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Obamarre, par Patrick Besson

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S'il n'y avait pas Patrick Besson :

 

Les Etats-Unis ont un président noir, ce qui semble faire oublier au monde qu'il est démocrate. De ces démocrates qui ont attaqué le Mexique et imposé la Prohibition sous Wilson, envoyé les premières bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki au temps de Truman, où ils ont également agressé la Corée et favorisé la « chasse aux sorcières » du sénateur McCarthy, qui ont envahi puis boycotté Cuba sous Kennedy, commencé la guerre du Vietnam sous Johnson, où ils sont aussi intervenus militairement en République dominicaine, qui ont bombardé Belgrade et Bagdad sous Clinton, présidence au cours de laquelle ils ont par surcroît laissé massacrer un million de Tutsi au Rwanda (avril-juin 1994). Que je sache, les démocrates n'ont, pas plus que les républicains, réduit les inégalités sociales aux Etats-Unis. Ni moralisé la vie politique. On est tellement obnubilé par la race et la couleur des gens qu'on se dit que puisque Obama est noir, alors qu'il est tout aussi blanc, il sera un démocrate différent de ceux qui l'ont précédé à la Maison-Blanche. Son sang kényan ferait de lui un président démocrate supérieur, avec une vision du monde plus vaste, une organisation mentale plus large. Des commentateurs progressistes aux chroniqueurs réactionnaires, en Amérique du Nord comme partout ailleurs dans le monde, c'est le même emballement radieux. On se pâme, se prosterne. On ne trouve plus les mots d'adoration. On devrait écrire ces éloges en vers puisqu'ils riment. On voit en Obama un mélange de Martin Luther King et de Descartes, avec un zeste de l'abbé Pierre. Un dalaï-lama qui aurait réussi dans la Chine. Un Gandhi plus athlétique et mieux habillé. C'est Nelson Mandela rajeuni de cinquante ans, avec le dernier ordinateur de Bill Gates et un nouveau bon coeur du professeur sud-africain Barnard. Un Toussaint Louverture Net et Internet.

L'empressement trouble, des peuples comme des élites, à se jeter aux pieds d'un homme providentiel, qu'il ait fait don de sa personne à la France comme le maréchal Pétain ou nous ait compris comme le général de Gaulle. Ce besoin aveugle de croire à quelqu'un. C'est presque émouvant. On devrait pourtant finir par comprendre, avec l'expérience de la déception, que les hommes politiques sont des hommes, quelle que soit leur couleur. Et des politiques. Pas des dieux : il est donc inapproprié de se mettre à genoux devant eux, y compris avec un stylo, qu'il soit de droite ou de gauche.

De l'avis général, Barack Obama réglerait sous peu les problèmes des Etats-Unis puis, après un week-end à Camp David avec Michelle et les filles, ceux de toute la planète au sous-développement durable. J'ai même lu, dans un grand quotidien du matin, sous la plume allègre d'un académicien français octogénaire, que son élection à la présidence des Etats-Unis venait de supprimer toute discrimination raciale outre-Atlantique. Quai Conti, cet optimisme des petits hommes en vert, couleur de l'espérance de vie. Il suffit pourtant de regarder la nouvelle carte électorale des Etats-Unis pour voir que l'énorme majorité des Etats du Sud ont voté McCain. Au point qu'on aurait une vue aérienne de la guerre de Sécession (1861-1865). Le retour de Scarlett O'Hara en surcharge pondérale après abus de Big Mac et de not-diet Coke ? Rien ne nous dit qu'en cas d'échec d'Obama, hélas prévisible, on ne mettra pas en cause sa couleur dans ce pays où il n'y aurait plus, depuis le 4 novembre 2008, de racisme.

 

 

13/11/2008 - Le Point - 562 mots - Par Patrick Besson

Lien permanent Catégories : Patrick Besson 35 commentaires 35 commentaires Imprimer

Commentaires

  • C'est vrai que depuis les primaires on nous les brise sévère avec Obama.
    Le mieux est d'essayer d'être indifférent à cet évènement..

    Quoi qu'il en soit, j'ai une seule chose à dire : "Thank You DeubelYou"

  • Un jour de soleil, le 21 janvier 2009, un vieil homme quitta son banc de Pennsylvania Avenue, et s'approcha de la Maison Blanche. Il s'adressa au Marine qui gardait le portail et dit : « J'aimerais entrer et rencontrer le Président Bush ».

    Le Marine regarda le vieil homme, et répondit : « Monsieur, M. Bush n'est plus président, et il n'habite plus ici. » Le vieil homme hocha la tête, et repartit.

    Le jour suivant, le même homme s'approcha de la Maison Blanche et dit au même garde : « J'aimerais entrer et rencontrer le président Bush. »
    Le Marine répéta au vieil homme, « Monsieur, comme je vous l'ai dit hier, M.Bush n'est plus président, et il n'habite plus ici ». L'homme remercia, et repartit.

    Le troisième jour, le même homme s'approcha de la Maison Blanche et parla au même garde : il désirait entrer et rencontrer le président Bush. Un peu agacé, le Marine répondit, « Monsieur, c'est le troisième jour de suite que vous vous présentez ici pour parler à M.Bush. Je vous ai déjà répondu que M.Bush n'était plus président, et qu'il n'habitait plus ici. Vous comprenez ? »

    Le vieil homme regarda le Marine et dit, «Oh, je comprends très bien… c'est juste que j'adore vous l'entendre dire… ». Le Marine se redressa, salua et dit :
    « A demain, Monsieur. »

    ***
    merci pour quoi, à propos ? pardonnez ma curiosité...

  • Thank you W for what ? Pour avoir considérablement mis à mal l'image des USA et les avoir fait détester dans le monde entier ? Pour avoir été le plus mauvais président des USA depuis on ne sait quand ? Pour avoir déclenché une guerre inutile sous de faux prétextes sous l'influence d'une petite bande de néocons et avoir ainsi décrédibilisé son pays et ouvert la voie à toutes sortes de théories du complot sur le thème "puisque les USA ont menti effrontément sur ce coup là, c'est qu'ils ont menti aussi sur d'autres" ? Pour avoir orchestré avec l'aide de quelques média corrompus une honteuse et hideuse campagne anti-française alors que notre pays avait tout à fait raison de s'opposer à son aventure irakienne, les Américains nous ont donné raison quelque temps plus tard ?
    Je ne sais pas ce que donnera Obama, mais il m'est très sympathique, a beaucoup de charisme et ne pourra faire que mieux que son prédécesseur ! Mais la tâche sera rude...
    Et croyez-moi, ce n'est pas un gauchiste anti-américain qui vous dit ça !

  • à propos de campagne anti-machin :

    http://ilikeyourstyle.net/2009/01/17/le-depart-triomphal-de-george-bush/

    puisque l'autoproclamée élite de la fr@nce de derrière les stores nous le dit !

  • Fabien,
    les quelques capitalistes, salauds de patrons et autres exploiteurs de la sueur de la France d'en-bas, que je connais, me confiaient à leur corps défendant, que les affaires n'avaient jamais aussi bien marché que lorsque Jospin est devenu premier ministre...
    Car la confiance constitue tout de même le meilleur ciment, à la bourse comme à la campagne ! Le seul argument à opposer à Montalte dans son réquisitoire anti-marxiste est d'ailleurs tout entier contenu dans cette notion et tous les mots qui lui sont corollaires : foi (j'ai trouvé ce joli truc sur Wikipédia : "En définissant la foi comme l'attitude confiante fondamentale face à l'existence, apparaît alors son contraire, d'où l'alternative :
    1) La révolte, le sentiment de l'absurde, le refus de l'existence et de l'univers tel qu'il est expérimenté, le suicide.
    2) L'émerveillement, l'acceptation, la confiance, l'espérance de sens dans le réel ou l'expectative.
    La première option peut se résumer par un « non », la seconde par un « oui ». Le oui à l'existence revêt alors de fait le caractère de foi à différents degrés. Le concept de Dieu même s'il était implicite à cette foi ici-décrite, n'apparait pas explicitement comme nécessaire à cette option face à la vie."), fidélité, méfiance, défiance, etc. Le marxisme appliqué n'a jamais aussi bien marché que chez nous, ou en devenant la colonne vertébrale conceptuelle de l'opposition au capitalisme sauvage, il a permis de créer ce que les seules valeurs républicaines, voire chrétiennes, ne parvenaient pas à imposer. C'est schématique mais bon, le peuple y a gagné chez nous, là où il y a perdu ailleurs et, chez nous, l'idéologie marxiste a instauré la confiance dans des lendemains qui se sont bel et bien mis à chanter. Au point où nous peinons aujourd'hui à imaginer pourquoi et comment il puisse en être autrement, ailleurs.
    Ca ne marche, hélas que de cette manière et malgré le racisme à rebours de notre presse consensuelle, je ne doute pourtant pas que cet engouement obamaniaque ait un réel impact sur le monde... Mais il faut faire l'effort de se dire que le monde marche ainsi... malgré l'évidence du paradoxe...

  • Il faut vraiment être un peine à jouir pour ne pas fêter un tel événement. Si il ne règle pas le problème du racisme aux états-unis, cet événement a une portée symbolique indéniable. P.B a tort, Barack Obama ne porte pas de masque blanc sur sa peau noire. Il suffit de lire ses ouvrages ("The audacity of hope" par exemple) pour constater que cet homme sait d'où il vient et qu'il ne l'oublie pas.
    Au fait Pierre, connais-tu l'essai de Frantz Fanon "Peau noire, masques blancs" ?

    *Hirek, comment faire l'amour à un polonais sans se fatiguer

  • Mmmm.
    A quand un président français d'origine hongroise et descendance juive ???

  • Enfin Obama a réussi en quelques mois ce que Le Pen avait échoué à faire en cinquante ans de carrière politique nationale, mettre la race au premier plan parmi les discriminants essentiels !

  • Certes, nous et notre Harry Roselmack (TF1 chaîne encore et toujours la plus regardée du PAF) sommes bien placés pour donner dans les leçons d'histoire...

  • Merci pour quoi? Merci pour tout...surtout pour avoir fait éructer de sophismes les plumitifs

  • Barack Obama n'a pas été élu parce qu'il est noir mais parce qu'il est intelligent, éloquent, cultivé (et c'est un magnifique écrivain) et que son programme a séduit. Ce sont des qualités qui dépassent largement la "race" ou "la couleur de peau". Que des américains aient dépassé leurs préjugés pour élire un homme de qualité et barrer la route à un crétin (et une idiote), voilà la bonne nouvelle.

    *Hirek, bisounours.

  • éructa rime pourtant davantage avec jugurta, c'est à n'y rien capter... mais merci quand même...

  • Mince. Encore un truc incompréhensible...

  • http://postcard.fm/44d87a

  • Ces élections présidentielles américaines sont une bénédiction, l'homo oeconomicus éminemment interchangeable a été remplacé par un homme situé et à l'identité fortement affirmée ; qui aurait pu rêver il y a encore quelques mois à un tel renversement de situation et le remplacement du paradigme dominant par un autre tout aussi prégnant ?

  • Vous voulez du «compréhensible», Pétrus ? Vous me donnez 3 minutes ? C'est parti, chrono :

    « C'est vrai qu'il va falloir que les choses bougent, donc je trouve très important, qu'aujourd'hui, où toutes les valeurs ont totalement changé et où forcément les gens ont marre d'avaler toujours les mêmes mensonges, que, quelque part, on saisisse l'opportunité pour dire haut et fort que, en fait, c'est dégueulasse qu'il y ait tant d'injustice, que le pouvoir d'achat baisse, que nos retraites soient en chute libre, que la télévision publique souffre atrocement du manque de moyens pour mettre en place une vraie politique culturelle digne de ce nom !
    C'est absolument indispensable que, justement, les gens réalisent que les cons qui nous gouvernent arrêtent leurs abominables et perfides manoeuvres et qu'ils cessent de nous prendre pour imbéciles ! Il faut une véritable taxation des carburants et une TVA infiniment plus juste, à la hauteur de nos espérances, car nous sommes écoeurés devant les mesures tronquées et largement insuffisantes pour rééquilibrer nos comptes et pour engager les vraies réformes sans lesquelles, normalement, rien n'est plus possible dans la société moderne où les chromosomes, l'Internet, la vache folle et le tsunami représentent tant de challenges à relever. »

    Facile à suivre et à appréhender, n'est-ce pas ? Même les «écrivains et critiques» attitrés, fréquentant ce blog, suivraient sans peine, moyennant une légère substitution d'imposition par littérature nobiliaire, superstition populaire ou politique budgétaire.

  • Pauvre petit Besson extrapolator, si le "sang des Kenyans" recelait de ces richesses-là, on aurait pillé leurs veines comme on a pillé leurs terres.

  • @ web du bois ;o)

    http://mission1accomplished.com/

    Rien que pour avoir éliminé Hussein et les Mollahs de Kaboul je lui redis à nouveau merci.

  • Il faudra se souvenir (et nous nous en souviendrons) que les Etats-Unis nous ont offert les premières véritables élections racistes...

  • ah, bien, fort bien même, le spécialiste du mot sophisme...

    http://www.nationalpriorities.org/costofwar_home

  • Scythe,
    évidemment dans ces conditions...
    mais entre les lieux communs démago et Lacan, il doit bien y avoir une petite place...

  • Petrus, ce que vous ecrivez est assez iconoclaste, mais j'ai trouve votre reflexion passionnante et stimulante. Peut-on vous lire quelque part?

  • Ainsi lors d’une rencontre avec un groupe d’Amish de Pensylvanie, le Born Again Christian affirme : Je crois que Dieu parle à travers moi. Sans cela je ne pourrais pas faire mon travail.

  • @jugurta

    Avoir éliminé les Talibans, rien à dire là-dessus, il fallait le faire, et les raisons étaient on ne peut plus valables, l'Afghanistan était le repère des terroristes d'Al Qaeda (mais penser qu'on peut apporter la démocratie à un pays pareil...)

    Par contre, l'Irak, ce n'est pas du tout la même chose et il ne faut pas mélanger les deux. Je ne vais évidemment pas défendre ce tyran sanguinaire de Saddam Hussein, MAIS :

    - les USA ont attaqué l'Irak, sous de faux prétextes (ADM et soutien à Al Qaeda qui n'existaient pas), et contre l'avis de la communauté internationale. Cautionnes-tu ces mensonges, ces manipulations de l'opinion éhontées (pauvre Colin Powell qu'on a obligé à cette mascarade), ces campagnes de presse haineuses contre la France qui s'était opposée avec raison à cette folie ? Obama a été un des seuls hommes politiques américains à avoir le courage de dire non à l'aventure irakienne des néocons et son discours à cette occasion a été admirable de lucidité. En voici quelques extraits (oct 2002) :

    "Je ne suis pas contre toutes les guerres.
    Après le 11-Septembre, témoin du carnage et de la destruction, de la poussière et des larmes, j'ai soutenu notre gouvernement dans son engagement à traquer et à extirper ceux qui sont prêts à massacrer des innocents au nom de l'intolérance ; je prendrais volontiers les armes moi-même pour empêcher qu'une telle tragédie ne se reproduise. Et je sais que parmi ceux qui sont rassemblés aujourd'hui, il ne manque pas de patriotes, ni de patriotisme.
    Ce à quoi je m'oppose, c'est à une guerre stupide. Ce à quoi je m'oppose, c'est à une guerre irréfléchie. Ce à quoi je m'oppose, c'est à la tentative cynique des Richard Perle [le conseiller le plus influent du Pentagone à l'époque du discours], Paul Wolfowitz [alors adjoint au ministre de la défense, Donald Rumsfeld] et autres combattants de salon, guerriers du dimanche de cette administration, de nous forcer à avaler leurs programmes idéologiques, quel qu'en soit le coût en termes de vies perdues et de souffrances subies....

    C'est à cela que je m'oppose. A une guerre stupide. A une guerre irréfléchie. Une guerre fondée non pas sur la raison mais sur la colère, non pas sur les principes mais sur la politique. Comprenez-moi bien - je ne me fais aucune illusion sur Saddam Hussein. C'est un homme brutal. Un homme implacable. Un homme qui massacre son peuple pour consolider son pouvoir. Il a sans cesse défié les résolutions de l'ONU, fait entrave aux équipes d'inspection onusiennes, développé des armes chimiques et biologiques, et cherché à se doter d'une capacité nucléaire. Le monde, et le peuple irakien, se porteraient mieux sans lui.
    Mais je sais aussi que Saddam Hussein ne représente pas une menace imminente ou directe pour les Etats-Unis, ou pour ses voisins ; que l'économie irakienne est dévastée ; que l'armée irakienne n'a plus qu'une fraction de la force qu'elle avait avant, et que nous pouvons, de concert avec la communauté internationale, le contenir jusqu'à ce qu'il finisse par tomber, comme tous les petits dictateurs, dans les poubelles de l'histoire.
    Je sais que même une guerre contre l'Irak ayant de chances de réussir nécessitera une occupation américaine d'une durée indéterminée, d'un coût indéterminé et ayant des conséquences indéterminées. Je sais qu'une invasion de l'Irak sans raison claire et sans un soutien international fort ne fera qu'attiser les flammes au Proche-Orient, qu'encourager dans le monde arabe les pires impulsions, non les meilleures, et renforcerait le bras recruteur d'Al-Qaïda.
    Je ne suis pas contre toutes les guerres. Je suis contre les guerres stupides.
    Alors, nous qui voulons un monde plus juste et plus sûr pour nos enfants, nous envoyons aujourd'hui un message clair au Président. Vous voulez vous battre, Président Bush ? Finissons de nous battre contre Ben Laden et Al-Qaida, en utilisant les services de renseignement de manière efficace et coordonnée, en démantelant les réseaux financiers qui soutiennent le terrorisme, et à l'aide d'un programme de sécurité intérieure qui ne se limite pas à un système d'alerte basé sur des codes de couleurs.... "

    BRAVO OBAMA !!

    - d'autre part, Saddam a été dégommé, très bien, et après ? L'Irak est-il devenu plus sûr pour autant ? Les diverses communautés se battent entre elles et les terroristes d'Al Qaeda qui n'y étaient pas sont arrivés, beau résultat, M. Bush ! On le saura vraiment quand les troupes US quitteront ce pays.

  • Elections racistes, peut-être pas, Raphaël, mais racialistes à coup sûr... Car si tout le monde exulte de cette victoire "historique" d'Obama, c'est évidemment parce que celui-ci est métis ! Comme d'ailleurs tout le monde aurait été content pour des raisons sexistes si Hilary Clinton avait gagné. Comment pourrait-on croire le contraire ? On n'imagine pas la même transe si cela avait été Al Gore ou n'importe quel autre démocrate, accédant à la présidence suprême, même après huit ans calamiteux avec Bush. Comme expliquer autrement le caractère "historique" de cette élection si on lui enlève son caractère ethnique ? Non, c'est bien parce qu'Obama vient d'une minorité visible, qui plus est, a été martyrisée aux Etats-Unis, que tout le monde applaudit. Le symbole est là. Un noir à la maison blanche (titre repris par les journaux jusqu'à la corde), c'est le triomphe de la discrimination positive. Sauf que la discrimination positive, c'est en effet une politique racialiste.

    Personnellement, manipulé comme tout le monde, je suis plutôt heureux de ce nouveau président. Je me dis qu'il a une belle gueule, qu'il présente bien, qu'il correspond à l'ère du temps et que, n'étant pas décliniste dans l'âme, il peut peut-être calmer le jeu international.

    Pour autant, je suis bien d'accord avec Besson quand il parle de ce besoin qu'ont les foules de l'homme providentiel.
    Et c'est cela qui est cocasse et un peu malheureux. Des hommes providentiels, on sait qu'ils le sont après qu'ils l'aient prouvé... Quand Abraham Lincoln arrive au pouvoir, ou quand le général de Gaulle envoie son message du 18 juin, personne à ce moment-là ne pense "ah enfin un homme providentiel !". Les héros, au début, apparaissent au mieux comme des anonymes, au pire comme des emmerdeurs. C'est après leurs actions qu'on peut alors dire qu'ils étaient héroïques ou providentiels. Là, la glorification d'Obama a commencé avant même son investiture - donc, c'est bien pour autre chose qu'on fait la fête. Outre que nous sommes en plein dans la société du spectacle (c'est d'ailleurs marrant de constater que ceux qui passent leur temps à critiquer les simulacres de nos médias ne se rendent pas comptent que ce sacre est un chef-d'oeuvre médiatique indépassable !), ignorer la dimension racialiste de ce dit-sacre, c'est précisément nier celui-ci.

    Le problème, c'est que nous sommes dans un monde qui ne veut surtout pas se penser en fonction de l'ethnie ou de la "race" (comme dirait Eric Zemmour) et qui a d'ailleurs de bonnes raisons de le faire - les nazis étant, comme chacun sait, à nos portes. Sauf que là, les prudences anti-racialistes sautent, les perceptions anti-consanguines dégagent, on redevient consanguin à mort, on se pâme de jouissance car Obama, aussi intelligent, charismatique, talentueux soit-il, est d'abord un nègre. Mais on ne veut surtout pas penser ça. Car penser ça, penser la couleur de la peau, penser la "race" (comme dirait Claude Lévi-Strauss) c'est retomber dans des idéologies qu'on ne cesse de combattre depuis soixante ans, c'est risquer d'être condamné par l'idéologie antiraciste que nous avons mis en oeuvre depuis trente ans. Merde ! Comment fait-on alors ? Comment se réjouir du succès d'Obama sans passer, même un instant, par la case de l'oncle Tom ? C'est tout le problème, disais-je.


    A LIRE BIENTOT LE TRACT DE MARC-EDOUARD NABE SUR SON SITE : "ENFIN, LE NEGRE...."

  • De plus en plus robot, de plus en plus populiste, telle paraît être l'évolution du profil des présidents des USA ; cette inexorable règle nous rapproche, chaque jour davantage, de l'avenir gris de l'humanité. Sans leurs dollars et bombes H, ces misérables événements auraient mérité autant d'attention que le passage de la version 3.7.9B à la version 3.7.10K du lecteur du format mp7 des smartphones 4-ème génération sans droit de signature.

    Oui, revenons plutôt à Lacan, à qui je suis reconnaissant d'avoir préféré le mot à l'idée ("Il y a plus de ressources dans les mots que dans les pensées. C’est le monde des mots qui crée le monde des choses") et à l'acte ("Rien de moins dionysiaque que l'acte").

    "Mieux on écoute les appels, pathétiques et séniles, à passer des mots à l'acte, mieux on comprend que la jeunesse, c'est le mot."

  • Je suis d'accord avec le papier de Besson. Il ne s'agit pas de voir cette élection par le bout de la lorgnette franco-française. Les USA sont un pays communautariste et le modèle universaliste français est pour un américain une sorte d'ovni. Obama n'a pas été élu parce qu'il est noir mais malgré le fait qu'il soit noir. Il a fait le plein des voix de la communauté noire (cette communauté est minoritaire), ce qui pour les USA est tout à fait normal, un candidat juif ou hispanique aurait fait le plein dans sa propre communauté, mais il a également su mordre sur les autres communautés (il reste minoritaire dans la communauté blanche) avec un discours rassembleur autour des valeurs américaines. On est dans une stratégie politique adaptée à des réalités culturelles existantes. Quant à la suite, il poursuivra du moins en politique étrangère (la politique intérieure des Etats-Unis étant leur affaire) une politique classique reposant sur la défense des intérêts américains.
    Pour le reste, ce ne sont que discours (de droite, comme de gauche) moraux. Sur ce je vous quitte, je dois aller relire Machiavel.

  • Tout à fait d'accord, mon cher Pascal, pour dire que le modèle américain communautariste n'est en rien le modèle français citoyen. En fait, il ne faut pas confondre l'élection américaine en tant que telle et la perception de cette élection par le reste du monde (et que traite mon commentaire). Obama n'a peut-être pas été élu par les américains parce qu'il est noir, mais c'est parce qu'il est noir que le monde entier, qui lui n'a voté que "moralement", considère cette élection comme unique, historique, magnifique.

    Sur la politique extérieure, il semble qu'Obama soit moins interventionniste et plus isolationniste que ses prédécesseurs - et que l'Europe obamanienne risque de rapidement se sentir exclue de la politique états-unienne.

  • Nous sommes d'accords. Encore que je serais curieux de connaître les réactions de la presse russe, chinoise,indienne ou arabe sur la question.
    Sur la politique étrangère US, il me souvient que d'après mes leçons d'histoire et géographie (je suis d'une époque où l'on avait des leçons d'histoire et de géographie et non des devoirs de mémoire) isolationnisme et interventionnisme sont les deux mamelles de la politique extérieure des USA mais qu'au bout du compte priment les intérêts des américains.

  • Le papier de Besson ne fait que reprendre une critique qui se répand assez communément parmi les habituels contempteurs de tout ce qui ressemble de près ou de loin à un unanimisme. C'est le jeu classique et lassant du consensus suivi en mode automatique de la réaction critique, qui, parce qu'elle se sait provisoirement minoritaire, se pense intelligente. La France est un terrain fertile pour faire beugler les pas content. Obama n'a encore rien fait (ou presque), il est donc vain de vouloir juger -dans un sens ou dans l'autre - les choix de gouvernement d'un type qui depuis son entrée en politique n'a fait que mener une longue campagne électorale, quasi vierge de toutes décisions. Bien sûr que l'enthousiasme niais qui a semblé occuper les foules ces derniers jours est agaçant. Mais on remarquera que le critère racial est essentiellement porté par les noirs, bien plus que par Obama, son équipe, ses soutiens politiques et les blancs-becs qui l'ont aussi élu. On aura ainsi assisté à la crétinisation sans pli d'une partie de la communauté noire française qui a vu dans ce nouveau président d'un Empire avec lequel nous ne partageons que partiellement nos objectifs "Son président". Cette bêtise-là, pour évidente qu'elle soit, ne doit pas cependant masquer de manière obtuse et venimeuse le talent incroyable qu'a Obama pour porter symboliquement les valeurs et traditions d'un pays. La politique, c'est aussi, et en premier lieu, du symbolique sans lequel aucune décision n'est comprise et rendue possible. Et je trouve que les critiques de cette "obamania" délirante méconnaissent sciemment la force symbolique de ce nouveau président, non pas qu'elle vienne de sa couleur de peau, mais telle qu'elle ressort de son parcours, de son attitude et de ses discours. D'une certaine manière, Obama porte en lui une image de l'Amérique, une terre d'immigration, de religiosité, de libéralisme politique et de contradictions dans les valeurs. A lire ses discours (pour lesquels il participe de près à la rédaction), on sent la volonté constante de faire référence aux pères fondateurs de la nation et de s'inscrire dans le flux de l'histoire, à l'inverse des néo-conservateurs aux relents gauchistes de l'ère Bush, et d'une partie de ses supporters adeptes de la repentance et du reniement. Il y a donc, je crois, de bonnes raisons d'être impressionné par cet homme politique, par ailleurs lecteur avisé et curieux, ce qui n'est plus tout à fait la qualité la mieux partagée de ses collègues à travers le monde.

  • (...) J'en vomissais presque de l'écouter. Sa fille ne faisait que répéter : "Non... Je vous en prie. Je vous en prie, pas ça. Je vous en prie." Mais Vieux Stradlater continuait à l'endormir de cette voix blanche, cette voix à la Abraham Lincoln, et finalement, il y eut ce silence effrayant à l'arrière de la voiture.

    L'attrape-coeurs - J.D. Salinger

  • ...
    C'est quand-même pas compliqué : le monde humain tend inexorablement, malgré les contretemps et les à-coups de l'Histoire à une unification. Nous avons la chance d'y assister, derrière nos claviers, nos écrans ou dans nos entreprises, sur nos lieux de travail... Mise à part la vilaine gauche démago évidemment qui cherche par tous les moyens dont elle dispose à accéder au pouvoir perdu (socialistes) ou à sa petite terre promise (le facteur joufflu, le parti moustachiste, etc...), nul ne songe plus à le mettre en doute ou du moins à faire semblant de ne pas le voir. L'expansion de l'univers, contre toute attente, est en accélération... et nous sommes, nous humains, pris dans une sorte de tourbillon auquel rien ne nous préparait. Tout s'accélère chaque jour, y compris la perte de la mémoire chez certains et l'accroissement de la capacité à apprendre, comprendre, mémoriser, théoriser chez d'autres. Les outils pratiques de cette globalisation ne sont pas encore tout-à-fait prêts, d'accord, mais c'est en bonne voie (à ma connaissance Joël de Rosnay est un des rares à avoir pressenti l'urgence de cette évolution dans les années 80). En bonne voie mondiale. Car il faut oublier les France d'en haut, d'en bas et d'ailleurs, pour le voir. Ou alors admettre là aussi qu'elle fait du sur-place, souvent freinée par la contemplation d'une gloire passée pourtant parfaitement justifiée et dont elle ne parvient paradoxalement pas à s'enorgueillir malgré tous ses efforts... (n'est-il pas curieux que Chirac obtienne a posteriori 70% d'opinions favorables parmi les sondés ?!!!)
    Est-ce mon âge qui parle ? Sans doute, sans doute. Il ne me reste pas autant de printemps à contempler que la plupart d'entre vous (à l'exception de quelqu'un qui se reconnaîtra et sur la tombe duquel je pourrais, s'il me l'autorisait, aller fêter la prochaine réincarnation !)... Obama est un être humain. Que dire d'autre ? On peut lui accorder notre confiance ou pas. Qu'importe.
    Notre pays de France, pour peu qu'on fasse l'effort de relire n'importe quel manuel de notre histoire plus ou moins bidonnée plus ou moins tendancieuse ou écrite de manière à créer une sorte d'unité (qui sans cette réécriture ne pourrait exister...) plus ou moins réelle mais en tous cas nécessaire à donner confiance à tous les bourricots de la pensée que nous sommes de 7 à 17 ans, notre pays de France est l'exemple même que la confiance fonctionne pour peu qu'on se serve de notre mémoire évidemment. Et cette mémoire, elle aussi artificielle, elle aussi illusoire, nous n'avons qu'elle pour transcender notre condition et oublier l'imminence de notre propre mort, dépasser le dandyisme, le dilettantisme, la coquetterie ponctuels de nos pensées ou de nos envies et essayer de jeter quelques bouteilles à la mer...
    J'aurais pas dû boire hier soir...

  • @ Basile,
    qui risque d'être deçu ou de bien rigoler.

  • @ Fabien,

    Malgré les erreurs commises en Irak après la fin des combats majeurs, je reste encore persuadé qu'il fallait y aller. J'aurais préféré que le monde libre dans son ensemble décide de détruire les dictatures où qu'elles se trouvent.

    C'est pourquoi dès qu'un régime où la liberté individuelle est défendue, combat un régime autoritaire ou une organisation à visée totalitaire, je suis de son côté.

    Je ne suis pas d'accord avec toute la politique de W, notamment sa politique intérieure sécuritaire et économique, mais j'ai été d'accord avec sa politique étrangère qui redéfinit un nouveau paradigme dans les relations internationales, un peu comme Truman et l'"endiguement".

    Quant à l'Irak laissez les historiens du futur juger cet évènement.

    ps : en passant votre réflexion sur l'Afghanistan me fait froid dans le dos : "mais "penser qu'on peut apporter la démocratie à un pays pareil."

  • (...) Depuis l’intervention des Etats-Unis et de ses alliés en mars 2003, plus de 500 décès supplémentaires sont survenus chaque jour en Irak. Des chercheurs américains et iraquiens publient aujourd’hui une nouvelle estimation de la surmortalité depuis l’invasion de l’Irak, de mars 2003 jusqu’à juillet 2006. Ils estiment à 655.000 le nombre de morts supplémentaires d’Iraquiens –soit 2,5% de la population- par rapport à la période antérieure.

    Le taux de mortalité était de 5,5 pour mille avant mars 2003 contre 13,3 pour mille depuis cette date, écrivent les chercheurs de l’Université John Hopkins (Baltimore) et de l’Université Al Mustansiriya (Bagdad).

    (source nouvel obs)

    Ceci dit, si l'élimination physique de cette ordure de Saddam peut permettre à quelque intelligent Bushiste européen de mieux dormir...


    OBAMA 2009... rien ne change, encore et toujours un Noir pour faire le sale boulot ^^

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