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Miettes sur la Reprise (V)

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- Kierkegaard // Leibniz : "La foi est au-dessus de la raison", dit ce dernier dans sa Théodicée et que reprend à son compte le premier. Les lois de la grâce plus grandes que celles de la nature. La foi plus grande que la nécessité. Que dit Descartes là-dessus ? Demander à Mathieu G.

- Les instants "pleurs de joie" de Sören : le 19 mai 1838 à 10 h 30 du matin ; la seconde, le 19 avril 1848.

- Qu'est-ce que le temps ?

Pour Platon : des atomes abstraits et insonores, instants vides, points mathématiques, sans existence réelle.

Pour Bergson : un flot continu qui emporte tout dans son élan vital et qu'on appelle "durée".

Pour Kierkegaard, une suite (musicale) ou une succession infinie d'instants, une discontinuité permanente. L'instant lui-même étant ce contact entre temps et éternité. Par exemple, un coup de foudre. Dès que j'ai vu Marie Fontanez, je suis tombé amoureux d'elle pour le reste de ma vie. C'était en Seconde, à Saint-Exupéry, en cours d'anglais que nous avions en tronc commun. Je me rappelle  son profil athénien, sa veste blanc cassé à franges marrons, sa peau diaphane et sa voix de harpe. Je n'osais lui adresser la parole. Plus tard, alors que nous étions passés respectivement en Première, puis en Terminale, quoique dans deux classes différentes, je la croisais de temps en temps dans la cour et les couloirs du lycée, toujours aussi muet. Ce n'est que le premier jour d'hypokhâgne que nous nous sommes enfin parlés.

- Si tout était identique en ce monde, il n'y aurait pas de reprise. Ni d'ailleurs de pli. C'est l'infini dans le fini, l'éternité dans le temps, l'instant dans la durée, le motif dans la portée, la rupture dans le flux, le retour après la rupture, la variation dans le mouvement, en un mot, la reprise, qui font la vie.

- " Tout ce qui est chrétien est ambiguïté". Ca, tout le monde est d'accord.

- Le comique est contradiction consciente de soi avec soi. Conscience du singulier par le général, ou conscience de la distance qui existe entre les deux. Je souffre, et pourtant d'un certain point de vue, ma souffrance est rigolote. Ne pas être conscient de cela, c'est périr.

- "Immortel Mozart ! Toi à qui je dois tout !"

- Hegel, Eléate des temps modernes, nie à sa manière le mouvement réel de la vie. Pour lui, tout est "historique", comme pour Marx, tout sera "social". Pour eux, seul le processus (toujours plus ou moins désindividualisant) compte. Alors que pour Kierkegaard, tout est affectif, individuel, singulier. La reprise comme subsistance, persistance et résistance de la vie face au concept. La reprise comme rupture de la vie dans le concept. La reprise comme ce qui ne passe pas outre. La reprise comme retour des problèmes.

 

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- La mauvaise reprise du rêveur qui en fait ne reprend rien du tout et surtout pas la femme qui attend désespérément qu'on la reprenne et même qu'on la prenne (Augustin Meaulnes, Adolphe, moi.)

- Les saloperies affectives et dialectiques de Kierkegaard face à Régine. Lui faire croire qu'il l'avait trompée, et qu'il ne l'aimait pas, afin qu'elle se détache de lui. Au fou !

- L'intéressant, catégorie esthétique qui prépare à l'éthique (Socrate). Ainsi la jeune fille pour se rendre intéressante fait la coquette. Mais qu'est-ce que la coquetterie sinon un effort vers l'autre ?

- La farce, supérieure à la tragédie, à la comédie, et au vaudeville, car la seule à provoquer l'immédiateté du spectateur, sans le filtre et les codes de la culture. Exemples ?

- La reprise comme rituel : "Ici, à Berlin, je vis avec une extraordinaire précision... Je vais à mon café - le meilleur que j'ai trouvé à Berlin. Un café qui a un meilleur café que celui que l'on donne à Copenhague." (18 novembre 1841) // Moi à Nice.

- Kierkegaard dans la lignée de Hégésias, un philosophe cyrénaïque qui niait la jouissance de la vie et parlait avec tant d'éloquence de la mort que ses auditeurs se suicidaient.

 

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- "Il en allait de lui comme si souvent avec des hommes mélancoliques qui sont captifs d'eux-mêmes : il avait idéalisé la jeune fille, après quoi il avait cru que c'était elle." Plus tard, il avouera que si elle mourrait, il se sentirait soulagé, tellement ce contraste entre l'idée et la femme réelle le faisait souffrir !

- Etranger suis-je à ces jeunes filles kierkegaardiennes qui me semblent toutes plus ou moins anémiées, sans force, manipulables, niaises (un peu comme la Clélia de La Chartreuse), même si dans la réalité, Régine s'est révélée bien plus forte que son misérable séducteur abandonneur. Encore plus étranger suis-je à ce séducteur qui se perd en stratégie démoniaque.... au nom de Dieu. Encore une fois, ce qu'il y a de détestable en l'homme Kierkegaard, c'est d'avoir reproché à Régine de s'être donné à un autre homme alors que lui n'avait pas voulu la prendre. Même abandonnée par lui, il aurait voulu qu'elle soit encore suspendue en lui, pour lui et par lui. Ce qui est inadmissible. Et ensuite, il demande à un de ses amis de la suivre dans la rue pour savoir où elle va, ce qu'elle fait, pauvre nul.

- Constantin, sorte de Monsieur Teste, pur indifférent, intellectuel, blasé, que rien n'étonne, Don Alfonso impuissant et démoniaque.

- La mauvaise foi comme le démoniaque par excellence.

- Si le jeune homme se sentait coupable, il aurait une chance de retrouver son innocence, mais plus il se veut innocent, plus il est coupable. Encore une fois non pas d'avoir abandonné sa fiancé, mais d'avoir soutenu qu'il le faisait pour son bien à elle et pour son appel de Dieu à lui. Connard.

- Le jeune homme n'est pas Job. Introjection fallacieuse et vaniteuse.

- Pour ses amis, Job ne peut être que coupable. Et non pas tant parce qu'ils veulent l'enfoncer que parce qu'ils veulent au contraire le libérer. Tel est le "coup tordu de l'éthique" : on peut envisager que Dieu a puni Job parce qu'il le méritait, mais on ne peut envisager que le malheur de Job soit "gratuit". Car dans ce cas-là, Dieu est un sadique et ça ne va plus du tout. La punition, c'est ce qui légitime tout, Dieu et la misère du monde, c'est ce qui donne de la dette, donc de la valeur, à tout. Non, il faut que pour son salut, Job ait tort. Or, le scandale de Job, c'est qu'il hurle la gratuité de ce qui lui arrive, il hurle son innocence. Aux yeux de tous, il passe donc pour un fou. Sauf aux yeux de Dieu qui finit par sortir de son silence. Dieu a fait en sorte que Job l'appelle et qu'ils se parlent enfin. Job devient réellement Den Enkenlte (L'Unique) devant Dieu. Plus tard (ou plus exactement, plus avant), ce sera (ç'aura été) Abraham.

- Dans la première version de La Reprise, le jeune homme, n'arrivant à se reprendre, trompé jusqu'au bout par son mentor, se suicidait. Comment finira Jasmine ?

 

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- Kierkegaard croyait-il en Dieu ? Parfois, il nous fait penser à Pierre Palmade - un homo qui voudrait être hétéro, un incroyant qui voudrait croire.

- Kierkegaard, homme de ressentiment et de mauvaise foi. Ce qui fait écrire à Nelly Viallaneix : "A vrai dire, l'exposé de Kierkegaard ne va pas sans artifice. Il cherche, semble-t-il, à camoufler son dépit en présentant l'échec qu'il subit comme une victoire depuis longtemps désirée, afin de tromper son entourage."

- Comment Mathieu G. peut-il être kierkegaardien, lui qui est incapable de tenir plusieurs forces ensemble et qui a un mal fou à comprendre que la pensée est multiple et que, comme le dit d'ailleurs son auteur préféré, la liberté est dans la contradiction ? Tout Kierkegaard tient dans cette dialectique entre les opposés tenus ensemble et mis en musique. Comme Nietzsche, il faut écouter Kierkegaard.

- Etapes sur le chemin de la vie : l'éthique reprend l'esthétique comme le religieux reprend l'éthique - ce qui ne va pas sans provoquer angoisse (concept) et désespoir (traité), crainte et tremblements (bientôt).

- Encore faut-il le comprendre. Or, Kierkegaard, de son propre aveu, écrit de manière à ce que "les hérétiques ne puissent le comprendre", ce qui ne va pas sans complications.

- "... mais en dehors du ciel et de l'histoire du monde, il y a encore une histoire, qu'on appelle histoire de l'individu. Vous ne vous semblez pas beaucoup vous en inquiéter. (...) Embrasser d'un coup d'oeil l'histoire tout entière du monde et dire que chaque nouvelle génération commence où finit l'ancienne, c'est grand, c'est grandiose et surprenant ; réfléchir sur ce dont je parle est bien petit et insignifiant. (...) Lorsqu'il s'agit de savoir si chaque individu peut commencer ; ou s'il est perdu par son premier commencement."

- Maintenant, il peut y a voir des reprises esthétiques pures et même fantasmagoriques, comme dans Minuit à Paris, un merveilleux Woody Allen.

- "... beaucoup de choses agréables font une impression bien plus faible la seconde fois que la première ; c'est généralement reconnu dans ce dicton : quand on a été une fois à un endroit, on ne doit pas y revenir..." Je pense (car je sens) exactement le contraire. Quand une chose est agréable une première fois, elle est jouissive la deuxième fois et extatique la troisième. La reprise (même esthétique) est puissance ou jouissance toujours plus grande. J'aime de plus en plus ce film, ce livre, cette ville, cette femme, ce souvenir. J'aime la vie de plus en plus. Et sans doute grâce à Dieu. Même si je ne suis qu'un piteux croyant, à mille lieux des déchirures kierkegaardiennes. C'est que je suis beaucoup plus vulgaire et beaucoup moins sadique que lui : je refuse de fuir le bonheur (catégorie éthique et général) au nom de l'Unique et de me détourner du bien-être au nom de l'être.

- La liberté, chez les Grecs, est en arrière, alors que chez les Chrétiens et les Existentialistes, elle est en avant. Chez les Anciens, on se souvient, chez les Modernes, on se dépasse. Chez les uns, on rend grâce, chez les autres, on conteste. La liberté est soit abnégation soit perturbation.


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Pour finir, qu'est-ce que l'existentialisme ?

L'affirmation d'une liberté totale et maudite qui implique une responsabilité absolue, sans aucune justification possible, que l'on soit face à Dieu (Kierkegaard) ou face aux hommes et à l'Histoire (Sartre). L'affirmation de l'existence comme singularité anhistorique et subjectivité absolue contre l'hégélianisme qui pose le processus historique comme totalité objective absolue. La subjectivité conçue comme vérité de l'être devant Dieu - . Dieu comme personne et non comme étape philosophique (Hegel). Cette subjectivité peut s'appeler foi et cette foi est scandale et folie. C'est par la foi, la subjectivité, que l'on choisit d'être un homme. Or, l'on ne connaît jamais réellement les conséquences ultimes d'un choix. Choisir, c'est risquer tout son être dans quelque chose qui peut nous broyer - et les positivistes ont beau jeu de faire fi de cette possibilité. L'erreur moderne est de se croire libre mais de PASSER OUTRE les risques de cette liberté (on en reparlera avec Abraham). En vérité, il faut toujours douter. La foi précède du doute, contient le doute, suppose le doute. La foi est une dialectique du doute comme le doute est une dialectique de la foi. CROIRE EN DIEU SANS AVOIR DOUTER DE LUI OU SANS CONTINUER DE DOUTER DE LUI EST UNE PREUVE DE MAUVAISE FOI. Le vrai croyant est celui qui prend le risque que Dieu n'existe pas - ou que son enfant sera un Richard III ou un Isaac. De ce point de vue, la foi est un pari - ou un saut (exactement comme le saut de la foi dans Indiana Jones et la dernière croisade), quelque chose d'absurde. Le contraire d'une certitude et d'une vraisemblance. Le contraire de la fameuse foi du charbonnier. Comme Pascal et Simone Weil, Kierkegaard nous invite à raisonner comme si Dieu n'existait pas... et qu'Il existait au bout du compte. La foi comme un saut dans l'absurde mais qui abolirait le néant.

En ce sens, Kierkegaard est à mille lieu du thomisme catholique. Et que du point de vue du thomiste (ou du charbonnier), sa foi a quelque chose de démoniaque.

Ce qu'il faut comprendre est que tout est tonalité affective chez lui (comme chez Nietzsche) et que l'être est moins pictural que musical.

D'où l'angoisse de notre présence au monde. L'angoisse comme attestation de notre liberté avec ses motifs, ses variations, ses reprises, mais aussi ses ruptures, ses imprévus, ses surprises. Le choix est affaire de liberté mais la liberté met aussi en branle le hasard. La liberté met en branle notre volonté et le hasard. Il n'est jamais sûr que l'on aboutisse à ce que l'on a voulu librement et pour lequel on a agi ainsi. Nous ne pouvons pas tout prévoir, tout responsables et sages et avisés et sérieux que nous somme. L'existence a cette aspect imprévisible et contingente qui fait qu'un méchant peut échapper à  la justice et un bon être puni injustement. Le moralisant, c'est celui qui croit qu'il y a obligatoirement adéquation entre la faute et la sanction et l'acte bon et la rétribution.

La liberté est donc double : elle est ce qui me fait agir sur le monde et dans le hasard mais elle est aussi ce qui fait que le monde et le hasard peuvent agir sur moi. De mon point de vue, la liberté est ma volonté. Du point de vue autre, elle est le hasard.

Mais ma volonté ne serait-elle pas le fruit du hasard ?

L'homme, synthèse de fini et d'infini, de désespoir et de béatitude, de souffrance et d'amour, de désir mortifère et vital.

Kierkegaard, comme Nietzsche, est un perspectiviste. D'où l'emploi des pseudonymes au service de la communication indirecte, hors littéralité, hors signe, et anonyme. Car si le nom au service de lui-même, le pseudonyme (ou l'anonyme) est au service de la vérité. Et la vérité est un mode de l'amour.

 

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A REPRENDRE UN JOUR

 

 

 

 

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Commentaires

  • Merci beaucoup pour cette série... qui a pu m'être si personnelle quelque fois.

    "Cette reprise" n'est elle pas proche du temps retrouvé de Proust.
    Tout est ouvert à la résurrection, non seulement les hommes, mais aussi nos souvenirs et nos sentiments...
    Green a dit que le souvenir d'un grâce passée peut être une nouvelle grâce.
    La reprise, le signe du salut proposée à notre subjectivité ?

  • Juste un exemple de farce supérieure à la comédie ou au vaudeville car indépendante de tout contexte culturel : on a montré à des étudiants indiens "La grande vadrouille". Ils ne savaient rien de l'histoire de France et nos plaisanteries sur les Allemands et les Anglais leur étaient incompréhensibles. En revanche, la farce à laquelle se livre Louis de Funès, ses mimes, son comportement, les toucha tout de suite et les fit bien rire...

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