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Perspectivisme et pensées dures III - HUMANITE

nietzsche,kubrick,goethe21 - Eternel féminin (ou antiféminisme).

« .. le goût de la parure fait partie de l'éternel féminin - c'est qu'elle veut inspirer de la crainte, peut-être se faire obéir. Mais elle ne cherche pas la vérité : que lui importe la vérité ! Rien n'est d'emblée aussi étranger à la femme, rien ne lui est aussi odieux, aussi contraire que la vérité ; son grand art est le mensonge, sa grande affaire l'apparence et la beauté. Avouons-le : ce que les hommes respectent et aiment dans la femme c'est précisément cet art-là et cet instinct-là, nous qui menons une vie pénible, nous recherchons volontiers, pour notre apaisement, la société de ces êtres dont les mains, les regards, les gracieuses folies nous font apparaître presque comme autant de folies notre sérieux, notre lourdeur et notre profondeur. Je pose enfin cette question : une femme a-t-elle jamais reconnu quelque profondeur à un esprit féminin, quelque justice à un coeur féminin ? Et n'est-il pas vrai que, grosso modo, ce sont les femmes qui ont le plus méprisé "la femme", et non pas nous ? - Nous souhaitons quant à nous que la femme cesse de se compromettre en s'expliquant sur son propre compte. » (& 231)

 + « Ce qui dans la femme inspire le respect et bien souvent la crainte, c'est sa nature, plus "naturelle" que celle de l'homme, sa souplesse féline et rusée, sa griffe de tigresse sous le gant de velours, la naïveté de son égoïsme, son inéducabilité et sa sauvagerie foncière, le caractère insaisissable, démesuré et flottant de ses désirs et de ses vertus.... » (& 239)

Qu'un être humain normalement constitué qui ne soit pas d'accord avec ça me jette la première pierre...

 

nietzsche,kubrick,goethe22 - Parents aimants

« Il est des tournures et des traits d'esprit, des sentences où toute une civilisation, toute une société se cristallise en quelques mots. Ainsi ce mot de Mme Lambert à son fils : "Mon ami, ne vous permettez jamais que des folies qui vous feront grand plaisir." La parole la plus maternelle et la plus intelligente qu'on n'ait jamais adressée à un fils, soit dit en passant. » (& 235)

A rapprocher du père Leuwen qui lui aussi exhortait son fils à ne penser qu'à son plaisir - parents fantasmés du XIX ème siècle, débonnaires, généreux, avisés, tendres, anti-dévorants. Des parents qui ne seraient ni Médée ni Saturne, des parents surhumains eux-aussi, est-ce possible ? 

 


nietzsche,kubrick,goethe23 - Qu’est-ce que l’aristocratie ?

« Jusqu’ici toute élévation du type humain a été l’œuvre d’une société aristocratique, et il en sera toujours ainsi ; autrement dit elle a été l’œuvre d’une société hiérarchique qui croit à l’existence de fortes différences entre les hommes et qui a besoin d’une forme quelconque d’esclavage » (§ 257).

Tout est dans « la forme quelconque ».

De nos jours, plus besoin d’enchaîner les esclaves ou de les envoyer aux galères. La galère démocratique les enchaîne mille fois mieux que les morales pénales de naguère – et c’est pourquoi ils sont mille fois plus nombreux que les hilotes d’antan. Les esclaves d’aujourd’hui sont fiers d’avoir une parole, une opinion et le sentiment de participer à la vie de la cité, ce qu’ils s’empressent de faire avec un enthousiasme aliénant qui les honore. Ils votent ! Et l’on vote même pour eux. Spartacus règne en maître et il est bien pire que César.

Mais quoi ? Le vrai noble reste noble, quelles que soient les circonstances. Le prince Salina disait des choses comme ça : « rien ne change car tout change ». Eternel retour selon le Guépard. En gérant nos sociétés sans démériter (après tout, ils ont un sens de la justice sociale que nous n’aurons jamais), les esclaves modernes (vous, moi, tout le monde, le président) permettent aux anciens maîtres de survivre sans dommages et même, pour certains, en faisant entrapercevoir quelque chose de leur plénitude à ces derniers. Leur ouvrir leurs trésors. Leur donner un peu d'âme.

Et puis les rustres, c’est l’humanité ! Ne gâchons pas notre belle humeur à mépriser ce monde dans lequel nous sommes embarqués. Rien ne gâche le bonheur de celui qui a su s’organiser socialement – même pas la dégoûtante charité des autres. Et puis, et puis, et puis..... MORALE DES MAITRES ET MORALE DES ESCLAVES SE MELANGENT EN CHACUN DE NOUS :

« J'ajoute toute de suite  que toutes les civilisations supérieures et composites ont tenté de concilier ces deux morales, que plus souvent encore elles se mélangent sans s'accorder, qu'elles coexistent même quelquefois à l'intérieur d'un même individu et d'une même âme. » (& 260)

nietzsche,kubrick,goetheLa vraie différence entre les deux est que le maître peut donner un peu de sa maîtrise et de sa force, sinon de sa bonté, à l'esclave alors que l'esclave, surtout s'il est déterminé, ne peut, et ne veut qu'avilir le maître. C'est en ce sens que le maître doit rester maître - et plus de lui que de l'esclave. Garder intacte son humanité - surtout s'il doit en faire profiter les autres.

« L'humanité aristocratique sent qu'elle détermine les valeurs, elle n'a pas besoin d'approbation, elle juge que ce qui lui nuit est nuisible en soi, elle sait que c'est elle confère de la dignité aux choses, elle est créatrice de valeurs. Elle honore tout ce qu'elle trouve en soi : une telle morale est une glorification de soi. Elle met au premier plan le sentiment de plénitude, de la puissance qui veut déborder, le bonheur de connaître une forte tension, la conscience d'une richesse qui voudrait donner et prodiguer : l’aristocrate secourt lui aussi le malheureux, non pas ou presque pas par compassion, mais par l’effet d’un besoin qui naît de la surabondance de sa force. » 

On a bien lu : l'aristocrate secourt le malheureux. Le fort donne de sa force au faible. Lui apprend à vénérer :

« Ce sont les forts qui savent vénérer, c'est là leur art, le domaine propre où ils se montrent inventifs [vous entendez, Cloutier ?] (...) Le préjugé en faveur des ancêtres et au détriment des nouvelles générations sont des traits caractéristiques de la morale des forts. » 

Et si le plébéien a en lui quelques grammes de noblesse et d'insouciance, alors il pourra apprendre à s'élever à son tour.

Gare pourtant au plébéien à poigne. Au soumis soucieux. Au faible structuré. Au damné revanchard et internationaliste. Lui crachera sur l'icône, poignardera César, mettra le Christ en croix.  Pire que le noble,  c'est lui, le gueux, qui ne voudra surtout pas se mélanger. S'ennoblir le brûlerait. Alors, il veut brûler la beauté du monde. Il veut brûler le monde. Faire table rase du passé. Et par dessus-tout, démolir le maître. Lui rendre suspect sa propre plénitude. Lui saper le moral au nom de sa morale. Changer la généalogie -  les sociologues sont très forts pour ça.

« Ils exprimeront probablement une défiance pleine de pessimisme à l'endroit de la condition humaine, peut-être condamneront-ils l'homme et la condition humaine tout ensemble. Le regard de l'esclave est défavorable aux vertus du puissant ; il est plein de scepticisme et de méfiance, d'une méfiance retorse, à l'égard du "bien" que le puissant honore, il aimerait se convaincre que même le bonheur du puissant n'est pas réel. »

Qu'est-ce que la morale des esclaves ? Rendre malheureux et faire de ce malheur la justice et la vérité. Humilier et faire de l'humiliation la vertu par excellence.

 

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24- Haut et bas

On peut continuer longtemps sur ce sujet :

« Celui qui refuse de voir ce qu’un homme a d’élevé scrute avec d’autant plus d’acuité ce qu’il a de bas et de superficiel – et se trahit du même coup » (§ 275).

La différence entre la hauteur et la bassesse est que la hauteur voit la hauteur et la bassesse alors que la bassesse ne voit que la bassesse.

Impossible, pour autant, de dire à quelqu'un, "je vois plus haut que toi", "je vois plus loin que toi". Il nous répondrait "de quel droit ?" et on serait dans l'incapacité de lui répondre rationnellement. C'est pourquoi il vaut mieux s'abstenir de la comparaison (qui n'est pas une méthode aristocratique) et tenter, malgré tout, de lui montrer ce haut et ce loin, en espérant qu'il y soit sensible. Il faut le séduire. 

 

nietzsche,kubrick,goethe25 - Malentendu

« C’est faire preuve d’une subtile et aristocratique maîtrise de soi que de louer uniquement les opinions que l’on ne partage pas : dans le cas contraire, on se louerait soi-même, ce qui heurte le bon goût. Une telle maîtrise de soi offre, il est vrai, un vaste champ aux malentendus. Pour s’offrir ce véritable luxe de bon goût et de moralité, il convient de ne pas vivre parmi les imbéciles mais parmi des hommes dont même les malentendus et les faux pas sont capables de nous réjouir par leur qualité – sinon on paiera cher sa témérité » (§ 283).

Gare aux malentendus. Gare aux paradoxes qui se transforment en malentendus (encore que toute relation humaine soit malentendu et que, comme disait un jour Sollers, le secret du bonheur consiste à cultiver le meilleur malentendu possible, c'est-à-dire celui qui fait le moins de mal - le malentendu conjugal, amical, fraternel. Car même entre gens qui s'aiment, on ne se comprend jamais totalement. On finit toujours par achopper devant l'autre, ce qui est d'ailleurs un pléonasme, l'autre étant le point d'achoppement par excellence. Si l'on veut l'aimer jusqu'au bout, il faudra passer outre sa raison qui n'arrive pas à saisir la sienne - et comprendre du reste que la mort ou la négation vient toujours de la lutte entre deux bonnes raisons. C'est pourquoi l'amour n'est pas rationnel.)

Il n'empêche. A force de faire semblant de dire du mal de soi, les autres finissent par le croire. On joue au méchant, on se flatte d’être hypocrite et méprisant (alors qu’on a un cœur d’ange), on fait mine d’être supérieur aux autres (alors qu’on voudrait qu’ils soient comme nous) – et l’on se retrouve dos au mur, acculé par les faibles qui n’en peuvent plus de notre force (même si celle-ci les a servie) et par les gentils qui sont persuadés qu’on a voulu les trahir. Avez-vous remarqué, au fait, que les gentils donnent toujours l’impression de tomber des nues de leur gentillesse ? Avez-vous remarqué que les gentils étaient d’une rare méchanceté avec ceux qui doutaient de leur gentillesse ? Avez-vous remarqué qu’il n’y avait pas pire salope que celui qui se définissait avant tout comme « gentil » ?

Et l’on nous reprochait notre hypocrisie ! Et l’on ne voyait pas qu’elle n’était que courtoisie.

 

nietzsche,kubrick,goethe26 - Dissimulation

Ce sont donc les forts qu’il faut protéger des faibles, les « méchants » (ceux qui embrassent l’ensemble du réel) qu’il faut préserver des gentils (ceux qui le coupent en deux). C’est que l’exception est toujours menacée par le général. « Différence engendre haine » (§ 263), écrit Nietzsche en français. A l’âme d’élite, il faut une prodigieuse énergie, et une inépuisable insouciance, pour résister au commun qui l’entoure – et qui, d’une façon ou d’une autre, rêve de la rabaisser, sinon de l’exterminer. Et comme l’élite ne se reproduit pas aussi facilement que le médiocre (car il ne faut pas se leurrer, la perpétuation de l’espèce, c’est la plèbe, et non l’aristocratie, qui l’assure), il lui faut à elle aussi sa part de dissimulation pour survivre.

Et c'est pourquoi

« toute philosophie dissimule aussi une philosophie ; toute opinion est aussi une cachette, toute parole aussi un masque. » (& 289).

Bien entendu, on sera tenté de comprendre cyniquement cela. Ce que nous dissimulons, derrière la force, c'est la faiblesse. Ce que nous cachons derrière la civilisation, c'est la guerre et le racisme. Ce que nos paroles masquent, c'est notre ressentiment et notre instinct de vengeance.

Mais si c'était le contraire ?

Si c'était notre bonté que nous cachions ? A la fois aux autres et à nous-mêmes ? Notre méchanceté ne serait que la punition que nous nous infligions pour ne pas être bons.

Comment ? Derrière notre mauvais esprit, il y aurait un bon coeur - que même nous ignorons ?

 

nietzsche,kubrick,goethe27 - Le grand Caché

« Le génie du coeur, tel que le possède ce grand Caché, le dieu tentateur, le flûteur-né ravisseur de consciences (...) dont la maîtrise consiste non pas à savoir paraître ce qu'il est, mais à prendre l'apparence qui obligera ses fidèles à se presser toujours plus étroitement autour de lui, à lui obéir toujours plus intimement et plus docilement ; le génie du coeur qui fait taire les bruyants et les vaniteux et leur apprend à écouter, qui polit les âmes rudes et leur donne à goûter un désir nouveau, celui de demeurer calmes comme un miroir afin de refléter la profondeur du ciel ; le génie du coeur qui enseigne l'hésitation aux mains grossières et trop promptes, pour qu'elles apprennent à saisir avec plus de grâce ; qui devine le trésor caché et oublié, la goutte de bonté, de suave spiritualité enfouie sous l'opaque dureté de la glace, qui est comme une baguette de sourcier pour chaque grain d'or longtemps enseveli dans une lourde prison de boue et de sable ; le génie du coeur dont nul n'est effleuré qu'il ne se sente plus riche, non pas jeté dans un état de grâce et de surprise, non pas comblé et oppressé de biens venus d'ailleurs, mais riche de soi-même, renouvelé à ses propres yeux, épanoui, baigné et guetté par une brise de printemps, peut-être plus incertain, plus tendre, plus fragile, plus brisé, mais plein d'espoirs encore sans nom, plein d'un vouloir et d'un élan nouveaux (...), celui dont je viens de parler, toujours lui, rien moins que le dieu Dionysos, le grand dieu ambigu et tentateur (...) moi, son dernier initié (...)

C'est ainsi qu'il me dit un jour : "Il m'arrive d'aimer les humains...  »

 

 nietzsche,kubrick,goethe,daniel halévy28 – Humanité.

Dans son « Post-scripta » qui clôt sa magnifique biographie de Nietzsche, Daniel Halévy écrit qu’il a tenté de montrer les faces sombres du philosophe autant que ses faces lumineuses, mais rajoute aussitôt que l’on ne peut en rester à cette égalité de traitement - qui serait digne d’un scientifique !

« Il y a, en effet, une pesanteur des pensées, comme des corps : tous et tendent vers le bas. Les hauteurs sont difficilement accessibles ; il faut faire effort, au contraire, pour ne pas s’engluer dans les terres marécageuses »[2].

Nous-mêmes ferons l’effort de ne pas limiter sa pensée (tellement brillante, intuitive, stimulante et belle !) aux marécages du dionysiaque. Les pensées dures que nous avons pu exprimer à son sujet n’altèrent en rien l’amour et l’admiration que nous continuons à avoir pour lui. Impossible de contester ni sa grandeur ni son génie ! Comme il le disait lui-même à propos de Platon, dans une lettre à Lou Salomé, un système peut être réfuté, mais la personnalité qui se trouve derrière ce système, est, elle, irréfutable ! Plus qu’irréfutable, Nietzsche est à notre pensée et à notre vie, indispensable. Même dans ses erreurs, ses dérapages, ses délires, il nous stimule – et nous empêche de nous tuer.

Le pacte faustien fait, somme toute, partie de sa terrible humanité. Et l’apologie du dionysiaque révèle, au finale, moins sa férocité pré-nazie que sa blessure infinie. Comme il devait sentir, au fond, qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas dans son système ! Mais qu’importe ! Il lui fallait résister à sa souffrance d’homme sans femme – c’est-à-dire d’homme sans amour ! Et comme il aurait été heureux s’il avait pu connaître cette « grande raison du corps » qu’il vanta tant, et à juste titre, dans son œuvre ! La chasteté forcée, autant que la syphilis contractée en un seul contact, auront eu raison de lui.

Et pourtant…. Dans les semaines qui précédèrent son effondrement (le 03 janvier 1889, l’épisode du cheval), ce n’est pas Dionysos, mais Jésus, qui le hantait. Les deux devaient se battre en lui, l’un pour sa damnation, l’autre pour son salut. Lui-même signait à la fin de ses dernières missives, « Dionysos » ou « Le Crucifié ». A Cosima, la femme de l’homme qu’il avait le plus aimé, il envoya ce mot bouleversant :

«Ariane, je t’aime.

Dionysos »,

Mais à son ami de toujours, ce Peter Gast qui vécut toute sa vie pour lui, il écrivit ces deux lignes éclatantes :

 

« A MON MAESTRO PIERO,

Chante-moi un nouveau chant. Le monde est clair et les cieux se réjouissent.

Le Crucifié. »

 

Ainsi, l’auteur de L’Antéchrist finissait sa vie mentale en célébrant « les cieux » et en s’identifiant au Christ-Roi. Peut-être l’instinct chrétien qu’il avait le plus combattu dans son œuvre revenait s’imposer à lui, malgré lui, et pour lui. Le prophète du Surhomme redevenait, enfin, un homme – l’un des tous premiers de notre humanité.

[1] René Girard, Je vois Satan tomber comme l’éclair, p 226.

[2] Nietzsche, Daniel Halévy, p 506

 

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ADDENDUM ET CONCLUSION 

29 - Dionysos est-il Satan ?

Dans la version 2008 de cette étude, je n'hésitais pas :

"La pensée molle de Nietzsche (mais qui a l’apparence de la dureté), c’est donc le dionysisme (voir « Pacte Faustien »), et cela ne nous laisse pas de nous étonner. Comment le penseur le plus lucide de son temps s’est-il fourvoyé dans cette imposture intellectuelle de la pire espèce ? Comment a-t-il pu, lui, le destructeur d’idoles, impitoyable avec lui-même, céder à la pire idole du monde antique – l’idole dionysiaque ? Comment n’a-t-il pu sentir que tout ce qu’il détestait, le grégaire, le plébéien, le vulgaire, était contenu dans ce culte répugnant ?

Certes, s’il ne s’agissait là que d’une catégorie esthétique, celle qui est conceptualisée dans La naissance de la Tragédie, nous n’y trouverions rien à redire. Au contraire, pris dans sa dimension artistique, voire symbolique, le dionysiaque est indéniablement l’une des trouvailles les plus riches de Nietzsche. Elle exprime la férocité des formes, l’excès de couleurs et de lumière, le dérèglement des sens, le débordement du sens, l’ivresse totale et absolue, le sacrifice de la morale. En elle, on devine le Mozart de Don Giovanni, le Bizet de Carmen, le Beethoven de la Neuvième Symphonie, et aussi Rubens, Picasso, Francis Bacon, et tant d’autres. Mais hélas, hélas ! L’on ne peut se contenter d’une vision purement esthétique du monde. La souffrance existe vraiment. Celle notamment des enfants, qui selon Dostoïevski (que Nietzsche avait pourtant lu et vénéré), accuse Dieu lui-même. Or, si le Christ est celui qui désapprouve la violence réelle (qui a-t-il de « faible » dans cette attitude ?), Dionysos est celui qui l’approuve – et même qui l’organise à travers son culte, un des plus violents qui soient. Dionysos veut le sacrifice d’autrui qui calmera la communauté. Le Christ veut abolir le sacrifice, et pour ce faire, se sacrifie lui-même pour en montrer l’horreur… dionysiaque. Que les nietzschéens nous pardonnent, mais nous considérons que le surhumain est du côté chrétien, et que le dernier des hommes est du côté dionysien. Et nous signons au propos de René Girard : « c’est le christianisme qui détient la vérité contre la folie nietzschéenne »[1] - comme, au bout du compte, c’est le christianisme qui détient la victoire dans son combat avec Satan.

Et Dionysos, c’est Satan. On ne peut plus rien dire d’autre."

 

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30 - Mon ami Alex

Aujourd'hui, j'ai envie de dire autre chose.

Je ne vois pas en quoi Dieu ne pourrait pas contenir Dionysos (ni d'ailleurs Apollon).

Je ne vois pas en quoi on devrait renoncer à Zarathoustra au nom de sa foi en Christ.

Je ne vois pas pourquoi le stade religieux devrait abolir les stades éthique et esthétique.

Je ne vois pas pourquoi le fond des choses ne serait pas une réconciliation (Goethe).

Je ne vois surtout pas pourquoi je devrais choisir.

Non, le fond du problème est autre.

Quoiqu'en dise Simone Weil, on ne peut renoncer à la force.

Car l'amour ne suffit pas à vaincre le mal.

Pour vaincre le mal, il faut de la force.

Et si Dionysos donne cette force-là, alors pourquoi s'en priver ?

Mon ami Alex me donne de la force.

 

 

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Eternel retour

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Commentaires

  • COMMENTAIRES 2008 (aujourd'hui en partie anachroniques puisque mon texte a été largement modifié, mais je les garde pour la bonne bouche :



    Pierre, vous délirez complètement. Les juifs, qui seuls ont le sang pur ? Qu'est-ce donc, un "sang pur" ? Les juifs, la seule aristocratie qui nous reste en Europe ? Vous êtes fou ?

    Les esclaves, "vous, moi..." ? Non, je ne suis pas esclave, mes enfants ne le sont pas non plus, je ne connais pas d'esclaves, sinon ceux qui se plaisent à l'être, dont vous apparemment. Et vous me faites rire avec votre "même le président" ! Quel enfantillage, quel aveu d'aspiration à un pouvoir qui ne suffit jamais... "même le président"... autrement dit quel aveu d'un sentiment d'impuissance indépassable.

    La dissimulation, une nécessité ? Mentalité d'esclave, de surveillé honteux. On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau.

    "Dionysos, c'est Satan" : vade retro, joie ! vieille peur puritaine de ceux qui confondent Dionysos et Bacchus le pochtron volontiers rameuteur de foules lyncheuses en effet, de ceux qui ne savent pas, n'ont jamais su connaître le Dionysos solitaire et spirituel, danseur céleste, oriental, gracieux ouvrier du cosmos.

    Mais ce point reste discutable, et moins grave que vos nihilistes affirmations sur le sang pur, les esclaves, la dissimulation - inutile de dire c'est Nietzsche qui l'a dit, c'est vous qui le répétez et l'affirmez, et d'une façon beaucoup plus terrible, car dépourvue de hauteur et de beauté, pardonnez-moi de vous le dire. Hauteur poétique du verbe nietzschéen qui permet de dépasser sa propre pensée, que l'on veut trop souvent récupérer vulgairement. Vous rassemblez le plus mauvais de sa pensée, vous l'isolez comme l'ont fait les plus bas politiciens, vous la rendez triviale. Mais la pensée de Nietzsche est celle d'un artiste, morale mais en même temps au-dessus de la morale, puisqu'il s'agit de donner une vision, de peindre le monde et l'esprit dans tel ou tel de ses aspects, quoiqu'il en coûte.

    Voilà plusieurs fois que je vous dis ce que j'ai à vous dire. Faites-en ce que vous voulez, vous êtes libre de vous entêter dans le négatif, le mauvais, la logorrhée, l'allégeance à un système faux, la soumission spirituelle à l'homme perdu en vous, tout ce que vous voulez. Vous êtes libre aussi d'autre chose, vous êtes libre.

    Bon vent !

    Écrit par : Alina 11h01 - lundi 17 novembre 2008

    Bien que le sens général de vos articles ne m'échappe plus, il me parait quasiment impossible de débattre de quoi que ce soit les concernant, tout d'abord parce qu'ainsi que vous le dites c'est l'homme dont la sensibilité, la force, etc,qui transparait derrière et que cet homme est infiniment respectable, ensuite parce que le ver est dans le fruit... depuis le 19ème siècle (à lire en tous cas ce qui se dit ici ou là des derniers anarcho-terroristes dont certains osent débattre, comme si le plasticage des voies ferrées pouvait encore être considéré comme une expression possible... comme une voie (x) possible...)
    Chesterton vante les mérites du dogme et je finis, de guerre lasse, par comprendre pourquoi.
    La multitude et la divergence "démocratique" des points de vue, rendent l'exercice critique d'autant plus impossible qu'il est ouvert à tous.. et laissent le champ libre au "collectif" et à l'arbitraire des économies... autrement dit à la prédominance du ventre et de ses exigences qui trancheront au final dans le gras de nos préoccupations intellectuelles...
    Nul ne débat sur un tas de fumier (permettez cependant que je me considère comme une orgueilleuse exception, ayant moi-même vécu comme Job durant de
    nombreuses et néanmoins belles années), pas plus que sur le tas d'or où l'homo pagano-christianicus trône à présent en toute ignorance... Mais pour combien de temps encore ?
    Ds homos de toutes sortes se pressent d'ailleurs aux marches de l'empire...

    Écrit par : Petrus 11h12 - lundi 17 novembre 2008

    De plus en plus troublé par les conceptions de Chesterton, je me permets d'ajouter ce lien à mes précédentes remarques :
    http://www.cesnur.org/2001/jan18.htm

    Écrit par : Petrus 13h35 - lundi 17 novembre 2008

    Si je comprends bien Friedrich Nietzsche n'est pas Nicolas Sarkozy l'homme aux cinq ou six cerveaux ?

    Écrit par : iPidiblue et la philosophie appliquée aux chevaux 13h40 - lundi 17 novembre 2008

    On peut penser que la véritable force des faibles est d'avoir rendu "les aristocraties" honteux de leur supériorité. Qui aurait le culot de se définir aristocrate selon les termes exprimés dans ses trois postes? Qui aurait la force de l'assumer et d'en assumer les conséquences?

    Écrit par : hawkeye 14h06 - lundi 17 novembre 2008

    Sans vouloir me citer, je vous conseille, chère Alina un peu trop hallucinée ces derniers temps, d'aller relire ce que j'écrivais sur la question juive via Steiner :
    http://pierrecormary.hautetfort.com/archive/2006/06/26/la-question-juive-ou-comment-r%C3%A9concilier-antis%C3%A9mites-et-cosm.html qui vous éclairera peut-être sur ce que je cherche à dire - ainsi que tout le débat autour des Bienveillantes qui allait dans le même sens de ce que je dis ici mais qui ne semblait pas vous mettre dans tous vos états. Bien au contraire, vous approuviez.

    Pour le reste, la "dissimulation" comme nécessité ne me semble pas si scandaleuse que ça, et il me semble que j'en parlais un peu dans le sens du fameux Larnatus Prodéo (c'est ainsi que Stendhal en parle en tous cas). Je n'ai pas non plus l'impression de m'enfermer dans "le négatif" même si en effet j'aime l'explorer et voir jusqu'où l'on peut le comprendre - mais toujours pour en sortir ! Perversif, certainement, mais pas pervers - ni esclave d'ailleurs ! Peut-être est-ce ma forme de contradiction, sinon d'humour, qui ne vous convient pas (vous n'aviez déjà pas ri quand je faisais mine il y a quelque temps de prendre la défense de François Meyronnis pour mieux le descendre). Encore que sur le sang pur, là, il n'y a pas d'équivoque. Le terme est sans doute too much mais il correspond malgré tout à une réalité ethnique et historique. Dommage que vous ne le compreniez pas et que vous fassiez votre numéro d'inquisitrice de la pureté anti-pureté. Mais je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression que vous ne comprenez plus rien depuis quelque temps et que vos écrits se réduisent à des anathèmes mêlés de narcissisme : "pardonnez leur, ils ne savent pas ce qu'ils font".

    Écrit par : montalte 19h30 - lundi 17 novembre 2008

    Pardon pour mon franc parler de ce matin, c'était par souci de vous, qui vous traitez vous-même d'esclave dans ce texte. Mais ce soir je suis de si bonne humeur, vous me faites plutôt sourire de bon coeur. Oui, de quelle aristocratie parlez-vous ? De celle des personnages de "La vérité si je mens" ? De celle de Yann Moix, cet auteur si élevé qui se sent juif ? Ou encore de celle du beau marchand de surgelés BHL ? Oui, vraiment, où déceler quelque vulgarité dans tout ce joli monde pur sang ? Enfin, pur sang de mère juive, puisque le papa peut bien être le facteur blanc, jaune, noir ou rouge, chrétien, musulman, bouddhiste ou animiste, le petit sera toujours juif... Il est vrai que certains, comme Julia Kristeva ou Fabrice Hadjadj que j'ai commencé à relire et dont je donnerai bientôt des nouvelles, semblent penser que la Vierge Marie n'a pas eu besoin de père pour être conçue. Grossière erreur théologique, mais révélatrice de cette volonté d'oubli, voire d'effacement, du père, qui anime aussi ceux qui rêvent de peuples au sang pur. Cela n'existe pas, figurez-vous, ne serait-ce que parce que nul ne peut garantir, sauf test ADN, qu'un enfant est bien celui du mari de sa mère, ce contrôle échappe aux hommes et il y en a que ça fait enrager et qui se mettent à produire toutes sortes d'élucubrations pour l'oublier... Vous pensez bien qu'en quelques milliers d'années, les consanguins, l'ethnie de ceux qu'ici même dans notre beau pays on fut invité à identifier sous certains traits anthropométriques afin de mieux les marquer puis les parquer, ces personnes si vite mises à part même par ceux qui chantent leurs louanges, fort heureusement ont eu le temps de se mélanger abondamment aux autres peuples. Fort heureusement, car s'ils étaient pur sang comme vous le dites, ils seraient complètement dégénérés.
    Mon grand, vos énormités sont plus grosses que vous.

    Écrit par : Alina 23h33 - lundi 17 novembre 2008

    La Bible peut-elle être considérée comme un livre d'histoire ?

    Écrit par : Nahum ben Ibrahim 23h50 - lundi 17 novembre 2008

    C'est marrant ça, je ne voyais pas là-dedans autre chose que ce que cet écrivain a déjà dit...
    http://tatepupupa.unblog.fr/2008/05/13/qui-la-dit/

    Écrit par : Petrus 05h50 - mardi 18 novembre 2008

    Bonjour,

    vous restituez bien certaines complexités de la pensée de Nietzsche (je ne sais pas pour vous, mais dès que j'écris son nom je revois Palin dans les Monty Python, déguisé en Nietzsche et se faisant expulser du match de foot entre philosophes pour avoir engueulé l'arbitre), par exemple sur le métissage, où même si Friedrich délire un peu on le voit essayer d'être ouvert à toutes les hypothèses,

    et en même temps, je ne sais pas si ça vient de vous, de Nietzsche ou des citations que vous avez choisies, ou de moi, mais ces textes ne donnent pas envie de le (re)lire. Ils me confirment plutôt dans l'idée que lorsqu'il n'est plus guidé par les moralistes français, Nietzsche était un brave teuton un peu concon.

    J'en rajoute évidemment, mais je voulais vous signaler cet éventuel effet, pervers ou non, de ce que vous avez écrit.

    Et aussi vous indiquer ce texte érudit sur la réception de la pensée de Nietzsche :

    http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2008/11/18/l-impact-de-nietzsche-dans-les-milieux-de-gauche-et-de-droit.html

    Au plaisir,

    AMG.

    Écrit par : cafeducommerce 07h00 - mardi 18 novembre 2008

    "Etre ouvert à toutes les hypothèses" - voilà qui est nietzschéen, Café ! Merci pour le lien.

    Lorsque Nietzsche parle des juifs, il en parle de manière polémique, à la fois peut-être pour désamorcer son antijudaïsme et d'ailleurs son antichristianisme, et pour provoquer les antisémites. Traiter les antisémites de "goy", il n'y a que ça de vrai ! Je ne dis pas que c'est très constructif, mais enfin, c'est amusant de voir la gueule des sangs de bourbe quand on leur parle de sang pur. Et c'est ce que je reprends, avec poésie ou non, avec hauteur ou non, à mon compte. On pourra dire que ce philosémitisme est une sorte d'antisémitisme positif (car dire qu'une ethnie est supérieure à une autre, même quand ce n'est pas la sienne, c'est encore du racisme) sans comprendre que ce que l'on cherche, c'est la singularité, sinon le génie juif, qui de Spinoza aux grands rabbins, de Lévinas à George Steiner, de Proust à Hanna Arendt, forme en effet une aristocratie intellectuelle. Le propre du juif, dit malicieusement Steiner, est d'interpréter un texte même cinq minutes avant sa mort. Voilà à quoi je pense, Alina, quand je parle d'aristocratie juive. D'un peuple qui a fait de l'intellect une vertu, d'un peuple, qui malgré tous les métissages de l'histoire, est resté fidèle à lui-même (car s'il n'y a plus de gaullois, de romains, d'étrusques, de scythes, il y a encore Israël), d'un peuple qui a évidemment sa part de vulgarité et de vanité (les gens que vous citez), d'un peuple qui a su préserver, plus que les autres, son Verbe et sa substance. D'un peuple qui est en effet la matrice mystique de l'Occident. Léon Bloy, que je n'apprécie pas outre mesure, dit ce genre de chose dans "Le salut par les juifs".

    Autre chose (puisqu'il faut vous mettre les points sur les i) : quand je dis que de Sarkozy à vous, en passant par moi, nous sommes esclaves, ou faibles, je le dis au sens où chacun de nous, à son niveau, est aliéné à un système, des préjugés, un automatisme social qui nous empêche en effet d'être complètement libre. Chacun de nous est pécheur, si vous voulez. Bien sûr, je crois à la liberté, j'aspire à être aussi libre que vous, mais je sais aussi que je serais toujours le débiteur plus ou moins malheureux d'une classe, d'une famille, d'un système, sinon de tares et de pulsions. Je ne crois pas que l'on puisse dire, sauf à être le Christ en personne : "moi, je suis complètement libre". Et lorsque vous dites vaniteusement que vous n'êtes pas esclave ni vos enfants, et qu'il n'y a rien d'impur dans votre coeur (contrairement à ce que hurlait Laurent James lors d'une soirée Cancer où nous nous étions retrouvés) eh bien je me dis que vous auriez fait une excellente cathare... ma mie.

    Écrit par : montalte 11h46 - mardi 18 novembre 2008

    Ah, voilà, c'est mieux. Tous les sangs sont de bourbe, donc. Et c'est vous qui êtes cathare dans votre vision fantasmatique des juifs. (Ai-je dit qu'il n'y a rien d'impur dans mon coeur ? J'ai dit que je veille à laver mes yeux chaque matin, ainsi que le recommande... Kafka. Et dans mon livre de conversation avec Stéphane Zagdanski, j'ai justement dit que j'étais très prudente avec ces notions de pureté et d'impureté. A mon sens, la pureté n'existe que comme mouvement de la vie se débarrassant toujours de nouveau de ses inévitables scories, ou pour le dire d'une autre façon reconnaissant devant Dieu ses fautes).

    Oui, bien sûr, le génie juif est évident. Pourquoi aller chercher la question si meurtrière du sang pour le dire ? Le sang de l'homme, c'est son langage. Et le génie des peuples se perpétue de différentes façons selon les peuples, et aussi plus ou moins intensément selon les moments de l'Histoire.

    Par exemple le génie grec s'est exceptionnellement perpétué à travers sa langue, Jacques Lacarrière l'a montré, et même de façon tout à fait unique : si bien qu'un petit Grec d'aujourd'hui, ne sachant pas même encore lire, dit, voyant un crabe mourir sur une plage, "charopalévi", c'est-à-dire "il passe par Charon", perpétuant ainsi la Grèce éternelle.

    Le génie étrusque semble éteint, mais il vit, transformé, ce qui est le propre de la vie, à travers d'autres cultures, de même que le génie juif et le génie grec vivent aussi à travers le christianisme.

    Le génie arabe, le génie chinois, le génie français, etc, ne sont pas forcément éteints parce qu'ils passent par des périodes où ils sont plus ou moins visibles. Il ne faut pas avoir une conception trop étriquée, trop humaine, de ces choses : c'est depuis le temps de Dieu qu'il faut voir ça, et son temps s'étend bien au-delà de nous.

    Cordialement.

    Écrit par : Alina 14h08 - mardi 18 novembre 2008

    Quant à nous, chrétiens, notre génie, ou notre aristocratie, est d'être en train d'aller vers l'accomplissement d'un verbe qui est amour, vérité, voie, un verbe d'amour en chemin, en mouvement. Qui donc, je le crois absolument, est plus vrai et plus haut encore que l'intellect, sans l'annuler pour autant. Un verbe qui est amour et qui tout à la fois englobe et dépasse l'intellect, transcende la raison comme le Christ dépasse et transcende la Loi, en s'appuyant sur elle sans en être l'esclave figé ou limité.
    Là encore, à envisager dans un vaste regard sur l'Histoire, où l'histoire de Dieu et celle des hommes se rejoignent.

    Écrit par : Alina 14h26 - mardi 18 novembre 2008

    Café du Commerce, mon sentiment est bien celui qui se dégage de l'article que vous signalez. Mais quand je lis :"4ème stade: Le stade de l'Antéchrist qui est purement existentiel, selon la terminologie catholique de Lannoy; cette phase terminale consiste à se jeter dans le fleuve de la Vie, en abandonnant toute référence à des arrière-mondes, en abandonnant tous les discours consolateurs, en délaissant tout Code (moral, intellectuel, etc.)" j'ai tendance à m'arrêter sur l'etc, et ajouter : "en sautant du pont sans élastique, en se bouchant les orifices à l'araldite, en s'émasculant, en se tranchant jambes et bras, en entrant dans le samadhi du perpétuel néant, locked-in-syndromé à mort et crevant droit dans ses bottes sur l'autel sacrificiel d'une culture dont nul n'est sûr qu'elle adviendra", et c'est vrai que ça lui donne des allures messianiques.
    Je n'apprécie guère Jules Lequier, Antonin Artaud me révulse et je me contrefous de Nietzsche, mais au rayon culture de l'hypermarché du savoir où nous sommes, j'éprouve tout-de-même énormément de sympathie pour eux...
    Un vieux réflexe dyonisaque sans doûte, ou peut-être chrétien ! qui se manifeste par de la sympathie pour les agneaux sacrificiels, ou pour les chevaux battus.

    Écrit par : Petrus 14h42 - mardi 18 novembre 2008

    "Nous l'avons dit est plébéien celui qui pense la vie seulement selon le sexe et le sang, celui qui, tant qu’on ne lui a pas précisé l’identité sexuelle et raciale d’une personne, ne sait pas quoi en penser."

    Je m'amuse beaucoup à la lecture de vos commentaires sur la "pureté du sang juif", quand cette affirmation théologique et néanmoins à l'emporte-pièce de notre aimé hôte est l'exacte illustration de ce jugement plébéien type tel que définit en introduction à ce néanmoins excellent article.

    "Excellent" ? à vrai dire il l'est d'autant plus que je n'y comprends rien, toute articulation logique semblant en être abstraite au point qu'on ne sait plus ce que le locuteur pense, s'il ironise ou non, s'il est très autosatisfait ou très aveugle, si moi lecteur je dois me sentir flatté d'être son commensal aristocrate, ou son valet plébéien, ou les deux... Montalte, vous flirtez avec la dangereuse poétique nietzschéenne !

    Ne soyez pas trop dur avec Alina, cependant, qui paraît depuis quelques jours revenir un peu de ses sucreuses mièvreries de nouvelle convertie. Dans le débat qui ne vous oppose pas, elle me paraît avoir plus raison que vous. Et puis elle vient de défoncer exactement comme il le faut 3 des plus odieux faux prophètes de ce temps (et du même coup - j'espère ! - celui qu'elle commençait à être), Yann Moix, Julia Kristeva et Fabrice Hadjajd. Il ne lui reste plus qu'à écouter la leçon du plus grand converti de tous les temps, Paul de Tarse - qui après que le Christ en personne lui soit apparu, avait eu le bon sens de faire trois années de retraite au désert avant de se prendre pour... Saint Paul, apôtre.
    Avec tous les livres qu'elle annonce pour 2009, il lui reste du chemin à parcourir !

    Écrit par : Serge Rivron 19h36 - mardi 18 novembre 2008

    Ah ! j'ai oublié : merci Montalte de rappeler à Alina le B-A-BA de notre théologie : la solidarité des hommes envers le péché originel. Là, pour le coup, vous avez bien plus raison qu'Alina !

    Écrit par : Serge Rivron 19h55 - mardi 18 novembre 2008

    Serge, on n'emploie pas le subjonctif après "après que". Bon chemin à toi dans l'apprentissage de l'écriture !
    J'ai jeté la mauvaise bouteille de rosé que tu avais apportée en t'invitant chez moi, j'ai jeté le manuscrit du livre bidonné que tu m'avais envoyé (Moix, Kristeva et Hadjadj sont tout de même de plus sérieux clients), il reste dans mon ancien ordinateur les quelques témoignages de ta ridicule présomption que tu as cru devoir m'envoyer aussi, par phrases ou par photo...
    Sois gentil, oublie-moi !

    Pardon à tous pour cette petite mise au point personnelle.

    Écrit par : Alina 21h28 - mardi 18 novembre 2008

    ... la lecture de ces trois articles est impressionniste ; c'est une manière comme une autre d'aborder un écrivain. Les "installations" de certaines galeries d'art contemporain sont plus absconses si l'on va par là et il n'est pas rare de constater que leurs auteurs ne savent pas au juste ce qu'ils ont voulu dire et qu'ils laissent au regard du badaud le soin d'interprêter l'oeuvre à leur place. Ca n'est pas le cas ici, monsieur Rivron où la construction si elle n'apparaît pas est pourtant loin d'être absente.
    Les querelles qui s'ensuivent sont de surface et constituent une sorte de récréation. La pureté du sang juif par exemple n'est pas à prendre au pied de la lettre, mais comme une métaphore. On peut effectivement dire et défendre que le sang des juifs est pur ! Pur parce que justement aucun autre sang "culturel" connu n'a su préserver son intégrité patrimoniale en se mélangeant autant ! Pur, parce que par delà le temps, les juifs ont eu le génie syncrétique de préserver leurs croyances en les enrichissant. C'est une évidence. Ne pas le constater revient à se boucher les yeux délibérément. Il n'y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. C'est en ce sens que j'entends cette "aristocratie" humaine, pure métaphore, qui n'affiche aucune superbe mais au contraire une authentique humilité.

    Écrit par : Petrus 10h02 - mercredi 19 novembre 2008

    Merci cher Petrus pour votre effort de lisibilité ! Car en effet, "aristocrate" ne renvoie ni à du nobiliaire ni à de la morgue sociale, mais à une hauteur de vue et de ton, à une absence de ressentiment, à un goût de l'excellence, à ce que Spinoza appellerait la joie. Et lorsque je dis tout ça, je ne sous-entends pas que j'en suis forcément, moi, pas moins plébéien qu'un autre, mais disons que c'est à cela auquel j'aspire, et c'est grâce à cela que je dépasse ma tristesse et ma faiblesse - mon négatif, comme dirait Alina. Mais il est aussi vrai que ce faisant, mon cher Serge, je donne à mon texte une incertitude subjective qui brouille les pistes et peut porter aux plus douteuses équivoques. En cela suis-je fidèle à Nietzsche.

    Pour revenir à la question juive, il est certain que la question du sang se pose à un certain moment dans la mesure où les juifs eux-même continuent de se percevoir comme un peuple à part, un peuple rescapé de l'Antiquité, un peuple pour qui, comme le dit George Steiner, les mariages mixtes peuvent être... un problème de survie. Il est là le scandale d'Israël : à la fois affirmer le Verbe universel et rester entre soi, mélanger les forces et les identités du monde mais se garder de mélanger la sienne avec les autres, fertiliser spirituellement le monde, mais rester en communauté. Bref, s'installer dans une sorte de privilège historico-ethnique absolument impensable aux yeux du monde contemporain de plus en plus métissé et démocratique. Qu'un peuple, déjà, se définisse, comme "élu", et que cette élection soit symbolique ou physique, intellectuelle ou terrienne, spirituelle ou sociale, voilà l'odieux an-historique.

    Écrit par : montalte 12h20 - mercredi 19 novembre 2008

    Etes-vous chrétien et catholique, Montalte ? Savez-vous que pour un chrétien il n'y a plus ni juif ni païen, ni homme ni femme, que le peuple élu est désormais le peuple du Christ, mieux encore qu'élu, corps de Dieu, peuple tendant à l'universalité, dont chaque membre est membre du Christ ?
    Les juifs ne font pas tout ce cinéma autour de leur "aristocratie", sauf bien sûr les plus incertains et défaillants, comme partout. Einstein vous tire la langue.

    Tous ces délires construits pour servir un désir d'aristocratie ne révèlent-ils pas une impuissance à atteindre cette aristocratie ? Yann Moix, à l'image du plus vulgaire de l'homme contemporain cependant capable de souffrir de sa vulgarité, de sa participation la plus vulgaire à ce monde vulgaire, de sa collaboration active quoique souvent dissimulée à ce monde, se sent juif, dit-il. Pourquoi ? Parce qu'il rêve d'être haut quand il est bas, parce qu'il est impuissant à entrer dans la vraie grandeur du Christ. Ainsi que bien d'autres, n'est-ce pas ?

    Je le répète, votre vision fantasmatique des juifs, vos manipulations langagières, sont sordides et potentiellement meurtrières, on ne l'a que trop vu dans l'Histoire.

    Écrit par : Alina 12h49 - mercredi 19 novembre 2008

    bon sang que tout cela donne envie de se convertir à votre foi, madame messieurs !

    Écrit par : innocent x jr 13h30 - mercredi 19 novembre 2008

    Pour vous répondre, Alina, je remets en scène le post que j'avais consacré à cette si scandaleuse question juive telle que la conçoit George Steiner, peut-être encore plus meurtrier que moi là-dessus comme vous risquez de le trouver. Et je suis catholique et ne me sens pas du tout juif à la manière d'un Moix.

    Écrit par : montalte 13h31 - mercredi 19 novembre 2008

    innocent x jr, Jésus n'est justement pas l'homme chanté si drôlement par l'excellent Bouchitey... qui voit vraiment Dieu, combat pour lui !
    cordialement à tous

    Écrit par : Alina 13h47 - mercredi 19 novembre 2008

    Et la confiture, Alina, qu'as tu fait de la confiture ? A-t-elle aussi fini aux cochons ? j'en ai peur.

    Cet article aura eu entre autres mérites celui de faire tomber le nombril d'aristocratie joyeuse de
    Sainte Lumière dans le temps, qui entre deux psaumes à * rumine à ce qu'il semble des ressentiments bien peu amènes. Dommage - Il faut pourtant prier pour elle. Et la confiture, qu'as-tu fait de la confiture ?

    (* = Dieu, en langage extatique)

    Écrit par : Serge Rivron 14h31 - mercredi 19 novembre 2008

    Je rentre de mes songes. Magnifiquement reposée dans la barbe de *. Partie aussitôt à la selle (petites crottes d’amour qui ont évolué vers un bleu tendre pâturé de grandes bêtes blanches), en fredonnant un Dominique-nique-nique de toute beauté vêtue d’une simple robe, sans aucun maquillage, les cheveux libres, nature. Reçu tout au long du chemin un festival de louanges, regards doux et mots fleuris, jusqu’à un « sublimes ! » glissé dans mon esgourde une fois l’affaire entendue. Il y a des jours comme ça. Les hommes, ces pécheurs à l’image de *, sont toujours si gentils avec moi, de près, en vrai. Et si effrayés, de loin. Ceci est mon corps.

    Ecrit par : soeur kaki | 13.11.2008

    cordialement (comme vous dites si merveilleusement bien)

    Écrit par : innocent x jr 15h02 - mercredi 19 novembre 2008

    innocent x junior, ce matin Franck Bilal Yusuf Mohammed Ribéry causait dans le poste et remerciait Allah pour ses bienfaits.
    Preuve qu'il y à ceux qui cherchent et ceux qui ont trouvé.

    Écrit par : Petrus 15h52 - mercredi 19 novembre 2008

    Merci pour la confiture, je ne m'en souvenais pas, elle était très bonne. Comme quoi tout n'est pas entièrement perdu.

    Écrit par : Alina 16h19 - mercredi 19 novembre 2008

    Alina, ton commentaire est exquis, vraiment. Il aurait été mieux cependant que tu manifestes ton immense miséricorde un peu plus tôt, pour qu'on arrive à y croire. Un petit pas pour l'homme est toujours un grand pas pour la Charité. Sang pur ou pas - et d'ailleurs, à part quelques esclavagistes en puissance, qui s'en soucie ?
    Même Nietzsche, le meilleur contradicteur du christianisme à part Blaise Pascal, a rendu les armes devant l'ambivalence éternelle de cette question.
    Craignant que tu n'aies pas mesuré pour assez de temps ta "dérade", comme disait Rimbaud, je ne te promets pas de te remettre le couvert ailleurs. Pour la confiture, bien sûr.

    Écrit par : Serge Rivron 00h49 - jeudi 20 novembre 2008

    Petrus, si ça se trouve, votre commentaire sportif apporte presque la preuve qu'Allah (* pour les intimes) possède le câble !

    Écrit par : innocent x jr 09h50 - jeudi 20 novembre 2008

    Eh ben j'ai pas compris. Je vais m'écouter CCR ça me remettra les idées en place, tiens.

    Écrit par : Petrus 12h02 - vendredi 21 novembre 2008

    Monsieur Pierre Cormary n’a pas solutionné l’énigme de son maître Nietzsche quant au dieu inconnu (contenu dans toute tragédie comme le remarque aussi Blanchot), qui n’était somme toute qu’un demi-dieu : Dionysos. Oui il faudrait revenir sur le rapport compliqué entre Nietzsche et sa mère qui voulait en faire un prophète ou grand théologien. Mais c’est de fragments posthumes qu’il a traduit et où Nietzsche dit à ses amis « qu’on me pardonne » que Michel Haar est parti pour écrire son Nietzsche et la métaphysique, même s’il brode autour du vide sans parler de ces deux ou trois fragments où pour soulager sa douleur Nietzsche en vient à réinvoquer Dieu.

    Les fragments en question me seront sans doute demandé mais sont ontenu dans le tome XI des F. P. (Colli & Montinari et Haar et de Launay)

    Écrit par : Anthony 22h32 - dimanche 30 novembre 2008

    Monsieur Cormary attention avec le hot-linking c'est-à-dire le fait de ralentir les sites que vous aimez bien en y puisant par lien vos images, vous ralentissez leur bande passante. C'est pourquoi il est préférable de charger ses propres images :)

    Sorry for le ton donneur de leçon.

    Écrit par : Anthony 22h35 - dimanche 30 novembre 2008

    Non, non, au contraire, je ne savais pas du tout de quoi il s'agissait... Mais pouvez-vous vous mettre en contact avec moi pour en parler ?

    Écrit par : montalte 22h43 - dimanche 30 novembre 2008

    Les choses ne se réclament pas, elles se conquièrent.

    dixit un certain...

    Écrit par : Anthony 11h21 - lundi 01 décembre 2008

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