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06/11/2005
Actualité de l'immonde.
En parallèle avec le texte, forcément discutable, de Francis Moury, paru chez le Stalker, trop colérique pour être crédible et dont l'indigne conclusion discrédite l'ensemble, et puisque les commentaires qui n'ont pas manqué se sont déversés dans les miens, voici, pour alimenter le débat, un papier exemplaire paru dans Le Figaro d'il y a quelques jours sous la plume de mon cher Jean-François Mattéi et qui, à mon sens, est la meilleure synthèse sur ces émeutes criminelles dont les bien-pensants habituels voudraient nous faire croire que la responsabilité incombe à tout le monde sauf à ceux qui les font. Je mets entre crochets les deux ou trois lignes qui semblent être mal passées (ou s'être embrouillées) sur le site du Figaro mais qui n'altèrent pas la lecture de l'ensemble.-------------------------------------------------------------------
VIOLENCES URBAINES, CRESCENDO DANS LA BARBARIE
Par Jean-François Mattei *
Les émeutes de Clichy-sous-Bois, depuis le 27 octobre, bientôt étendues à d'autres villes du département mettent en lumière quatre traits accusés de notre société. Dans leur exaspération mutuelle, ils nous incitent à nous interroger sur l'état présent du modèle français qui dérive allègrement vers la barbarie, c'est-à-dire la régression intellectuelle et sociale. Sa spécificité tient à la conjonction de la banalisation de la violence, de la trahison de la langue, du renoncement de l'Etat et de la démission des élites responsables.
1. La banalisation de la violence : incivilités quotidiennes, violences sur les personnes et les biens, agressions physiques et sonores, trafics de stupéfiants, cocktails Molotov sur les forces de l'ordre, cailloutages des policiers et des pompiers, incendies volontaires, règlements de comptes et assassinats crapuleux : la litanie de la violence s'amplifie à un point tel, dans certains quartiers réputés «difficiles», que l'on ne doit plus parler de guérilla, mais bien de barbarie urbaine. Personne n'ose réfuter les statistiques officielles dont nul n'ignore qu'elles sont sous-évaluées. D'après l'Institut des Hautes études de la sécurité, 31% des violences physiques seulement font l'objet de dépôts de plaintes. Quant aux violences sur les biens, leur étiage est toujours aussi élevé, même si la police se félicite du fait que, dans l'agglomération lyonnaise, 800 voitures seulement ont été incendiées de janvier à septembre, ce qui représente une baisse de 8% par rapport à la même période de l'année précédente. Dans la Seine-Saint-Denis, de 20 à 40 véhicules sont incendiés chaque nuit, et l'on nous annonce que 9 000 voitures de police ont été caillassées depuis le début de l'année.
2. La trahison de la langue : quand on n'ose plus regarder les choses en face, on prend la parole pour mieux les occulter. Appliquons les modifications du sens habituel des mots aux violences que nous connaissons dans les banlieues urbanisées et en d'autres lieux. On ne parlera plus en France d'«émeutes», mais d'«actions de harcèlement» ; de «délinquants», mais de «jeunes» ; de «policiers», mais de «provocateurs» ; de «trafic de stupéfiants», mais d'«économie parallèle» ; d'«acte de piraterie», mais de «détournement de navire» ou de «récupération de bien national» ; de «zones de non-droit», mais de «quartiers sensibles» ; d'«atteinte au droit du travail», mais de «mouvement de revendication légitime», etc.
Par peur d'affronter les difficultés de notre société, on n'ose plus appeler un chat un chat et Rollet un fripon, en oubliant que, selon Boileau, on ne peut rien nommer «si ce n'est pas son nom». [«racaille» «tolérance zéro», «ultrarépressif» «volontariste» «martiale». «racaille» «populace méprisable».]
Mais qui est le plus à blâmer : celui qui est indigne de considération pour ses paroles ou celui qui est digne de mépris pour ses actes ? [signifie, pour le député socialiste qui a consulté son dictionnaire] Faut-il alors ne pas «réprimer» les actes racistes et les exactions antisémites ? Faut-il abandonner dans les domaines du chômage, de la maladie et de la pauvreté toute «volonté» politique au profit d'une aboulie sociale ? Ou devons-nous plutôt respecter, avec la rectitude des mots, la justesse des choses ? Arnaud Montebourg s'étonne que Nicolas Sarkozy utilise des termes dégradants pour ceux à qui ils s'adressent. Mais il ne se demande pas si ces termes conviennent ou non à des trafiquants, des incendiaires et des criminels. [Le mot de et et de sa tonalité ou bien se scandalisent de son discours et de Les beaux esprits s'offusquent lorsque le ministre de l'Intérieur parle de]
3. Le renoncement de l'Etat : en abandonnant à des bandes organisées ou volatiles le monopole de la violence physique légitime, pour reprendre la définition de Max Weber, l'Etat renonce à exercer sa fonction régalienne comme à assurer la sécurité de ses citoyens. L'Etat de droit se soumet insensiblement à l'état de fait lorsque ceux qui en ont la charge n'ont plus le courage de dire ce qui doit être dit et de faire ce qui doit être fait. C'est ce qu'avaient pressenti aussi bien Hannah Arendt qu'Alexandre Soljenitsyne quand ils considéraient «le déclin du courage» comme le trait politique majeur des sociétés contemporaines.
4. La démission des responsables : la trahison de la langue et la perte du courage conduisent invinciblement les hommes qui assurent de hautes responsabilités, en d'autres termes les élites proclamées, à se démettre de leur vocation première : celle d'être appelés à répondre de leurs paroles et de leurs actes. En premier lieu, devant les plus faibles et les plus démunis. Or il est irresponsable de continuer à qualifier de «jeunes» ceux qui sont des délinquants, en jetant ainsi l'opprobre, d'une part, sur toute une classe d'âge, d'autre part, sur tous les jeunes gens qui habitent les quartiers pauvres. Lorsque Julien Dray déclare que «des centaines de jeunes» sont victimes de discrimination, et que «ce ne sont ni des voyous ni des racailles», il fait preuve de la même irresponsabilité que SOS-Racisme qui dénonce «l'amalgame fait entre jeunes des quartiers et délinquants». Il est tout aussi irresponsable de minimiser les violences de Clichy-sous-Bois et d'autres cités, en en faisant porter le poids sur un ministre de la République, et non sur leurs auteurs, comme l'a fait un ancien premier ministre de la République en accusant Nicolas Sarkozy d'instaurer «un climat terrible» dans les banlieues. Une marche de 500 personnes, en mémoire des deux jeunes gens électrocutés, à la suite d'un accident, a eu lieu à Clichy-sous-Bois en présence du maire de la commune. On ne sache pas qu'une même émotion ait conduit les habitants d'Epinay-sur-Seine et, plus généralement, les médias à accorder le même hommage au père de famille de 56 ans qui est mort massacré en 90 secondes, sous les yeux de sa femme et de son enfant, à la suite d'un assassinat. Lui non plus n'avait rien à se reprocher, hormis le fait de prendre une photo d'un lampadaire avec un appareil numérique. Il sera mort pour rien, sans susciter de réactions de ces responsables patentés qui ne se sentent, et ne se sentiront jamais, ni responsables ni coupables.
* Philosophe, professeur à l'Institut universitaire de France et à l'université de Nice - Sophia-Antipolis, auteur notamment de "La barbarie intérieure, essai sur l'immonde moderne", PUF, 1999.
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Commentaires
Le comptage des voitures brûlées comme ultime preuve de la barbarie de ces "animaux", je trouve ça absolument sublime.
Comme on en arrive vite à inverser le monde pour le rendre à ce qu'il a de plus grotesque.
Ecrit par : esther morte | 06/11/2005
Je ne vois nullement en quoi ma conclusion serait indigne et discréditerait ce qui la précède cher Pierre.
Mattei cite Weber dans le §3 de son article : le mien ne dit pas autre chose que ce qui est rappelé ici. Mais à condition de savoir lire Weber. Et Julien Freund, un de ses grands commentateurs et lecteurs français. Mais vous savez, avant Weber et Freund, il a quelques autres références utiles aussi.
L'État ne doit pas plier et doit conserver le monopole de la violence légitime, donc de la force. Très bien. Nous sommes d'accord... sur les mots ? Que signifie, face à des criminels tuant et brûlant en bande organisée, le terme "violence légitime" ? Les arrêter pour les relâcher le lendemain car ils sont mineurs ? Les faire comparaître devant un "Juge pour enfants" ? Les condamner à "deux mois de prison ferme" ? C'est cela la seule "violence légitime" que l'Etat peut nous apporter comme protection ? Soyons sérieux...
Face à des tueurs, des "juges pour enfants" ? Vous m'amusez, Mattéi et vous, je vous assure.
Relisons Thomas Hobbes, relisons le Traité théologico-politique de Spinoza, relisons les Anciens qui savaient ce que c'était que la violence démesurée d'un plèbe incontrôlable....
Et puis tiens, relisons Julien Freund, "L'Essence du politique" !
Pourquoi pas, puisque vous admirez Mattéi qui admire Weber : on sera en bonne compagnie après tout. Et cela me permettra de mettre quelques points sur quelques "i".
"Nous appellerons violence l'explosion de la puissance qui s'attaque directement à la personne et aux biens des autres (individus ou collectivités) en vue de les dominer par la mort, par la destruction, la soumission ou la défaite."
C'est bien ce que nous connaissons n'est-ce pas ? Vous êtes d'accord là-dessus, Mattéi aussi. Vos lecteurs aussi. Bien. Continuons.
"Non seulement la manifestation de la force permet de faire obstacle au déferlement de la violence, mais il peut y avoir directement antagonisme entre elles, justement parce que le recours à la violence a en général pour but de rompre un rapport de forces établi. [J'en profite pour signaler que Freund pense laborieusement bien mais écrit mal : j'aurais mis "établi" après "rapport" et non pas après "forces" afin d'éviter ce douloureux croisement de pluriel et de singulier un peu trop heurté : enfin excusons-le : c'était tout de même un brave homme, même si pas un styliste émérite]. (...) En tout cas il n'y a que la force qui soit capable de contenir et de limiter la violence (...) De ce point de vue, l'antinomie entre force et droit semble factice ; c'est la violence qui s'oppose au droit et au règne de la loi.(...)".
Et voilà, un tissu de banalité qu'on a bien du plaisir à relire. Ce fut publié aux éd. Sirey en 1965. On trouvait déjà tout cela depuis belle lurette au détour d'un passage de Plutarque, de Platon, d'Aristote, de qui vous voulez. C'est bien simple : tous les grands penseurs politiques l'avaient déjà dit. C'est l'art et la saveur universitaire de sans cesse répéter les vérités, n'est-ce pas ?
Bon vous avez donc relu tout cela avec moi : cela vous a plu ? Vous êtes d'accord ? Oui ? Bon. Au fait êtes-vous certain d'avoir compris ? Moi j'ai compris mais vous ? Je ne le crois pas.
Alors je vais vous expliquer : Freund dit en termes prudents et par euphémisme une chose toute simple. L'Etat doit parfois tuer pour faire respecter la loi et le droit, pour vaincre la violence.
Dit comme ça, ça ne vous rappelle pas des souvenirs ? Mais oui bien sûr... Rousseau et son débile Contrat Social. Celui-là vous avez dû le lire au lycée, à défaut de lire Hobbes qu'aucun lycée de France ne fait lire à ses élèves. Rousseau, c'est beau, c'est optimiste. Hobbes, mon Dieu quelle horreur : guerres civiles, nécessité de la peur imposée par le Léviathan afin d'en venir à bout. Non vraiment la Révolution française est plus élégante. On guillotine pour faire respecter un contrat égalitaire. Ni puissants, ni dominés. Ni peur ni terreur : la Terreur avec une majuscule, c'est plus cartésien.
Bref... Rassurez-vous je plaisantais : tout cela Platon et Aristote l'avaient déjà écrits ! L'Etat doit tuer pour faire respecter la loi. Il doit tuer qui ? Les criminels. Qui sont les criminels méritant d'être tués ? D'une part ceux qui tuent des innocents, d'autre part ceux qui se révoltent par les armes contre sa loi. Ohhhh ! Quelle horreur ! Eh bien non, c'est ce qu'on appelle la pensée politique d'une part, la pensée juridique d'autre part. Le tout parfois soutenu par la morale, elle-même section à part entière de la Philosophie.
Vierges effarouchées : on tue, on violente, on frappe vos frères, vos pères, vos filles mais vous ne lèverez pas le couteau pour les défendre. Vous demandez que l'Etat soit fort mais qu'il ne recourt pas trop à la force. Vous êtes vaincus d'avance.
Retournez à l'école : une punition s'impose. Relire J. Humbert, H. Dupuy, H. Morel LA PENSEE POLITIQUE DES ORIGINES À NOS JOURS, éd. P.U.F., coll. Thémis, Paris 1969 in extenso : ce ne sont que quelques centaines de pages à relire.
Vous savez Alain avait bien lu et relu tout Comte : la punition que je vous inflige est légère par comparaison.
Ecrit par : francis moury | 06/11/2005
C'est quoi cette pub d'edf ?
Ecrit par : X | 06/11/2005
BELLUM CIVILE - second commentaire annexé en guise de réponse (suite)
Vous me pardonnerez les deux ou trois coquilles de forme qui émaillent ce texte écrit d'une traite et que je n'ai pas relu avant de le "poster".
Sur le fond, rien à modifier bien sûr...
Juste une remarque : Juan m'envoie les compliments et les critiques qu'il reçoit lorsqu'il me publie. Les uns comme les autres valent pour sa présentation comme pour mon texte à la suite. En somme, quand le vin est tiré, on le boit.
Sur les compliments, il serait indigne que je m'étende.
Sur les critiques elles ont un savoureux point commun : la perversité.
C'est un texte simple, clair et distinct. Ce n'est pas une étude d'histoire de la philosophie ou une critique littéraire ou cinématographique. C'est un texte "politique" au sens moderne : devant pouvoir être lu par l'honnête homme cultivé. Raison pour laquelle je n'ai pas cité Freund mais simplement Cicéron en exergue. Lui aussi s'exprimait pour des gens simples : des sénateurs romains, pas des philosophes. Il était au Sénat, alors, pas dans son jardin.
Ce texte simple emploie donc des notions simples, des concepts définis depuis très longtemps qui ne nécessitent qu'une culture minimale (disons le Bac d'il y a vingt ans) pour être saisis.
Eh bien croyez-le si vous voulez, mais je constate que les notions de "crime", de "loi", de "bien, de "mal", de "pauvres", de "travail" sont inconnues des lecteurs critiques. Employer de tels termes leur apparaît "démagogique", "crétin et nazillon", "digne d'Al Capone". Autrement dit, on a de ces surprises lorsqu'on écrit un texte simple : le pervers refuse la simplicité. Il aime la complexité. Parce qu'elle le dispense de connaître et de travailler : les deux choses qu'il déteste le plus.
Or, elle n'est plus de mise, hic et nunc.
J'ai perdu mon temps en me laissant aller à commenter Julien Freund : c'était une perte de temps bien agréable. Mais je vous assure que Cicéron me suffisait.
Bien à vous et à vos lecteurs que je ne fréquente guère mais je suis très casanier : j'ai mes habitudes et il n'est pas facile de m'en déloger. Je retourne, après cette incartade anti-birannienne, à mon cher logis : la Zone.
Francis Moury
Ecrit par : francis moury | 06/11/2005
Mouryras-tu quand, toi mon vieux ? Sous un déluge de livres tombé de ta bibliothèque probablement !
L'horrible article complètement caviardé - les ouvriers du Livre sont parfois astucieux - cite Boileau de travers " On ne peut rien nommer si ce n'est par son nom " une de ces lapalissades énigmatiques de Nicolas (oui, comme le petit Nicolas !) Boileau-Despréaux dont je ne me lasse pas ...
Ecrit par : Pervers et décomplexé | 06/11/2005
Cher Francis,
disons qu'il n'était pas nécessaire de convoquer Plutarque, Aristote et Spinoza pour en arriver à une sorte de réhabilitation de la peine de mort - si c'est ce que vous avez voulu dire. Vous tombez dans l'abus de langage - car si l'on est tout à fait en droite de parler de "racaille", "voyous", "criminels", "lois", "violence légitime de l'état", "bien" et "mal", il l'est peut-être un peu moins de parler de "tuer ceux qui tuent" etc.
Pour ce qui est du reste, la police, l'armée, les tanks, je vous suis tout à fait. Car si ces "jeunes" -"sauvageons"-"racaille" sont des animaux, le devoir de l'Etat est de les punir et de les rééduquer de force. Au fond, c'est tout le monde qu'il faut rééduquer : ceux qui font des ravages et ceux qui les approuvent ou leur trouvent des circonstances zoliennes. Car oui, le pire dans ces événements, c'est qu'on trouvera nombre de gens "favorisés", "cultivés" et "urbains" (à la Julien Dray) qui eux ont perdu tout sens civique, critique, social et sont prêts à se faire les collabo des barbares.
Désolé pour cette satanée pub que je n'arrive pas à enlever. Si quelqu'un sait comment faire, qu'il me l'explique en privé...
Ecrit par : montalte | 06/11/2005
Vous citez les grands auteurs, Pierre Moury, mais vous ne semblez pas les avoir bien lus. Prenons Hobbes, par exemple. Il est le grand penseur de la guerre civile, certes, mais celle dont il parle, la guerre civile anglaise, n'a à peu près rien à voir avec les petites émeutes de quartiers de cette dernière semaine. Elle est plus proche de ce qui se passe aujourd'hui en Irak ou en Afghanistan, c'est-à-dire qu'elle consiste en une crise de légitimité qui conduit des forces armées (les cavaliers et les têtes rondes, par exemple) à s'affronter. C'est dans ce contexte d'illégitimité que se délite le lien social qui conduit à la guerre de tous contre tous et nécessite l'irruption d'un Cromwell imperator. Lorsque vous appliquez de telles réflexions à un petit problème de voisinage (3 morts et 1000 bagnoles brulées) vous faites une erreur d'appréciation parce que vous vous trompez d'échelle. Vous avez fait de grandes recherches sur le oueb dites-vous (c'est assez amusant) mais vous donnez surtout le sentiment de vous laisser abuser par cette loupe grossissante, la télévision (ou télécran), devant laquelle, moineau, vous pépiez d'effroi. Achetez un riot gun, si cela vous chante, et faites du tir aux pigeons par la fenêtre, mais, de grâce, épargnez-nous vos palpitations de mamy terrorisée en convoquant des auteurs que, nain, vous êtes incapable de comprendre.
Ecrit par : LRC | 06/11/2005
Francis Moury, mais je pensais à Pierre Cormary en même temps...
Ecrit par : LRC | 06/11/2005
Au passage, Francis, Hobbes est un grand classique du cours de philo de Terminale ; il est dans les programmes, rassurez-vous ; il est souvent étudié, rassurez-vous aussi ; et j'ai moi-même en Terminale étudié des extraits du Léviathan ; et j'en ai même revu en prépa... commerciale et en licence... de lettres. C'est dire si on bouffe du Hobbes n'importe où :)
Et l'homme honnête cultivé que je suis (tant pis pour mes chevilles) trouve effectivement votre texte clair et limpide, mais n'en est pas pour autant d'accord avec. "Tant qu’on ne les tuera pas, tant qu’ils n’auront pas peur d’être tués, ils continueront." , vaste programme... Mais je suis à peu près persuadé que le jour où l'on exécutera l'un de ces criminels, il en sera fait un martyre, et toute la thématique "Etat = facho, flic = nazi" repartira de plus belle... "Non seulement ils nous laissent pourrir dans des banlieues de merde ("argument zolien"), mais en + ils nous tuent, alors pas de quartier", ça me semble un mode de raisonnement très facile à avoir. Bref, la peine de mort comme vecteur de paix sociale, j'ai des doutes (c'est d'ailleurs le moment de signaler que ça ne fonctionne pas très bien aux Etats-Unis, hop voilà c'est dit).
Et puis je sais que l'expression "juge pour enfants" vous fait rire, mais la peine de mort pour les mineurs, je crois que vous allez avoir du mal à faire passer l'idée...
*Celeborn
Ecrit par : *Celeborn | 06/11/2005
J'ai déjà posté ce message, en réponse au Stalker qui demandait des "critiques intelligentes du texte de Moury", sur un post précédent. Je me permets de le replacer ici, où il a plus sa place (libre à M. Cormary de supprimer le précédent, c'est son blog après tout).
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Vouloir "régler" une insurrection (car c'en est une, même si elle du fait de la désaffection de tout idéal politique et de toute notion de collectif, elle s'exprime de manière idiote et désorganisée) par la seule répression, c'est comme vouloir mettre un couvercle totalement hermétique sur une cocotte-minute.
La montée de la pression qui va en résulter, d'aucuns s'occuperont de la canaliser, voire de l'instrumentaliser. L'extrême-droite d'un côté, les religieux (musulmans, surtout) de l'autre. L'avenir des banlieues – mais c'est déjà en partie son présent –, c'est la montée des communautarismes, des intégrismes, de l'incompréhension. C'est la Guerre des Civilisations à l'échelle ultralocale. Jusqu'à ce que les uns et les autres déclenchent une guerre civile qui verra l'instauration franche et nette d'une dictature en France.
Les émeutiers ne sont porteurs d'aucune utopie, d'aucun modèle. Ils brûlent des voitures, des écoles, des usines, pour réclamer le départ d'un ministre, mais personne n'est dupe : ils ne font ça que pour le plaisir de casser, c'est-à-dire de laisser s'échapper un peu de cette pression. Ce ne sont pas des insurgés romantiques, à la 68 (au moins nous épargnent-ils l'insupportable idéalisme du "Grand Soir"). Ce sont les enfants de l'abandon politique, économique et social. Ce ne sont ni des animaux (comment sans rougir oser écrire une chose pareille, au XXIème siècle ?) ni des héros, ni des victimes ni des monstres - ou alors des monstres de Frankenstein -, ni des Robin des Bois ni des Atilla. Ce sont de jeunes cons qui bousillent le peu de choses qui autour d'eux fonctionnent encore, et qui nourrissent le bûcher sur lequel de plus en plus de gens, dont le sieur Moury, rêvent de plus en plus fort de les voir brûler.
Alors, MM. Moury et Le Stalker, pourquoi ne pas réclamer carrément la mise en place d'escadrons de la mort, avec exécutions sommaires des "sauvageons" ? Pour un résultat similaire, cette simple mesure ferait réaliser de très nettes économies aux contribuables.
Il y a peut-être une autre solution, moins évidente et moins frappée au coin du "bon gros bon sens". Ce serait de repenser un peu ce qui fonde la politique. De réinstaurer une définition crédible de cette "communauté de destins" qui est à l'origine du concept-même de nation. Car on ne sait plus ce que c'est que d'être français, on ne sait pas encore (et on n'est pas prêt de le savoir...) ce que c'est que d'être européen. Il n'y a pas de modèle de société qui s'impose à tous, il n'y a pas d'autorité établie et indiscutable. La démocratie médiatique est discréditée, ne représente plus rien pour une majorité grandissante de citoyens (qui n'en sont plus, dès lors qu'ils se mettent eux-mêmes, par lassitude et écoeurement, en dehors du jeu politique) qu'un grand théâtre d'ombres. La seule logique sociale actuelle, par-delà les hypocrites atermoiements des élites politiques et médiatiques, c'est celle de la compétition capitaliste. C'est la seule idéologie que l'on propose actuellement (cf. le récent projet de Constitution Européenne). Elle est partout, insidieuse, vulgaire, conquérante, elle s'étale dans les couloirs des métros, elle triomphe dans les médias, elle a discrédité et ringardisé les notions de culture, de collectivité, pourtant essentielles à toute civilisation viable.
Le système continue de fonctionner - il est bien rôdé, il en a déjà connu, des "crises" -, et très certainement avec l'aide et le soutien de M. Moury, il va tenter de serrer les boulons pour continuer de s'imposer à tous (en "sécurisant", en rajoutant le contrôle policier au contrôle social, en répondant à la barbarie par la barbarie, peut-être jusqu'au rétablissement de la peine de mort comme certains n'ont plus honte de le préconiser), mais trop de gens ont déjà décroché. Un système qui tourne seul, sans et contre les gens, tôt ou tard s'effondre. Plutôt que de réfléchir à comment prolonger son agonie, on devrait plutôt se demander ce qui pourrait venir le remplacer.
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Tiens, puisque je suis là, j'en rajouterai une couche sur deux points :
- la peine de mort n'est pas et n'a jamais été dissuasive, renseignez-vous M. Moury ;
- M. Mattei parle à tort et à travers de "banalisation de la violence". Il devrait, lui aussi, se renseigner : le chiffre des crimes et délits est en baisse constante depuis des années (les homicides, par exemple, ont connu une baisse de 20 % entre 1992 et 2002). À l'échelle de l'histoire, nous n'avons jamais vécu dans une société aussi sûre. Comme son nom l'indique, le "sentiment d'insécurité" est d'abord un fantasme de l'imaginaire collectif, moins alimenté par le vécu de chacun que par le matraquage médiatique, qui sensationnalise le moindre fait divers tragique, le transformant en catastrophe nationale soit-disant révélatrice de la soit-disant "montée de l'insécurité". Ce qui est effrayant, c'est que tant de gens se laissent prendre dans cet engrenage, y compris des individus cultivés comme M. Mattéi, et réclament à grands cris que soient mises en place des lois liberticides.
En France, il y a actuellement une caméra de surveillance pour soixante habitants. Tranquillement, 1984 se met en place. Orwell avait simplement commis une erreur d'appréciation de quelques trente ans.
Ecrit par : George Kaplan | 06/11/2005
Misérables intellectuels qui sont prêts à faire une manif par jour au moindre éternuement de Le Pen et qui sont incapables de se mobiliser quand la vraie barbarie explose ! Pire, qui font de ces casseurs pré-maffieux des exclus post-martyrs et qui font des policiers des casseurs ! Qui mettent sur le même niveau une pauvre bombe lacrymogène envoyée par erreur dans une mosquée et le passage à tabac à mort d'un type devant ses enfants ! Qui demandent à la fois la démission de Sarkozy et la rémission des émeutiers !
Schizophrénie de la bien-pensance : soit on nous dit qu'il ne se passe rien et que tout ça n'est qu'un détail monté en épingle par les media, soit on nous dit que ça se passe pour de bon mais que c'est de notre faute. Soit les désintégrés n'existent pas, soit les intégrés l'ont mal été à cause de nous.
Croyez-vous vraiment, George, que les événements de ces dix derniers jours sont un "fantasme de l'imaginaire collectif" ? Ne pensez-vous pas, au contraire, qu'il nous arrive en France ce qui est arrivé il y a dix ans à Los Angeles à savoir une guerre des banlieues qu'il faudra mener à bien à la fois par la guerre et la rééducation ? Que ces "jeunes" n'attendent que ça qu'on les prennent militairement en main ? Qu'on apprend l'auto-dfiscipline par la discipline ? Que la "tolérance zéro" est précisément le plan républicain par excellence - la République qui je vous le rappelle a pour principe numéro un LE RESPECT DE LA LOI ? Que la démocratie exige que les minorités soient domptées ? Et que l'humanité doit précisément se défendre contre l'inhumanité ?
(Si c'est ce qu'a voulu dire Francis Moury dans son texte, alors nous sommes d'accord. La violence légitime de l'état n'a rien à voir avec ce qui semblait sous son clavier un appel au meurtre.)
Ecrit par : montalte | 06/11/2005
La seule chose qui m'ait profondément choqué dans les propos dudit Moury, c'est ceci :
[J'en profite pour signaler que Freund pense laborieusement bien mais écrit mal : j'aurais mis "établi" après "rapport" et non pas après "forces" afin d'éviter ce douloureux croisement de pluriel et de singulier un peu trop heurté : enfin excusons-le : c'était tout de même un brave homme, même si pas un styliste émérite].
Je ne suis pas d'accord ! Halte à la barbarie ! "établi" est parfaitement à sa place après l'expression courante et usuelle qu'est "rapport de forces". Il serait criminel de mettre cet adjectif participial après "rapport" ! "Un rapport établi de forces" ??? Mais c'est horrible ! Mais c'est monstrueux ! Mais vous méritez la peine de mort ! Assassin !
Encore un symptôme de ce "mal-écrire" galopant, comme l'écrivait l'immortel Gide dans son Journal... Moury : vous êtes un donneur de leçons ridicule ! Ou devrais-je dire un "donneur ridicule de leçons" ? Je mets avec facilité les railleurs de mon côté, comme vous le voyez. L'antagonisme ou l'inesthétisme pluriel/singulier n'existe que dans votre tête dénuée de tout sens commun. Combien de grands écrivains ont démontré par leur génie littéraire l'imbécillité de votre réserve prudhommesque ?
Que ne retournez-vous justement à l'école, Monsieur Moury ? Le Stalker a dû être aveuglé par l'amitié pour se faire le défenseur et le publiciste de votre article, dont la pauvreté formelle, davantage que le fond du discours auquel je souscris par ailleurs, m'a proprement scandalisé... Il est de ces frayeurs, de nos jours !
Pour finir, je vous trouve drôlement culotté de cacher la nullité de votre intervention derrière la volonté d'être compris du plus grand nombre ! Et je ne parlerai pas de ces références flatteuses qui n'abuse personne, si ce n'est vous - et encore... L'urgence de la situation ne vous excuse en rien.
Contrastant avec toutes ces inepties, l'article de Mattéi est brillant, même si, ô crime, il n'est fait mention ni de Platon ni d'Aristote. Mais qui s'en étonnera ?
Moury, peut-être ?
Ecrit par : Littré | 06/11/2005
Correction : Et je ne parlerai pas de ces références flatteuses qui n'abuseNT personne, si ce n'est vous... Non, je n'en reparlerai pas. Fichus pluriels, n'est-ce pas !
Ecrit par : Littré | 06/11/2005
Où ai-je écrit, M. Cormary, que j'étais contre le respect de la loi, et pour la "rémission des émeutiers" ?
Mon opinion - désolé si je l'ai mal exprimée - c'est qu'il y a des causes à ces émeutes. Des causes multiples, complexes, profondes, mais qu'il serait urgent d'analyser et de comprendre si on veut réellement, à terme, résoudre le problème. Traiter les casseurs "d'animaux" est un rien trop commode, en plus d'être abject.
Appliquer la loi est bien sûr la moindre des choses, je ne le nie pas et ne l'ai pas nié, mais s'en contenter, c'est simplement (vous me permettrez de reprendre ma propre expression...) placer un couvercle hermétique sur une cocotte-minute sans un instant songer à l'ôter du feu.
Et trouvez-moi "bien pensant" si ça vous fait plaisir, mais lire sous votre plume des mots et expressions comme "dompter les minorités", "prendre militairement en main" et surtout "rééducation", ça me fait tout de même frémir, oui. Presqu'autant que de lire M. Moury demander à mots à peine couverts l'instauration de lois d'exception.
Ecrit par : George Kaplan | 06/11/2005
Montalte, Montalte, calmez-vous, on a l'impression qu'ils sont déjà chez vous! L'article de Mattéi n'est pas meilleur que celui de Moury parce que l'un et l'autre bêlent dans le même ton en appelant l'un à la répression et l'autre à la répression républicaine (c-a-d. la DDH en poche). Mais l'un et l'autre prennent pour un problème social ce qui relève pourtant de la question de civilisation.
Comme le dit l'excellent Uhlan, il faut avoir les yeux d'un Gibbon, d'un Spengler ou d'un Toynbee pour comprendre ces phénomènes, ce qui impose de ne pas les commenter à chaud comme une mamy tétanisée.
Il ne se passe rien, rien qu'une toute petite querelle entre voisins. Mais c'est aussi l'un des signes que nous entrons dans le royaume de notre fin. La démographie est une science patiente mais inéluctable. Relisez donc "Le Camp des Saints".
Ecrit par : LRC | 06/11/2005
Pour mettre les choses au clair : d'abord j'adhère, je le répète, au texte de Francis Moury, même si je reste dubitatif devant sa conclusion ambiguë - j'ai toujours été contre la peine de mort. Que les déterminismes sociaux existent, nul n'en doute mais tout de même, en France chacun est responsable de ses actes ! J'ai vécu dans une banlieue où, ces derniers jours, les voitures, écoles, bibliothèques ont brûlé. J'y ai encore quelques amis, de toutes origines sociales ou ethniques. Croyez-vous que pour eux, toute cette merde "c'est la faute de la société" ou de cet abruti de Sarkozy ? Sur certains forums de droite, noyautés par l'extrême-droite, je pourfends sans relâche les idées nauséabondes des nazillons en tous genres. Je m'y fais même, parce que ces idées me révulsent, plus gauchiste que je ne suis. Alors tes insultes, la hyène sanguinaire, je n'en ai cure.
Ensuite, lorsque nous écrivons que ces barbares deviennent des animaux, c'est que par leurs actes (ils détruisent le bien public et agressent les individus, sans autre raison que de détruire, et de tuer) ils ne se conduisent tout simplement pas en êtres humains doués de raison.
Mattéi a évidemment raison sur toute la ligne - merci pour ton copier-coller Montalte. Nous voyons d'ailleurs, ici même, dans ces commentaires, qui use de la parole et qui en appelle au meurtre de ses interlocuteurs - qui sont les voyous.
Ecrit par : Transhumain | 06/11/2005
Putain, cette masturbation cérébrale pour vous que ces émeutes !!
on voit bien que vous vous emmerdez dans vos beaux quartiers..
y'a qu'à... y'a qu'à.. faut que.. faut que... un retour à la guillotine peut-être pour ces jeunes des banlieues ? putain Lepen et de Villiers n'ont qu'à bien s'accrocher, v'la la relève.. la garde montante.; allez, braves petits soldats.. c'est votre tour !!
Et si ce soir vous alliez sur le terrain non ? c'est pas plus amusant de recevoir un pavé à travers la gueule ? au moins demain vous aurez un sujet de conversation.. Qui sera le roi d'Internet ?
Ecrit par : Saïda | 06/11/2005
Et toi ma grosse truie, tu y es allée, faire un tour, en banlieue ? Tu t'ennuies à fesser ton toutou ? Pourquoi ne te lances-tu point dans de nouvelles expréiences en allant proposer tes connaissances à nos bons jeunes de banlieue ?
Esther, tu me fais vraiment peur avec tes menaces : vois, je tremble et le couteau commence à riper sur ta petite gorge toute blanche.
Tu seras égorgée avant moi, je te le jure ma petite caille...
Sérieuement maintenant.
Bref, je vois qu'il n'y a pour l'instant pas de critique philosophique majeure à opposer à FM, pas vrai ? Même Montalte le doux s'énerve à juste titre...
Mattéi, bof bof bof, j'en ai trop soupé de sa barbarie intérieure, 38 eme édition, succès oblige...
By the way.
Personne ne paraît avoir remarqué que j'ai mis des illustrations (au moins deux) relatives à la guerre du Liban... Dommage : vous auriez dû poser la question : mais pourquoi donc le Stalker a-t-il jugé bon de mélanger deux événements qui n'ont rien à voir ? Eh Eh, mais tout simplement parce qu'il sont parfaitement comparables, comme me le rappelait une libanaise (je le suppose, vu l'adresse...) par courrier.
Je m'explique et je la cite :
1- Voilà des populations déplacées en masse d'un région vers une autre
(Palestiniens d'une part et Maghrébins de l'autre)
2- Ils sont parqués dans des ghettos misérables aux alentours des grandes
villes (Beyrouth, Saïda Vs Paris Lyon etc) et constituent une main d'oeuvre
bon marché
3- Ils sont musulmans avec les conséquences culturelles (défaitisme,
démographie galopante, désordre, etc)
4- Ils vivent depuis des décénnies sur le nouveau territoire et s'y sont
reproduits.
5- Conditions de vie misérables et donc sollicitude et soutien
inconditionnels des "Forces de progrès" (Gauche libanaise-OACL, PS, PC, Ibid
Gauche française)
6- Les ceintures urbaines d'immigrés sont pleines à craquer d'armes légères,
et forment petit à petit des zones de non-droit où les forces de
l'ordre ne veulent pas pénétrer pour des raisons Politiques et de terrain.
Bah oui...
Ecrit par : Stalker | 06/11/2005
stalker (pas même de majuscule), je ne vous ai pas sonné.; vous m'attendiez pour réagir !! je ne suis même pas flattée.. Quand je vous sonnerai vous répondrez présent..
c'est facile devant une bouteille de vin de refaire le monde...
Si je ne suis pas allée sur le terrain, c'est que je ne suis d'aucune utilité !! vous oui apparemment.. le pen n'attend plus que vous pour son futur ministre de la cul-ture
Ecrit par : Saïda | 06/11/2005
j'adore la façon dont vous m'aimez stalker.. je suis attendue !!
c'est l'attirance/répulsion.. complètement masochiste, stalker !!
Ecrit par : Saïda | 06/11/2005
Il est toujours bon de convoquer les grands auteurs pour y voir plus clair ; mais il ne faut pas espérer y trouver une solution au problème du jour. Il y a d'abord un diagnostic à dresser - est-il seulement un remède ? Il est un peu tôt pour parler de guerre civile, mais nous ne sommes pas dans le fait divers, ni dans le fait social : nous sommes dans un fait de civilisation. Parler de problème social, c'est se tromper de domaine. Réduire la question des remèdes à un débat pour ou contre la peine de mort, puis pour ou contre l'extrême droite, c'est risible. Continuer de nier l'irréductibilité des identités, les écarts entre les civilisations, la pression démographique du tiers-monde, la volonté de puissance des individus et des groupes, c'est absurde. Cette négation-là est à l'origine d'une inconséquence politique que l'on paie aujourd'hui - et cela ne fait que commencer. La loi ici n'est même pas celle des probabilités, mais celle des statistiques. La banlieue parisienne (comme les autres d'ailleurs) est devenue la banlieue du monde. Nous avons maintenant un choc des civilisations aux portes et même au coeur de Paris. Que peut-on espérer faire face à cela ? Les barbares sont dans Rome. Les défenses de l'Empire sont tombées depuis longtemps. Il n'y a rien à espérer de l'Etat comme les Romains n'avaient plus à espérer de l'Empire. Il nous reste à survivre dans un monde de convulsions où le salut ne peut être que dans la prière, l'étude ou le rire...
Ecrit par : Le Uhlan | 06/11/2005
Jusqu'où n'ira-t-on pas?
Comme toujours, l'appel à la rescousse de "grands penseurs" qui, généralement sont trop morts depuis trop longtemps pour venir se défendre, ne me semble pas apporter grand chose au débat.
Mais peut-on demander à de jeunes intellos de renier une alma mater qui n'a su leur apprendre que sa méthode, à savoir que toute opinion se doit d'être confortée, pour paraître valide, par quelque(s) citation(s) bien sentie(s) d'une (voire de plusieurs) citation d'auctoritas?