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D'ardent désir (ou L'Anjou selon Bruno Deniel-Laurent)

 

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Quand il n’est pas en train de faire quelque chose de dangereux ou de subversif (on se rappelle les revues Cancer !, Tsim Tsoûm et Impur qu’il avait créées),  ou quand il ne va pas faire du ski nautique sur les rives du Mékong ou de l’Euphrate façon Apocalypse Now, Bruno Deniel-Laurent revient se ressourcer dans son Anjou natal et redevient le gentil garçon qu’il n’a au fond jamais cessé d’être. Là, tout n’est que Châteaux, Beurre blanc et Muscadet, Rillauds, Rillettes et Vitraux, Orchidées, Boules de Fort et Mouchoirs de Cholet. L’Anjou, que les Révolutionnaires ont cru devoir rebaptiser « Maine-et-Loire », la plus belle et la plus envoûtante région de France ? Grâce à cet abécédaire amoureux, que « BDL » signe avec son compère Raphaël Bodin, on aurait tendance à le croire - et cela même si l’Angevin ne paie pas de mine. A l’instar de Clark Kent, alias Superman, celui-ci est  pourtant un super héros au sens étymologique du terme, « Angevin » provenant en effet d’« Andégave » ou « Andécave », du nom de l’ancienne tribu gauloise qui occupa longtemps la majeure partie de cette région, et dont le préfixe « ande » signifie « hyper » et « cavaros » : « géant », « champion » ou « héros ». Aucun chauvinisme provincial pour autant. Tous les apologistes de l’Anjou, de Du Bellay à René Bazin (le grand-oncle d’Hervé, écrivain catholique traditionnaliste injustement oublié), n’ont jamais opposé la région à la nation. Bien au contraire, et selon un mot de Clémenceau, « c’est en Anjou que la France est la plus France ». Bénédiction, alors, pour « le malheureux étranger qui découvre l’Anjou [et sera] immédiatement conquis, subjugué par le spectacle de tant de merveilles réunies en un tel lieu », merveilles géologiques (l’Anjou noir, l’Anjou blanc), archéologiques (l’Aula de Doué-la-Fontaine qui fut la demeure d’un  empereur carolingien, peut-être Louis le Pieux, et qui est le plus ancien site fortifié médiéval en pierre retrouvé à ce jour en France), œnologiques (le Bonnezeaux 1996 sacré « meilleur vin moelleux du monde »), ou même bistrologiques (les auteurs nous faisant faire la tournée des troquets de la région : La Descente de la marine et son fanion point rouge sur point blanc à Angers ; Chez Noé à Bouchemaine, idéal les soirs d’été ; la célèbre Guinguette à Jojo de Saint-Saturnin-sur-Loire et ses flonflons ; et même, sur l’île de Chalonnes, l’improbable Lenin Café, entièrement dédié à la mémoire de Vladimir Illitch Oulianov et dont on peut venir boire à sa santé… ou à son trépas.) Des lieux spiritueux aux lieux spirituels, les deux en voie de disparition, il n’y a qu’un pas que nos auteurs franchissent allègrement, et cela sans se priver d’une petite saillie barrésienne : ainsi, à propos du  village, « marial » s’il en est, de Béhuard, « petite cité de caractère » comme on dit, ils écrivent : « on peut aussi détenir la certitude que Béhuard, au-delà de ses charmes bucoliques, est de ces lieux désignés par l’Esprit, un territoire où le profane, de toute évidence, s’éventre pour laisser place à un espace sacré » et de se gausser de l’homme moderne qui ne comprend plus rien aux visions d’antan : « c’est que [l’homme moderne] a dépassé le stade infantile de l’humanité, cette époque obscure où l’on choisissait de s’abîmer dans les mystères ; bien plus intelligent, l’homme moderne préfère se racornir dans l’absurde ». Tel Gérard Miller, le psy chroniqueur de la bande à Ruquier, moderne absurde prototypique s’il en est, qui ramène un instant sa triste fraise dans la région, osant goûter un Cabernet d’Anjou, et dont on se demande si on ne va pas lui lancer son verre de vin en pleine face ou garder son calme et le déguster sobrement. On le voit, même en apologiste régional, l’ancien rédacteur de Cancer ! n’est jamais loin. Après tout, c’est à la cathédrale Saint-Maurice que fut baptisé l’immense Philippe Muray en 1945, et c’est à Angers que l’on trouve la société Octave Mirbeau qui pourtant n’avait rien d’angevin. Sans oublier le Balzac d’Eugénie Grandet qui fit de Saumur le centre du nouveau monde de la médiocrité. L’antimodernité serait-elle angevine ?

Ne reste plus qu’à célébrer les femmes et le plaisir ou la sagesse qu’elles donnent pour que le voyage soit complet. Celles des bordels tout d’abord, une vingtaine recensée en bonne et due forme en 1860 (mais hélas plus qu’une demi-douzaine en 1900). Mais aussi Renée Bordereau, par contraste, « laide, colossale, vierge et impitoyable », la Jeanne d’Arc angevine, habillée en homme et qui massacra tant de soldats de la Révolution et de l’Empire. Tant pis. On se consolera avec Dita von Teese herself, nouvelle ambassadrice de la maison Cointreau. Ou avec la statuette de Fanny, la femme fessue, dont les joueurs à la Boule de Fort, sorte de bowling local, doivent embrasser le séant quand ils ont perdu et qu’ils doivent rentrer chez eux, la queue entre les jambes -  et à laquelle on a même consacré un poème :

 

O nudité superbe ! Adorable déesse,

Permets que devant toi je me jette à genoux,

Que je pose humblement un baiser sur ta fesse,

Pour que vers mon foyer, je m’en retourne absous.

 

C’est décidé, on part demain [aujourd'hui] embrasser le cul de l’angevine.

 

 

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L’Anjou en toutes lettres, un abécédaire amoureux, par Bruno Deniel-Laurent et Raphaël Bodin, Editions Siloé, décembre 2011, 25 euros.

 

 

Pistes à suivre : un excellent texte régionaliste de Raphaël Juldé

http://raphaeljulde.blogspot.fr/2012/03/laval-de-a-z.html

 

suivi d'un non moins excellent texte métaphysico-amoureux de Sarah Vajda :

http://salon-litteraire.com/fr/guide-dictionnaire/review/1838991-l-anjou-en-toutes-lettres-un-abecedaire-amoureux-de-raphael-bodin-et-bruno-deniel-laurent

 

 

(Première publication le 12 mai 2012 re-updated pour l'occasion de mon périple angevin le 12 novembre 2012 - et pour pour le troisième qui vient de s'achever ce 14 juin 2013.)

 

 

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Commentaires

  • Anjou, feu !
    Merci pour la piste à suivre...

  • bon trip ... et n'oubliez l'angevine de poitrine !

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