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jack clayton

  • Deleuze / Spinoza VII - Qu'est-ce qu'un état ?

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    Les Innocents, avec Deborah Kerr (Jack Clayton, 1961)

     

    Il n'y a pas de bien et de mal selon la nature. Dans la nature, il n'y a que des compositions de rapports. Bien, mais ne sommes-nous que naturels ? Non. Et c'est pourquoi certaines de ces compositions de rapports nous paraîtront bonnes ou mauvaises. Bien, mais à quoi nous sert donc ce Deus sive Natura sinon nous placer sur un plan d'immanence... au fond purement sadien ? Le spinozisme ne serait-il pas un sadianisme avant la lettre ?

    De même, à quoi nous sert de nier le libre-arbitre (en tant que ce n'est pas nous qui nous déterminons par nous-mêmes) pour réintroduire à la cinquième partie de l'Ethique une autre liberté soi-disant plus haute, celle dite du troisième genre de connaissance ? Et comme si l'idée était de nous faire passer à une conception plouc de l'existence (libre-arbitre, transcendance, morale) à une conception aristo de celle-ci (liberté de la troisième connaissance, immanence, éthique) ?

    On passe sur ses tergiversations autour du mariage et surtout de la sensualité à laquelle il ne semble pas vraiment attaché et sans d'ailleurs rien y comprendre (comme Nietzsche d'ailleurs), ce qui est toujours un peu décevant par rapport aux pensées que ces grands philosophes développent. Avec eux, le sexe, la chair, l'étreinte, l'amour, l'orgasme – jamais. N'est pas Lucrèce qui veut.

    Non, l'intéressant dans cette affaire, c'est cette idée très forte et très vraie (en tous cas, perso, que j'expérimente depuis l'enfance) que je ne fais des erreurs sur moi-même que lorsque « mon esprit compare un état que j'ai à un état que je n'ai pas. ». Ce que je prends pour une possibilité autre n'est qu'une comparaison de l'esprit. Ce que j'imagine être une réalité meilleure que la mienne n'est qu'un jugement arbitraire. Je me trompe sur moi-même quand j'imagine que je pourrais être autre ou agir autrement. D'où le fameux exemple de la pierre qui se croit libre de tomber. Je me persuade que c'est moi qui me détermine alors que c'est ma nature qui le fait et la situation qui me le prouve.

     

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    Croire que je pourrais avoir une autre nature, « plus parfaite », c'est me tromper lourdement, c'est même risquer la schizophrénie. Ma perfection est ma nature – même si je suis aveugle ou handicapé. « Je suis aussi parfait que je peux être en fonction de l'affection qui détermine mon essence ». Curieuse formule qui implique non plus une distance entre mon être et mon devoir-être (le mythe absolu) mais bien une « instantanéité » entre mon être et ma nature-être, soit entre moi et moi. Le spinozisme serait alors une tautologie. A = A. Ontologie irréductible.

    Et c'est là que tout se joue, car soit cette tautologie va me sembler étouffante, invivable, mortifère (dans le cas où je croirais encore au changement libre, à l'auto-détermination morale, aux "valeurs"), soit au contraire, va me paraître formidablement libératrice, ma nature étant alors sa propre perfection et sa seule liberté, non pas celle de vouloir autre chose qu'elle mais de ne vouloir qu'elle. Encore une fois, « je suis toujours aussi parfait que je peux l'être en fonction de l'affection que j'ai ici et maintenant. » Et si demain, je suis dans une autre affection, eh bien cela sera tout aussi parfait. Aujourd'hui, basse sensualité ; demain, idylle spirituelle. Ce matin, Shadow Lane et Orties Blanches ; ce soir, Deborah Kerr et Lilad Labelebrise, les unes n'étant pas d'ailleurs complètement incompatibles avec les autres. Et ce n'est pas Olivier Mudry qui me contredira.

     

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    Lien permanent Catégories : Deleuze - Spinoza Pin it! Imprimer