
Harold Lloyd - Monte là-dessus ! (Safety Last, 1923)
(Cours du 17 mars 1981 – le plus beau.)
« J'insiste parce que je voudrais aussi que vous en tiriez des règles pour la lecture de tout philosophe. Ce n'est pas à lui d'expliquer. Encore une fois, j'insiste beaucoup, on ne peut pas faire deux choses à la fois. On ne peut pas à la fois dire quelque chose et expliquer ce qu'on dit. Ce n'est pas Spinoza qui a à expliquer ce que dit Spinoza, il a mieux à faire : il a à dire quelque chose. » (page 444)
Spinoza, par exemple, ne dit pas que l'Ethique est une théorie de l'Être. Et pourtant, c'en est une.
Il ne dit pas non plus que les trois dimensions de l'individu (ce qui me compose et m'appartient, ce qui me met en rapport, ce qui fait mon degré de puissance) correspondent aux trois genres de connaissance. C'est à nous de le comprendre – et grâce à la méthode (qu’il nous accorde) du parallélisme qui nous permet de le voir, de le sentir, de l'expérimenter.
Expérimenter une idée, une pensée, un savoir, Francis Emmanuel, ça ne vous fait pas tilt ça ? Tant pis pour vous ! ;)
Bref.
Le premier genre de connaissance, c'est l'ensemble des idées inadéquates, c'est-à-dire des affections passives, des perceptions confuses, des passions tristes, soit ce à quoi nous sommes a priori condamnés. Nous ne pouvons pas faire autrement. Il faut bien vivre, rencontrer des gens qui font chier, se faire chier soi-même, affronter tout ce dehors qui met à mal notre dedans. Comme si nous n'étions capables que de mauvais rapports.

Harold Lloyd - An eastern westerner (1920)
Pour autant, nous sommes capables de suspendre ces mauvais rapports en nous intéressant à leurs causes. C'est le deuxième genre de connaissance : la connaissance ou la prise de conscience de ce qui cause ces rapports. Qu'est-ce qui les déterminent – et subséquemment nous déterminent. Dès lors, apprendre à nager entre les rapports (ou les vagues.) Et Deleuze de se lancer dans un éloge de la nage, lui qui avoue ne pas savoir très bien nager. « Nager est une conquête de l'existence », l'apprentissage d'un rythme, d'un élément, d'un corps étranger (l'eau) qui entre dans un rapport bienheureux avec moi. De même l'amour. « Les vagues ou l'amour, c'est pareil ». Dans le faux amour, on est dans l'inadéquation, le malentendu et bientôt la haine ; dans le vrai, le grand (si ce genre de chose est possible, parfois pas), on est dans l'adéquation, la connexion et peut-être même la béatitude.
On pourrait s'arrêter là.
Mais comme chez Kierkegaard, après le saut esthétique et le saut éthique, il y a le saut religieux. Et chez Spinoza, c’est le troisième genre de connaissance. Ou connaissance intuitive. Ou connaissance des essences. On est passé des chocs aux causes, on passe des causes aux essences. De ce que je ne maîtrisais pas à ce que je maîtrise et maintenant de ce je maîtrise à ce que je suis. Là, il s'agit de trouver mes rapports caractéristiques qui (ou que) constitue(nt) mon degré de puissance. Mon mode d'existence. Mon propre.


Esther Williams