
L'oubli du négatif.
La vie créatrice, le désir dynamique, l'immanence absolue, la fin du jugement, les multiplicités innocentes. Tout cela est charmant mais ne relève-t-il pas de Coucouville-les-nuées ? Une vie sans jugement ni transcendance, de pure affirmation, sans aucune négativité, à qui va-t-on faire croire ça ? En oubliant le négatif (ou pire, en faisant mine de le faire, ce qui relèverait alors de la mauvaise foi et serait fâcheux pour l'auteur de Qu'est-ce que la philosophie ?), Deleuze ne finit-il pas par se tromper sur toute la ligne et nous abuser ? Drôle de bergsonien qui semble n'avoir jamais lu Les Sources de la morale et de la religion ! Qui ne retient de Bergson que ce qui l'arrange : mémoire, durée, élan vital. Parfait – mais la mort, l'espace, le travail du négatif qui font tout autant partie de la vie et constituent peut-être la vraie différence, qu'en fait-il ? Rien. Ah d'accord. Hippie, va. Voilà, Deleuze est un hippie qui ne voit jamais le mal, l'envers, le négatif – la prise en compte du négatif : le père. Et c'est pour cela qu'il se réfugie dans le masochisme (on va y venir.)
(D'après Frédéric Worms, dans Philosophie Magazine, Hors-série, janvier 2025)