tâches de rousseur. » Horreurs érogènes, donc. Horreur d’être soulagé de sa mort prochaine parce que l’on a appris que la fin du monde était proche – tel le peintre Simon Black, condamné par un cancer et qui se félicite de cette apocalypse annoncée qui emportera tout le monde au même moment et contrariera cette loi qui veut que sa propre mort n’empêche jamais que « la vie continue », sauf justement dans le cas d’un empoisonnement général de l’air. Horreurs artistiques que ce dernier, mi-Francis Bacon mi Joker, mène dans sa recherche du cri parfait en s’inventant un appareil à écarteler les lèvres. Horreurs érotiques, celles qu’inflige Tara à ses clients, généralement des hommes de pouvoir, dans un bordel de Glasgow, et dont les sévices tout maternels ne sont là que pour calmer l’ardeur de ces derniers à multiplier les lois répressives - les dominatrices n’ayant jamais été que de « braves filles » au service de l’intérêt général et dont pour son bien et pour son équilibre « le monde n’a jamais pu se passer ». Horreurs maternelles, surtout, incarnées par Sophie qui souffre d’une « pulsion maternelle hurlante incapable d’accepter même en rêve la séparation d’avec l’enfant », qui refuse la coupure du cordon ombilical jusque dans le langage lui-même, « l’enfant » devenant dans son esprit « lenfant », l’apostrophe du « l’ » étant annulé comme le père, le monde, et tout ce qui peut couper la mère coupable du fruit de ses entrailles : « lenfant sorti de mon ventre, venue de moi, chair de ma chair, un être réduit à cet état d’immaturité adorable, un bloc de pureté inaccessible au vieillissement, un corps que je peux saisir entièrement dans mes bras. » Impossible dès lors pour cette mère dévorante de se résoudre à éduquer sa fille, de peur de la contrarier, et cela même au risque de la destructurer. Mais à quoi bon structurer une enfant puisque nous disparaîtrons tous le 21 mars prochain ? Sans Dieu, tout est permis, désespérait Dostoïevski. Mais avec une fin du monde datée, tout est permis au carré, au cube. Tel est l’enjeu philosophique de ces Ephémérides : montrer que ce qui serait assurément des aberrations post-modernes si « la vie continuait » (et qui, même si l’auteur évite de théoriser son propos, apparaissent bien telles : le triomphe des marges, le retour de la déesse mère, l’individualisme institutionnalisé) se révèle des réactions vitales face à l’apocalypse virale. Mise au pied du mur, la vie retrouve son essence fasciste - ou si l’on préfère : sadienne. Car de toutes les horreurs contées avec un sens consommé de la polyphonie par l’auteur (et qui fait que ce livre, quintuple suspense sexuel, amoureux, filial, politique et eschatologique, se lit d’une traite), celle de cette nouvelle race pure de chiens féroces et invincibles qui survivrait à l’humanité et qu’ « enfantent » Tara et sa compagne Patty dans leur jardin n’est pas sans rappeler l’obsession de certains personnages de Sade à créer un crime ou une douleur qui ne s’arrêterait jamais, même après la mort de ceux et celles qui l’ont perpétrés. A la maternité régressive de Sophie répond la maternité frankensteinienne de ce couple de femmes bien décidées à créer une forme de vie réduite à son élément le plus sanguinaire, le plus apte à la survie et peut-être aussi le plus transmissible. Quelque chose entre les chiens zombies de Je suis une légende et Prédator. « Je serai heureuse, écrit « Tara », ou plutôt ce qu’il restera de moi sera heureux car ces créatures-là seront celles que j’ai élevées et chéries, elles me devront la vie, je continuerai de les aimer où que je sois, elles seront ma gloire, ma descendance en esprit. » La femme qui fait des méchants hommes de gentils chiens dans son donjon est la même qui transforme de gentils chiens en méchants hommes dans son chenil. Agit-elle ainsi pour se venger des hommes et ajouter une monstruosité finale et persistante à l’éradication de l’humanité ou bien a-t-elle en elle le besoin de transmettre la vie à tout prix, même la pire ? En tous cas, elle a cette croyance qu’on dit spécifiquement féminine en l’âme qui continue de veiller ses enfants « où qu’elle soit ». Malaparte, cité par Hochet, avait bien raison : « les dictateurs sont des femmes » - et la maternité, telle que la conçoit l’auteur des Infernales, la forme la plus aboutie du fascisme.
Au contraire, l’artiste ne veut pas d’enfant. Pour Simon Black, en effet, « il est urgent de casser le ronron de la fatalité génétique ». Et le couple qu’il va bientôt former avec le personnage le plus extraordinaire du roman, sans doute parce que le plus désirable, Ecuador, cette tchadienne peule pour qui l’Annonce est aussi une raison de se réjouir puisqu’elle vient de perdre sa fortune et que son seul désir est désormais d’utiliser ses derniers billets pour se noyer dans le champagne, comme dans un roman d’Amélie Nothomb, apparaîtra comme le seul par lequel sera rendu l’honneur d’avoir été humain. Quel plus emblématique fait du prince en effet que de s’isoler du monde pour s’aimer envers et contre tout et, loin de tout le vitalisme nihiliste qui anime les autres, de jouer pour la dernière fois à l’homme et à la femme ? Et cela sans oublier de se séparer de temps en temps, les deux amants ayant bien compris, contrairement à tous les autres personnages, que le « vivre ensemble » était l’ennemi le plus redoutable du « bonheur d’être ensemble ». S’ensuivent jeux de pistes et jeux de rôles, lui le docker, elle, la mondaine ; exploration de châteaux hantés, lui, Heathcliff, elle, Rebecca ; retrouvailles enchantées dans une cave-concert à la Mulholland Drive ; virées nocturnes en taxi où l’on n’est plus sûr de ce que l’on voit par la vitre et si le monde ne s’est pas métamorphosé en paysage aquatique, c’est-à-dire matriciel, originel, submaternel[1]. Merveilleuses pages performatives où la plume impeccable de Hochet fonctionne comme une caméra subjective et donne l’impression que tout se dilate ou se rétracte comme dans un rêve alcoolisé : « … la nuit a duré une seconde et dix jours, s’étendant comme un élastique et soudain c’était fini (…) Je me tourne vers Ecuador, allongée près de moi, elle vient d’allumer une cigarette, se redresse sur un oreiller. Elle me jette un regard d’oiseau de proie. « Comment, c’était toi ? » Elle prend une bouffée de cigarette. « Ou alors, c’est que je te vois partout. »
Combien d’occurrences du mot « voir » utilisées par l’auteur ? Combien de visions et d’hallucinations qui défilent les unes après les autres – et parfois de brouillages volontaires ? Vision de l’homme que la femme aime. Vision des couleurs paradisiaques ou infernales sur lesquelles se clôt le livre (et le monde avec). Vision de la fillette avec les chiens et de cette chose inenvisageable qui se passe (« regarde ce que la gamine est en train de faire ! ») et qu’on ne nous décrira pas. Paradoxe de ce style qui montre à voir autant qu’il cache, qui parle de « lacs comme des pupilles » et finit par dire, au dernier chapitre qu’ « on n’y voit plus rien », comme dans un rêve où ce que l’on voudrait le plus voir nous est systématiquement brouillé alors que le reste est très clair. Distribution et rétraction des lumières. Et peut-être schizophrénie du sens. Car qui voudrait donner un sens moral (dont le sadien fait partie) à tout cela serait bien embêté et se risquerait alors à embêter l’auteur. Cette talentueuse jeune femme qu’on devine féministe, engagée auprès des minorités, collaboratrice à ses heures au journal Libération, post-moderne en un sens, s’est-elle rendue compte qu’elle a commis un livre où les mères étaient infanticides à force de mauvais amour exclusif, où les lesbiennes engendraient des chiens nazis, et où le seul honneur et le seul bonheur de l’humanité résidaient dans le dernier couple hétérosexuel de l’Histoire et son « oui » étonnamment joycien que les deux amants se prononcent à la dernière page ? Si j’étais Stéphanie Hochet, je me méfierais de mon inconscient. Mais pas de mon style.

Pistes à suivre :
- un excellent interview de l'auteur avec la toujours précieuse Laureline Amanieux dans Le magazine des livres de ce mois.
- un dossier ultra complet sur l'ensemble de l'oeuvre de Stéphanie Hochet, avec critiques, entretiens, photos dans Paris-ci la culture.
[1] Un monstre marin traverse en effet deux fois le roman : en cette scène urbaine dans laquelle on a l’impression de voir par la vitre du taxi « des animaux étranges, invertébrés marins arpentant un tapis de coraux, avancent dans ce qui ressemble à un aquarium suspendu » (page 174) ainsi qu’en une scène précédente où l’on surprend Sophie en train de rêver que sa fille se transforme en pieuvre : « j’ai cru qu’un animal marin m’enserrait de ses tentacules » (page 143). Monstre, mère, pieuvre, eau originelle, métamorphoses – avis aux universitaires tentés par une thèse qui pourrait s’intituler « De l’eau matriciel au feu du ciel : le problème de l’élémentaire et de l’eschatologie dans l’œuvre de Stéphanie Hochet ».
12:24 Écrit par Pierre CORMARY dans Lire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : stephanie hochet, les éphémérides, rivages, littérature, critique, post-modernité, apocalypse, fin du monde, écriture féminine, ann radcliffe |
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17/04/2012
Stéphanie Hochet, Marin de Viry, Sophie Brissaud et Bruno Deniel-Laurent ce mois-ci dans Le Magazine des Livres.
Le 24 avril, dans Le Magazine des Livres :

Sophie Brissaud : le temps de Déméter.
Il y a le livre des récompenses et il y a le livre des punitions. Le premier s’intitule Au champagne ! (40 recettes de chefs autour du champagne), le second Ever green food. Quoiqu’avec Sophie Brissaud, l’écrivaine-cuisinière-photographe-théiomane-globe trotteuse- blogueuse, qui a signé ces deux beaux ouvrages, la cuisine verte et bio peut, elle aussi, participer aux récompenses. Telles ces « Morilles, feuilles de capucine, raisins et oignons » dont la photo nous fait baver, page 56, ou ce « Faux Parmentier de racines », page 197, dont il faut, pour l’obtenir, « rapidement flétrir les épinards ou les blettes » - ainsi, l’on peut « flétrir » les légumes pour les rendre meilleurs. Triple plaisir de ce livre culinaire, visuel et littéraire ! A chaque page son régal et sa langue. A chaque saison, sa collection de recettes – car l’une des leçons de Sophie Brissaud est de respecter les saisons, chaque produit ayant la sienne. Ne déréglons pas notre alimentation sous prétexte que le climat se dérègle, et rappelons-nous que nos ancêtres n’avaient pas d’œuf en hiver, les poules n’en pondant pas… jusqu’à la Chandeleur. Les « Tiges de rhubarbe épicées », cet « amuse-bouche taquin, croustillant, frais et épicé », seront délicieuses au printemps, tandis que les « Calzoncelli de marrons de Frassineto » bienvenues en automne. Mais moi, ce que je voudrais, c’est ce « Hareng à la fourrure », pardon, « sous la fourrure », page 149, ne serait-ce que pour utiliser la « mandoline à julienne » (quelle belle appellation pour une râpe !....
A SUIVRE.

Golgotha mondain
Une lecture de Mémoire d’un snobé, par Marin de Viry
« Et quand je serai mort
J'veux un suaire de chez Dior! »
Boris Vian, J’suis snob
Ah le snobisme ! La seule chose au monde que nous ne pardonnons pas ! « Nos puissances d’indignation sont infinies lorsqu’il s’agit de snobisme, écrivait René Girard dans Mensonge romantique et vérité romanesque. Ce crime est le seul, peut-être, que notre littérature d’avant-garde, pourtant si éprise de justice, ne songe jamais à "réhabiliter" ». S’il ne fallait ne retenir qu’un seul mérite au livre drolatique de Marin de Viry, qui en contient bien d’autres, ce serait d’avoir tenté la réhabilitation de celui-ci. Le snobisme vu non du point de vue pratique, moralisant et hautain de celui qui snobe les snobs (et qui l’est d’autant plus qu’il les méprise car comme l’écrit encore Girard : « l’indignation qu’excite en nous le snob est toujours la mesure de notre propre snobisme »), mais de celui, autrement plus risqué, du snobé – soit de l’humilié, de l’exclu, du Ridicule (au sens de Patrice Leconte). Une sorte de désespoir du pauvre en quelque sorte ou d’enfant pas assez gâté – qui fait d’autant plus mal que ce mal sera moqué ou blâmé. Car souffrir d’être snobé est souffrir deux fois : à la vexation sociale s’ajoute la mortification morale. « TLBM » (« tu l’as bien mérité ») comme on dit en langage « VDM » [« vie de merde »]. C’est que le snob, contrairement au criminel, appartient à l’univers de tout un chacun. Il est donc plus facilement identifiable puis méprisable car il incarne tout ce que nous faisons mine de condamner : la trahison de soi-même, la mutation mauvaise de l’être en paraître, le mimétisme. En singeant autrui, le snob flétrit son être - et pire remet en place des frontières sociales que nous avions cru abolies depuis longtemps. Est snob en effet celui qui s’asservit à une hiérarchie sociale imaginaire – généralement germanopratine......
A SUIVRE....

Bruno Deniel-Laurent : D'Ardent Désir
Quand il n’est pas en train de faire quelque chose de dangereux ou de subversif (on se rappelle les revues Cancer !, Tsim Tsoûm et Impur qu’il avait créées), ou quand il ne va pas faire du ski nautique sur les rives du Mékong ou de l’Euphrate façon Apocalypse Now, Bruno Deniel-Laurent revient se ressourcer dans son Anjou natal et redevient le gentil garçon qu’il n’a au fond jamais cessé d’être. Là, tout n’est que Châteaux, Beurre blanc et Muscadet, Rillauds, Rillettes et Vitraux, Orchidées, Boules de Fort et Mouchoirs de Cholet. L’Anjou, que les Révolutionnaires ont cru devoir rebaptiser « Maine-et-Loire », la plus belle et la plus envoûtante région de France ? Grâce à cet abécédaire amoureux, que « BDL » signe avec son compère Raphaël Bodin, on aurait tendance à le croire - et cela même si l’Angevin ne paie pas de mine. A l’instar de Clark Kent, alias Superman, celui-ci est pourtant un super héros au sens étymologique du terme, « Angevin » provenant en effet d’« Andégave » ou « Andécave », du nom de l’ancienne tribu gauloise qui occupa longtemps la majeure partie de cette région, et dont le préfixe « ande » signifie « hyper » et « cavaros » : « géant », « champion » ou « héros ».
A SUIVRE...
Et toujours :

Chiennement vôtre
Une lecture du roman de Stéphanie Hochet, Les Ephémérides
..... La femme qui fait des méchants hommes de gentils chiens dans son donjon est la même qui transforme de gentils chiens en méchants hommes dans son chenil....
A SUIVRE.
13:48 Écrit par Pierre CORMARY dans Joseph Vebret | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : le magazine des livres, joseph vebret, stephanie hochet, les éphémérides, rivages, marin de viry, mémoires d'un snobé, pierre-guillaume de roux, ever green food, sophie brissaud, catherine madani, la martinière, l’anjou en toutes lettres, un abécédaire amoureux, par bruno deniel-laurent, raphaël bodin, editions siloé |
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