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Ici, l'on blasphème.

Dès la bannière de ce blog. Des écritures sur la croix de Mel Gibson. Et pas n'importe lesquelles. Personne ne m'a jamais demandé de qui elles pouvaient être. Vous ne devinez pas ? Mais de Sade bien entendu. Quelques lignes du divin sur une image du Divin. Les deux pôles de la liberté occidentale : écrire contre Dieu, représenter Dieu. Génie du grand écart. Pouvoir croire et profaner en même temps. C'est cela la liberté, je crois, affirmer et nier. Celui qui ne fait que nier est un nihiliste mais celui qui ne fait qu'affirmer est un fanatique - et un fou. "Le propre de l'Occident est de porter en lui une civilisation capable de se nier elle-même, écrit François d'Orcival dans son remarquable édito du Valeurs actuelles de cette semaine. Une civilisation qui revendique aussi bien l'honneur que la gratuité, autant le sacrifice et le don de soi que le suicide, qui agit au nom d'une valeur suprême conquise sur toutes les autres, la liberté. Le Méphisto de Goethe dit : "Je suis l'esprit qui toujours nie ; et c'est avec justice, car tout ce qui existe est digne d'être détruit...". Et d'ajouter que Méphisto est "l'un des deux lobes de notre cerveau." Oui, nous avons besoin du diable, c'est-à-dire du négatif, de la dialectique, de ce qui va justifier notre oui. La conscience de soi et de l'autre passe par cet éternel retour entre l'être et le néant et qui peut aussi bien s'appeler le rire - ou l'angoisse.

On ne sait si Jésus a ri. Souri certainement - et d'un sourire que j'imagine d'une beauté extraordinaire, doux, consolateur, régénérant. Mais rire, non, tant le rire est malgré tout associé au diable. En tous cas, on sait qu'Il a connu l'angoisse. L'angoisse d'être Lui-même. La tentation de ne plus vouloir l'être. Ce n'est pas sur la Croix ou même à la sortie du tombeau que se joue le credo de notre monde (pour ne pas dire du monde et s'attirer les foudres du multiculturalisme), mais au Jardin des oliviers, à Gethsémani. Abandonné par Ses disciples qui se sont endormis, le Christ demande à Dieu de ne pas Le laisser s'accomplir, de passer la coupe loin de Lui. A ce moment crucial de Sa vie, Son âme est triste à en mourir. Sans espoir ni salut. Combien de temps le Christ a-t-Il douté de Lui-même ? Combien de temps le Dieu vivant a-t-Il été athée ? C'est le paradoxe inouï du christianisme et que Chesterton a bien vu dans la plus belle page d'Orthodoxie. Un instant, Dieu n'a plus cru en Lui et c'est cet instant qui fait que nous croyons en Lui et que les musulmans n'y croiront jamais. Car il est hors de question pour eux qu'un Dieu doute, pleure, gémisse, se morde la queue au risque de s'annihiler, se fasse lui-même Ouroboros.  Allah est trop grand pour s'incarner. D'ailleurs, dans le Coran, ce n'est pas Jésus qu'on crucifie, mais un compère (Judas, d'après Barnabé). "Ils disent : Nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l'apôtre de Dieu. Non, ils ne l'ont point tué, ils ne l'ont point crucifié ; un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui se disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute. Ils n'en avaient pas de connaissance précise, ce n'était là qu'une supposition. Ils ne l'ont point tué réellement. Dieu l'a élevé à lui, et Dieu et puissant et sage." (IV-156) L'erreur est pour une fois sympathique. Un apôtre de Dieu ne peut être traité comme le dernier des derniers. Mais c'est une pensée primaire : le dernier ne peut être le premier et réciproquement. Le Père ne peut être un Fils et encore moins un supplicié. Cette univocité d'une affirmation toute positive de Dieu, sans Gethsémani, sans Golgotha, caractérise l'islam. Au contraire, comme le disait Malek Chebel dans un article du Point, le dieu chrétien est un dieu de chochottes. Un dieu de bonnes femmes, toujours à chialer à et (faire) culpabiliser. Quelle différence avec le dieu viril, dur et droit, des musulmans - il n'a pas de problèmes de conscience lui et ne doute jamais, Nadine Bébec ! C'est cette impossibilité ontologique de penser la force par la faiblesse, l'élévation par l'abaissement, le Salut par le sang (le sien ! pas celui des autres !) qui marque l'incompatibilité entre le second et troisième monothéisme. Et c'est un dieu bien inhumain à nos yeux de chrétiens que celui qui n'a pas souffert comme un homme. Dans son triple refus de la contradiction, de la négation et de la dialectique, l'islam a peu de chance de trouver le sens de la liberté.  Cette liberté qui nous permet d'avoir la foi et de se révolter contre elle, de nous remettre en question et de ne pas se braquer contre le devenir, de penser contre nous et d'aller de l'avant.  Las ! "Le Prophète est plus cher pour nous que votre liberté et votre démocratie" dit sans rire Abdelaziz Belkhadem, patron du néo-FLN algérien.

Rire, c'est-à-dire exprimer autrement notre angoisse. Nous rions d'avoir apprivoisé le néant dans notre être et nous ne rions bien qu'avec les autres. Choc des civilisations. C'est bien ce rire que les musulmans, sans humour et sans angoisse, ne peuvent supporter.  Comment ? Vous persistez dans vos amalgames scandaleux ? Vous mettez tout le monde dans le même sac, espèce de salaud ?  Mais non, j'attends simplement les musulmans qui riraient avec moi de leur Mahomet à la bombe - ou qui auraient Les Versets sataniques chez eux, ou qui mangeraient du porc et boiraient du vin. L'impureté alimentaire, voilà bien un archaïsme dont le Christ, entre autres choses, nous a débarrassé - "quand tu es pur, tu ne crains pas de manger des choses impures" écrit Saint Paul qu'il faut toujours songer à réhabiliter. Une caricature "impure" ne gène que ceux qui sont impurs - et qui comme par hasard se croient les plus purs. On mesure le degré d'une conscience à ce qu'elle ne confond pas les mots avec les choses ou les images avec la réalité. Ho les Fils d'Allah, vous entendez ? C'est juste une image ! N'ayez pas peur des images. Grandissez un peu. Un croyant adulte est au dessus de tout ce que l'on pourra dire sur son Dieu et je vous trouve, les gars, singulièrement au dessous du vôtre  ! Surtout que vous n'êtes pas bien habile à plaider votre cause. Comment ? On  représente votre barbu avec une bombe, et la seule réaction qui vous vient spontanément est d'en poser de nouvelles ! On vous dessine un Dieu violent et vous êtes encore plus violents ! Comme dit Vuillemin de Libération, «montrer un mec se torchant le cul avec le Coran, c'est jouer avec sa santé.» Et les "idiots utiles" (comme dit Jean-François Kahn dans Marianne) que vous avez trouvé dans nos rangs,  complices conscients ou inconscients, et qui disent partout qu'eux  n'auraient jamais publié ces horriiiiiiiiibles caricatures (car ils sont hyper responsables !),  sont déjà prêts à porter vos valises. Parfait. Dans le genre "CQFD", on ne fait pas mieux. Inutile d'aller à la télé nous expliquer après que vous oeuvrez pour la réconciliation et le dialogue. L'islam, religion de paix, d'amour, de tolérance, de miséricorde et de liberté ? PROUVEZ-LE !

 

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Dernière minute : Je tombe sur cet article du Nouvel Obs.com :

"Soheib Bencheikh contre les actions"

NOUVELOBS.COM | 14.02.06 | 16:02

L'ancien grand mufti de Marseille s'est déclaré opposé "à toute action en justice ou manifestation" contre la publication des caricatures.

"En tant que musulman, mes sentiments et mes convictions sont froissés", a poursuivi Soheib Bencheikh. "Mais si les musulmans veulent vivre et cohabiter avec d'autres religions, d'autres philosophies, dans un espace areligieux qui accueille tout le monde, ils doivent s'apprêter à être choqués de temps en temps. Comme la religion, la liberté d'expression est sacrée. De leur côté, les non-musulmans vont découvrir qu'il existe des yeux et des oreilles musulmanes qui écoutent et qui lisent. Cela se réglera naturellement".
Soheib Bencheikh a également mis en garde contre les récupérations et a "condamné fermement l'attitude scandaleuse du gouvernement iranien, de nature à confirmer les préjugés et le rejet de l'Islam ainsi que la thèse de la confrontation des civilisations".
(AP)

Enfin la lueur d'espoir que nous attendions ! On applaudit des deux mains là et de tout coeur !  Enfin un musulman éclairé, qui plus est une autorité en la matière, qui réagit sainement ! Soheib Bencheikh est  le véritable intellectuel réformiste qui oeuvre réellement pour un Islam moderne -  et bien entendu qui est condamné à mort par le GIA (cf le passionnant entretien qu'il a donné dans Tsim-tsoum). Bravo et merci monsieur Bencheikh !

Pour lire l'article dans son intégralité : http://permanent.nouvelobs.com/medias/20060214.OBS6387.html

Lien permanent Catégories : Spectacles sociaux 58 commentaires 58 commentaires Imprimer

Commentaires

  • Nietzsche notait déjà : "Le mahométisme, en tant que religion d'hommes, a un profond mépris pour la sentimentalité et l'hypocrisie du christianisme, une religion de femmes, à ce qu'il sent." (Fragments posthumes, tome XIV, p. 141)

  • mais montalte, avant d'arriver à pouvoir blasphémer en Europe, combien a-i-il fallu de personnes jetés au bûcher ? combien de torturés ? combien de suppliciés ? combien d'exilés ?

    Et a-t-on eu besoin pour en arriver là, d'éliminer de la surface de l'Europe tous les chrétiens ou d'incriminer en bloc la religion chrétiene ?

  • Faut-il brûler Saint Thomas d'Aquin ?

    « Mahomet a séduit les peuples par des promesses de voluptés charnelles au désir desquelles pousse la concupiscence de la chair. Lâchant bride à la volupté, il a donné des commandements conformes à ses promesses, auxquels les hommes charnels peuvent obéir facilement. En fait de vérités, il n'en a avancé que de faciles à saisir par n'importe quel esprit médiocrement ouvert. Par contre, il a entremêlé les vérités de son enseignement de beaucoup de fables et de doctrines les plus fausses. Il n'a pas apporté de preuves surnaturelles, les seules à témoigner comme il convient en faveur de l'inspiration divine, à savoir quand une oeuvre visible qui ne peut être que l'oeuvre de Dieu prouve que le docteur de vérité est invisiblement inspiré. Il a prétendu au contraire qu'il était envoyé dans la puissance des armes, preuves qui ne font point défaut aux brigands et aux tyrans. D'ailleurs, ceux qui dès le début crurent en lui ne furent point des sages instruits des sciences divines et humaines, mais des hommes sauvages, habitants des déserts, complètement ignorants de toute science de Dieu, dont le grand nombre l'aida, par la violence des armes, à imposer sa loi aux autres peuples. Aucune prophétie divine ne témoigne en sa faveur : bien au contraire, il déforme les enseignements de l'Ancien et du Nouveau Testament par des récits légendaires, comme c'est évident pour qui étudie sa loi. Aussi bien, par une mesure pleine d'astuces, il interdit à ses disciples de lire les textes de l'Ancien et du Nouveau Testament qui pourraient le convaincre de fausseté. C'est donc chose évidente que ceux qui ajoutent foi à sa parole croient à la légère. »

    (Somme contre les Gentils)

  • @Sébastien, on peut trouver dans la littérature européenne presque autant de pages diabolisant le prophète de l'islam que de pages le glorifiant.

    Décidément cet homme et ses correligionnaires fascinent l'Europe et apparement ca ne date pas d'aujourd'hui.

    Est-ce dû à une altérité absolue ou plutôt à une proximité génante ?

    Le miroir fascine, parfois on le soigne, on l'adule et parfois on a envie de le casser, c'est selon ...

  • Quand le miroir déformant décide de devenir une loupe pour nous faire cramer de loin (alors que l'on n'a rien demandé), la proximité-altérité n'est plus de mise. C'est drôle que vous n'arriviez pas à comprendre ce que voulait dire Sébastien. La question n'est pas de trouver dans la littérature occidentale autant de pages, pro ou anti Mahomet, la question est de se rendre compte que les pages anti nous sont désormais interdites. Saint Thomas d'Aquin, tout comme Dante (qui met Mahomet en enfer dans sa Divine Comédie - d'ailleurs à l'époque de l'affaire Rusdhie (qui recommence), des Fils d'Allah avaient tenté de profaner la tombe de l'écrivain) risqueraient en effet de choquer la sensibilité de nos amis miroirs. Et je ne parle même pas de la mauvaise pièce de Voltaire, "Mahomet" déjà interdite de représentation.
    Non, tout cela ne vous fait pas déciller ? Que des gens décident de légiférer dans nos pays selon leurs valeurs médiévales ne vous semble pas si grave ? Par contre, lorsque demain Le Pen passera, alors là, cela sera le branle-bas de combat, le grand "non", le maquis ? Même pas d'ailleurs, vu que Le Pen a condamné les caricatures - comme d'ailleurs la plupart des religieux durs. On ne peut même plus être d'extrême droite, si ce n'est pas malheureux.

    "mais montalte, avant d'arriver à pouvoir blasphémer en Europe, combien a-i-il fallu de personnes jetés au bûcher ? combien de torturés ? combien de suppliciés ? combien d'exilés ?"

    Beaucoup en effet. Sauf que là, ce n'est pas tant "leur" liberté d'expression qui est en cause (si tenté qu'ils en aient eu une) que la nôtre. Qu'ils s'interdisent tout chez eux, brûlent leurs Giordano Bruno, à la limite, c'est leur problème (soutenir le contraire serait tomber dans l'insupportable impérialisme moral, pas vrai ?), mais qu'ils se mettent à nous interdire nous aussi de dessiner ou de manger du porc, voilà qui est fâcheux, non ?

    "Et a-t-on eu besoin pour en arriver là, d'éliminer de la surface de l'Europe tous les chrétiens ou d'incriminer en bloc la religion chrétienne ?"

    Incroyable, cette façon d'inverser les problèmes. Personne, ici, ne parle d'éliminer tous les musulmans, personne ne parle même d'en éliminer UN seul. Il s'agit simplement de faire ce que nous voulons et de se défendre s'ils nous en empêchent. C'est eux, qui au contraire, veulent nous éliminer. Avez-vous entendus leurs hurlements, leurs appels, avez-vous lu leurs slogans ? C'est drôle à en pleurer cet évitement du réel.

    En attendant que vous rouvriez les yeux, je vous signale ce formidable texte de Pierre Jourde, "L'éducation par le blasphème."

    http://www.nouvelobs.com/dossiers/p2153/a294470.html

  • C'est un peu publicitaire tout ça : Mon Dieu lave les péchés plus blanc que le tien. Et le mien, en plus, il t'autorise à manger du porc (parce que l'avorton a écrit "tout est pur pour celui qui est pur" ... Même une bite dans le cul ? Ah non ? Pas ça ? Merde alors !). À te lire on à l'impression qu'il existe les gentils catholiques et les méchants musulmans. Rien entre les deux. Pourtant ... Si des siècles de réflexion et un peu de Lumières sont passés par là, le sang a bel et bien giclé et pas seulement celui de ceux dont c'était "leur" problème. En son temps, l'Eglise catholique romaine est allé faire chier la moitié de la planète, évangélisant à coup de savates...au nom du Christ.

    Le terrorisme me fait peur, horriblement, dans les mêmes proportions que l'opus dei me file la gerboulette. Et vois-tu, dans certaines communautés catholiques romaines, on se demande dans quelle mesure ces jeunes qui se font exploser au nom de Dieu, au nom de l'amour de Dieu, ne seront pas des concurrents difficiles à doubler le jour du jugement dernier. Sisisisi. Et ces personnes ont pignon sur dogme.

    *Hirek

  • motalte, je n'ignore pas les hurlements des loups, j'essaye juste de relativiser leur portée,
    je veux juste faire prendre conscience que les loups hurlent aussi sur cette rive même si ceux de l'autre rive hurlent plus fort.

    Je ne veux pas éviter le rèel, je veux le saisir dans toutes ses dimensions. L'islam a toujours été multiple et il le demeure encore même si actuellement une de ses versions fait plus de bruit.

    Si l'Islam est malade, c'est cetrainement dû en grande partie au virus des Djihadistes. Si l'Europe est malade ce n'est pas dû seulement à ce virus.

  • Pour la gouverne de quelques-uns.

    Qu'ils apprennent - mais ils le savent déjà fort bien du reste - que je n'ai pas attendu de découvrir le site du Stalker pour commencer d'écrire. Cette mienne nouvelle est très antérieure à ma rencontre avec Asensio. Par conséquent je n'imite personne et ne suis le clone de personne. Cette vieille antienne misogyne consistant à prétendre que les femmes ne feraient qu'imiter les hommes est d'une telle crasseuse banalité qu'elle a cessé de me toucher : je laisse les gens à leur bêtise.

    Quant aux animaux, oui, Théodore Monod valait mieux que vous.
    Évangile de la Paix de Jésus-Christ par le disciple Jean : "Tu ne tueras point car la vie a été donnée à tous par Dieu et ce que Dieu a donné, il n'appartient pas à l'homme de le reprendre. Car je vous le dis en vérité, c'est d'une mère unique que procède tout ce qui vit sur terre. Voilà pourquoi celui qui tue, tue son frère. Or de cet homme criminel, la Mère, la Terre, s'en détournera et elle le privera de son sein vivifiant et ses anges l'éviteront. Alors Satan prendra demeure en son corps et la chair des animaux abattus deviendra pour son corps son propre tombeau. Car je vous le dis en vérité, celui qui tue lui-même et celui qui mange la chair des animaux abattus mange la chair d'un homme mort."

    Zoroastre, Bouddha, Pythagore, Socrate, Esaïe, Léonard de Vinci, Tolstoï, Bernard Shaw, Gandhi, Einstein, Albert Schweitzer, Yourcenar, Isaac B. Singer et tant d'autres avaient dépassé cette barbarie fondamentale qui consiste à (faire) massacrer des animaux pour se nourrir quand il est si facile de vivre et laisser vivre.
    Plus d'un milliard d'êtres sensibles sont tués chaque année dans les abattoirs français. Cela donne une vague idée de l'holocauste planétaire à l'oeuvre. Un holocauste dont nous sommes tous responsables et que nous avons le devoir moral de faire cesser.
    Ou alors nous ne sommes rien de ce que nous prétendons.

  • "je ne suis le clone de personne".
    Moi lecteur silencieux, admirateur de l'écrivain Montalte, sans être de son avis sur le sujet d'actualité, déplore que le clown stalker soit cité à tort et à travers pour prouver son existence. Meryl, vous aurait-il payé pour ce faire ?

  • D'autant que Juan risque encore de m'envoyer cent cinquante messages en privé pour m'exhorter à ce que l'on ne parle plus jamais, JAMAIS, JA-MAIS, J-A-M-A-I-S, JAMAIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! de lui sur mon blog. Et à cause de vous, mademoiselle, monsieur, cela en fait déjà deux, trois avec moi. Occasion idéale pour que cela soit le dernier. "C'est dit !"

    J'aimerais bien, Méryl, en revanche, que vous m'indiquiez les références de ces versets anti-carnivore. Et dans votre liste de gentils végétariens, vous avez oublié Hitler.

    Pour le reste, l'ami *Hirek écrit : "Le terrorisme me fait peur, horriblement, dans les mêmes proportions que l'opus dei me file la gerboulette". Pourquoi cette manie de toujours relativiser une menace réelle et actuelle avec d'autres en sourdine ? Pourquoi à tous prix rappeler que oui bien sûr le terrorisme islamiste fait peur mais attention, vite, équilibrage ! pas plus que l'inquisition catho d'il y a trois siècles ! Pas plus qu'un tyrannosaure il y a des millions d'années ! En fait, l'appel à d'autres menaces ou d'autres peurs est une façon d'esquiver celle qui nous occupe. Et c'est consternant.

  • "Que l'islam fasse un jour sa réforme, nous l'espérons tous. Et cette affaire des caricatures, loin de la retarder, peut au contraire lui servir de préambule. Bien des intellectuels musulmans ont pu ENFIN se sentir libérés et encouragés à se révolter contre un radicalisme qui jusqu'à aujourd'hui les a baillonnés quand il ne les a pas supprimés. C'est eux qu'il faut laisser parler et je ne pense pas qu'ils se sentent menacés par le moindre blasphème quand c'est précisément la censure anti-blasphématoire qui les menacent. En outre, pour que le christianisme se libère de son intégrisme, il a bien fallu mener une guerre - symbolique et physique." dit Montalte dans un précédent billet qui ne peut en rien, mais alors en rien, être comparé aux propos de Soheib Bencheikh.

    Nul doute qu'un musulman modéré, nul doute qu'un exégète progressiste du Coran comme lui, trouverait un immense "réconfort" et se sentira "encouragé" dans sa lutte contre les intégristes qui vérolent sa religion, à la lecture de votre crachat initial consacré aux "caricatures". Nul doute qu'il y verra l'absolue "supériorité de la civilisation judéo-chrétienne", détentrice du monopole du progressisme et de l'humanisme (comme l'affirment donc en coeur montalte, et les têtes molles de la gauche tiède qu'il passe son temps à dénoncer). Nul doute qu'un musulman modéré trouvera dans votre glaviot initial et ordurier, l'expression de toute la puissance et de toute la mesure de l'Esprit occidental.

    "Glaviot initial" ? il s'agit là d'une insulte, nous le craignons, mais l'insulte ordurière n'est-elle pas la quintessence de la liberté d'expression dont vous vous gobergez ? N'est-elle pas le summum du rationalisme éclairé dont vous dites l'occident dépositaire du monopole ?

    Les actes commis par les intégristes contre les ambassades en question sont éminemment, infiniment plus condamnables que les lamentables caricatures danoises (qui constituent toutefois, avec n'importe quel tract appelant au djihad, les seul "écrit" avec lesquels on puisse se torcher, en l'occurrence), mais ces condamnations devront émaner d'individus bien plus capables que vous, manifestement, de distinguer entre l'intégrisme et la Foi, entre l'extremisme et la religion. Vous ne faites qu'emprunter les canons de pensée des fous de dieu que vous prétendez dénoncer, blessé dans votre fierté d'occidental ronflant. Les kamikazes bardés de bombes qui prétendent abattre le Grand Satan, ne généralisent pas plus que vous, qui prétendez que la Foi de tout musulman est intrinsèquement criminogène et perverse.

    La binarité contre la complexité, voilà le seul "choc" actuel, et intemporel, loin des fadaises bipolaires d'Huntington et des délires illuminés de Ben Laden, loin des défilés belliqueux en Iran et des billets d'humeur poisseux des bloggers français. La binarité myope, voilà qui est plus consternant que la simple évocation d'extremismes et de dérives infâmes qui ne sont pas propres à une seule religion.

    Nous pouvons nous moquer, quant à nous, du contenu de n'importe quel des livres saints, nous prétendons pouvoir tous les caricaturer, mais jamais nous ne nous "torcherons" avec l’un d’eux ni même en émettrons le projet. Nous nous contenterons nous "torcher" sur la chemise, avec ou sans col, de quiconque se laissera aller à de tels bêtises, réelles ou rêvées, qu’elles soient le fait d’un islamiste osseux ou d’un catholique braillard.

    Nous nous "torcherons" symboliquement d'ailleurs, puisque nous laissons les armes aux fous de dieu là-bas, et aux crétins qui agitent la menace nucléaire, ici.

    La menace islamiste est effectivement l'une des plus préoccupantes de l'époque : elle favorise la barbarisation des esprits sous toutes les latitudes, y compris chez ceux qui prétendent la combattre. Preuve supplémentaire de l'impasse totale que constitue la thèse du "choc des civilisations".

  • "Plus d'un milliard d'êtres sensibles sont tués chaque année dans les abattoirs français. Cela donne une vague idée de l'holocauste planétaire à l'oeuvre. Un holocauste dont nous sommes tous responsables et que nous avons le devoir moral de faire cesser. Ou alors nous ne sommes rien de ce que nous prétendons."

    Nous prétendons être omnivores, il s'agit là d'un des rares déterminismes dont nous nous accomodons. Vu ses pâtés chez la kersannette, la responsable de cette amusante saillie s'accomode de bien d'autres qui nous paraissent moins "tolérables".

  • Mais je n'esquive rien. Je dis simplement que je crois à un Islam modéré, tout comme on peut croire à un catholicisme romain sans croisades, sans bûcher et sans magdalen sisters (c'est trop demander ?). Il faut y croire, il faut l'aider à se construire et je ne pense pas que l'on soit constructif en insultant.

    *Hirek

  • Ce qui est étonnant, avec les commentaires de Frère Machinchose, qui s’écoute beaucoup écrire soit dit en passant, c’est qu’il ne semble avoir aucune perspective historique, on a l’impression à le lire que le monde actuel est né il y a 20-30 ans (l’influence de mai 68 peut être ?), que le passé n’existe pas. En effet, si on le suit, la thèse du « choc des civilisations » est une « fadaise » née dans le cerveau embrumé de gens peu intelligents comme Samuel Hutington (tu parles !), alors que jusque là, tout n’était que douceur et volupté dans les relations entre l’occident judéo-chrétien et le monde musulman. Frère Machinchose ferait mieux de se replonger dans ses livres d’histoire, il y verrait que depuis l’apparition de l’islam voici environ 1400 ans, ces relations n’ont été qu’un long antagonisme, avec des périodes successives de guerre et de relatif apaisement. Il n'y a qu'à citer les Croisades, la Reconquista en Espagne, les invasions ottomanes, la conquête de l'Algérie, et aussi les différents conflits dans les Balkans ou au Proche Orient pour s'en convaincre. Bien sûr, on peut toujours souhaiter avec tous les idéalistes qu’on arrive à une réconciliation durable, mais en ce moment on n’en prend pas le chemin, il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir que nous sommes dans une période de grande tension, et ce depuis grosso modo la révolution iranienne de 1979. Pour un droidlommiste bien de chez nous qui trouve que tout le monde il est beau tout le monde est gentil, il s'en trouve dix de l'autre côté qui vomissent l'Occident dépravé et ses valeurs.

  • Je ne peux qu'être d'accord Fabien. Ce qui me frappe avec les Frères Glucose, avec qui je partage au moins le goût omnivore, c'est qu'au nom d'une apparente hauteur de vue, ils finissent par ignorer ce qui a toujours été au centre de l'histoire, à savoir le besoin de domination, la conquête, le massacre, l'instinct de mort pour tout dire. Et que depuis le onze septembre, "quelque chose se passe" dans le monde et qu'ils semblent ignorer, tout remplis de science sociale qu'ils sont. Contrairement à ce qu'ils sous-entendent, je n'ai rien d'un va-t-en guerre ni même d'un fanatique - bien que croyant, j'ai un arrière fond de scepticisme et un "ça" irreligieux et blasphématoire (mon côté infantile certainement) - et je suis d'accord avec Alain Finkielkraut (encore lui ???) quand, dans "Une voix qui vient de l'autre rive", il stigmatise la binarité facile dans laquelle s'étaient enfermés après la guerre la plupart des intellectuels de gauche, Sartre en premier lieu. Bien sûr que la vie est belle et complexe ! Bien sûr qu'il faut toujours se garder de tomber dans le manichéisme du type "eux méchants, nous gentils" - sauf que les méchants, à un moment donné, ça existe aussi ! Et Finkielkraut de rappeler que ce que René Char reprochait aux nazis, outre leur "politique", était de le forcer à se faire binaire malgré lui et à prendre les armes. Et bien, ce que je reproche aux islamistes d'aujourd'hui, c'est de nous forcer à cette fameuse guerre des civilisations - cette histoire de caricatures en est bien le premier signe. Qu'ils me croient ou non, j'aurais préféré étudier les soufi (d'ailleurs, cela viendra).
    Alors oui bien sûr, il y a une barbarisation des esprits, une défaite de l'intelligence, et sans doute aurais-je dû maîtriser mon envie de Coran fécal. Je me suis laissé emporté comme le beauf que je suis et j'ai envie de faire amende honorable, de m'excuser et de considérer que mon emportement grossier n'était qu'une réaction épidermique à la violence fanatique..... Mais voilà que j'entends que l'on sous-entend que mon emportement est aussi grave que cette violence, que ma vulgarité de beauf vaut bien leur fanatisme, que mon glaviot est presque pire que leurs bombes et que mon droit à l'idiotie (qui fait partie de la liberté d'expression comme dit Jean-François Kahn) doit céder le pas à leur droit du sacré. Et c'est cela que vous appelez votre "complexité" !!!!!!!!!!!! Ardenamuque ! Eh bien, oui, je crois à la pédagogie du blasphème, comme dit Pierre Jourde (cf Nouvel Obs), je crois surtout que sur ce plan de la représentation, nous ne devons pas céder. Que même le dessin le plus nul du monde a le droit d'exister et que faillir sur ce principe, c'est déjà prouver que si l'on ne croit pas à la guerre des civilisations, on croit encore moins à la nôtre.

  • Et puis, sont-ils si mauvais que ça, ces dessins ?

    Trois au moins me semblent indignes d'un tel mépris, tant ils sont drôles (http://www.bablog.keonox.com/images/caricature%20danois/5.jpg), pertinents (http://www.bablog.keonox.com/images/caricature%20danois/4.jpg), voire visionnaires (http://www.bablog.keonox.com/images/caricature%20danois/7.jpg).

  • "Pour un droidlommiste bien de chez nous qui trouve que tout le monde il est beau tout le monde est gentil, il s'en trouve dix de l'autre côté qui vomissent l'Occident dépravé et ses valeurs."


    Fabien,

    En Pologne, si tu entres dans une église, n'importe laquelle, si tu as pris des cours de polonais avec moi (pas cher, un makowiec offert pour 10h de cours) tu entendras des femmes prier à haute-voix (c'est très courant là-bas). Elles prient pour "l'europe pécheresse et dépravée", "pour les états-unis, pays de la luxure et du vice". Tu pourras aussi assister à de joyeuses manifestations anti-europe orchestrées par Samoobrona. On va encore m'accuser de déplacer les problèmes, mais je le répète, je ne crois pas à une vision simpliste du conflit. Je crois que les droits de l'homme sont partout menacés et d'abord "chez nous". Il y a en Pologne des femmes qui prient pour l'europe pécheresse et des femmes qui se battent pour libérer la Biélorussie (http://wolnabialorus.org/).
    Là-bas aussi, en Islam, il y en a qui désirent la paix, si nous n'écoutons que les monstres, ils sont tous perdus.

    *Hirek

  • Non montalte, nous avons pris soin de ne pas mettre sur un même plan les éructations consanguines lues ici et là, et les bombes des terroristes, nous avons pris soin de distinguer les fatwas criminelles et les caricatures vite tracées. Ne nous faites pas ce faux procès, nous n'avons pas dit que les consanguins plus ou moins va-t-en-guerre étaient en tous points semblables aux kamikazes barbus. Notre propos était de souligner que l'éructation trépignante et la généralisation au kilo n'avaient rien ni de pertinent, ni de rationnel, ni d'humaniste, et n'étaient donc d'aucun secours face aux frictions internationales en question.

    Il est légitime de s'emporter de façon épidermique face aux exactions des barbus. Il est faux, inutile, spécieux de généraliser leur motivation à toute une communauté de croyants, à toute une foi, et de saloper celle-ci par-dessus le marché, elle qui a déjà bien assez à faire avec ses propres démons. Votre texte ne pouvait, au mieux, qu'exciter un peu plus l'improbable salafiste énervé qui serait tombé dessus, et au pire, blesser d'authentiques musulmans. Mais puisque vous vouliez les "saigner" - symboliquement toujours - souffrez donc que nous moquions ce bellicisme verbeux.

    Par ailleurs, nous savons la propension de bien des consanguins à convoquer l'histoire, du moins l'histoire européocentrée telle que nous la connaissons tous. Seulement de la même façon qu'un Huntington produit du leurre en parlant d'un "choc des civilisations" actualisé, et vulgarise la géopolitique en même temps qu'il l'ampute, la lecture qu'on a de l'histoire peut trés bien prendre en compte l'ensemble des affrontements tumultueux entre civilisations sans pour autant déterminer qu'un antagonisme "chrétienté - islam" constitue de tous temps un paradigme indépassable. Les causes des affrontements actuels sont tout aussi complexes que les motivations, certes religieuses, mais également économiques, structurelles, géostratégiques, qui ont motivé les croisades, la reconquista, les guerres du proche-orient ou l'intervention US en Irak, au hasard. Adopter une lecture centrée sur un affrontement pluriséculaire entre islam et chrétienté revient à tronquer les faits et à n'étudier l'histoire que d'un oeil (voire avec des oeillères pour les plus obtus). L'affrontement n'est pas contestable, puisqu'il s'agit de concurrence bimillénaire en matière de spiritualité, mais cet affrontement ne suffit et ne peut suffire à rendre compte des faits commentés. Encore moins doit-il servir à échafauder une thèse, celle d'Huntington, qui sert d'alpha et d'omega à tout un agglomérat d'observateurs qui se prétendent "libres-penseurs". Le "choc des civilisations" est, comme l'a dit récemment Kaplan, une prophétie autoréalisatrice. C'est à nos yeux une lecture partiale et partielle des relations internationales comme de l'histoire humaine.

    Il est également spécieux de parcourir l'Histoire et de choisir tel ou tel évènement archétypal pour en inférer que les crispations et les violences actuelles ne sont en fait que la longue perpétuation de l'antogonisme sus-dénoncé.

    Les consanguins sautent sur leurs chaises et tartinent de l'affrontement civilisationnel à tout propos : les émeutes en région parisienne, les rodéos ferroviaires, les ambassades carbonisées, comme les croisades et le djihad, seraient d'une nature unique, à les lire. D'aucuns devraient plutôt s'abstenir de convoquer l'Histoire au soutien de leur lecture univoque des JT.

    Il n'est donc pas question de nier les tensions actuelles, il s'agit juste de mettre en exergue le constat selon lequel elles sont bien plus multiples, hétérogènes et contradictoires, que la lecture binaire que vous en faites. La bipolarité séduit ceux qui ont besoin de béquilles pour penser le monde en 2006, et outre ceux qui tombent dans ce piège de façon candide, elle sert aussi à promouvoir tout un corpus de préjugés particulièrement nauséabonds.

    Considérez également ces deux points mineurs : nous n'avons rien d'idéalistes, la simple fréquentation des écrits consanguins, comme l'observation des faits divers et des informations internationales, nous convaincant régulièrement de l'indigence et de la cruauté de bien de nos contemporains. Et si nous nous écoutons parler, précisons qu'il s'agit là d'une caractéristique consanguine assez répandue, qu'il est donc plaisant de reproduire.

    montalte, nous ne nions jamais l'instinct mortifère ni l'esprit de conquête, nous y voyons simplement un kaléïdoscope de pulsions et de motivations, bien plus complexe qu'un binaire affrontement bipolaire. Pour reprendre la citation de Fabien qui cite Jean Yanne : tout le monde n'est ni beau ni gentil, mais prière de croire que ni les bons ni les méchants ne sont des "catégories" homogènes, géographiquement localisées ou culturellement identifiées. (Entre parenthèses, montalte, nous trouverions honorable qu'un fervent catholique se mette au soufisme exactement au moment où des ayatollahs baveux condament des caricaturistes boiteux et qu'on compte les points des deux côtés de la fumeuse frontière tracée par Huntington, Bush, Ben Laden, Dantec ou Ramadan. Mais personne ne vous en voudra de procrastiner l'entreprise, même si elle vous aurait sans aucun doute dispensé de ce billet d'humeur nauséeux sur le Coran).

    Donc, pour résumer : les méchants, ça existe, mais c'est une réalité mouvante, complexe et hétérogène. Les islamistes, engeance de barbares planqués dans les montagnes et les palais d'arabie saoudite, "forceraient" les pays occidentaux, techniciens, machinistes, hyper-renseignés et ultra-intéressés, à une "guerre de civilisation" ? Que vaut cet occident qui s'embarque dans les délires dogmatiques du premier barbu venu ? La multiplication des attentats terroristes nous condamnerait donc à assassiner la nuance (nous disons : la "nuance", pas la "tièdeur") ?

    Croyez qu'il nous séduirait vraiment de constater un beau jour qu'une juridiction internationale condamnerait à tour de bras les groupuscules terroristes et les dictateurs génocides. Nous sommes d'ailleurs persuadés que les puissances occidentales disposent des moyens logistiques et militaires pour apprendre où sont localisés les leaders de l'intégrisme islamiste, quels sont les états qui les télécommandent, et où frapper pour les réduire. Là encore, nombreuses sont sans doute les raisons qui les retiennent - sans doute est-il plus pratique de faire entrer de force dans le crâne de 260 millions d'américains que le coeur d'Al Quaeda battait à Bagdad. Si les intérêts économiques du pays s'en portent mieux, qu'importe la crédibilité de la thèse avancée, ou le ridicule des termes employés ("l'axe du Mal", magnifique, on croirait voir surgir le Grand Satan de Khomeiny voire l'indicible Cthulhu). La propagande est la technique la plus partagée à la surface du globe, pour reprendre votre allusion à la pulsion universelle de mort.

    Le dessin le plus niais du monde a le droit d'exister, et aucun intégriste ne devrait pouvoir en obtenir la censure. Est-il possible de l'affirmer sans chier sur le Coran ? Oui, sans que cela implique la moindre renonciation à quelque valeur que ce soit. Au contraire.

  • "Frère Machinchose ferait mieux de se replonger dans ses livres d’histoire, il y verrait que depuis l’apparition de l’islam voici environ 1400 ans, ces relations n’ont été qu’un long antagonisme, avec des périodes successives de guerre et de relatif apaisement. Il n'y a qu'à citer les Croisades, la Reconquista en Espagne, les invasions ottomanes, la conquête de l'Algérie, et aussi les différents conflits dans les Balkans ou au Proche Orient pour s'en convaincre."

    et alors est-ce suffisant pour étayer la thèse d'un choc de civilisations et de l'impossibilité d'une coexistence pacifique entre l'islam et de l'Europe ?

    Il y eu a durant ces 1400 ans plus de guerres entre les européens eux-mêmes qu'entre européens et musulmans.
    Rien qu'en deux siècles, le 19 et 20, le nombre de morts européens dans des guerres opposant des nations européennes dépasse largement le nombre de morts entre musulmans et européens depuis que l'islam existe. Cela n'a pas empêché les nations européennes de construire un destin commun où leurs conflits sont réglés de manière pacifique.

    Ce qui est drôle et significatif c'est que cette idée de guerre de civilisations a été lancée pour la première fois par les djihadistes eux- mêmes et bien avant Hutington. En effet, au moment de la préparation de la première guerre du Golf l'intellectuel marocain Mandjra -qui entama durant cette période son prochement des mouvements islamistes- publie un livre intitulé "le choc des civilisations" où il défendait une vision de l'histoire sous forme de geurre de civilisations, il y incitait les musulmans à se préparer à une guerre violente contre l'Occident.

    Ce genre de thèses réductionnistes ne prennent pas en compte l'impossibilité de catégoriser et de systématiser à la fois l'Islam et l'Occident, il y a des fractures et des failles au sein de chacun de ces blocs (si on admet que ces blocs existent), il y a des ponts qui existen entre les différentes composantes de part et d'autres, il devient alors absurde de les considérer comme des entités homogènes et hostiles.

    l'idée d'un bloc uni, uniforme et idéalisé à outrance est un des points communs à tous les totalitarismes : classe ouvrière, nation, oumma, occident, peuple élu, éthnie,...

    Edward Saïd a publié avant sa mort "le choc des ignorances", je crois au'il avait raison, on assiste actuellement au choc deux ignirances : celle des djihadistes et des musulams passéistes et celle d'une partie de l'europe qui affronter la complexité du monde au'elle a contribué à modeler.

  • "Alors oui bien sûr, il y a une barbarisation des esprits, une défaite de l'intelligence, et sans doute aurais-je dû maîtriser mon envie de Coran fécal. Je me suis laissé emporté comme le beauf que je suis et j'ai envie de faire amende honorable, de m'excuser et de considérer que mon emportement grossier n'était qu'une réaction épidermique à la violence fanatique..... "

    Bravo ! Je trouve ce dernier texte sur ton blog excellent, et les derniers échanges des commentaires aussi importants que passionnants. On te comprend mieux à présent. (mon adhésion "objective" à ce texte n'a rien à voir avec mes sentiments pour toi)

  • Réductionnisme et "choc des ignorances", c'est parfaitement résumé.

  • je suis désolé Montalte, il y avait des erreurs involontaires dans la dernière partie de mon intervention, je la reposte ci-dessous :

    Edward Saïd a publié avant sa mort "le choc des ignorances", je crois qu'il avait raison, on assiste actuellement au choc de deux ignorances : celle des djihadistes et des musulmans passéistes et celle d'une partie de l'Occident incapable de saisir et de faire face à la complexité d'un monde qu'il a contribué à modeler.

  • Il serait peut-être temps d'arrêter la course au relativisme systématique et au comparatisme absurde. Montalte mériterait d'autres contradicteurs que cette collection de sophistes et de demi-habiles. Faut-il en rire ou en pleurer ? Il est tout de même incroyable de lire que l'Opus dei ne vaut guère mieux que le terrorisme islamiste, ou encore que les prières des vieilles femmes polonaises entrent dans la même catégorie que les manifestations violentes des foules musulmanes. Il serait temps d'ouvrir les yeux et de recouvrer l'usage de la raison. Arrêtons de renvoyer tout le monde dos-à-dos comme si tous se valaient selon une loi d’équivalence négativement universelle. On sait où ce genre de raisonnement conduit. On sait aussi ce qu'il cache : la peur de choisir, la peur du conflit. La peur est le motif profond du rejet de l'idée de choc des civilisations dont l’affaire des caricatures est une illustration. Elle est aussi au fondement du discours qui relativise la radicalité islamique en la rapprochant d'une soi-disant radicalité chrétienne équivalente. C'est un nouvel avatar du vieil esprit munichois qui a trouvé dans le déni de réalité sa méthode Coué.

  • Erreur grossière : c'est la thèse du choc des civilisations est profondément motivée par la peur.

    Rassurez-vous, l'intégrisme chrétien est une montée de lait grotesque, aujourd'hui, comparée à la folie des fondamentalistes islamistes.

    Il reste cependant intéressant de souligner que les discours des intégristes sont aussi semblables... Et surtout, on peut converver un plein usage de la raison, ne mollir devant aucune outrance extrêmiste, ne craindre aucune contradiction ni aucun radicalisme, sans pour autant verser dans le relativisme béat ou le déni de réalité - bien au contraire.

  • A erreur grossière, erreur grossière et demie. Ce n'est pas parce que la peur est à l'origine de la thèse de Huntington qu'elle n'est pas aussi à l'origine de son rejet. Au reste, cette thèse applique pour l'essentiel la théorie du conflit (ou encore la conception hobbesienne des relations internationales) au monde multipolaire. Son défaut n'est donc pas le binarisme, mais le schématisme. Ce qui ne signifie pas, à bien la lire, qu'elle soit complètement fausse.

  • "les prières des vieilles femmes polonaises entrent dans la même catégorie que les manifestations violentes des foules musulmanes"

    J'ai pas dit ça. D'ailleurs, je ne dirai plus rien. Je vous laisse à vos saillies Uhlan (huhuhu, y'en a kislapète), et je retourne bosser dans ma ferme.
    Bises à tous (ça manque de calins ici ...)

    *Hirek

  • Il n'y a jamais eu beaucoup de câlins autour de moi comme tu le sais Hirek - je n'ai pas dit avec moi !

    Scoliose, une caricature de Mahomet n'est pas une "outrance extrémiste", encore moins un appel au meurtre, même pas une prise de position "radicale". Rien d'autre qu'une intention anticléricale et dans le cas qui nous occupe, une stigmatisation du terrorisme islamiste. Force est de constater que tous les terroristes islamistes se réclament de Mahomet (comme le tueur de Théo Van Gogh) et que si tous les musulmans ne sont pas effectivement terroristes, le problème est qu'en ouvrant le Coran on va trouver des choses qui vont effectivement corroborer les crimes des premiers. Que cela vous plaise ou non, Mahomet fut un conquérant, donc aussi un tueur - et tant que l'islam n'aura pas fait sa réforme et donc mis un peu d'ordre dans ses textes, je veux dire officiellement et pas simplement du fait de quelques exégèses marginales faites par quelques courageux intellectuels d'ailleurs baillonnés ou éliminés, tant qu'on n'aura pas modifié en profondeur le statut du Prophète et de sa loi, cette "image" de tueur sera encore celle dont les islamistes seront en droit de se réclamer.

    Quant au choc des civilisations, il va malheureusement s'imposer de plus en plus, non pas parce qu'il fait partie des plans islamo-bushiens (analyse qui ne me semble pas digne de la "complexité" dont vous vous réclamiez même si je ne suis pas fan de W, mais que je refuse de le mettre au niveau de Ben Laden - là aussi, les deux "intégrismes" ne se valent pas.), mais parce que lorsque l'on voit une partie du monde arabe demander des excuses aux pays européens à cause d'un dessin inoffensif, quand on lit ce que des manifestants fous furieux écrivent sur leurs pancartes ou hurlent comme slogans, lorsqu'on les voit brûler des ambassades et promettre mille Djihad pour un détail pareil, à moins d'avoir un sens social et politique du quarante sixième degré, il est difficile de ne pas penser que ce monde-là est très colère contre ce monde-ci. Bien sûr, vous allez me répondre que vous ne croyez pas à la notion de "monde" qui, encore une fois, n'est qu'un schéma de pensée manichéenne et essentialiste bien digne des consanguins. C'est pour cela que j'aime discuter avec vous car je suis toujours en train de me demander qu'est-ce qui est réel pour vous. Un jour, on va parler de la matière et vous allez me sortir qu'elle n'est qu'un point de vue de l'esprit (comme Berkeley le soutenait d'ailleurs) - et qu'une bombe qui explose près de chez moi peut avoir éventuellement un aspect social mais pas du tout un aspect humain. Et en tant qu'intention mauvaise, elle n'existe pas et que j'ai dû la rêver.

    C'est une idée, ça. Il est tout juste une heure. Bonne nuit à tous.

  • "On" m'a écrit cette nuit. Fatalement quelqu'un qui me connaît puisqu'ici n'apparaît pas mon adresse de courriel (non ?). Tu/vous peux/pouvez me parler directement sans user d'un pseudo, je ne mords pas. Bref. Pas grave. Pour répondre à la question : Ce que je voulais dire à propos des prières à haute-voix, c'est qu'on peut très bien être en occident, dans un monde "éclairé" et démocratique et entendre des paroles qui vous font froid dans le dos, des paroles qui ressemblent à celles que crachent la télé là-bas au soleil, des paroles violentes. C'est tout, rien de plus. Je n'ai pas la prétention d'ouvrir le débat ni de l'enrichir. Je suis un français moyen, je fais des fautes d'orthographe, je pète au lit et je lis Harry Potter. Excusez ma médiocrité.

    bisous bisous

    *Hirek

  • Rha, on tourne en rond.

    Une caricature de Mahomet n'est pas une "outrance extrêmiste". Une initiative anticléricale a de façon un peu générique, toute notre tendresse. Prétendre se torcher avec le Coran, en revanche, est une "outrance extrêmiste". Et si ça n'est pas une "outrance extrêmiste" comparable une seconde au plastiquage d'un consulat, si ça reste de l'ordre du bavardage de salon virtuel, ça reste outrancier et extrêmiste, parce que c'est trés abusivement généralisateur, et inutilement blessant.

    Que tous les islamistes se réclament de Mahomet n'a rien d'étonnant, la démarche est la même au sein de toute religion, on commet les pires exactions au nom d'un prophète ou d'un messie. Nous disons : et alors ? Est-ce une raison pour stigmatiser l'ensemble des croyants et condamner l'ensemble d'une religion ? Y compris les premières victimes, et les premiers opposants, aux lectures intégristes de cette religion ? Nous répétons : est-il obligatoire, pour se sentir des couilles, d'assassiner la nuance ? Encore une fois, que vaut ce bel occident qui malgré sa complexité et son rationalisme, répond en écho aux délires des barbus de Téhéran ou des bouseux de Kaboul ?

    Nous ne contestons pas la nécessité d'une réforme de l'islam dans le monde, et les musulmans sont les premiers à la souhaiter, pour beaucoup. Mais l'islam modéré existe, ici, là-bas, à travers tout le monde arabe, en Asie, et il est regrettable que les défilés belliqueux des malades à kalashnikov occultent cette réalité aux yeux de tant de monde. "Pas de pire aveugle que celui qui ne veut voir". Le nier, à coup de tchador ou de diatribe anti-musulmane, n'est ni contructif, ni pertinent, ni d'aucun secours face aux poseurs de bombe et aux imams djihadistes.

    Quant au choc des civilisations, il ne s'impose qu'en raison de sa formulation autoréalisatrice, parce qu'elle séduit les chapelles les plus radicales qui en promeuvent abondamment la thèse. Sauf que la réalité de l'islam est plus complexe que vous semblez vouloir le croire, de même que la notion "d'occident" est loin d'être univoque, qu'on fasse référence aux lézardes apparues dans sa prétendue cohérence lors de l'offensive US en Irak, ou qu'on fasse allusion à "l'archipel mégalopolitain mondialisé". Il s'impose donc essentiellement parce qu'il fait partie des plans bushiens d'une part, du délire terroriste d'autre part, et qu'il convient à pas mal d'observateurs occidentaux qui préfèrent éluder l'islam modéré au motif qu'il serait devenu anecdotique, et se permettent au nom du rationalisme de professer qu'il est "intrinsèquement" mauvais. Une véritable "réforme" ne peut être motivée que par la condamnation des seuls effets pervers d'un système, et pas par la con-damnation de sa nature-même.

    Nous maudissons les fous de dieu éructant leur rage anti-occidentale et leur fanatisme obscurantiste au moins aussi fort que vous, depuis la vague d'attentats parisiens de 1986 jusqu'aux train espagnol. Nous pouvons nous féliciter à chaque fois qu'un camp d'Al Quaeda est vitrifié, si tant est qu'on en vitrifie pour d'autres raisons que le pétrole, et mépriser les provocations imbéciles de Mahmoud Ahmadinejad, mais jamais nous ne nous sommes abaissés à généraliser à toute une religion la folie meurtrière de ses écoles et de ses kamikazes.

    Donc au-delà des lignes d'affrontement réelles, c'est l'anathématisation qui contribue à la binarisation du monde. Nous ne contestons pas les polarités à l'oeuvre, nous contestons le réductionnisme qui les érige en summa divisio et en ordre de bataille. Nous ne nous voilons pas la face (sans jeu de mot), nous essayons de ne pas participer à l'imbroglio pluriradical en voie de constitution, au nom précisément des principes et traditions philosophiques que vous invoquez.

    Quant aux bombes à clous qui dépècent nos contemporains, à Bali, à Washington ou Saint Michel, nous sommes trés avertis de leur "aspect humain", merci de le croire. Evitons donc la démagogie victimale et laissons-la aux mous larmoyants qui vont font tant horreur.

  • Ajoutons un article clair qui nous semble une bonne représentation de la "réalité" telle que nous la concevons.


    "Mahomet : le choc des ignorances, par Henri Tincq.

    L'histoire à nouveau s'emballe. Près de vingt ans après l'affaire Rushdie, l'affrontement entre un Occident arc-bouté sur la défense de ses libertés et un islam insurgé contre le blasphème se répète. Comme si personne n'avait tiré les leçons d'une crise majeure qui, en 1989 déjà, avait opposé, d'un côté, les héritiers de Voltaire, de Rousseau et des droits de l'homme et, de l'autre, les fanatiques d'un obscurantisme islamique partout désignés du doigt. En vingt ans, ni l'escalade du terrorisme, ni les efforts diplomatiques, ni les ponts jetés par les hommes de dialogue n'ont eu raison des malentendus, des ignorances, de l'aveuglement hystérique des uns, du refus de toute autocritique chez les autres.


    Dans l'affaire Rushdie de 1989, avant d'être politiquement récupérée par l'Iran de Khomeiny, la colère des mosquées était partie de Manchester (Grande-Bretagne) jusqu'au Pakistan. Dans celle des caricatures de Mahomet, l'onde de choc, partie en fait de Norvège — où une revue chrétienne a reproduit en janvier les dessins publiés six mois plus tôt dans le journal danois — a atteint en premier lieu l'Arabie saoudite. Mais, dans les deux cas, l'étincelle est la même. Le romancier — Salman Rushdie — et les caricaturistes danois ont osé s'en prendre au tabou par excellence, celui du sacré que l'homme, nous dit René Girard, dans toutes les sociétés, anciennes ou modernes, a toujours utilisé pour justifier, légitimer, réguler sa propre violence.

    La liberté d'expression doit-elle ou non s'arrêter à cette frontière du sacré ? On ne manie pas impunément, même pour la fiction ou la dérision, des symboles et des figures comme celle du "Prophète". La figure prophétique est un paradigme commun à toutes les théologies tirées d'une Révélation divine. La preuve en est la rapidité avec laquelle les autorités chrétiennes ou juives ont volé au secours des musulmans outragés par les caricatures de leur Prophète. Dans cette réaction, le réflexe "corporatiste" des institutions religieuses ou leur solidarité face à sociétés laïcisées qui, à tort ou à raison, leur semblent hostiles, ne sont pas seuls en cause. Ainsi se trouve- t-on face à la répétition du même conflit qu'il y a vingt ans entre deux imaginaires, deux systèmes d'exclusion mutuelle fondés sur l'ignorance. Ignorance des ressorts intérieurs à la foi musulmane d'un côté. De l'autre, ignorance de la liberté de création dans un monde arabo-islamique privé de droits et de démocratie. Avec les éléments aggravants que sont la montée du terrorisme, de l'islamophobie et le déclin des institutions traditionnelles de régulation de la foi musulmane.

    La liberté de l'artiste et de l'écrivain est sacralisée en Occident, mais les musulmans récusent ce postulat de la supériorité d'une pensée occidentale incapable d'évoluer, disent-ils, en dehors de modèles historiques mis en place par elle seule et qui ont mis des siècles avant de s'imposer. Le "temps mental" n'est pas le même en Occident et en islam. Le souvenir de la colonisation continue d'atteindre des pays qui, par exemple, se sentent écartés de la relation à leur propre histoire, depuis que l'Europe chrétienne, puis l'Europe capitaliste et laïque ont satellisé et marginalisé les peuples et les cultures de la Méditerranée, ensuite, du monde entier.

    Ce choc entre deux types de mémoire et de représentation est entretenu par tout un arsenal d'images et d'arguments qui expliquent et légitiment les affrontements d'aujourd'hui. Mohamed Arkoun, universitaire, spécialiste de l'histoire de la pensée islamique, s'étonne encore que la représentation de l'Europe chrétienne dans la conscience musulmane — nourrie par le souvenir des croisades — occupe plus de place que la Révolution anglaise et française qui, pourtant, ont "consacré une rupture décisive avec la symbolique religieuse et produit l'avènement de la raison et des Lumières, qui sont l'impensé de la pensée musulmane".

    La disproportion prise par cette affaire de caricatures du prophète Mahomet traduit l'extrême fébrilité de sociétés muselées où, après la phase nationaliste et socialiste, la religion, avec toute sa force explosive, sert d'identité de substitution. L'islam est devenu le premier élément cristallisateur de la solidarité face à l'oppression politique, aux guerres, à la misère sociale, à la stigmatisation. Dans ce contexte, seuls les oulémas, les savants, les juristes pourraient trancher des questions comme celles posées par le droit à la caricature, par le statut de l'image figurative en islam, par le blasphème et sa punition et par toutes celles qui sont liées à l'intégration de la religion musulmane dans les sociétés sécularisées d'Occident.

    Mais qui dira assez la misère de la réflexion théologique aujourd'hui en islam ? Les "docteurs de la Loi" se terrent et se taisent. Autrefois tout-puissants dans l'interprétation des textes, ils ont été domestiqués par les pouvoirs politiques en place et ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes. Aujourd'hui n'importe quel individu, disposant d'un serveur Internet ou d'un réseau câblé, peut se croire autorisé à prêcher, commenter les événements, voire édicter des fatwas. On les appelle déjà les "i-muftis" ou les "télé-imams" qui produisent des injonctions en fonction de la demande de leur clientèle. Ils agissent en dehors de tout contrôle des institutions traditionnelles (universités, etc.) dans lesquelles régnait autrefois la ijma, c'est-à-dire la recherche du consensus entre les docteurs. Dans cette situation, ce qu'on appelle l'ijtihad — à savoir la production personnelle de normes lorsque les textes sont muets — a disparu. On a coutume de dire que les "portes de l'ijtihad", c'est-à-dire de l'interprétation rationnelle des textes révélés, sont refermées depuis le quatorzième siècle. Dans les pires conditions politiques, l'islam religieux est affronté aujourd'hui à toutes les crises d'interprétation et d'autorité.

    La dérision occidentale d'un côté, le verrouillage de la pensée de l'autre, ne peuvent qu'encourager une "victimisation" de l'oumma (communauté musulmane) qui est le pain bénit des intégristes. L'affaire des caricatures sert avant tout de révélateur à cette accumulation de souffrances et de frustrations, sans arrêt énoncées, égrénées par des noms répétés comme dans une litanie : Irak, Palestine, Tchétchénie, hier Kosovo et Bosnie, où pourtant, dans chaque cas, les situations politiques et religieuses diffèrent. Un Ben Laden est passé maître dans l'art de mobiliser cet islam souffrant et humilié. En l'absence de toute contradiction intellectuelle, le jeu des extrémistes consiste donc à poursuivre cet affrontement de civilisations, de cultures, de religions, en se fondant sur l'historicité de l'action du Prophète, sur une interprétation à l'état brut des versets les plus belliqueux du Coran, sur une absence totale d'interprétation historique et critique. Une course de vitesse est engagée entre eux et un islam dit modéré qui voudrait se réapproprier le meilleur de sa tradition humaniste de l'âge classique. Il n'en a aujourd'hui plus les moyens, mais il serait périlleux de l'enfermer dans les caricatures de mauvais goût."

  • Monsieur Montalte, redoutant ce genre de débat et détestant la polémique, je poserai tout de même deux petites remarques:

    -l' Islam, de même qu' en vrac la philosophie, que le matérialisme, que le communisme, que le bouddhisme, l'indouhisme, le manichéisme, le nihilisme, le panthéisme,le polythéisme, l' animisme, l'hygiénisme, le capitalisme, le socialisme (national et transnational), le protestantisme, l' orthodoxie slave dénaturée, etc... sont des gnoses, plus où moins avouées, et en tant que telles, sont des techniques (spirituelles ou non), qui ontologiquement refusent l'Incarnation ET le libre arbitre en même temps et font primer la connaissance au sens large au détriment de la Chute et la Parousie. Cela demanderai mille développements, mille nuances et qui seraient encore une ramification de la Gnose première et infinie, ce qui est au-dessus de mes forces et de mes maigres connaissances.

    Donc, à un niveau premier, de même que votre droit à la caricature, elles sont antagonistes à l'essence de l'amour chrétien, qui fait passer l' Amour avant tout, celui qui ne blesse pas, qui est ferme mais qui ne cherche pas à dominer autrui, celui qui permet l'âme individuelle et la responsabilité de l'exemple (à l'imitation). Et l'Amour c'est le choix, voir le choix de la chute dans la Gnose du bien et du mal, dans votre ridicule et inutile droit au blasphème qui n'est qu'un petit remède à une terreur secrète de la Vérité révélée et qui ne regarde que votre rapport personnel au divin, à votre corps et à votre sexualité mal canalisée. Le rire gras (que je pratique souvent moi aussi) est souvent l'écho de notre petitesse spirituelle et vous avez bien fait de préciser l'héraldique de l'assise du Christ et de la Vierge dans sa beauté romane et gothique.

    - Comme toutes les gnoses, derrière toutes les manipulations, toutes les nuances, "Gog et Magog" se préparent, l' Islam et le bloc communiste athé (qui n'est pas mort loin de là et se répend en Europe de façon sournoise par les manipulations des Fabiens transeuropéens et transmondiaux), ils serviront de bras armé contre l'édifice délabré du judéo-christianisme au profit de ce capitalisme fou qui sera le couronnement d'une "technognose" millénariste désincarnée et New-age, d'une reconstruction matérialiste du corps du (anté? anti?)Christ par la science de Prométhée. Les développements historiques seraient très longs à faire et difficiles à défendre, et le cadre du blog me semble peu approprié. Cependant, je me dois d'ajouter que votre pensée est aussi "relative" que celle de frère bidule (qui lui est très cohérent (comme toujours)), car un Dieu qui s'affirme par ses Ecritures ne "tolère" pas le "relativisme" de sa Parole donnée (qui n'a rien à voir avec l'exégèse ), ni tout travail analytique tendant à détruire le mystère de l'Incarnation, de la Rédemption et de la Transfiguration en amoindrissant l'importance de l'historicité de la vie du Christ. Toute tentative d'explication est vaine au final, elle se doit de mourir dans le silence de la foi, dans l'intimité du coeur et dans la pudeur qui est l'expérience directe de la paix et de l'angoisse comme nous le montre le témoignage des mystiques.

    L'art chrétien et surtout catholique romain représente la beauté du corps humain dans sa prodigieuse dimension divine ET humaine. Détruire la Représentation dans la fragmentation et le multiple, c'est détruire l'homme dans sa centralité organique première qui est CORPS ET ESPRIT, FEMME ET HOMME dans la génération par et dans la chair.

    L'approche historique et l'étude de l'histoire de l'art est très parlante (surtout celle de la peinture et de l'architecture dans sa dimension cachée de l'étalon et de la mesure royale, les spatialités et les ordonnancements de figures) et un enfant comprendrait bien ce qui agite le monde autour de cette ridicule histoire de caricature. Il serait temps que l'occident (re)comprenne que l'Ecriture (calligraphique?) et l' Image sont sacrées ainsi que la nudité (spirituelle?), et que la réelle liberté et créativité authentique ne s'exercent que dans l'effort, l'ascèse (parfois érotique et canonique) et le respect qui donnèrent le génie de sa civilisation: la Tradition de nos pères, les Papes et le clergé,les Rois Francs de la lignée d' Enée de Troie (donc de la lignée de Sem pour les fafs de service et chrétien de la "race de Japhet"), les loups bâtisseurs, les copistes, les patients et les amoureux de ce beau pays.

    Où est l'Occident historique?

    Perdu dans le Big bang fumeux, la soupe darwinienne et psychanalytique avec le reste des chrétiens bourgeois cools écolo mondialisants qui cherchent désespérément un géocentrisme accroché à la fixité astronomique de l' Etoile polaire et les harmoniques de la Loi de Bode.

    Je me dois de préciser (car tout est en nuances dans la le monde) que la moitié de ma famille est musulmane, que la cathédrale de Notre Dame a été façonnée à partir de l' étalon d'un pied arabe de Jérusalem, que les haltes templières de saint-Jacques de compostel furent faites par des architectes maures à l'aide de leurs précieuses notions géométriques grecques et syriaques et qu'enfin, Lourdes, sanctuaire chrétien par essence (et isiaque égyptien sur un plan archéologique), était à l'origine le nom du prince Lorda ou prince de la Rose, arabe converti.


    Je vous tends la joue, sachant qu'un homme amoureux de Rubens d' Anvers a nécéssairement un fond généreux de contre-Réforme et d'intelligence.

  • "Je suis une dissidente de l'islam" par Ayaan Hirsi Ali :

    http://lnk.nu/lemonde.fr/89m.html

    Cette fois, le lien devrait marcher. Tu pourras effacer le précédent commentaire, Montalte.

  • Je me permets d'intervenir et d'insister sur un point fondamental...

    " Nous répétons : est-il obligatoire, pour se sentir des couilles, d'assassiner la nuance ? "

    Au risque de vous surprendre, la réponse est oui. Pourquoi ? Parce que tous les pays musulmans sont des régimes autoritaires. Point. Il faut que vous vous enfonciez ça dans le crâne une bonne fois pour toutes !

    Des élections démocratiques apporteraient les islamistes au pouvoir dans chaque pays arabe — puisque ceux-ci constituent la seule force d'opposition crédible aux pouvoirs en place. Voir le cas du Hamas, des frères musulmans en Égypte, etc., qui sont des partis portés et soutenus en masse par le peuple.

    La nuance, donc, n'est pas de mise lorsqu'on aborde le monde musulman. Evidemment, il ne s'agit pas de condamner au bûcher TOUS les musulmans. Faut-il être stupide pour pérorer indéfiniment là-dessus, en assénant des vérités toutes plus évidentes les unes que les autres. L'indigence de vos réflexions sur la diversité des musulmans fait peine à lire. Quel manque de subtilité... Ne sentez-vous pas que vos lieux communs sont désespérément creux ? Vous prêchez des convertis, mais ce jeu de dupes semble vous convenir.

    Il convient d'adopter une vision holiste de la situation — ce dont vous êtes incapable, apparemment. Le Uhlan n'a de cesse de le répéter : le nivellement et le relativisme empêchent d'avoir une vision GLOBALE des évènements, en privilégiant la surface émergée de l'iceberg qui ne menace personne.
    Le constitué prime sur les constituants. Pour ne pas se perdre dans un débat stérile (trop tard, direz-vous), on se doit de juger un ensemble, un tout, et non les parties qui le constituent, lesquelles ne sont rien, ou si peu qu'elles n'ont aucun poids, aucune influence, aucun impact sur les faits.

    Il faut tirer des conclusions générales (j'insiste encore là-dessus) sur les pays arabo-musulmans. C'est chose éprouvée : la particularité réfutera toujours la règle. C'est pourquoi elle n'est d'aucune utilité dans la compréhension d'un islam qui, pour être divers (chacun s'en sera rendu compte !), n'en est pas moins sclérosé et mortifère dans son immence majorité...

    Tous les pays occidentaux sont des démocraties. Tous les pays arabes sont des dictatures. L'abîme est là, béant, monstrueux, irréfutable. Le choc des civilisations a déjà eu lieu. L'épicentre date du 11 septembre. Depuis se succèdent des répliques du tremblement initial, à plus ou moins grande échelle...

    Les sots en sont encore à différencier les progressistes des intégristes ! C'est effrayant, effrayant...

  • un excellent fichier pdf pour tenter de comprendre cette affaire caricaturale
    http://www.esisc.org/Caricatures%20de%20Mahomet.pdf

  • "Il faut tirer des conclusions générales (j'insiste encore là-dessus) sur les pays arabo-musulmans"

    Et ben tire dans l'tas, l'internaute. Qu'est-ce que t'attends ? T'es là à faire de grands moulinets, des larmes plein tes petits yeux eplorés. Tire ! C'est ce que font les sots. T'as raison après tout, est-ce qu'ils trient, eux, de l'autre côté ? Mais non ! Pour eux on est tous Satan himself ! C'est sûr, c'est en utilisant leur mode de pensée qu'on va s'en sortir. Tire dans l'tas et viens pas râler quand il faudra trier les cadavres. D'ailleurs, tu seras dans l'autre camp à ce moment-là, j'en suis sûr. Ton genre de guignolo, façon Bebel, tac-tac boum-boum, qui croit toujours foutre des coups de pied dans le politiquement correct, ça retourne sa veste au premier coup dur.

    *Hirek, petite frappe chirurgicale

  • L'internaute, votre déplorable message est bien la preuve que si "prêche" il y a ici, il est tout sauf inutile. Nous ne perdrons pas longtemps à traiter vos assertions profondément caricaturales et vos sentences inteptes assénées le doigt doctement dressé. Nous ne perdrons pas de temps à vous déciller en énumérant la liste des états démocratiques à majorité musulmane, ou pluriconfessionnels, d'autant qu'elle est à la portée du plus indigent des internautes (faites un effort documentaire minimal avant de vous embarquer dans des envolées aussi stupides que définitives).

    Vous tentez de "penser" le monde sans disposer d'un équipement minimal, ou en tous cas en faites fi. Il est donc vain de passer vingt paragraphes à vous expliquer en quoi votre conception manichéenne de ce sujet relève de la fiction la plus moyen-âgeuse, la fable la plus grotesque. "Tous les pays arabes sont des dictatures", oscillant au bord du gouffre théocratique, et sont d'ailleurs peuplés d'aliens ataviquement belliqueux et hostiles, il y afait trop chaud et on y mange trés mal.. Il ne servirait à rien non plus de vous renvoyer à l'article d'Henri Tincq pour vous indiquer les raisons, pourtant schématiquement présentées, du succès des organisations islamistes dans un certain nombre de pays arabes. Vous y verriez trop de nuances, trop de recul, rien qui ne soit aussitôt invalide à vos yeux daltoniens.

    Il est seulement particulièrement savoureux de vous lire énoncer "qu'il faut tirer des conclusions générales" à propos des pays musulmans, nonobstant la diversité des situations dont vous pensez pouvoir dire qu'elles ne comptent pour rien dans le constat de votre "choc des civilisations" (qui relève plus des délires lyriques à la Dantec que d'Huntington lui-même).

    Votre "vision globale" des évènements est splendide, et en effet, il fallait absolument nier toute nuance pour parvenir à ce réductionnisme de fête foraine. Les conclusions que vous en tirez sont sans doute aussi simplistes. Puisque tout état arabe est un vortex de violence et de fanatisme, et que tout état "occidental" (mais vous voir en tenter la définition serait également désopilant) est démocratique, et puisque que les uns ne peuvent qu'affronter les autres, que de réformes, que de mesures et d'initiatives internationales préconiseriez-vous...

    Vous jugez un "tout" qui n'existe pas, l'internaute, c'est le risque qu'on prend quand on prétend saisir un phénomène en faisant primer le constitué sur le constituant. La vie est simple, et le monde est lisse, pour vous l'internaute : il est divisé en deux, et a été créé un onze septembre. Cessons donc de pinailler, soyons volontaristes et pragmatiques, n'est-ce pas. Agissons.

    Vous pourriez commencer par manifester en vous flagellant dans la rue. Peut-être plastiquer un consulat. Parce que sinon, vos "conclusions générales" ne mènent rigoureusement nulle part. Sauf peut-être à un peu plus de pilosité, c'est possible.

    Il ne s'est jamais agi de nier la montée de l'islam intégriste, mais de jauger la pertinence des généralisations abusives en cours ici ou là, face à la diversité musulmane. Vous les servez à température ambiante : "il ne s'agit pas condamner TOUS les musulmans au bûcher", mais au final, "tout pays arabe est une dictature". Il y a un intérêt certain à distinguer entre "progressistes et intégristes", l'internaute, surtout en la matière, et, cerise sur le gâteau, elle vous permet de vous distinguer de nous-mêmes... La nuance n'est pas "opératoire" ? Si, elle permet si on la considère de s'abstenir des intégrismes. Les constats selon lesquels "arabe" et "musulman" ne sont pas des synonymes (autre lieu commun dont vous êtes averti mais que vous balourdez néanmoins), selon lesquels il existe des musulmans modérés, voire radicalement opposés aux islamistes, ne peuvent figurer dans un raisonnement qui en même temps conclut à l'essence funeste et fataliste de tout pays "arabe". Ne déplorez pas un débat stérile sur l'islam : vous n'y accédez même pas, vous avez deux ou trois certitudes qui sont trop larges pour le seuil.

    Il y a bien un abîme ici, béant et monstrueux, mais nous ne contemplons pas le même.

  • L'Internaute, dans son message, est comme vous l'avez dit Frère Mixomatose, assez caricatural pour se discriditer lui-même. Mais cependant, dans le fond, il n'a pas entièrement tort. Comme le souligne le Uhlan, il est nécessaire pour bien penser, de savoir tout d'abord abstraire l'essentiel. Se refuser à l'abstraction, à la généralisation est une défaite de la pensée et ne mène qu'au relativisme, au "tout se vaut". Alors oui, effectivement, il y a en occident des extremistes et en terre musulmanes des gens éclairés. Oui effectivement, tout est infiniment complexe. Oui, l'Islam est constitué de très nombreux courant très différents. Cela, tout le monde le sait parfaitement. La question n'est pas là,
    elle est de savoir si cela a vraiment une influence sur le problème posé.

    La pensée a besoin, pour s'exercer, que ce soit dans le domaine des Sciences ou de la Philosophie. non pas de regarder le monde tel qu'il est, dans son infinie complexité, mais de le regarder de manière plus schématique, plus abstraite, plus grossière, "à la louche". Quand Gallilée, puis Newton, posent les principes de la mécanique classique, ils font abstraction de certains détails - par exemple, dans le cas de la chute des corps, ils font abstraction des forces de frottement qui sont négligeables. Au modèle réel, ils substituent un modèle idéalisé, simplifié, plus grossier, mais sur lequel on est capable d'établir des vérités, de réflechir.

    Alors oui, il existe chez nous des extremistes chrétiens, oui, nos démocraties ont leurs failles, nous sommes aussi barbare parfois. Mais à l'échelle du monde, cela n'est que du détail, du négligeable. Car globalement, l'occident est démocrate. De même, s'il existe des musulmans modérés - et en nombre, sont-ils sûrement plus nombreux que les immodérés - le point de ces derniers, au niveau politique, est très faible et force est de constater que le monde musulman est globalement totalitaire et hostile à l'occident.

    Papy

  • "Quand Gallilée, puis Newton, posent les principes de la mécanique classique, ils font abstraction de certains détails - par exemple, dans le cas de la chute des corps, ils font abstraction des forces de frottement qui sont négligeables. Au modèle réel, ils substituent un modèle idéalisé, simplifié, plus grossier, mais sur lequel on est capable d'établir des vérités, de réflechir. "

    papy, oui mais Newton et Galilée s'intéressaient à la matière inerte non à l'humain, et puis de puis Galilée beaucoup d'eau a coulé sous les ponts de la science, leur approche et méthodes sont devenues désuete et dépassée. On se rend compte que lorsqu'on néglige certains paramètres notre vision d'un phénomène donné est tellement grossière que la saisie du phénomène et sa compréhension nous échappe. La prise en compte de la complexité est de mise actuellement.

  • Deux petites choses

    1/ La raison, qu'elle s'interresse à l'Homme, à l'inerte, à la métaphysique, à la philosophie, à la politique, aux conséquences de la star académy sur notre société française ou la réel efficacité des cremes anti-ride reste la raison et quelque soit le sujet que la pensée aborde, elle l'aborde par les mêmes chemins.

    2/ Les résultats théorique de Gallilée et Newton se sont avérées incomplets (c'est qu'ils ne couvraient pas le monde dans toute sa complexité - la mécanique newtonienne n'est vrai que pour des vitesses éloignées de celle de la lumière) mais suffisant pour expliquer un grand nombre de phénomènes et encore utilisée aujourd'hui (il me semble que l'on peut trouver un nombre non négligeable d'applications de la mécanique classique - ce n'est pas tous les jours que l'on voyage à la vitesse de la lumière, n'est-ce pas ?). Quand à leurs méthodes, basée sur la conception de théorie et la vérification par l'expérimentation, je ne vois pas en quoi elle diffère de la méthodologie scientifique actuelle.
    En ce qui concerne l'Islam, le jour où l'islam modéré et réformiste aura un réel poids - ce qui, hélas n'est pas le cas aujourd'hui - à ce moment là, diviser le monde en deux n'aura plus de sens. Pour l'instant, ce n'est pas le cas.

  • La recherche scientifique n'a plus rien de celle qu'animaient Galilée ou Newton ; la théorie du chaos, les systèmes complexes, les quantas, autant de domaines où la prospection ne procède plus par affirmation de thèses et expérimentations subséquentes. Mais du reste, si d'Aristote à Einstein, on a bâti des principes de recherches scientifiques pour aboutir finalement à l'excommunication de tout un pan de l'espèce et aux essais foireux de justification scientifique telles celles qu'on tente de lire ici entre deux fou-rires, il était finalement vain pour eux de lutter contre autant de déterminismes qu'ils en ont eu à affronter...

    Et ainsi qu'il a maintes fois été expliqué plus haut, établir une summa divisio bien caricaturale est bien entendu de nature à aider les musulmans modérés à procéder à une réforme...

    Quant à la comparaison des démarches scientifiques, des thèses et des expérimentations, on sait à quoi elles peuvent mener. La raison s'intéresse certes à l'homme quand elle développe des outils scientifiques tels que la sociologie ou la psychanalyse. Il n'y a plus rien de "raisonné" lorsqu'il s'agit de tuer la nuance qui caractérise tout groupe humain. Surtout si c'est pour promouvoir des conclusions "générales" qui se voudraient diablement "anti-politiquement correctes", et qui n'ont absolument rien d'opératoire.

    Fumisterie.

  • @papy
    Il y a une chose qui caractérisait la méthode de Galilée et Newton, et qui continue à être de mise dans la science actuelle, c'est le fait de définir de manière précise les objets d'étude de sorte que l'on puisse identifier ces objets sans équivoque dans la réalité.

    Or comment allons nous-définir actuellement cet "objet" civilisation sachant qu'on ne vit plus au temps de marco polo, et qu'on est à l'époque de la mondialisation,

    par exemple que peut-on désigner par la civilisation islamique : cet immense espace qui va d'un océan à un autre et qui colore aussi l'Europe actuelle, composé par des peuples et des états disparates :

    - au niveau même des conceptions religieuses les fractures sont des gouffres (chiite, sunnite, kharidjite, alévi, soufis...),

    - au niveau politique qu'elle est la caractéristique commune à des pays comme la Turquie, L'Arabie saoudite, la Malaisie, le Sénégal...

    - au niveau culturel, que peut-on trouver de commun entre un mouride sénégalais, un nouveau riche malais, un bourgeois fassi du Maroc, un bambara malien, un entrepneur Turc, un soufi indien,...

    - au niveau social, que peut trouver de commun entre les kabyles, les bosniaques, les musulmans chinois, les tribus du désert d'Arabie, les tunisiens...

    et puis qu'est ce que la civilisation Occidentale actuellement, quand on sait que l'Europe en rentrant dans la modernité s'est inscrite en rupture avec son passé, quand on sait que la modernité a traversé (grâce ou à cause, c'est selon) les continents, et que toutes les sociétés de part le monde ont en été affectées. Est-ce vraiement la civilisation occidentale ou le patrimoine et le présent communs de l'humanité actuelle ?

    définir la civilisation islamique ou occidentale comme des blocs autonomes à part entière relève de l'absurde et n'a aucune existence réelle à moins qu'on persiste à voir le monde par les yeux de marco polo !

  • Cette manière de ne voir les choses qu'au microscope (où tout semble différent) alors qu'il faut aussi les voir au télescope (où toutes les différences n'abolissent pas toutes les ressemblances, où le particulier contraste avec le général, le singulier avec le commun)... Cette manière de nier le concept même de "monde"... Bien sûr qu'il y a autant d'islams et de christianismes que de pays, mais il n'en reste pas moins que le mode de vie et de penser est à peu près le même en Europe comme il est à peu près le même au Proche-Orient... Sous prétexte d'en finir avec la vision d'un monde de Marco Polo, voilà, Kalima, que vous vous mettez au point de vue du "citoyen du monde" - sans vous rendre compte que l'on ne peut être un "citoyen" en Iran ou en Arabie Saoudite et que la notion même de citoyenneté appartient à notre monde.... Mais préféreriez-vous vivre en Arabie Saoudite ou aux Etats-Unis ?Cette méthode foireuse, enfin, d'ignorer les idées, les dogmes, les credo, les textes... Comme s'il n'y avait que des "situations", des "conjonctures", des "agrégats"... Le Coran, la Bible ou la Torah n'ont donc aucune influence sur les "peuples" - notion qui vous fait fait rire de ce mauvais rire d'évitement du réel ? Autant dire, excusez la comparaison et le point de Godwin, que Mein Kampf n'a aucun rapport avec le nazisme !... Psychanalyse et sociologie sont certes des méthodes censées comprendre les hommes, mais l'Homme dépasse largement sa dimension sociale et psychique. Hélas, le bon sens (qui passe par le sol, le sang et les dieux) n'est plus la chose du monde la mieux partagée...

  • Frere Toxoplasmose,

    Vous citer la psychanalyse comme exemple d'approche scientifique, j'espère bien entendu qu'il s'agissait d'un lapsus et que vous vouliez écrire psychologie ou psychiatrie. J'espère vraiment.

  • Frere Polio et Marco-plasmose,

    Vous dites qu'il y a autant d'islams que d'individus musulmans, voir même qu'il y a tant d'individus à un instant donné. Je crois que Montalte et moi-même, et beaucoup d'autres, fort heureusement, sont d'accord sur ce point. La différence, voyez-vous, c'est que nous croyons qu'il y a des points commun, au delà de leur différence entre des individus différents parce que leurs pays ont une histoire commune, parce que leur langue est commune, parce que leur mode de vie a été influencé par les même religions, parce que leur niveau social est équivalent. Et cela, sans croire pour autant croire à un déterminisme naturel (par exemple: notre milieu social a une influence évidente sur nous, on peut pourtant s'en extirper).

    Nous pensons donc qu'il existe des grandes tendances au delà des différences individuelles et nous essayons de comprendre le monde à partir de cela. Peut-être nous trompons nous, faisons des erreurs d'analyses, faisons des amalgames trop forts, mais nous, anti-relativistes, prenons ce risque, ce mal nécessaire pour essayer de voir clair dans un problème.

    Vous me direz que c'est par des pensées anti-relativistes que les pire atrocités de l'histoire sont nées, et cela est vrai, parfaitement vrai. Mais ce n'est pas avec des pensées comme les votres que l'on évite cela.
    Etre relativiste ne rendras jamais nazi, mais il rend Munichois, et ce n'est pas plus glorieux.

    PS: Je pense que différencier, d'un point de vue religieux, les textes fondateurs, les dogmes introduits par tradition et la religion du point du vue sociétale est la clef pour y voir un peu plus clair, et il est bien dommage que dans ces débats, l'on ne regarde pas les choses à cet éclairage là. Comparer Islam et Christianisme, oui, mais à quel niveau ? Textes fondateurs contre textes fondateurs ? Société contre société ? tradition contre tradition ?

  • (Nous faisons allusion à la psychiatrie, grand-père).

    Revoilà le mot : relativiste. Oui oui. Vous nous taxez de "relativistes" et estimez que ce "mode de réflexion" est inefficace et immobiliste. Sauf que. Nous ne sommes pas relativistes au sens où vous l'entendez. Nous savons distinguer les tendances lourdes qui peuvent caractériser un phénomène, qu'il soit social, religieux, politique, économique ou culturel. Nous savons que les macroconcepts permettent de penser le monde et d'organiser un minimum celui-ci. De combattre le chaos et de répondre à des besoins collectifs. Les "points communs" dont vous parlez peuvent donc en effet permettre de distinguer ce qu'est une communauté de croyants, une nation, ou encore une civilisation.

    Là où nous ne pouvons vous suivre, et où nous condamnons ce que nous concevons comme des errances, c'est que ces tendances lourdes, outils utiles et concepts pertinents, utilisés dans des disciplines telles que la sociologie, la géopolitique, l'histoire, voire l'anthropologie, ne peuvent suffire et ne suffiront jamais à rendre compte d'une réalité dans son ensemble et ne peuvent permettre de se prononcer sur la nature intrinsèque d'un phénomène (ici l'islam). Vous pourrez toujours tirer des conclusions conjoncturelles, souligner telle ou telle caractéristique archétypale du phénomène étudié, mais à partir du moment où les dissonances en son sein sont si nombreuses (croyez-le ou non, tout musulman n'est pas un islamiste prêt à brûler ambassades et consultats), à partir du moment où l'analyse de son évolution historique démontre en outre la dialectique qui l'innerve, vous ne pouvez tirer des "conclusions générales" comme certains se piquent de le faire.

    Il est donc possible d'affirmer que le texte du Coran est plus "violent" que la Bible (ce qui reste à prouver si on le compare à l'Ancien Testament), il faut aimer l'exégèse détaillée et sortir lesdits Textes de leurs contextes, mais ensuite ? En déduire que l'islam est intrinsèquement barbare ? Intrinsèquement violent ? Et partant, par nous ignorons quel cheminement tordu, en déduire que tout pays arabe (par ce petit glissement pittoresque : musulman arabe) est une dictature, qui s'oppose radicalement aux pays occidentaux (nécessairement tous démocratiques, éclairés et tolérants) ? Quelle est l'étape suivante ? Expliquer que tout musulman, par sa confession, présente une propension à la sauvagerie machiste ou au posage de bombe à répétition ?

    Il est bien joli de prétendre planer dans les altitudes spirituelles, comparer des textes sacrés, y aller de sa conception de l'amour transcendental, prononcer des sentences définitives sur la foi des uns et des autres, mais vouloir raisonner sur l'islam dans son intégralité, sur des "conclusions générales", en repoussant les aspects historiques, cléricaux, géostratégiques et économiques qui expliquent ses poussées extrêmistes actuelles, voilà qui reste bien peu scientifique. ça n'est au final que l'émission d'une opinion, que vous êtes bien entendu libres d'avoir, mais qui ne peut en rien prétendre à la rigueur intellectuelle.

    Surtout donc si c'est pour en inférer des hiérarchies, et émettre anathèmes et condamnations.

    Citons rapidement un écrivain qui, de son vivant, savait admirablement présenter les choses : "Dès qu'une idée règne, elle se trompe. Dès qu'elle gouverne, elle ment." (Dantec, TDO).

    Il n'est pas question ici de se prétendre "citoyen du monde" ou de ressortir ce genre de fadaises branchées. Le "village global" a autant de consistance, à nos yeux, que le "choc des civilisations", il s'agit de mécanos bancals issus de la conscience occidentale. Il est simplement question de s'interroger sur la violence extrêmiste, ses implications géopolitiques, et les origines où elle prend racine (TOUTES ses origines : économiques, historiques, religieuses).

  • En relisant tout notre débat, les frères Glucose, quelque chose de commun apparaît dans vos argumentations puis dans les miennes, et inversemment - à savoir que nous ne cessons de dire tour à tour qu'il faut tenir compte des aspects religieux, culturels, économiques, sociaux, anthropologiques, etc sauf que chacun d'entre nous ignore ceux-ci plutôt que ceux-là selon son point de vue. Ainsi, j'admets volontiers qu'il existe une dimension économique et sociale dans l'islam (ou dans l'affaire des émeutes de novembre dernier) sauf que celle-ci n'apparaît jamais dans mon propos, et parallèlement vous-même admettez l'élément culturel et religieux sauf que celui-ci n'est jamais utilisé dans votre propos. Et c'est pourquoi l'on se retrouve toujours au même point puisque chacun de nous fait semblant d'admettre l'Arché de l'autre alors qu'il ne songe qu'à développer le sien.

    L'autre chose, et c'est là la malhonnêteté, si je peux me permettre, de votre soit-disant probité intellectuelle, c'est que le vôtre est inexistant. Vos objections ne sont que purement formelles - encore moins réelles que notre optique déficiente à saisir la réalité. En fait, tout en nous accusant de tomber dans des généralités, dues selon vous au mauvais bout de la lorgnette par lequel nous tentons de comprendre le problème, vous-même ne cessez de vous réfugier dans l'argument général du "tout prendre en compte" - mais qui à force de vouloir tout prendre en compte finit par ne prendre plus rien en compte. C'est le piège holiste par excellence : couper l'herbe sous les pieds de n'importe quelle discipline au nom de toutes les autres, annihiler tout point de vue au sous prétexte qu'il n'est pas le seul. Mais pour appréhender un phénomène, il faut bien commencer par une facette et des gens comme moi voient en effet d'abord celui-ci sous son aspect culturel et symbolique - c'est-à-dire absolu. Oui, en effet, je pars du concept plus que de la situation, de l'idée métaphysique plus que de l'idéologie sociale. Non que je considère comme caduques situations et sociétés, bien au contraire, mais je soutiens qu'il y a des problèmes plus métaphysiques que d'autres. La représentation, le sacré, le blasphème en sont.

    Alors écrivez-vous que "ces tendances lourdes, outils utiles et concepts pertinents, utilisés dans des disciplines telles que la sociologie, la géopolitique, l'histoire, voire l'anthropologie, ne peuvent suffire et ne suffiront jamais à rendre compte d'une réalité dans son ensemble et ne peuvent permettre de se prononcer sur la nature intrinsèque d'un phénomène (ici l'islam)". Comment ne pas être a priori d'accord avec ce qui apparaît comme un modèle de probité intellectuelle ? Seulement, en vous relisant, on se demande comment vous allez faire pour rendre compte de cette réalité puisqu'aucune discipline ne trouve grâce à vos yeux et que même prises toutes ensemble elles échoueront ? Sous le beau prétexte de rendre compte de la complexité de la réalité, vous complexifiez tellement celle-ci qu'à la fin elle se dissout - ce qui philosophiquement ne laisserait pas d'être intéressant : le réel ineffable et qui pourtant nous fait hurler, insaisissable qui nous saisit, indéfinissable et qui nous blesse, etc - mais qui dans le débat nous occupe apparaît plus comme un échappatoire raffinée.

    Une échappatoire qui dans cette affaire de caricature tombe un peu à plat. Car si "j'admets" avec vous que l'on ne peut tout ramener à du culturel, du religieux ou du symbolique, il me semble que non seulement ces concepts existent, mais dans cette affaire sont bien les seuls, en tous cas les premiers, à être envisagés pour comprendre. Qu'un petit bourgeois comme moi ignore scandaleusement les conditions de vie des pays musulmans et adhère sans l'avouer au capitalisme n'a strictement rien à voir avec la démence qui a pris une grande partie du monde musulman à cause d'un dessin humoristique qui semblait sorti de Pif le Chien. Libre à vous d'ironiser sur le choc des civilisations même quand celui-ci a lieu, il vous sera très difficile de rendre compte de ce problème de représentation si vous faites fi de la symbolique. Qu'ils brûlent des ambassades dans leurs pays ou portent plainte pour "racisme" dans les nôtres prouve de toutes façons que, modéré ou fanatique, le musulman moyen n'admet pas qu'on représente son Prophète. Et cela, j'en suis navré, relève d'un problème avant tout culturel (bien plus, par exemple, que dans le cas des émeutes ou même de l'affaire Ilan Halimi) et que vous avez tort de dissoudre dans un appel épistémologique vain et vide qui à la fin ne propose rien, semble ne même pas vouloir constater ce qui se passe, ce qui est un peu fort pour des gens qui me disaient que ce n'est pas de moi dont allait venir la solution !

    (Quant au glissement musulman-arabe, je sais qu'il est facile et que j'y suis moi-même tombé. Il n'empêche que si tous les arabes ne sont pas musulmans et reciproquement, la plupart le sont... Du fait du caractère moniste de l'islam, il est en effet compliqué de toujours faire la distinction.)

  • Ah. De "relativiste", voilà que vous nous faites basculer dans le nihilisme, à présent.

    Nous voulons relativiser vos vociférations premières antimusulmanes, islamophobes, et souligner que la violence, réelle ou symbolique, en développement dans bon nombre de communautés et/ou états musulman(e)s n'est pas due à une quelconque "nature" de la foi islamique, mais bien plutôt à un faisceau de causes que nous avons rapidement balayées (fondamentalisme des écoles coraniques et des exégètes d'un texte sacré qui n'a rien d'intrinsèquement inhumain, situation géopolitique et économique complexe, dommage collatéraux d'une certaine globalisation, intégrisme accompagnant malheureusement toute forme de spiritualité...). Croyez bien que nos objections ne sont pas purement formelles, si elles ont pour but de souligner l'absolue inanité de votre postulat islamophobe revendiqué, et le crachat dont nous parlions initialement. Croyez bien que toute objection à une généralisation abusive des déviances de certains à l'ensemble d'une communauté de croyants n'a rien de formelle, et encore moins de malhonnête.

    La réversibilité des arguments en présence est réelle, puisque vous parler d'idée métaphysique et d'idéologie sociale (vous aurez voulu dire "sociologique"). Or si nous admettons aisément que la sociologie peut donner lieu au développement d'une "idéologie" (le "tout sociologique" cher aux partisans de la victimisation à outrance), c'est en général du côté des "idées métaphysiques" (religions, utopies diverses) qu'on trouve le plus souvent une "idéologie". Et ses effets pervers (dogme, systématisation abusive, fanatisme, violence). La sociologie, débarrassée de la sainteté dont voudraient la parer bon nombre de grandes âmes modernes, constitue un outil d'analyse rationnel (issu de cette civilisation judéo-chrétienne si supérieure aux autres, selon vous) qui devrait permettre de relativiser les anathèmes idéologiques. Nous n'avons donc pas "coupé l'herbe sous le pied à une discipline" en recourant aux autres : nous avons convoqué, brièvement, un certain nombre de discipline pour couper l'herbe sous le pied à vos généralisations, qui n'ont rien d'une discipline, puisqu'au final elles n'ont pas grand chose de rationnel. Il ne s'agit pas d'un affrontement stérile de points de vue autiste, mais de la contradiction apportée à vos sentences terminales. (Quand nous disons "vous", nous ne parlons pas que de vous mais de ceux qui se sont exprimés sur ce blog en parlant de "conclusions générales", ou de "choc des civilisations", voire d'arme nucléaire - la palme revenant à ce dernier).

    Vous prétendez avoir une démarche plus efficace au motif que vous appréhendez le phénomène via une facette ? Mais de quelle appréhension parlez-vous si cette facette (le religieux) exclut toutes les autres et vous conduit, en quelques paragraphes, à condamner in extenso toute une religion ? La suprématie de la Raison, encore une fois ?

    Si vous aviez voulu n'appréhender que l'aspect métaphysique du clash provoqué par ces caricatures, vous pouviez ramener votre raisonnement à l'affrontement entre liberté d'expression et esprit critique dans l'occident judéo-chrétien, contre intransigeance symbolique et fanatisme religieux façon états musulmans. Et y voir une "tendance lourde", préoccupante, scandaleuse, bref un clivage actuel dont la résolution est cruciale pour l'avenir. Soit. On peut parfaitement faire ces constats, voire les enrichir de données socio-économiques et géostratégiques pertinentes, bien que bassement terre-à-terre, sans en venir à condamner la foi musulmane dans son ensemble. En résumé, "appréhender un phénomène" même selon une facette hautement subjective puisque spirituelle, n'amène pas forcément à larguer une bordée d'insultes ou à se targuer d'être islamophobe.

    Vous nous faites un procès d'intention : toutes ces disciplines ne s'annulent pas ; ça n'est que toutes prises ensemble, que les diverses disciplines évoquées permettent de rendre compte, avec le moins d'erreurs possible, avec le plus de précision, de la complexité des évènements que vous voulez appréhender. Cette démarche pluridisciplinaire n'est pas un passage obligé pour mener une réflexion, on peut se contenter d'un prisme, d'une grille d'analyse ou d'un point de vue, pour tirer des conclusions partielles. En revanche, cette démarche interdisciplinaire, transversale, que nous ne faisons qu'esquisser par manque de temps et de spécialisation dans les divers domaines en cause, est fort utile pour démonter les déterminismes et autres réductionnismes en phase d'incubation.

    Nous ne vous accusons pas de tomber dans les "généralités", mais dans la "généralisation". Abusive. Vous parliez des émeutes, nous avons dit à quel point l'aspect religieux est de peu d'importance dans cette histoire, et à quel point il ne constitue d'une part qu'un moyen pour attiser les flammes, côté islamiste, et de stigmatiser l'Autre, côté francaoui bon teint. Nous ne revenons pas là-dessus. A propos des caricatures, et du mouvement de colère qui a suivi dans une partie du monde musulman, l'aspect religieux est bien plus fort, bien plus présent, puisque c'est le sujet même des caricatures.

    Mais vous êtes parti de ce mouvement de colère, pour dériver sur l'intégrisme islamiste en général (talibans, exciseurs, ayatollahs fatweurs, etc...), pour aboutir à une condamnation essentialiste, globale, définitive, de la religion musulmane. Vous avez prétendu mettre en exergue le symptôme (les caricatures) pour juger l'ensemble du problème (le fanatisme). Or, le changement d'échelle implique l'élargissement des paramètres.

    Que certains musulmans s'indigent de ce qu'on représente le Prophète, c'est une question culturelle, un gap comme l'histoire des hommes en a connu des milliers.

    Qu'une partie du monde musulman (dont la quotité reste à déterminer : que nous sachions, la majorité des étudiants bordeleurs de mai 68 n'a pas représenté l'intégralité du peuple français de l'époque...) s'enflamme pour cette raison, sous l'impulsion d'imams durs, n'est pas qu'une question religieuse que vous pouvez régler à coup de citations du Coran. L'intégrisme islamiste n'est pas qu'une question religieuse que vous pouvez évacuer à coup de vannes sur les moeurs belliqueux du Prophète.

    Nous n'avons fait que pointer cette impasse intellectuelle.

    Nous ne nous crispons donc pas sur la nécessité de "tout prendre en compte", mais seulement de considérer les aspects historiques et contextuels de cet islam qui vous fait tant peur, aspects qui rendent définitivement invalide votre condamnation extrême et générale.

    Nous ne sommes pas des partisans de l'atomisation absolue de tout clivage ou de tout enjeu, mais prétendons tempérer la binarisation en cours en rappelant que l'anathème et la hiérarchisation des spiritualités est loin d'être pertinente dans l'appréciation de l'islam aujourd'hui, et au regard des nombreuses causes de l'islamisme intégriste. Il n'est même pas besoin, au fond, de recourir à la légion d'exemples des horreurs commises par l'occident chrétien en d'autres temps. Nous avons expliqué la différence entre conjoncture et nature.

    Donc. Les prismes spirituels et religieux sont en cause dans l'histoire des caricatures, certes. Ils sont loin d'être les seuls quant à rendre compte de l'islamisme, et encore moins exhaustifs quant rendre compte de l'islam dans son ensemble.

    Peu importe votre connaissance exacte des conditions de vie dans les pays musulmans, elle n'est d'aucun secours puisque ces conditions de vie sont déjà trés diverses d'un pays à l'autre, et qu'ensuite nous espérons qu'il n'est nul besoin de s'être promené dans le monde entier pour être autorisé à émettre une opinion sur ce qui s'y passe. ça n'est donc pas la question.

    Qu'on critique l'islamisme hurlant qui s'insurge de ce qu'on dessine son Prophète, rien de plus normal sous nos latitudes. Au contraire, on a trop peu entendu les soit-disant "dirigeants" de ce "bloc" occidental prendre la parole au sein des organisations internationales pour réaffirmer le droit à la caricature qu'implique la liberté d'expression (soeur jumelle de la liberté de culte). Là résidait le clivage, dans cette histoire.

    Mais c'est vous, montalte, qui avez élargi, à la manière d'un barbu nous le répétons, ce clivage à un choc des civilisations, et à une condamnation exhaustive de l'islam. Alors, qu'un affrontement de conceptions religieuses soit invocable dans la question de savoir s'il est possible ou pas de caricaturer Mahomet, nous ne le contestons pas. Qu'il s'agisse d'un problèle religieux et culturel, c'est évident, et il y a là une incompréhension assez radicale entre deux grandes spiritualités. (A ce sujet, nous abandonnons la comparaison des mérites respectifs et des apports à l'humanité de ces deux monothéismes aux humoristes comme Dantec Post-Mortem, ou aux xénophobes de comptoir, puisque l'étude de l'histoire des deux religions prouve que leurs apports, scientifiques, culturels, artistiques, ont été considérables également).

    Mais que vous étendiez à l'ensemble du phénomène intégriste, et à la fumeuse théorie du choc des civilisations, cette explication culturelle et religieuse, pour en déduire cette odieuse hiérarchie spirituelle et cette supériorité inepte de l'occident sur "le monde musulman", au mépris encore une fois de la diversité et de l'histoire des deux monolithes que vous opposez, voilà qui est intellectuellement grotesque.

    Désolé si vous rappeler ce point vous semble une démarche holiste, ou une malhonnêteté purement rhétorique.

    Nous constatons ce qui se passe comme vous, et n'avons pas attendu les clowneries des consanguins que nous lisons, pour vomir les barbus qui découpent nos contemporains en fines lamelles dans le métro... Mais si vous pensez que refuser la généralisation à laquelle vous procédez ne mène "nulle part", vous aurez alors l'extrême obligeance de nous préciser OU mène votre condamnation globale et définitive du culte musulman, aussi bien dans l'hexagone qu'ailleurs dans le monde. Vous dressez des frontières ? Rappelez les ambassadeurs ? Expulsez en masse ? Organisez des blocus ? des pogroms ? Vous allez faire comme nous ne savons plus quel amusant guignol croisé par ici, et agiter la menace de l'arme nucléaire ? Où donc vous mène, montalte, votre diatribe postillonnante sur le Coran et l'islam conçus comme intrinsèquement "mauvais" ? Votre clivage brutal, simpliste et sans nuance est-il plus opérationnel que nos tentatives de rendre compte de la complexité du phénomène de l'islamisme intégriste ?

    Si "échappatoire" il y a, elle ne consiste qu'à s'abstenir de jeter le bébé avec l'eau du bain, pour être trivial. ça paraîtra moins tranché aux va-t-en-guerre, mais franchement ça sera plus pertinent que de maugréer "le musulman moyen ne tolère pas qu'on représente le Prophète". La question est : peut-il s'y opposer efficacement ? La réponse est : pour l'instant, pas vraiment. Aux gouvernements occidentaux de garantir que dans leur sphère d'influence, on puisse continuer de caricaturer avec la première virulence ou le dernier mauvais goût qui on voudra, prophètes et messies y compris, en toute impunité ; et aux organismes internationaux de tenter de faire progresser cette idée au sein même des pays dits musulmans qui n'en reconnaissent pas la possibilité.

    Enfin, puisqu'il serait illusoire et vain de ne s'en remettre qu'aux prétendus "dirigeants" sus-mentionnés : il appartient aux modérés rationnels ici de prêter main forte aux réformistes et aux modérés d'ailleurs, en diffusant leurs écrits, en relayant leurs appels, et surtout, en dépassant les clivages à la con. En s'abstenant de pondre des jugements définitifs sur la "nature" de l'islam, ou de professer, comme certains ici, que l'islam est intrinsèquement, intégralement et viscéralement anti-occidental, anti-démocratique, a-historique et moyen-âgeux. Vos conclusions sont encore bien moins opérantes que celles que vous nous prêtez.

  • Un bonjour à *Celeborn que je ne connais pas. Que vous soyez femme ou homme importe peu : nous sommes manifestement d'accord sur le sujet que vous savez. C'est assez rare dans vos rangs pour être remarqué, et dûment apprécié.

    Le végétarisme d'Hitler, autre vieille antienne décidément...
    Non Montalte, Hitler n'était pas végétarien. L'eût-il été d'ailleurs que cela ne changerait rien à l'éthique du végétarisme.
    Hitler était Autrichien. Si l'on suit votre raisonnement bancal, alors tous les Autrichiens seraient des nazis. D'un cas particulier vous faites un cas général. Ce procédé douteux jure avec votre intelligence.

    Afin que tout soit clair, un article de Roberta Kalechofsky :

    Les nazis, les animaux, et l'expérimentation animale
    Roberta Kalechofsky
    Traduit de l'anglais par David Olivier
    Roberta Kalechofsky, "The Nazis, Animals, and Animal Research". Publié avec l'aimable autorisation de l'auteure.

    Jews for Animal Rights (JAR), 255 Humphrey St., Marblehead, MA 01945, États-Unis. Site Web : http://www.enviroweb.org/jar/.

    Depuis quelque temps les journaux abondent d'articles traitant de l'attitude des nazis envers les animaux, affirmant en particulier l'existence d'une loi nazie contre la vivisection. Selon cet argument fallacieux, l'adoption en 1933 d'une loi contre la vivisection aurait amené les nazis à expérimenter sur les êtres humains ; il existerait donc un lien entre l'octroi de droits aux animaux et la négation des droits humains. Ainsi les Dr Daniel Johnson et Frederick Goodwin des National Institutes of Health (NIH) ont-ils affirmé le 24 avril 1989 sur le plateau de l'émission télévisée McNeil-Lehrer que « Dans les sociétés modernes, les seuls à ne pas avoir utilisé les animaux pour la recherche furent les nazis. » Rien de tout cela n'est vrai.

    Puisque cette question (ainsi que l'affirmation corrélative du végétarisme de Hitler) réapparaît si souvent, il faut rétablir la vérité des faits. Les nazis n'ont aucunement légiféré contre la vivisection. Ils se sont vantés de l'avoir fait, mais ils mentaient, comme le montre l'examen de la loi qu'ils avaient passée, laquelle n'empêcha nullement la poursuite massive de l'expérimentation animale. La prestigieuse revue médicale britannique The Lancet publia un compte-rendu de la loi nazie et déconseilla aux anti-vivisectionnistes de se réjouir, car elle ne différait en rien dans sa substance de la loi britannique de 1875 qui avait édicté certaines restrictions à l'expérimentation animale, mais était bien loin de l'avoir éliminée.

    De plus, un texte voté sous le gouvernement de Weimar en 1931 exigeait que toute expérience sur des êtres humains fût d'abord pratiquée sur des animaux. Cette loi ne fut jamais abrogée, et c'est en conformité avec elle que les médecins nazis accompagnèrent leurs demandes de matériel expérimental humain de la mention légale réglementaire selon laquelle les expériences projetées avaient d'abord été menées sur des animaux. La première requête pour des « personnes de test », soumise par le Dr Sigmund Rascher à Himmler le 15 mai 1941, demandait « deux ou trois criminels professionnels » en vue de « recherches de décompression », affirmant le besoin d'êtres humains « parce que ces expériences ne peuvent pas être menées sur des singes, comme cela a été tenté... »

    Dans deux livres consacrés à l'expérimentation humaine nazie (The Death Doctors1 et Doctors of Infamy), A. Mitscherlich et F. Mielke font état de nombreuses expériences sur animaux conduites dans le cadre de la procédure habituelle d'expérimentation sur des êtres humains. Par exemple, l'Inspecteur du Service médical de l'Armée de l'air Hippke écrivait le 6 mars 1943 (p. 33) : « Je donnai immédiatement mon accord pour ces expériences, parce que nos tests préliminaires sur des animaux de grande taille étaient terminés et exigeaient d'être complétés » ; ou encore (p. 36) : « Aujourd'hui encore je suis confronté à un problème appelant une solution finale, après de nombreuses expériences sur des animaux ainsi que des tests sur des volontaires humains ».

    Par l'abondance des données existantes, la réalité de l'expérimentation animale nazie ne souffre aucune contestation. Comme le dit John Vyvyan dans The Dark Face of Science (éd. Micah Publications, p. 159) : « Les expériences sur des prisonniers furent nombreuses et variées, mais elles avaient un point en commun : toutes prolongeaient, ou complétaient, des expériences sur animaux. Dans chaque cas, cette littérature scientifique antérieure est mentionnée dans les documents ; et aux camps de Buchenwald et d'Auschwitz, les expériences sur humains et sur animaux furent menées simultanément, comme parties d'un seul programme. » Il s'agissait d'expériences sur le typhus.

    Cette « littérature antérieure » est abondamment rapportée dans un livre d'Eugen Kogon, The Theory and Practice of Hell2 (1950), au chapitre « Expériences scientifiques ». Prisonnier politique à Buchenwald, Kogon avait servi comme secrétaire médical dans un laboratoire où se pratiquaient des expériences sur êtres humains. Dans son livre, on trouve des listes incluant des sérums préparés à partir de poumons de lapins et de foies de souris et de lapins, et des souches de typhus injectées à des cochons d'Inde. Le tristement célèbre programme de stérilisation appliqué à des détenus de camps de concentration fut préalablement développé sur des animaux.

    Les nazis ne remplacèrent pas l'expérimentation animale par l'expérimentation humaine. Au contraire, l'expérimentation animale mena à l'expérimentation humaine, l'accompagna, et en constitua la base légale. L'expérimentation humaine et l'expérimentation animale sont deux faces d'une même médaille. Elles participent au même processus historique. J'ai développé ce thème dans ma contribution à une conférence sur l'Holocauste en 1988, « Les antécédents sociaux et médicaux de l'expérimentation nazie dans les camps de concentration ». Cet article fut par la suite inclus dans une anthologie d'écrits sur l'Holocauste, Bearing Witness, ainsi que dans ma collection d'articles Autobiography of a Revolutionary (éd. Micah Publications).

    Voici un exemple de lettre que j'ai rédigée récemment pour réfuter l'un de ces écrits véhiculant des énormités à propos des nazis (qu'ils n'expérimentaient pas sur les animaux et que Hitler était végétarien).

    L'article que votre chroniqueur Charley Reese a publié sous le titre « Aucune distinction, aucune différence, entre les êtres humains et les autres animaux ? », est rempli de contre-vérités grossières concernant l'amour des nazis pour les animaux, leur répugnance envers l'expérimentation animale et le végétarisme de Hitler. Les nazis non seulement ont pratiqué l'expérimentation animale, mais étaient dans l'obligation légale d'expérimenter sur les animaux avant de le faire sur les êtres humains. Les demandes écrites pour des « sujets de test humains » portaient toujours la mention d'une expérimentation animale préalable, comme l'exigeait la loi. Pendant les procès de Nuremberg, le Professeur Gebhardt affirma pour sa défense que « Durant toute la période en question, j'ai fait procéder dans mon domaine de recherche à des expériences sur animaux » - la procédure étant ainsi légale. Des expériences sur animaux sont décrites dans le livre d'Eugene Kogon, The Theory and Practice of Hell (1950). L'expérimentation humaine ne fut pas menée en remplacement de l'expérimentation animale ; au contraire, cette dernière la rendit possible.

    L'affirmation de Charles Reese selon laquelle « c'est aux militants pour les droits des animaux version années 30 que le monde doit l'Holocauste » est scandaleusement contraire à la réalité historique. Tout d'abord, elle confond les expériences sur êtres humains avec l'Holocauste proprement dit, qui fut la chasse aux Juifs dans le but de les exterminer. Les expériences médicales n'eurent qu'un rapport circonstanciel avec l'Holocauste, comme l'affirme Raul Hilberg dans The Destruction of the European Jews. Le Japon mena des expériences comparables sur un nombre similaire de personnes (environ trois mille, dont beaucoup de civils chinois et de soldats américains), sans qu'il y ait d'Holocauste de Juifs. L'histoire de l'expérimentation médicale aux États-Unis, en Allemagne, au Japon et ailleurs n'a rien à voir avec l'antisémitisme, et résulte d'une histoire indépendante concernant le développement de la médecine moderne.

    Quant au végétarisme attribué à Hitler, les données indiquent que celui-ci suivit parfois un régime végétarien sur les conseils de son médecin. Son penchant pour le jambon, le foie et le gibier - aliments peu végétaux - a été décrit par Albert Speer. On connaît son zèle pour les mesures sanitaires ; il fit édicter une législation anti-tabac des plus ambitieuses. Mais rien n'indique qu'il ait tenté à quelque moment que ce soit de promouvoir le végétarisme, ni pour des raisons de santé ni par éthique. On trouvera une mise au point sur la question du végétarisme de Hitler dans le supplément magazine que le New York Times a publié le dimanche 14 avril 1996 pour son centenaire. Y est réimprimé un article de 1937 sur Hitler, qui le décrit comme végétarien amateur de jambon et de caviar. Qui sait quel sens on peut encore donner à de telles affirmations ?

    Pourquoi Charley Reese croit-il sur parole les dires des nazis sur cette question ? Les nazis étaient des maîtres de propagande ! Accorde-t-il le même crédit à tout ce qu'ils disaient ?

    Sincèrement,

    Roberta Kalechofsky, Présidente de Jews for Animal Rights


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    Notes :
    1.Titre allemand : Medizin ohne Menschlichkeit.

    2.L'État SS : le système des camps de concentration allemands, Éd. du Seuil, 1993 (Der SS-Staat : das System der deutschen Konzentrationslager).

  • (J'ai mis votre message en ligne, Méryl, même s'il n'a pas plus rien à voir avec le sujet, mais bon, puisque cela vous tient à coeur de faire savoir à tout le monde que Hitler n'était pas végétarien... La belle affaire !)

    La seule chose qui pourrait éventuellement me faire adhérer à votre propos (d'autant que sur bien des points, nous sommes d'accord), Frère Lystériose, est que finalement, vues les réactions démentes d'une partie du monde musulman à propos de ces caricatures et la situation internationale de plus en plus explosive, mieux ne vaut pas en effet jeter de l'huile sur le feu. Ce n'est pas en se moquant du Prophète ou en jetant le soupçon intégral sur une religion que nous calmerons des gens qui ont juré notre perte. Pas le moment de plaisanter avec des fanatiques, encore moins de stigmatiser leur fanatisme. Non, l'important est d'adopter la meilleure stratégie possible vis-à-vis du monde arabo-musulman, et que pour ce qui est d'une critique radicale de l'islam (comme il y eut, vous en conviendrez, des critiques radicales du christianisme) mieux vaut attendre que tout cela se calme - et peut-être, après, éventuellement, et encore, on pourra peut-être écrire "l'antéchrist" coranique. Pour le moment, c'est un peu too much et il convient de ne pas trop taper sur l'islam comme le font ces petits bourges occidentaux, gentiment impérialistes et libertaires, encore moins de faire la publicité à ces "musulmans" qui, bien au chaud chez nous, déjà bourges et capitalistes, se tapent le luxe d'insulter leur propre religion, écrivant de mauvais livres ou filmant de mauvais films là-dessus, ou pire, se la jouant apostats. Ces rénégats, sortes de harkis culturels, collabo ou sous-hommes, on ne sait, ne méritent pas notre considération tant ils imitent leurs "nouveaux" grands-frères occidentaux. Non, essentialiste, incompétent et nuisible, Ibn Warraq et son pamphlet "Pourquoi je ne suis pas musulman" ! Irréfléchie, haineuse et consanguine, Ayaan Hirsi Ali ! (à quoi ça la mène, franchement, d'incriminer tout l'islam ?). Raccoleur, putassier et consanguin au cube, Messaoud Bouras - qui veut tellement faire parler de lui qu'il va voir les gens du Ring et de Libé ! Quant à Théo Van Gogh, on est à deux doigts de découvrir qu'il a organisé son propre attentat pour se faire passer pour un martyr ! Et puis, ça voulait dire quoi aussi de filmer une femme dans des positions lascives puis baignant dans son sang avec une voix off qui récite des vers du Coran ? A quoi conduisent ces satires abusives de l'islam sinon à encore plus de haine et d'incompréhension ? Non, nous qui sommes rationnels, scientifiques, sérieux, sages, anti-extrémistes de tout bords, amis des nuances et des points-virgules et ennemis des intégristes et des points d'exclamation, nous n'aurons de cesse de corriger tout discours, essai, blague, saillie, périphrase, parenthèse, rot, qui s'en prendra trop franchement à l'islam. Nous ne nous lasserons pas de faire remarquer aux Voltaires de pacotille (il est vrai qu'en France tout le monde ressemble à Voltaire, disait Baudelaire) que leurs crachats n'aident en rien la cause de la liberté et que ce n'est pas en mettant en scène la pièce "Mahomet" de leur gourou (d'ailleurs heureusement empêchée car là aussi cela ne menait à rien) que cela aidera les musulmans modérés - dont ne font évidemment pas partie les Warraq, Hirsi Ali, Bouras déjà cités. Nous qui faisons passer notre prudence pour de la raison et notre peur du choc des civilisations pour de l'ironie supérieure à l'égard de ce méchant constat, nous qui ne voulons pas voir tous les signes les plus évidents que "quelque chose se passe", nous qui ne comprenons rien à la symbolique des choses (ou qui ne voulons pas comprendre, car nous ne sommes pas si crétins), nous qui flippons autant que la communauté que nous dénonçons, nous demandons au moins qu'on flippe scientifiquement, intelligemment, géo-politiquement, stratégiquement - comme nous. Nous qui préférons stigmatiser les petits consanguins de chez nous plutôt que les gros consanguins de chez eux, nous demandons instamment aux premiers de ne pas exciter les seconds. Et aux seconds de ne pas donner raison aux premiers. Nous plaidons pour un droit à une critique "critique", qui prend à partie l'islam mais sans le mélanger avec le Coran ou qui prend le Coran mais sans le confondre avec le Prophète, ou le Prophète mais sans prendre à partie l'islam, etc, qui admet toutes les caricatures mais à condition de ne pas forcer le trait, qui recommande de prendre exemple sur Bertrand Russel et son "Pourquoi je ne suis pas chrétien" mais sans pour autant écrire un "Pourquoi je ne suis pas musulman", bref, qui exhorte à ne pas faire passer pour des fanatiques des gens qui le deviennent quand on a tenté de prouver qu'ils n'en étaient pas.

  • On croirait lire le dernier "billet" de Dantec sur le petit fanzine de son pittoresque "agent littéraire". La caricature a décidément le vent en poupe.


    Face au fanatisme, la critique radicale de l'islam est certainement de mise. Mais "critique" n'est pas "condamnation". Défendre la liberté d'expression dans le monde, qu'elle soit celle de caricaturistes danois ou de "dissidents" musulmans, n'est pas négociable. Si vous avez bien lu, plus haut, nous disions qu'il était plus sensé, plus efficace, plus pertinent de soutenir et relayer les propos desdits "dissidents", (qui sont déjà intéressants que les petits dessins à l'origine de ce bronx), que de hululer des condamnations définitive sur la nature intrinsèque de l'islam. Ce que vous ne voulez pas comprendre, c'est que nous refusons de céder à la facilité irrationnelle qui consiste à stigmatiser toute une communauté de croyant alors qu'il est crucial de fustiger la fraction intégriste de ceux-ci.

    On ne saurait être assez virulent à l'endroit des dégénérés poseurs de bombes, des terrosites fanatiques, des ayatollas fatweurs ou des imams fans de burqahs. (Comme on ne saurait être assez méprisant envers les commandos anti-IVG ou les associations cathos avides de censure cinématographique, du reste). De là à jeter l'opprobre sur toute une foi, il y a un monde, nous n'avons cessé de le dire.

    Vous pouvez donc vous épargner votre ironie, vous n'avez pas à faire à des rêveurs évaporés. Reste que "même" des musulmans peuvent raconter de belles conneries sur leur religion, de temps à autres. Bien qu'ils soient éminemment plus concernés par la coercition que celle-ci peut pratiquer. Nous applaudissons un musulman qui prône l'athéïsme, nous souscrivons aux condamnations de l'intégrisme d'où qu'elles émanent. Nous ne voyons pas l'intérêt de discuter plus avant ici si vous croyez que nous nions les atrocités commises par les fous de dieu délirants et les inepties psalmodiées par les fondamentalistes en boucle.

    Nous ne corrigeons aucun discours, nous ne sommes ni prosélytes ni pédagogues. Nous apprécions l'idée d'anti-extrêmisme de tout bord, même si nous savons différencier leurs violences respectives. Hurlez votre haine du barbu bardé d'explosifs, nous n'y trouverons rien à redire.

    Nous ne "craignons" pas le "choc des civilisations", nous méprisons ceux qui s'en réjouissent, quelle que soit leur confession ou le pays d'où ils parlent - d'où ils éructent. Rien de plus simple à un énervé de pacotille de faire passer toute tentative de rationnalisation pour de la tiédeur, l'exercice nous laisse froid. Bien des imbéciles se bornent à dire, depuis le 11 septembre, que "quelque chose se passe". Quant à pousser la description, ils s'arrêtent alors généralement à des schismes caricaturaux. Des bequilles pour penser.

    La symbolique est utile, la symbolique est puissante, sauf lorsqu'elle tronque la réalité et la dépeint en bichromie. Flippez "symboliquement" si vous voulez. C'est au moyen d'outils historiques, stratégiques, scientifiques, économiques ou géopolitiques, que d'autres essaieront de résorber les causes de la peur.

    Sauf à pondre de grandes tirades irrationnelles, prêcher le conflit de civilisations, bander à l'idée qu'on fourbit ses armes un peu partout, se réjouir de pouvoir se ranger sous un étendard. Une critique peut trés bien forcer le trait sans tomber dans l'outrance du préjugé. On peut être rationnel et radical, si c'est la tiédeur qui vous terrorise tellement.

    Comme dit plus haut : nous ne vous avons pas attendu pour haïr les barbus. De façon peut-être moins conjoncturelle que vous, si ça se trouve. Vu l'importance de l'enjeu, nous n'y consacrons pas de blog, activité plaisante qui convient mieux à l'administration de fessées à quelques consanguins triés sur le volet.

    Vous devriez vous abstenir de vos tentatives de profiling psychologique, elles donnent à vos propos un écho comique qui sied mal au sujet. Quant à l'ironie malhonnête, pas la peine d'y revenir non plus.

  • Histoire d'éviter de repartir dans un commentaire de trente lignes, nous voulions écrire : "critique" de l'islamisme n'est pas "condamnation de l'islam".

    Bien des imbéciles éructent leur "quelque chose se passe", sans dire quoi, puisqu'ils sombrent généralement presqu'aussitôt dans un soliloque plus ou moins délirant. Vous faites l'effort d'argumenter, de prospecter, c'est à votre honneur et nous vous distinguons des imbéciles sus-cités (sans quoi nous ne perdrions pas de temps ici). Mais il est fort regrettable qu'invariablement, s'agissant de l'islam, vous retombiez sans cesse dans la globalisation. Les dissidents que vous citez sur votre blog ont une parole forte, bien que parfois caricaturale. Personne n'est donc à l'abri...

  • Alors, on va le faire point par point, histoire de voir ce qui nous sépare vraiment - plus une question d'humeur à mon avis :

    "Face au fanatisme, la critique radicale de l'islam est certainement de mise. Mais "critique" n'est pas "condamnation". Défendre la liberté d'expression dans le monde, qu'elle soit celle de caricaturistes danois ou de "dissidents" musulmans, n'est pas négociable. Si vous avez bien lu, plus haut, nous disions qu'il était plus sensé, plus efficace, plus pertinent de soutenir et relayer les propos desdits "dissidents", (qui sont déjà intéressants que les petits dessins à l'origine de ce bronx), que de hululer des condamnations définitive sur la nature intrinsèque de l'islam. Ce que vous ne voulez pas comprendre, c'est que nous refusons de céder à la facilité irrationnelle qui consiste à stigmatiser toute une communauté de croyant alors qu'il est crucial de fustiger la fraction intégriste de ceux-ci."

    D'accord sur tout. Gardons donc la critique radicale de l'islam et abandonnons "la condamnation" - encore que je ne me rappelle pas avoir employé ce dernier mot. Et même si je l'avais employé, quelle différence aurait-ce fait ? Oui, j'ai revendiqué mon "islamophobie" mais au sens d'anticléricalisme et de critique, non au sens d'extermination des musulmans ou d'envois de bombes sur leurs têtes, (ce qu'islamophobe ne signifie pas du tout, n'en déplaise au MRAP qui veut y voir du racisme), même pas de la condamnation de la foi (j'y reviendrai). Aucun "programme politique" dans cet anticléricalisme donc, sauf le droit de brocarder cette religion - surtout chez nous. En fait, on se comprend mal : dans mon esprit, parler de nature intrinsèquement mauvaise de l'islam relève de la liberté d'expression, pas du tout d'une vérité scientifique. Dire que Mahomet est un terroriste se discute sans doute mais avoir le droit de le dire ne se discute pas. Voilà mon credo. Quant à choisir entre relayer la parole des dissidents plutôt que hurler avec les loups, il me semble que tout ce que j'ai pu dire sur l'islam se référait précisément aux écrits ou aux interviews de ces derniers - ou au constat difficilement contestable de certaines affaires qui, à mon très humble niveau, ont pu me marquer, l'affaire Rusdhie en premier lieu. Rien donc d'un quelconque préjugé à l'égard du monde arabe. Bref, cette "islamophobie" est surtout de circonstance, polémique si vous voulez - par souci de rééquilibrage. Mais que les choses rentrent dans l'ordre et que l'islam se modère officiellement et je serai le premier à en louer les vertus et pourquoi pas établir des rapprochements avec les autres confessions. Mon côté oecuménique.

    "On ne saurait être assez virulent à l'endroit des dégénérés poseurs de bombes, des terrosites fanatiques, des ayatollas fatweurs ou des imams fans de burqahs. (Comme on ne saurait être assez méprisant envers les commandos anti-IVG ou les associations cathos avides de censure cinématographique, du reste). De là à jeter l'opprobre sur toute une foi, il y a un monde, nous n'avons cessé de le dire."

    Je ne vais pas vous raconter toute ma vie, mais quand mon bon maire de ***** avait, en 1987, interdit la programmation de "La dernière tentation du Christ" de Martin Scorcese, film que j'adore évidemment, j'avais écrit une lettre (maladroite et boursouflée) à Nice Matin pour me plaindre de ce que j'appelais "le triomphe de la bêtise, de la censure et de la médiocrité", et cette lettre fut publiée par le journal, ce qui me valut les félicitations de mon prof d'histoire marxiste de l'époque ! Tout ça pour dire que pour des raisons intimes et extimes, je ne supporte pas l'interdit, la censure et sans doute une certaine "prudence", pour ne pas dire plus, concernant les choses sacrées - cette prudence que je crois retrouver en vous et qui m'exaspère.
    Cela dit, où avez-vous vu que je jetais l'opprobre sur toute une foi ? Au contraire, il me semble avoir répété que toutes les fois, musulmanes compris, me touchaient et pour cause...

    "Vous pouvez donc vous épargner votre ironie, vous n'avez pas à faire à des rêveurs évaporés. Reste que "même" des musulmans peuvent raconter de belles conneries sur leur religion, de temps à autres. Bien qu'ils soient éminemment plus concernés par la coercition que celle-ci peut pratiquer. Nous applaudissons un musulman qui prône l'athéïsme, nous souscrivons aux condamnations de l'intégrisme d'où qu'elles émanent. Nous ne voyons pas l'intérêt de discuter plus avant ici si vous croyez que nous nions les atrocités commises par les fous de dieu délirants et les inepties psalmodiées par les fondamentalistes en boucle."

    Loin de moi l'idée que vous niez celles-ci ! Ce qui me chagrine est votre propension à cette "prudence" dont je parlais - et peut-être à vous tromper d'adversaire, nous en avions déjà causé. Peu importe. Il me semble que s'il y a un combat à mener contre l'islam, tous les combattants (disons presque tous) sont bons à enrôler, autant le vénérable Henri Tincq du Monde que les excités de Charlie Hedbo, autant le sceptique que l'apostat, le laïc bon teint que le blasphémateur bavant. Oecuménisme là aussi.

    "Nous ne corrigeons aucun discours, nous ne sommes ni prosélytes ni pédagogues. Nous apprécions l'idée d'anti-extrêmisme de tout bord, même si nous savons différencier leurs violences respectives. Hurlez votre haine du barbu bardé d'explosifs, nous n'y trouverons rien à redire."

    Mais alors que trouvez-vous à redire ?

    "Nous ne "craignons" pas le "choc des civilisations", nous méprisons ceux qui s'en réjouissent, quelle que soit leur confession ou le pays d'où ils parlent - d'où ils éructent. Rien de plus simple à un énervé de pacotille de faire passer toute tentative de rationnalisation pour de la tiédeur, l'exercice nous laisse froid. Bien des imbéciles se bornent à dire, depuis le 11 septembre, que "quelque chose se passe". Quant à pousser la description, ils s'arrêtent alors généralement à des schismes caricaturaux. Des bequilles pour penser."

    Mépriser ceux qui se réjouissent de ce choc civilisationnel, et sur ce point je vous suis absolument car rien de réjouissant à constater des abîmes politiques qui risquent de devenir un champ de bataille, ne signifie donc pas qu'on le rejette. Auriez-vous changé sur ce point ?

    "La symbolique est utile, la symbolique est puissante, sauf lorsqu'elle tronque la réalité et la dépeint en bichromie. Flippez "symboliquement" si vous voulez. C'est au moyen d'outils historiques, stratégiques, scientifiques, économiques ou géopolitiques, que d'autres essaieront de résorber les causes de la peur."

    Certes, mais dans un autre post, vous disiez aussi que nos dirigeants avaient été au dessus de tout concernant les réactions aux caricatures. On peut donc user de tous les outils scientifiques à notre disposition pour comprendre l'islam mais aussi faire preuve de courage et d'autorité, affirmer sans complexes nos valeurs et rembarrer brutalement tout ce qui pourrait de près ou de loin les menacer. A mon sens, mais au vôtre aussi je crois, cette affaire a bien révélé à la fois le fanatisme d'une partie du monde musulman et la veulerie occidentale. Les premières victimes étant les musulmans modérés - là aussi, nous sommes sur la même ligne.

    "Sauf à pondre de grandes tirades irrationnelles, prêcher le conflit de civilisations, bander à l'idée qu'on fourbit ses armes un peu partout, se réjouir de pouvoir se ranger sous un étendard. Une critique peut trés bien forcer le trait sans tomber dans l'outrance du préjugé. On peut être rationnel et radical, si c'est la tiédeur qui vous terrorise tellement."

    Je ne me sens ni tiède ni belliciste et plutôt rationnel entre quelques coups de sang. Ce qui s'est passé m'a en effet scandalisé - d'où mon "islam facial". Je ne me considère pas non plus comme parano et j'essaye d'appréhender dans la mesure de mes moyens toutes les options (d'où cette interminable et passionnante discussion avec vous) mais je ne pense pas qu'on puisse évacuer comme ça, parce que cela ne nous plaît pas, que ça a l'air "d'extrême droite", l'hypothèse d'affrontements réels et sanglants entre deux mondes - ou si vous préférez entre les globalement modérés d'une part et les globalement fanatiques d'autre part. Je ne vois pas non plus comment on peut à un certain moment échapper à des notions d'invasions (barbares ?), de guerres de civilisations ou de volonté d'asservissement d'une culture par une autre - notions par lesquelles on a compris plusieurs pans de l'histoire (et que n'aurait pas même dénié mon prof marxiste de terminale !).

    "Comme dit plus haut : nous ne vous avons pas attendu pour haïr les barbus. De façon peut-être moins conjoncturelle que vous, si ça se trouve. Vu l'importance de l'enjeu, nous n'y consacrons pas de blog, activité plaisante qui convient mieux à l'administration de fessées à quelques consanguins triés sur le volet."

    Chacun son âge, ses engagements et ses activités. Ca commence par des conversations indignées entre amis, ça continue par lettre ou par blog, ça peut amorcer l'étude de plus en plus précise des phénomènes, et ça peut se terminer Allah sait où...... Laissez-moi cheminer en paix je vous prie.

    "Vous devriez vous abstenir de vos tentatives de profiling psychologique, elles donnent à vos propos un écho comique qui sied mal au sujet. Quant à l'ironie malhonnête, pas la peine d'y revenir non plus."

    Remarque légèrement incongrue de votre part puisque votre blog est précisément un lieu de satires et d'ironie. Et il est de bonne guerre de rire, non du sujet, mais du ton parfois suffisant et de la posture un rien affecté de ses interlocuteurs - ce dont vous n'êtes pas à l'abri, mes chers Frères Cépaladose. Cela dit, je le répète, je suis ravi de notre échange.

  • Vous ne vous êtes pas borné à adopter une démarche purement anticléricale, montalte. Vous avez parlé de la nature intrinsèque de l'islam, vous avez parlé de la nature intrinsèque du Coran, vous avez parlé de la foi musulmane, ce qui va au-delà d'une simple forme d'anticléricalisme tournée vers l'islam. Parlez "d'imamophobie", si vous voulez, et si vous ne craignez pas les néologismes inesthétiques. Sinon, si vous fustigez l'intégralité de la foi musulmane, encore une fois : on fait quoi ? ça n'amène nulle part.

    La liberté d'expression vous permet sans doute de vous revendiquer "islamophobe", et personne n'est venu ici vous menacer ou tenter de vous museler. La liberté d'expression vous permet de sortir les pires caricatures et de procéder aux généralisations les plus fantaisistes, mais si c'est tout l'usage qu'on entend faire en occident de cette liberté d'expression face aux barbus, c'est déjà un constat d'échec cuisant. Effectivement, une condamnation globale de la foi musulmane n'a rien de scientifique. Une vindicte islamophobe n'a rien de rationnel. Mais du coup elle n'est d'aucune utilité dans la lutte contre l'obscurantisme fanatique. Nous doutons de l'efficacité et de la pertinence d'un rééquilibrage "polémique" par l'outrance et la généralisation abusive, parce qu'il dessert la parole des dissidents dont vous parlez (songez justement à Rushdie), parce qu'il adopte les travers des discours intégristes, et parce qu'il n'apporte strictement rien hormis un peu d'eau au moulin gesticulatoire d'autres consanguins bien plus dévorés par leurs préjugés.

    Vous admettrez qu'il est difficile de revendiquer un côté oecuménique en condamnant en vrac tout le Coran et tout l'islam. Si vous relisez vos précédentes notes, vous verrez ce dont nous parlons. Dire "qu'il n'y a pas d'islam modéré", (comme cette affligeante imbécile d'Anne-Marie Delcambre, que ses études aurait pu conduire à mieux qu'à ses lamentables tirades provoc) et seulement des "musulmans modérés" est une phrase creuse, la conclusion en détruisant la prémisse. Il nous a bien semblé que vous jetiez l'opprobre sur toute une foi, en prétendant établir des distinctions insurmontables entre islam et christianisme, par exemple, il nous a bien semblé que vous jetiez l'opprobre sur l'islam dans son ensemble quand vous agitez les phrases les plus belliqueuses du Coran et énoncez que l'islam interdit toute interprétation adoucie et localisée, parce que la simple mention de la possibilité de rencontrer des musulmans modérés ou la simple citation d'un dissident dément cette interdiction. Cette interdiction est cléricale, pas essentielle.

    Il n'y a donc pas de combat à mener contre l'islam, mais contre l'islamisme. Il serait d'autant mieux mené s'il stigmatisait l'oeuvre de l'homme, du clerc rétrograde et de l'imam fanatique, plutôt que de mettre en exergue des versets sataniques (à la virulence comparable à certains passages de l'Ancien Testament, qui ne sont pourtant pas un obstacle à un catholicisme débarrassé de toute errance intégriste).

    Nous avons cru comprendre que vous ne faisiez pas partie de ces "ultras" censeurs de longs métrages ou d'expositions blasphématoires. Et nous redisons que vous pouvez pondre tous les blasphèmes que vous voulez, à l'endroit de l'islam ou de toute autre religion. Nous n'y voyons simplement pas de pertinence ni spirituelle ni opérationnelle, comme nous l'avons dit.

    La thèse du "choc des civilisations" nous paraît totalement fumeuse, n'en doutez pas. C'est en tant que prophétie autoréalisatrice qu'elle se concrétise dans les esprits et les actes de certains. Elle acquiert nécessairement une certaine consistance, et c'est là tout son vice.

    Nous comprenons parfaitement que les évènements constatés dans les capitales de plusieurs pays arabes vous aient scandalisé, rien de réjouissant ni d'admissible là-dedans, et cette colère en appelle légitimement une autre dans les pays occidentaux. Nous constatons malheureusement le plus souvent que cette colère, et que cette volonté de défendre la liberté d'expression, dégénèrent en anathème et en islamophobie pavlovienne et totalisante. Impasse intellectuelle et échec politique.

    Il n'y a ici d'affrontement qu'entre intégristes et symboles, et les victimes sont toujours des innocents, qu'ils soient musulmans modérés dans leurs pays ou passagers du métro ici. C'est donc les seuls intégristes, que nous maudissons, condamnons et combattons. Pas la foi qui leur sert de dogme, foi dont nous pensons qu'elle est tout aussi humaniste que la vôtre.

    Bien des occidentaux voient les pays musulmans au travers d'un prisme fiévreux fait d'ignorance, parfois de xénophobie, souvent de simplisme béat. Ce que valident les extrêmistes islamistes. Bien des musulmans voient dans l'occident un bulldozer nihiliste et omnipotent, dominateur et décadent. Ce que valident tous les jours bien de nos contemporains. Est-ce que selon vous cela suffit pour valider votre ligne de démarcation, vos angoisses "d'invasion" et votre "choc des civilisations" ? On en revient au choc des ignorances dont a parlé Kalima, il semble. Nous n'évacuons pas les affrontements dont vous parlez, la forte probabilité pour un petit occidental consacrant ses congés payés à un peu de tourisme exotique de se faire égorger dans certains endroits du monde, ni les drapeaux brûlés, ni les bombes posées, ni les anathèmes ici délivrés, ni les programmes politiques en France développés, qui revêtent alternativement des aspects correspondant à cette fumeuse thèse du "choc des civilisations". Mais nous vous renvoyons une nouvelle fois à l'idée de prophétie autoréalisatrice, à l'erreur théorique qu'elle constitue, et à l'impossibilité pour cette thèse de rendre compte honnêtement et efficacement des causes de ces affrontements.

    Sur nos activités blogueuses respectives, vous nous avez mal compris. Libre à vous de vous exciter de temps à autres sur le Coran ici. Vous sembliez plus haut regretter que nous consacrions notre blog à taper sur la grande gueule des médiocres consanguins que nous observons, et pas sur les barbus du monde. Chacun sa "ligne éditoriale", en effet. Ironique ou pas, d'ailleurs.

  • Cela dit nous apprécions suffisamment cette conversation pour l'avoir menée jusqu'ici également. Peu importe qu'elle se tarisse ou reprenne plus tard. Nous ne vous croyons pas xénophobe, pas plus que nous ne nous croyez trotskyste, pour caricaturer. Ce qui la rend possible, sans doute...

  • Pour ma part, elle se terminera ici, et sans ressentiment aucun, car il me semble que nous avons tout dit et sommes condamnés, du moins sur ce fil, à redire ce tout, vous en stigmatisant ce que j'ai dit, moi en faisant remarquer que j'ai aussi dit autre chose, etc. Et puis, j'ai "Le nouveau monde", le film wagnéro-mozartien de Terrence Malick, que je vous recommande, à aller revoir. Toutes mes amitiés à la confrérie des Frère Ahautedose.

  • Indeed. Amen. Boum.

  • Après Sade que vous citez, le blasphème aujourd'hui manque de piment c'est certain. Personne n'aura été aussi loin sur ce terrain. Un seul regret pour lui: la non existence de Dieu qui l'empeche de jouir plus positivement du plaisir d'insulter.

    Concernant bencheikh, un blog sur sa candidature 2007 : http://soheib.bencheikh.over-blog.com/

  • Sade, le blasphème... et Soheib Bencheikh ma foi oui.

    Mais à ce propos, le candidat Bencheikh érudit des sciences religieuses (doctorat et grand conférencier)
    Nous fait l'honneur d'avoir produit un site personnel. Bien plus qu'un blog, on y trouve même des vidéos originales.
    A voir avant les longue nuit d'hiver au :
    http://www.elanrepublicain.net/

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