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10 - Histoire intellectuelle du libéralisme - remarque finale

pierre manent,histoire intellectuelle du libéralisme

« Le projet démocratique, écrit Pierre Manent dans sa "Remarque finale" de cette Histoire intellectuelle du libéralisme, livre que j'aurais dû lire il y a bien longtemps, place l'homme dans une étrange position. Il lui attribue d'abord une souveraineté fort exaltée, en vertu de laquelle celui-ci doit ramener à l'égalité naturelle toutes les inégalités que produit la nature sociale, démanteler toutes les influences par lesquelles les hommes agissent les uns sur les autres. Mais cette souveraineté est en même temps fort humble : elle ignore ce que l'homme fera de sa liberté naturelle reconquise. Elle veut l'ignorer : il est libre ; et elle est obligée de l'ignorer, sinon elle serait le pouvoir d'une opinion particulière. L'homme est à la fois le souverain potentiel de la matière sociale, et il compte que, une fois cette matière réduite à son état naturel, elle sera à son tour souveraine, que sa nature se déploiera dans son imprévisible spontanéité créatrice. Le projet démocratique suppose donc à la fois que l'homme s'ignore absolument, et aussi qu'il se sait absolument, ou que, quelque part dans les profondeurs du social, il est absolument, qu'à un moment, prévisible ou imprévisible, de l'histoire, il sera absolument. »

 

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Et encore :

 « Dès lors que, pour échapper décisivement au pouvoir de cette institution religieuse singulière qu'est l'Eglise, il faut renoncer à penser la vie humaine selon son bien ou selon sa fin - toujours vulnérables à ce que j'ai appelé la surenchère de l'Eglise -, dès lors que, partant, le pouvoir dans le corps politique ne peut plus être pensé comme le pouvoir de la fin ou du bien, d'un bien qui ordonne ce qu'il donne, selon la définition augustinienne de la grâce, l'homme ne peut se comprendre qu'en se créant. »

 Et toujours :

 « L'idée d'une création de l'homme par lui-même caractérise ce qu'une interprétation répandue appelle le projet prométhéen, qui veut être fils de ses oeuvres. L'Eglise ou les Eglises, plus généralement les esprits religieux n'ont pas manqué de morigéner sévèrement ledit homme moderne pour une telle présomption qui prétend usurper les attributs divins. »

 

 

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Cher enfoiré de Pascal A., Pierre Manent l'écrit donc noir sur blanc : le libéralisme a une constituante prométhéenne, l'homme libéral une dimension présomptueuse, l'individu souverain une propension à faire son Frankenstein. Pour dire les choses brutalement, la théorie du genre est une théorie libérale, les GPA et PMA aussi. Le clonage, n'en parlons pas. La World company, qu'on le veuille ou non, est d'obédience libérale.

 La vérité est que l'homme libéral est pris entre le carcan de sa nature et de sa souveraineté, de son authenticité et de son artificialité, de son humanité et de sa surhumanité (ou transhumanité) - et avec ce chiasme terrible et grandiose d'où pourra venir le salut :

 « Ce que donne la nature, elle ne peut l'ordonner ; ce qu'ordonne la souveraineté, elle ne peut le donner. »

 Telle serait l'ultime leçon du libéralisme : tenir les deux bouts. Tenir à son affranchissement autant qu'à sa limite. Tenir à son devenir autant qu'à son être. Tenir à sa multiplicité autant qu'à son unité. De Hobbes à Tocqueville, l'homme s'est libéré de ses chaînes mais doit apprendre aujourd'hui à se libérer de ce qui l'a libéré. Le problème, et c'est ce que Tocqueville a si bien vu, est que

 « dans un dispositif social où il est gouverné de plus en plus exclusivement par un Etat qui gouverne de moins en mois, l'homme est de moins en moins capable de recevoir et de donner les biens de sa propre nature. »

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Trop libre, l'homme est livré à lui-même - et en oublie sa nature. Le risque est alors de sombrer dans une schizophrénie d'autant plus inquiétante que l'homme européen a perdu au XX ème siècle les deux grands supports intellectuels et politiques qui pouvaient légitimer et modérer son libéralisme : la Révolution et la Nation. La première a été mise à mort par le communisme, la seconde a été discréditée à vie par le nazisme.

« Ainsi la société civile et l'Etat se retrouvent-ils dans la nudité de leur confrontation réciproque, sans le sublime protecteur du Roi, de la Révolution ou de la Nation. »

Ainsi, l'homme libéral, sans autre dieu que lui-même, chancèle.

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 Piste à suivre :

UNE INTERVIEW CAPITALE DE PIERRE MANENT ICI.

Un grand débat sur le libéralisme avec tous les amis CHEZ PIERRE BALMEFREZOL

"Le libéralisme, ce n'est pas le socialisme", par Damien Theillier.

Et maintenant écouter Manent.

POUR REPRENDRE L'ENSEMBLE

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Commentaires

  • La lecture de ce texte est rendue difficile par les vidéos qui l'accompagnent.

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