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08/05/2007
Sarkozy, urbi et orbi
Je ne sais qui est son nègre* mais ce type peut se vanter d'avoir fait les plus beaux discours de droite qu'on ait entendus depuis longtemps. Car une droite décomplexée, affirmative, insolente, qui mêle l'énergie et l'individu, l'action et l'esprit, la nation et le moi, qui ose désituationniser les problèmes et redonner du sens aux choses, et pour qui l'autorité n'a rien voir avec la tyrannie, la morale avec le puritanisme et la loi avec l'Oedipe, c'est précisément l'événement sarkozyste. Et que si le titre n'avait pas été déjà pris, on aurait pu pour une fois parler de "lueur d'espoir". En tous cas, qu'on ne parle pas comme ces « détracteurs paresseux » (que stigmatise l'historien Jacques Marseille dans Le Point), d' « importation du néoconservatisme américain » - même si Nicolas a joué au cow boy en fin de campagne. Si sarkozysme il y a, il est précisément ancré dans la tradition française du bonapartisme, sinon du gaullisme puisqu'il s'agit de remettre le peuple et le pouvoir au coeur du système et non plus de les opposer comme les partis l'ont fait jusqu'à présent. Un peuple qu'il faut se garder de confondre avec les seuls militants de son camp et des militants à qui il est inutile de faire croire qu'on a gagné quand on a perdu comme l'ont fait à tour de rôle Ségolène hier soir et Bayrou il y a quinze jours. Remarquable de constater que le centriste et la socialiste (largement contestés au sein de leur camp puisqu'elle, on veut la virer, et que lui, on le quitte) ont vécu leur défaite dans une euphorie incongrue, quasi sectaire où l’on s’enfermait entre partisans pour chanter et danser, et qui contrastait avec la gravité du vrai vainqueur et la dimension internationale de son discours.
Rupture et réconciliation, donc. Rupture car réconciliation. Celle de la droite avec elle-même mais celle aussi du libéralisme et de l’humanisme (ce que la philosophie de John Locke, d’Adam Smith, de John Stuart Mill et de Montesquieu a toujours été) et sans oublier celle du cosmopolitisme et du féminisme. Et toujours cette façon égotiste, c'est-à-dire incarnée (et qui sent autant son Barrès que son Stendhal) de commencer par lui. Depuis qu’il a avoué qu’il ne pensait pas à la présidence seulement en se rasant, il a compris que cela faisait plaisir aux Français qu’un homme personnalise son destin avec eux. Et de fait avec lui, ce qui aurait pu passer pour une insupportable prétention passe au contraire pour un orgueil bien placé (qui donne envie) et une sacrée marque de transparence. Oui, ce nabot veut être président depuis toujours, il le clame bien haut et il a raison, car quelqu’un qui nous parle aussi sincèrement de son destin nous y implique nécessairement. Et s’il est aussi efficace pour lui, alors pourquoi ne pas croire qu’il le serait aussi pour nous ? C’est stimulant de faire partie du monde Sarkozy. Et quand hier soir, salle Gaveau, il commence par dire :
« Mes chers compatriotes, en m'adressant à vous ce soir, dans ce moment qui chacun le comprend est exceptionnel dans la vie d'un homme, je ressens une immense, une sincère, une profonde émotion. »
Eh bien oui, en effet, on le comprend cet homme, on la partage son émotion, et elle nous apparaît comme un modèle cette vie. La république devient enfin un peu mystique ! Et comme il le dit juste après, la France, c’est à la fois lui et nous !
«J'éprouve depuis mon plus jeune âge la fierté indicible d'appartenir à une grande, à une vieille, à une belle nation, la France. J'aime la France comme on aime un être cher qui m'a tout donné. Maintenant, c'est à mon tour de rendre à la France ce que la France m'a donné. »
Le fil est tissé. De lui à la France. Puis de la France au monde. La France de retour en Europe. Et une Europe qu'il conjure de ne pas rester sourde aux colères des autres pays. L'union méditerranéenne. Le trait d'union entre l'Europe et l'Afrique. Une Europe qui serait pour l’Afrique ce que les Etats-Unis furent pour l’Europe après la guerre. Un grand rêve de paix et de civilisation. Eh bien oui, moi l’impérialiste à la cool, ça me plaît. Tout comme l'amitié avec les Etats-Unis mais le droit de ne pas penser comme eux - atlantisme plus que nuancé donc. Et les femmes enfin. Les femmes martyrisées, opprimées, emprisonnées dans leur burqa que la France ne peut abandonner. Et les infirmières libyennes (bulgares plutôt et prisonnières en Libye). Et Ingrid Betancourt. Qui êtes-vous pour dire que ce n'est que du blabla ?
Et « tous ceux que la vie a brisés, ceux que la vie a usé (…) Ceux qui ont le sentiment que quoi qu'ils fassent ils ne pourront pas s'en sortir doivent être sûrs qu'ils ne seront pas laissés de côté ». Au grand dam des compassionnels de profession, voilà le libéral qui se fait chrétien, l'économiste sans pitié qui se met à parler de la souffrance - mais à la différence des pleureuses officielles, lui en parle toujours dans une optique de guérison, d'espoir, de force. Car c'est de force et non de faiblesse qu'ont besoin les faibles. Et l'amour de la France est une de ces force. Comment dites-vous ? Ce n’est que symbolique ? Mais le symbolique, c’est plus important que le concret, le saviez-vous ? Le symbolique, c’est quasiment tout le réel. Et le concret, c’est le degré zéro virgule un du réel, le saviez-vous aussi ? Bon, on en reparlera…
Ce qui était remarquable, c'était la maturité du discours, son sérieux, ses hauteurs de vue, ses exigences inlassablement répétées - le travail, la morale, le respect, le mérite. Ah les tristes valeurs de droite ! Rationnelles, nécessaires et casse-couilles ! Antifestives au possible ! Avouez que ce n’est pas ce que l’on fait de plus démagogique ! D'autant qu'il a intérêt à ne pas décevoir. Car s'il échoue, ce ne sont pas les gens du PS qui le foutront à la porte mais bien ses électeurs qui ne lui reprocheront jamais de ne pas en avoir fait assez. En fait, l’ennemi principal, comme d’habitude, ce sera la rue. La rue contre les urnes. L’agit-prop contre la démocratie. Les émeutiers contre le peuple. Comme ceux de cette nuit et qui étaient non pas des banlieusards désespérés, mais bien des groupuscules d’extrême gauche – des intellos rouges en somme. La vraie racaille ! Celle qui, de Bové à Besancenot et de Laguiller à Buffet, fait à peu près 9 % ! Celle qui a dû se sentir agressée au plus profond d’elle-même lorsque Sarkozy affirma vouloir « en finir avec la repentance qui est une forme de haine soi et la concurrence des mémoires qui nourrit la haine des autres ». La voilà la raison consanguine qui fait que ce diable de candidat provoque tant de haine. Personne, quand elle se hait, ne supporte de renoncer à sa haine de soi – et qui chez les révolutionnaires se transforme en haine sociale. Quand vous dites à quelqu'un qui se dénigre qu'il est beau et fort, c'est comme si vous le gifliez. Alors, je suis donc si charmant que cela, Alina ??? Mais qu’est-ce que je vous ai fait pour que vous me disiez publiquement une saloperie pareille !!! Comment nous ne nous sommes plus esclavagistes, ni coupable de tous les génocides du monde ? Quoi, on pourrait même être fier de nous ? Quel est le facho qui ose nous redonner la fierté d'être nous-mêmes ? Qui est ce sale immigré qui dit qu'il doit tout à la France ? Mais il va polluer tout le monde de sa chienne de bonne conscience ! Qu'allons-nous faire sans cette misère qui nous faisait jouir ? C'est notre masochisme qu'il flagelle, cet enfant de salaud !
Bon, c’est vrai, j’étais assez heureux hier soir avec ma chère marraine venue me visiter. Nous avons bu du champagne et nous n’avons pas pu nous empêcher de sourire en voyant pleurer les socialistes. Toujours en train de chialer les gens de gauche quand ils ont perdu. La défaite est lacrymale chez eux alors que chez nous, les gens de droite, elle nous met plutôt de mauvaise humeur. Cela dit, l'empire du Bien qui s'effondre, ça fait du bien. Je m’en voudrais d’être trop désagréable mais ces oies blanches qui hurlent de terreur à vingt heures, ces cathares en détresse, ces neuneu en larmes qui ont l’impression qu’Adolf Hitler arrive au pouvoir et qui se mettent en chœur à chanter « ma royale, nous voilà » (copyright Bourgeade-Matzneff)! Cela dit, je ne crois pas du tout à la disparition de la gauche. Elle a fait 47 %. Elle n'est jamais meilleure que dans l'opposition et face à un président qu'elle considère comme un Léviathan, elle va se réarmer comme jamais. Ségolène, elle, est définitivement folle – ce qui lui va très bien. Le déni de réalité jusqu'au bout. La berceuse qu'elle a chanté du toit de la Maison de l’Amérique Latine, il fallait le faire ("ensemble, ensemble"). De son « eh bien moi je pourrai le faire » lors du débat avec Sarko à cette prestation mary poppinesque (encore un peu et ils faisaient tous cheum cheminée sur les toits de la rue Solférino), il y a quelque chose de bizarre chez cette femme et qui, comme disait La rue qui écoute, risque un jour de la conduire à l’asile.
Cécilia, non plus, elle n’avait pas l’air net à la Concorde. Encore plus nerveuse que lui. Mais il doit aimer les belles femmes bizarres. Et ce soir, j'écoute Merlin, un opéra inédit d'Albeniz - très wagnérien. Quelle famille enchanteresse !
*Le nègre en question est un certain Henri Guaino
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Commentaires
Ha!!! Le voilà le texte tant attendu!!
Des louanges à l'immigré (caractéristique qui c'est bizarre devrait faire plaisir à la gauche, mais j'avais oublié que la gauche aime les immigrés comme jadis elle aimait les pauvres, bon qu'à s'en servir pour arriver au pouvoir)...bref...je m'égare...sur le discours de Sarkozy...c'est vrai qu'il était fort, profond, émouvant...
...mais j'en reste encore à croire que la politique française c'est "parole, parole, parole"...il est certain que cette fois...(comme en 2002 je crois non?) ...le président ne devra pas reculer...mais quand on voit ce qu'il a fait en tant que ministre d'Etat...ben...on reste dubitatif...non Montalte??...aussi j'ai bien peur, comme les millions qui ont voté pour lui, que tu ne sois déçu...
L'avenir nous le dira...attendons l'automne...on le jugera sur les faits...
Quant aux gauchistes...ils devraient arrêter de s'inventer des ennemis pour se sentir exister....ils sont épuisants
Ecrit par : jugurta | 08/05/2007
A propos du bonapartisme, pour évaluer s'il est bien une réconciliation entre le libéralisme et l'humanisme, il n'est pas inutile de lire, dans "Ma tête en liberté" de François Meyronnis (Gallimard-2000-p. 153 à 161) , l'excitant dialogue entre LE CORPS et LE VIT de Napoléon .
Bref extrait :
" LE CORPS : Chaque individu est pour moi un terme dans une équation . La valeur des variables n'a aucune importance. Tout doit converger vers le programme-servitude . Le mot "liberté" est aussi absurde que le violon de l'angélisme .
LE VIT, écœuré : Tu as étendu le formatage humain .
LE CORPS, s'exaltant : J'ai refondé ce pays, la France . Moi qui ne ressemblais à personne, j'ai nivelé nivelé nivelé . Même l'hypothèse Dieu, j'en ai fait une rustine . La pétraille jacobine voulait mettre à mort granpapapersonne . Un prurit de curé . Alors qu'on peut tellement le faire servir ! Ca ou n'importe quel idéal . Pourvu que les masses œuvrent pour leurs chaînes comme pour leur salut."
Montalte, vous seriez très gentil de donner la référence du Merlin que vous écoutez .
Ecrit par : Hauteclaire | 08/05/2007
Tu nous emmènes quand en vacances sur ton yacht, nous tes fidèles lecteurs ?
Ecrit par : iPidiblue fidèle cocu | 08/05/2007
A Jugurta : ils me font flipper, tes points de suspension.
(Pardon, j'aime bien te lire mais cela fait 33 lustres que je me rongeais les ongles de ne pas te le dire. EN PLUS JE SUIS SURE DE NE PAS ETRE LA SEULE A EN SOUFFRIR)
Ecrit par : ANONYME | 08/05/2007
(Mon commentaire c'est le meilleur. Comme quoi, pas besoin d'avoir son brevet des collèges, que je n'ai pas) (enfin si j'ai le sien.)
C'est quoi le sujet qui vient après ? Parce que Sarko ça se démode là.
Ecrit par : ANONYME | 08/05/2007
iPidiblue, la rue triste qui écoute, je vous aime bien .
Ecrit par : Hauteclaire | 08/05/2007
@ Anonyme,
Promis, je ne mettrai plus de points de suspension.
Ecrit par : jugurta | 08/05/2007
Chère Hauteclaire, il s'agit du premier enregistrement mondial du Merlin d'Albéniz, dirigé par José DE EUSEBIO, avec Carlo ALvarez et Placido Domingo, chez Decca. Livret un peu ampoulé, musique wagnéro-médiévale, choeurs superbes, et surtout ambiance exaliburienne garantie...
Les prochains sujets ?
-La culture selon la droite et selon la gauche (ou pourquoi on peut révérer le Verbe et se foutre que Sarko aille passer trois jours sur un yacht de milliardaire).
-La modernité selon Marcel Gauchet.
-La réalité du Christianisme selon René Girard
-La confusion des sexes (ou pourquoi les homos ont tort de vouloir demander un statut hétéro).
-Autobiographie de Powys (ou pour encore parler de moi).
-Les deux fessées de Jean-Jacques qui n'en font qu'une (ou l'orgueil insensé du masochisme)
Votez !!!
Ecrit par : montalte | 09/05/2007
Merci infiniment.
Ecrit par : Hauteclaire | 09/05/2007
Moi je regrette qu'il n'y passe pas cinq ans sur son yacht !
Ecrit par : iPidiblue et la croisière s'amuse | 09/05/2007
Important !!! Ne pas rédiger ta note sur la confusion des sexes avant d'avoir lu et reçu "Il y a deux sexes" (paru chez Gallimard il y a longtemps) et "Gravidanza" (le tome 2 à paraître aux éditions des Femmes en juin), les livres d'Antoinette Fouque, intellectuelle et psychanalyste traitant de la différenciation des deux sexes. Sincèrement !!!
Ecrit par : L'attachée de presse | 09/05/2007
sarkozystes=aigris
Ecrit par : m'en fous | 09/05/2007
équation NTM : tandis qu'à St-Germain-des-Prés la tournante tourne à la débandade sans avoir pu consommer, l'autre nique tout le monde en mer.
Ecrit par : 2007, année pornotique | 09/05/2007
Et Michel Onfray là-dedans ?
Ecrit par : montalte | 10/05/2007
Oh la la! Fouque! De quoi castrer n'importe quel homme et dégoûter les autres du sexe féminin (dans toutes les acceptions de l'expression). 2007 et on remâche encore Kate Millet sauce franco-bourgeoise! À tant (vouloir) faire valoir la différence des sexes, on finit par camper et éloigner les positions, ce qui rend le discours difficile voire impossible et navrant. Argh!
Ecrit par : Kate | 10/05/2007
52% de la population mondiale est une femme. Calculez, chère Kate, le pourcentage de livres d'écrivains femmes antérieures au XXème siècle (Elles sont immensément rares. Pourquoi un tel décalage ? Les femmes d'autrefois auraient-elles été moins créatrices, moins sensibles, moins intelligentes, moins géniales, moins talentueuses que leurs contemporains hommes ?????? Ce sont ces seules questions que soulève Antoinette Fouque) dans vos bibliothèques et vous vous rendrez compte de la nécessité de défendre l'hypothèse d'une écriture féminine (différente de celle nourrie de l'univers phallocentré qui nous submerge) et de lui donner un lieu d'expression. Les Editions Des femmes en sont l'exemple le plus accompli.
Ecrit par : L'attachée de presse | 11/05/2007
Je ne suis pas gentil de mettre ici ce lien, mais Pierre, pour un finkelkrautien-sarkozyste comme toi, je me disais que cela te ferait peut-être entendre raison...
http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/societe/20070510.FAP1572/finkielkraut_pendant_trois_jours_nicolas_sarkozy_nous_a.html
Ecrit par : Ludovic | 11/05/2007
Chère attachée de presse, votre dithyrambe prouve et confirme ce que j'avançais. Et après on me reprochera d'être misogyne !
Ecrit par : Kate | 11/05/2007
Ahhhh la misogynie féminine !!! Je crois que cela m'excite encore plus que les livres de Sacher-Masoch ou de Hugues Rebell !!!
Tu ne saurais être méchant cher Ludovic ! Contrairement à certains d'entre nous, tu n'as pas le gène de la hargne et de l'arrogance et ton message est le bienvenu. Pauvre Finkie qui déchirera les livres de Péguy quand il apprendra que celui-ci un jour a bu une demi coupe de champagne en disant "youplaboum !"
J'avoue que je fais partie des 65 % de français qui n'ont pas été "choqué" par l'équipée maltaise du nouveau Président. Et bien que n'étant pas un auditeur d'Hallyday, loin s'en faut, je n'ai pas la vulgarité de le trouver vulgaire....
Ecrit par : montalte | 11/05/2007
Et pour que la fête soit complète, je copie-colle cet excellent post de Guy Sorman pour qui la France va, après les Etats-Unis, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Espagne, accomplir enfin sa révolution conservatrice :
"La France rattrape son époque
On ne gagne jamais seul, ni par hasard. La personnalité compte, le projet aussi, l’organisation, bien entendu. Mais importe plus encore le souffle de l’histoire, le grand vent des idées dominantes : Nicolas Sarkozy emporte la conviction populaire car, en même temps, une vague le soulève. Celle-ci vient de loin, du début des années 1980.
À cette époque, le marxisme, enfin, est à bout de souffle : Soljenitsyne en annonce l’effondrement moral. Le social étatisme, dans sa version occidentale, ne se portait pas mieux : les économies d’Europe et des Etats-Unis versaient dans l’inflation et le chômage. Plus les Etats intervenaient, plus le marasme gagnait. Le champ éthique aussi était en lambeaux : l’Eglise ne digérait pas Vatican II tandis que Mai 68, chant libertaire à l’origine, dégénérait en un relativisme désespéré. D’affreuses maladies nouvelles s‘en mêlèrent, comme pour souligner que tout n’était pas permis.
Au seuil de ces abîmes, l’Occident tout entier s’est ressaisi : ce sursaut, selon les traditions locales, dans les années 1980, s’est appelé Révolution conservatrice ou Révolution libérale ou néo-libérale. L’étatisme qui jusque-là, semblait la solution, fut soudain dénoncé comme étant le problème. De cette révolution dans la pensée dominante, ont surgi de nouvelles politiques : moins d’Etat, plus de marché, plus d’ordre aussi, la tolérance-zéro face aux crimes. Cette pensée nouvelle qui a ses philosophes (Bertrand de Jouvenel, Friedrich Hayek), ses héros politiques (Ronald Reagan, Margaret Thatcher, José Maria Aznar, Helmut Kohl) et spirituels (Jean-Paul II), a gagné toutes les nations d’Occident, de l’Est - l’URSS s’effondre – et du Sud – la Chine et l’Inde se rallient à l’ordre économique libéral. L’autoritarisme ancien cède aussi devant la technique : Internet, plus qu’un mode de communication, impose des normes et comportements franchement libéraux, individualistes et mondialistes simultanément.
Mais un Etat, un seul, résiste : la France évidemment. Partout la dépense publique recule, ici elle progresse. Partout, la loi et l’ordre contiennent l’insécurité ; chez nous, on tolère, on analyse, on se repend. En Europe, tous les Partis socialistes rejettent le marxisme, tous devinent dans la croissance économique le vrai chemin vers l’équité. Pas de ça en France : nos marxistes sont immuables. François Furet avait expliqué cela : les marxistes sauvent leur peau en se faisant passer pour les continuateurs de la Révolution de 1989. Impensable de se défaire de pareil héritage : nos écoliers en sont gavés. Plus trivialement, vingt pour cent des Français qui travaillent dans le secteur public craignent que le libéralisme ne détruise leur cocon : un libéralisme non pas expliqué mais diabolisé, avec le concours efficace des apparatchiks de l’enseignement.
Notre Droite resta tout aussi congelée, hormis l’intermède libéral de 1986-88 .La mémoire du Gaullisme sans doute, et l’emprise de l’Enarchie sur les partis, ont interdit la mutation libérale au moment même où elle était possible et nécessaire : dans les années 1980, le monde a privatisé, la France a nationalisé. Nous en prendrons pour vingt-cinq ans, de blocage, de myopie, assorti d’un substantiel retard de notre niveau de vie et de nos espérances : la France, homme malade de l’Occident.
Jusqu’à ce que les Français se rendent à l’évidence : le monde ayant changé, il convient maintenant de le rattraper. Dans notre Histoire, cette démarche n’est pas neuve : nous aimons cultiver notre singularité, nous inscrire à contre-courant, prétendre que jamais nous n’agirons comme les autres. Et surtout pas comme des anglo-saxons. Avant de faire comme tous les autres mais avec un certain décalage.
Ainsi de Gaulle vint et décolonisa parce qu’avant lui, nul n’osa. Giscard d’Estaing ? Parce qu’il était jeune, il comprit son époque et il aligna la loi sur les mœurs. Et Nicolas Sarkozy ? Il lui appartiendra de rendre l’Etat efficace car il n’est pas de société libre sans un Etat qui marche. Il permettra aux entrepreneurs d’entreprendre car l’économie libre est aussi simple que cela. Ce projet étant désormais celui du Président de tous les Français, il aura besoin d’une sorte d’acquiescement de la gauche. C’est possible : à l’honneur de Ségolène Royal, malgré son Parti et ses alliances, elle aussi aura esquissé une révolution conservatrice. Mais Nicolas Sarkozy a mieux compris et mieux interprété l’instant : la France était arrêtée à l’heure de son clocher, il la remet à l’heure du temps.
Guy Sorman"
http://www.hebdo.ch/sormanblog.cfm
Ecrit par : montalte | 12/05/2007
Des faits, encore des faits :
Pour tous ceux qui pensaient que Sarko était un allié indéfectible des ces maudits Yankees, des rumeurs circulent sur le fait qu'il proposerait le ministère des affaires étrangères à ...Hubert Védrine. L'inventeur du concept d'Hyperpuissance, à croire que ce monsieur ne fait pas la différence entre "Hyper" en grec et "super" en latin, deux préfixes équivalents signifiant "au dessus, au delà"
Si cela s'avérait exact, Sarko ne serait que le digne successeur de Shirak, voilà pourquoi il ne fallait pas, entre autre, voter pour lui.
Ecrit par : jugurta | 12/05/2007
Mais foutre zeus ! Jugurta, ça donne encore plus de contentement à ceux qui ont voté pour lui ! Voilà que c'est lui qui risque de réaliser ce centre dont une partie des Français rêvent. Et puis, comme il l'a dit, on peut être ami et allié des américains sans pour autant devenir leur succursale. Que demander de plus ?
Ecrit par : montalte | 12/05/2007
Montalte,
Mettre Védrine aux affaires étrangères c'est un signe fort pour les chiraquiens...qui n'ont eu de cesse de mettre des bâtons dans les roues des yankees...
Etre allié c'est se soutenir dans les moments difficiles...on peut être en désaccord avec les ricains sur leur stratégie mais de là à faire ami ami avec les ennemis de la liberté c'est différent...
Mais bon je te l'accorde laissons lui une chance de prouver que comme par miracle tout va changer..comment dit-on déjà ?? le bénéfice du doute :o)
Ecrit par : jugurta | 12/05/2007
Bonjour Montalte,
Foin de ceux qui pensent être autre chose que des compilateurs sous prétexte d'avoir gommé les guillemets, se réservant l'usage du tube de vaseline, laissons la parole aux vrais écrivains (à ne pas confondre avec les critiques), qui s'appuient sur une oeuvre réelle et non fantasmée : http://www.videodrom.org/dist/article-nabe.html
L'avez-vous vu cette vidéo de Nabe qui commence 2 heures avant le résultat du 2eme tour... En une formule, Nabe condense ce que j'ai essayé de vous annoner pendant 15 messages : "les ennemis de nos ennemis ne sont pas amis". Excellente réponse à faire à ceux qui vous somment de vous dire de droite ou de gauche, vous accusant de tergiverser... Quelle bêtise! Autre très juste formule de Nabe : "ce sont les beaufs qui ont gagné contre les bobos". En même temps, on est tous le beauf de quelqu'un... Et le bobo aussi bien sûr. Nous sommes tous des bobeaufs.
Bon, sinon Nabe dit une certain nombre de conneries également.
Auf wieder Montalte.
Ecrit par : OrnythOrynque | 13/05/2007
Hello, OrnythOrynque (oui, j'ai donc transféré votre message ici),
oui j'ai vu une partie de cette vidéo, mais que voulez-vous, Nabe est d'une telle stupidité quand il parle politique. Je rappelle qu'il avait "prédit" dans une interview (et qu'il faudrait retrouver rien que pour la bonne bouche) que Sarkozy n'avait "aucune chance", que Ségolène finirait par s'écrouler et que tout se jouerait finalement entre Villepin et Jospin.
Ecrit par : montalte | 13/05/2007
D'ailleurs, dans la vidéo en question, il faux-prophétise également , à demi-mot et à tort, en donnant une plus grande dernière chance à Ségolène, ce sur quoi il ne revient pas du tout au moment de l'annonce du résultat qui contredit son avertissement, alors qu'évidemment si elle avait gagné, il aurait : "vous voyez, je vous l'avais dit!". Cela dit, je trouve éclairante et efficace sa formule des "ennemis de nos ennemis qui ne sont pas forcément". Et je trouve que de ce document, il se dégage quelque chose de très attachant de sa personne, on sent que c'est vraiment lui.
Par contre, curieux tout de même, pour un type subtil comme lui, d'être aussi grossier dans sa condamnation intégrale de l'esprit français... Il doit y voir un certaine ressentiment derrière cela, notammment dans son rapport à la reconnaissance (je ne développe pas plus sinon vous allez être obligé de poster ce commentaire sous "Blogmania d'A.P.":))
Curieuse aussi, chez les vainqueurs du 6 mai, cette "fausse joie" que Nabe reléve... Peut-être de la lucidité devant l'ampleur, voire la quasi-impossibilité de la tâche...
Enfin, c'était un ultime hoquet de ma part sur ce sujet, désormais "ils sont bavards à la Gare de l'Est". :). J'ai voté contre la gauche, pour les beaufs contre les bobos, je me dis laissons lui sa chance finalement, un type comme lui, pourquoi pas peut faire péter la fourmillière, mais je nourris peu d'illusions... Voyons venir maintenant.
Ecrit par : OrnithOrynque | 13/05/2007
Sourire... En quoi vous avez agi en homme de droite, c'est-à-dire en conscience sceptique, sinon malheureuse, qui au bout du compte préfère le médiocre au pire et le pragmatisme à l'idéalisme. Et je ne peux m'empêcher, un peu bêtement, de vous donner un claque dans le dos en vous disant "bravo".
Ecrit par : montalte | 13/05/2007
Merci de votre chaleur Montalte, je l'accepte, mais je ne crois pas correspondre au portrait de l'homme de droite que vous dressez. "Les ennemis de nos ennemis, ne sont pas mes amis"... Croyez-moi, si j'étais réellement pragmatique, au vu de ma situation personnelle, j'aurais plus de raison de voter à gauche qu'à droite. Mon rejet de la gauche relève plus de l'idéalisme... Aussi de Sarkozy, je n'attends rien du point de vue des idées dites de droite auxquelles je pourrais m'identifier, au mieux j'attends - et là en effet je suis pragmatique - qu'il fasse le sale boulot, rendu inévitable par les conneries giscardienens et mitterandiennes, et que jamais Royal n'aurait eu le cran de faire (l'inconnue étant l'aura-t-il lui ce cran là, lui).
Ecrit par : OrnithOrynque | 13/05/2007
A propos du texte de Guy Sorman.
Voyons Pierre, c’est un peu facile d’associer un certain respect de l’homme avec le régime stalinien. Et vous trouvez normal qu’on laisse tout faire ? Que n’importe qui, pour autant qu’il soit malin, puisse s’enrichir scandaleusement au détriment se ses semblables ? Une vie en société ce n’est pas cela. Il faut des règles, précisément. Ce que vous proposez nous reconduit au Moyen-âge. Quelques seigneurs et 99% de serfs.
Et puis, en quoi est-ce que l’argent est le centre de tout ? Il ne m’intéresse que pour vivre, pas en soi. Vous qui êtes croyant (ce que je ne suis pas), vous pourriez aspirer à d’autres vérités que le vol organisé et légal de votre voisin.
Ecrit par : Feuilly | 14/05/2007
Mais Feuilly, voyons ? C'est quoi ce marxisme d'arrière-garde ? Le libéralisme originel n'a jamais été ultra et n'a strictement rien à voir avec la société du Moyen Age qui n'était pas du tout libérale. Bcp plus tard, des économistes, Adam Smith en tête se sont rendus compte que la liberté d'entreprendre était peut-être économiquement et socialement plus enthousiasmante que l'étatisme et ne défavorisait en rien la création artistique. Francis Bacon, le peintre, disait dans une interview qu'il avait toujours été de droite (au grand dam des interviewers de gauche !) pour la simple et bonne raison que lui en tant qu'artiste il avait avant tout besoin de liberté, de laisser faire et surtout pas de soupe et de subvention.
Et puis, pardonnez-moi, le vol organisé et légal de mon voisin, c'est un mythe. La loi du fric, comme disent les antilibéraux, c'est ce qu'on appelait dans les années cinquante, soixante et soixante-dix, la prospérité. Et c'est pendant les régimes plein de fric comme ceux de Louis XIV ou de Laurent le Magnifique que se sont développés les arts. Alors, hein !
Quant aux relations compliquées entre le Christ et la richesse, il faudrait faire un autre post... Un rappel simplement : c'est avec de l'or, de la myrrhe et de l'encens, soit des produits de luxe, que les rois mages ont rendu hommage à l'enfant Jésus. (Il y a un livre de Tournier là-dessus).
Ecrit par : montalte | 14/05/2007
Réponse : tout d’abord je ne suis pas marxiste. Ensuite, vous êtes dans l’euphorie avec votre nouveau président. Il se pourrait bien que ce qui est beau et neuf aujourd’hui devienne un jour aussi l’arrière-garde.
Le libéralisme originel n'a jamais été ultra : exact. Mais il le devient, c’est cela le problème. Il y aurait moyen de faire du libéralisme, c’est-à-dire de permettre à des firmes de se lancer, sans forcément que l’ensemble d’une population en fasse les frais (emplois précaires, bas salaires, réduction de la sécurité sociale).
Pas libéral la Moyen-âge ? Non, mais à la fin il va le devenir, avec la montée en puissance des commerçants et des banquiers, pour le plus grand désespoir des seigneurs, lesquels avaient eux l’idée du panache (ne pas conserver l’argent, mais le dépenser). Sans le vouloir, ils redistribuaient les richesses acquises, tandis que nos argentiers d’aujourd’hui conservent tout pour eux.
L’étatisme ? Il est clair que le système russe a prouvé à suffisance son incapacité. Mais le capitalisme aussi, qui nous a toujours entraîné dans les guerres (voir encore l’invasion du Liban cet été, dont un des buts était manifestement de tout détruire pour mieux reconstruire). Ne pourrait-on faire une synthèse des deux systèmes ?
Les subventions artistiques ? Il est clair que des subsides se perdent auprès de gens qui n’ont rien d’intéressant à proposer, mais qui on l’avantage d’être bien introduits dans certains milieux (de gauche comme de droite, d’ailleurs). Mais si les périodes fastes (Louis XIV ou Médicis) ont brillé par leur production artistique, c’est précisément grâce aux pensions accordées par les princes (lesquels agissaient ainsi surtout par soucis de leur gloire personnelle beaucoup plus que par goût des arts, mais passons). Que ferait le cinéma d’art s’il ne recevait pas des subventions ? Vous voulez laisser faire le marché ? Nous n’aurons plus que des grosses productions américaines.
Le vol du voisin ? J’attends en tout cas d’un Etat qu’il protège ses citoyens. Il faut des lois sur l’environnement, sur le travail, sur les pensions, sinon c’est la jungle. Or avec votre système sarkosien, l’Etat devrait tout laisser faire aux grandes sociétés (mais pas au petit peuple, qui sera vite en prison). On veut tout démanteler. Pourquoi devrais-je vivre dans la précarité ? Pour mieux me faire exploiter en acceptant n’importe quel travail ?
Quittez votre musée et aller vendre des tableaux (ou des boites de conserve) si cela vous chante et si vous désirez gagner plus, cela ne me dérange pas, mais je voudrais que l’Etat contrôle ce qu’il y a dans votre boîte de conserve, sinon je vais me retrouver comme dans un pays voisin où les frites étaient faites avec de l’huile de moteur.
Quant au Christ, il a prôné la pauvreté à ce que je sache, au nom de l’esprit. Et si c’est avec de l'or, de la myrrhe et de l'encens que les rois mages lui ont rendu hommage, c’est une image pour montrer combien la venue du Christ était précieuse. On se demanderait bien ce que Marie a pu faire avec cet encens dans son étable.
Ecrit par : Feuilly | 16/05/2007
Un exemple venant d’Amérique :
"Des médecins et dirigeants de laboratoires pharmaceutiques sont optimistes aux Etats-Unis sur le potentiel de la recherche pour vaincre la maladie d'Alzheimer mais plaident en faveur d'une mobilisation fédérale accrue pour accélérer la concrétisation des avancées médicales. (…)L'Association américaine d'Alzheimer, plus grande organisation privée pour combattre la maladie, presse le gouvernement fédéral de doubler le budget public qui est érodé par l'inflation depuis 2003, a indiqué à l'AFP l'un de ses responsables, Stephen McConnell. Des projets de loi présentés par les deux partis ces derniers mois au Congrès répondent à ces attentes en prévoyant un doublement du budget de la recherche sur Alzheimer alloués aux Instituts nationaux américains de la Santé (NIH) pour le porter à 1,3 milliard de dollars. Un texte offre aussi des crédits d'impôt pour les familles touchées et la création d'un "Sommet National" de la recherche sur Alzheimer."
Ecrit par : Feuilly | 16/05/2007
"On se demanderait bien ce que Marie a pu faire avec cet encens dans son étable."
C'est ben vrai ça... vu que les boeufs et les ânes puent nettement moins que les hommes ou les veaux.
Patrice attristé (par les larmes de crocodile aujourd'hui versées)
PS : pas mal, les époques de prospérité de la France où les Français meurent de faim...
Ecrit par : Patrice | 17/05/2007
Feuilly, personne n'a dit, et surtout pas moi, qu'on ne voulait pas de lois ni qu'on souhaitait le retour de la jungle. Au dire des vrais libéraux, Sarkozy serait lui-même trop interventionniste (Alstom). Simplement, on veut avec lui de ce "moment libéral" qui stimulerait entrepreneurs, artisans et manuels. Et pour un type qu'on dit nerveux, colérique, narcissique, ultra vulnérable (dixit Onfray), toujours à fleur de peau, je ne crois pas que ses larmes hier après-midi aient été celles d'un crocodile.
Ensuite, des ministres UDF et PS dans son gouvernement, j'applaudis des deux mains. Ne va-t-il pas en plus de tout le reste réaliser ce gouvernement du centre dont les Français rêvent depuis si longtemps ?
Feuilly, encore, le cinéma américain, c'est celui de Spiderman I, II, III et sans doute IV, V, X.... Mais c'est aussi celui d'Inland Empire, A history of violence, Lost in translation, c'est celui de Scorsese, de Shyamalan, de Sofia Coppola, des frères Cohen, de Tim Bu