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A propos de l'affaire Matzneff/Springora - Littérature et morale - LE DIABLE PORTE PIERRE

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« Alors, tout ça, c’est vrai ? Je ne suis pas… une fiction ? » 

Vanessa Springora, Le Consentement, page 177

 

 Elle est compliquée, l’affaire Matzneff/Springora. Elle est compliquée car elle mélange tout, littérature et morale, morale et loi, délits et écrits, réalité et journaux intimes, responsabilité et subjectivité, lecture et adhésion. Mais ce faisant, elle est salubre car elle nous oblige à réviser notre perception de la littérature.

 

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Avouons-le : on lui en a d’abord voulu à Vanessa Springora, de déboulonner comme ça l’écrivain préféré de nos dix-huit ans. Car il faut plaider coupable : nous aussi avons beaucoup aimé Gabriel Matzneff en nos classes d’hypokhâgne, portant en bandoulière Le Défi et Cette Camisole de flammes, nous mettant, avec plus ou moins de bonheur, au dandysme, à l’orthodoxie, aux passions schismatiques et pensant des choses aussi dérisoires et sincères que « je veux être Matzneff ou rien ». Et même si nous avons, depuis, tenté de grandir (tu parles !), ou de prendre nos distances, nous l’avons toujours suivi et sans doute le suivrons-nous jusqu’à la fin, ce cher Séraphin, ce Faust des Philippines, divin scélérat qui nous aura appris l’art d’être heureux plus que nul autre, énergumène qui nous aura éveillés, enchantés, consolés et qui, nous en prenons le pari, et quoi qu’il arrive à son œuvre ou à sa personne, sera encore longtemps le prince des jeunesses happy few

À qui est capable de l’entendre, nous tenterons d’expliquer pourquoi l’auteur du Sabre de Didi a compté pour nous – pourquoi lorsqu’on est un jeune homme ou une jeune femme un brin sensible et qui traîne des blessures réelles ou imaginaires, on est naturellement attiré par l’écrivain sulfureux, réprouvé, romantique ; pourquoi c’est lui et non un autre qui nous aide à combler nos solitudes, à panser nos écorchures, à nourrir nos révoltes, nous vengeant, à sa manière aristocratique et poétique, de l’enfer social, scolaire ou familial. C’est à cela que « sert » un écrivain maudit – à pratiquer l’Amor fati, à accepter sa singularité, à approuver ses propres folies (et qui n’ont rien à voir avec les siennes, se sent-on immédiatement obligé de préciser tant l’infâme soupçon pédophile s’insinue désormais partout et notamment l’égard du ou de la téméraire qui ose prendre la défense du « pédocriminel », le mot le plus excitant du moment). Matzneff, c’est l’anti-suicide par excellence, la sérotonine qu’il faut recommander aux jeunes gens « qui en ont un peu marre », comme dirait cet autre schopenhaurien de Michel Houellebecq. Rien de plus cathartique, apophatique et tonique que la lecture de ces livres considérés comme « criminels » depuis quelques semaines et que l’on va bientôt se passer sous le manteau, l’auteur de Maîtres et complices étant en passe de devenir le seul auteur français interdit de son vivant – notre époque cathare, d’une pédophilie désormais toute écologique, LGBTQI+ et transgenre, ayant décrété que seul le passé était coupable et punissable et que si la littérature, désormais réseau social comme un autre, voulait continuer à être, elle devait se conformer aux algorithmes et aux chartes de bonne conduite. 

Car c’est bien de littérature qu’il s’agit dans cette affaire et même d’un cas d’école juridico-littéraire absolument inédit dans l’histoire de nos lettres. Que reproche-t-on, en effet, à Gabriel Matzneff ? D’avoir couché ou d’avoir écrit ? D’avoir aimé des adolescentes et profité de la prostitution enfantine à Manille dans les années 70 ou d’en avoir fait des récits pour Gallimard ? D’avoir été hors-la-loi pour de bon ou de s’en être vanté à la télévision ? Par ailleurs, un livre, tout Journal intime qu’il soit, peut-il être utilisé comme une pièce à conviction contre son auteur ? Que valent exactement sur le plan légal des « aveux » littéraires ? Comment mener un procès contre quelqu’un dont on ne connaît les « crimes » que parce qu’on les a lus dans ses propres livres dûment publiés depuis cinquante ans par les plus prestigieuses maisons d’édition ? Et si l’on veut se faire l’avocat du diable qui, en l’occurrence en a bien besoin, à quoi renvoie l’écriture intime sinon à la subjectivité extrême de celui qui la pratique ? Il y a quelque chose qui relève du Meurtre de Roger Ackroyd dans cette affaire Matzneff : le narrateur s’affirme coupable, soit, mais cela suffit-il pour l’être vraiment et surtout pour le prouver ? Que les littéralistes, ces barbares anti-littéraires, s’offusquent tant qu’ils veulent, un journal intime publié ne saurait rien prouver – pas plus d’ailleurs qu’une lettre d’amour écrite par une jeune fille de quinze ans à un monsieur de cinquante et que celui-ci a beau jeu de ressortir trente-cinq ans plus tard pour prouver la véracité de cet amour, ce qui, dans tous les cas, est une façon de le dévoyer, sinon de le violer. Si l’on peut reprocher quelque chose à Matzneff, et ce que Vanessa Springora lui reproche d’ailleurs elle-même, ce n’est pas tant d’avoir couché avec elle de quatorze à seize ans que de l’avoir couchée sur papier, de l’avoir enfermée dans ses livres à lui – la transformant qui plus est, et comme toutes les autres, en personnage de gamine hystérique dont on n’entend plus à la fin que les gémissements ridicules alors qu’ils sont des hurlements de douleur… exactement comme dans le supplice du taureau de Phalaris[1] qui a donné le titre à l’un des classiques de l’auteur. Ce faisant, et c'est peut-être le pire, il l’aura rendu suspicieuse vis-à-vis des livres, elle qui les aimait tant depuis l’enfance :   

« Avant même de savoir lire et écrire, j’en fabriquais avec tout ce qui me tombait sous la main : des journaux, des magazines, du carton, du scotch, de la ficelle. Aussi solides que possible. D’abord l’objet. L’intérêt pour le contenu viendrait plus tard.

Aujourd’hui, c’est avec méfiance que je les observe. Une paroi de verre s’est dressée entre eux et moi. Je sais qu’ils peuvent être un poison. Je sais quelle charge toxique ils peuvent enfermer. » 

L’écrivain qui dégoûte de la littérature en enfermant celle qui l’a aimée dans la sienne – le voilà, le péché irrémissible de Matzneff, le vrai drame de Springora et l’enjeu de son livre. Avoir compris, à son corps défendant, que la littérature peut démolir. Avoir pris conscience, avec Marcel Proust cité en exergue de son premier chapitre, que « notre sagesse commence où celle de l’auteur finit » et que là où nous voudrions qu’il nous donne des réponses, il ne peut nous donner que des désirs – et dans le cas de cette dernière au risque de se détruire ou de devenir folle. 

 

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Viviane et Merlin, célèbre photo de Julia Magaret Cameron, 1874

 

Viviane et Merlin 

En vérité, La Camisole de flammes, c’est elle qui l’a supportée pendant trente ans. Et si, aujourd’hui, elle lui rend la pareille en l’enfermant à son tour dans un livre qui fera date (et pour des raisons qui ne sont pas simplement morales ou juridiques mais bien littéraires, spirituelles, existentielles), on ne peut qu’admettre que cela soit de bonne guerre. L’ancienne petite amante qui ose se mettre sur le même terrain que le grand écrivain et qui force les lecteurs de ce dernier à devenir les siens, quelle jolie vengeance de femme et quel salubre conte de fées ! Vanessa Springora, nouvelle fée Viviane qui enserre son Matzneff l’enchanteur dans sa propre parole. Œil pour œil, livre pour livre. 

Pour autant, et même s’il risque de porter « un rude coup au narcissisme hypertrophié de Gabriel »[2], comme l’a dit Roland Jaccard lui-même, ami historique de Matzneff, Le Consentement est le contraire d'un règlement de comptes. C'est un livre noble et solaire, héroïque et rédempteur et qui, mieux que toutes les tentatives imbéciles de censure ou de poursuites judiciaires, rendra désormais difficile la lecture de « Gab la Rafale » ou plutôt l’éclairera d’un jour nouveau. À l’adolescente flamboyante et caractérielle de La Prunelle de mes yeux et d’Harisson Plaza se substitue une femme blessée et résiliente qui réussit le tour de force de raconter la vérité de son emprise amoureuse (pléonasme) sans narcissisme ni ressentiment. 

Osera-t-on dire que nous attendions depuis longtemps un récit comme celui-ci qui puisse nous éclairer sur le versant caché du journal de l’archange aux pieds fourchus ? Car tout matznévien que nous étions, nous sentions bien que la vérité de Marie-Elisabeth (en général, l’amante préférée des lecteurs), de Francesca (la plus ardente) et de Vanessa (la plus violente), n’était pas forcément celle qu’en donnait leur amant trop magnifique. Tout lecteur de Journaux intimes, s’il est honnête, sait que ce qu’on lui raconte « au jour le jour » relève de la plus haute subjectivité et que le plaisir réel qu’il y a à suivre les aventures immanquablement fabuleuses du diariste va de pair avec le sentiment qu’il nous ment comme un arracheur de dents. Et dans le cas qui nous occupe, il est clair qu’entre la candeur narcissique perpétuellement satisfaite du beau Gabriel et la réalité de ses relations amoureuses, toujours rapportée à son avantage, devait exister un sacré décalage, celui-là même que vient de révéler Vanessa dans un retournement littéraire sans précédent et qui nous oblige à réviser toute notre perception de la littérature. 

Jusqu’à présent, Matzneff jouait sur les deux tableaux du « vivre/livre » nous piégeant tous, personnages et lecteurs, dans un pacte autobiographique, infernal s’il en est, et dont lui seul pouvait sortir si on l’ennuyait trop : demandant à ses lecteurs qu’on le croit sur parole, il se récriait aussitôt à l’idée que l’on retourne sa parole contre lui. Calamité pour juristes, « Calamity Gab » pouvait présenter ses écrits comme rapportant des actes mais sitôt que ces actes l’accusaient, il avait beau jeu de rappeler qu’ils n’étaient que des écrits. Pareil avec ces « personnages » inspirés de personnes réelles mais réinventés pour les besoins de la cause. Par exemple, celle qui inspira la Delphine de Voici venir le fiancé (2006) put bien à l’époque se plaindre tout son saoul auprès de ses proches qu’elle avait été maltraitée par le grand écrivain, on ne lui répondit jamais qu’elle n’était qu’un personnage littéraire, « emmerdeuse fort attachante », dont elle devrait être au contraire très fière, tout en disant à ce dernier qu’il l’avait croquée comme personne – le lecteur étant en ce sens l’infâme collabo de l’auteur. 

Mais voici qu’un beau jour, un personnage se rebiffe et propose sa propre version. Sur le plan légal, l’on n'est pas plus avancé (les faits sont prescrits et de toute façon les faits étaient surtout des phrases), mais sur le plan psychologique, dramatique, et donc littéraire, l’effet est cataclysmique. Car l'écrit de « Vanessa » Springora (qui devient ainsi un nom et quel nom ! On dirait celui d’une guerrière sortie de Kill Bill[3] !) répond aux écrits de ce G.M. – lui-même réduit à ses initiales.  D’aucuns pourraient rétorquer que cette parole est toute aussi subjective que sa parole à lui, mais comme l'on est dans une bataille des subjectivités, cette subjectivité-là, et parce qu’elle provient de l’univers matznévien, l’emporte naturellement sur toutes les fausses objectivités et vraies leçons de morale que l’on a vu dégouliner ces derniers temps sur les réseaux sociaux et de la part de gens qui pour certains refusaient de lire son livre (ou le lisaient par-dessous la jambe) sous prétexte que son autrice ne condamnait pas son ancien amant comme eux auraient voulu qu’elle le condamne[4]. Aux yeux des justiciers du dimanche, le récit springorien traînait trop de circonstances atténuantes, de complications psychologiques, c’est-à-dire d’histoire réelle, d’amour blessé, d’humanité – et qu’au bout du compte, la victime du prédateur  les dégoûtait autant que celui-ci, et que si ça ne tenait qu’à eux, les vertueux de la onzième heure, on les brûlerait tous les deux sur la place publique, lui pour l’avoir corrompue, elle pour s’être laissée corrompre jusqu’au bout et avoir fourni un livre qui, loin d’être le portrait à charge qu’on espérait, ose encore faire dans le nuancé, le subtil, l’ambigu, l’amoral, l’ambivalent qui est le maître-mot du Consentement

« Il y aurait quelque part une voie à suivre, ou à découvrir. C’est ce que disent les taoïstes. La voie de la justesse. Le bon mot, le geste parfait, le sentiment irréfutable d’être là où il faut, au bon moment. Là où se trouverait la vérité nue en quelque sorte.

À quatorze ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de cinquante ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’heure du goûter. De tout cela j’ai conscience, malgré mes quatorze ans, je ne suis pas complètement dénuée de sens commun. De cette anormalité, j’ai fait en quelque sorte ma nouvelle identité.

À l’inverse, quand personne ne s’étonne de ma situation, j’ai tout de même l’intuition que le monde autour de moi ne tourne pas rond.

Et quand, plus tard, des thérapeutes en tout genre s’échineront à m’expliquer que j’ai été victime d’un prédateur sexuel, là aussi, il me semblera que ce n’est pas non plus la “voie du milieu“. Que ce n’est pas tout à fait juste.

Je n’en ai pas encore fini avec l’ambivalence. »

 

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Vertus de l’ambivalence 

C’est cette ambivalence qui donne au Consentement son intérêt et sa justesse – et permet à Springora de reprendre la cosmogonie matznévienne dans une contre-offensive point par point. Comment ce que lui conçut comme une histoire de rédemption était en fait une histoire de malédiction. Comment son amour à elle était pur et vrai alors que le sien était impur et listé. Comment, surtout, la relation entre enfants n’a rien à voir avec la relation entre enfants et adultes. Ainsi de l’anecdote, à l’école maternelle, du petit garçon nouvellement circoncis et qu’elle aide, en bonne camarade, à « faire pipi droit » en lui tenant son zizi, précisant au lecteur par la voix de la directrice : « je vous rassure, à cinq ans, ce genre de jeux n’a rien d’anormal. Je voulais juste que vous soyez informé[s]. » Plus tard, ce seront les jeux interdits sous la tente avec d’autres enfants où l’on guette avec « le désir trouble, plein de terreur, que quelque chose bascule, qui ne vient jamais », épisode subtilement raconté et qui est là aussi pour rappeler que la sexualité infantile n’a rien à voir avec la pédophilie - et contrairement à ce que pensent, justement, les pédophiles. 

Du reste, les saloperies sexuelles des adultes faites aux enfants, ce n’est pas par le pédophile qu’elles commencent mais bien par le père qui, surprenant un jour sa petite fille à jouer avec ses poupées de Barbie et de Ken, lui lance un « alors, ça baise ? » particulièrement abject et qui dans l’esprit du lecteur sera tout aussi choquant que les futurs agissements du « monstre ». 

Enfant précoce, lettrée, perdue entre une mère soixante-huitarde paumée et un père obscène et brutal, comment n’aurait-elle pas été séduite par cet homme aux « yeux d’un bleu surnaturel », à la présence « cosmique » et qui, lors d’un dîner mondain, s’intéresse à elle comme nul autre adulte ne l’a encore jamais fait jusqu’à présent et dont on dit qu’il est un écrivain renommé ? Encore une fois, on ne va à Matzneff, en vrai ou en livre, que pour se consoler de sa vie, y trouver un sens olympien et, sans doute, se venger des médiocres qui nous entourent. 

Coïncidence des coïncidences ou signe des signes, la première phrase du premier livre qu’elle lit de lui commence par sa date de naissance complète, jour, mois, année : « Ce jeudi 16 mars 1972, l’horloge de la gare du Luxembourg marquait midi trente… » [5]. Entre le regard que cet homme vient de poser sur elle et qui l’a rendue à sa farouche beauté et ce livre qui semble écrit pour elle, l’adolescente s’exalte. « Je m’observe devant la glace et me trouve maintenant plus jolie. Envolé, le crapaud dont le reflet me faisait fuir dans les vitrines des grands magasins ». G.M., c’est ce vilain monsieur qui transforme les filles moches (ou qui se croient telles) en déesses désirables et désirantes. Comment y résister ? Dieu n’avait qu’à pas rendre le diable si séduisant. 

« Je suis amoureuse, je me sens aimée, comme jamais auparavant. Et cela suffit à gommer toute aspérité, à suspendre tout jugement sur notre relation. (…) Ce que je découvre dans les bras de G., ce domaine de la sexualité adulte jusque-là si impénétrable, est pour moi un nouveau continent. J'explore ce corps d'homme avec l'application d'une disciple privilégiée, j'assimile avec gratitude ses enseignements et me concentre sur les exercices pratiques. J'ai le sentiment d'avoir été élue. »

Élue par une sodomie, éructeront les Denise Bombardier et autres tricoteuses. Il est vrai que la page en question peut glacer, mais non pas tant à cause de l’acte lui-même qu’à cause des mots que lui prononce G.M. à cet instant, précisant qu’il la prend « comme un petit garçon », expression qui soulève le cœur et comme si le vrai scandale, plus que sexuel, n’était toujours que langagier. 

Il n’empêche : c’est bien dans le refus de se moraliser après coup, de trahir la jeune fille amoureuse qu’elle était en se donnant rétroactivement une réaction normative et pénale que réside la noblesse de Springora et fait de son livre un « dramma giocoso » où, comme dans Don Juan, le personnage principal est peut-être un criminel mais tous les autres autour de lui sont des imbéciles à la criminalité latente. Bien plus répugnante, en effet, que la sodomie matznévienne, la scène du baiser sur la bouche du compagnon de la mère (qui sachant que sa fille couche avec un adulte se croit permis lui aussi d’essayer avec elle). Et ahurissante, celle du gynécologue qui, apprenant que Vanessa a du mal à se donner à son « copain », se propose de l’inciser sous anesthésie afin qu’elle accède « aux joies du sexe ». 

« Je ne sais si on peut dans ce cas parler de viol médical ou d’acte barbare. Mais quoi qu’il en soit, c’est bien sous le coup – habile et indolore – d’un bistouri en inox que je deviens enfin une femme. » 

Si Vanessa s’est faite "violée" à quatorze ans, ce n’est donc pas forcément par celui qu’on croit. Et les pères de famille qui parlent « de casser la gueule à Matzneff » si celui-ci « avait touché à leur gosse », comme témoignent tant de commentaires crâneurs sur Facebook et ailleurs, en seront pour leurs frais – d’autant que le père n’est pas à l’honneur dans Le Consentement, pas plus d’ailleurs qu’il ne l’était dans les Journaux de Matzneff. Sur ce point, les deux écrivains sont d’accord. Le père reste dans le récit de sa fille le sale butor lâche et violent qu’il était déjà dans La Prunelle de mes yeux – et comme l’illustre cette scène saisissante où Vanessa, alors hospitalisée à cause d’un streptocoque, lance à son géniteur venu lui rendre visite par devoir, que son amant s’appelle G.M., bien consciente que lui avouer cela, c’est se venger de lui. 

« Touché, et en plein cœur. J’affiche mon sourire le plus satisfait. Mais la réaction est cataclysmique. Pris d'une rage incontrôlable, il s'empare d'une chaise en métal, la soulève puis la projette contre le mur. D'un revers de main, il balaie quelques ustensiles médicaux posés sur une table d'appoint et se met à vociférer, débitant une bordée d'injures, me traitant de petite putain, de traînée, tempête que ça ne l'étonne pas, ce que je suis devenue, avec la mère que j'ai, impossible de lui faire confiance, une pute, elle aussi, crache tout son dégoût envers G., ce monstre, cette ordure et jure qu'il le dénoncera à la police, à peine sorti de l'hôpital. (…)

Je reste prostrée, en apparence sous le choc, mais pas mécontente de mon effet.

Si cette déclaration n’est pas ce que les psychanalystes appellent un “appel à l’aide“, alors je ne sais pas ce que c’est.  Mais inutile de dire que mon père ne portera jamais plainte contre G. et que je n’entendrai plus parler de lui. Cette révélation fournit au contraire un alibi parfait à son incurie naturelle. »

 

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Telle que la scène est écrite, impossible pour le lecteur de partager la colère stérile et au fond, douteuse, de ce père qui apparaît là bien plus ridicule que le débaucheur de sa fille – et dont le destin a voulu qu’il meurt pendant les semaines de promotion qui suivirent la sortie du livre, et comme si celui-ci l’avait tué. Si l’écrivain a toujours quelque chose de l’ange exterminateur, alors, Vanessa Springora en est un véritable. L’ancien objet fictionnel qu’elle était, en devenant sujet et auteur, ne va plus faire de quartier.  Et c’est toute la société de l’époque qui passe sous son épée tarantinesque, gens de lettres en premier lieu – ne sauvant que Jean-Didier Wolfromm, l’ancien critique du Masque et la plume, connu pour sa férocité drolatique mais qui apparaît ici comme le seul bon gars de l’histoire (le seul également ayant l’honneur d’apparaître sous son vrai nom[6]), celui qui la réconforte et, surtout, qui l’incite à écrire. Bel hommage à cet homme moche, souffrant de poliomyélite et d’une grave maladie de peau mais qui apparaît comme le contraire symétrique de G.M., et selon cette logique propre des contes de fées que le vrai crapaud n’est pas toujours celui qu’on croit. C’est lui, son vrai mentor et non l’amant sublime de l’hôtel Taranne (d’ailleurs, pas si sublime que ça, voir le détail sexuel et tragicomique de la page 128) qui non content de l’avoir clouée comme un papillon dans son Journal ne s’est jamais intéressé au sien, la dépossédant de sa propre écriture, écrivant ses dissertations à sa place et ne l’encourageant jamais à trouver sa vocation littéraire. L’initiation gréco-romaine par laquelle on devient adulte et poète dans les bras d’un adulte poète, et que lui a tant vanté dans ses livres, tu parles ! « L’écrivain, c’est lui » et rien que lui.

 

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Sources Babelio

 

« Celle qui n’a pas voulu croire à cette fiction. » 

Un drôle d’écrivain en vérité et qui a fait de nous de drôles de lecteurs. Tentons le purgatoire de la nuance. Nous l’avons dit au début, nous avons adoré les livres de Matzneff et nous les aimerons toujours, les relisant à l’occasion, notamment en ce moment et à cause de tout ce qui lui arrive et qui est proprement gerbant (retrait de ses livres par ses propres éditeurs ; suppression de l'allocation annuelle de la part de l'Etat, via le CNL ou Conseil national du livre ; procès annoncé l’an prochain pour « apologie de crimes », c’est-à-dire, encore une fois, pour écrits et non pour faits ; appel à témoins de la dernière chance car il faut quand même avoir de quoi remplir un dossier pour l’instant désespérément vide). Hideuse morale qui veut faire la justice sans la justice ! 

Cependant, il faut bien avouer qu’il y a toujours eu quelque chose qui nous a gênés dans son œuvre. Au-delà des quelques lignes incriminées du Galop d’enfer (journal 1977 – 1978) concernant son tourisme sexuel à Manille et qui ont circulé ad nauseam sur la toile ces derniers temps, lignes qui comme tout un chacun nous avaient fait saigner les yeux quand nous les avions lues il y a trente ans, ce qui nous décevait le plus chez ce lecteur de Dostoïevski est que la dimension dostoïevskienne manquait cruellement à ses livres. Si la grande littérature est là pour montrer le mal, et souvent sur arrière-fond chrétien, alors Matzneff qui semble ne jamais le voir, ni le penser ni le sentir, est un piètre écrivain. Il a beau parler admirablement du Christ, du Fiancé et du feu mêlé d’aromate d’Héraclite, il en reste toujours au stade esthétique ou hédoniste (qu’il n’est certes pas interdit d’apprécier en tant que tel mais qui est loin des abîmes pascaliens que l’on chercherait en vain chez lui). Un esthète qui du reste ne supporte rien de ce qui pourrait affecter sa pureté toute pédophile et qui a une véritable phobie des altérations physiques. Ainsi de cette scène stupéfiante où Vanessa, s’apercevant un jour sous sa douche qu’elle a une éruption cutanée sur les bras et la poitrine, vient montrer naïvement celle-ci à son prince et provoque chez lui une impression horrifiée, celui-ci se cachant les yeux pour ne pas voir les plaques rouges et lui lançant un ignoble : « non mais pourquoi tu me montres ça ? Tu veux me dégoûter de toi, ou quoi ? » Quel est donc cet écrivain qui ne supporte ni le mal, ni le laid, ni le négatif, ni l’impur – et qu’une de ses dernières amantes appelait avec une affection non dénuée de dérision « Petit Chou », surnom qui nous laissait perplexe au début mais qui somme toute lui va comme un gant et sonne comme une accusation ? 

Car si « Petit Chou » ne voit jamais le mal et l’évite dans ses livres, c’est peut-être parce qu’il le fait dans la vie et par eux, chacune de ses publications devenant pour Vanessa une nouvelle descente en enfer. « Pour ses lecteurs, ce ne sont que des mots, de la littérature. Pour moi, c’est le début d’un effondrement ». Désormais réduite à un personnage de papier, l’adolescente se désubstantialise de jour en jour, passant en outre aux yeux du public de « Petit Chou » comme la méchante de service.   

« G. instrumentalise désormais notre relation en l’étalant au grand jour à travers le prisme le plus avantageux pour lui. Son entreprise de lavage de cerveau est machiavélique. Dans ce journal, il a transformé notre histoire en fiction parfaite. Celle du libertin reconverti en saint, celle du pervers guéri, celle de l’infidèle qui s’est acheté une conduite, fiction écrite mais jamais vécue, publiée avec le décalage qu’il se doit, c’est-à-dire le temps que la vie se soit dûment dissoute dans le roman. Moi je suis la traîtresse, celle qui a ruiné cet amour idéal, celle qui a tout gâché en refusant d’accompagner cette métamorphose. Celle qui n’a pas voulu croire à cette fiction. » 

Dégoûtée par les mots, elle se détourne des livres, renonce à écrire, s’étourdissant dans les excès et l’autodestruction jusqu’à cet abominable épisode psychotique où elle se voit passer à la chaise électrique et après lequel, sauvée par les services hospitaliers, il lui faudra des années pour se persuader qu’elle n’est pas qu’un personnage de fiction.

 

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A voir cette archive étonnante de l'INA où Nabokov répond à Bernard Pivot sur Lolita

 

« Celle qui peut le comprendre mieux que quiconque. » 

La littérature qui traite si souvent de l’effondrement d’un monde peut-elle aussi être à l’origine de l’effondrement d'une personne ? Il est clair que pour nous, lecteurs « matznéviens », cette question hautement déplaisante se pose – et avec son corrélat : quel genre de lecteurs sommes-nous si nous-mêmes ne faisons plus la différence entre le bien et le mal, le vrai et le faux et continuons à soutenir, comme Cioran[7], que « la littérature, c’est le mensonge », tarte à la crème des lettreux de notre genre mais qui avec le temps apparaît comme une gigantesque connerie et nous fait apparaître, nous, comme de sacrés cons ? Certes, la littérature est un mentir vrai mais elle peut être aussi un mentir faux, et force est de constater que l’œuvre de Matzneff n’appartient pas qu’à la première catégorie – contrairement, par exemple, à celle de Nabokov sur laquelle Vanessa Springora revient avec une remarquable salubrité critique. 

« J’entends souvent dire, par ces temps de prétendu “retour au puritanisme“, qu’un ouvrage comme celui de Nabokov, publié aujourd’hui, se heurterait nécessairement à la censure. Pourtant, il me semble que Lolita est tout sauf une apologie de la pédophilie. C’est au contraire la condamnation la plus forte, la plus efficace qu’on ait pu lire sur le sujet. »

Et d’expliquer que même si Nabokov a eu des tendances pédophiles, il a visiblement lutté contre celles-ci dans sa vie comme dans son œuvre – son Humbert Humbert ne passant jamais aux yeux du lecteur (du moins si celui-ci est honnête), pour un « type bien ». Pas plus que le Stavroguine des Démons de Dostoïevski, personnage fascinant si l’on veut mais malfaisant au suprême et qui est décrit comme tel. La vérité est que plus la littérature est grande et terrible, plus elle est morale, ce que nous savions depuis les Tragiques, Shakespeare, Cervantès, Dostoïevski, Proust ou Nabokov, mais que, perdus dans notre propre égotisme, nous avions oublié et que nous redécouvrons non sans vexation avec Vanessa Springora. Et c’est pourquoi Le Consentement est un grand et insoutenable livre, parce qu’il nous force à reconsidérer notre propre perception de la littérature, à admettre que des livres que nous avons aimés ont pu diffuser des mensonges romantiques de la pire espèce et que c’est dans le dévoilement romanesque (qui n’est pas la dénonciation) qu’a lieu le geste littéraire. Vanessa Springora n’a pas dénoncé mais dévoilé Gabriel Matzneff – et tenté, dans un geste de charité inouïe (car l’écrivain est ange d’extermination autant que de charité), de révéler son secret innommable, celui-là même qui pourrait contenir son salut s’il se le réappropriait. L’abuseur n’aurait-il pas été lui-même abusé lorsqu’il était ado ? 

« À ma grande surprise, G. m’avoue alors que oui, il y a bien eu quelqu’un, une fois, quand il avait treize ans, un homme, proche de sa famille. Il n’y a aucun affect dans cette révélation. Pas la moindre émotion. Et je ne crois pas me tromper en écrivant qu’on ne trouve aucune trace non plus de ce souvenir dans ses livres. C’est pourtant un élément autobiographique particulièrement éclairant. (…) Cet infime moment de sincérité, ces mots inattendus qui circulent entre nous, c’est un cadeau qu’il me fait sans le savoir. Je redeviens une personne à part entière, je ne suis plus seulement l’objet de son plaisir, je suis celle qui détient une parcelle secrète de son histoire, celle qui peut l’entendre peut-être sans le juger.

Celle qui peut le comprendre mieux que quiconque. » 

Dans cette page cruciale, Springora pose là une possibilité unique à G.M. de se retrouver lui-même et de sauver son âme – mais peut-on le faire à 83 ans et quand l’immonde meute s’en mêle et n’en a rien à foutre de comprendre ? Et lui-même, n’a-t-il pas bâti une œuvre pour justement ne pas se comprendre ? 

Quoi qu'il se passe, Le Consentement fera désormais partie du corpus matznévien. Tant pis si ce livre lui brûle les yeux comme le fer rouge de Michel Strogoff, il nous aura réouvert les nôtres.

 

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Matzneff à Colonne

Pour autant, nous ne l’abandonnerons pas. Matzneff, c’est désormais Matzneff à Colone (ou à  Bordighera), pauvre vieillard aveugle qui ne comprend rien à ce qui lui arrive, oubliant que c’est lui qui, comme il le reconnaissait naguère, a vendu la mèche, fournissant les pièces du dossier d’accusation » de livre en livre, et à la fin se retrouvant brûlé dans ses propres pages, tout comme l’inventeur du taureau de Phalaris avait fini lui-même brûlé dans sa machine. Juste retour des choses, diront certains. Serpent qui se mord la queue. Ouroboros. Peut-être. 

Mais précisément, quoi de plus littéraire qu’une œuvre qui vend la mèche ? Depuis Le Prince de Machiavel ou Les Fleurs du mal de Baudelaire, l’on sait que vendre la mèche est par excellence l’enjeu des œuvres de pensée. Un Galop d’enfer et Les Moins de seize ans peuvent assurément apparaître comme des livres infâmes mais aussi comme les plus fabuleux témoignages de l’époque – en plus d’être les plus grands textes jamais écrits d’un auteur sur sa psyché pédophile : « Humbert Humbert par lui-même », pourrait-on dire (et tout comme Vanessa Springora a écrit une « Lolita par elle-même »). Car de même que Rebatet ou Céline ont donné un nom et un verbe aux pires passions politiques de leur temps, de même Matzneff, comme avant lui, Gide ou Montherlant, ont donné leurs lettres d’or aux pires passions érotiques dont le récit n’est pas encore soumis aux foudres du droit pénal et ne devrait jamais l’être. Et nous qui n'aimons jamais mieux que les œuvres qui s’offrent comme plaie et couteau, nous qui aimons par-dessus tout l’héautontimorouménos en l’écrivain, nous qui avons survécu aussi grâce à La Diététique de Lord Byron et Yogourt et yoga (même si sans jamais aller chez Christian Cambuzat !), nous louerons toujours la littérature et la personne de Gabriel Matzneff, diable qui s’est risqué dans tous les bénitiers, donné en pâture à la morale des tarfuffes, sacrifié au savoir de l’humanité – diable qui porte pierre.

 

 

[1] Supplice antique qui consistait à enfermer un condamné à mort dans un taureau d’airain creux que l’on attisait ensuite au rouge, le patient rôtissant à l’intérieur, et ses cris sortant déformés par la gueule du taureau comme des gémissements, voire comme des chants.

[2] https://www.causeur.fr/reveillon-2020-narcissisme-gabriel-matzneff-170803

[3] Et qui du reste se conduit comme l’héroïne du film de Tarantino, massacrant non seulement son archange mais tous ceux qui l’ont soutenu ou assisté, père, mère, médecin, éditeurs, gens de lettres, philosophes, journalistes, etc.

[4] Un peu comme ces néo-féministes qui, tout à leur dénonciation de la « culture du viol », refusent de prendre en compte la parole de Samantha Geimer, celle-ci ayant pardonné à Roman Polanski et répétant depuis quarante-cinq ans que ce sont les juges et les journalistes qui lui ont fait le plus de mal dans cette affaire, car eux ne voulant pas la faire sortir de son état de victime, la réduisant à l’état de violée à vie et tout ça au nom de la protection des victimes. Mais la morale se fout des victimes, de leurs paroles et de leur résilience, la morale ne veut que la morale et c’est pourquoi elle manque toujours son but, en plus d’être toujours détestable.

[5] L’incipit, en effet, de Nous n’irons plus au Luxembourg, second roman de Matzneff publié à La Table Ronde en 1972.

[6] Avec Denise Bombardier, il est vrai.

[7] Que n’a-t-on écrit sur ce passage, l’un des plus réussis du livre, où Vanessa Springora ose égratigner le mythe Cioran (dont nous-mêmes sommes des fans absolus) ? Les objections ridicules qui lui ont été faites sur ses défauts de mémoire, sa tentative de falsification du grand homme, qu’il n’avait pas un nez d’aigle (alors que des photos montrent que si), qu’il n’habitait pas au premier étage mais au dernier (ça change tout en effet), et surtout que jamais, au grand jamais, Cioran n’aurait accepté qu’on l’appelle « Emil » - détail qui au contraire nous a paru extrêmement touchant et nous faisant volontiers croire que si Cioran refusait peut-être que ses amis l’appellent par son prénom, il l’acceptait naturellement qu’une adolescente le fasse. Par ailleurs, si « la littérature, c’est le mensonge » (une formule qui va très bien dans la bouche de Cioran quand on connaît son oeuvre), alors pourquoi ne pas accepter que Springora mente un peu en lui rendant  la pareille – légère petite pique qui, quoi qu’éructent ses sbires, n’altère en rien le génie roumain.

 

Ce texte a également été mis en ligne sur le site de L'Incorrect avant d'être supprimé.

 

Commentaires

  • Mensonge romantique et dévoilement romanesque, oui, mais il n'est pas certain que Vanessa Springora soit à même d'accomplir cet acte de dévoilement. Pour ce faire, il faudrait qu'une tierce partie, un tiers auteur, intervienne et écrive un texte de fiction sur la base des "témoignages" en cause, un texte prenant de la hauteur et relevant pleinement du "mentir vrai".

    Plutôt que rechercher qui, de Matzneff ou de Springora, a tort ou raison et dans quelle hypothétique mesure, il conviendrait de partir d'une autre perspective, celle que l'on peut tirer de ces vers de Dante, par exemple :
    《 Tu peux voir à présent combien la vérité reste cachée aux gens qui croient que tout amour est chose en soi louable ; car peut-être la substance en paraîtra toujours bonne, mais tout sceau n'est pas bon encore que la cire soit bonne. 》

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