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Hagiographie de l’ogresse.

medium_laureline.jpgL’hagiographie est un genre en soi. Amélie Nothomb la provoque naturellement autant que la catilinaire. Certains, comme Patrick Besson, sont passés de l’une à l’autre. Après l’avoir comparé un jour dans Voici, et sans rire, à Mozart et Dostoïevski , il se fait depuis un devoir de l’éreinter. Tant pis pour lui. Il fait de toutes façons partie du mythe nothombien.
C’est que personne ne résiste à Nothomb, ni ceux qui l’aiment, ni ceux qui la détestent. « Elle nous aura tous » disait le critique Jean-Claude Lebrun. Chaque année, fin août, début septembre, des milliers de jeunes gens partent pour la Crète à la rencontre de la Minotaure belge et se font copieusement dévorés. C’est que cette affamée est une ogresse et qu’il fut, pour l’auteur de ces lignes comme pour tant d’autres, un bonheur de lui servir de mets.

L’intérêt de l’essai de Laureline Amanieux, indiscutable gardienne du temple depuis longtemps et fort pénétrante analyste, est autant universitaire (pourquoi serait-ce un mal ?) qu’il est un témoignage idéal de cette nothombmania qui dure depuis dix ans et ne donne aucun signe de lassitude. Elégamment écrit, clair et maniable, son livre se présente comme . une synthèse de l’univers et de l’écriture nothombiennes. Tout y passe, l’enfance mythique, l’éblouissement japonais, l’amour de la sœur, l’ennemi intérieur, le corps impur, l’éloge de la laideur, le plaisir de la douleur, le pouvoir de la lecture, la rédemption par l’écriture.
Certes, dans l’admiration sans bornes qu’Amanieux porte à Amélie, et qui est bien représentative de celle de tous les nothombiens, péplautes ou autres, elle a tendance à en faire trop, notamment dans un recours abusif à des références, qui dans le cas de Nothomb, se révèlent par trop écrasantes. Qu’avait-t-elle besoin d’invoquer Bernanos, Kierkegaard et Nietzsche pour légitimer l’écriture de son – de notre idole ? De même, quand elle parle de « l’espace d’extermination », « la limite du possible », ou de « la limite du dicible », on a l’impression d’être dans un essai sur Hanna Arendt. C’est du côté de Colette et de la comtesse de Ségur qu’il aurait plutôt fallu chercher.
Qu’importe, l’essentiel est dans ce « salut par les mots », dernière partie de son étude, que Laureline Amanieux, très inspirée, conclut son essai. Comme le dit la belge elle-même, est écrivain non celui qui écrit bien, mais celui qui a besoin d’écrire pour vivre. Ses livres, que tant de critiques assassins disent mal écrits, bâclés, simplets, narcissiques, répétitifs, sectaires (il est vrai qu’en France, on n’aime pas le succès) sont moins des romans que des soties qui, à chaque fois, délivrent une vérité. Et c’est pourquoi, on peut parier, avec Jean-Edern Hallier, qu’elle sera encore lu dans cinquante ans, et qu’il faudra compter avec autant d’études et de thèses qui ne manqueront pas de se multiplier. Ce Vade-mecum de Laureline Amanieux est la première pierre de l’édifice.


Amélie Nothomb, l’éternelle affamée par Laureline Amanieux, Albin Michel, 366 pages, 18, 50 euros.

(Article paru dans Le journal de la culture n°13, mars-avril 05)

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