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Iliade XIII - Mimétisme


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Vase grec à figures noires, Athènes, 570-560 - JC, attribué au peintre C. Musée des Beaux-Arts de Lille.

 

 

Chant XIII - Deux Ajax dans le même camp. Deux camps et une seule guerre. La symétrie mimétique est parfaite particulièrement dans ce chant XIII où tout n'est que doublement, dédoublement, reflet du même en soi (dans son camp) ou hors soi (dans l'autre camp). Ainsi est décrit celui des Achéens :

« Autour des deux Ajax leurs rangs puissants se forment (...) L'écu frôle l'écu, le casque est près du casque, l'homme s'appuie à l'homme. Les cimiers éclatants des casques à crinière se heurtent chaque fois que les guerriers se penchent, tant ils sont là serrés les uns contre les autres. »

Quand la mêlée commence, c'est d'un même homme que les hommes s'annulent :

« ... de même la bataille en un point se concentre. Tous brûlent en leur coeur de se faire périr L'UN L'AUTRE dans la foule à la pointe du bronze. »

Et Homère de se laisser aller à sa plainte sublime qui remet à leur place tous ceux que Jean Hatzfeld appelait, dans le Limonov de Carrère, les « mickey de la guerre », et qui, de Nietzsche à Hemingway, ont cru qu'il était marrant de la faire :

« Qu'il serait endurci, l'homme qui, contemplant leur douloureux labeur, loin de s'en affliger, y prendrait du plaisir ! »

Le mimétisme, c'est aussi la fraternité ennemie, celle des dieux, celle de Zeus et de Poséidon :

« Ils ont tous deux même origine et même race, mais Zeus, étant l'aîné, sait aussi plus de choses ».

Ce que le cadet ne comprend pas, c'est que Zeus ne fait perdre les Achéens dans cette bataille que pour leur faire gagner la guerre plus tard. Le cadet ne voit généralement que la bataille sans voir la guerre. Il est vrai que les plans de l'aîné sont retors - comment distinguer le qui du quoi dans cette

« affreuse lutte et le combat égal pour tous, sur l'une et l'autre armée alternativement [et dans lesquelles] les dieux serrent le noeud, impossible à détruire ainsi qu'à délier, qui brise les genoux de tant de combattants. »

Noeud gordien du mimétisme. Et violence extrême du mimétisme - car plus on est dans le même, plus on est dans la violence :

« L'homme tombe avec bruit ; le javelot lui reste enfoncé dans le coeur, qui fait, en palpitant, vibrer le bout de l'arme. »

Une page plus loin, on nous racontera le javelot de Mérion, frappant

« entre le sexe et le nombril, à cet endroit du corps où, sous les coups d'Arès, les malheureux mortels souffrent les plus grands maux. »

Efficace ce Mérion qui encore un peu plus tard touche Harpalion en lui envoyant une flèche dans la fesse droite

« qui lui traverse la vessie et pénètre sous l'os. »

La mort, « qui déchire le cœur », s'épand partout, le père est inconsolable de la mort du fils, ce qui n'empêche pas une seconde le carnage de continuer - et j'allais dire la vie, tant c'est la vie dans ce qu'elle a de plus élémentaire, qui veut ce carnage. Eris.

« Ils combattent ainsi, pareil au feu brûlant. »

 Même Pâris, le bellâtre s'y joint. Et encore une fois les deux armées, L'UNE DANS L'AUTRE, s'affrontent dans une clameur que l'en entend « monter jusqu'à l'éther, brillant séjour de Zeus. » Zeus, le seul qui pourra briser un jour le mimétisme et donner la victoire à l'un et non à l'autre.

[A ne pas oublier, au milieu de ce massacre, l'entrée de Poséidon dans son royaume et à propos duquel Homère écrit que « la mer s'ouvre avec joie. »]

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Peinture de George Dmitriev

 

A suivre

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