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  • Bibliothèque idéale par quatre fois sept

    Selon Wilkipédia, 4 (quatre) est l'entier naturel suivant 3 et précédant 5. Quatre ne prend jamais de s final sauf dans l'expression "entre quatres yeux". On parle aussi des "quatre vérité", de "se mettre en quatre", d'être tiré "à quatre épingles", mais on "coupe les cheveux en quatre", on marche à "quatre pattes", on fait faire ses "quatre volontés", et l'on "tourne quatre fois sa langue dans sa bouche avant de parler". Enfin, avoir "bac + 4" signifie avoir sa maîtrise (comme moi.)

    En numérologie, la symbolique du 4 est celle du carré et la croix. Il représente le tangible ainsi que le détail. Des 4 points cardinaux, aux 4 saisons en passant par les 4 phases de la lune, il symbolise la force et le pouvoir des éléments ainsi que l'universalité. Mais en japonais, le mot Shi désigne à la fois le 4 et la mort. Et dans la pensée de Jung, il correspond au nombre de fonctions fondamentales de la conscience : pensée, sentiment, intuition et sensation.

    Enfin, c'est un roman d'Agatha Christie, "Les Quatre". Et un nombre qui revient souvent dans les groupes. Quatre filles du docteur March. Quatre fantastiques. Quatre cavaliers de l'apocalypse. Bande des quatre. En revanche, peu de pièces de théâtre en quatre actes - même si nous n'oublierons pas le "je crois que deux et deux sont quatre et quatre et quatre sont huit" que déclare Don Juam à Sganarelle - "la belle croyance que voilà !" répond ce dernier.

    Pressé par OrnythOrynque et  Jean-Louis Kuffer de répondre à l'un de ces questionnaires proustiens où il est si plaisant de prouver qu'on est vachement plus littéraire que le voisin, voici donc, sans tricher mes 4 x 7 réponses.

     

     

    1 - Les quatre livres de mon enfance :

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    Voyage au centre de la terre de Jules Verne (7 ans). C'est le premier beau livre que mon père m'ait offert. Nous habitions Toulouse à ce moment-là et tous les soirs il me lisait un chapitre pendant que je dînais (il était éducation à la Montaigne à cette époque). Nous en étions arrivé à peu près au milieu quand un jour, un beau jour, je m'installais dans le canapé du salon et repris moi-même ce livre depuis le début. Mon idée était de le relire en entier et d'arriver à la fin avant que mon père n'y arrive lui-même avec moi. Il  me semble que je gagnai mon pari. Dès lors, j'étais vicié, je ne pensais plus qu'à lire, et notamment ces volumes de Jules Verne que l'on commença à m'offrir une fois par saison puis une fois par mois. Depuis, mes voyages littéraires au centre de la vie n'ont pas fini.

    Le grand moment de cette aventure est bien entendu la découverte du monde préhistorique avec ciel et mer en plein milieu de la terre - idée qui relève à mon sens moins de la science fiction que de la poésie.

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    Le comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas (9 ans). De Verne à Dumas, il n'y eut évidemment qu'un pas - surtout dans la merveilleuse collection "Grandes Oeuvres" Hachette qui donnait à chaque auteur sa couleur et son or : rouge pour Jules Verne, bleu pour Dumas, kaki pour Hugo, noir pour Edgar Poe, violet pour Stendhal, gris pour Cervantès, vert pour Shakespeare, mauve pour Flaubert, etc... Même aujourd'hui, je ne connais pas de collection plus belle. Ce qui me plaisait, c'était la longueur du roman. Trois tomes ! Et abondamment illustrés des dessins inoubliables de Riou. Pour le reste, le complot, le château d'If, l'abbé Faria, l'évasion, le trésor, l'épisode du Pharaon qui revient in extremis dans le port de Marseille juste au moment où l'armateur Morel allait se suicider, Simbad le marin, la cruauté du comte, le supplice d'Andréa Rondolo pendant le carnaval de Venise, avec le passage terrible :

    "Alors le bourreau laissa tomber sa masse, tira le couteau de sa ceinture, d'un seul coup lui ouvrit la gorge, et, montaut aussitôt sur son ventre, se mit à le pétrir avec ses pieds.

    A chaque pression, un jet de sang s'élançait du cou du condamné.

    Pour cette fois, Franz n'y put tenir plus longtemps, il se rejeta en arrière, et alla tomber sur un fauteuil à moitié évanoui.

    Albert, les yeux fermés, resta debout, mais cramponné aux rideaux de la fenêtre.

    Le comte était debout et triomphant comme le mauvais ange."

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    Puis la famille Villefort, la mère qui empoisonne toute la famille pour que son seul fils hérite, le passé qui remonte, l'enfant enterré vivant, Ali, l'esclave du compte, sauvé de la mort par celui-ci mais non de l'arrachement de la langue, Haydée, Noirtier, Mercédès qui vient se jeter aux pieds du comte pour qu'il épargne son fils dans un duel, les aventures amoureuses de Valentine et de Maximilien, la folie de Villefort après le suicide de sa femme et de son fils (la page la plus terrifiante que j'aie jamais lue),

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    le retour au château d'If, le chantage au poulet tragi-comique de Danglars, le départ du comte, le credo final "attendre et espérer".

     

    Les Misérables de Victor Hugo (11 ans). Pour moi, encore aujourd'hui, le plus grand roman français. Structure organique parfaite, sens des larmes, de l'action et du grandiose comme on ne l'atteindra jamais plus après, des défauts qui deviennent des qualités, des clichés qui deviennent des prototypes, le mélo qui devient un mythe - on pourra dire tout le mal que l'on veut, comme disait je ne sais plus qui, "Hugo, c'est un fleuve, vous pouvez pisser dedans." Et là aussi, des illustrations qui se sont gravées en moi jusqu'à ma mort:

    Cosette recevant sa poupée

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    Babet, Gueulemer, Claquesous et Montparnasse

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    La mort de Gavroche

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    Tragédies I de William Shakespeare : Roméo et Juliette, Hamlet, Othello, Jules César (douze ans). Nous étions à Annot, en Haute-Provence, quand mon oncle paternel m'offrit ce volume de Shakespeare contenant ces quatre pièces phares. Immédiatement, je me mis à apprendre par coeur, sans vraiment la comprendre, la fameuse tirade d'Hamlet (car j'étais Hamlet évidemment) et à jouer tout seul dans ma chambre le meurtre de Polonius - "Qu'avez-vous fait du cadavre, monseigneur ? - Confondu avec la poussière dont il est parent." Et dans Jules César, je me reconnaissais plus, comme vous pensez, en Antoine qu'en Brutus, ce grand imbécile sanglant à la dégoûtante noblesse d'âme - tout comme je ne me sentis aucune affinité avec ce vantard naïf d'Othello qui croit tout ce qu'on lui dit et dont l'honneur va de pair avec la bêtise. En revanche, j'aimais beaucoup Roméo et Juliette, et surtout Juliette, qui trompe ses parents, a le courage de boire un poison qui la tuera un moment ("Il faut que je joue seule mon horrible scène"), puis celui de se poignarder pour de bon quand elle se réveillera dans le tombeau, son amant mort à ses côtés ("L'égoïste ! Il a tout bu !") D'ailleurs, les femmes de Shakespeare, c'est quelque chose non ? Juliette donc, mais aussi Portia, Rosalinde, Béatrice...

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    2 - Les quatre écrivains que je lirai et relirai encore :

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    Proust dont on dit qu'il change à la vie (c'est vrai) et dont la lecture provoque nécessairement une relecture infinie. On ne lit jamais Proust, on le relit toujours. La fameuse "vérité" selon laquelle les mots ne peuvent exprimer tous les sentiments et toutes les pensées n'est plus vraie avec lui. Au contraire, sentiments et pensées n'en reviennent pas d'être exprimés aussi justement ! Proust, c'est le langage sans obstacle et pour qui la pensée n'a plus de mystère. Et donc plus de Dieu. C'est l'auteur athée par excellence et auquel on pourra préférer Dostoïevski ou Faulkner, plus "métaphysiques", plus tragiques, plus rédempteurs surtout. Pour ma part, je ne me vois pas lire dix fois Absalon, Absalon.. ou Les Démons, alors la Recherche, oui et sans hésiter. Proust, c'est une forme de damnation, mais qu'y puis-je ?

    Chesterton. Le seul penseur qui m'ait sorti de mon sommeil dogmatique nietzschéen et qui m'ait appris combien être catholique peut être amusant et pourquoi l'orthodoxie vaut tellement mieux que l'hérésie. "Dix minutes de Chesterton et les idées vont mieux" disait Claudel. Tenez, en voici deux :

    "Je pense qu'un grand reproche doit être adressé aux partisans actuels de la vie simple de la vie simple sous toutes ses formes, depuis le végétarisme jusqu'à la doctrine plus consistante des Doukhobors, c'est qu'ils voudraient nous rendre simples dans les choses sans conséquences et compliqués dans les choses de conséquence. Ils voudraient nous rendre simple dans les choses qui n'importent pas, tels la nourriture, le costume, l'étiquette et le système économique. Par contre, ils entendent nous rendre compliqués dans les choses qui importent, la philosophie, la loyauté, l'acceptation spirituelle et le refus spirituel. Il n'est pas grace après tout qu'un homme mange une tomate sur le gril ou une tomate crue, mais il est très grave qu'il mange une tomate crue avec un esprit sur le gril. (...) Il y a plus de simplicité chez l'homme qui mange du caviar par impulsion que chez l'homme qui mange des grape-nuts par principe." (Hérétiques, Idées-Gallimard, p 137)

    "A tous les coins de rue, nous pouvons croiser un homme lançant à qui veut l'entendre cette déclaration délirante et blasphématoire qu'il a peut-être tort. Chaque jour, nous rencontrons quelqu'un prêt à avouer que, certes, son point de vue peut n'être pas le bon. Son point de vue doit être le bon, autrement ce ne serait pas son point de vue." (Orthodoxie, Idées-Gallimard, p 46)

    Deleuze. De cet hérétique perversif et génial qui a pensé la vie sans origine, la création sans père, le corps sans organe,  je dois l'ensemble de mes "conceptions" esthétiques (le cinéma, Bacon, Proust encore, Lewis Carroll...) et la compréhension, définitive pour moi, du masochisme.Tout est tordu chez Deleuze, tout sent mauvais, mais tout est d'une vie prodigieuse, qui ne s'arrête jamais, qui déborde, qui saigne, qui vomit, qui chie. Mais ce sont des étrons d'or, de la vomissure en platine. En lui, le nietzschéen a sauvé le sophiste, l'esthète a piègé le gauchiste lamentable, l'intelligence a transfiguré la perversion.

    Jean-Victor Hocquard, le mozartien du siècle dernier et dont la bible "Mozart, l'amour, la mort" ne me quitte pas un jour. Je me dis même que si un jour je devenais sourd et bien rien qu'en relisant ce que dit Hocquard de toutes les oeuvres de Mozart, je me rappellerai celles-ci.  

    3 - Les quatre auteurs que je ne lirai plus jamais :

    Aucun, je suis trop fidèle, trop attaché à mes anciennes émotions et suis capable de tout relire par nostalgie.

    [la question qui me conviendrait plus serait « les quatre auteurs que je n’ai jamais lus et que je ne lirai probablement jamais : »

    Marguerite Duras.

    Wittgenstein.

    Georges Sand.

    KerouaC and co.

    Aucune raison là-dedans sauf une antipathie naturelle, forcément naturelle, pour l'amante, un manque d'intérêt pour le condisciple d'Hitler, une indifférence pour les romans de celle que Baudelaire appelait "le Prudhomme de l'immoralité" (encore que sa vie soit plus intéressante que son oeuvre), un manque de goût et même un dégoût pour les road movies - et tout ça sublimé par le plaisir d'être injuste de temps en temps.

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    4 - Les quatre premiers livres de ma liste à lire (mais sauf le dernier, rien n'est sûr) :

     

    Lucien Leuwen de Stendhal..

    Les Essais de Montaigne.

    Le Kant de Luc Ferry.

    Harry Potter et les saints mortuaires - en février 2008.


    5 - Les quatre livres que j'emporterais sur une île déserte :

     

     

     

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    ET

    A la recherche du temps perdu, donc

    La somme théologique de Saint Thomas d’Aquin (que je me promets un jour de lire, et là-bas, ce sera parfait).

    La clef USB de tous les textes (journal, articles, posts, discussions en forum) que j'ai écrits depuis que j'ai un PC (1997)

    6 - Les derniers mots d'un de mes livres préférés :

    « Adieu ! Tu vas vivre maintenant ou tomber. Tes chances sont faibles. Cette vilaine danse où tu as été entraîné durera encore quelques petites années criminelles et nous ne voudrions pas parier trop haut que tu en réchappera. A l’avouer franchement, nous laissons assez insoucieusement cette question sans réponse. Des aventures de la chair et de l’esprit qui ont élevé ta simplicité t’ont permis de surmonter dans l’esprit ce à quoi tu ne survivras pas dans la chair. Des instants sont venus où dans les rêves que tu gouvernais un songe d’amour a surgi pour toi, de la mort et de la luxure du corps. De cette fête de la mort, elle aussi, de cette mauvaise fièvre qui incendie à l’entour le ciel de ce soir pluvieux, l’amour s’élèvera-t-il un jour ? »

    Et bien sûr, il faut le deviner.

     

     

     

     


    7 - Les quatre lecteurs dont j'aimerais connaître les quatre :

    Circonvolutes.

    Alina.

    Slothorp.

    Systar.

    Et aussi, Celeborn, Gradiva, Lethée, Xabe.

    (En commentaires ou chez eux comme ils préfèrent)

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