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Bien croire III (d'après Remi Brague)

 

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I - Dieu ne nous demande rien. 

 

Reprenons.

Répétons.

Scandons.

Prions.

Croyons.

Remettons.

Espérons.

 

«  Dès que nous concevons Dieu comme Il est, écrit Rémi Brague, c'est-à-dire comme l'auteur de tout bien, nous ne pouvons ne pas L'aimer. »

 

Nous ne pouvons pas ne pas aimer Dieu. Voilà la gageure.

Moi-même, j'ai eu beaucoup de mal.

Et parfois, encore, j'en ai. 

Parce qu'en moi, encore, le néant s'agite. Et il est si rusé, le néant. Au moindre malaise, je me dis que c'est de Sa faute. Alors que c'est de la mienne.

En sachant que c'est de la mienne, ça me soulage, Dieu revient.

Et je Lui rends grâce.

Mais tout de même, c'est difficile.

Mais ça peut être plus facile que je ne le pense.

C'est dans ce "peut-être" que réside ma pauvre foi.

Ma pauvre foi me fait du bien - depuis 1996.

(Semaine Sainte 1996 - Saint-Léon, Saint-Jean XV, sarments, Paraclet, Chabrerie, première vita nova, Orsay, Manon, Amandine, blog, sites, maîtrise - toujours à demi -, guerre des tentatives contre les tentations, survival, joies, Fanoutza, Saint-Malo, neuvaines, Paraclet encore, fin des "expérimentations" comme elle dit, "excelsior", lenteur, rages, larmes, retombées, remontées, autant d'années pour se reconstruire qu'on en a eu pour se détruire, Paraclet toujours, et aujourd'hui, pentecôte.)

 

Continuons.

 

Orage de juin réparateur.

 

Dieu est auteur de tout bien.

Dieu est l'idée la plus haute et la plus douce qu'un homme ou qu'une femme puisse avoir.

Dieu - avec moi contre mes péchés et non avec mes péchés contre moi (le cher Sören).

Dieu qui n'abolit pas la souffrance mais vient l'emplir de Sa présence (le cher Paul.)

Dieu qui aide à faire ce que l'on veut et à ne plus faire ce que l'on ne veut pas (le grand Paul.)

 

Ne pas craindre le ridicule de mon corps et de mon âme.

Ne pas paniquer devant les femmes.
Ne pas sombrer dans la saloperie masochiste (la plus grande opération du diable.)

 

Se rappeler toujours que :

 

Dieu est ce qui ce ne peut me faire que du bien. Au moindre malaise, ce n'est pas Lui. A la moindre euphorie, c'est Lui.

Dieu est surabondance éternelle qui me comble au-delà de mes désirs - et sans pour autant les annihiler. Au contraire, Il les amplifie.

Dieu - tautologie amoureuse en expansion.Dieu -pure économie de nous-mêmes et qui ne va que dans nos intérêts.

Dieu - déchaînement de toutes les formes possibles et inimaginables, affranchissement de tous les codes, explosion de toutes les liberté.

Avec Lui, tout est permis.

Dieu - orgasme ontologique et cosmique.

"Faire jouir Dieu" (la chère Mawitournelle.)

 

 

DIEU NOUS DONNE TOUT ET NE NOUS DEMANDE RIEN. 

 

Celui qui admettra cette vérité jusqu'au bout, celui-là, seul, sera chrétien.

 

Mais pourquoi est-ce si difficile ?

 

Parce que nous avons définitivement confondu religion et morale.

Parce que nous sommes comme Homais qui s'imagine que le christianisme est une machine à légiférer et à corriger.

Parce que nous ne sortons jamais de l'idole du dieu-fouettard ou du dieu-bourreau. Sade, Lautréamont, Artaud et compagnie.

Ils se trompent lourdement, ces génies.

 

Parce que ça :

 

 

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nous fait au fond moins mal et moins peur que ça:

 

 

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et parce qu'enfin nous ne savons plus lire les textes.

 

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Dans l'Ancien Testament, le prophète Michée (celui qui, entre autres, a annoncé que le Messie naîtrait à Bethlehem) écrit :

 

« On t'a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi : RIEN D'AUTRE que d'accomplir la justice, d'aimer avec tendresse et de marcher humblement avec ton Dieu » (6,8).

 

Et Homais d’en conclure que c’est bien là la preuve que Dieu nous demande de faire des choses. Or, c'est le « rien d'autre » qui est important dans ce verset. Dieu ne nous demande « rien d'autre » que d'être juste, tendre et humble. Avait-on besoin d'un prophète pour nous dire cela ? Bien entendu que non. Ces « grandes platitudes », dont parlait C.S. Lewis, l'auteur des Chroniques de Narnia, sont celles de tout le monde des siècles des siècles. Pas besoin de l'apocalypse pour le savoir. Non, ce qui frappe dans cette phrase de Michée est moins l'appel à de nouvelles exhortations que le rappel des anciennes : « on t'a fait savoir » - autrement dit, « tu le sais très bien ce que l'on attend de toi, Dieu a déjà tout dit depuis longtemps ». La Loi de Dieu est partout mais elle est élémentaire, primitive et finalement abstraite. Ses exhortations que l'on considère abusivement comme terribles se limitent à quelques généralités plus terrestres que célestes.

 

Lorsque Dieu dit "c'est interdit", il ne faut pas prendre cette "interdiction" comme un impératif moral qui éprouve nos forces mais bien comme un conseil de prévention. Dieu nous dit "c'est interdit" comme nous disons à un enfant : "c'est dangereux". Ni plus, ni moins.

 

(Et je le mets en gras car s'il ne faut retenir qu'une seule chose de ce post interminable et indigeste, ce n'est que cela. DIEU NE NOUS DEMANDE RIEN SAUF DE NE PAS METTRE LES DOIGTS DANS LA PRISE ELECTRIQUE.)

 

Comme le dit encore Brague, les lois, les commandements, les exhortations et les soi-disant menaces de sanctions ne sont là que pour constituer un "KIT DE SURVIE" destiné  à nous protéger contre nous-mêmes, pas plus. Pour le reste, à nous, l'humanité, d'actualiser tout ça selon nos modes niaiseux et nos putains de cultures.

 

Persuadons-nous en. Dieu nous exhorte à la  justice, la tendresse et l'humilité mais sans dire du tout comment « accomplir cette justice », « aimer avec tendresse », « marcher avec humilité ». Comme à Son habitude, Il reste dans le vague et l'indéfini. La morale pratique, ce n'est pas Son affaire. De même, quand le Christ nous "commande" de  « nous aimer les uns les autres », Il se garde bien de nous dire comment l'on s’y prend - ce qui entraînera, il est vrai,  quelques petits conflits d'affects. « Aime », c'est beau, mais c'est intransitif.

 

 

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Et en effet.... L’on chercherait en vain un code civil dans la parole du dieu chrétien.  Et c'est précisément cette absence de complément de morale directe, cette indétermination de règles concrètes (contrairement au judaïsme où le moindre geste est codifié ad nauseam) qui ont fait accuser le christianisme primitif d'être un anarchisme irresponsable. Ce Jésus de Nazareth n'avait décidément rien de commun avec Moïse qui, lui, était venu nous dire quoi faire et ne pas faire à toutes les heures de la journée. Au contraire de son illustre prédécesseur, ce charpentier halluciné apparaissait comme un histrion venu remplacer la loi par de vagues effusions, et dont le comportement scandaleux et amoral (aller parler avec les putes, dîner avec les collecteurs d'impôts, être parfois plus complaisant avec les païens qu'avec les juifs, saluer un centurion romain plutôt qu'un pharisien, fréquenter les crétins et les extrémistes, manger comme un porc et boire comme un trou [Matthieu, 11-19]) n'avait strictement rien de moral ni d'orthodoxe. Avoir, un jour de mauvaise humeur, chassé à coups de fouets les marchands du temple, n'altérait pas l'impression de permissivité générale que semblait dispenser Son enseignement. Et lorsque Paul se décida à traduire celui-ci en une série de lettres afin de le transmettre à toutes les communautés, il dut se faire légaliste par nécessité ce qui, précise Brague, répugnait à sa nature mystique. Paul se força à être normatif. Mais il suffit d'être sensible à son style unique, le plus grand et le plus vivifiant de toutes les littératures, pour se rendre compte qu'il est bien obligé de faire avec la nature humaine.

 

Et c'est la raison pour laquelle l'avorton de Dieu se voit obligé de préciser que si, effectivement « tout est permis [oui, saint Paul a écrit ça], tout ne profite pas ». Si « tout est permis, tout ne bâtit pas » (I Corinthiens, 10-23). Dieu peut nous aider à bâtir mais ce n'est pas Lui qui décide du choix de la pierre. A peine s'Il nous a fourni les plans. 

 

Et Brague d'affirmer, non sans humour, que le principe de base du christianisme n'est "rien d'autre" que cette « imagination au pouvoir » chère à la génération attardée que l'on sait. L'amour, comme la vérité, rend libre.

 

 

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Constatons-le.

 

L'Histoire sera notre façon d'amortir la création, la culture notre propension à donner du sens aux choses et notre foi, la preuve insigne que nous acceptons les dons de Dieu - la preuve que nous sommes déjà en Dieu. Croire, ce n'est pas payer un service que Dieu nous rendrait. Croire, c'est accepter d'emblée ce service. On ne doit rien à Dieu. Avouez que ça vous estomaque.

 

 

 « Croire, c'est se connecter avec Dieu », dit Brague. « La foi est l'accès à Dieu comme la vision est l'accès aux couleurs, l'imagination, l'accès aux images, la raison, l'accès au calculable. » Et comme la sexualité est l'accès à l'autre, oserait-on rajouter (oui, c'est moi qui rajoute ça, moquez-vous !)

 

Au contraire du vrai dieu, le faux dieu est celui ne donne rien et qui demande tout.

Le faux dieu est celui qui propose des contrats, des pactes, des sacrifices.

Le faux dieu adore le sacrifice... d'autrui - et exige qu'on se sacrifie pour lui ou pour la chose qu'on convoite. Le vrai dieu venait se sacrifier pour nous.

Le faux dieu fait tout pour nous dégoûter de la vie et pour nous faire aimer la mort. Le vrai dieu nous donne envie d'aimer la vie et il faut bien avouer que sans Lui, nous nous serions suicidés depuis longtemps. Le vrai dieu est dans le vouloir vivre.

La gloire du faux dieu est l'homme mort ou tueur.

La gloire du vrai dieu est l'homme vivant ou accoucheur (et de ce point de vue, Dieu est plus femme qu'homme.)

 

Nietzsche s'est lourdement trompé. L'affirmation pure de toutes choses, ce n'est pas Dionysos, dieu de carnage et de sacrifice qui jouit de nos morts, c'est Jésus-Christ qui meurt pour qu'on jouisse de la vie - et ressuscite par dessus le marché*.

 

Le faux dieu nous tente. Et pas seulement dans le mal. Le faux dieu nous tente dans le faux bien. Ne jamais oublier que la seconde tentation de Jésus au désert est sociale - Benoît XVI a tout dit là-dessus. Le faux dieu dit au vrai dieu : "Si tu es ce que tu dis, alors prouve-le et fais le bien, donne du pain aux gens, milite pour les congés payés et les trente-cinq heures." Dans ce cas-là, le faux dieu est le diable.

 

Le diable est tentateur mais il est surtout logicien, social, politique.

Il est dans le détail, la douleur, le divorce.

 

 

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[*Pour ceux que cette différence entre le Christ et Dionysos intéresse, voir mon texte sur Nietzsche, « Perspectivisme et pensées dures », aphorisme « Pacte faustien »].

 

 
 

irrésistible.jpgII - Dieu ne s'offense pas. 

 

Il y a des préjugés qui font long feu - que le Moyen Age était une période obscurantiste ; que l'Eglise s'est un jour demandée si la femme avait une âme (histoire inventée de toutes pièces par les anticléricaux à partir d'une très mauvaise interprétation du concile de Mâcon de 585) ; ou avant toutes choses que le plaisir est un péché. Parmi toutes les rumeurs sottes, cette dernière a fait florès - et a permis à nombres d'imposteurs de passer pour des penseurs critiques (Michel Onfray en dernier lieu, ou plutôt « Michel Homais », comme l'appelle plaisamment Brague lui-même). On me répondra que bien des curés et des bourgeois ont largement diffusé cette rumeur et on aura raison. La société dominante est la plupart du temps imbécile.
 
En fait, la réduction du plaisir (sexuel et autre) au péché est moins le fait du christianisme, qui sur ce point comme sur d'autres, ne fait que reprendre les lieux communs philosophiques et médicaux de l'Antiquité classique, que celui de l'avènement de la bourgeoisie capitaliste au XIX ème siècle. Avec « la rationalisation de l'esprit occidental liée à l'économie capitaliste et aux Lumières, il fallait promouvoir le sérieux du travail, l'épargne, et ne pas mettre sa santé en péril ». Michel Foucault l'avait déjà montré dans son Histoire de la sexualité : le puritanisme sexuel qui nous fait tellement horreur ne remonte pas à Mathusalem, mais bien au siècle des révolutions industrielles. C’est l’économie triomphante qui fait que le sexe devient aussi une affaire économique. La modernité nous a fait croire que le christianisme empêchait la baise, alors que bien croire, c'est bien baiser. Où sont ces textes de théologie médiévale dans lesquelles les curés de l'époque expliquaient à leurs ouailles que que mieux une femme jouissait, mieux elle avait de chance de concevoir des enfants en parfaite santé ?
 

Par ailleurs, il est archifaux de penser que le péché a toujours un rapport avec le plaisir. En fait, il existe des péchés dont l'exercice même est un déplaisir. Exemple, l'envie, qui de tous les péchés, est le seul qui ne donne jamais de plaisir - et qui en ce sens, peut être considéré comme le plus grave. Car il faut avoir de sérieuses dispositions pour le mal pour le vouloir sans en profiter. De même « l'acédie », l’ancien et grave péché de « tristesse » (de désespoir) qui faillit être retenu dans la liste des sept péchés capitaux, et qui, c’est un pléonasme de le dire, n’entraîne aucune joie à celui qui s'y complaît. C'est en effet pécher suprêmement que désespérer perpétuellement.

En fait, non seulement le péché n'a pas un lien nécessaire avec le plaisir, mais encore peut-il être une cause de diminution de celui-ci. Selon saint Thomas d'Aquin, c'est le premier péché, celui d'Adam au jardin d'Eden, qui a mené à une perte de plaisir sexuel. Ce que l'on disait plus haut.
 
Hélas pour nous ! Ils sont désormais loin ces orgasmes « hénaurmes » qui étaient nos privilèges d’avant la Chute. Mais qu'on se le dise et redise : plus l'on pèche, moins l'on jouit !
 

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Mais pécher, qu'est-ce que cela veut dire ? Ici aussi, nous avons les idées inadéquates. Nous sommes en effet persuadés que lorsque nous péchons, nous « offensons » Dieu. « Mon Dieu, j'ai un très grand regret de vous avoir offensé », disaient les catholiques de naguère dans l'acte de contrition. Comme le dit Rémi Brague, et cette explication nous semble de suprême importance,« que Dieu soit offensé ne signifie pas qu'il subisse un détriment. Le péché n'inflige pas à Dieu une lésion qu'il faudrait compenser ».
 
Dieu n'est pas atteint par nos offenses. S'Il l'était, ce serait là un bien pauvre dieu, un dieu païen et vindicatif qui réagirait aussi bêtement que les hommes, un dieu pour idiots, sans nul doute. Non, ce qui offense Dieu, c'est que nos offenses nous retombent dessus. Dieu a mal que nous nous fassions si mal en croyant nous en prendre à Lui. « Dieu n'est offensé par nous que dans la mesure où nous agissons contre notre propre bien », écrit saint Thomas d'Aquin.

« Pécher n'est donc pas s'approprier un bien qui serait la possession de Dieu », pour la simple et bonne raison que « le Bien n'est pas ce que Dieu a ; le Bien est ce que Dieu est. Dieu est le Bien de l'homme ».

Dieu est le lieu de mon bien et non le lieu de mon mal. Si nous arrivions à nous convaincre de cela, juste de cela, nous serions immanquablement sauvés. Dès que je suis bien (dans le sexe, dans l'amour, dans le travail, dans le sport, dans l'art, dans la vie sociale, dans mes relations avec les autres, dans mes accords ou mes désaccords avec eux, dans mes combats politiques, dans mes décisions, dans mes colères, dans mes deuils, dans mon délire, et finalement dans ma mort), c'est que je suis en Dieu.

Dès que je suis bien, je suis en Dieu.

Dès que je suis en mal, je suis en diable - c'est-à-dire, seul.

Capisco ?

 

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III - Dieu nous pardonne, c'est son métier.

Donc, Dieu nous pardonne. Il ne sait même faire que cela, nous pardonner. Lorsque le poète Heinrich Heine qui allait mourir, et à qui on demandait s'il était en paix avec Dieu, répondit : « Soyez tranquille ! Dieu me pardonnera, c'est son métier ! », il ne croyait pas si bien dire. Les péchés ne sont faits que pour être pardonnés. Ici encore, le bon sens des braves gens va être mis au supplice. Influencés par le diable qui s'y connaît comme personne en moraline, ils vont répondre que c'est "facile".

- Oui en effet, nous le disons. Rien de plus facile que de reconnaître qu'on s'est rendu coupable d'un péché. "Mon Dieu, j'ai volé, violé, tué, mais tu me pardonnes, dis, puisque tu n'es bon qu'à ça !" Scandaleusement facile, non ?

 

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Facile, vraiment ? Essayez donc de reconnaître sincèrement que vous avez péché – que votre crime est un péché… Croyez-moi, c’est la chose la plus difficile du monde. Car le péché n'est pas une faute, un délit ou un crime comme un autre. Ces actes-là sont l'affaire des hommes et de leurs tribunaux - et loin de nous l'idée de penser que la justice humaine soit vaine comme le pensent tant d'irréalistes irresponsables. Non, il faut juger et punir tous les actes que la société considère comme délictueux. Mais le péché, c'est autre chose. Le péché, c'est l'acte (criminel ou non)  qui nous empêche d'aimer Dieu et de nous faire aimer de Lui. Dieu nous aime quoi que nous fassions, c’est entendu, mais nous commettons des actes qui nous mettent en dehors de cet amour  - mais au sens où ce n'est pas Lui qui se retire de nous, dégoûté qu'Il serait de nos saloperies, mais où c'est nous qui nous retirons de Lui, dégoûtés que nous sommes par nous-mêmes. Quand j'agis mal, ce n'est pas Dieu qui dit "beurk", c'est moi.

 

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Le péché est en effet ce qui me fait hurler à Dieu : « Ne m'aime pas ! Je ne veux pas que tu m'aimes ! Je suis trop horrible ou trop orgueilleux pour être digne de Ton putain d'amour ! Laisse-moi crever dans mon coin ! Ne t'occupe plus de moi ! Je n'en vaux pas la peine ! Ma haine de moi est trop grande pour que ton amour puisse entrer en moi ! Va-t-en ! Je ne veux plus te voir ! ».

Comprenons bien.

Le péché est ce qui nous éloigne de Dieu, mais la conscience du péché est ce qui nous y ramène. « Offenser » Dieu , c'est déjà le prendre en considération. C'est se donner la chance d'avoir des ailes qui, un jour, pourront nous faire nous faire envoler vers Lui.

Même le pire des cons a une possibilité ailée.

 

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Autrement dit, si le péché est en premier temps ce qui nous empêche d'accéder à l'amour de Dieu, il est dans un second temps ce qui nous met en relation négative avec Lui. Or, dès qu'une relation avec Dieu s'est enclenchée, et même la plus « pourrie », nous pouvons espérer nous retrouver bientôt sur la voie du pardon. Le péché est ce qui fait que la faute, le délit ou le crime, deviennent une affaire divine - et c'est lorsque nos affaires deviennent divines que nous retrouvons une lueur d'espoir d'être pardonnés et sauvés.

Prendre conscience que j'ai péché, c'est prendre conscience que mon acte n'est plus une affaire entre les hommes et moi, mais bien entre Dieu et moi. Le péché, c’est ce qui fait qu’il va y avoir dans le délit ou le crime quelque chose qui lui permettra d’être pardonné par Dieu. Le péché est ce qui me rend à Dieu. Cela peut prendre une vie pour s'en apercevoir. C'est pourquoi il faut donner une chance au criminel, et le laisser en vie, même à perpétuité, plutôt que de lui couper la chique, le privant de son temps de rédemption. Se reconnaître pécheur est la chance inouïe que donne Dieu au criminel - et du reste à tout homme. Car pécheur, je peux être pardonné par Dieu et pourrai trouver la paix en Lui. Alors que « non-pécheur », je n'ai plus aucune chance d'être remarqué  par Lui, et dans ce cas, je ne peux que me retrouver en moi-même - c'est-à-dire en enfer.

C'est ce qui fait du péché une chose si personnelle. Et c'est ce qui fait que je dois bien me garder d'accuser les autres de péché.

« Car moi seul puis m'accuser de péché. Je peux certes constater que quelqu'un a commis une faute. Mais je n'ai pas le droit d'accuser qui que ce soit de péché. Cela serait, justement, un péché », dit Brague. Par conséquence, « je n'ai le droit d'expédier personne en enfer, même le pire des criminels dont l'histoire ait gardé le souvenir. »

Peut-être le péché qui consiste à damner autrui est le seul qui n'est pas remis. Et c'est pourquoi je ne me lasse pas de cette boutade qui dit que les seuls qui doivent aller en enfer sont ceux qui ont voulu que d'autres y aillent.

 (En gras, j'y tiens beaucoup.)

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Ce qui est sûr, c'est que je dois veiller à ne pas me croire meilleur que les autres - et surtout à ne pas croire que dans la même situation tragique qui a conduit un tel à tel crime, j'aurais fait mieux. Une faute ne se mesure que par rapport à l'occasion que j'avais de la commettre. Et Rémi Brague d'alimenter son catéchisme malicieux : si nous n'avons jamais massacré de Hutus, c'est parce que nous ne sommes pas des Tutsis. Nous somme sans doute libres, mais nous sommes aussi en situation. Ne confondons donc pas nos vertus avec nos heureuses conjonctures. Après tout, même Œdipe ne voulait pas, à l’origine, tuer son père.

A tout péché, donc, miséricorde. Dieu nous pardonne tous nos péchés, mais à la condition express que nous ayons reconnu que c'étaient des péchés - afin que Lui aussi les reconnaisse. Car si Dieu nous remet tous nos péchés, soient les actes que nous lui présentons comme tels, Il ne nous remet que ceux-là. Un acte mauvais que, pour une raison ou pour une autre, nous refuserions de qualifier de péché et que nous ne lui présenterions pas, ne serait pas remis par Dieu. C'est que Dieu ne peut pardonner que ce qu'Il reconnaît - mieux, que ce qu'Il connaît. OR DIEU NE CONNAIT NI NE RECONNAIT LE MAL.

Ce paradoxe suffocant, Kierkegaard l'a bien vu quand il écrit dans son Concept de l'angoisse :

« On peut dire [...] de Dieu qu'il n'a pas connaissance du mal. [...] Le fait que Dieu ne connaît pas le mal, ne peut ni ne saurait le connaître, c'est l'absolu châtiment du mal. »

La punition du mal, c'est que Dieu ne le voit jamais, ce fameux mal, et donc ne le traite jamais. Dieu n'a d'yeux que pour le bien - et encore le bien personnel, le bien intime, le bien qui dit « je ». C'est pourquoi prendre conscience du mal comme péché constitue déjà un bien intime. C'est parce que j'ai la possibilité existentielle de faire du mal un péché, de transmuter le mal en péché, c'est-à-dire un état personnalisé, un état que je reconnais être mien, que Dieu pourra me reconnaître comme tel et m'absoudre. Mais le mal impersonnel, celui que j'ai fait sans prendre garde ou que j'ai fui pour ne pas le reconnaître est celui que Dieu m'abandonnera. Ce que nous n'avouons pas, ce que nous gardons pour nous, Dieu nous le laisse pour notre malheur éternel.

 

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C'est pourquoi à Dieu il faut tout dire, tout avouer, tout confesser - car tout ce que je confesse, tout ce que j'avoue m'est remis et au contraire tout ce que j'omets, tout ce que je cache, tout ce que je fuis va me poursuivre et me ronger. L'enfer, c'est la rumination perpétuelle de mes secrets honteux, de mes haines cachées et de cet orgueil atroce qui me prive à jamais du plaisir qu'il y aurait eu à être en Dieu.

Il est bien là le sens du pari de Pascal.

Alors voilà. Je peux sans doute me trouver autrement plus intéressant que Dieu, plus rigolo, plus érogène (en quoi je me trompe bassement car Dieu est fondamentalement plus intéressant, plus rigolo et plus érogène que moi) - mais suis-je sûr de trouver en moi tout ce qu'il me faut ? Suis-je sûr que je pourrais me contenter jusqu'au bout ? Ne prends-je pas le risque de douter un jour de moi plus que je ne pourrais jamais douter de Lui (et même, c'est bien naturel, s'il m'arrive de douter de Lui) ? Dans ce cas, peut-être faut-il, dès maintenant, car à toute seconde, ça urge, que je décide de m'en remettre à Lui plutôt qu’à moi. Car avec moi, on ne sait jamais. Alors qu’avec Lui, tout est joie.

 

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(Etude faite d’après Rémi Brague, Du Dieu des chrétiens et d’un ou deux autres, Flammarion, février 2008, 264 pages, 19 euros - et largement revue, corrigée et illustrée en cette Pentecôte 2014.)

 
     

Addendum gratuit :

Un sondage récent montrait que pour 62% des catholiques, « toutes les religions se valent ». Voilà ce qui arrive quand il n'y a plus de Sainte Inquisition. Tout le monde commence à penser n’importe quoi.

Personnellement, c'est-à-dire objectivement, je pense que ma religion est la plus forte, la plus belle, la meilleure et la seule vraie - et je suis en accord parfait avec ceux qui disent la même chose de la leur. C'est avec ceux qui relativisent leur croyance que je ne suis pas d'accord. En fait, je les plains. Et qu'ils ne me rétorquent pas, par effet de miroir ou par symétrie sophistique, que c'est moi qu'ils plaignent ! Eux n'ont pas le droit de le faire, alors que moi, si. Pourquoi ? Eh bien, du simple fait qu'ils relativisent leurs opinions, et que moi non. Quelqu'un qui n'est pas sûr de lui ne peut décemment avancer l'idée que moi non plus je ne suis pas sûr de moi. Quand on relativise son opinion, on donne forcément raison à celui qui ne relativise pas la sienne. Comme disait Chesterton, si vous pensez que votre opinion n'est peut-être pas la bonne, alors elle n'est plus votre opinion. Contre tous les crétins, Chesterton a toujours raison. Chesterton est un révélateur d'imbécilité.

 

 

ILLUSTRATIONS :
 
- Le Greco, Le Christ Sauveur,
- François de Nomé, Les enfers, 1622
- Rembrandt, Le retour du fils prodigue.
- Bill Plympton, Les amants électriques
- Bill Plympton, Des idiots et des anges.
+ La fille à poil et aux doigts d'honneur.

 

 

 

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Commentaires

  • Pas de problème, je ne suis pas possessif - et lui transmets derechef votre compliment. (On la trouve aussi côté pile ici : http://cafeducommerce.blogspot.com/2008/05/ma-vie-dans-ton-cul.html).

  • C'est dommage que tu aies mis cette demoiselle dénudée, ça casse l'intérêt de ton texte. On se croirait sur le blog I like your style. Et encore, eux ont soin de séparer textes sérieux et images provocantes.

    Cette image déplacée et ce que tu dis de Mère Teresa — qui ne méritait pas cette insulte — en commentaires de ta note précédente... Je n'en dirai pas plus. Seulement ceci qu'il faut faire en sorte que la forme et le fond coïncident.

  • Ah mon cher Sébastien ! Sur Mère Teresa, j'ai (légèrement) modifié - qu'on ne dise donc pas que je n'écoute pas les conseils !
    Mais la demoiselle dénudée, appelons là Eve, là, par contre... Il me semble qu'elle est en accord avec la partie "offense". Et c'est vrai que je n'y résiste pas.

  • Eh bien merci, Monsieur Cormary !
    Vraiment merci !
    J'ai pas le bol vraiment...
    Enfant j'ai eu pour curé de village un mystique de la meilleure espèce, petit, noir de poil, à qui il arrivait de pleurer en prêche, qui tonnait, eructait, sacrait presque, en chaire, dans la petite église romane haut perchée (qu'on aperçoit de l'autoroute direction le sud à hauteur de Tain l'Hermitage sur la gauche...), en décrivant le Seigneur, amoureux du petit univers qu'il tenait dans sa main et tout l'Amour de Dieu pour nous, mille milliards de milliards de fois plus petits, tant et si bien que je me voyais là dans cette main gigantesque, aimé, choyé, attendu, voulu, pardonné et que je ne pouvais pas ne pas y croire tellement ça faisait du bien !

    Et voilà que vous m'en remettez une couche !

    A part merci, je ne vois pas...

  • "Dieu ne demande rien, il ne fait que donner"

    C’est ce qu’écrit Brague, en effet, dans la partie de son livre intitulée Le sacrifice. Dit comme cela, de manière absolue, je crois qu’il a tort. Il y a une dimension sacrificielle dans le christianisme (comme dans toute religion) qu’il est impossible d’éluder. On pourrait citer des quantités d’auteurs catholiques qui confirmeraient ce que je dis. Pour n’en prendre qu’un seul :

    « L’idée de sacrifice est inséparable de toute religion. »
    « Plus il est religieux, plus l’homme cesse de juxtaposer des actes sacrificiels pour devenir un sacrifié. »
    (Claude Jean-Nesmy in Lucie raconte Fatima)

    Sans oublier le fait que la messe est la célébration d’un sacrifice. L’eucharistie est offerte en sacrifice pour nos péchés. Il est d’autant plus regrettable que Brague occulte cette dimension qu’un peu plus haut dans son exposé il fait l’éloge de l’humilité (qui vient du latin humus : la terre). Or qu’est-ce que l’humilité sinon le sacrifice de notre orgueil (ou de notre vanité) ? C’est la vanité — vertu sociale par excellence — qui est naturelle, pas l’humilité qui est la vertu des pauvres. C’est pourquoi Jésus insiste à ce sujet dans ses béatitudes, à la suite du psaume 50 : le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé — c’est-à-dire un esprit humble.

    Toi-même, Montalte, tu es parfaitement conscient de cela, car tu as aimé La Passion du Christ de Mel Gibson et tu admires les livres de René Girard. Tous deux soulignent l’aspect sacrificiel du christianisme. Sans faire de dolorisme, je crois qu’il est nécessaire de faire cette mise au point, sinon on édulcore la religion chrétienne. Quand Jésus nous dit qu’il faut prier sans relâche, c’est un sacrifice qu’il nous demande. Quel reproche fait-il à ses disciples à Gethsémani ? C’est de n’avoir pu veiller une heure avec lui. En effet, ils s’étaient endormis. Manifestement, il n’est pas naturel de prier, surtout de nos jours, cela demande un gros effort. La crucifiante Mère Teresa en était bien consciente. Mais en retour de ce petit sacrifice, que de forces elle puisait dans la prière pour accomplir sa tâche quotidienne. Sans cela, elle aurait abandonné ses pauvres à eux-mêmes.

    Désolé d'avoir été plus long que d'habitude.

  • Non, non, au contraire, Sébastien, car tu mets le doigt sur ce je pense être une insolence voulue de Brague. Lorsque celui-ci écrit que Dieu ne demande rien, il veut dire que Dieu ne demande pas d'échange. On n'échange rien avec Dieu. On ne pactise pas avec Dieu (mais avec le diable.. ?). Dieu ne nous demande pas d'être gentil en échange de son amour. Son amour est inconditionnel. Et s'il nous "demande" quelque chose (car on en revient malgré tout à ce mot), ce n'est pas parce qu'il est en manque de quelque chose - Dieu ne manque de rien -, c'est parce qu'il voudrait que l'on soit bien. Dieu ne nous demande rien pour lui-même. Même pas de l'aimer. Ou plus exactement, même pas de l'aimer contre les autres. Car l'aimer, c'est aimer son prochain.

    Par ailleurs, s'il y a sacrifice, ce n'est plus du tout dans le sens antique, païen, dionysiaque. Ce que le christianisme nous apprend, et c'est là sa révolution anthropologique, c'est que le sacrifice d'autrui, c'est le mal. Ce que nous dit la Croix, c'est qu'il ne faut plus sacrifier les autres à soi. Alors oui, il faut sacrifier en soi l'orgueil, la méchanceté, la bassesse - mais ce sacrifice-là reste notre affaire privée. On n'organise plus de "sacrifice" social officiel (comme à mon sens la peine de mort pouvait l'être) - même s'il y en a encore bcp d'officieux.

    Quant à Mère Teresa, sans évidemment remettre en question son oeuvre, je voulais surtout dire qu'elle m'apparaissait, dans ses interview, comme certes une athlète de la charité, mais en même temps, comme une femme d'une dureté inhumaine vis-à-vis du monde - et comme le sont d'ailleurs bcp d'humanitaires. Evidemment, tu me répondras que cette dureté "anti-mondaine" n'était que le revers de sa charité forcenée, et qu'un mondain comme moi ne peut être que tremblant devant une sainte comme elle... et je ne trouverais rien à répondre. Et c'est vrai, les statues de commandeur m'agacent.

  • "il dut se faire légaliste par nécessité (ce qui répugnait à sa nature mystique)"

    D'où vous tirez cela?

    Il y a quelques types qui ont essayé de comparer Saint Paul à Marx vous savez... Je pense que Sébastien connait l'un d'entre eux d'ailleurs !

  • Même chose pour l'Abbé Pierre.
    Ca soulage.

  • Votre texte est très intéressant.

    1ère partie : je conseille néanmoins la lecture du Jésus de Nazareth de notre pape. Voir jésus comme un révolutionnaire, le premier libéral, qui plus est ayant des accès de mauvaise humeur, est une lecture moderniste des évangiles. Et c'est justement ce genre de lecture qui aboutit à la production de morale. Il n'est pas venu abolir la Loi, il est la Loi. Son agir est celui d'un Dieu fait homme parmi les hommes. Rien n'a été retiré au décalogue. Prêter au Christ une stratégie politique, ou projeter sur lui notre propre psychologie, consiste à intrumentaliser Dieu. Et là encore, c'est assez paradoxal, puisque toute la moralisation de la religion est venue de ce genre d'interprétation, consistant à gommer des lois encombrantes, à réinventer un décalogue, voire à le prolonger à l'infini, pour finalement transformer la Loi en charia.

    2ème partie : je partage tout à fait cette vue du pêché, comme un suicide, un refus de se voir comme une créature aimée. La vérité est là, et elle est cruelle, puisqu'elle signifie que nous sommes à l'origine de notre mort. Cette vérité réactualise d'un coup le pêché originel, comme le péché que je fais là maintenant., que je ne cesse de refaire.

    En tout cas merci de ce texte. C'est vrai, le christianisme n'est pas un moralisme, ni un humanisme.

  • Cette demoiselle est bien jolie dit donc. Merveille de la nature. Merci Dieu.

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  • Ca faisait longtemps que je n'étais pas passé sur ce blog... Longtemps, vraiment.

    Un sondage récent montrait que pour 62% des catholiques, « toutes les religions se valent ».

    Donc ils ne sont pas catholiques.

    "Comme disait Chesterton, si vous pensez que votre opinion n'est peut-être pas la bonne, alors elle n'est plus votre opinion."

    J'aimerais bien l'original en anglais, parce que tel quel, ça ne me rappelle rien. La formule en tout cas est maladroite. Si on a conscience que ce qu'on pense est une opinion, alors c'est qu'on en classe le contenu parmi les choses réfutables. Mais le sens évidemment se transforme si on emploie le mot "vérité" à la place d'opinion.

    C'est curieux comme la mémoire mélange tout; j'assimilais ce texte à des propos sur Michel Henry, dont la philosophie d'ailleurs tombait pile à point un jour de Pentecôte, puisqu'après tout on se rencontre ici sur le plan de la radicalité affective.

  • Chesterton : "The modern habit of saying "This is my opinion, but I may be wrong" is entirely irrational. If I say that it may be wrong, I say that is not my opinion".

    La formule est plutôt plate que maladroite.

    "Avec Lui, tout est permis" - depuis Dostoïevsky, on savait déjà que tout était permis SANS Lui. Notre liberté, donnée par Lui, ne consisterait-elle pas à ne pas se permettre certaines choses que mon intérêt immédiat dicte ? Ce qui s'appelle, dans l'acception chrétienne, - sacrifice.

  • "Où sont ces textes de théologie médiévale dans lesquelles les curés de l'époque expliquaient à leurs ouailles que que mieux une femme jouissait, mieux elle avait de chance de concevoir des enfants en parfaite santé ? "

    Ne faudrait-il pas plutôt lire:

    "Où sont ces textes de théologie médiévale dans lesquels les curés de l'époque expliquaient à leurs ouailles que MOINS une femme jouissait, mieux elle avait de chance de concevoir des enfants en parfaite santé ?

    Coquille mise à part, étant tombé sur votre blog depuis quelques jours, quel bonheur de découverte !!! Vous me faites penser à Fabrice Hadjadj. Désolé de vous comparer, mais d'après ce que je comprends un peu de vous, vos cheminements intellectuels ont des similitudes et ça fait plaisir à lire ces nouveaux catho libres, audacieux, décoincés, "couillus" (comme vous dites vous-même)...

    Courtoisement,

    JHM

  • Non, non je vous assure. Il s'agit bien de jouissance féminine considérée comme garantie de bonne procréation... A une époque médiévale, certains Pères (peut-être minoritaires) avaient vraiment écrit cela, mais je ne me rappelle plus où !

    (Merci de votre intérêt !)

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