Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

D'un temps l'autre.

 

medium_vanite_deux.4.jpg"Donc, je déteste la vie." (II-17)
Ce n'est ni Houellebecq ni Schopenhauer qui a écrit ça, c'est l'Ecclésiaste - le grand inspirateur de tout ceux qui ont mis la valeur de la vie en question. QOHELETH, en effet, c'est l'auteur du seul texte de la Bible qui aille contre la Bible. C'est le premier homme qui voit ce que Dieu a fait sans dire que cela est bon. C'est le premier créé qui n'aime pas la création. Et lui n'a pas eu besoin du serpent pour se corrompre comme le bon et naïf Adam. Au moins quand ce dernier - ou plutôt ce premier - goûta la pomme, la goûta-t-il avec délice : la connaissance, la volupté, l'ivresse de l'interdit, comme il a dû les sentir, alors que Qohélet, s'il en avait pris un morceau, l'aurait trouvé amer, et l'aurait recraché avec dégoût. Non, il s'est corrompu tout seul, le sage, il s'est corrompu par sagesse. Car est corrompu, ou vicieux, ou pécheur, celui qui n'aime pas la vie, l'on est bien d'accord. De tous les péchés, c'est peut-être même celui qui n'est pas remis. On peut voler, violer ou assassiner, du moment qu'on adhère à l'existence, Dieu est satisfait. On peut même L'insulter, comme Job, Il adore ça. Ca veut dire qu'on Le prend au sérieux, qu'on s'acharne à L'implorer, même dans la rage et le blasphème. Mais qu'on ne daigne ni Le prier ni L'invectiver, qu'on fasse la fine bouche à Sa pomme de merde, qu'on ne Le reconnaisse pas à ses fruits reconnus, reconnaissants ou recognitifs (on ne sait plus), qu'on renvoie dos à dos toutes les conditions, toutes les contrariétés, toutes les comportements, qu'on s'en foute, pire : qu'on dise qu'Il s'en fout de nous, voilà qui ne va plus.
 
1.
 
C'est cela le sens scandaleusement neutre du Tout-vanité. Tout est vanité, c'est-à-dire les mauvaises comme les bonnes choses. Le vice comme la vertu. La folie comme la sagesse. L'orgueil comme l'humilité. La souffrance comme la joie. "J'ai dit du rire : "insensé !" et de la joie : "à quoi sert-elle ?" (II-2) mais n'est-ce pas insensé que de s'en prendre à la joie ? Pour l'ecclésiaste, Job est aussi vaniteux que monsieur Jourdain, l'oisif est aussi vain que le travailleur, le libertin vaut le père de famille, et l'homme exigeant avec lui-même (qui est un fameux imbécile) n'a pas plus de valeur que l'incontinent. Tout est vanité et surtout les tentatives d'élévation et de distinction. D'ailleurs, Qohélet n'use d'aucun lyrisme. Pas d'effusion masochiste avec Dieu. Il ne cherche même pas à faire sortir Celui-ci de Son silence exaspérant. C'est lui qui exaspère Dieu. Si l'on osait, on dirait que l'ecclésiaste est une sorte de Monsieur Ouine "positif", dont la connaissance exacte de l'existence a conduit au détachement de celle-ci et à la décision de laisser le Créateur dans son coin. Trop de sagesse conduit de toutes façons à l'affliction. "Celui qui augmente sa science augmente sa douleur." (I-18) Comprendre, c'est souffrir.
Mais comprendre, c'est aussi jouir. Comme dans toutes les morales tragiques, l'on commence par faire un constat épouvantable de l'état d'être vivant pour ensuite s'en contenter, voire en profiter. Au contraire de la morale "morale" qui commence par distinguer les mauvaises et les bonnes choses et exhorter à souffrir les unes et souffrir pour les autres. Eventuellement, Dieu nous récompensera (mais nous punira à coup sûr si l'on tourne mal). Dans une morale tragique, le néant est anéanti en joie de vivre ; dans une morale religieuse, il est péché absolu et devient le châtiment éternel. Pas de ça chez l'ecclésiaste qui nous incite, après nous avoir convaincu que tout était vain, qu'entre toutes les vanités, il faut quand même choisir la moindre. "Si les mots sont usés et qu'on ne peut plus les dire", au moins ne se lasse-t-on jamais de voir et d'entendre (I-8), de manger et de boire (II-24). Le bonheur se trouve moins dans le Salut, douloureux, compliqué et sacrificiel que dans le bien-être (III-12). Le grand paradoxe de l'ecclésiaste est qu'il juxtapose au dégoût de la vie le plaisir de vivre. Il découvre l'ennui du monde puis l'émerveillement. La vie n'a pas de sens, mais il y a des hasards enchanteurs. "Grillen sind mir böse Gaste." comme chante l'Annette du Freischütz de Weber : "Chasse les noires pensées ! Il faut danser, toujours danser. A pas légers, toute la vie. Voilà qui est tout bénéfice !" Et l'oubli qui est le drame des hommes constitue aussi leur chance. L'oubli du passé fait que la énième vie du monde est toujours vécue comme la première. Rien de nouveau sous le soleil, certes, mais tout de nouveau pour celui qui naît et qui vit : premiers vagissements, premiers jeux, premiers baisers, premier amour, premier enfant. "On ne se souvient pas de ce qui est ancien ; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard." (I-11) Heureusement, car si l'on s'en souvenait, on n'enfanterait plus depuis Caïn. L'oubli, comme l'ignorance, sont les bénédictions de la vie.
 
2.
 
Au fond, la suprême vanité consiste à interroger la vie. L'ecclésiaste aurait dû rester avec ses livres, ses femmes et ses bouteilles de vin, vanités vitales, plutôt que de se demander la valeur de tout ça, vanité mortelle. Car, dès l'instant où l'on interroge la vie, on la condamne. Impossible d'aimer la vie en conscience. Au moins lui l'aura-t-il fait pour nous. Sa force unique n'est pas tant d'être allé dans les abîmes de l'être que d'en être revenu, car comme disait Jean Cocteau, quand on va au fond des choses, on y reste. Tout questionnement métaphysique discrédite la vie car seul le nihilisme y répond correctement. C'est le drame de Nietzsche d'avoir cru qu'il pouvait outrepasser cette infernale réalité. Ils sont bien sympathiques, ces philosophes de l'affirmation pure, Nietzsche, Spinoza, mais ils sont à côté de la plaque quand ils croient que la sagesse souveraine consiste à ne garder que les passions joyeuses. La vérité est il y a un temps pour la joie et un autre pour le chagrin, il y a un temps pour le sentiment et un autre pour le ressentiment, un temps pour rire et un temps pour pleurer, un temps pour maudire et un temps pour rendre grâce. Quelqu'un d'affirmatif en permanence, sans le moindre petit instinct de vengeance, serait un monstre. Le surhomme est une foutaise de positiviste débile. L'éternel retour un bonheur de maniaque. Qui veut réellement que tout, vraiment tout, revienne ? Même le désir de vivre à tous prix ou de donner la vie à tous prix peut être mauvais. Etre humain, c'est préférer le bien être à l'être. Dieu permet ce genre de choses - mais de quel Dieu parle-t-on alors ? Qohélét semble passer sans prévenir du Dieu qui impose la vie, celle avec laquelle on a du mal, au Dieu qui console de la vie ou la rend plus facile, celle qui nous agrée. Il est tragique mais il n'est ni pathétique (morale de la culpabilité) ni pessimiste (morale de la vengeance). Ce n'est pas parce que le bonheur est une vanité qu'il faut être vaniteusement malheureux. Haïr la vie parce qu'elle est vaine, c'est faire preuve d'une plus grande vanité qu'elle.
 
La vérité est non seulement dans la contradiction (Kierkegaard) et dans la contrariété (Pascal), elle est surtout dans l'inconséquence. Pour vivre heureux, ne soyons ni logique ni responsable, laissons nous aller au vent, ne faisons pas comme ces malheureux qui ne pensent qu'à assumer tout ce qu'ils font, n'assumons rien ! Etre conséquent, c'est bon pour les cons et les saints, c'est poursuivre le vent, alors que ce qu'il nous faut, c'est au contraire aller là où va le vent. De toutes façons, le Messie va bientôt venir et assumer à notre place. Le Fils va compenser ce qu'a fait le Père. La belle irresponsabilité nietzschéenne pour le coup se retrouve ici. Il y a un temps pour être chrétien, il y a un temps pour être nietzschéen.
 
3.
 
Lire l'ecclésiaste, c'est se retrouver dans une position où l'on n'est jamais tranquille, où l'on est contredit en permanence, c'est être plongé, justement, dans l'impermanence, c'est se rendre compte, comme dit Pascal, que l'on est un monstre incompréhensible - un ange-bête, un fini-infini, un damné-sauvé, un athée-croyant. Nous disions à l'instant qu'il disait qu'il y a un temps pour tout. Paisible sérénité. Heureuse consolation. Le voilà qui dit maintenant que l'on ne sait même pas si le souffle des fils d'Adam monte vraiment vers le ciel et si le souffle de la bête descend vers la terre (III-21). Epouvante absolue : et si c'était le contraire ? Et si nous ne montons pas au ciel ? Mais le verset suivant nous tire de cette panique pour nous dire que le salut de l'homme vient dans ses oeuvres (III-22) - la grâce n'est donc pas suffisante. Finalement, le plus heureux est encore celui qui n'est pas né (IV-3), quoique quelques pages plus loin, on nous dira qu'"un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort" (IX-4) ; de toutes façons, ce n'est pas parce que nous sommes nés qu'il faut se détruire, car "l'insensé se croise les bras et mange sa propre chair" (IV-5) - et les justes trop justes peuvent faire partie de ces insensés : "Ne sois pas juste à l'excès, et ne te montre pas trop sage ; pourquoi te détruirais-tu ?" (VII-16). La sainteté est invivable sauf pour certaines âmes d'élite. Mais peut-être la sainteté est-elle plus facile à concevoir en théorie que l'imperfection. Ecoutez tous ces gens qui raisonnent sur fonds de "sainteté" théorique. Ils en veulent aux "connards qui nous gouvernent" sans se rendre compte qu'ils sont les connards de leurs famille ou de leur bureau. Ils méprisent la politique, "tous pourris !", mais ne pourraient supporter qu'on critique celle qu'ils mènent chez eux et qui est souvent pire que celle qui se passe à l'Elysée ou à Matignon. Ah les vrais sceptiques sont bien rares. Le pire, en tous les cas, c'est d'être seul. Et Qohélet, si impitoyable jusque là, de prendre un ton christique bouleversant : "Malheur à celui qui est seul et qui tombe, sans avoir un second pour le relever ! De même, si deux couchent ensemble, ils auront chaud ; mais celui qui est seul, comment aura-t-il chaud ?" (IV-11). Décidément, il y a même un temps pour l'indifférence et un autre pour la pitié.
 
Quelle dose de temps au pluriel pouvons-nous supporter ? Il y a dans ce texte quelque chose de profondément irritant, une suite d'éclaircissements et d'assombrissements parfois dans le même verset, de promesses de bonheur comme de retour à la poussière, d'exaltation et de dépréciation de la vie, une manière de tenir les contrariétés en même temps et de nous en déchirer l'âme - c'est-à-dire de l'amortir à la multiplicité du devenir. Que tout soit possible, c'est ce qui console et heurte la raison. L'espoir fait mal au désespéré comme le désespoir blesse celui qui le subit pour la première fois. On était si tranquille dans son âme, on s'était fixé dans son chagrin ou sa joie, voilà que l'une laisse la place à l'autre et ainsi de suite. Comme si l'on passait d'une douleur ou d'un plaisir à un autre sans crier gare. En vérité, l'ecclésiaste est un texte qui rendrait fou si on le sentait trop. Pour moi, c'est toujours à partir du milieu du chapitre neuf que j'ai du mal à suivre - que je ne veux plus suivre, car j'ai été comblé par la grande invitation à vivre ("Va, mange avec joie ton pain et bois de bon coeur ton vin ..." IX-7) pourtant sans consolation d'arrière-monde, et n'ai plus du tout envie de sortir de ce matérialisme enchanté, alors quand revoilà Dieu et Ses jugements...
 
4.
 
Rien de nouveau sous le soleil mais malheur à celui qui ne se réjouit pas du soleil. Tel pourrait se résumer ce texte indiscernable qui parle fort peu de Dieu, flirte avec une sagesse toute païenne et caresse un athéisme enfoui en chaque croyant. Si l'église a décidé de le garder dans le corpus biblique, c'est qu'elle a dû penser que l'adhésion à Dieu devait aussi passer par le dégoût, la haine et même l'indifférence. Après tout, même le Christ se plaindra des plans du Père et sera tenté de refuser la vie qu'On lui propose, cette croix censée nous exempter. Dieu aussi a douté de Lui-même ! Experte en humanité comme toujours, l'église savait qu'elle ne pouvait se contenter de dire que Dieu existe et n'est qu'amour. Il fallait aussi une faille à la foi. L'ecclésiaste, c'est la possibilité du matérialisme au sein du spirituel, la possibilité pour un croyant d'être athée. Le don ultime de Dieu n'est pas la vie, cette saloperie, mais le néant, ce baume - qui nous fait supporter la vie sans pour autant s'imposer complètement, laissant, d'un temps l'autre, une lumière à suivre. C'est la nuance poussée à bout - cet enfer qu'on appelle nuance. Il y a un temps pour croire et un autre pour ne pas croire. Voyons jusqu'où nous pourrons aller avec ça...

 (Le tableau en haut de page est de David Bailly, Vanité aux portraits, Leiden, Stedelijk Museum De Lakenhal, 1651.)

 

Commentaires

  • Que voilà une chose intéressante ! La preuve est faite, Montalte, que vous êtes capable du meilleur lorsque vous oubliez le Stalker. Un reproche, une réserve toutefois. Lorsqu'il aborde Nietzsche, votre texte sent un peu trop son "Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens". Le nietzschéen Uhlan conseille au chrétien Montalte une lecture schélérienne de Nietzsche. Allez donc voir du côté de Scheler si vous ne trouvez pas quelques fruits nietzschéens pour votre foi de chrétien. Le Uhlan vous salue bien.

  • Tu l’as souligné, Montalte, L’Ecclésiaste est un des textes les plus surprenants de la Bible. Il nous montre un Dieu caché qui se désintéresse de sa créature, retiré dans son secret, impénétrable à la vue des hommes. Et pire que cela, cette morale du "tout est vanité", qui invite au relativisme et à l’hédonisme. C’est à se demander par quelles obscures voies il a fini par entrer dans le canon biblique.

    C’est aussi l’un des textes les plus difficiles à interpréter. Les affirmations les plus contradictoires sont juxtaposées, sans souci de rendre le tout cohérent. A tel point que les exégètes pensent que le texte a subi des altérations :

    « C’est un livre obscur et difficile, même selon le Talmud. Il aurait été écrit vers 250. Des indices laissent supposer que le livre a été remanié : il est glosé et corrigé. Il fait parti, avec le Cantique des Cantiques, des derniers livres à avoir été admis dans le Canon biblique des Juifs. »

    http://www.systerofnight.net/religion/html/ancien_testament_judaisme.html

    L’Eglise a repris, à peu de choses près, le canon juif pour l’Ancien Testament, c’est pourquoi L’Ecclésiaste se retrouve dans la Bible. Dans son livre "Naissance de Dieu", Jean Bottéro revient longuement sur ce livre fascinant et en propose une traduction inédite.

    « Le grand paradoxe de l'ecclésiaste est qu'il juxtapose au dégoût de la vie le plaisir de vivre. »

    C’est paradoxal, comme tu l’écris, mais en même temps cela n’est pas si étonnant. La reconnaissance que tout est vain, l’absence de perspectives eschatologiques — tu remarqueras que le Qohelet n’évoque jamais la vie éternelle — peuvent cohabiter parfaitement avec un hédonisme bon teint.

    Belle note, Montalte, qui s’inscrit dans la suite de ton texte sur Houellebecq paru dans le dernier numéro du JDC.


    *Sébastien, inconsolable et gai.

  • Beau texte en effet.

  • Cher Monsieur,

    beau texte, en effet. J'ai une question qui se rapporte à votre "A propos". Qu'entendez-vous par "Profession: assis"? Je conçois qu'il peut s'agir d'une formule ironique, ou que l'on puisse accorder une valeur positive au fait d'être "assis", mais, comme il s'agit d'une métaphore souvent péjorative, je m'interroge.

  • Ne vous interrogez pas trop longtemps, ça n'entre pas dans le cadre des compétences universitaires.

  • C'est pourquoi il faut en sortir... En voilà d'autres "assis", les profs ! Ma propre chaise étant d'une autre matière, mais laissons-cela...

    Pour revenir à mon texte, c'est Chesterton, évidemment l'auteur de l'idée du Dieu qui a douté de Lui-même. Le Christ à Gethsémani. La suprème tentation. Que devait-il penser de Qohélet ?

    Quant à l'absence de vie éternelle, dont tu parles, Sébastien, en effet, Qohélet pose finalement un Dieu qui a certes créé les hommes, mais qui s'en est désintéressé après. Ce qui pourrait être le début d'une "nouvelle" religion, basée exlusivment sur la création et qui ne contient ni rédemption, ni damnation. En bon mâle égoïste, Dieu nous donnerait la vie puis s'en irait voir ailleurs, nous laissant la terre-mère - la Nature, comme seul guide.

    Au Uhlan : encore un qui n'est pas sorti du sommeil dogmatique nietzschéen ! Encore un qui croit aux fadaises du surhomme ! Et dire que j'ai été moi aussi "nietzschéen" !
    A suivre, bien sûr...

  • Ah non, Montalte, vous n'y êtes pas ! Le nietzschéisme n'est pas un dogmatisme, sauf pour ceux qui n'y entendent rien. Et rien ne vous oblige à être exclusivement nietzschéen. Qui l'est d'ailleurs ? Remariez donc Nietzsche avec Schopenhauer, si cela vous chante ! Quant au surhomme, ce n'est pas ce qu'il y a retenir de Nietzsche, c'est plutôt le dernier homme, dont l'homme contemporain a les grimaces, et l'horizon du nihilisme, dont à part quelques croyants (je n'ose dire des illuminés...), on ne sort décidément pas...

  • Nous sommes bien d'accord. Nietzsche est plus convainquant en critique de la modernité, en généalogiste psychologue hors pair, dans son esthétique enfin. Son Surhomme laisse perplexe, on ne sait jamais si c'est un artiste, un homme dénué de ressentiment (une sorte de saint alors), ou un créateur (il y a des créateurs plein de ressentiment), "un César qui aurait l'âme du Christ" écrit-il. Oui bon, tout cela reste confus.
    En fait, Nietzsche est capital non tant dans ce qu'il dit que dans ce que dans l'effet que va provoquer son dire dans l'esprit du lecteur. Il stimule plus qu'il n'éduque, c'est un excitant pour l'esprit plus qu'une nourriture. En ce sens, oui, il n'est pas dogmatique, mais comme vous le dites, il est très difficile de ne pas le sytématiser.
    Le livre "Pourquoi nous ne sommes pas nietzschéens" de Comte-Sponville et sa bande fut l'une des pires défaites de la pensée des années 90, nous sommes encore d'accord. Mais il faut être nietzschéen et ne jamais se défiler devant des interprétations même contrariantes. A mon corps défendant, je me rends compte aujourd'hui que sur bien des points, non seulement je ne me sens plus du tout "nietzschéen" mais en plus de cela l'être me semble une posture. Cela dit, je le lirai toujours...

    Enfin, cela mériterait un post entier....

  • Et un autre pour y répondre !

  • J'ai lu votre texte avec grand intérêt. Vous êtes au meilleur de votre forme, cher Montalte.

  • Vous êtes des lecteurs honteux de Nietzsche .
    Il y en a d'autres .

  • l'ecclésiaste dans son discours propose des vas et vients contradictoires, sans position définitive. L'adhésion une fois pour toute au réel de clément rosset me semble insoutenable de ce point de vue, matériellemnt impossible et inhumain (sans conotation morale). Qu'en pensez vous? (très beau texte en passant)

  • A la rélfexion, la Généalogie de la morale vaut mieux, en effet, que la Volonté de puissance. Nietzsche n'est jamais aussi bon que dans l'auscultation de nos maux. Le surhomme, cependant, dans un livre inachevé, n'est jamais qu'une tension vers un au-delà, dont rien ne nous dit qu'il soit à notre portée. L'homme est un pont vers le surhomme et Nietzsche semble ainsi assigner notre "nature" à cet intermédiaire instable, incertain et inabouti...

Les commentaires sont fermés.