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Réponses au questionnaire de Proust.

medium_paon_4.5.jpg Dernière intervention avant mes trois semaines de villégiature. Et puisque je rends heureuse une femme depuis trente-cinq ans et un jour, mais comme dit Nabe, "le fils est la zone érogène de la mère", l'occasion de faire un bilan égotiste et complaisant en répondant à ce fameux questionnaire Marcel Proust dont je suis sûr qu'on lira mes réponses jusqu'à la fin, ne serait-ce que pour dire "ah le con, m'étonne pas de lui !" :

1 - Quel est pour moi le comble de la misère.

L'inconfort.

2 - Le principal trait de mon caractère.

La ferveur.

3 - Ma vertu préférée.

La patience.

4 - Mon idéal de bonheur terrestre.

Gardien de musée.

5 - Fautes qui m'inspirent le plus d'indulgence.

Toutes, à condition qu'on les reconnaisse. Aucune sinon.

6 - Si vous n'étiez pas vous-même, qui auriez-vous voulu être ?

Merlin l'enchanteur.

7 - Où aimeriez-vous vivre ?

A Poudlard.

8 - La qualité que je préfère chez l'homme.

Le sens de la mort.

9 - La qualité que je préfère chez la femme.

Le sens de la vie.

10 - Ce que j'apprécie le plus chez mes amis.

Qu'ils me foutent la paix.

11 - Mon principal défaut.

L'incontinence.

12 - Mon occupation préférée.

Aucune occupation, que des passions et des pulsions.

13 - Mon rêve de bonheur.

Amandine.

14 - Quel serait mon plus grand malheur.

Spirituellement, perdre la foi.
Intellectuellement, perdre l'admiration.
Physiquement, perdre la vue.

15 - Ce que je voudrais être.

Moi en mieux.

16 - Mets et boissons préférés.

Le steak tartare. Les spaghetti à l'ail. Les sashimi.
Le vin rouge - Bordeaux Saint Vincent en ce moment.

17 - Couleur, fleur et oiseau préférés.

Le bleu paon.
Les plantes grasses (et les violettes de Monet).
La chouette.

18 - Mes auteurs favoris en prose.

CLASSIQUES - français : Molière. La Rochefoucauld. Sade. Marivaux. Rousseau. Benjamin Constant. Villiers de l'Isle-Adam. Huysmans. Zola. Proust. Céline. Claudel. Cioran. Deleuze. - Etrangers : "Saint Paul". Dostoïevski. Schopenhaueur. Nietzsche. Lewis Carrol. Chesterton. Thomas Mann. John Cowper Powys. Malcolm Lowry. Alejo Carpentier.

CONTEMPORAINS : Houellebecq. Nabe. Nothomb. Matzneff. Michon. Robbe-Grillet. Clément Rosset. / James Ellroy. George Steiner. Jeanne K. Rowling.

19 - Mes poètes préférés.

Villon. Mallarmé. Apollinaire. Houellebecq.

20 - Mes héros dans la fiction.

Adolphe. Mosca. Aramis. Oblomov. Tonio Kröger. Charlus. Stephane Dédalus. Menou-Segrais. Don Rigoberto (chez Vargas Llosa). Prétextat Tasch. Rogue (dans Harry Potter). Et aussi : Noodles (d' Il était une fois en Amérique), Guido (dans Huit et demi) Alex (d'Orange mécanique). Enfin : Loge (dans la Tétralogie de Wagner et interprété par le génial Heinz Zednik chez Chéreau et Boulez).

21 - Mes héroïnes dans la fiction.

Les héroïnes de Shakespeare, voluptueuses et couillues : Juliette, Rosalinde, Portia, Béatrice, etc. La Sanseverina. La mère de Demian de Hesse. L'anglaise de Sylvie et Bruno de Lewis Carroll. Kundry. La Maréchale du Chevalier à la Rose. Dona Prouhèze. Et Athéna.

22 - Mes compositeurs préférés.

CLASSIQUE : Mozart et Wagner avant toutes choses ; ensuite Scarlatti, Offenbach, Albeniz, Debussy, Mahler, Berg, Puccini. Et Michael Nyman. JAZZ : Duke Ellington, Billie Holiday, Monk, Dizzie Gillespie. POP : l'intégrale Beatles, The Wall de Pink Floyd. (Cette année, le dernier album des Sparks,"Lil' Beethoven".) DIVERS : Le No Smoking orchestra avec Emir Kusturica ; L'étrange Noël de monsieur Jack de Danny Elfmann ; le générique d'Amicalement vôtre.

23 - Mes peintres préférés.

En ce moment, Rubens.
Sinon, Modigliani, Bacon, Fragonard, Greco, Lautrec, Botticelli, Matisse.

24 - Mes cinéastes préférés.

Kubrick.
Fellini. Léone.
Scorcese. Greenaway. Lynch.
Christensen (l'auteur de Haxän, les sorcières, 1922). Tarkovski. Ozu. Cassavetes.
Méliès. Clouzot. Bresson. Rohmer. Lucas Belvaux.
( + Tex Avery.)

25 - Mes héros dans la vie réelle.

(Modèles masculins plutôt) Sacha Guitry. Philippe Caubère. Dietrich Fisher-Dieskau. Pierre Vaneck dans Art de Yasmina Réza.

(25' - Mon personnage historique favori.

Damiens)

26 - Mes héroïnes dans la vie réelle.

Les femmes que je n'ai pas eues - et Vivien Leight, l'icône absolue.

27 - Mes prénoms favoris.

Peter. Philippe. Hélène. Maud. Paule.

28 - Ce que je déteste par dessus-tout (ou ma bête noire).

Les gens carrés, purs, entiers, naïfs, "brute de décoffrage", actifs primaires, connards parménidiens pour qui ce qui est est ce qui n'est pas n'est et qui disent : "on ne va pas chercher midi à quatorze heure."

29 - Caractères historiques que je méprise le plus.

A GAUCHE : Robespierre, Saint-Just et tous leurs amis. Lénine. Che Guevara.
A DROITE : Maurras. Pétain et les pétainistes. Mère Thérésa. (Explications éventuelles à venir)

30 - Le fait militaire que j'admire le plus.

La résistance (civile et militaire) en Angleterre pendant le blitz.

31 - La réforme que j'estime le plus.

La contre-réforme catholique.

32 - Le don de la nature que je voudrais avoir.

La volonté.

33 - Comment j'aimerais mourir.

Censé et à cent ans.

34 - Etat présent de mon esprit.

Autosatisfait.

35 - Ma devise.

"Sois sobre, aie confiance en Dieu et baise."

(Formule d'une association américaine de soutien aux délinquants, d'obédience protestante, et citée par James Ellroy dans Ma part d'ombre, qu'il faut prendre non comme une affirmation machiste de sa pseudo virilité mais comme une exhortation médicale à sortir de soi et de sa pourriture dépressive - et que j'ai mis des années à mettre en pratique.)

Allez, bonnes vacances !

Lien permanent Catégories : Egographies 16 commentaires 16 commentaires Imprimer

Commentaires

  • Je préviens, il est hors de question que j'appelle ma fille "Paule" !
    Non mais oh !

    Kalamazoo.


    Ps : J'ai un problème avec mon blog, on me demande de m'affranchir de ma facture de 0 euro......................... Donc, pas de bloguage prévu de mon côté, pe être bien jusqu'au retour des vacances.

  • "28 - Ce que je déteste par dessus-tout (ou ma bête noire).

    Les gens carrés, purs, entiers, naïfs, "brute de décoffrage", actifs primaires, connards parménidiens pour qui ce qui est est ce qui n'est pas n'est et qui disent : "on ne va pas chercher midi à quatorze heure." "

    C'est bien pour ça qu'on t'aime !

    et aussi..

    "10 - Ce que j'apprécie le plus chez mes amis.

    Qu'ils me foutent la paix."

    C'est entendu ! à quand ? sourire..

  • Tout compte fait, dans une perspective ironique, Montalte et Stalker mènent le même combat : le premier, honnêtement et naïvement, met en avant des sots (les Guitry, des cinéastes, quelques écrivailleurs anglo-saxons de troisième ordre) et laisse en arrière-plan de beaux noms (Pascal, Nietzsche, Cioran), qui servent de faire-valoir de sa propre image ; le second, journaliste impuissant, met en avant des noms glorieux (G.Benn, G.Steiner, Rilke, Dostoïevsky), tandis que son niveau ne lui permet pas de s’élever au-dessus de ses misérables «lumineux» qu’il garde pourtant à l’arrière-plan. En employant les termes du second : la foi mauvaise contre la mauvaise foi. Vu par l’immense majorité de nos contemporains, ce combat est le même à cause de ce fameux relativisme qui, au nom da la fichue tolérance, met au même panier les perles et les pavés, les fleurs et l’ivraie, le cœur et l’inertie. Cioran en compagnie de Marivaux ! Dostoïevsky en celle de Lowry ! GeorgE Steiner ! (et ne mutilez plus le bon La RochefoucaulD !) en celle de Rowling ! Modigliani en celle de F.Bacon. Il faut avoir un goût difforme, sans bons filtres, pour aimer, au même moment et avec les mêmes effusions, Mozart et Wagner : la musique aérienne et la musique aqueuse ! C'est acceptable pour un homme à sensibilité du métronome, mais pour l'homme des "passions et pulsions"...
    Oui, j’ai reconnu en Montalte – Oblomov et en Stalker – Smerdiakov ! Rêveur débonnaire et envieux vulgaire. Il n’appartient pas à Oblomov de se moquer de Che Guevara ; il n’appartient pas à Smerdiakov de se rapprocher de Hölderlin. Suum cuique.
    L’icône est un nom féminin.

  • Cher Scythe, d'abord, un grand merci pour votre orthographe qui remet en place la mienne. Ensuite, dommage que vous croyez que je mets sur le même plan des gens aussi différents que Rowling et Steiner. C'est votre façon de voir à vous qui vous fait penser ça. Je lis Rowling et Steiner, certes, mais où avez-vous vu que je les considère de la même façon ? L'un est un penseur de haute volée, l'autre est une conteuse de génie, l'un s'est interrogé sur la valeur de la culture comme personne, l'autre a redonné ses lettres d'or à la littérature enfantine. Où est le problème ?
    Incompréhensible en revanche votre accusation de relativisme à propos de Marivaux et de Cioran, de Modigliani et de Bacon, et même de Dostoïevski et de Lowry... Voilà des duos qui ne me semblent pas si formellement différents et qui en tous cas ont tous la place du premier rayon, et il sera difficile de prouver le contraire.
    Quant à Mozart et Wagner, je vous rassure, je ne les écoute pas tous les deux en même temps, mais je ne vois nulle contradiction à voler avec l'un et à nager avec l'autre. Il faudrait que vous révisiez vos jugements comme je dois réviser mon orthographe, monsieur le Trissotin qui confondait encore il n'y a pas si longtemps poésie et philosophie (en voilà du relativisme !)...

  • Pourquoi Damiens est-il ton personnage historique favori ? C’est bien celui qui tenta d’assassiner Louis XV ?

    Pour clore le bec à tes détracteurs, Montalte : "Il y a du Protée en chacun de nous." (Paul Gadenne)

  • Montalte est un homme de goût qui n'échappe pas à certaines fautes de goût. A sa décharge, il est rare d'en rencontrer qui y échappent complètement. Mais tout de même ! Rêver d'être au pays de Poudlard et placer la dame Rowling au côté, à quelques places près, de Schopenhauer et de Nietzsche laisse pour le moins rêveur... En comparaison, point de difficulté à réconcilier Mozart et Wagner, ni même Wagner et Debussy, et c'est peu dire !

  • Je crois avoir compris pour Damiens, inutile de me faire un dessin. Il s'est vu offrir une belle séance de BDSM.

  • « je ne vois nulle contradiction à voler avec l'un et à nager avec l'autre. »

    C’est très joliment dit ! C’est le pêle-mêle contextuel, sans hiérarchies ni angles de vue spécifiés, qui est à l’origine de mon étonnement. Au demeurant, je les aime aussi, tous les deux, aux heures incompatibles de l’âme : pour me laisser submerger par le lumineux ou par le sombre, pour baisser ou pour redresser la tête.


    « Il faudrait que vous révisiez vos jugements, monsieur le Trissotin qui confondait encore il n'y a pas si longtemps poésie et philosophie (en voilà du relativisme !)... »

    On n’a pas encore vu de bons jugements avec de la méchante orthographe. Quand la grammaire boîte, la pensée a de bonnes chances d’être, elle aussi, aptère. Un bon algébriste sait manier aussi les chiffres. Curieux que ce soit toujours Molière qui fournisse aux faibles les modèles les plus infamants pour qualifier leurs interlocuteurs; ces Trissotin, Tartuffe, ces équivalents des «nains» et «shits» stalkériens. Tout en étant à l’opposé des prototypes dostoïevskiens (les uns servent aux imbéciles pour les persuader qu’il y a des imbéciles encore plus irrécupérables qu’eux-mêmes ; les autres servent aux hommes raisonnables pour découvrir un imbécile en soi-même), ils ont en commun avec ceux-ci cette propriété non-négligeable de ne pas exister dans la vie réelle.
    Quand on dit que la musique est un langage, on ne les confond pas, on établit des hiérarchies (arbres de parenté). Et si la bonne philosophie fait partie de l’arbre poétique, cela ne veut pas dire qu’on confonde la racine d’avec la cime, l’ombrage d’avec la fleur, l’ascension d’avec l’enracinement.
    Le relativisme est une mise au même niveau, faute de goût, des choses incommensurables. Quant au bon goût, tout lui est permis, à condition de posséder, en plus, du talent.
    Vous devriez comprendre que tout nom d’oiseau qui vous sort de la bouche est un aveu de l’impuissance de la langue et, pire, de ce qui la gouverne. Mais je vois que dans la blogosphère le prurit des invectives est difficile à calmer. Faites un effort, hein?

  • "« je ne vois nulle contradiction à voler avec l'un et à nager avec l'autre. »

    C’est très joliment dit ! C’est le pêle-mêle contextuel, sans hiérarchies ni angles de vue spécifiés, qui est à l’origine de mon étonnement. Au demeurant, je les aime aussi, tous les deux, aux heures incompatibles de l’âme : pour me laisser submerger par le lumineux ou par le sombre, pour baisser ou pour redresser la tête."

    Oui, au divin Mozart, le diabolique Wagner (ou le Mage du Nord, comme le nommait Thomas Mann) Nous sommes bien d'accords. Alors pourquoi faites-vous semblant de ne pas l'être ? et de quelle hiérarchie parliez-vous à leur propos ? Mozart a la grâce ? Wagner a le philtre ? L'un fait de la musique pure et l'autre de la musique impure ? - critique nietzschéenne : il a rendu la musique malade, il a corrompu l'harmonie, il a pollué l'art. Et pourtant, nul ne lui résiste. Même Claudel avouait qu'il revenait à la Liebestod.


    « Il faudrait que vous révisiez vos jugements, monsieur le Trissotin qui confondait encore il n'y a pas si longtemps poésie et philosophie (en voilà du relativisme !)... »

    On n’a pas encore vu de bons jugements avec de la méchante orthographe. Quand la grammaire boîte, la pensée a de bonnes chances d’être, elle aussi, aptère. Un bon algébriste sait manier aussi les chiffres. Curieux que ce soit toujours Molière qui fournisse aux faibles les modèles les plus infamants pour qualifier leurs interlocuteurs"

    Si aimer Molière est une preuve de faiblesse, alors je suis hémiplégique. Mon cher Scythe, vous n'aimez pas Poquelin, vous n'aimez pas Marivaux, je ne sais plus quoi vous dire, moi...

    ; ces Trissotin, Tartuffe, ces équivalents des «nains» et «shits» stalkériens. Tout en étant à l’opposé des prototypes dostoïevskiens (les uns servent aux imbéciles pour les persuader qu’il y a des imbéciles encore plus irrécupérables qu’eux-mêmes ; les autres servent aux hommes raisonnables pour découvrir un imbécile en soi-même), ils ont en commun avec ceux-ci cette propriété non-négligeable de ne pas exister dans la vie réelle."

    AH bon ????? Moi, j'ai l'impression que j'en vois tout le temps des Avares, des Bourgeois Gentihommes, des Malades imaginaires, des Misanthropes, des Scapin, des Géronte, des Amphyptrion, des Vadius, des Diafoirus... C'est la comédie humaine absolue et infinie, Molière. Le type qui a tout compris sur tout et dont Cioran (que vous aimez) disait que "s'il s'était replié sur ses abîmes, Pascal eût fait figure de journaliste." Mais pas pour vous. Bon.

    "Quand on dit que la musique est un langage, on ne les confond pas, on établit des hiérarchies (arbres de parenté). Et si la bonne philosophie fait partie de l’arbre poétique, cela ne veut pas dire qu’on confonde la racine d’avec la cime, l’ombrage d’avec la fleur, l’ascension d’avec l’enracinement."

    Enfin ravi de vous l'entendre dire ! Car jusqu'à présent, TOUS vos textes allaient dans le sens contraire... Vous avez fait des efforts, bravo.

    "Le relativisme est une mise au même niveau, faute de goût, des choses incommensurables. Quant au bon goût, tout lui est permis, à condition de posséder, en plus, du talent."

    L'important, ce n'est pas d'avoir bon goût, c'est d'avoir du goût. Il n'y a que les bourgeois qui aient bon et mauvais goût.

    "Vous devriez comprendre que tout nom d’oiseau qui vous sort de la bouche est un aveu de l’impuissance de la langue et, pire, de ce qui la gouverne. Mais je vois que dans la blogosphère le prurit des invectives est difficile à calmer. Faites un effort, hein?"

    Scythe, mon vieux Scythe... Franchement...

  • « "… si la bonne philosophie fait partie de l’arbre poétique, cela ne veut pas dire qu’on confonde …" »
    « … jusqu'à présent, TOUS vos textes allaient dans le sens contraire... »

    Le sens contraire aurait été : « Non, la philosophie ne fait pas partie de l’arbre poétique ». Oui, de Descartes à Hegel, il y a eu un courant «critique» qui a essayé d’attacher la philosophie à la science. Un autre courant, parallèle, - «topique» - de Vico à Schopenhauer, m’est plus cher (curieusement, ces listes, légèrement tirées par les cheveux, commencent par un Latin et finissent par un Teuton, avant qu’un autre Teuton les rende obsolète, toutes les deux…). La différence principale entre les deux, métaphoriquement parlant, est celle entre interprétation et représentation. Entre, donc, une tâche plus proche de la logique et une autre, plutôt poétique. Et d’ailleurs, une autre définition de la poésie aurait pu être la suivante : « lorsque l’interprétation n’apporte rien d’essentiel à la représentation ». Être poétique veut dire : innovation langagière, part prépondérante de la première émotion, pressentiment d’un tout dans des parties, sens obscur de la vie, indétermination des sources et des fins.

    « L'important, ce n'est pas d'avoir bon goût, c'est d'avoir du goût. Il n'y a que les bourgeois qui aient bon et mauvais goût. »

    C’est la même chose que de dire : « l’important, ce n’est pas de bien écrire, c’est d’écrire. Il n’y a que les béotiens qui écrivent bien ou mal ». Qui formulerait ce qu’est une bonne écriture ?
    Que, de temps à autre, chacun, par-ci par-là, succombe au mauvais goût, qu’il n’y ait pas de règles normatives infaillibles, tout cela ne doit pas nous empêcher d’en esquisser quelques traits plausibles : nombre et qualité des nuances comparatives, part de l’intuition et du savoir, du sentiment et de l’esprit, travail de filtrage.

  • « Jean-François Mattéi … affirme que l'un des problèmes de la non-pensée contemporaine est que l'on a trop confondu le concept avec l'affect »

    Votre «plus grand métaphysicien moderne», en se lamentant de la barbarie moderne (OK pour le constat !), la voit, comme tout homme de la rue, dans le déferlement de la bêtise et dans le mépris de l’excellence («des Vortrefflichen»). (Je viens de jeter un coup d’œil sur ses propres termes : « À quoi reconnaît-on le barbare moderne : 1. l’ignorance, 2. la dénégation de l’élevé, 3. l’impuissance créatrice, 4. la régression » - que des balivernes hautement superficielles ! )
    La vraie barbarie moderne consiste dans l’occupation de la scène publique par la masse (Ortega y Gasset, 75 ans plus tôt, a été plus perspicace que votre Mattéi !). Par le passé, cette scène fut occupée presque exclusivement par des élites ; mais pour juger une époque on se réfère surtout aux échos en provenance de cette scène (les voix de la foule restant objet marginal des recherches purement historiques) ; d’où cette illusion de nos critiques acerbes : on compare la voix des meilleurs d’antan avec celle des médiocres d’ici, car c’est le médiocre, statistiquement, qui domine aujourd’hui. Les hommes en moyenne sont devenus plus intelligents, plus tolérants, plus performants. Et même nos artistes ne sont pas devenus plus bêtes, moins productifs, mais leurs voix deviennent inaudibles dans le brouhaha général. Et s’il fallait trouver des symptômes psychologiques de la barbarie, je les verrais dans le règne «intérieur» de la machine dans les cœurs (sic !) des hommes, plutôt que son règne «extérieur» dans les têtes, dénoncé par tant d’intellectuels européens à la suite de Heidegger (dont la métaphore du «Gestell», en réalité, visait l’aspect intérieur de la «bête de labeur» et non pas une matérialité extérieure), regardez comment ils s’acharnent aujourd’hui contre la puissance de l’informatique !

    « de belles âmes croient … que Nietzsche et Baudelaire, c’est la même chose »

    Le bon philosophe est un poète doué pour l’abstraction intellectuelle. Si Baudelaire et Mallarmé en sont dépourvus, cela ne les empêche pas d’être d’excellents poètes (et vice versa : la poétique traditionnelle de Nietzsche est risible). Bref, le don pour l’abstraction est le premier attendu d’un philosophe ; mais si celui-ci n’est pas poète, il inspirera peut-être beaucoup de respect, surtout dans un cercle de pédants, et peu d’affects par ailleurs. À ma connaissance. Valéry fut le seul à posséder les dons équilibrés, entre le mental et le poétique, grâce à sa prodigieuse intuition (et non à son savoir ni expérience) qui lui permettait de surclasser des philosophes, des linguistes et des mathématiciens dans sa réflexion sur le sens.

    « Vous êtes en plein dans ce déplacement sémantique, vous... »

    C’est peut-être cela, en effet. D’autres y vivent des «déplacements» savants, sociologiques, didactiques, historiques – je lis dans mes philosophes – des poètes, c’est à dire des hommes de foi, de souci, d’exil, - des visionnaires, des solitaires. Et ils m’aident à rédiger des testaments virtuels mieux que des thèses académiques.

    « Schopenhauer, vous le rangez dans les poètes, vous déconstruisez son système »

    Toute lecture est de la déconstruction quel que soit votre «rangement». Et le désordre de ses états d’âme était plus cher au fol Arthur que l’ordre de ses paragraphes.

    « le filtrage est l'affaire du critique non de l'artiste. »

    Tout homme de goût doit disposer de bons filtres quel que soit son métier. Surtout dans une société envahie par la masse. Contrairement aux autres époques, le filtre devint un outil beaucoup plus indispensable que le transformateur ou l’amplificateur.

    Amicalement

  • De grâce, Montalte, ne fermez JAMAIS vos commentaires. Il sont une anthologie de la nature humaine d'humeur vaguement littéreuse, une somme des variantes d'un principe mélancolique qui se diffuse comme le SRAS, le sida, et la maladie de la vallée du Rif réunis. Vous en êtes un peu la victime mais vous semblez imunisé. Et puis, je voudrais moi aussi, un jour noir, pouvoir me lacher dans cette pente. En laissant ouverts les commentaires, vous vous conduisez au contraire comme le bienveillant monsieur Lindt, l'inventeur d'un chocolat fondant et liquoreux, en bienfaiteur de l'humanité.

    Bonnes vacances, cher Montalte!

  • Bonnes vacances, Montalte, et merci pour cet espace d'air frais !

  • Merci pour le chocolat ! Clin d'oeil en passant à Maubreuil et aux cinéphiles...

  • "Sois sobre, aie confiance en Dieu et baise."

    Ne pas trop baiser, c'est mauvais pour le style. "Le style, c'est dur. Le monde est fainéant et jouisseur", disait Louis-Ferdinand.

  • «Corriam tutti » !

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