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Epique éthique (à propos de la Bhagavadgita)

 

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Comme Arjuna, j'aurais eu envie, moi aussi, de demander à Krishna :
- Faire la guerre à sa famille est vilain, certes, mais pourquoi dis-tu que le métissage est le mal absolu ? Parce que le métissage, c'est la guerre absolue ? Tiens, donc.

- Pourquoi devrais-je préférer l'Etre aux êtres ? Que m'importe l'absolu de l'Etre ? La neutralité absolu de cet Etre ? C'est  mon être qui m'intéresse. Mon être individuel. Qu’en ai-je à foutre du grand Tout ? Qu’en ai-je à foutre de la sagesse ? C’est la saveur qui me tient en vie, pas la sagesse. Comment ? Il y aurait une saveur de la sagesse. Tiens, donc (bis).

- Qu'entends-tu par « sagesse », alors ? Perso, je préfère le salut à la sagesse comme du reste le divin à l'absolu. Je préfère quelque chose hors de moi plutôt qu’en moi. Je préfère d’ailleurs que ce quelque chose soit quelqu’un. Krishna est quelqu’un, je te l’accorde. Tu marques un point.

- De quel genre de sacrifices parles-tu sans cesse ? Pourquoi, pour qui sacrifier ? Que signifient, encore une fois, les idéaux ascétiques (les vôtres, mille fois pires que les nôtres, soit dit en passant) ?

- Agir sans agir, faire sans faire, vouloir sans vouloir. Laisser agir la nature en soi, laisser le Soi agir en soi. Se laisser aller... non au désir mais au renoncement. L'ascèse, non comme résistance, mais comme lâcher-prise. Voilà qui me parle plus. Et j'adore ton interventionnisme, quand tu dis :

« chaque fois que le Bien perd ses forces et que le Mal en gagne, je me donne l'existence. » (IV-7).

En revanche, j'ai du mal avec ton idée que le Savoir (lequel, d'abord ?) donnerait la félicité. Dans ma culture, Faust a prouvé que non.

- Quelque chose n'est pas claire en toi : absolu et divin se confondent puis s'affrontent. On penche vers l'un (muet et abstrait) puis vers l'autre (incarné et causant), mais on ne sait jamais pour lequel tu penches. Un absolu sans divin m'a toujours semblé fade et étouffe-chrétien. Un peu comme un Etat sans Nation. Une République sans monarque. Une famille monoparentale. Il faut de l’âme et du lait. Serpent et lait, ça te dit quelque chose ?

- Je n'aime pas trop non plus ton « regard égal sur toutes choses », gonflant et neutre, mais j'aime bien ta volonté d' « unité ». Car là je te suis, l'Unité fait la joie (et la joie n'est pas « égale » à la tristesse.) C'est pourquoi plus que d'un regard « égal », j'aurais envie de parler d'un regard « souverain ».

- Enfin, je te le dis comme ça, mais je ne crois pas du tout que le réel se limite à l'Etre. A t’écouter, le réel (le devenir), toujours changeant, provisoire, éphémère, ne vaut pas l’Etre immuable. Mais les êtres sont tout aussi réels que ton putain d'Etre immuable. L'être désirant, ondoyant, féminin est aussi réel, sinon plus, que ton Etre fixe, inoxydable, masculin, d’ailleurs légèrement casse-couilles.

 

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« Après le meurtre de nos propres parents, en effet, comment trouverons-nous le repos ? (....) Détruire la famille est un crime. Comment ne pas savoir qu'il faut s'en détourner ?
La famille détruite, ce sont les normes ancestrales de conduite qui s'effondrent.
Une fois les normes en péril, le dérèglement gagne toute la famille.
A cause de cela, ô Krsna, les femmes de la famille sont souillées. De leur souillure, ô Varsneya, naît le métissage des classes.
Le métissage, enfer de la famille et de ses destructeurs, y précipite aussi leurs ancêtres, faute d'offrandes et de libations. Par leurs crimes, les classes se métissent et les normes immuables des castes et des familles sont ruinées »

Il commence fort, ce grand livre de sagesse....

 

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1 - DEFAILLANCE.

Comment et pourquoi combattre ses parents. Comment associer guerre et pitié. Ordre cosmique et ordre social ("Dharma"). Unité et  mélange ("varnasankara" : "mélange des couleurs", des races ou des castes) quoique le texte insiste bien : le métissage, c’est la souillure, la régression du supérieur à l'inférieur, le mal absolu (et qui lui-même se nomme le "papa". Ca ne s'invente pas.)

2 - SPECULATION.

Agir sans penser à la récompense, à la conséquence, au mérite, à la volonté. Agir hors volonté personnelle. Agir, détaché, désintéressé, débarrassé de soi - j'oserais dire « déculpabilisé ». Agir, et donc être, sans être coupable. Passer du soi psychique au grand Soi impersonnel, « l'Atman ». « Considère ce qui t'incombe », « dépasse les contraires ». Comme le christianisme, l'hindouisme oscille entre l'union mystique et contemplative et l'action sociale, entre la sainteté et le respect des choses, entre la chasteté et le « multipliez-vous ». Les trois qualités du monde manifesté sont : l'être lumineux, l'action passionnelle, l'inertie ténébreuse (coucou, me voilà.)

3 - ACTION.

« Ainsi tourne la roue. Qui ne la fait pas tourner ici-bas mène une vie indigne ». Tiens, Schopenhauer.

« A ton tour, agis et surtout prends en compte [dans ton action] le bien-être au monde. » Tiens, Kant.

« Les actions humaines n'ont jamais qu'une cause, la nature, qui imprime en elle ses qualités. » Tiens, Spinoza.

C'est la nature qui agit en nous. La sagesse consiste à le savoir et à laisser faire. Agir = se laisser agir. N'être que l'agent de l'acte, ni son auteur ni son décideur. Agir sans être concerné. Agir parce que c'est une injonction cosmique. Celui qui y résiste, ou qui lui donne un sens, et notamment avantageux, volontariste et moral, n'y comprend rien. Non, il faut laisser

« les qualités agir sur les qualités »,

rien de plus. Il faut agir, léger. Et bien sûr, se défier du désir (qui renvoie au petit soi psychique) comme de la peste. Bref, suivre la nature et accomplir la loi - le « social » n'étant qu'une émanation, ou une identification, ou une « naturalisation », de la nature. On ne peut être qu'ultra-conservateur après ça. Il est cool, ce Krishna.

 

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IV - CONNAISSANCE DES ACTES.

« Chaque fois que le bien perd ses forces et que le mal en gagne, je me donne l'existence »,

dit le dieu. « Surintendant » du monde, interventionniste, il veille et surveille. Le secret de l'ascèse, du savoir et de la félicité est de se fondre en lui. L'ascèse n'est pas ascétisme : il s'agit moins de résister au désir ou aux sens que de se laisser-aller au soi qui se détournent naturellement de ces derniers. Il suffit de savoir respirer. Un peu de yoga et l'intendance (l'existence) suivra -  et ce n'est pas Anne Putiphar qui me contredira. Encore une fois, il s'agit d' « agir sans agir », c'est-à-dire d'agir sans rien attendre de l'acte, ni bénéfice ni avancement. Lasser agir la nature en soi. Laisser entrer l'action en soi comme on ouvre ses poumons pour laisser entrer l'air.

V - RENONCEMENT.

Le renonçant est celui qui renonce non pas tant aux actes qui le traversent qu'aux liens de ces actes. Agir, ce serait comme pour l'arbre, pousser, ou comme pour l'herbe, verdir. Au sage d'en prendre conscience. Il atteindra ainsi l'équanimité en toutes choses et se rapprochera du divin. Dès lors, l'ascète se « prive » moins qu'il ne s'équilibre, trouve son rythme, sa respiration, son économie, sa stabilité, son unité. Il est comme la flamme de la lampe qui ne vacille plus.
(Difficulté : l'ascète tend d'abord à l'absolu, tendance bouddhiste, puis s'élève jusqu'au divin, tendance hindouiste. Mais quelle différence véritable entre les deux et à quel moment le divin se substitue-t-il à l'absolu ?)

VI - MEDITATION.

Agir sans agir. Etre sans vouloir. Pratiquer l'ascèse sans ascétisme. Tout cela pour se vaincre, se recueillir et parvenir à l'unité.

Le divin parle :

« L'ascète se voit en tous les êtres et voit tous les êtres en lui. Maintenant qu'il a trouvé l'unité par l'ascèse, il porte un regard égal sur tout. » Et surtout « il ME voit en toutes choses et voit toutes choses en MOI. »

Le divin dépasse donc l'absolu (comme Krishna « dépasserait » Bouddha.) Hélas, ma nature est changeante, désirante, capricieuse... et, aurais-je envie de dire, aussi réelle que l'être. Le réel ne se limite pas à l'être pur, fixe et immuable. Le réel est aussi dans l'agitation, la passion, l'égo. C'est pourquoi tant que je m'agiterai, je reviendrai. Tant que je n'aurais pas trouvé l'unité divine, je serai de retour sur terre. Tant que je n'aurais renoncé à mon moi, on me rebalancera ici. Mais cette métempsychose n'est pas tant une « sanction » qu'une seconde, et d'ailleurs une millième, chance. Une reprise, aurait dit Kierkegaard.

 

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 VII - SCIENCE DIVINE.

1/ Connaitre la cause première, divine et indifférente, de l'univers - drôle de Divin qui crée le monde de manière indifférente, et qui déclame des choses comme

« je suis la trame, je suis le goût de l'eau, je suis la syllabe sacrée, je suis la virilité des hommes, je suis la vie de tous les êtres, je suis le désir légitime de tous les êtres (...) » !

2/ Par cette cause première divine, connaître la magie de la nature : la magie renvoie donc à la divinité.

3/ Qu'importe le culte du moment qu'on se voue au divin, chacun pouvant se conformer au divin qui lui convient, chaque divin remontant au divin brahmane.... Ca, c'est intéressant :

« quelle que soit la divinité à laquelle le dévot consacre sa foi, j'affermis sa piété pour la rendre infaillible. »

Le brahmanisme, un mono-polythéisme ?

VIII - ABSOLU.

« Quel que soit l'objet sur lequel on médite, au moment ultime où l'on quitte son corps, on va vers cet objet si l'on a toujours médité sur lui. »

Ne pas méditer sur le diable, donc, quand on meurt. Non, mourir en pensant à des bonnes choses, à Dieu, à Aurora, à Siddharta.

Et si possible, mourir en prononçant la syllabe « AUM ».

Trouver le dieu et ne plus renaître, ne plus revenir. Comme dans le christianisme, donc ? Non, car dans celui-ci, la résurrection est renaissance et surtout ne fonctionne pas selon ce triste principe du « ne pas ».

IX - SCIENCE ROYALE.

Le dieu met et remet au monde des myriades d'êtres mais « sans le vouloir », par la seule impulsion de sa nature, et sans se sentir lié à celle-ci. Il assiste à son ensemencement du monde tel un spectateur indifférent - ou tel le dieu de Descartes qui pète son monde et puis s'en va. Pas totalement quand même, car en cas de problème, il se ramène et remet en ordre, tel un « surintendant ». Il n'hésite pourtant pas à dire

« je suis le père de ce monde et sa mère [mais père et mère ne sont pas indifférents à leurs enfants, alors pourquoi cette comparaison ?], je suis la liqueur d'immortalité comme je suis la mort, je suis l'être comme le non-être. »

Etrange Dieu qui affirme en refusant l'idée d'affirmation, crée en baillant, et revient faire le flic on se demande bien pourquoi. Flic extrêmement tolérant puis que

« ceux qui croient aux dieux vont aux dieux, ceux qui honorent les mânes vont aux mânes, ceux qui offrent ses sacrifices aux esprits les rejoignent. Ceux qui s'offrent à moi parviennent jusqu'à moi. »

Ordre social total et tolérance religieuse totale. Tout cela est beau et bizarre, n’est-ce pas, ma chère D. ?

 

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 X - GLOIRE DIVINE.

Le divin est métonymique (une partie infime de son être porte le monde entier), distributif (il fait agir la nature dans les êtres) et destinal (certains sont aptes au bonheur, d'autres au malheur – ça pique, ça !) Enfin, et c'est la grande différence avec le dieu chrétien, il attend qu'on l'aime. Alors que chez nous, Dieu nous aime sans attendre qu’on l’aime. Comme une mère aime son bébé. Dieu est celui qui est sans avoir besoin de dire qu'il est toutes choses. Dieu ne s’énumère pas. Alors que Krishna, si. Krishna s'affirme tout et chacun :

« je suis KAMADHUK, celle qui exauce les souhaits, je suis KANDARDA, le désir d'engendrer, le VASUKI des serpents, l'ANANTA des cobras, le VARUNA des poissons (...) ».

En plus d'être, entre autres, la lettre « A », mais aussi, dans le vrac,

« l'union des sens dans un mot composé, l'impermanence permanente, le devenir irrépressible, toutes les qualités des femmes, le jeu des tricheurs, l'éclat des puissants, le sceptre des chefs, la science des savants, le silence au coeur des secrets », etc, etc.

Il est bien ce Krishna.


XI - THEOPHANIE.

Apparition de la divinité, et avec elle, du temps destructeur. // Rose céleste de Dante + Apocalypse. « Tels les papillons qui se précipitent dans le feu pour y mourir, les mondes aussi se plongent dans tes gueules pour y trouver la mort. »


XII - DEVOTION.

Deux sortes d'ascèses : la première qui relève de l'absolu et s'occupe de la cité, pure charité en ce sens ; la seconde qui relève ou plutôt s'élève vers le divin et tend à l'unité, pure foi en ce sens. La première, sociale et participative ; la seconde, mystique et ataraxique. Notons que cette dichotomie se retrouve dans toutes les religions : soit je participe au monde, soit je me retire. Soit j’y suis, soit je suis.

 

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XIII - CONNAISSANCE.

C'est par le savoir qu'on accède au salut. S'il y avait une seule proposition qui me retiendrait d'embrasser le brahmanisme, ce serait celle-ci. Car non, l'idée que le savoir n'est pas sotériologique est trop ancrée en moi. Jésus n'est pas une science et c'est tant mieux. La conversion n'est pas une affaire épistémologique. Savoir ne rend pas meilleur. La science ne donne pas la grâce – plutôt le contraire (Faust, encore.)

XIV - TRIPLE REPARTITION DES QUALITES.

Trois qualités : lumineuse (renoncement, savoir et dévotion), passionnelle (désir, action et jouissance), ténébreuse (inertie, illusion et perdition.)

L'ascète laisse faire les qualités et « les » agit quand elles agissent sur lui ; le passionné les provoque, les accomplit et tente d'en avoir un bénéfice. Le ténébreux les ignore ou les « surprovoque » de manière artificielle et violente sans aucun souci du monde (alors que le passionné tend à faire sa place dans le monde, et donc à le respecter.)

XV - CONSCIENCE SUPREME.

Vision du figue sacré aux racines célestes, aux branches terriennes et aux feuilles qui chantent la beauté du monde. Splendeur de la nature. Apologie de la sève, des saveurs et du savoir sensible. Mais alors pourquoi s'en priver ? Pourquoi y renoncer ? Pourquoi ne pas jouir d'une nature si belle ? Autre dichotomie commune à toutes les religions : Dieu a fait la nature splendide mais il ne faut pas la toucher sous peine de la souiller. Mais pourquoi la sexualité serait-elle une souillure ? Divine souillure, alors.

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XVI - ATTRIBUTIONS DIVINES ET DEMONIAQUES.

Pour le divin, voir plus haut. Pour le démoniaque, c’est ici.

Le démoniaque est sophistique, irrationnel, conquérant, jouisseur – dionysiaque, dirait l’autre.

« Le monde est mensonger, sans fondement et sans Dieu, il est né sans raison : ainsi parlent [les démoniaques]. Si ce n'est le désir, quoi d'autre en serait la cause ? Voilà leur doctrine. Ils se détruisent eux-mêmes. »

Mais renaissent tout le temps. Car pour les punir ou leur redonner une chance, les êtres renaissent (la métempsychose comme châtiment et chance). Mais s'ils recommencent ? Et surtout, qui nous dit qu'on ne préfèrerait pas, nous aussi, et de loin, la richesse, la puissance et la gloire plutôt que le renoncement, l'ascèse et l'ataraxie ? Et si je préfère ma singularité à l'unité ? Qu'en ai-je à foutre de l'unité ? Ils sont formidables, ces sages ! Ils pensent tous, chrétiens compris, qu'on préfère le salut à la souillure (l'existence, le péché). Le salut, on y pense deux minutes avant sa mort. Encore une fois, si Dieu m'a donné la vie, pourquoi devrais-je renoncer à ce qu'elle a de bon en elle ? Dieu a bien créé la matière. Alors pourquoi ne serais-je pas « matérialiste » ?

XVII - FOI.

« La foi de chacun se conforme à son être. C'est elle qui fait l'homme : telle foi, tel homme. »

Sinon,

3 sortes de nourritures :

- la lumineuse, saine et digeste : la diététique.

- la passionnelle, salée, épicée et raffinée : la gastronomie.

- la ténébreuse, fétide, réchauffée, insipide ou hardcore : la boulimie et l'anorexie.

3 sortes de sacrifices :

- le lumineux : ordre et respect.

- le passionnel : contrat social.

- le ténébreux : pacte.

3 syllabes de l'absolu :

- « AUM » ----> Savoir.

- « TAT »-----> Délivrance.

- « SAT »-----> Action.

 

XVIII - LIBERATION FINALE.

On renonce aux actes optionnels. On s'abstient du fruit des actes. Mais on ne renonce pas aux actes obligatoires. On agit, léger. De toutes façons,

« il est impossible, quand on a un corps, de refuser entièrement d'agir. »

Trois sortes d'agent : détaché, désirant, violent.

Trois sortes de jugement : moral, amoral, immoral.

Trois sortes de connaissance : unité lumineuse qui totalise le monde, multiplicité passionnelle qui fragmente le monde, singularité ténébreuse qui l'éparpille et le dissout.

Trois sortes de bonheur : en accord avec le Soi (l'atman), en accord avec la nature et ses saveurs (bonheur sensible et social), en accord avec ses chimères et ses obsessions (et donc en désaccord avec tout - semblant de bonheur fantasmatique, addictif, alcoolique, etc.)

Au fond, l'ignorant est celui qui s'écoute mal. Qui écoute ce qu'il y a de pire en lui. Qui ne veut ni vouloir ni agir dans le sens de sa propre nature mais dans celui, seulement, de son désir jamais inassouvi. Alors que

« celui qui fait l'acte que lui prescrit sa nature ne s'expose à aucune faute ».

Et même :

« Que personne ne renonce aux actes conformes à sa nature, ô fils de Kunti, même imparfaitement réalisés, car toutes ces actions ont un défaut qui les déprécie, de même que le feu est assombri par la fumée. »

Enfin,

« Tu es lié aux actes voulus par ta nature. Si par égarement, il en est que tu refuses d'accomplir, tu le feras de gré ou de force. »

Donc, mieux vaut être ce que l'on est. Car plus on respecte notre être, plus on se rapproche de l'Etre. Plus on se détache du moi, plus on se rapproche du Soi.

Arjuna agira donc sans se sentir lié par ses actions. Il fera la guerre, léger - et il la fera à l'armée adverse constituée, on s'en rappelle, de tous ses autres parents, cousins. Le poème se termine sur l'éloge de la victoire, la fortune, la prospérité et « le juste exercice du pouvoir ». Autrement dit, dans son contexte guerrier, l'éthique cède la place à l'épique. La mystique a été une proposition, une invitation, mais non une obligation. Avant de s'y consacrer, il faut mener les affaires du jour, guerre, mariage ou les deux. Le sage est un guerrier (et l’époux, aussi !) Le sage, un chanceux. Non, ça, c'est mon espérance à moi.

 

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