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19/01/2015

Enquête sur la servitude humaine

 

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« Une idée extrêmement déplaisante me vint. »



Romancier de la déréliction et de la proximité, de la mutation et du milieu, de la survie et de l’anéantissement, Michel Houellebecq nous offre aujourd’hui son livre le plus inquiétant, le plus ambigu, le plus accompli. Moins sophistiqué  que La possibilité d’une île, plus engagé (et de fait moins « goncourable ») que La carte et le territoire, Soumission renoue avec la veine dévastatrice et drolatique, à notre avis la meilleure, de Plateforme, des Particules et d’Extension. Jamais en effet la fiction n’aura été si visionnaire et de l’ordre du probable. Jamais l’abolition de l’individu dans un dispositif qui l’aliène autant qu’il le caresse n’aura été aussi bien mise en ligne. Jamais le désespoir n’aura paru à ce point désirable.  En vérité, cette soumission est une conversion et qui, comme toujours chez Houellebecq, prend d’abord une forme sexuelle. La comparaison entre l’homme soumis à Allah et la femme soumise à l’homme est de ce point de vue aussi obscène que bienvenue : l’islam, nous dit l’auteur, est une Histoire d’O pour mâles en détresses –  votant à droite par-dessus le marché ! Et de nous offrir l’une de ses théories socio-sexuelles dont il s’est fait le spécialiste depuis Extension du domaine de la lutte : si l’ultra libéralisme n’était que le résultat de la « jouissance sans entraves »  chère aux soixantuitards, l’islamisation de la France est moins le résultat de l’immigration massive que le désir secret de la droite conservatrice et catholique à retrouver un ordre social fort, sécuritaire, patriarcal, transcendant – et polygame. Autant le triomphe du capitalisme était le triomphe des libidos les plus « gagneuses » sur le terrain, autant le triomphe de l’islam sera celui du désir masculin placé en perpétuelle émulation conjugale – car avoir plusieurs femmes signifie surtout............... LA SUITE ICI.

 

PS qui n'a rien à voir : à noter que j'ai été privé d'annotations sur Facebook pendant trois jours à cause de l'image de Wolinski qu'on peut voir ici et que j'avais mis en couverture.

Et toujours, mon interview sur Atlantico.

 

 

20:59 Écrit par Pierre CORMARY dans Joseph Vebret | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : houellebecq, soumission, islam, salon littéraire, wolinski, je suis charlie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

13/01/2015

"Aggraver le réel" (interview Atlantico sur Houellebecq à propos de Soumission)

Interview donnée sur Atlantico la veille du carnage Charlie Hebdo.

 

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Le journaliste Ali Baddou vient de déclarer que la lecture de Soumission "lui donnait la gerbe". Michel Houellebecq déteste les élites, qu'elles soient politiques, culturelles ou médiatiques. Il les provoque volontairement en publiant un tel roman. Houellebecq tente-t-il de piéger les polémistes en les emmenant sur le terrain glissant qu'est celui de l'Islam et de l'islamophobie ?

D'abord, je ne crois pas que Houellebecq "joue", ni même qu'il ait une "stratégie". Sa notoriété internationale, son Goncourt, et l'engouement de son public, qui en fait la seule rock-star de la littérature française, lui ont donné une liberté immense dont aucun autre écrivain français ne peut se gargariser. Il est aujourd'hui au sommet de son art, à la fois extra-lucide et subjectif, et entre deux films et un album pop avec Jean-Louis Aubert, continue son travail romanesque commencé avec Extension du domaine de la lutte en 1994. Il a donc autre chose à faire que de provoquer les média pour le simple plaisir de les provoquer, même si en effet ces derniers le sont - il faut dire qu'un rien les provoque, ces pauvres choux ! (Enfin, l'on parle là des media de gauche qui commencent à perdre la bataille culturelle et qui n'en reviennent pas !) Non, si l'on considère Houellebecq comme un grand romancier, eh bien, on dira qu'il se contente d'exposer sa vérité sur l'état de la France d'aujourd'hui - et qui est partagée par un grand nombre de gens du grand ou du petit public. C'est l'impact sur le public qui est la véritable provocation. Comme De Gaulle voulait s'adresser à la nation en passant par dessus les partis politiques, Houellebeq parle à ses lecteurs en sautant par dessus ceux qui voudraient régler la conscience de ces derniers. D'où les critiques qui reviennent sans arrêt sur la "responsabilité de l'écrivain" et qui sont toujours une façon de liquider la littérature par l'idéologique. En vain, heureusement.

Les polémiques se déchaînent de façon exponentielle par rapport au contenu du livre, lequel s'avère en fait plutôt nuancé. Il ne s'agit en vérité pas d'un brûlot de haine anti-Islam. En suscitant de grossières polémiques, Michel Houellebecq cherche-t-il à se positionner plus haut que les autres dans le débat ?

Encore une fois, je ne crois pas qu'il cherche à se "positionner" à la manière d'un intellectuel médiatique qui cherche la posture la plus avantageuse, et qui bien souvent, dans les milieux parisiens, est celle de l'ironie facile ou de la fausse hauteur de ton qui refuse le débat par mépris du débat (du genre "moi qu'ai fait quinze ans de socio en Sorbonne, j'peux vous dire que Houelleberk, c'est pas ça ! Ni Balzac ni Zola, d'ailleurs !"). Tristes sires qui snobent Houellebecq en refusant de le prendre au sérieux, au fond qui l'évitent, le fuient, et ce faisant, passent à côté et de leur époque et de l'écrivain qui l'a stigmatisée le mieux. Parce que voilà, ces Précieux Ridicules, ces Trissotin et ces Vadius (et je cite Molière sciemment car il ne faut jamais oublier que Houellebecq est un prodigieux auteur comique) ne veulent pas être stigmatisés. Et le bouffon sans vergogne qu'est tout écrivain digne de ce nom, et que lui est sans conteste, oblige à leur déculturation. Car c'est cela un grand écrivain : quelqu'un qui déculturalise, c'est-à-dire qui arrache, sans anesthésie, le vernis culturel, idéologique, déontologique des uns et des autres - et d'ailleurs tous "soumis" les uns aux autres. De ce point de vue, l'insoumission houellebecquienne est formidable.

On vient de le dire, Soumission n'est pas un appel à la haine des musulmans. C'est plus complexe. Ainsi une partie de la gauche ne s'est pas exprimée. Houellebecq ne porte pas dans son cœur la gauche qu'il qualifie de "bien-pensante", mais qui peut aussi le défendre en tant qu'artiste. Houellebecq veut-il aussi les mettre dans une position délicate et ambiguë de cette façon là ?

Soumission est en effet moins une livre sur l'islam que sur la dégénérescence de la France et d'ailleurs moins sur la France que sur la République. Le modèle républicain laïc a vécu autant que l'athéisme de masse imposé par le libéralisme depuis trois siècles. Houellebecq l'explique en ce moment un peu partout : 

« La seule théorie authentiquement perdante en ce moment, dit-il dans une interview publiée dans le Figaro-magazine dans quelques jours, c'est l'idéologie débutée avec le protestantisme, atteignant son apogée au siècle des Lumières et aboutissant à la Révolution, fondée sur l'autonomie de l'homme et le pouvoir de sa raison. Ça, c'est une idéologie qui est très mal partie ; je ne lui ai d'ailleurs même pas donné la parole dans mon roman. »


Vous avez raison de faire remarquer que toute la gauche ne s'est pas exprimée sur ce livre et que l'on a pas mal de raisons de penser qu'une partie de celle-ci, disons la partie "traditionnelle", orthodoxe, "intelligente" allais-je dire pour faire le malin, celle qui était sociale avant de virer sociétale, la gauche "chevènementiste" en un mot, appréciera le livre à sa juste valeur. S'il y a dissensus, ce sera donc entre la gauche Terra Nova et gauche tendance "Laurent Bouvet" (d'ailleurs souvent traité de réac par ses "amis" de gauche). En attendant que le président Hollande donne son avis lui aussi puisque paraît-il, on va le lui lire... Lui qui, disait-on, n'était pas très littéraire, le voilà bien servi depuis quelque temps.

S'il parvient à faire taire certaines critiques, est-ce pour demeurer, là encore, au-dessus des débats ? Afin de prouver qu'il a raison, s'entend.

Si certains s'étranglent ou s'étouffent dans leur "gerbe", eh bien, ce livre aura moins servi à quelque chose... Non, plus sérieusement, il ne s'agit pas, pour un romancier, d'avoir "raison" idéologiquement contre tel ou tel, mais bien de mettre en scène les idéologies dominantes et de bien montrer les filiations paradoxales qu'il peut y avoir, et contre toute attente, entre celles-ci : ainsi, par exemple, le fait que les musulmans soient naturellement et sociétalement "de droite", et comme la Manif pour tous l'a prouvé, et cela même s'ils votent pour l'instant encore à gauche pour de simples et compréhensibles raisons d'intérêt et de survie. Mais sur le plan des valeurs profondes, identitaires, musulmans et catholiques sont d'accord, et c'est ça qui fait s'étouffer de rage la gauche morale socialo intello. (Je ne suis pas trop méchant, là, même pour Atlantico ?)

Michel Houellebecq est un provocateur certes, mais il a des idées et pense sincèrement que l'Islam menace l'occident (qu'il critique aussi). Finalement ces stratégies n'ont-elles pas pour unique but de faire passer son message ? En court-circuitant ses ennemis, par la polémique ou le silence, le message reste présent et n'est pas souillé.

Cessons de parler de "stratégie" et de "provocation". Si Houellebecq s'est imposé comme le plus grand écrivain français, c'est parce qu'il a su saisir à a fois objectivement et subjectivement notre époque. Objectivement, parce qu'il faut être aveugle pour ne pas voir les forces en présence et les tensions qui animent la société française d'aujourd'hui et qu'il a su repérer comme pas un, quitte à "aggraver le réel", comme il dit - mais n'est-ce pas le travail du romancier, qui plus est naturaliste, de le faire ?  Subjectivement, parce que beaucoup d'entre nous, dont votre serviteur, se sont reconnus dans ses personnages depuis toujours. Le succès de Houellebecq, bien plus qu'un succès médiatique fondé sur la provocation est un succès intimiste fondée sur la consolation (et dont la "soumission" fait sans doute partie.) On aime Houellebecq non pas seulement pour le bordel qu'il provoque (et qui fait partie du plaisir, avouons-le) mais mais aussi et surtout par l'apaisement qu'apporte sa parole qui est une parole de vérité - car bizarrement, la vérité apaise. On l'aime pour cette écriture douce et dogmatique, subtile et imparable, apparemment neutre et ô combien personnalisée. On l'aime parce qu'il nous rend raison.

(Questions Jean-Sébastien Létang.)

 

 

 Une critique du magnifique Soumission, suivra, bien entendu, la semaine prochaine...

-------------------A PART CA-----------------------------------------------------------------ET APRES LA MARCHE DU DIMANCHE SEPT JANVIER, UNE "PREMIERE" POUR MOI,-------------- ----------------------------------------------------------------------------------------JE SUIS ET RESTERAI CHARLIE---------------

 

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07:44 Écrit par Pierre CORMARY dans Houellebecq mon prochain | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : michel houellebecq, soumission, islam, islamisme, atlantico | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer

03/01/2015

2014 - Mes douze films fascistes de l'année

Dans l'ordre chronologique :

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Nymphomaniac, de Lars von Trier ou l'essence fasciste du sexe (et d'ailleurs du cinéma.)

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Pas mon genre, de Lucas Belvaux, ou le fascisme socio-culturel entre un bobo et une prolo.

 

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Les amants électriques, de Bill Plympton, ou le fascisme de l'amour passion.

 

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Film anti-fasciste remarquable (et le meilleur film en 3D jamais fait.) Mais la beauté n'est-elle pas fasciste elle aussi, hein ? Hein ?

 

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X-men, Days of future days, ou le monde sauvé par des supers héros fascistes (pléonasme). Depuis, je ne rêve plus que d'être bastonné par la fille bleue.

 

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A la recherche de Vivian Maier, documentaire assez inoubliable sur une photographe fasciste (plus au sens existentiel qu'au sens politique, on est d'accord....). T

 

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Winter Sleep, de Nuri Bilge Ceylan (palme d'or à Cannes), ou le fascisme doux et oriental d'un pays archaïque qui se pense moderne (c'est bien ça, Alexandre Kadermann ?)

 

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Un monde qui vient de sortir du fascisme mais qui a du mal à trouver un autre fonctionnement et qui doit survivre envers et contre tout. Qui chez nous est capable d'arriver à ce point de métaphysique réaliste ?

 

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Gone girl, ou le fascisme féminin en acte. Indépassable dans le genre tordue féroce fatale (c'est bien ça, Nathalie Bati ?)

 

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Iranien, de Mehran Tamadon. Ou comment la rhétorique fasciste (ou barbare) roule dans la farine l'humanisme occidental. Aussi indispensable que Houellebecq.

 

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Whiplash, de Damien Chazelle. "Je préfère faire un bon film fasciste qu'un mauvais film de gauche", a confié le metteur en scène à Chronicart. Putain, moi aussi. LE FILM DE L'ANNEE, sans conteste.

 

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Le petit Quinquin, par Bruno Dumont (événement Arte de cette année), le fascisme du nord, de l'enfance et de la pureté ("le diable extermine les dépravés"). Pas vrai, Carpentier ??!!

 

+

 

 Les douze déceptions, ratages, oublis, loupés :

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Celui-là, je suis passé à côté, c'est clair. Et c'est mal.

 

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Film intéressant mais n'arrive-t-il pas (beaucoup) trop tard ? Olivier Noël dit que non.

 

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Le corps politique (et fasciste) de Gérard Depardieu dans sa splendeur et son horreur. Film discret, austère, anti-spectaculaire et pourtant film extraordinaire sur un damné conscient.

 

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Le meilleur jeu vidéo de l'année est aussi un remarquable film sur le temps. Le film de science fiction vidéo de l'année.

 

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Ratage atroce qui fait mal. On ne comprend plus rien à ce que veut faire Gilliam depuis vingt ans et c'est tragique. L'archétype du "grand cinéaste" qui est devenu fou, incompétent, archi nul. Comme si Kubrick avait fini par faire.... du Terry Gilliam justement !

 

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Bien que participant tout à fait à la carrière très cohérente de Scarlett (la femme artificielle, absente ou d'ailleurs incarnée dans ce film, comme dans Her et Lucy cette année...), une oeuvre décevante, déjà ringarde, aux images jamais au niveau (comme dans le précédent Birth, l'un des films les plus frustrants de ma vie, alors qu'il avait tout pour devenir un de mes fétiches : une femme adulte amoureuse d'un garçon de 11 ans qui n'est autre que son mari réincarné...), et pourtant qu'on aurait voulu aimé. Mais non, impossible.

 

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Culturellement flatteur. Intellectuellement "élitiste". Socialement avantageux. Du cinéma purement parisien, mais quoi ? Chacun ses péchés véniels...

 

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Petit film français socio honnête, bien joué et très attachant. Je le reverrai avec plaisir.

 

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Le contemporain capital est aussi un grand acteur comique.

 

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Ah oui, punaise, il y avait ça aussi cette année ?!

(Et je l'ai vu !!!???)

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Ennui total, n'en déplaise à Pascal Labeuche.

 

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Ce "2001 pour les nuls" tiendra-t-il encore le choc dans six mois ? Epaté quand j'en suis sorti, je me demande aujourd'hui si j'aurais envie de le revoir (ou sinon dans très longtemps à la télé.) Car le seul critère qui vaille réside dans la reprise.

 

 

 

 

 

11/12/2014

Le poète et l'empereur II

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4 - "Après Napoléon, néant".

Le constat revient comme un leitmotive. Aucune tergiversation possible : l'Histoire s'est terminée par lui, avec lui et en lui. Et c'est bien ce que Chateaubriand lui reproche : on a tant souffert l'Ogre qu'on veut désormais une poire. On veut du bourgeois réconfortant, rassurant, bien-pensant. On veut Louis-Philippe et tout ce qui va suivre un bon bout de temps en France et qui trouve peut-être son accomplissement avec notre président actuel, la prospérité et l'héritage en moins.

Et pourtant... Napoléon aurait pu être Washington s'il avait voulu. Là où le premier a érigé un empire fulgurant et éphémère, le second a construit une civilisation modérée et persistante. Là où l'un a travaillé contre le temps et a fait que le temps s'est vengé, l'autre a travaillé avec et pour le temps et le temps l'a récompensé. Les Etats-Unis d'Amérique seront désormais toujours en avance sur nous - quoiqu' aussi sur toute l'Europe, consolons-nous.

Napoléon, c'est l'homme providentiel qui a trahi la providence. Le sauveur qui nous a perdus. Non le diable qui met ses pouvoirs au service de Dieu comme Merlin mais le dieu ou l'ange qui met ses pouvoirs au service de lui-même comme Lucifer.

Il faut admettre la sincérité et la douleur de Chateaubriand face à la déception que lui a causé l'empereur - et comme le dit Fumaroli, ne pas réduire les MOT à une apologie de lui-même du genre "Napo et moi." L'égotisme, ou même le narcissisme, ne sont, dans les Mémoires, qu'une méthode d'approche. C'est le monde qui intéresse le moi de l'auteur et c'est l'autre (et quel autre en la personne de ce Corse génial !) qui aiguise son style. Fumaroli encore :

"Nous n'avons pas affaire dans les Mémoires à un moi de littérateur aigri qui s'époumone pour obscurcir en vain une gloire de chef d'Etat qui le chagrine, mais au parallèle de de deux génies, de deux fortunes, de deux métaphysiques, de deux politiques, de deux régimes de la parole d'ordre différent et incompatible, qui se sont croisés dans la même époque"

- et dont le paradoxe est que si l'un a été politiquement le sujet de l'autre, l'autre a été littérairement le sujet du premier et lui doit une part de son éternité. Le mémorialiste a-t-il été conscient que tout en voulant juger le conquérant devant l'Histoire, il l'a grandi malgré lui ? Alors oui, peut-être aurait-il dû "parler d'autre chose" :

"Aurais-je dû parler d'autre chose ? [Mais] quel personnage peut intéresser en dehors de lui ? De qui et de quoi peut-il être question, après un pareil homme ?"

On se le demande, en effet.

Rappelons que les deux hommes ne se sont rencontrés qu'une seule fois lors d'une courte entrevue en 1802 chez Lucien Bonaparte et pendant laquelle celui qui était encore Premier Consul aurait dit au poète qu'il avait bien compris le sens de son Génie du Christianisme et qu'il saurait s'en servir.

Au bout du compte, tout aura rapproché et séparé ces grands caractères - y compris leurs penchants érotiques. Tous deux grands amateurs de femmes, l'un fut un prédateur, l'autre un charmeur. La femme - média pour l'empereur, médium pour le poète. Dans les deux cas, on ne peut pas dire que celles qui auront été aimées par l'un et l'autre auront été bien traitées. Joséphine et madame de Récamier auraient pu se comprendre si elles s'étaient connues. On rêve d'une correspondance imaginaire....

 

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5 - Ecrire pour soi ou écrire pour la France ? Dans la Vie de Napoléon, le "je" de l'auteur en tant qu'acteur est rare et épars, "aussi latéral que Fabrice à Waterloo", dit Fumaroli. En revanche, le "nous" fait bientôt son apparition en tant que choeur de France qui s'oppose au "il" de l'empereur-prédateur :

"Sous l'Empire, nous disparûmes ; il ne fut plus question de nous, tout appartenait à Bonaparte."

L'historien poète, que l'on accuse si souvent de narcissisme, se veut le porte-parole de la collectivité, et notamment des soldats, ses "camarades", morts ou blessés au combat pour l'Ogre - et dans des pages qui annoncent déjà Voyage au bout de la nuit :

"Quelques survivants partaient ; ils s'avançaient vers des horizons inconnus qui, reculant toujours, s'évanouissaient à chaque pas dans le brouillard. Sous un ciel pantelant, et comme lassé des tempêtes de la veille, nos files éclaircies traversaient des landes après des landes, des forêts suivies de forêts et dans lesquelles l'océan semblait avoir laissé son écume attachée aux branches échevelées des bouleaux. On ne rencontrait même pas dans ces bois ce triste et petit oiseau de l'hiver qui chante, ainsi que moi, parmi les buissons dépouillés. Si je me retrouve tout à coup par ce rapprochement en présence de mes vieux jours, ô mes camarades ! (les soldats sont frères), vos souffrances me rappellent aussi mes jeunes années, lorsque, me retirant devant vous, je traversais, si misérable et si délaissé, la bruyère des Ardennes." (Retraite de Russie).

Chateaubriand, écrivain des Français contre l'Empereur des Français ? Le paradoxe est que le premier aurait souhaité un régime à l'anglaise, libéral et parlementaire, alors que le second resta aussi français, soit aussi capétien, jacobin et gaulliste, qu'un monarque centralisateur et autoritaire peut l'être.
Leur point commun est qu'ils échoueront tous les deux, l'un dans la durée de son despotisme, l'autre dans son rêve de libéralisme.

"La France impériale n'aura été qu'un songe [de dix ans : 1804 - 1814], la France royale et libérale n'aura été qu'un entracte [1804, puis 1830]."

Les MOT auraient tout aussi bien pu s'appeler "illusions perdues". Au fond, le Corse n'aura jamais été qu'un "parvenu" et le Breton qu'un "émigré" - soient deux personnalités toujours en marge de leur "pays", essayant en vain d'agir sur celui-ci. Au moins, Bonaparte aura eu le pouvoir et une action réelle sur le pays - alors que Chateaubriand sera allé de déception idéologique en échec politique et dont le plus cruel fut sans doute de ne pas avoir réussi à convaincre Louis XVIII, lors du retour de Napoléon de l'île d'Elbe, d'organiser la résistance parisienne contre lui plutôt que de s'exiler une nouvelle fois à Gand. Si Napoléon avait été arrêté dans son "vol de l'Aigle", et selon un plan de Chateaubriand qui avait de vraies chance de succès, assure Fumaroli, c'est toute l'Histoire de France qui en aurait été changée - en plus de celle de ce dernier qui aurait été sanctifié comme "sauveur de la patrie". Mais peut-être n'aurions-nous pas alors les MOT.

"La torture de l'homme empêché de réussir est devenue la providence de l'écrivain."

Il est vrai que le mythe de l'écrivain sauveur... en est toujours resté un. Récemment, Michel Houellebecq avait aussi des projets constitutionnels pour la France.

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6 - Finissons.

Le drame de Chateaubriand est qu'il croyait au "il aurait pu être une fois" et que c'est comme toujours le "il était une fois" qui a gagné. Comme tant de libéraux chrétiens, il a cru à l'action morale, à l'Histoire salvatrice, à l'individu providentiel - à l'idée que le réel n'est pas tant une addition de faits qu'une spirale de possibles. Hélas, le fait l'emporte toujours sur le possible. Le fait conduit inexorablement au fatalisme. Le tragique pulvérise le moral. Le destin écrase la raison. La force elle-même, si honnie, remplace le salut.

"C'est la grandeur de Napoléon d'obliger à aller au fond des choses", note Fumaroli, et de se rendre compte que, comme le disait Don Juan à Sganarelle : "va, va, le ciel n'est pas aussi exact que tu le penses...."

Napoléon est le Satan amoral et admirable de notre Histoire. Car ce qui reste dans la mémoire des hommes est moins la vérité que la légende, moins le vrai et le bon que le beau, moins le moral que le sublime. Même si nous l'avons perdu, même s'il était injuste, même si l'esclavage en faisait partie, l'empire a été une grande et belle chose. Même s'il était légèrement psychopathe, Napoléon reste notre grand homme. Il faut vraiment être dénué de tout instinct de grandeur, de tout nietzschéisme (de satanisme !) pour ne pas être sensible à ces quinze ans qui ne furent rien moins que l'Iliade française. Fumaroli a eu beau le traiter de totalitaire et de pré-léniniste, il finit par écrire de lui :

"Fils des Lumières, l'empereur, à force de miracles brutaux, a ranimé contre les Lumières, dans l'Europe qu'il avait cru domptée, le génie archaïque des nations."

Certes, on regrettera toujours qu'il ait, à un certain moment, préféré la conquête à la réconciliation, l'ailleurs à la France. Alors qu'il avait gagné toutes les guerres qu'on lui avait faites, il se mit à perdre toutes les guerres qu'il entreprit. Il nous a laissé le néant alors qu'il pouvait nous laisser mille ans de grâce. Il est vrai que la France est naturellement belliciste :

"Une expérience journalière fait reconnaître que les Français vont instinctivement au pouvoir ; ils n'aiment point la liberté ; L'EGALITE SEULE EST LEUR IDOLE. OR, L'EGALITE ET LE DESPOTISME ONT DES LIAISONS SECRETES. Sous ces deux rapports, Napoléon avait sa source au coeur des Français, militairement inclinés vers la puissance, démocratiquement amoureux du niveau." (Chateaubriand)

Après Napoléon, néant, donc - c'est-à-dire médiocrité, fausseté, absence de sens et de profondeur, en un mot : Restauration. Après la mort de l'empereur, le poète, alors, de se souvenir encore et toujours de lui - et de faire remarquer au lecteur comment lui-même fut remarqué par celui qui restera comme "la dernière des grandes existences individuelles" :

« “…. si Chateaubriand, qui venait de rendre à Gand d'éminents services, avaient eu la direction des affaires, la France serait sortie puissante et redoutée de ces deux grandes crises nationales. Chateaubriand a reçu de la nature le feu sacré : ses ouvrages l'attestent. Son style n'est pas celui de Racine, c'est celui du prophète. Si jamais il arrive au timon des affaires, il est possible que Chateaubriand s'égare : tant d'autres y ont trouvé leur perte ! Mais ce qui est certain, c'est que tout ce qui est grand et national doit convenir à son génie, et qu'il eût repoussé avec indignation ces actes infamants de l'administration d'alors [Mémoires pour servir à l'Histoire de France sous Napoléon, par M. de Montholon. Tome IV, page 243. (N.d.A.)] . "
Telles ont été mes dernières relations avec Bonaparte. - Pourquoi ne conviendrais-je pas que ce jugement chatouille de mon coeur l'orgueilleuse faiblesse ? Bien de petits hommes à qui j'ai rendu de grands services ne m'ont pas jugé si favorablement que le géant dont j'avais osé attaquer la puissance. »

Ne lui reste alors plus qu'à rêver d'un autre possible, d'un autre monde, d'une autre vie qu'il aurait pu avoir, celle d'un "arabe de rivage" oisif et contemplatif mais qui n'aurait jamais écrit ce qu'il a écrit. Chateaubriand a raté sa carrière politique, a sans cesse été contrarié dans sa croyance et sa morale, a peut-être regretté ce qu'il a été. Tant pis pour lui, tant mieux pour nous :

« Ah ! si du moins j'avais l'insouciance d'un de ces vieux Arabes de rivage, que j'ai rencontrés en Afrique ! Assis les jambes croisées sur une petite natte de corde, la tête enveloppée dans leur burnous, ils perdent leurs dernières heures à suivre des yeux, parmi l'azur du ciel, le beau phénicoptère qui vole le long des ruines de Carthage ; bercés du murmure de la vague, ils entroublient leur existence et chantent à voix basse une chanson de la mer : ils vont mourir. »

Mais qui, de ces deux-là, est vraiment mort ?

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14:53 Écrit par Pierre CORMARY dans Napoléon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : napoléon bonaparte, chateaubriand, poésie et terreur, marc fumaroli | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | |  Imprimer