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art byzantin

  • Deleuze / Spinoza XI - L'invention de la lumière (et de la génétique)

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    Antoine de Saint-Exupéry - Le Petit Prince

    "Mais, s’il s’agit des baobabs, c’est toujours une catastrophe. J’ai connu une planète, habitée par un paresseux. Il avait négligé trois arbustes…"

     

    Spinoza ou comment compliquer les choses.

    Chez Descartes, l'individu était avant tout sujet pensant, libre et autonome. Chez Spinoza, l'individu est composition de rapports, puissance et degré, « gradus » (ou « mode intrinsèque » selon une terminologie du Moyen Âge).

    Qu'est-ce à dire ?

    Rapport – ça veut dire relation avec d'autres individus sur le même plan et le seul plan qui soit, le plan d'immanence. Ni sujet, ni substance, ni transcendance, mais composition(s) sur fond d'immanence. Admettons.

    Puissance – ça veut dire développement de soi, de ses tendances, de ses limites. Tendre vers sa limite, son terme, c'est ça, la puissance. Conatus Terminus. Pourquoi pas ?

    Pour autant, on a l'impression que chez Spinoza, tout se repense dans un troisième genre de connaissance. Spinoza, c'est le Descartes du troisième genre. Il redit tout ce qu'a dit Descartes mais de manière plus aristo, raffiné, "totalitaire", moniste, nécessitariste, électif. Plus rassurant que Descartes en ce sens – ou plus inquiétant, c'est selon. 

    Pour autant, la limite (« peras ») pose un problème surtout si on la définit, à la grecque, comme un contour, une forme idéelle, un Eidos. Avec Platon (si tant est qu’on amalgame la pensée grecque à Platon), mon être fini et mal foutu trouve sa limite et sa sublimation dans un Être idéal et parfait. Et c'est ce que les Stoïciens vont refuser. Pas d'idéalisme – en tous cas, pas celui-là. Le contour de quelque chose, pour eux, c'est du néant. L'être s'arrête au point où il ne peut plus se déployer. L'être ne « continue » pas dans un être idéel, formel, sublime, platonicien ou aristotélicien. Le contour du carré n'a rien à voir avec le carré. Si vous êtes d'accord avec ça, vous êtes stoïcien, si vous n'êtes pas d'accord, vous êtes platonicien. Pareil pour le moule aristotélicien. Si vous pensez que la nature est un moule, vous êtes aristotélicien, si non, vous êtes stoïcien. Pour les Stoïciens, il n'y a ni moule ni forme. « La vie ne procède pas par moulage ». La vie n'est pas une Idée, ni une Forme, ni quoi que ce soit d'avant elle et mieux qu'elle. La vie est matière vivante, nature matérielle, être en acte, ou mieux être en acte – Action Joe. C'est ce qu'on avait compris avec Platon, de manière négative. Au fond, le platonisme n'a jamais été qu'un apophatisme. « Platon nous dit très bien ce que les choses ne sont pas, mais ne nous dit rien de ce qu'elles sont. » Or, ce que les choses sont, c'est des corps. « Les choses sont des corps, pas des Idées ». La révolution stoïcienne est là.

    « Les choses sont des corps, ça veut dire : les choses sont des actions. La limite de quelque chose, c'est la limite de son action, ce n'est pas le contour de sa figure. »

    Exemples de la graine qui peut faire sauter mon allée en devenant un arbre ou de la forêt dans laquelle je peux me perdre. Alors certes, il y a une limite de la graine dans le champ, de la forêt dans l'éclaircie, mais c'est une limite dynamique, ce n'est pas une limite-contour. La puissance de la forêt, c'est de faire pousser des arbres jusqu'au moment où elle ne peut plus le faire. La puissance de la graine, c'est de faire pousser un arbre qui peut exploser le mur de ma maison jusqu'à ce que le béton soit plus fort que lui. La chose n'a pas d'autre limite que celle de sa puissance ou de son action. La limite de Balzac, c'est 91 textes. La limite de Bach, c'est 300 cantates. Ma limite, c'est-à-dire ma puissance, mon conatus, ça serait trois livres publiés (allez, quatre !), ce qui ne serait déjà pas si mal + 1000 notes sur mon blog dans quelques années. Là, j'en suis à 880.)

    Et si je peux le faire, je vais le faire. Car pouvoir, c'est vouloir – et non le contraire. 

     

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    Lien permanent Catégories : Deleuze - Spinoza Pin it! Imprimer