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Mort d'un maître

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Comme le disait un jour Jean-Marie Le Pen, LE COMMUNISME EST UNE MACHINE A TUER. Là-dessus, tout le monde devrait être d'accord. Cent millions de morts et presque autant d'abusés et de trompés. Le pire, bien sûr, c'étaient les intellectuels de gauche de l'après-guerre qui se trompaient volontairement et qui pour certains continuent à se tromper, n'ont pas renoncé à la plus grande imposture de tous les temps et continuent à relativiser, diminuer, chinoiser (c'est le cas de le dire) avec le plus grand massacre des temps modernes. En vérité, les repentis à la François Furet et à la Stéphane Courtois sont rares. L'abjecte pensée française n'est pas éteinte et c'est l'objet de la remise en ligne de ce texte commis en 2006 (et grâce aux derniers exploits de Abdelhakim Dekhar, cet extrémiste rouge à "l'étrange profil", comme l'a titré Libération, très embêtée.)

Alors certes, il y a en effet plusieurs types de communisme comme il y a différentes machines à tuer. Il y a des modes de communisme qui ne sont pas les mêmes. Il y a des dirigeants communistes qui ne sont pas d'accord entre eux - Staline et Mao se sont combattus, Staline a liquidé Trotski. Mais ces conflits de personne et de pouvoir n'ont jamais été idéologiques. L'essence communiste de ces trois là fut bien la même. Et l'assassinat de Trotski par Staline fut une sorte de nuit des longs couteaux individuelle. 

J'avoue bien volontiers qu'en matière de communisme, je ne suis pas assez calé pour dire que le marxisme est forcément un marxisme-léninisme (encore que Revel dirait qu'il l'est historiquement devenu et que l'on reconnaît un arbre à ses fruits) mais ce qui est sûr c'est que tous les pays, sans exception, qui se sont réclamés de cette idéologie assassine ont tous sombré dans la dictature et le génocide. Comme le nazisme, le communisme est criminogène. Comme le nazisme, le communisme est génocidaire. Goulag et Laogaï sont au marxo-léninisme ce qu'Auschwitz est à l'hitlérisme. Là-dessus, pas de compromission ni d'excuse possibles. 

Qu'il fut en effet soviétique, chinois, cambodgien, cubain, roumain, coréen, le communisme, tel qu'il fut pensé et accompli au XX ème siècle, reste cette gigantesque machine à tuer, à torturer, à abrutir et à ruiner."Si les communistes s'étaient installés dans le Sahara, il y aurait eu pénurie de sable au bout de trois semaines", disait excellemment Clément Rosset, le philosophe qui a toujours raison comme tous les vrais matérialistes (et qui n'a rien à voir avec le matérialisme dialectique qui fut la pire imposture de tous les temps - là-aussi, comme moi, vous signez ce propos, n'est-ce pas ? "Parce que croire que la pensée de Mao fait pousser les cacahouètes, franchement, hein ? - Ah, mais je n'ai jamais écrit cela, monsieur. Montrez-moi donc où je l'ai écrit, la page, la ligne, s'il vous plaît, il faut être sérieux un moment.. - Vous écrivez que la dialectique maoïste augmente la production dans les campagnes. - Ah mais ce n'est pas du tout la même chose !" Mais si, connasse, c'est la même chose.

Hors mon petit apport final, l'on aura reconnu l'échange savoureux entre Simon Leys et Maria-Antonietta Macciocchi lors du passage de celui-ci dans Apostrophes en 1983 (elle, on l'a heureusement oubliée, même si sa réaction face à Leys reste typique des intellectuels de gauche dont la mauvaise foi structure la conscience). A ce propos, je fais mienne cette déclaration de Simon Leys sur ma nullité science politique. Comme lui,  "je suis un analphabète en politique", et j'ai toujours l'impression que ceux qui s'y connaissent mieux que moi sont de près ou de loin des gens qui se sont commis dans le pire ou ont été séduits. (Voyez par exemple un Olivier Rolin, ou un Jean Lacouture, ou un Alain Badiou, les intesallo ne manquent pas.) Le comble, c'est qu'ils sermonnent le plouc que je suis un peu comme les médecins de Molière parlent en latin au malade, imaginaire ou non. 

Il est vrai que l'anticommuniste primaire, secondaire et tertiaire que je suis et qui considère que tout communiste est un chien ne leur rend pas la tâche facile.

 

 
In memoriam, Jean-François Revel 1924 - 2006.

On le sait, l'alcool est de droite et la drogue est de gauche. L'alcool ouvre pathologiquement à la réalité, nous la faisant voir dans sa simplicité tautologique - car même si l'on voit "double", l'on voit deux fois la même chose, comme dans la fameuse parole, d’alcoolique s'il en est, de Clément Rosset, "une fleur, je vous dis que c'est une fleur...". La drogue, au contraire, opère une déréalisation de la réalité, faisant de la fleur une femme ou une plante carnivore, souvent un pouvoir - le célèbre Flower Power et ses arrières mondes hallucinatoires. Lucy dans le ciel avec des diamants. Sous-marin rose. Banquise rouge. Paradis communiste. Eden marxiste. Opium des intellectuels. Trahison des clercs dont le premier d'entre eux, celui qui a dit que tout anticommuniste était un chien. Avec le recul, on s'aperçut que c'était plutôt le contraire : tout communiste était un chien. Enfin, "on" - quelques-uns.

Jean-François Revel fut sans doute un grand buveur mais ne fut jamais un drogué - toute son oeuvre ayant été justement un combat contre la drogue de son temps, c'est-à-dire l'idéologie socialiste et communiste. "Idéologie" suffira car "idéologie" veut dire système plaqué sur du réel - socialisme.  Contrairement à ce que prétendent les idéologues, le libéralisme n'est pas une idéologie mais un empirisme. Le libéral est celui qui observe le réel et qui tire ensuite ses conclusions. Le jardin est conçu en fonction de la nature. L’idéologue, lui, pense le jardin avant la nature - et le plus souvent dévaste la nature. Encore Clément Rosset : « si les communistes s’étaient installés au Sahara, il y aurait eu pénurie de sable au bout de trois semaines. » On ne fait pas d’omelettes sans casser des hommes – pardon, des œufs, dira le révolutionnaire. Le problème est que non seulement l’omelette est toujours ratée (qu’on cite un pays socialiste libre et prospère) mais le nombre d’œufs cassés, pardon, d’hommes,  dépasse l’entendement. Combien déjà, Stéphane Courtois ? Quatre-vingt millions, cent millions ? Plus ? – Oui mais attention, répondent en coeur les nostalgiques du Parti et toutes les belles âmes, le communisme était à l’origine une idée généreuse, religieuse même, voulant établir l’égalité absolue sur terre, alors oui, nous avons fini par le reconnaître, le goulag fut un dévoiement malheureux et criminel, mais l’on ne saurait jeter le bébé marxo-léniniste avec l’eau du bain stalinien.

Là-dessus, il faut tout de suite mettre les points sur les i. Le goulag ou le laogaï ne sont pas des "dérapages" malheureux d'un système "bon en soi" mais bien les produits logiques et nécessaires d'un système pourri en soi. Prétendre le contraire serait aussi obscène que de dire qu'Auschwitz est une "erreur" du nazisme. Non, Auschwitz est au nazisme ce que le goulag est au marxo-léninisme (Staline et Mao n'étant que des suiveurs zélés et même si l'histoire a voulu qu'ils se méfient l'un de l'autre.) C'est que le communisme part d'une erreur fondatrice : l'égalité à tous prix entre les hommes. Idée apparemment « généreuse » mais qui signifie non pas que tous les êtres humains naissent libres et égaux en droit, combat légitime celui-là et pour lequel se battent les hommes et les femmes de bonne volonté, mais que tous êtres humains naissent libres et égaux en désirs et en besoins. L’égalité au sens communiste est une égalité ontologique, nous allions dire physiologique, biologique, qui vise à concevoir un seul profil d’homme - un seul corps d'homme ! Celui-ci ne vivrait que selon un mode unique prédéterminé où toutes les singularités, les identités et les jugements de goûts n’auraient plus lieu d’être. Il ne serait plus un individu, lieu de tous les vices, mais un homme-ensemble, un homme collectif ou transindividuel. Le communiste, c’est celui qui dit à l’être humain : « tu n’as pas besoin de ça pour vivre heureux » et aussi « tu n’as pas besoin d'avoir ce dont n’a pas besoin l’espèce à laquelle tu appartiens pour être » et encore «  tu n’as pas besoin d’AVOIR pour ETRE. » Bien plus de gens que l’on pense fonctionnent ainsi autour de nous. Elles sont fascinantes ces créatures, communistes dans l'âme, et qui en effet n'ont pas besoin de vivre au-delà de leurs besoins et ne comprennent pas que l'on désire plus que ce que l'on a – c’est-à-dire que l’on désire. Pour eux, le nécessaire pulvérise réellement le superflu.  Jean-Jacques Rousseau était de ceux-là. Une pomme, un quignon de pain et un peu d'air pur suffisaient à son bonheur. Un saint pourrait-on dire - sauf qu'un saint se garde bien d'imposer son régime à autrui. Le saint est celui qui n'a besoin de rien mais qui laisse tout aux autres, et le fasciste, c'est le saint qui décide que sa sainteté devienne le cas de tous. Gare à celui qui tient à son humanité d'antan et à ses caprices archaïques ! On va le rééduquer contre son gré, ce salaud, le forcer à être libre, le corriger de son anthropologie - et s'il est vraiment incorrigible, donc inhumain, le liquider.

A l’homme inégalitaire, "l'aryen", rêvé par  les nazis, répondit l’homme égalitaire rêvé par les communistes (à moins que cela ne fut le contraire). Comme ni l'un ni l'autre ne se trouvaient dans l'humanité, on décida d'opérer dans cette même humanité et d’en extirper un nouvel homme, idéal, racial chez les uns, social chez les autres, et auquel on pouvait risquer de massacrer scientifiquement tous ceux qui correspondaient le moins à celui-ci – tous ceux qui étaient moins égaux que les autres, comme aurait pu dire Orwell. Certes, pour les nazis, les juifs étaient inhumains par nature, par gènes, et par là-même n'avaient aucune chance ontologique d'en réchapper alors que pour les bolchéviques, les koulaks avaient théoriquement le droit de survivre en rendant leurs biens - quoiqu'il soit plutôt difficile de changer socialement du jour au lendemain. Si on les massacra par millions, ce ne fut pas pour des raisons génétiques mais à cause de leur refus social de s'intégrer au  nouvel ordre.  Encore que pour certains idéologues, le social, ne nous leurrons pas camarades, c'est comme le racial, c'est du biologique. "La haine de classe, écrit Gorki, doit être cultivée par les répulsions organiques à l'égard de l'ennemi, en tant qu'être inférieur, un dégénéré sur le plan physique, mais aussi moral." C'est Revel qui souligne dans La grande parade - Essai sur la survie de l'utopie socialiste (Plon 2000), l'un de ses derniers grands livres.

A l'époque, l’auteur de La tentation totalitaire était déjà vieux et c'est pourquoi ses adversaires laissèrent sans sourciller le livre faire sa carrière (brillante - mais auprès du lectorat habituel). On n'allait pas discuter avec ce vieux lutteur. C'aurait été d'une part se ridiculiser stylistiquement mais d'autre part ç'aurait été stigmatiser des analyses pénétrantes et somme toute scandaleuses au vu du terrorisme intellectuel qui régnait alors (et continue de régner, n'en déplaise aux Consanguins et à Mithqal) et subséquemment leur faire trop de publicité. Car ce que montre entre autre cette Grande Parade est la consanguinité du nazisme et du communisme - la seule différence véritable résidant dans le traitement médiatique et intellectuel qu’on fit et qu'on continue à faire d’eux. A l'hypermnésie militante du premier, l'amnésie stratégique du second. Aux procès de Nuremberg jamais finis de l'un, les non-lieux renouvelables à l’infini de l'autre, accordés place du Général Fabien ou boulevard Saint Germain. Ce qu'il fallait, c'était préserver à tous prix la croyance la plus durable et la plus terrifiante (celle de Roger Hanin comme de Pierre Bourdieu) dans les bonnes intentions du socialisme - et c'est pourquoi il fallait s'écraser. Tant pis, le livre passerait, Revel finirait par mourir d'une indigestion, et Jean Ziegler pourrait enfin parader à son aise.

Quatre-vingt millions de morts estime-t-on entre Lénine, Staline, Mao, Pol Pot, Ceauscescu et, ne les oublions jamais, Castro et Guevara. Mais combien en esprits ? Au moins autant. Sartre, Beauvoir, Althusser, c'est entendu, mais aussi Bourdieu et Danielle Sallenave,  Daniel Ben Saïd et Régis Debray, Jean Lacouture et Serge Halimi, Eric Hobsbawm et tant d'autres auxquels on pourrait rajouter les veuves Torez et Mitterrand, soit ce que Dantec appelle "le plus bas niveau" à la page 74 de son Théâtre des Opérations II. "Le plus haut" sera occupé par Harold Pinter, Peter Handke, Günter Grass et Noam Chomsky, dit encore l'écrivain barbouze quoique rajoutant qu'un véritable artiste chute d'autant plus quand il se commet avec la plus grande horreur du siècle passé - ce qui n'était peut-être pas une raison pour aller, lui, Dantec, flirter avec un blog, heu, un bloc identitaire. Pour autant, ce qu'a prouvé cette histoire (et désolé d'y venir deux ans après), c'est qu'un écrivain-barbouze qui joue à touche pipi avec trois connards et un rasé aura plus de problèmes qu'un autre allant s'enspermer à l'action directe ou aux brigades rouges. Un César Battisti reste plus sexy qu'un Maxime Brunerie et les plus en vue des intellectuels et des politiques peuvent faire l'éloge du premier, dire de lui qu'il est un "combattant de la liberté", sans que cela n'émeuve personne. Ces choses-là sont connues - tellement connues d'ailleurs qu'on ne compte plus ces milliers d’enseignants, d’éducateurs, de secrétaires à la culture, ou de directeurs de théâtre (Peter Handke privé de Comédie Française, mais pas Brecht), autant de "négationnistes rouges" comme les appelait Revel, qui n'ont de cesse de pourrir la pensée européenne depuis des décennies, faisant tout pour que le communisme n'apparaisse pas dans ce qu'il est avant toutes choses - criminogène. Comme le rappelait encore Georges Steiner le huit juin dernier à la BNF, la France est encore le pays le plus atteint tant d’ex-adorateurs de Staline et de Marx (il ne faut jamais se lasser de redire que Joseph est comme Wladimir l'exécuteur testamentaire de Karl et non du tout ses enfants indignes) tiennent encore et toujours les rennes du pouvoir culturel.

"Mais Revel va plus loin, écrit encore Dantec, page 78, il ose enfin enfreindre une règle fondamentale et tacite que même le sinistre tchékiste Gayssot n'a pu transcrire dans le texte : celle qui stipule qu’Il est interdit de démontrer (par la simple analyse des textes et des citations in extenso) que les principes de l'extermination ethnique sont promus en tant que tels dans les textes de Proudhon, de Marx, d'Engels, et bien sûr de Lénine, qu'Il est interdit d'affirmer que le socialisme est dans ses fondements mêmes - l'égalitarisme petit-bourgeois se sublimant en messianisme prolétarien - une abomination de l'esprit, une pure monstruosité invivable dont l'absurde mise en pratique - dans ce "socialisme réel"  qu'il convient de ne critiquer que du bout des lèvres - ne résulte certes pas d'une quelconque perversion exogène qui l'aurait fait sournoisement changer de route au cours du processus révolutionnaire, non, mais bien au contraire du fait qu'il recèle dans ses principes fondateurs une authentique maladie née de la Révolution bourgeoise et qui entendait sublimer le corps social tout entier pour le compte d'une utopie égalitaire." On pensera ce que l'on voudra de Dantec. Ce qui est sûr, c'est que ce fut l’un des rares à avoir accueilli convenablement La grande parade. Et à partager l'indignation de Revel devant l'auto-amnistie des anciens rouges. Au lieu de profiter de la chute du mur de Berlin pour en finir une bonne fois pour toutes avec le communisme en traînant, même de manière symbolique,  celui-ci devant son tribunal de Nuremberg, "l'époque" préféra s'en prendre au libéralisme - accusé de les maux, coupable de toutes les horreurs,  et contre lequel on fut sommé de reconnaître que la grandeur du communisme consistait au moins à avoir "lutté" contre lui. Qu’importe que nos donneurs de leçons aient, selon l’expression définitive de Revel, « du sang sur le stylo », l’important pour eux, était de cacher à tout prix leurs anciens fourvoiements en tentant de prouver que le mal absolu, ce n'était pas le collectivisme et ses camps de rééducation mais bien le marché et Jean-Pierre Gaillard. Tant pis pour notre prospérité  qui n'était rien d'autre qu'une atroce indignité et pour nos libertés, d'honteux privilèges qu'il conviendrait d'abolir un jour. Et pour ce faire, ne pas hésiter à revenir au « véritable » Marx. Autrement dit, revenir une fois de plus aux sacro-saintes bonnes intentions du marxisme au détriment de la praxis – sans se rendre compte que pour Marx, c’est précisément la praxis qui juge de l’idéal et non le contraire. Mais non ! Le "vrai" communisme doit être vierge de tout ce dont se sont rendus coupables des systèmes inspirés... du communisme. « Selon cette argumentation, l’horreur des conséquences prouve l’excellence du principe. » dit Revel.

Et puis comment se passer d’une idéologie aussi sentimentale que celle-ci, qui a fait que des milliers de gens se sont trompés mais ont été heureux de se tromper ? Ah la nostalgie de l’erreur ! Le sang qu’on a fait couler est moins abondant que ces larmes d’espoir qui ont coulé sur nos joues… Et Revel de citer l’effarante Lily Marcou qui plaide pour les « imbéciles » qu’ils ont été, mais « des imbéciles à qui je voue une grande tendresse : ils ont eu foi, ils se sont battus, avec et pour cette foi, et ils se sont trompés ; mais au moins leur engagement était porteur d’une générosité et d’un altruisme qui n’existent plus dans cette fin de siècle… » ou Danielle Sallenave qui pleure dans un article intitulé «   Fin du communisme : l’hiver des âmes » (Les temps modernes, mars 92), non les âmes mortes que le communisme a expédiées par dizaine de millions dans les airs bien sûr, mais les âmes meurtries des compagnons de gauche qui ne savent plus où est passé leur idéal de paradis sur terre. Alors ils vont chercher un peu d’espoir en Corée du Nord ou à Cuba comme Danielle Mitterrand, histoire de s’arracher à l’enfer libéral qui ne sait créer que de l’inégalité et de l’obésité.

Mais enfin, quel est le credo de ces gauchistes ? Qu’est-ce qui fait que l’on puisse être sincèrement attiré par une idéologie qui provoqua la plus grande hécatombe de l'histoire ? D'où vient cette envie incompréhensible d'avoir un portrait du Che Guevara sur son tee-shirt - d'un homme qui a fait exécuter des cubains par milliers ? Quelle est donc la différence affective entre le totalitarisme brun et le totalitarisme rouge ? Chacun de nous s'est un jour posé cette question. Mon semblant de réponse serait que si le nazisme relève d'un mal absolu, trop transparent pour être séduisant, le communisme relèverait d'un "mauvais bien", c'est-à-dire d'un mal qui se penserait bon, ou d'une malédiction qui se serait persuadée d'être une bénédiction - et qui par conséquent pourrait encore et toujours séduire les bonnes âmes. Comme le dit, plus clairement que moi, Revel, "s’il n’y a pas de « déçus du nazisme », c’est parce que le nazisme vend la mèche dès le départ [alors que] le communisme cache sa nature derrière son utopie. Il permet d’assouvir l’appétit de domination ou de servitude sous couvert de générosité et d’amour de la liberté ; l’inégalité sous couvert d’égalitarisme, le mensonge sous couvert de sincérité. Le totalitarisme le plus efficace, donc, le seul présentable, le plus durable, fut celui qui accomplit non pas le Mal au nom du Mal, mais le Mal au nom du Bien. C’est aussi ce qui le rend encore moins excusable que l’autre, car sa duplicité lui a permis d’abuser des millions de braves gens qui ont cru en ses promesses. » Le Mal au nom du Bien - la voilà la "métaphysique" communiste. Et la voilà la raison qui a fait que des millions d'hommes ont été et seront encore séduits par cette machine à tuer qu'on appelle le marxo-léninisme. Au moins l’hitlérisme était-il transparent et ne mentait-il à personne. Son amoralité fondamentale outrepassait trop le bon sens et la raison. Et c’est pourquoi il fut si rapidement vaincu. Irrationnel, irrécupérable, aberrant, pathologique, l’hitlérisme serait presqu'une caricature du démon si le démon n'était pas précisément celui qui nie tout et lui-même pour finir - et qui dans le cas qui nous intéresse va même jusqu'à déclarer la guerre à son allié rouge et de fait le « sauve » aux yeux  de ses adorateurs - ne jamais oublier que la grande chance de Staline fut d’avoir été trahi par Hitler ! Aujourd'hui, on le considère à juste titre comme l’événement le plus meurtrier et le plus obscène du siècle passé, mais un événement qui a été jugé et condamné depuis soixante ans. Alors qu'on attend encore un Nuremberg du communisme.  Alors, certes, celui-ci est en voie de disparition et il ne sera a priori pas le combat du XXIème siècle. Il n'empêche qu'il continue encore de dévaster certains pays et n’en finit pas, dans des formes nouvelles, métastases d’extrême gauche, altermondialistes, écologistes, ultra-gauche (parfois teinté d’islamisme), d’apparaître comme une « alternative » au monde actuel. On enferme, on aliène, on tue et on torture encore aujourd'hui au nom du communisme et dans nos pays, de "grands esprits" s'en réclament encore sans honte et sans pudeur.

Au fond, ce qui n'aura cessé d'étonner et d'indigner Jean-François Revel qui était, il est vrai, l'esprit le moins supersititeux du monde, est que la superstition conduise le monde  autant que la vérité.  Que ce qui n'est pas mette au pas ce qui est  aura été le point de départ et d'achoppement de sa pensée. On serait tenté de dire que si la tentation totalitaire fut par lui analysée mieux que personne, il ne put jamais intérieurement la comprendre. Le mal politique  dont il s'occupa toute sa vie ne releva jamais d'un mal plus profond, métaphysique ou satanique. A ses yeux, cela aurait été passer de l'analyse politique à la pensée magique. Sans doute lui manquait-il la candeur, cette caractéristique humaine qui va toujours de pair avec la cruauté. Le mal effectif suffisait à sa réflexion. Et peut-être est-ce dans cette limite que réside sa noblesse.

PS : En y repensant, il est fort possible, finalement, qu'il y ait, un de ces jours, "un Nuremberg du communisme" - non pas tant par exigence de lucidité que par déni perpétuel du passé. A notre époque où l'on a de cesse de condamner des événements qui se sont passés il y a cent, deux-cent, ou cinq cent ans (voire le bilan absolument "négatif" de la colonisation, ou les crimes de Christophe Colomb découvrant l'Amérique), on finira bien par s'en prendre à Lénine. Le seul hic est qu'il n'est pas sûr que nos clones comprennent très bien le sens de ce subit anti-léninisme...

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Commentaires

  • Ça fait quelques mois maintenant que je suis ce blog au gré de mes affinités vis-à-vis des différents sujets abordés et, tout d’abord, félicitations pour la vigueur dialectique. Vous n’y allez pas à la petite cuillère ! Ensuite je dois avouer, faire pénitence, je commençais à concevoir une grande honte de passer et repasser sans jamais commenter. Certes quand j’ai découvert ce blog j’avais l’excuse d’être, et je suis toujours, très affairé. Il n’empêche, c’est pas joli-joli de participer à ce mal si symptomatique du monde-réseau dans lequel nous barbotons, à savoir le consumérisme ingrat d’insouciance, quand il ne s’agit pas d’une pure et simple « indifférence de passage ». J’ai rompu l’hostie ! (j’avoue, je caresse dans le sens du poil)

    Ceci étant, pour revenir sur la note en question, j’ai remarqué que non seulement les groupies du communisme invoquent la fameuse « utopie qui était belle à la base », mais que même ses détracteurs lui accordent cette candeur originelle ! Je veux dire, prenons votre cas par exemple. Si je vous suis bien, vous estimez que la praxis a rendu son verdict, et que, en somme, si les coupables au stylo reconnaissaient leurs torts, on en serait quitte. N’est-ce pas, c’est bien ça ?
    Bon, va pour l’amnistie ! Toutefois ! Toutefois... il me semble que beaucoup de monde commet une erreur de base systématique à l’endroit de ce qu’ils prétendent, d’un côté comme de l’autre (non pas que ce soit exactement votre cas mais enfonçons le clou), une « belle utopie ». Non, même à la base, même et surtout en théorie, tout partager n’était pas une belle utopie. Quelle horreur oui ! Tout partager... Ma femme tant que ça est ! Et le magot peut-être ? Et après, hein, contents ? Et vous, c’est quoi le partage ? Ah. Votre bêtise (le bon peuple), voyons ! C’est trop ! Je suis confus gêné ! Quoi d’autre ? Oh, un plat de lentilles ! Quel bonheur... Etc.
    L’égalité eût été la pire des choses qui pût frapper l’humanité. Ce fût peut-être sympa d’un point de vue humanitaire mais ce fût aussi la fin de notre âme. Je sais qu’on se rejoint sur ce point mais c’est vraiment la prétention à « belle utopie à la base » qui me hérisse les cheveux, d’autant plus que tout un chacun semble la sortir comme Bonjour. À ce propos parfois je me demande si justement Jésus n’a pas annoncé en quelque sorte le caractère un peu égalitaire totalitaire de notre monde judéo-chrétien. Après tout, si on est tous à l’image de Dieu, si il faut aimer son prochain comme soi-même, et si lorsqu’on se fait gifler il est de bon aloi tendre l’autre joue... comme pour égaliser le travail ! Peut-être les Juifs auront-ils perçu le danger de telles prétentions inhumaines. Eux qu’on a tant par la suite stigmatisé, justement à propos de leur matérialisme...
    Ceci dit, je dois bien reconnaître ma connaissance hautement lacunaire en matière chrétienne, étant donné qu’à l’instar de certains jeunes communistes tombés dedans à la naissance bien malgré eux (Dantec quelqu’un ?), j’en ai été puissamment dégoûté. Voilà, on tient chacun un bout du pavé. Mais je reste intéressé aux points de vue des théologiens et autres croyants ! Pour l’amour du débat ! Hein, gardons la foi ! En Dieu, en l’homme, ou autre (je compte même un jour lire pour de bon La Bible).

  • Délirum tremens, Montalte, vous connaissez ? Du latin "tremere", trembler... de peur, redouter. La littérature ne manque pas de belles descriptions à se sujet. Après, nous pouvons toujours discuter de l'équilibre bipolaire scolopendre en décomposition s'extirpant de la lunule d'un ongle vs rêves de mandarines en sous-marin jaune. En effet.

    Je vous honore, Montalte ? Méfiez vous de vos expressions ; ma réputation de "femme phallique" pourrait laisser quelques hallucinations pornographiques de gauche envahir vos lecteurs.

    Mes excuses à vous, Guilaine, pour mon commentaire désobligeant ; l'on me souffle à l'oreille le mot "perle" et bien des adjectifs élogieux vous concernant. Mais que voulez vous, vous avez de si mauvaises fréquentations... ;-)

    Salutations à vous.

  • Se méfier, quelle barbe ! Vous êtes sous influence ma chère Marie-Phallique...

    Bienvenue chez moi Jokeromaga. Lire la Bible sera une excellente chose en effet et vous vous apercevrez bien vite que l'Evangile n'a que fort peu de choses à voir avec le Capital - et que s'il fallait chercher un lien entre messianisme et révolution, c'est plus entre juifs et marxistes qu'entre chrétiens et marxistes qu'on le trouverait. Indéniablement, le marxisme trouve sa source dans le messianisme judaïque (Steiner le dit lui-même dans Errata), cette idée que quelque chose devrait changer sur terre. Et de fait est déçu par le Christ qui n'annonce aucune révolution terrienne mais "seulement" une rédemption des âmes et de toutes les âmes - juives comme non-juives, celle-ci s'accompagnant pourtant de l'affirmation d'égalité entre tous les hommes. Mais cette égalité chrétienne n'a que peu de chose à voir avec l'égalité communiste. La reconnaissance de l'autre passe par la charité et la miséricorde non par la "dictature du prolétariat" tout comme "la communion des saints" ou 'la cité de Dieu" ne dépend pas d'un processus dialectique....
    Quant à la soit-disant "belle utopie de base", il me semble que tout le travail de Revel fut justement de pulvériser cette idée. C'est cette utopie qui en soi et avant ses ravages est une monstruosité de l'esprit et sans doute le plus profond déni d'humanité.

  • Dans Le Monde d'hier, la contribution d'une lectrice (vraisemblablement une polonaise à en juger par son som) : "La mémoire du communisme". Elle réagit à la suite d'un article consacré à la tenancière du bar "Lénine" qui collectionne les objets issus du monde communiste.

    "(...) La mémoire du communisme à l'Ouest et à l'Est de l'Europe est très différente. À l'Ouest, il s'agit d'une fascination de quelque chose que l'on a jamais expérimenté personnellement (sauf, peut-être, pendant quelques escapades "estivales" que la tenancière du bar Lénine a consacrées à la "collecte" d'objets, que j'imagine exotiques car introuvables en France). Tandis qu'à l'Est, tout le monde a fait l'expérience du "socialisme réel", mis en route par Lénine, le même qu'elle admire tant pour sa pensée et non pour ce que cette pensée a fait subir à la moitié du continent."

    *Hirek, carrément à l'Est

  • Juste une question en passant: pourquoi n’y a-t-il pas dans le « camp » nazi l’équivalent de groupes comme Socialisme ou Barbarie, l’Ecole de Francfort ou les situationnistes? Soit en gros des lecteurs critiques de Marx qui n’ont eu de cesse de d’analyser la perversion des régimes communistes.
    Hitler a-t-il inspiré un seul mouvement de ce type?

  • Heu... Sans doute parce que le nazisme ne constitue en rien une "critique" de la société. Il n'y a qu'à Jalons que nous avons un groupe d'études heuristiques qui se nomme "Nazisme et dialogue" en perpétuelle effervescence avec notre autre groupe d'extrême gauche intitulé celui-là : "Socialisme et barbarie". Sans oublier bien entendu le "Centre pour la Démocratie et Pour les Droits de l'homme" (le CDPD).

    Le drame, cher Hirek, est qu'on trouvera malgré tout à l'est des hommes et des femmes nostagiques de l'ère communiste. L'assurance sécuritaire que constitue aussi un ordre radical, l'état qui prend en charge le moindre clin d'oeil, le bonheur d'adhérer à un culte de la personnalité, le repos qui consiste à ne plus penser - quelles facilités par rapport à la liberté toujours cause de désordre et de corruption ou la volonté qui laisse ceux qui n'en ont pas au rabais... Tout le monde est susceptible un jour de céder à la tentation totalitaire. La servitude volontaire, quelle planque !

  • Le nazisme n'est pas une critique de la société? Ah bon!? C'est quoi alors? Une amicale bavaroise qui à mal tournée?
    Que le national-socialisme ait constitué une pseudo-critique sans héritage intelectuel (une fois passée sa trajectoire météore) à la différence du « marxisme », voilà un constat qui ne vous effleure pas trop la comprenette.
    Jalonnée à coups de sarcasmes la vision du XX° siècle est effectivement plus rigolote.

  • Hé bien, quand j’aurai fini la Bible je lirai Revel !

  • J'avoue que ma comprenette a un peu de mal avec votre raisonette. Mais ne nous fâchons pas comme disait l'autre et reprenons depuis le début : qu'est-ce que vous voulez exactement dire avec vos situationnistes, votre barbarie et votre nazisme questionnant ?

  • Je n'avais pas l'impression de m'être perdu dans les nuées de la dialectiques pourtant. Et c'est moins votre raisonnette que le côté bigleux de votre vision du marxisme et de la gauche que je remettais en cause en l'interrogeant.

    A la différence du nazisme le « marxisme » ou plutôt la lecture critique de Marx a constitué une méthode d'analyse de la société qui a inspiré un tas d'expériences diverses. J'en veux pour preuve les pionniers de la gauche antistalinienne que j'ai cité. Rien de tel avec le nazisme.

    Bien sûr si on considère avec Revel que toute l'expérience marxiste n'est qu'une hérésie totalisante plus insidieuse encore que le nazisme, alors le débat est clos.

  • Bonjour,

    sans revenir sur tous vos arguments (le libéralisme qui n'est pas une idéologie... une autre fois !), et en laissant complètement tomber feu Revel :

    - une remarque : il est faux de dire que le nazisme a toujours vendu la mèche de sa malignité, c'est un anachronisme. Au contraire pour parvenir au pouvoir il a mis la pédale douce sur les aspects les plus "révolutionnaires" de son programme. Quant à l'extermination des Juifs elle ne fut effectivement décidée que tardivement, même si cela devait chatouiller les hormones de beaucoup de ces messieurs depuis longtemps ;

    - une question : ce n'est pas que je veuille sauver Marx ou pas, mais puisque M. Dantec et vous êtes si péremptoires à son égard, oserais-je vous demander les citations précises qui permettent de conclure à une telle responsabilité de sa part ? A vous lire elles ne devraient pas être bien difficiles à trouver.

    Cordialement,

    M. Commerce.

  • Je suis très sensible à vos excuses, Marie-Cécile, même si votre commentaire ne m'avait pas fait mal, je peux comprendre votre exaspération. Je me suis simplement amusée à pasticher Christine Angot, ses "moi moi moi" tant décriés, avec beaucoup moins de talent que Patrick Besson dans "Le Point" de la semaine dernière. Ceci dit, je pense vraiment, profondément, avec ferveur tout ce bien d'elle et de ses livres et j'aime passionnément défendre ce qui m'est cher. "Une perle", moi ?! Whouahou ! Vos sources me ravissent ! Je vous félicite de vos excellentes fréquentations ;)

  • Eh monsieur du Commerce, si c'était si simple que de trouver des phrases de Marx où celui-ci dit clairement qu'il faut rééduquer les uns et zigouiller les autres, ou que le massacre de population va de pair avec la révolution, croyez-moi, on les aurait déjà recopiées et soulignées en rouge depuis longtemps. Hélas ! Contrairement à Mein Kampf ou aux discours d'Hitler (où, sans parler d' "extermination", et pour répondre à votre première objection, on parlait des juifs en des termes qui ne faisaient douter personne sur le sort qui les attendait - et ce qui fit fuir d'Allemagne, de Fritz Lang à Thomas Mann, nombres d'intellectuels et d'artistes), la dialectique marxiste est d'une intelligence telle qu'on ne peut en effet lui faire dire directement ce qu'elle va quand même provoquer. Et en effet, le marxiste pur et dur pourra toujours rétorquer qu'il n'y a pas une goutte de sang dans le marxisme (ce qui est bcp moins sûr concernant le léninisme ) - et que Staline and co ont été précisément des dérapages voire des trahisons de cet idéal. Sauf que Revel fera alors constater qu'il est tout de même curieux qu'un idéal qui a passé son temps à "déraper" reste encore un idéal. Il est tout de même fort étrange que tous les systèmes qui se soient réclamés du marxisme ont fini (et même ont commencé) par un bain de sang. Le comble est que pour Marx, l'important était de juger la théorie par la pratique (et ne me demandez pas exactement dans quel ouvrage il a dit ça, ouvrez vous-même n'importe lequel) mais les marxistes ont préféré toujours différé cette vérification, arguant de toutes façons que ce qui s'était passé n'était pas exactement ce qui aurait dû se passer et qu'il faut donc refaire en sorte que ce qui doit se passer... se passe. Et si c'est de nouveau un désastre, tant pis, on oublie ça et on recommence car quand on est communiste, on croit que tout le mal qu'on a fait au nom du communisme n'a jamais été communiste.
    Par ailleurs, et pour ne pas échapper totalement à votre question (un rien perfide quand même), s'il n'est jamais question strico sensu dans les textes de Marx d' "effusion de sang", ni même de "liquidation des bourgeois", et encore moins de "dénégation de l'humanité", il est question en revanche de "dictature du prolétariat", d' "essence communautaire", d' "homme collectif ou transindividuel" ou de "pratique révolutionnaire" - autant de thématiques qui contiennent les réalités précédentes. Déjà parler de "révolution" implique qu'il y aura des exécutions sommaires, tout comme l'essence de l'homme comme communautaire revient à nier celui-ci. Un petit livre d' Etienne Balibar, intitulé "La philosophie de Marx", et sur lequel je reviendrais peut-être, explique bien mieux que moi tous ces problèmes.

    Bien entendu, un marxiste patenté pourra toujours venir affirmer le contraire de ce que dit Revel, car avec la dialectique, on se sort toujours du négatif, et celle du marxisme étant imparable à bien des égards, elle pourra même inverser les réalités en disant par exemple que goulag et laogaï ne sont que les résultats d'un capitalisme larvé - ou comme disait Jean Lacouture, autre chien communiste, au sujet des Khmers rouges qu'ils n'étaient que des "nazis agraires". Extraordinaire cette propension des clercs français à pervertir tout ce qui n'était pas communiste et à innocenter tout ce qui l'était ! Est-ce à eux ou à lui-même que Sartre pensait inconsciemment quand il conçut son concept de "la mauvaise foi" ? - car pour finir, oui, Alix, je pense en effet avec Revel ou Raymond Aron, que le marxisme est une hérésie intellectuelle, une monstruosité de l'esprit humain, une machine à aliéner et à tuer, d'autant plus fascinante qu'il est l'un des systèmes les plus complexes, les plus retords, et dans certaines de ses parties, mais oui, les plus VALABLES, ce qui le rend à la fois imparable, comme je disais, et malfaisant.

    Je ne connais pas l'école de Francfort, mais le peu que j'ai lu du situationnisme, alors pour le coup, donne un haut le coeur. Dit comme ça, c'est sans doute un peu court, mais peut-être un jour ferai-je un post là-dessus et vous pourrez venir dire tout le bien que vous pensez de cette ordure absolue de Guy Debord.

    Pour finir, voici un excellent texte de Guy Sorman (que l'on trouve sur son site) et dont on dirait qu'il a inspiré le mien (le début surtout), "ILS ONT TANT AIME MAO" :

    http://www.hebdo.ch/sormanblog.cfm

  • Ach, le temps me manque aujourd'hui pour répondre à ce qu'il y a de plus intéressants, à savoir les concepts de Marx auxquels vous faîtes référence. D'ici peu j'espère.

    Quelques précisions en attendant. Si vous mélangez tout le temps Marx et les marxistes, cela vous facilitera les choses pour condamnner Marx, mais ce n'est pas d'une grande rigueur : je vous encourage donc, selon l'usage en cours, de qualifier de "marxien" ce qui relève des écrits du maître, et de marxiste ce qui relève de ses héritiers proclamés (dont certains sont d'ailleurs intéressants, mais comme par hasard ce sont ceux qui ont été zigouillés, par Staline, Hitler, voire Pétain).

    Vous m'étonnez sur Aron, dont les deux auteurs préférés, de son propre aveu (je ne sais plus où) étaient Tocqueville et Marx. Il est sûr que Aron connaissait mieux Marx que beaucoup de marxistes.

    (Cela ne s'adressait pas à moi, mais bon : sur l'Ecole de Francfort, vous pouvez essayer Adorno. Pour Socialisme et barbarie, Castoriadis est plein d'enseignements. Evitez Debord, lisez Voyer ! (lien dans mon café))

    Je reviens dès que je peux,

    cordialement,

    M. Commerce (pas perfide pour un sou).

  • "Une hérésie intellectuelle" voilà qui est fait pour me la rendre vraiment sympathique.

    "Le libéralisme n'est pas une idéologie mais un empirisme." Allez, on en rit encore bien fort ! ! Hahahahahaha !

    Allez je vous laisse entre "amis de la connivence" pour aller me risquer au libéralisme tant chéri dans une usine à dépiauter du vivant...

  • "Un malentendu fausse quasiment toutes les discussions sur les mérites respectifs du socialisme et du libéralisme : les socialistes se figurent que le libéralisme est une idéologie. Et, suivant une soumission mimétique souvent décrite dans ces pages, les libéraux se sont laissé inculquer cette vision grossièrement erronée d'eux-mêmes. Les socialistes, élevés dans l'idéologie, ne peuvent concevoir qu'il existe d'autres formes d'activité intellectuelle. Ils débusquent partout cette systématisation abstraite et moralisatrice qui les habite et les soutient. Ils croient que toutes les doctrines qui les critiquent copient la leur en se bornant à l'inverser et qu'elles promettent, comme la leur, la perfection absolue, mais simplement par des voies différentes. Si, par exemple, un libéral dit à un socialiste : "A l'usage, le marché semble être un moins mauvais moyen d'allocation des ressources que la répartition autoritaire et planifiée", le socialiste répond aussitôt : "Le marché ne résout pas tous les problèmes." Certes ! Qui a jamais soutenu pareille ânerie ? Mais, comme le socialisme, lui, a été conçu dans l'illusion de résoudre tous les problèmes, ses partisans prêtent à leurs contradicteurs la même prétention. Or tout le monde n'est pas mégalomane, heureusement. Le libéralisme n'a jamais eu l'ambition de bâtir une société parfaite. Il se contente de comparer les diverses sociétés qui existent ou ont existé et retenir les leçons à tirer de l'étude de celles qui fonctionnent ou ont fonctionné le moins mal (...)

    Le libéralisme n'a jamais été une idéologie, j'entends n'est pas une théorie se fondant sur des concepts antérieurs à toute expérience, ni un dogme invariable et indépendant du cours des choses ou des résultats de l'action. Ce n'est qu'un ensemble d'observations, portant sur des faits qui se sont déjà produits. Les idées générales qui en découlent constituent non pas une doctrine globale et définitive, aspirant à devenir le moule de la totalité du réel, mais une série d'hypothèses interprétatives concernant des événements qui se sont effectivement déroulés. Adam Smith, en entreprenant d'écrire La richesse des nations constate que certains pays sont plus riches que d'autres. Il s'efforce de repérer, dans leur économie, les traits et les méthodes qui peuvent expliquer cet enrichissement supérieur, pour tenter d'en extraire des indications recommandables. (...)

    Il faut donc refuser l'affrontement entre socialisme et libéralisme comme étant l'affrontement de deux idéologies. Qu'est-ce qu'une idéologie ? C'est une construction a priori, élaborée en amont et au mépris des faits et des droits, c'est le contraire à la fois de la science et de la philosphie, de la religion et de la morale. L'idéologie n'est ni la science, pour laquelle elle a voulu se faire passer ; ni la morale, dont elle a cru détenir les clefs et pouvoir s'arroger le monopole, tout en s'acharnant à en détruire la source et la condition : le libre arbitre individuel ; ni la religion, à laquelle on l'a souvent et à tort comparée. La religion tire sa signification de la foi en une transcendance, et l'idéologie prétend rendre parfait ce monde-ci. la science accepte, je dirai même provoque, les décisions de l'expérience, et l'idéologie les a toujours refusées. La morale repose sur le respect de la personne humaine, et l'idéologie n'a jamais régné que pour la briser. Cette funeste invention de la face noire de notre esprit, qui a tant coûté à l'humanité, engendre en outre, chez ses adeptes, ce curieux travers qui consiste à prêter à autrui leur propre forme d'organisation mentale. L'idéologie ne peut pas concevoir qu'on lui oppose une objection si ce n'est au nom d'une autre idéologie. Or, tout idéologie est un égarement. Il ne peut pas y avoir d'idéologie juste. Toute idéologie est intrinsèquement fausse, de par ses causes, ses motivations et ses fins, qui sont de réaliser une adaptation fictive du sujet à lui-même - à ce "lui-même", du moins, qui a décidé de ne plus accepter la réalité, ni comme source d'information ni comme juge du bien-fondé de l'action. (...) Le libéralisme n'est [donc] pas le socialisme à l'envers, n'est pas un totalitarisme idéologique régi par des lois intellectuelles identiques à celles qu'il critique."

    Et de rappeler brutalement que la vraie différence entre capitalisme et socialisme est que le premier apporte de la prospérité sur fond d’inégalité conjoncturelle alors que le second n’entraîne que de la pauvreté généralisée sur fond d’inégalité structurelle.

    Jean-François Revel, La grande parade, "Un débat truqué : socialisme contre libéralisme", pp 62 et suivantes.

  • Je ne suis pas marxiste (précision ridicule mais qui semble nécessaire) et je n’entends pas défendre le marxisme et encore moins le marxisme-léninisme après leurs faillites respectives totales. A ce titre, les termes de « marxisme » ou « marxiste » dont j'use plus haut sont assez impropres pour qualifier les mouvements que je cite, il vaut mieux parler de théorie révolutionnaire ou de mouvements d’émancipation.
    Pour résumé en une phrase : votre critique totalisante est essentiellement morale et psychologique là où il faudrait envisager une analyse historique dépassionnée et nuancée.

    A lire votre diatribe (très répandue aujourd’hui) contre toute l’expérience révolutionnaire, on a l’impression qu’il n’y a jamais eu de famines ( et parfois d’exploitation « politique » de celles-ci) que dans les pays communistes, de despotes criminels, corrompus, sanguinaires que dans les régimes dits socialistes. Seul le communisme, la gauche révolutionnaire, les « marxistes »… atteignent les hautes sphères ontologiques du mal absolu (même les ordures sont absolues chez vous). En revanche, absolument rien des luttes passées pour la liberté et l’autonomie ne semble trouver grâce à vos yeux libéraux.
    Or, si nous vivons aujourd’hui encore sous un régime relativement libéral, ce n’est pas parce-que ce régime à été octroyé généreusement par les classes dominantes, mais parce-que des gens ce sont battus pour demander des choses et en arracher d’autres. Cela avait commencé avant Marx et cela s’est poursuivi après lui, il y occupe une place déterminante mais pas absolue. Je ne suis pas en train de dire que la réalité de Marx n’a rien à voir avec le totalitarisme, mais que l’influence de Marx ne se limite pas au marxisme qui, lui, est effectivement totalitaire.

    Pour finir un extrait d’un texte de Castoriadis: « Pourrais-je discuter du christianisme en disant ‘‘L’Inquisition, je m’en fous ; le pape, c’est un accident ; la participation de l’Eglise catholique à la guerre civile espagnole aux côtés de Franco, ce sont les prêtres empiriques. Tout cela est secondaire par rapport à l’essence du christianisme, laquelle se manifeste dans telles phrases des Évangiles’’ »

  • Je n'ai pas le temps je n'ai pas le temps je n'ai pas le temps... mais :


    Idéologie : "2. Analyses, discussions sur des idées creuses ; philosophie vague et nébuleuse. 3. Ensemble des idées, des croyances et des doctrines propres à une époque, à une société ou à une classe. Système d'idées, philosophie du monde et de la vie." Toutes ces définitions du Robert (la première fait référence au mouvement des Idéologues français, fin XVIIIè) conviennent au libéralisme, à des degrés divers. Mais il était plus facile pour Revel de constuire lui-même une définition qui lui permette d'inclure le socialisme et pas le libéralisme, que de s'abaisser à ouvrir un dictionnaire.

    Ensuite : le libéralisme est une idéologie née avant le marxisme, qui en est à la fois une critique, et, hélas, un prolongement (cf. Louis Dumont). Preuves sur mon site.

    Historiquement, Alix a raison : le capitalisme se serait vite auto-détruit si les mouvements ouvriers ne l'avaient pas forcé à se rendre viable, c'est une des bonnes idées de Castoriadis. Il essaie de nouveau de s'auto-détruire en ce moment, même des banquiers commencent à le dire. Rappelons enfin que l'industrialisation de l'Europe occidentale, pour ne parler que de celle-ci, a fait aussi pas mal de morts.

    Sans revenir sur toutes les erreurs de Revel, je lui accorde un point, à la rigueur : dans l'ensemble, le libéral moyen était plus souple et plus ouvert à la discussion que le marxiste moyen. Je parle au passé, car cela change, et précisément les libéraux d'aujourd'hui commencent à furieusement ressembler aux marxistes d'hier. D'ailleurs, ce sont parfois les mêmes.

    Il y aurait beaucoup à dire sur la phrase de Castoriadis citée par Alix.

    J'y vais j'y vais j'y vais j'y vais...

  • C'est sur ce point précis où nous ne sommes pas d'accord, cher Alix car à mon sens, comme à celui des auteurs à qui je me réfère, l'essence du christianisme est bonne, l'essence du marxisme (comme celle du nazisme) est mauvaise. Certes, j'ai été un peu rude dans ma condamnation de la révolution en tant que telle, car la révolution anglaise n'est pas la révolution française et que même dans la révolution française, 1789 n'est pas 1793 - alors 1917 n'est que 1793 à puissance dix.
    Tout cela dépend évidemment de ce que l'on entend par "révolution". Lorsqu'il s'agit de changer les institutions, une révolution peut être bénéfique (malgré tous les morts qu'elle entraîne presqu'inévitablement) mais lorsqu'il s'agit de changer profondément la nature humaine, voire la nature tout court (cf l'affaire Lyssenko), lorsqu'on décide de forger un autre être humain (et d'en finir avec l'ancien), ce qui est à mon sens le but anthropologique du nazisme et du communisme, alors là en effet, la révolution relève du mal "absolu" - désolé pour ce grand mot, je sais bien que vous autres n'aimez pas qu'on use de ces notions classiques de transcendance, d'essence ou d'absolu.

    Quant à la différence de Marx et du marxisme dont vous dites du second, et j'en suis bien aise, qu'il est "effectivement totalitaire", et du premier qu'il pourrait être une méthode de pensée encore valable, à vrai dire, c'est bien possible, je ne suis pas assez calé pour le dire - même si j'ai l'impression que ce Marx récupérable serait un Marx tellement démarxisé que... bref.

    Encore que, et pour rebondir sur les demandes de clarification de Monsieur du Café, je retombe à l'instant sur des extraits de Marx, certes toujours cités par mon inévitable Revel (voyez-vous, j'ai tendance à exploiter à fond les livres qui comptent pour moi), qui vont eux directement dans le sens le plus sanglant de la révolution. Ainsi dans un texte intitulé "Révolution et Contre-Révolution en Allemagne", publié en 1852 dans sa propre revue, la "Neue Rheinische Zeitung", Marx himself se demande comment se débarrasser physiquement de "ces peuplades moribondes [que sont], les Bohémiens, les Carinthiens, les Dalmates, etc." Et Revel de préciser que la race compte finalement beaucoup pour Marx et surtout pour Engels qui lui en appellait en 1849, toujours dans la même revue, à l'extermination des Hongrois soulevés contre l'Autriche, ainsi que celle des Serbes et tous les autres Slaves ("race" considérée comme inférieure) , les Basques, les Ecossais et les Bretons (!!!). Un peu plus tard, en 1894, il écrira à son correspondant W. Borgius que "pour nous, les conditions économiques déterminent tous les phénomènes historiques, mais LA RACE ELLE-MEME EST UNE DONNEE ECONOMIQUE." Génial non ? De toutes façons, la liquidation massive de tous ceux qui font obstacle à la révolution est une récurrence chez tous les intellectuels socialistes, y compris le vénérable George Bernard Shaw qui dans dans le périodique "The Listener", faisant preuve d'un bel esprit d'anticipation, pressait les chimistes, afin d'accélerer l'épuration des ennemis du socialisme, "de découvrir un gaz humanitaire qui cause une mort instantanée et sans douleur, en somme un gaz policén mais humain, dénué de cruauté" - proposition hallucinante mais qui n'en sera pas moins des années plus tard l'argument d'Adolf Eichmann à Jérusalem pour sa défense (car le Zyklon B, dira-t-il sans complexe, lui aussi avait un caractère "humanitaire". ) On n'en finirait plus de mettre en exergue les innombrables points communs entre l'hitlérisme et le le communisme.

    Café, votre recours au dictionnaire est un peu piteux non ? Un jour, je donnerai la définition de Dieu par Saint Thomas d'Aquin ou de la Monade par Leibniz ou du Mode et de l'Attribut par Spinoza et vous me rétorquerez que ce n'est pas ce qu'en dit votre petit Robert.
    Et si l'industrialisation des sociétés a fait des morts, elle a aussi permis beaucoup de vies, ce qui n'est pas le cas du socialisme soviétique ou chinois. Par ailleurs, le libéralisme inclut la justice sociale (voir Adam Smith, Ricardo, ou Hayeck, voir tout simplement comment fonctionnent les états libéraux par rapport aux états socialistes, je sais, c'est dur...)

  • Foutredieu, j'avais sous la main une phrase de Hayek disant explicitement que l'idée de justice sociale ne veut strictement rien dire, je viens de rendre le livre. Et je n'ai pas non plus les oeuvres politiques de Marx, dans lesquelles doit se trouver l'article de la Rheinische Zeitung, à portée de vérification. Partie remise donc sur ces deux points, nous en reparlerons.

    Pour Shaw, rien à dire. Pour Engels, il lui arrivait effectivement de dire des conneries et de supprimer les fort importantes nuances que l'on trouve chez Marx.

    Pour le dictionnaire, je ne suis pas d'accord, et vos exemples, que ce soient ceux des mots ou ceux des auteurs, me donnent raison : vous n'allez pas comparer Dieu et l'idéologie, Thomas d'Aquin et Revel, tout de même ?

    Je constate par ailleurs que vous devenez subitement moins catégorique sur l'idée de révolution, d'un coup, comme ça. Et que vous avouez ne pas connaître Marx, après l'avoir durement condamné. Félicitations !

    Cordialement,

    M. Commerce.

  • Oh par pitié, ne me faites pas le coup de la compétence universitaire, je n'ai pas en effet lu le Capital dans le texte, mais je me suis profondément intéressé au marxisme (et pour cause !), en ai lu quelques livres et m'inspire en effet de ceux-là pour construire mon argumentaire. Il est vrai que j'écouterai toujours plus ce qu'en ont dit Revel ou Aron plutôt que Lefebvre ou Debord.
    Tout de même, vous ne répondez ni à la différence entre pays socialistes et pays capitalistes (qui pulvérise tout de même tout "le bien" que l'on peut penser sans rire des premiers), vous refusez de percevoir les nuances (quand je "condamnais durement" la révolution, je parlais de celles inspirées du marxo-léninisme et non de la révolution en tant que telle - il y en a eu quelques-unes de bonnes, la révolution américaine par exemple), vous traitez de simple "conneries" des propos de Engels qui devraient le discréditer définitivement, ne retenez même pas celles de Marx (que pourtant vous me demandiez) et vous contentez de revenir à la définition du dictionnaire (en m'assommant de ce terrible argument : "je ne suis pas d'accord") et qui de toutes façons n'altère en rien ce que disait Revel - mais par contre lui donne raison quand il disait que décidément non les idéologues de gauche ne peuvent mentalement sortir du concept d'idéologie. Si en effet tout est idéologie pour vous, alors dans ce cas, comme vous le diriez, "nous ne sommes pas d'accord". Enfin, si vous avez lu Hayeck, vous savez dans ce cas que pour lui le libéralisme peut en effet être facteur d'inégalité mais non d'injustice.

  • De manière décousue je reviens juste sur quelques points:

    Pour tout dire, votre analyse me semble toujours aussi manichéenne et naïvement moralisante. Vous donner à lire un texte de Sorman (globalement juste par ailleurs) mais qui se garde bien de descendre des sphères éthérées de la critique idéologique. Savez-vous par exemple que la CIA a rémunéré de nombreux groupuscules mao dans toute l’Europe, et ce afin de discréditer l’ensemble du mouvement social qui perturber le travail en usine. Il y a eu les imbéciles utiles et les salauds rémunérés du maoïsme. En France il semblerait que ce sont les imbéciles hystériques qui ont tenu la corde.

    Un Marx dé marxisé et pourquoi pas, je ne cherche pas un maître à penser intangible et pur.

    La révolution soviétique dans ces premières années a émancipé les femmes et sorti des ouvriers de la misère.

    On a fusillé et emprisonné au nom du capitalisme et de la société « libérale », on meurt de faim par millions dans des pays capitalistes et cela ne le disqualifie pas au yeux de Revel. On me rétorquera qu’il reste malgré tout amendable et réformable (ça dépend où), mais c’est vrai que c’est sa grande souplesse.


    Tout ça pour dire que Marx comme Lénine ou Mao, est un moment de quelque chose de beaucoup plus vaste qui est le mouvement ouvrier que l’on peut critiquer ou revoir mais qui est selon moi fondamentalement juste. C’est aussi cela la réalité du marxisme. Or toutes ces luttes populaires disparaissent ou sont confondus avec les monstrueux régimes totalitaires dans l’histoire des idées présentée par les intellectuels « libéraux ». Pourtant sans ces conquêtes ouvrières la société libérale ne serait pas ce qu’elle est.

  • Dissipons quelques malentendus :

    - je ne vous fais pas le coup de la compétence universitaire : vous portez des accusations graves contre Marx notamment, auteur avec lequel j'ai un rapport conflictuel, notamment sur le problème des conséquences logiques et historiques de sa pensée. Et c'est un problème que je n'ai pas résolu. Il me semble néanmoins de bonne méthode de le lire de première main.

    - je retiens très bien la phrase de Marx, et je vous en remercie, je souhaite juste vérifier par moi-même de quoi il retourne, je ne vois pas en quoi c'est un mal. Et pour mettre les points sur les i : j'ai peu lu Revel, mais j'y ai trouvé chaque fois assez de conneries pour avoir des raisons d'être méfiant.

    - je me fous totalement, au moins à l'heure actuelle, d'Engels. Mais je ne discréditerai pas quelqu'un sur une ou deux phrases tirée de textes que je n'ai pas lus. Sur ce coup je vous trouve bien flic de gauche.

    - sur la révolution américaine, il y aurait beaucoup à dire, mais vraiment, une autre fois.

    - je n'ai jamais défendu les pays socialistes.

    - j'ai encore moins prétendu que tout était idéologie. Je maintiens que le libéralisme en est une, peut-être pas dans le sens inventé pour ses propres besoins par M. Revel, mais dans le sens du dictionnaire.

    - sur le dictionnaire : vous m'obligez à insister sur un point qui paraît évident, très bien - on ne peut pas confondre un exercice de style, peut-être pas inintéressant, comme celui de Revel sur le terme idéologie, et une réflexion à partir du sens communément accepté d'un mot. Tourner le sens d'un mot pour éviter un débat est précisément une pratique stalinienne. Vous m'expliquerez le rapport avec la monade de Leibniz.

    - au passage : confrondre la religion avec le transcendant, comme le fait Revel, expulse du champ des religions une bonne partie de l'extrême-orient d'une part, des religions primitives d'autre part. Je veux bien l'admettre, mais il me semble que cela doit être clairement démontré.

    - pour Hayek, je ne l'ai jamais lu, mais il me semblait avoir compris que le concept même de justice sociale, et donc d'injustice sociale, était pour lui vide de sens. Mais ce n'est vraiment pas le sujet central de notre disputatio.

    En tout état de cause, je vous dois un approfondissement des concepts marxiens évoqués plus haut, et je me dois d'aller voir la citation de Marx. La lutte n'est pas finie !

  • Bon, essayons de répondre point par point. Et sans s'énerver (c'est aussi vrai pour moi), d'autant que même si vous m'agacez menu, je suis ravi d'avoir ce débat avec vous deux.

    D'abord, Alix.

    -La CIA qui aide, pour des raisons stratégiques ou intéressées, tel dictateur ou tel groupuscule radical, n'est pas un argument ni pour ces dictatures ni pour ces groupuscules. Toutes les démocraties du monde se sont compromises un moment donné avec des systèmes qu'elles combattaient. Il se trouve que les vissisitudes de l'histoire forcent aussi parfois à des alliances contre nature - la première et la plus fameuse d'entre elles ayant été celle entre les USA et l'URSS contre l'Allemagne nazie.

    -Moi aussi, Marx "m'interpelle" comme on dit sur le plan philosophique comme sur le plan moral (et d'ailleurs je ne vois pas en quoi le jugement moral devrait être caduc dans une discussion.) Par ailleurs, je n'ai pas de maître à penser, excepté peut-être Chesterton, et encore...

    -La révolution de 17 a pu faire ce que vous dites mais sur fond de montagne de cadavres. Et l'on pourrait dire la même chose d'Hitler arrivant au pouvoir, redonnant du travail aux allemands et relevant socialement tout le pays, et même de constater cyniquement que sur le plan de l'ordre, de la sécurité et du travail, toute dictature a du bon.

    -Où diable avez-vous vu qu'on ait fusillé au nom du libéralisme ??????????? Où avez-vous sur la planète une dictature libérale ? (et je ne parle pas de la forme dictatoriale soft de nos sociétés occidentales et dont un Philippe Muray se moque avec bonheur. Moi-même, je suis tout à fait d'accord pour stigmatiser nos tares modernes, et auxquelles participe le système capitaliste, mais non au nom d'un autre système censé plus "idéal".)

    -Je ne crois pas du tout que le marxisme ait été une seule minute une bénédiction pour le prolétariat. Je ne crois pas qu'il y ait eu une seule influence marxiste, et marxo-léniniste de surcroît, dans toutes les avancées sociales et socialistes. Ce qui discrédite historiquement Marx, c'est l'avènement de la classe moyenne qu'il n'avait pas prévu.
    Alors quoi ? Marx aurait eu de très très loin, par analogie, métaphore ou perversion de sa propre doctrine (car le marxisme est une doctrine avec programme, étapes déterminées et eschatologie !!! ce qui n'est pas du tout mais du tout le cas du libéralisme qui fonctionne beaucoup plus comme une "cuisine" qui parfois marche et parfois loupe - une preuve de plus de son caractère non-idéologique !) une influence sur la gauche modérée, non dogmatique, keynésienne ??? Monsieur du Café du Commerce va encore dire que je suis nul ou inconséquent, mais sur cette question précise, je n'ai effectivement pas assez lu Marx (et Keynes) pour y répondre.

    C'est d'ailleurs votre tout, Café :

    -Le problème des conséquences réelles du marxisme vous torture ? Eh, c'est déjà un bon point. Mais comment pouvez-vous encore douter d'une doctrine qui n'a produit là où on l'a instaurée que des catastrophes ?

    -Vérifiez, vérifiez... Et méditez aussi sur cette phrase tirée de "L'idéologie allemande" : "...en réalité, pour les matérialistes pratiques, c'est-à-dire pour les communistes, il s'agit de révolutionner le monde existant, d'aborder et de transformer pratiquement les choses données", phrase qui pour moi sent déjà la mort et le goulag - car il est bien dit en toutes lettres qu'il faille CHANGER LE MONDE EXISTANT, CHANGER LES DONNEES DE LA VIE - les voilà les camps de rééducation par le travail ! Contrairement au matérialisme enchanté et contemplatif de Lucrèce ou d'Epicure, le matérialisme pratique de Marx exhorte à la rematérialisation de l'humanité. A développer bien entendu...

    -Marx sans Engels, à mes yeux, c'est un peu Hitler sans Himmler, mais bon.

    -Beaucoup de choses à dire sur la révolution américaine, et beaucoup de bien - mais c'est un autre sujet, d'accord.

    -Vous n'avez jamais défendu les pays socialistes. Parfait. Mais vous avez du mal avec l'idéologie qui les a inspiré et conduit dans le gouffre ?

    -A moi d'ouvrir mon petit Robert, édition 2007, page 1272 et qu'y lis-je ?

    "Idéologie : "2. PEJORATIF : Analyses, discussions sur des idées creuses ; philosophie vague et nébuleuse. 3. FIN XIXEME ; VOCABULAIRE MARXISTE : Ensemble des idées, des croyances et des doctrines propres à une époque, à une société ou à une classe."

    Oh oh oh mais comme c'est vilain d'avoir omis cette distinction capitale, car oui, effectivement, selon le vocabulaire marxiste, tout ensemble d'idées et de croyances etc relève d'une idéologie, et donc le libéralisme qui est bien, je vous l'accord, un ensemble d'idées, sera MARXISTEMENT PARLANT, une idéologie. Je propose que l'on vous siffle, monsieur du commerce, hou !

    -Revel confond religion et transcendance ? Nous ne parlions pas du tout de ça mais pour le coup, et après votre gros zéro, je peux vous accorder un bon point. Car je suis entièrement d'accord. La compréhension des religions n'était pas le fort de Jean-François. Toutes les religions ne sont pas des transcendances, et c'est pourquoi contrairement à l'un des préjugés les plus répandus, le bouddhisme est une religion, c'est-à-dire un ensemble d'idées (et qui si on est marxiste se nommera donc idéologie yark) tenue par une église, des moines, un chef spirituel, et que l'on interprète autant que l'on pratique à travers un rituel et des prières, avant d'être une philosophie.

    -Il faudrait voir avec un véritable économiste, mais il me semble que pour Hayek, le libéralisme produit un désordre qui produira lui-même un ordre où tout individu sera fort heureux de participer. La justice sociale n'est donc pas un principe premier mais une occurrence. Mais là, il faudrait vérifier...

    Bien à vous et attention au dictionnaire hein !

  • Bien que j'aie très envie de répondre à ce qui ne me concerne pas directement, je me contenterai de répliquer sur ce que vous m'adressez :

    - le dictionnaire : très bien d'avoir vérifié, mais si j'ai omis cette précision, c'est parce qu'elle ne me semblait guère importante : que cette définition vienne du marxisme ne veut pas dire qu'elle n'est pas usuelle - et elle est usuelle. J'ai de plus indiqué que le libéralisme était une idéologie dans trois des quatre sens du Robert, pas seulement dans celui-ci. (Point sur lequel vous n'avez pas répondu.)

    - je reprends maintenant le fil de vos remarques : vous confondez encore marxisme et Marx (de même, quelques paragraphes plus loin, sur les pays socialistes). Marx parle en réalité très peu de la société future, ce qui lui fut d'ailleurs reproché par ses héritiers. Saisir le lien logique entre ce qu'il décrit et ce que de temps en temps il annonce ne me semble pas si facile. Encore une fois, ma religion n'est pas faite à ce sujet. Mais pour l'instant, et sous réserve de ma lecture du passage de la Rheinische Zeitung, vous ne m'éclairez guère.

    - le contraste entre la phrase que vous citez de Marx et votre interprétation est éloquent. Où Marx parle-t-il des données de la vie ? Rappelons à toutes fins utiles qu'il a désavoué, à tort ou à raison, "L'idéologie allemande".

    - s'il est un point sur lequel tout lecteur un peu averti de Marx tombera d'accord, c'est que Engels, quels que soient par ailleurs ses qualités et ses défauts, a bien plus apporté du soutien matériel et affectif à Marx que de la théorie. Toute l'édition de la Pléiade (4 volumes) est même fondée sur l'idée qu'Engels a trahi la pensée de Marx quasiment en permanence - ce qui me semble excessif.

    - sur le bouddhisme, nous sommes certes d'accord. Et j'imagine que ni vous ni moi ne parlons de la mélasse cool pratiquée par près de 5 millions de bobos ou de bobos en devenir, "histoire de se décontracter"...

    - qu'est-ce qu'un économiste ? J'ai l'air de plaisanter, mais c'est une vraie question.

    Un autre jour peut-être... La "Waldstein" se finit, il est temps que j'aille me coucher. Cordialement à vous !

  • -Dans une discussion telle que la nôtre, cette précision est de la plus haute importance. Et précisément, il ne s'agit pas du tout de définition usuelle ! "Idéologie" est un terme lui-même marxiste, qui relève d'un vocabulaire marxiste et même d'un dictionnaire marxiste ! Et c'est sans doute à celle-ci que répondait Revel.

    -Marx parle d'avenir en terme de volonté, de devenir, ou pire de ce qu'il devrait advenir : lutte des classes, révolutions, dictature. Que l'histoire ait démenti son programme (1848, Commune, etc) l'a bcp peiné (voir le livre d'Etienne Balibard là-dessus sur laquelle de toutes façons je reviendrai bcp plus longuement la semaine prochaine).

    -Oh cette mauvaise foi ! Marx a peut-être désavoué "'L'idéologie allemande", mais pas les marxistes et lui-même, en tous cas pas cette phrase qui constitue le résumé philosophique et politique de sa doctrine et qui se retrouve à peu près dans tous ses écrits. Par ailleurs, "le monde existant" ou "les choses données", c'est la vie et Marx, en parlant sans cesse (notamment dans les Thèses sur Feuerbach) d'essence, d'humanité, et d'essence humaine, ne parle que de ça.

    -Engels est un marxisme plus brutal, sanglant, raciste, totalitaire - ce que devient d'emblée le marxisme dès qu'il sort de Marx mais le problème est que toute philosophie sort du philosophe.

    -Qu'est-ce qu'un économiste ? Ben, que dit votre dictionnaire ?

    Le we commence, à lundi !

  • Je vous réponds dès aujourd'hui sur les sujets qui ne nécessitent ni trop de temps ni de la documentation. Le reste attendra la semaine prochaine, et sans doute votre papier sur le bouquin de Balibar.

    - Vous continuez à vous échapper sur les différents sens du mot idéologie. Je maintiens par ailleurs ce que je disais à ce sujet dans ma précédente réponse. Enfin, je ne comprends pas, ou ai peur de comprendre, cette histoire de "dictionnaire marxiste" - vous aussi, vous voulez censurer le Robert ? Il doit s'agir d'un malentendu.

    - une fois pour toutes : dites ce que vous voulez sur le marxisme, c'est Marx qui me pose problème, c'est Marx qui m'intéresse. Une fois pour toutes (bis) : il se peut que j'en arrive un jour aux mêmes conclusions que vous. Mais je trouve que vous précipitez les choses.

    - économie, économiste, dans le dictionnaire : si cela vous intéresse, cf. http://perso.orange.fr/leuven/Economy.htm#Economie

    Bon week-end !

  • Au passage, un peu de publicité pour mon forum :

    http://propos-insignifiants.forumactif.com/

    Sont reproduites dessus de petites choses sur Jean-François Revel.

    Pour Hayeck, effectivement la notion de justice sociale n'a pas de sens. C'est le marché qui permet l'efficience.

  • Vérification faite ("Pléiade" t. IV, 1249), la Rheinische Zeitung s'est arrêtée en 1850, il aurait donc été difficile pour Marx d'y publier un article en 1852. Et je ne trouve pas trace, au moins pour l'instant, de "Révolution et contre-révolution en Allemagne". Il y a de toute évidence un loup quelque part : auriez-vous l'obligeance de me donner une référence plus précise pour cet article, comme l'ange, exterminateur ?

    Merci d'avance !

  • En fait, j'ai moi-même vérifié, et Revel s'est trompé de date et même d'auteur - car d'après des "études trotskystes", c'est Engels qui est l'auteur de ces lignes et celles-ci ont été publiées, non en effet dans la Nouvelle revue rhénane, mais dans un journal... américain en 1852 - et signées de Marx !
    Un point pour vous : Marx n'a donc pas écrit ce texte - mais un point minuscule, car s'il ne l'a pas écrit, il l'a signé, ce qui signifie peut-être (sans doute ?) qu'il le cautionnait. Vous me direz que c'est un procès d'intention et que Marx n'est pas Engels. Il n'empêche qu'ils ont bossé ensemble et échangé une correspondance suffisante pour penser qu'ils étaient d'accord sur presque tout. Reste à lire ce texte dans son intégralité et là je ne l'ai pas. En attendant, vous pourrez vous régaler en cliquant sur :
    http://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/bilanp/bilan_persp_4.html

    et lire la note 1 que je vous copie-colle là :


    [1] Comme l'on sait aujourd'hui, les articles parus dans le New York Daily Tribune, du 25 octobre 1851 au 22 décembre 1852, sous la signature de Karl Marx, et publiés plus tard en volume sous le titre Révolution et Contre-révolution en Allemagne, sont en réalité d'Engels. Mais il a fallu attendre la publication, en 1913, de la correspondance Marx-Engels pour le savoir. Nous citons ici le texte en français d'après la Révolution démocratique bourgeoise en Allemagne,par F. Engels, éditions Sociales, p. 208-209.

    Pour mon texte sur Marx, pas avant dix jours... En attendant, j'ai une friandise.

  • Bien que l'envie m'en turlupine la plume, je n'épiloguerai pas sur Revel se trompant sur quelque chose de connu depuis 1913. Je vous signale par ailleurs que si l'on est d'accord sur tout avec quelqu'un, on n'a peut-être pas envie de correspondre pendant des années avec lui. Un élément de preuve : nous aurions arrêté de discuter depuis quelques messages si nous étions tombés d'accord. Et puis Marx n'a pas arrêté de taper de l'argent à Engels, ces deux-là ne parlaient pas que de révolution.

    Mais n'épiloguons pas sur ce qui n'est pas notre sujet. Je vous remercie en tout cas de votre réponse, j'attends votre papier pour repartir sur le même sujet, sous un autre angle.

    Cordialement !

  • "On le sait, l'alcool est de droite et la drogue est de gauche. "

    Et le gros rouge des réunions de cellule du PCF ?

  • Affirmer que "1917 n'est que 1793 à puissance dix" est d'un affligeant simplisme. Marx, par exemple avec sa "Guerre civile en France", pourrait au moins vous apprendre à ne pas vous contenter de jugements hystériques sur certains moments de l'Histoire. En quoi 1917 est-elle une année pire pour le peuple russe que 1914, 1915 ou 1916, quand les bolcheviks ne gouvernaient pas la Russie, et que la jeunesse de Russie se faisait massacrer au front? Et si cela fut si sanglant après la prise de pouvoir par Lénine et ses hommes, oubliez-vous que les tenants de l'ancien pouvoir, en lançant des attaques tous azimuts contre le nouveau, en sont tout autant responsables que les bolcheviks? Les bolcheviks ont du sang sur les mains, mais il n'est jamais très malin de tout mettre sur le dos d'un camp, quand il est question de guerre civile.

  • "On le sait, l'alcool est de droite et la drogue est de gauche. L'alcool ouvre pathologiquement à la réalité, (---)La drogue, au contraire, opère une déréalisation de la réalité, faisant de la fleur une femme ou une plante carnivore, souvent un pouvoir - le célèbre Flower Power et ses arrières mondes hallucinatoires."

    Dommage que vous commenciez sur cette introduction à la manière des sophistes ou doit-on attribuer vos errements à votre manque d'expérience en matière de drogue? Car celle-ci n'est pas comparable, dans le sens qu'il y a des drogues. Parmi elles, on en trouve qui procurent une extrême lucidité. Bref, si ce message passe, je vous envoie ce que je pense de Revel, que je considère comme mon mentor.

  • Monsieur Boncenne,
    Je ne vous connais pas. Par contre, j'étais un lecteur "impénitent" de feu Jean-François Revel. Je n'hésite plus aujourd'hui à proclamer, à qui veut l'entendre, qu'il a été et demeure mon guide tous azimuts (à une exception près, ce qui confirme la règle, de son indifférence envers la condition animal et, du coup, ses goûts culinaires), alors qu'autrefois je ne révélais pas cette influence : son éducation virtuelle et spirituelle dont je suis imprégné jusqu'à la moelle. Je vous épargne les raisons d'un tel phénomène, vous qui avez tant de talent pour démontrer ses qualités extraordinaires. Sa mort, que je pressentais, a été une grave perte instructive en ce qui me concerne. Ce que je regrette avant tout, c'est de ne jamais lui avoir témoigné ma gratitude et mon respect quasi religieux pour lui, c'est-à-dire pour son savoir et son intégrité, (je crois en Dieu, on ne peut plus convaincu, mais je ne suis pas religieux.) J'ai lu tous ses livres et quand je prenais L'Express ou le Point, j'allais directement à la recherche de son éditorial. Je pensais qu'il ne lirait pas ma lettre et que je ne ferais que l'embêter en remplissant sa boîte à lettres d'un éloge supplémentaire par l'admirateur insignifiant que je suis, (je n'ai pas fait d'études et je pourrais presque déclarer sans vous fourvoyer que grâce à M. Revel j'ai développé un attachement singulier pour les arts. C'est grâce à lui que je sais reconnaître aujourd'hui, ce qui est bon ou mauvais en littérature, pour nous en tenir à ce domaine.)

    Je suis algérien, de père et de mère musulmans. J’ai 52 ans et je vis en ce moment au Canada. Dernièrement, je suis allé en compagnie de ma femme dans une librairie pour me procurer un livre et, pendant que je faisais mes recherches, voilà qu'elle m'arrive avec le vôtre, "Pour Jean-François Revel"!? Elle l’a trouvé sur une table, bien exposé à la vue de tous! Sans hésiter la moindre seconde, j'ai happé le volume de ses mains et l'ai rajouté aux autres. Arrivé à la maison, j'ai commencé la lecture et, ô bonheur! quelle joie de faire votre connaissance! L'écriture, la perspicacité, l'esprit, tout y est! J'ai en main, à travers vos écrits, la qualité littéraire et polémique de Jean-François Revel (paix à son âme) :-). Je suis arrivé seulement à la page 58 et je ne peux m'empêcher d'exprimer ma satisfaction et de vous envoyer ces quelques lignes.

    Ahmed, heureux de vous découvrir et qui prophétise la renommée posthume de Jean-François Revel à sa juste mesure.

  • Bienvenue sur mon blog, cher Ahmed, cher revelien de coeur et d'esprit ! Mais c'est à Pierre Boncennes que vous devriez envoyer cette lettre et non à Pierre Cormary, votre serviteur... Cela dit, je suis très heureux d'avoir lu celle-ci...

  • Revel est respectable, néanmoins, mon maître est Murray Rothbard, tout les autres sont des nains face à lui.

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