Sur Tribune juive, le 05 février 2026

Une relecture de Quatre lectures talmudiques d’Emmanuel Lévinas (dans l’édition mythique des Éditions de minuit, 1968)
À Noémie Halioua
Dans un monde de plus en éclaté, chaotique, cataclysmique et en même temps irréel, artificiel, « algorithmé », où la vérité n’existe plus comme on dit dans le dernier Mission impossible, rien de tel qu’un retour à la pensée complexe, à la parole plutôt qu’au discours, au respect du réel plutôt qu’à son évacuation. La pensée juive est là et nous attend – même et surtout pour un non-juif. Relecture d’un classique.
Le judaïsme selon Emmanuel Lévinas ? Bourdonnement dans le dire. Multiplicité dans le sens. Amour de l’herméneutique. Exigence hypercritique – c’est-à-dire attention extrême au réel. Suspension du jugement. Contradiction comprise comme condition de liberté. Raison prédominante. Esprit qui lutte avec la lettre – tel est le Talmud[1]. L’idée que tout peut se relire, se réinterpréter, se réactualiser depuis Moïse et Sophocle. « Transfert d’une idée dans un autre climat [et qui] lui arrache de nouveaux possibles. » Ce pourrait être aussi une définition du protestantisme.
Donc, quatre thématiques hautement déplaisantes mais passionnantes par leur déplaisance même :
1/ L’offense faite à autrui et la possibilité du pardon (Yoma).
2/ Le « déjà-là » de l’être et « la tentation de la tentation » (Chabat).
3/ La honte de la terre et sa conquête ou « terre promise, terre permise ?» (Sota).
4/ Demi-cercle et déplacements (Sanhédrin).