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Défense du catholicisme

 

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A une amie du sud qui me demandait d'intervenir, amicalement, contre un camarade anticlérical à elle, et que nous appellerons ici, comme il se doit, Jean-Kevin, cette défense du christianisme que j'écrivis spontanément et qui me semble avoir sa place ici, malgré quelques paragraphes déjà connus :

Très chère D...,

Comme aurait dit Pascal en parlant des Jésuites, "il n'y a rien de tel que les Jésuites". Il n'y a rien de tel que les anticléricaux caricaturaux. Donc, Jean-Kevin, bouffeur de curé cohérent et non dépourvu de raison et d'intelligence, condamne le christianisme, ou plus exactement l'Eglise Catholique incarné par le Pape ("le vieux"). Il lui reproche d'avoir trahi le message de son fondateur (dont au moins il reconnaît, arguant cela, la vertu de celui-ci), d'avoir fait de ce dernier une idole (ce qui n'est pas si faux), d'avoir toujours été du côté de l'empire plus que des exclus (ce qui n'est pas si vrai), d'être enfin une secte vindicative et tyrannique qui n'a cessé de vouloir plonger l'humanité dans l'abstinence, et donc dans le refoulement sexuel et la perversion (ce qui est très fantasmatique). S'il finit par crier paradoxalement "vive Benoît XVI", ce n'est pas tant pour glorifier celui-ci que pour voir en lui le représentant hystérique et transparent d'une secte qui a fait au monde tout le mal dont elle était capable, et qui apparaît enfin sous son vrai visage de boche SS.

Le problème de Jean-Kevin est que c'est un gros naïf qui n'a pas lu Sade. S'il avait lu Sade, il saurait que toutes les religions du monde, toutes les institutions du monde, toutes les morales du monde, toutes les politiques du monde, ont eu leur lot de morts et de massacres, d'injustices et d'odieuseries. L'Eglise est coupable des croisades et de l'inquisition, mais la République est coupable de la Terreur et des révolutions (c'est-à-dire des charniers), la religion est coupable d'intolérance et de torture, mais l'athéisme (celui du XX ème siècle, nazisme et communisme) est coupable de génocides dont l'horreur dépasse l'imagination. Au nom de l'Evangile, on a envoyé des milliers de gens sur le bûcher, mais au nom des Droits de l'Homme, on a colonisé la moitié du monde. Eh, toi,  homme noir, toi y en seras mieux dans ta peau et dans ta tête quand toi y en sera libéral et démocrate comme nous. Tes ancêtres les Gaulois. Je n'invente rien, il suffit de relire les discours de Jules Ferry, qui après avoir voulu éduquer les petits français, s'était pris en tête de vouloir éduquer les petits africains. Ne jamais oublier que c'est Ferry qui a déclaré sans peur et sans reproche que les "races supérieures se devaient d'affranchir les races inférieures", et que c'est la gauche de l'époque qui subventionnait les colonies françaises.

Alors, évidemment, Jean-Kevin me répondra que ce n'est pas en m'en prenant aux valeurs laïques et républicaines que je défendrais les valeurs chrétiennes, et il aura bien raison. Non, ce que je veux dire, c'est que lorsqu'on s'en prend à une institution, à une morale, à une religion, on insiste toujours sur les erreurs et les crimes de celle-ci, alors qu'au fond, on déteste ses vertus et ses excellences - et comble de chance, il y a toujours dans l'histoire de n'importe laquelle de ses politiques et de ses religions de quoi la discréditer. Un progressiste vous prouvera sans crainte que les temps anciens furent le lieu des dizaines de milliers de brûlés et de sacrifiés à l'autel du Christ. Un réactionnaire vous prouvera sans difficulté que la modernité fut le lieu des six millions de morts juifs et des quatre-vingt millions de morts paysans russes et chinois. Mais encore une fois, le problème n'est pas là.

Jean-Kevin n'aime pas l'Eglise non pas pour ce qu'elle a fait de mal mais pour ce qu'elle a fait de bien. Il est sans doute un de ses "libres penseurs" qui ont choisi l'autonomie de l'homme par rapport à l'asservissement clérical (ou ce qu'il considère comme tel). Pour moi qui me considère moins comme un "libre penseur" que comme un homme libre (c'est-à-dire un chrétien), je lui ferai remarquer quelques bricoles.

 

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Le christianisme, c'est ce qui nous a sorti du paganisme, c'est-à-dire du sacrifice humain. Il faut lire René Girard qui a tout dit sur la question.

Dans le mythe (c'est-à-dire le paganisme), le divin, c'est la foule. Dans le christianisme (c'est-à-dire la religion civilisée), le divin, c'est la personne. Dans le mythe, la foule, le choeur ou la meute ont raison contre la personne - celle-ci est d'ailleurs sacrifiée à la plus grande joie dionysiaque de tous. Dans le christianisme, la foule l'emporte toujours contre la personne, mais cette fois-ci dans la honte et l'amertume. C'est qu'avec le christianisme, la violence n'est plus cathartique mais horrible et scandaleuse.  De même au cinéma. Lorsque  dans un film la violence est filmée de façon rigolote ou excitante (série des Saw, des Hostel, Orange mécanique), on est dans le païen, alors que lorsqu' elle est filmée de manière problématique, voire insoutenable (Salo, Casino, Orange mécanique), on est dans le chrétien - vous pourrez remplacer, si cela vous chante, "païen" par  "barbare" et "chrétien" par "humain", c'est la même chose. Dans le christianisme, ou l'humanité réalisée, l'unanimité mimétique ne fait plus recette. Et c'est pourquoi les hommes adultères se résolvent, bien à contre-coeur, à ne pas lapider la femme adultère. C'est là l'un des rares succès sociaux du Christ, sinon le seul, pendant son ministère. A la fin, la violence mimétique et païenne reprendra le dessus et la foule ordonnera sa mise à mort.

Le christianisme n'a pas aboli la violence mais a fait de la violence un scandale. Le christianisme n'a pas aboli l'inégalité mais a fait de l'inégalité une horreur sociale et a permis à l'humanité de concevoir l'égalité (Jésus répète à qui mieux mieux que tous les hommes se valent, juif comme romain, romain comme barbare, homme comme femme) - et c'est cela la révolution anthropologique du christianisme, même s'il a fallu deux mille ans pour la réaliser.

Et là, nous abordons le problème du temps. D'abord, contrairement à ce que pensent les impatients, c'est-à-dire les ignorants, l'humanité ne s'est pas humanisée en un jour. Il a fallu des siècles pour que l'homme reconnaisse la femme (amour courtois), sinon pour lui donner le droit de vote (de Gaulle), il a fallu des siècles pour que l'esclavage soit aboli (en gros de l'Epitre à Philémon à 1830), il a fallu des siècles, enfin, pour que l'humanité, du moins occidentale, en arrive aux Droits de l'Homme - qui ne sont, si l'on en croit le plus grand philosophe politique de notre pays, Marcel Gauchet, que la concrétisation laïque des préceptes de l'Evangile. Bref, le judéo-christianisme a structuré notre monde, lui a donné ses valeurs, sa grandeur, et dont même un Jean-Kevin est tributaire.

Alors se contenter de dire que l'Eglise est "une secte de pédophiles" qui chouchoutent le pouvoir, je trouve ça un peu court. En fait, l'Eglise, malgré tous les défauts réels qu'on peut lui trouver, est ce qui a permis de garder et de transmettre le message du Christ. L'Eglise, c'est l'université du Christ, son école de grammaire et de musique, son campus de littérature et de philosophie. Et ne lui  en déplaise, une secte qui crée une civilisation, ce n'est plus une secte, c'est une religion, c'est-à-dire ce qui lie l'homme à Dieu, c'est-à-dire ce qui lie l'homme à l'homme.

"La Bible n'est pas une théorie de Dieu, mais une théorie de l'homme", écrit Simone Weil, la philosophe chrétienne la plus importante depuis saint Augustin.

Et puis franchement, comment peut-on penser qu'une saloperie ait pu fonder toute une civilisation ? Une saloperie qui aurait duré des siècles ? Ce soupçon permanent sur le credo et ses garants m'est aussi insupportable que les révisionnistes. Et c'est pour cela que je préfère croire à l'esprit saint plutôt qu'à Faurisson, Mordillat ou Prieur.

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Mais pourquoi tant d'horreur, risque-t-on alors de me rétorquer. Pourquoi tant de méchanceté, de faiblesse,  pourquoi tant de complaisance inique au sein d'une institution censée communiquer un message d'amour et d'espérance ? Pourquoi tant de sado-pédo-cupido-curés ?

Eh, vieux ! N'as-tu pas lu Chesterton ou Kierkegaard ? N'as-tu pas lu l'Evangile tout simplement ? Si tu les avais lu, tu saurais que lorsque l'infini s'adresse au fini, il s'attend à ce que tout n'aille pas droit dans ses bottes. Tu saurais que lorsque Jésus exhorte Pierre, Paul et les autres à communiquer son enseignement aux hommes, il sait plus que nul autre qu'il s'adresse à des hommes, c'est-à-dire à des enfoirés et des connards. Des fanatiques (Paul), des lâches renieurs (Pierre), des demi-imbéciles et des parfait idiots (tous les autres). C'est que, vois-tu, le Christ aime les hommes et s'en remet à eux, sachant pertinemment que tout n'ira pas comme sur des roulettes. Le Christ, pourrait-on dire, aime les hommes plus que le bien. Quand il voit ce qui se passe, il pleure lui aussi. Comme le dit Kierkegaard dans une expression sublime, "il y a de la tristesse au ciel". Et de la bêtise sur terre. Notamment celle qui fait préférer le bien aux hommes - catharisme, protestantisme, communisme. Et les hommes qui préfèrent le bien aux hommes sont ceux en général qui font de la terre, et au nom de leur paradis utopique, un enfer.

Je crois que dans la haine du monde pour le Pape actuel, il entre beaucoup de cette utopie infernale. On voudrait les choses parfaites, on voudrait que le message christique soit réalisée à la lettre. Mais le message christique est scandale et folie. Le message christique est d'une certaine façon impossible à concrétiser sur terre. Alors certains essayent quand même. Ce sont les chrétiens - et si tu es un homme de bonne volonté, tu es un chrétien. Même si tu ne crois pas en Dieu, tu es chrétien. Croire en l'homme, en l'histoire, au progrès c'est être chrétien  (Leibniz, Kant et Hegel ont tout dit là-dessus). Et d'autres ne cessent de critiquer à mort les couacs de cette concrétisation. Ce sont les Gentils, les Purs, les Normaux, les Heureux qui ne comprennent pas que la vie est violence et l'existence douleur.

D'ailleurs, les gens sains et heureux sont des nazis qui s'ignorent, comme disait un excellent camarade à moi.

Bien sûr, je ne dis pas que l'ami Jean-Kevin est un nazi. Je suis certain, vu sa lettre, que c'est un gars très bien, très sensible et très sensé. Qu'il est même dans une certaine mesure un déçu du christianisme. En fait un impatient. Un type qui voudrait que le royaume de Dieu se réalise hic et nunc. Un Judas. Car Judas, c'est précisément celui qui n'en peut plus d'attendre, et qui voudrait tellement que tout se passe mieux et plus vite en ce monde pourri. Et moi, j'aime aussi beaucoup Judas.

 

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Mais je suis pragmatique, donc je suis catholique. Sans l'Eglise catholique, le christianisme serait devenu une secte, des sectes même, des milliers de sectes, des millions d'hérésies. Alors oui, il a fallu que le Christianisme soit aux côtés de l'empire, fasse alliance avec l'empereur, le roi, le tyran, pour garder son message intact et pour continuer à le transmettre moins dans sa pureté que dans son impureté moindre.

Et puis, il faut s'entendre. L'histoire de l'Eglise et de l'Etat, en France comme ailleurs, fut toujours une suite de conflits, de mésententes, de guerres intra muros. L'Eglise accompagna les empires pour mieux les humaniser, sinon pour mieux les subvertir. S'il n'y avait pas eu d'évêques, d'archevêques et de Papes en Occident, s'il n'y avait pas même eu d'inquisition (l'invention de la justice moderne, comme dit Michel Foucault), il y aurait eu encore plus de massacres et d'injustices. Et s'il n'y avait pas eu de moines, il n'y aurait pas eu de charité, ni d'intellect. L'histoire de l'Occident, c'est l'histoire des horreurs que le christianisme nous a évitées. L'histoire du XX ème siècle, c'est l'histoire des horreurs que le christianisme n'a pas évitées - nazisme et communisme, c'est-à-dire paganisme et athéisme.

Enfin, je dirai une dernière chose. Si l'Eglise catholique reste aussi prégnante dans le monde, ce n'est pas parce que le Pape est un mec cool, fun et sympa, ou parce qu'il est un publicitaire aliénant et aliénateur, ou parce que l'Occident a colonisé le monde, non, c'est que tout simplement, et là nous touchons le point métaphysique par excellence, parce que le christianisme est la seule religion au monde qui s'adresse à l'individu et non au peuple, à la personne et non à la nation, à tout un chacun et non à tous. le christianisme est personnaliste, non collectiviste. Il agit psychologiquement, non sociologiquement. Bien entendu, le Pape s'adresse à des foules, la messe est dite à une assemblée, mais le message est toujours individuel, subjectif. Le Christ dont le Pape est le représentant est un Dieu qui parle à UN homme. Toi, moi, lui, elle. C'est cela qui fait que malgré ses complaisances aux empires de ce monde, le christianisme a toujours séduit, et à mon humble avis, n'est pas prêt de s'arrêter. Tant qu'il y aura des individus, il y aura le Christ.

 

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Et c'est cela qu'il faut piger dans cette histoire de préservatif ou d'avortement. Quand le Pape répète, apparemment comme un vieux schnock frustré, qu'il faut mieux être fidèle que libertin, abstinent plutôt qu'incontinent, et mère de famille plutôt qu'avorteuse, il s'adresse à la personne humaine, subjective, singulière. Et dans notre monde mondialisé, politisé, où tout le monde parle à tout le monde, où tout le monde veut être objectif, cette subjectivité-là est insupportable. L'invention majeure du christianisme, c'est l'individualité. L'individu. Le toi. Le moi. Le Christ qui Te parle et qui Me parle. A moi et à toi sans les autres, sans le nous, sans le on. A toi contre eux. A moi hors d'eux. Job. C'est ce qui m'a toujours frappé dans les Evangiles - et c'est là toute leur extraordinaire force dont le Pape est dépositaire : cette façon qu'a Jésus de maudire tout le monde (ce qui lui arrive de temps en temps quand il est colère), et de pardonner et de bénir chaque être qu'il a en face de lui. A la lettre, on pourrait dire qu'il envoie tout le monde et personne en enfer, et mieux, qu'il envoie tout le monde en enfer, et chacun au paradis. Et comme il n'est pas à une contradiction près, au moment de la croix, de ses pires souffrances, il a le culot de pardonner pour une fois collectivement : "Mon Dieu, pardonne-leur, ces crétins ne savent pas ce qu'ils font."

Et il nous pardonne puisqu'on est pécheur. Il ne sait même faire que ça, pardonner. "C'est son métier", disait le poète Heine.

A tout péché, donc, miséricorde. Dieu nous pardonne tous nos péchés, mais à la condition express que nous ayons reconnu que c'étaient des péchés - afin que lui aussi les reconnaisse. Car si Dieu nous remet tous nos péchés, soit les actes que nous lui présentons comme tels, il ne nous remet que ceux-là. Un acte mauvais que, pour une raison ou pour une autre, nous refuserions de qualifier de péché et que nous ne lui présenterions pas, ne serait pas remis par Dieu. C'est que Dieu ne peut pardonner que ce qu'il reconnaît - mieux, que ce qu'il connaît. OR DIEU NE CONNAIT NI NE RECONNAIT LE MAL. Ce paradoxe suffocant, Kierkegaard l'a bien vu quand il écrit dans son Concept de l'angoisse : « On peut dire [...] de Dieu qu'il n'a pas connaissance du mal. [...] Le fait que Dieu ne connaît pas le mal, ne peut ni ne saurait le connaître, c'est l'absolu châtiment du mal. » La punition du mal, c'est que Dieu ne le voit jamais, et donc ne le traite jamais. Dieu n'a d'yeux que pour le bien - et encore le bien personnel, le bien intime, le bien qui dit « je ». Or prendre conscience du mal comme péché est déjà un bien intime. C'est si je fais du mal un péché, c'est-à-dire un état personnalisé, un état que je reconnais être mien, que Dieu pourra m'absoudre. Mais le mal impersonnel, celui que nous avons fait et que nous fuyons, est précisément celui que Dieu nous abandonne. Ce que nous n'avouons pas, ce que nous gardons pour nous, Dieu nous le laisse pour notre malheur éternel.

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C'est ce qui fait du péché une chose si personnelle. Et c'est ce qui fait que je dois bien me garder d'accuser les autres de péché. « Car moi seul puis m'accuser de péché. Je puis constater que quelqu'un a commis une faute. Mais je n'ai pas le droit d'accuser qui que ce soit de péché. Cela serait, justement, un péché », dit Brague. Par conséquence, « je n'ai le droit d'expédier personne en enfer, même le pire des criminels dont l'histoire ait gardé le souvenir. » Peut-être le péché qui consiste à damner autrui est le seul qui ne sera pas remis. Et c'est pourquoi nous aimons cette boutade que les seuls qui doivent aller en enfer sont ceux qui ont voulu que d'autres y aillent.

C'est une question de peur tout ça - ou de courage, plutôt.

Alors pourquoi je suis papiste ? Parce que le Pape est le garant de ce courage, et de tout le reste.

Amen.

 

Pierre Cormary

 

PS : je tombe à l'instant sur cette très curieuse liste des "10 films les plus antichrétiens de l'histoire du cinéma", parmi lesquels Carrie (la bouc-émissaire totale ?), Les contes de Canterbory (l'icône iconoclaste ?), et même Monty Python la vie de Brian (la plus excellente blague pro-christique que je connaisse). Le reste sont les films anticléricaux habituels. Dommage, car si aux trois susnommés, on avait rajouté La voie lactée de Bunuel,  et d'ailleurs Nazarin et Viridiana, L'exorciste de Friedklin, Fellini Roma, The addiction et Bad Lieutenant d'Abel Ferrara, et même le premier Rocky, on aurait eu les dix films les plus chrétiens de l'histoire du cinéma. Mais ils ne savent même plus blasphémer, ces festifs...

PPS : bien entendu, et comme à mon habitude, je mêle allégrement cinéma savant et cinéma populaire, burlesque et art sulpicien, blasphème et film édifiant, Monty Python, Bunuel, Ken Russel, Ferrara, et même Zeffirelli. A ce propos, on dira ce que l'on voudra de son fameux Jésus de Nazareth, on ne pourra jamais m'empêcher de dire que ce film m'avait bouleversé quand j'avais dix ans. Et qu'ayant gardé l'esprit d'enfance...

Du reste, c'est un fort beau film, pédagogique, lyrique, croyant, et pour l'enfant que j'étais, encore plus éprouvant que celui de Gibson.

PPPS : sans vouloir refaire le débat, je finis par croire que les meilleurs films que l'on ait faits sur le Christ sont les moins "cinéphiliques", les plus naïfs, les plus idiots.

 

 

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(Texte publié une première fois le 08 avril 2009)

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Commentaires

  • Voici l'opinion de Paul Guth, fervent chrétien, sur le divin Marquis :
    "Il n'est qu'un soufflé de vices fabriqué par des intellectuels."
    "C'est un mythomane en tissu éponge".
    "Le vainqueur malin c'est Sade qui obtient la suprême jouissance de mourir en prison. Son crime majeur: sa littérature où l'ennui l'emporte sur l'horreur. Sa seule vraie victime : le lecteur auquel on a fait croire qu'il est un grand écrivain".

    Comme tu le vois il est plusieurs lectures "chrétiennes" de Sade !

  • Le nazisme et le communisme signent plutôt l'échec du christianisme pratiqué par les Eglises; un christianisme falsifié qui consistait à culpabiliser les gens pour des broutilles, qui faisait de Dieu un bourreau et un tyran, un christianisme capable de célébrer un Te Deum pour la victoire de Franco en 1939, etc... ces excés ont jeté les gens dans les bras de n'importe qui... Il ne faut pas, nous chrétiens, mentir et nous conduire comme des membres du parti communiste qui nient le désastre qu'ils ont suscité, sous peine de voir encore plus de gens rallier par désespoir des idéologies monstrueuses...

  • Carrie anti-clérical??? c'est plutôt une caricature des tordus du christianisme (qui effectivement le desservent, sauf justement dans cette histoire :) )... Et par ailleurs, super film!

    Les Monty python eux, sont poilants!

  • Votre réflexion est d'une grande force et vos arguments très stimulants. La découverte de votre blog est une heureuse surprise.
    Je me permets juste d'apporter en contrepoint quelques nuances, même si je suis conscient de la part de provocation et de second degré de votre pensée, je réagis quand même avec un peu de naïveté et de simplicité sans doute.
    Les libre-penseurs ne sont pas les seuls à apporter des critiques salutaires, et il ne faut pas opposer comme blanc et noir les antipapistes et les papistes.
    Il existe heureusement des voies qui s'élèvent dans l'Eglise. Et pas seulement du côté de Golias ou de TC. Même les modérés la Vie et la Croix expriment leur trouble. Benoîtement ou non. Signe quand même d'un malaise. Grand malaise.
    Et je ne crois pas qu'on puisse parler d'acharnement.
    On peut être chrétien - ce qui est mon cas - et faire preuve d'esprit critique, je crois...
    Je ne sais si vous avez consulté le dossier très complet de Rue89 sur le sujet.
    Notamment concernant un article dans une certaine revue autrichienne à l'idéologie nauséabonde...Plus que troublant.
    C'est défendre le catholicisme je crois que de protester contre cela. Avec force, amour et sans haine, bien sûr.
    Mais c'est le message du Christ que de savoir exprimer une révolte, que de ne pas suivre forcément la régle stricte des Grands Prêtres pour pouvoir trouver le chemin de paix et d'Amour.
    Que ces fêtes pascales nous apportent paix et réconciliation.
    Amicalement
    e.

  • Trop beau pour être vrai ton Christ !

  • Il faut croire en la Beauté du christ. C'est la folie de la foi.
    En tout cas le message du christ ne se situe pas du côté de la hiérarchie actuelle dont les prises de position ne témoignent que du désir d'une oligarchie de garder le pouvoir, même au rique de voir les fidèles partir.
    Le christ aujourd'hui se situe autant du côté de certains groupes chrétiens éclairés, qu'à l'extérieur dans des groupes laïques qui s'engagent pour l'autres, pour les exclus.
    Quant à la hiérarchie actuelle et son pouvoir, c'ets surtout décor, peut-être utile pour certains, et un groupe de pression.
    Je vous invite à aller sur le site de Golias et de Témoignage chrétien où on trouve, Dieu merci, des paroles de foi et d'espoir réconfortantes.
    Bien à vous,
    Bonnes Pâques
    Fraternellement
    e.

  • Et encore, Montalte, si les blasphémateurs étaient festifs !!!!
    Mais même pas, sûrement pas ! Pas plus qu'ils ne sont cinéphiles !

    Ils macèrent, se flagellent et se punissent tellement sous couvert de faire la fête !!!
    J'aime bien, vous le savez parler d'expérience, et laisser la théorie de côté.
    J'ai donc une belle collection perso de suicidés, d'overdosés et de sidéens plus festifs les uns que les autres qui ne demandent qu'à témoigner en faveur de ce que j'avance !

  • à ipidiblue.
    J'ai viré des rayonnages tous les bouquins de Sade qui y trainaient, de crainte que les deux gosses les lise. Ai-je bien fait de laisser Le naïf aux quarante enfants ?

  • A propos de votre PPS... Il n'est pas si mal que ça le dernier X-Files the movie.

  • Il y a trop peu de girardiens (c'est d'ailleurs lui le plus grand, le "Einstein des sciences humaines" comme l'écrit Jean-Pierre Dupuy...) et je salue donc votre texte, comme celui sur Mensonge romantique et vérité romanesque (je pense d'ailleurs que vous pourriez faire un usage plus systématique de la théorie mimétique dans vos analyses littéraires: celle-ci s'avère extrêmement puissante- voir par exemple l'ouvrage d'Olivier Maurel, Essais sur le mimétisme, et notamment l'analyse lumineuse des Liaisons Dangereuses).

    Malgré tout, votre défense et illustration de l'Eglise catholique me paraît insuffisamment dialectique: comme le montre le Girard des Choses Cachées, le message anti-sacrificiel du Christ a été déformé par l'Eglise elle-même, et ce dans un sens sacrificiel: Dieu aurait sacrifié son Fils pour les péchés des hommes, reproduisant le schéma classique défendu par Caïphe (il vaut mieux qu'un seul meure plutôt que le peuple tout entier ne périsse).

    Dans l'interprétation girardienne, Jesus n'est pas sacrifié aux hommes par Dieu, mais victime innocente d'un lynchage, comme Oedipe, Job ou Baldar le dieu viking. C'est cette victime innocente parfaite qui révèle l'innocence de toutes les autres et rend désormais inopérante la violence sacrée,même s'il faut un temps considérable pour que le message fasse son effet...
    Le maintien des processus d'exclusion au sein même de la doctrine de l'Eglise - inévitable selon le second Girard, car le message anti-sacrificiel soit revêtir transitoirement les oripeaux sacrificiels pour pouvoir être finalement compris - trahit le sens de la révélation de la Croix. Le cas des Juifs jusqu'à Vatican II est le plus frappant: ceux-ci sont accusés de "déicide"... alors que le sens de la Passion est de révéler que nous sommes tous des "déicides" dès lors que nous cédons à l'unanimité persécutrice. En faisant des Juifs les nouveaux bouc-émissaires à persécuter, l'Eglise catholique tombait dans le même travers que les zélotes juifs que dénonçait Paul... C'est pourquoi Hamerton-Kelly peut écrire: "The sacred violence Paul discovered in Judaism is present in all religions, including Christianity. Paulinism is, therefore, in respect of this negative element, an indictment of all religion, and, for that matter, all institutions and structures of "this age"". (Sacred Violence, p.9)
    Vatican II a permis à l'Eglise catholique de sortir de ce cercle, et ce n'est pas un hasard si ceux qui s'y opposent présentent des affinités particulières avec d'autres logiques persécutrices.

    Voilà pourquoi je ne peux souscrire à une affirmation telle que celle-ci:
    "s'il n'y avait pas même eu d'inquisition (l'invention de la justice moderne, comme dit Michel Foucault), il y aurait eu encore plus de massacres et d'injustices. "
    Cette défense de l'inquisition, système réglé de violence sacrée, pourrait être étendue rigoureusement à tous les processus sacrificiels, qu'il s'agisse de celui des Aztèques ou de la lapidation des femmes adultères. Ces processus "contiennent" la violence dans le double sens du mot : ils l'incluent et lui font barrage. L'originalité du christianisme n'est pas de proposer un mode particulier de violence sacrée sans laquelle "il y aurait eu plus de massacres" (certains ont défendu les septembriseurs de 1792 avec le même type de raisonnement) mais de révéler le mensonge sacrificiel ainsi qu'une voie pour en sortir: l'imitation du Christ, être non-violent qui s'abstraie de toute réciprocité violente ("tendre l'autre joue"...)

  • Monsieur Darvas,
    L'inquisition... n'a pas forcément été ce qu'on croit dans le contexte de son époque.
    Le débat n'est pas clôt. Pas plus que celui de l'adhésion, incompréhensible aujourd'hui, des Aztèques au Catholicisme. Non plus que celui de la prétendue collaboration de Pie XII au régime nazi.
    Tout n'est encore qu'interprétation.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Inquisition

    A propos du sacrifice, un article de François Miclo :
    http://www.causeur.fr/liberez-barabbas,2245

    Et celui-ci pour le fun :
    http://www.causeur.fr/le-pape-le-pape-le-pape,2210

  • En réponse à Pétrus: mon message n'est pas un jugement historique sur l'inquisition, qui répondrait à la question suivante: était-ce un système barbare ou bien une institution relativement "avancée" par rapport aux autres formes de systèmes judiciaires à son époque? Je veux bien croire que l'image d'Epinal (pour moi, le Torquemada de Victor Hugo) ne correspond pas à la réalité historique.

    Mon point est beaucoup plus simple: en brûlant les hérétiques ou les juifs, les inquisiteurs jouaient le rôle de Caïphe et non celui de Jesus. En pourchassant ceux qui leur paraissaient dévier de la vraie foi, ils étaient fidèles à Saul le Zélote et non à Saint Paul.

    Quant à Pie XII, plutôt que de "collaboration", on peut raisonnablement dire qu'en l'occurrence il a joué le rôle de Ponce Pilate se lavant les mains. Voir par exemple les pages de R.Hillberg sur l'extermination des juifs hongrois, à propos de laquelle les autorités écclesiastiques hongroises ont vainement cherché à obtenir une prise de position ferme de la papauté. Le pape avait ses raisons: il craignait les représailles hitlériennes contre les catholiques soumis au joug nazi.

    La singularité du christianisme, c'est d'inclure toujours en son sein les moyens de sa propre critique. On peut considérer comme Montalte que les compromis que l'Eglise a pu faire avec la violence sacrificielle étaient indispensables pour préserver le message de la Croix; ou bien (comme certains protestants) que l'Eglise romaine a trahi le message du Christ.

    Une phrase de l'ouvrage du pasteur girardien Hamerton-Kelly (Sacred Violence - Paul's Hermeneutic of the Cross - toujours non traduit en français: et si l'année Saint-Paul était l'occasion pour cela?) me semble résumer le dilemme: "As just another religion Christianity is a more or less satisfactory amalgam of Greek philosophy, Jewish moralism, pagan enthusiasm, and Roman bureaucracy, misappropriated and reapplied. Its record as a religious machine is the same mixture of self-deception and sublimity as other great religions. But as the hermeneutic of the Cross, it is the first and most radical insight into the pathos of the human enterprise, credible precisely because of its incredulity" .
    Incrédulité renvoie ici à la fonction démythifiante de la Croix, qui révèle l'innocence de la victime et subvertit tout dispositif persécuteur: c'est le travail de cette herméneutique qui a inspiré ceux qui s'opposaient à l'Eglise lorsqu'elle versait elle-même dans la violence sacrificielle.

  • Un bon ami à moi me disait que la différence morale entre les catholiques et les protestants était que les premiers étaient obsédés par le mal et que les seconds étaient obsédés par le bien. A quoi on pourrait rajouter l'excellente définition monty pythonnienne des cathos qui font un enfant à chaque "coup" et des protestants qui n'ont que deux enfants mais parce qu'ils n'ont fait que deux fois l'amour.

    L'Eglise a-t-elle trahi l'enseignement du Christ ? Evidemment que oui. Evidemment que non. Là-dessus, je me sens épidermiquement catholique. C'est grâce à l'Eglise que cet enseignement-là m'a été remis - même dans sa difformité. De toutes façons, mieux vaut ça que les déformations manichéennes évangéliques. Mieux vaut la corruption de l'Eglise que pas d'Eglise du tout. Mieux vaut César Borgia que l'éparpillement protestant. Car le protestantisme a été, dans sa grandeur luthérienne originelle, autant trahi par les sectes en lesquelles il a dégénéré que le catholicisme par ses clercs. Et c'est vrai que, comme aurait pu dire Stendhal, je préfère la distinction romaine à la vulgarité vertueuse et au fond autosatisfaite d'un prédicateur américain. Et non pas pour de simples raisons d'ambiance sociale, mais parce que s'il y a une chose insupportable, et proprement antichrétienne, c'est bien cette propension sectaire que l'on trouve autant chez les adventistes que chez les témoins de Jéovah à la croyance qu'on est plus "élu" que les autres. Etre convaincu de son bien, voilà le pharisaïsme le plus révoltant. Comme le dit Chesterton, je peux être très fier de ma réussite, de ma beauté et de mon intelligence, mais en aucun cas je ne peux être convaincu de ma bonté. L'homme fier de ses vertus est l'homme que le Christ ne peut Lui-même s'empêcher de frapper. En tant que catholique, je sais qu'en moi un affreux connard préside.

    Sinon, très belle votre objection à l'inquisition, cher Darvas. Oui, en effet, c'est le point de vue de Caïphe que le mien (et même si je ne pensais pas à "mal") et l'on ne peut raisonner comme je le fais par soustraction utopique : l'horreur de l'inquisition nous a préservé d'autres horreurs. Et tout sacrifice d'autrui est toujours un mensonge. En même temps, il fallait bien combattre l'hérésie. L'hérésie qui est toujours non un au-delà du dogme mais un en-deça du dogme. L'hérétique n'est pas celui qui outrepasse l'orthodoxie mais celui qui n'arrive pas même à son niveau.

    En tous cas, ce problème de nécessité sacrificielle va se reposer avec la béatification de Pie XII - pape qui a préféré sacrifier son idéal plutôt que ses ouailles, et qui, semble-t-il, en a sauvé des dizaines de milliers. C'est toujours le même problème : soit l'on se sacrifie soi-même et donc on n'aide plus les autres, soit, l'on aide les autres mais dans ce cas on doit collaborer avec l'ennemi. Faut-ils sauver les vies ou les âmes ???? Tout est là - et du point de vue du Christ, il semble que la question se soit résolue sur et par la Croix. Il serait excessif de dire que le Christ est venu abolir l'action puisque le christianisme fut une gigantesque action historique mais c'est un fait que Sa venue marque, comme le dit Marcel Gauchet, une désespérance sur terre qui n'est que l'envers de l'espérance au ciel. C'est cela que lui reprochera le Judas de Kazantzákis, de refuser la révolte, de trop s'en remettre à Dieu, de prier plutôt que d'AGIR (le mot hideux), et aussi de "rendre à César".
    Au fond, Pie XII n'a-t-il pas fait le choix, du reste compréhensible sur le plan humain, d'avoir rendu à Hitler ce qu'il revenait à Hitler et à Dieu ce qu'il revenait à Dieu ?
    Et c'est la raison pour laquelle les guérisons physiques sont des miracles.

  • "L'Eglise est coupable des croisades et de l'inquisition, mais la République est coupable de la Terreur et des révolutions (c'est-à-dire des charniers), la religion est coupable d'intolérance et de torture, mais l'athéisme (celui du XX ème siècle, nazisme et communisme) est coupable de génocides dont l'horreur dépasse l'imagination."

    Ce sont les totalitarismes qui ont été coupables de génocides, et non leur athéisme supposé (le nazisme n'est peut-être pas chrétien, mais en tous cas pas athée). Ces génocides n'ont pas été perpétrés "au nom de l'athéisme", à l'inverse des croisades et de l'inquisition, qui étaient bien réalisées "au nom de la religion".

  • Le communisme est d'inspiration athée, le nazisme d'inspiration païenne - dans les deux cas, il s'agit de deux totalitarismes anti-chrétiens qui se proposent de liquider moralement et physiquement l'ancien homme judéo-chrétien. La mort de l'homme commence avec la mort de Dieu.
    Enfin, Croisades et Inquisition, aussi douteuses fussent-elles, avaient pour but moins de créer un homme nouveau (et donc de massacrer l'homme ancien) que de convertir celui-ci - contrairement aux deux idéaux précédents.
    Enfin, la Terreur révolutionnaire, faite au nom de la République, trouve tout à fait sa place dans dans le cadre des violences pures nécessaires à tel ou tel idéal.

  • Montalte, votre réponse n'infirme pas totalement les propos de Yogi.

    Je ne sais si vous avez lu "Atlas Shrugged" et "The Fountainhead" d'Ayn Rand, mais on y trouve une défense assez belle de l'athéisme comme refus total de tout sacrifice humain. Pour elle, le communisme et le nazisme (qu'elle rassemble sous le même vocable de "collectivisme") ne sont pas "athées" dans la mesure où ils demandent à l'homme de se sacrifier à une transcendance (la race ou le prolétariat); elle voit une continuité dans toutes les conceptions du monde qui rabaissent l'individu pour exalter une abstraction.

    Bien sûr elle va beaucoup trop loin, en méconnaissant la menace de la violence qui pèse sur toute société sans transcendance (où rien ne fait obstacle au conflit des désirs) et en aboutissant à une vision très noire de l'humanité, composée d'une masse méprisable d'où seuls émergent quelques surhommes, capables de trouver en eux-mêmes leur propre fin et dont la devise serait: "I swear, by my life and my love of it, that I will never live for the sake of another man, nor ask another man to live for mine."

    Au-delà de ses excès romantiques, cette oeuvre a le mérite de déconstruire de manière violemment satirique les motifs pas toujours avouables (ressentiment, impuissance ou paresse) des "altruistes" et de tous ceux qui voient dans l'argent un signe du mal. La description des piquets de grève contre Gail Wynand dans The Fountainhead présente des similitudes troublantes avec celle des mouvements lycéens.

    Reste cette question : l'athéisme individualiste, qui considère que le seul but valable d'une vie réside dans l'accomplissement personnel créatif, peut-il être une source de violence? Le capitalisme moderne fournit la réponse: dans cette société, on ne "sacrifie" plus les victimes, on les ignore. Ce sont les perdants du grand jeu du marché (voir l'ouvrage girardien de Dupuy et Dumouchel, L'Enfer des choses). Pour éviter le ressentiment de ces perdants, on peut leur promettre le ciel dans une vie future (pas sûr que cela suffise), tenter de les convaincre que leur sort relève de la pure malchance ("solution" hayekienne) ou bien leur offrir un mélange de dérivatifs spectaculaires et de compensations sociales (solution des économies mixtes modernes).

  • LES COMMENTAIRES 2010 COMMENCENT ICI.

  • Tiens, à propos de cinéma chrétien, connais-tu la superbe "Thérèse" d'Alain Cavalier ? Un film à l'esthétique fascinante, sans décor (un "Dogville" avant l'heure), avec une Catherine Mouchet lumineuse dans le rôle de Thérèse de Lisieux. Moi, j'en suis tombé amoureux la première fois que j'ai vu le film... Si tu le trouves en DVD, je te recommande chaudement !

  • //le christianisme est la seule religion au monde qui s'adresse à l'individu et non au peuple, à la personne et non à la nation, à tout un chacun et non à tous//

    C'est totalement faux ce que vous avez écrit là, savez-vous ?
    Tout au plus pourrait-on souligner que le christianisme n'a pas de loi sacrée comme le judaïsme ou l'islam. C'est une caractéristique curieuse, qui va d'ailleurs de pair avec l'absence de langue sacrée, qu'il partage avec le bouddhisme.

  • "Croire... au progrès, c'est être chrétien" - mais être chrétien, est-ce croire au progrès ? Pascal, Maistre, Baudelaire, Bloy, qu'en faire ? Disons qu'il faudrait au moins préciser ce point.

    Cordialement !

    AMG.

  • Oui, Raphaël, vu cette Thérèse de Cavalier, il y a bien longtemps, que j'avais aimé, mais que je devrais revoir, car en y repensant, quelque chose me chiffonne.... Est-ce un film qui est allé tellement loin dans le rituel qu'il a anéanti ce qu'il ritualisait

    Le christianisme, religion des individus plutôt que des nations - si vous n'êtes pas d'accord avec ça, Pablo, il va falloir le prouver.

    Oui, Café, évidemment ! Il faudrait préciser ce point, mais vous venez de le faire. face au christianisme progressiste, évangélique, charitable aussi en politique, il y a un christianisme singulier, individuel, qui creuse la relation forcément désespérée entre Dieu et l'homme - et pourtant, le christianisme pose l'espérance comme vertu théologale. Contradiction, contradiction, et liberté.

  • Pardonnez-moi mais il me semble que c'est plutôt à vous de prouver ce que vous avancez.
    Notez que je ne dis pas que le christianisme n'est pas une religions des individus. Mais je ne vois pas en quoi ce n'est pas le cas des autres religions pas plus que je ne vois en quoi le christianisme ne serait pas AUSSI une religion des nations (lesquelles sont en général composées d'individus, vous ne l'ignorez pas).
    Notez au passage qu'une des définition du terme "nation" est : "Groupe humain, généralement assez vaste, dont les membres sont liés par des affinités tenant à un ensemble d'éléments communs ethniques, sociaux (langue, religion, etc.) et subjectifs (traditions historiques, culturelles, etc.) dont la cohérence repose sur une aspiration à former ou à maintenir une communauté." (http://www.cnrtl.fr/definition/nation). On parlait autrefois de "chrétienté" dans ce sens. Le terme arabe "umma" a le même sens chez les musulmans.

  • Dans le bouddhisme, l'individu n'existe pas. Ou superficiellement - les âmes migrent, les corps changent, les individus fluctuent.
    Dans le judaïsme, Dieu élit d'abord un peuple. Les individus suivent.
    Dans l'islam, Dieu soumet l'individu à lui.
    Dans le christianisme, Dieu se met au niveau de l'homme. Se fait crucifier comme un connard. Puis parle à chacun. Je ne me convertis pas au nom d'un peuple, ni au nom d'une idée, mais au nom d'un appel de Lui à moi. Ensuite, que le christianisme fonde une "culture", c'est un autre problème.
    Si vous n'êtes pas convaincu, lisez Kierkegaard.

  • "Un bon ami à moi me disait que la différence morale entre les catholiques et les protestants était que les premiers étaient obsédés par le mal et que les seconds étaient obsédés par le bien." ...

    ... Les récits d'enfance et d'adolescence dans des environnements fortement influencés par l'Eglise romaine, ne donnent pas précisément l'impression que les Catholiques soient "obsédés par le bien". De toute façon, la phrase de ce "bon ami à vous" est simplement creuse et inutile.

    "l'excellente définition monty pythonnienne des cathos qui font un enfant à chaque "coup" et des protestants qui n'ont que deux enfants mais parce qu'ils n'ont fait que deux fois l'amour" ...

    ... C'est drôle chez les Monty Python. Ce pourrait être drôle réchauffé. Ce ne l'est plus dès lors que c'est "promu" - en l'occurence, relégué - au rôle de "définition". Et même de définition "excellente". La réalité (en version pas très ancienne mais dépassée) c'est que les Protestants n'ont que deux enfants, parce qu'ils utilisent des moyens contraceptifs, n'étant pas soumis aux oukazes imbéciles d'un "vicaire du Christ" autoproclamé (je précise au passage que je suis très hostile à l'avortement), ce qui les autorise à faire l'amour beaucoup plus souvent^^. La réalité (en version actuelle) c'est que les Catholiques font moins d'enfants que les Protestants. Hormis l'Irlande (qui partait de très haut) et la France (qui croit préparer l'avenir de sa retraite par répartition grâce à ses Maliennes), un groupe de pays européens se détache des autres par sa natalité, celui des pays "purement" protestants : les pays scandinaves. De même que les Blancs d'Amérique du Nord, majoritairement protestants, font plus d'enfants que les Blancs d'Europe, majoritairement catholiques.

    " De toutes façons, mieux vaut ça que les déformations manichéennes évangéliques. Mieux vaut la corruption de l'Eglise que pas d'Eglise du tout. Mieux vaut César Borgia que l'éparpillement protestant." ...

    ... Manichéisme évangélique ? Peut-être. Déformations ? Jamais autant qu'à Rome.

    ... Pas d'Eglise du tout ? Il y a Eglise dès que "deux ou trois d'entre nous sommes réunis en Son nom". Et si l'Eglise de Suède ou l'Eglise d'Angleterre ne sont pas des Eglises, que sont-elles ? Tout cela est à la fois insultant et aberrant.

    ... Quant à la dernière phrase, elle signe une faillite morale qu'il vaut mieux éviter de commenter plus avant.

    " En tant que catholique, je sais qu'en moi un affreux connard préside. "...

    ... Une phrase typiquement luthérienne, et profondément contradictoire avec la prétention d'être "obsédé par le bien" du "bon ami" qui était à notre point de départ. La boucle est donc bouclée. Sur ce...

  • Sur ce, vous allez devoir recommencer votre démonstration, en fait me relire, puisque vous raisonnez d'après un contresens que vous faites de cette fameuse phrase que je croyais pourtant claire.

    J'écris textuellement que les catholiques sont obsédés par le mal et les protestants par le bien, ce qui d'ailleurs peut se discuter même si c'est mon avis, et vous me rétorquez que vous ne voyez pas en quoi les catholiques sont obsédés par.... le bien. Par le mal ! Par le mal ! les catholiques sont obsédés par le mal ! Pensez à Bernanos, à Pascal, à Julien Green ! A Mauriac ! Et donc ma phrase finale sur "le connard qui préside en moi" est cohérente et non contradictoire. Voilà.

  • Tout d'abord, merci pour la rectification. Voilà qui m'apprendra à commenter à des heures pas très catholiques^^...

    ... J'efface donc le début et la fin, et voici mon commentaire épuré (et relu après un salutaire repos) :

    " "l'excellente définition monty pythonnienne des cathos qui font un enfant à chaque "coup" et des protestants qui n'ont que deux enfants mais parce qu'ils n'ont fait que deux fois l'amour" ...

    ... C'est drôle chez les Monty Python. Ce pourrait être drôle réchauffé. Ce ne l'est plus dès lors que c'est "promu" - en l'occurence, relégué - au rôle de "définition". Et même de définition "excellente". La réalité (en version pas très ancienne mais dépassée) c'est que les Protestants n'ont que deux enfants, parce qu'ils utilisent des moyens contraceptifs, n'étant pas soumis aux oukazes imbéciles d'un "vicaire du Christ" autoproclamé (je précise au passage que je suis très hostile à l'avortement), ce qui les autorise à faire l'amour beaucoup plus souvent^^. La réalité (en version actuelle) c'est que les Catholiques font moins d'enfants que les Protestants. Hormis l'Irlande (qui partait de très haut) et la France (qui croit préparer l'avenir de sa retraite par répartition grâce à ses Maliennes), un groupe de pays européens se détache des autres par sa natalité, celui des pays "purement" protestants : les pays scandinaves. De même que les Blancs d'Amérique du Nord, majoritairement protestants, font plus d'enfants que les Blancs d'Europe, majoritairement catholiques.

    " De toutes façons, mieux vaut ça que les déformations manichéennes évangéliques. Mieux vaut la corruption de l'Eglise que pas d'Eglise du tout. Mieux vaut César Borgia que l'éparpillement protestant." ...

    ... Manichéisme évangélique ? Peut-être. Déformations ? Jamais autant qu'à Rome.

    ... Pas d'Eglise du tout ? Il y a Eglise dès que "deux ou trois d'entre nous sommes réunis en Son nom". Et si l'Eglise de Suède ou l'Eglise d'Angleterre ne sont pas des Eglises, que sont-elles ? Tout cela est à la fois insultant et aberrant. "

    Voilà...

  • Peut-être les catholiques français européens ne le sont plus tellement, catholiques, et que les protestants anglais ou nordiques le soient devenus un peu plus. Cela n'annule pas pour autant la satire monty pythonienne - du reste entérinée par votre première définition "pas si ancienne".

    "Déformation jamais autant qu'à Rome" ? Assertion gratuite qui demanderait d'être plus étayée.

    Personne ne nie les églises de Suède et d'Angleterre. L'une est une solide église luthérienne qui visiblement ne s'est pas perdue en sectes (encore qu'il faudrait vérifier), l'autre est une église anglicane, c'est-à-dire catholique sans être papiste. Mais mon texte ne s'attaquait pas à elle et vos objections tapent un peu à côté.

  • Je tombe à l'instant sur ce texte passionnant, pour lequel je vous remercie, ainsi que pour nombre d'autres articles de votre blog, qui m'aident à progresser dans ma foi et à me donner envie de lire (oui, parce que je ne sais pas lire, et je n'en suis pas fier).
    Concernant les films chrétiens, j'aurais ajouté Le Bon La Brute et Le Truand, ainsi que Les Fils de l'Homme... Bien que je craigne que mon avis soit biaisé par le fait que ceux-ci sont mes all-time favorites (j'aime cependant à penser que c'est probablement pour ça qu'ils le sont !).

    Amicalement
    Antoine V

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