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  • Deleuze / Spinoza XV - Les terminaisons éclairs du livre V

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    Kandinsky - Jaune, rouge, bleu (1925)

     

    AUTANT FAIRE SE PEUT

    L'ontologie pure, l' « Un-Tout-Dieu », est donc un panthéisme. Mais pour en prendre conscience, il faut accéder au troisième genre de connaissance – sorte de conscience de soi qui serait en fait le dernier degré de la puissance, son aboutissement, nirvana, plérôme, tout ce que l'on voudra.

    « Le troisième genre, écrit Deleuze, c'est lorsqu'être conscient de soi-même, être conscient de Dieu et être conscient du monde ne font plus qu'un. »

    Instant mystique qui ne va pas sans risque car il en faut de très peu pour que cette puissance ne nous déborde de tous les côtés et ne nous emporte avec elle, nous perde avec elle. Mais qui en même temps, lorsqu'elle est maîtrisée, nous fait accéder à la béatitude, au soi souverain – « étrange bonheur » qui ne dépend que de moi, qu'on ne me pourra ôter même si je meurs, qui me donne « l'impression de devenir invulnérable » (et là, en effet, on retrouve les Stoïciens). Etat malheureusement qui ne dure pas, qui ne fait que passer, mais me fait comprendre beaucoup de choses (un peu comme l'attelage ailé de Platon finalement ? Le philosophe qui entraperçoit, une fraction de seconde, le divin ?)

    Et d'abord la prise de conscience que nous ne sommes pas libres comme nous le pensons. « La haine que Spinoza a contre ce concept de liberté qui lui paraît un très mauvais concept » vient du fait qu'elle relève du premier genre de connaissance, celui qui donne les idées les plus inadéquates, qui ignore superbement et nous fait ignorer les effets que nous subissons et les causes qui les ont provoqués, qui nous fait croire à une indépendance morale que nous n'avons jamais eue. Pourtant, l'Ethique nous trace un autre chemin vers la liberté. L'Ethique promeut la liberté au livre V – mais qui n'est plus une liberté « premier degré », si l'on ose dire, une liberté illusoire, vaniteuse, stupide. Non, la vraie liberté, celle de la conscience des causes dont nous parlions, des effets, des passions, des affections et par là-même qui nous donne la possibilité de distinguer celles qui augmentent notre puissance d'agir (joie) de celles qui la diminuent (tristesse).

    Et là se dit quelque chose de très important : ce qui m'augmente, c'est quand je veux/peux trouver la notion commune à deux corps et plus précisément celle entre un corps étranger et le mien, le lien entre une puissance étrangère et la mienne. C'est dans et par le commun, la rencontre, le lien – en fait l'amour – que surgit la joie. Et c'est dans l'incompatibilité, le heurt, l'incompréhension mutuelle que surgit la tristesse.

    A la lettre, « Spinoza peut bien dire : seules les passions joyeuses, et non les passions tristes, m'induisent à former une notion commune. »

    LE COMMUN, C'EST LA JOIE. Être heureux, c'est communier – avec Dieu, la femme aimée, les amis, la promenade sur le Sillon, l'écoute du prélude et fugue BWVV543 de Jean-Sébatien Bach.

    Paradoxe : la béatitude, c'est la conscience de soi pure mais la joie, c'est la notion commune. La béatitude, c'est le soi à soi. La joie, c'est le soi à l'autre – ou au monde. Mieux – la joie est ce qui permet de distinguer ce qui me fait agir de ce qui m'affecte. La joie, c'est la distinction et l'adéquation.

    Mais comment y arriver ? « Voyez la réponse de Spinoza : je fais la différence entre passions tristes et passions joyeuses. Je m'efforce AUTANT QU'IL EST EN MOI, comme il dit suivant sa formule, d'éprouver le plus de passions joyeuses et le moins de passions tristes. Je fais ce que je peux. »

    Autant qu'il est en moi. Autant faire se peut. Voilà.

     

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    Lien permanent Catégories : Deleuze - Spinoza Pin it! Imprimer