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09 - Egalité et réconciliation

 

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A toi, Nathalie B., infâme fatale.

Revenons à sa haine de l'Unique. Son européanisme non-chrétien. Son rejet absolu du libéralisme - mais l'histoire de l'Europe n'est-elle justement pas celle du christianisme (au secours Ratzinger !) et du libéralisme (au secours, Pierre Manent !) ? De quelle « alternance » européenne Deub's est-il le nom ? Avouons-le : les indécences intellectualistes et idéalistes dont il se rend coupable de temps en temps nous font quand même mal au cul - quand il déclare, par exemple, un peu à la Alain Badiou, avoir plus de sympathie pour

« les Khmers rouges et les communistes du Vietnam qui avaient une foi [plutôt que pour] les « GI's désoeuvrés et drogués qui n'en avaient pas ».

Lorsque Sade rappelle que l'idéalisme est naturellement sanguinaire, Deub's pourrait en prendre de la graine. On peut critiquer les dérives du capitalisme, les excès du libéralisme, on ne peut les comparer à l'horreur communiste. Le capitalisme n'est pas criminogène, le communisme, si. Ce point n'est pas négociable.

Pourtant, l'homme s'affirme démocrate au sens fort : seul le peuple est souverain et doit « participer ». Alain de Benoist ou la démocratie participative. Non pas, bien entendu, sur le mode libéral qu'il abhorre (« un homme, un vote ») mais bien sur un mode républicain pur jus (« un citoyen, un vote ».)

Son « maître à penser », c'est Stéphane Lupasco, « le Hegel du XX ème siècle », dont l'idée physico-philosophique est de définir la structure du réel comme contradictoire et selon un processus de potentialisation et d'actualisation. Entre les trois formes de la matière-énergie (la macrophysique, la vivante et la psychique), le réel se déploie dans des conflits qui lui sont inhérents mais en récupérant toujours ce qui le contrarie - ce qu'il appelle, si j'ai bien compris, ce qui n'est pas si sûr, « le tiers-inclus ». Une sorte de dynamique du contradictoire et du conciliant à travers laquelle sont rendue possibles la diversité, l'hétérogène et la différenciation - le contraire du processus monothéiste, selon Deub's.

« Les choses réelles peuvent être ceci et cela, elles peuvent être une chose et son contraire », écrit-il.

Mieux, chaque chose génère son contraire.

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« Sur le plan social, par exemple, les tendances novatrices potentialisent des tendances réactionnaires, et vice versa. »

Qu'en termes héraclitéens ces choses-là sont dites ! Et j'espère que tu vas en prendre de la graine, Nathalie, petite colombe en sucre. Car oui, prendre conscience de la grande contradiction des choses, c'est les approuver toutes, ou du moins, c'est comprendre la valeur relative de chacune, et pouvoir les utiliser en fonction de nos besoins et de nos intérêts, et selon une logique purement machiavélienne : telle force à laquelle je m'oppose d'habitude peut devenir mon allié en certaine circonstance (exemple actuel : l'Iran, la Syrie et les USA, alliés objectifs contre Daesh, ennemi commun s'il en est). D'où le paradoxe alléchant que c'est la conscience de la contradiction qui génère la tolérance et le vivre-ensemble. C'est lorsqu'on sait que les choses sont originellement contraires qu'elles peuvent être appréhendées comme complémentaires, voire érogènes (homme & femme).

Tout cela est admirable et je le partage en grande partie puisque pour moi, c'est justement la définition du..... libéralisme (et dont Machiavel fut précisément l'un des pères fondateurs : il y a une "fécondité du mal" dans la mesure où le mal nous permet de sortir de soi et de percevoir l'autre comme différent et érotique. « Le méchant est sacré », disait Jung dans son Livre Rouge.) Et lorsque Deub's s'affirme alors non pas tant comme un homme « ni ni » (ni à droite ni à gauche) mais au contraire comme un « homme de droite de gauche ou de gauche de droite », j'entends, moi, qu'il se définit comme l'homme libéral par excellence. LA RECONCILIATION EST UNE NOTION LIBERALE.

En revanche, je ne le suis plus lorsqu'il parle de l'opposition « christianisme / paganisme » comme d'une opposition irréductible, puisque, comme l'ont montré Chesterton et Simone Weil, le christianisme est d'origine païenne autant que d'essence juive. Comme quoi, on est tous libéral ou socialiste, monothéiste ou polythéiste, chrétien, juif ou païen, irréductible ou coulant - mais pas aux mêmes endroits ni aux mêmes moments. La vraie différence entre toi et moi, ce que j'appelle le « glaive » (mais qui pourrait s'appeler indistinctement distinction, abîme, écart ontologique), ce n'est pas que tu es rouge, qu'il est bleu, et que je suis blanc, non, c'est que tu es rouge, bleu blanc, ici, qu'il est bleu, blanc, rouge, là, et que je suis blanc, bleu, rouge ici et là. Tu as compris, Nathalie Bati ?

 

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Commentaires

  • Bonjour Montalte,

    Quelle série passionnante une fois encore !

    Malgré un point de désaccord, lorsque tu écris (à mon avis dans ton idée plutôt que dans celle d’Alain de Benoist) : « On peut critiquer les dérives du capitalisme, les excès du libéralisme, on ne peut les comparer à l’horreur communiste. Le capitalisme n’est pas criminogène, le communisme, si. Ce point n’est pas négociable. »

    Euh… ce point n’est pas négociable… en 2015 !

    En l’espèce, je suis toujours attristé de voir les gens s’évertuer à « choisir »… Comme si telle était la question. Comme si le Bolchévisme était l’alternative au libre-échange – et non le rejeton historique, si ce n’est l’avorton logique de l’économisme inhumain ? (Et de toutes façons, aucun ordre, aucune doctrine sociale n’est légitime au regard de l’Évangile. Les Chrétiens n’ont pas le droit d’être dupe du monde, car Satan est le roi de la terre ; et sous ce rapport la recherche du « moindre mal » est le pire des péchés contre l’Esprit.)

    Encore s’agît-il du moindre mal ! Mais tâcher de nous convaincre que le « nerf de la guerre » est une « colombe de la paix », c’est tout le travail des libéraux – éternels justificateurs de la violence illimitée du Capital. La violence des pauvres c’est du « populisme » – la violence des riches, de la « science économique », affirment sans vergogne tous les Barbier serviles du monde (des aèdes, Aristote ne retient que le génie du mensonge). Je dis qu’une telle foutaise ne tiendra plus longtemps le haut du pavé philosophique.

    En réalité la bourgeoisie (mutée en classe capitaliste, c’est-à-dire en technocratie financière) a bien plus de morts et de vies brisées sur la conscience… que le prolétariat et même « le Parti ». Et aujourd’hui plus que jamais – tandis que les financiers se sont vus autorisés par les USA à spéculer sur les matières premières (blé, porc, lait, arachides…), entrainant des dizaines de millions de mort depuis 2008. Bien sûr que si le capitalisme est essentiellement criminel, criminogène, et génocidaire au besoin.

    Que les riches ne fournissent aucune justification eschatologique à leur cannibalisme économique ne confortera que ceux qui se payent de mots – tels nos chroniqueurs littéraires salariés dans la fonction publique, lesquels excusent, voire célèbrent avec emphase un libéralisme qui les fascine tels des puceaux jaloux – de cette fascination naïve et drôle comme l’héroïsme inutile de Fabrice à Waterloo. – Et moi qui bosse dans le secteur financier – soit le secteur où la théorie libérale s’invalide le plus catégoriquement, tandis que s’y vérifie journellement l’inconscience dévorante du Capital – je tiens pour insignifiantes, et même odieuses, toutes les bondieuseries libérales tirées d’une longue expérience livresque.

    Le libéralisme, c’est l’inconscience autoproclamée rationnelle. Pas étonnant, dès lors, que toute l’Histoire du capitalisme, depuis le premier jour, ne soit rien d’autre finalement qu’un attentat sous faux drapeau permanent.

    Ceci dit avec toute l’estime intellectuelle éprouvée à l’égard de l’auteur de ce blogue…

  • Salut Guit'z et merci de ta fidélité, comme on dit.

    C'est vrai que j'ai du mal avec la critique intégrale du libéralisme. Je peux reconnaître aisément les dérives de celui-ci, ses excès, sa vulgarité, parfois sa violence, et avouer encore mieux qu'il y a quelque chose qui me dégoûte dans sa psychologie (prendre des risques, aller en solo, abolir toutes les frontières, "devenir soi" comme dit Attali, sans compter son côté égalitariste sélectif du "plus fort qui gagne", du Struggle of life). Mais en même temps, il m'est très difficile d'y renoncer en soi. Le libéralisme, avant d'être une doctrine économique du laisser faire et de la main invisible, est une doctrine politique qui a permis à l'Europe du XVI ème siècle de sortir peu à peu des guerres de religion, qui a donné à l'Etat puis à l'individu de trouver son autonomie en rompant avec les anciennes transcendances, qui a été synonyme d'ouverture et de tolérance (Locke). Bref, qui est impossible à rejeter tant nous en sommes imprégnés. Le libéralisme, au fond, c'est l'Histoire de l'Europe. Ce qui a permis de sortir de la religion, de se faire à la démocratie, d'imposer les droits fondamentaux, de légitimer les droits de l'homme. Avant toutes choses, c'est ça le libéralisme. Et ce n'est pas un hasard si le monde entier, surtout les pays les plus pauvres, y aspirent.

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